§ 2. Fonctions différentiables réelles
Dans ce paragraphe, on suppose que K = R. La lettre E désigne un espace vectoriel normé sur R ; la lettre F désigne un espace vectoriel topologique localement convexe séparé sur R.
2.1. Fonctions dérivables en un point
2.1.1. Soit f une fonction définie au voisinage d’un point x_0 de E et à valeurs dans F. Soit u un élément de l’espace des applications linéaires continues de E dans F. Pour que f soit dérivable en x_0 et y admette u pour dérivée, il faut et suffit que l’on ait
2.1.2. Pour que f soit strictement dérivable en x_0, il faut et suffit que l’on ait
2.1.3. Soient F_1 et F_2 deux espaces localement convexes séparés et soit u une application bilinéaire de F_1 × F_2 dans F, satisfaisant à la condition de continuité suivante : (SC) Si ((a_n, b_n)) est une suite d’éléments de F_1 × F_2 convergeant vers un élément (a, b) ∈ F_1 × F_2, alors la suite (u(a_n, b_n)) converge vers u(a, b) dans F.
Soit f_i (pour i = 1, 2) une application d’un voisinage d’un point x_0 de E dans F_i. Si f_1 et f_2 sont dérivables en x_0, alors u(f_1, f_2) est dérivable en x_0 et l’on a :
2.2. Le théorème des accroissements finis
2.2.1. Soient x, y dans E, et [x, y] le segment fermé joignant ces deux points. Soit de plus f une application d’un voisinage de [x, y] dans l’espace F, dérivable en tout point de [x, y]. Alors f(x) − f(y) appartient à l’enveloppe convexe fermée de l’ensemble des points Df(z) · (x − y) pour z dans [x, y].
2.2.2. Soient U un ouvert connexe de E, et f une application de U dans
F, admettant une dérivée nulle en tout point de U; alors est constante dans U.
2.2.3. Soient U un ouvert convexe de E, et une application de U dans F, dérivable en tout point de U. Etant donnés une semi-norme continue sur F et un nombre réel , les conditions suivantes sont équivalentes: (i) Pour tout dans U, on a . (ii) Pour tout et tout dans U, on a .
2.2.4. Soit U un voisinage d’un point de E et soit une fonction définie dans le complémentaire de dans U, à valeurs dans F. Supposons que admet une dérivée en tout point de U, , et que la fonction admet une limite quand tend vers . Alors, si , a une limite en et la fonction prolongée par continuité à U tout entier est dérivable de dérivée en ; il en est de même si et qu’on suppose que a une limite en .
2.3. Fonctions de classe ()
2.3.1. Soient U un ouvert de E et une application de U dans F. On définit la relation « est de classe » (pour ) par récurrence sur de la manière suivante: 1) est de classe si et seulement si elle est continue; 2) si est un entier , la fonction est de classe si et seulement si elle est dérivable en tout point de U et si l’application dérivée de U dans est de classe .
Les fonctions de classe sont aussi appelées fonctions r fois continûment dérivables.
On dit que est de classe (ou indéfiniment dérivable) si elle est de classe pour tout entier .
Si est de classe dans U, alors est fois dérivable pour tout entier et la fonction est de classe .
2.3.2. Les applications de classe d’un ouvert U de E dans F forment un sous-espace vectoriel de l’espace de toutes les applications de U dans F. On a pour .
2.3.3. Pour qu’une fonction soit de classe dans un ouvert U de E, il faut et il suffit qu’elle soit strictement dérivable en tout point de U.
Si E est un produit d’espaces normés , une application d’un ouvert V de E dans F est de classe si et seulement si possède des dérivées partielles itérées continues pour tout entier .
2.3.4. Soit G un espace normé et soit U un ouvert de E. Soient V un ouvert de G, et . Si , l’application de U dans F est de classe .
Soient et deux espaces localement convexes séparés et une application bilinéaire de dans F, hypocontinue par rapport à l’ensemble des parties bornées de (resp. ) (Esp. Vect. Top., ch. III, § 4, n° 2). Soient U un ouvert de E et (pour ). Alors la fonction appartient à . Si E est de dimension finie, il suffit de supposer que satisfait à la condition (SC) du n° 2.1.3.
2.3.5. Si E est un produit d’espaces normés () et si est une application -linéaire continue de E dans F, alors est de classe et l’on a pour .
2.3.6. Supposons que E et F soient des espaces de Banach. Soit une fonction de classe (avec ) définie dans un voisinage d’un point de E et à valeurs dans F. Soit et supposons que soit un isomorphisme de E sur F. Alors induit un homéomorphisme d’un voisinage de sur un voisinage de (1.5) et l’application réciproque de est de classe au voisinage de .
2.4. Dérivées des fonctions de classe
2.4.1. Soit une application de classe d’un ouvert U de E dans F. Pour tout , et tout entier avec , l’application multilinéaire est symétrique.
2.4.2. Supposons de plus E de dimension finie et soit une base de E. Les dérivées partielles dépendent symétriquement des indices . Soit le nombre de fois que l’indice intervient dans la suite et soit . On pose alors:
Lorsque les coordonnées relatives à la base sont notées , on écrit aussi sous la forme:
2.5. Formule de Taylor
2.5.1. Soit un entier et soit une application de classe d’un ouvert U de E dans F. Pour , et , convenons d’écrire au lieu de . Si le segment est contenu dans , on a la formule (« formule de Taylor »):
où le « reste » est donné par :
On a :
et
quand tend vers zéro.
2.5.2. Soit de plus une semi-norme continue sur ; si l’on a pour tout point du segment , alors on a :
2.5.3. Supposons en outre que . On a alors :
en posant :
2.5.4. Soient et deux fonctions de classe sur un ouvert de , à valeurs dans . Pour que et aient en un point de un contact d’ordre , il faut et il suffit que l’on ait pour tout entier avec . Lorsque est de dimension finie, cela revient à dire que les dérivées partielles itérées d’ordre de et de (par rapport à une base de ) sont égales au point .
2.5.5. Soit un ouvert de de la forme , où est un ouvert de et des intervalles ouverts de contenant 0. Posons et pour . Etant donnée une fonction (avec ), il existe une suite et une seule de fonctions (pour ) telle que:
pour et . On a:
pour . Dans cette dernière formule, désigne la -ième dérivée partielle de la fonction .
2.6. Critères de dérivabilité
2.6.1. Supposons que , outre sa topologie , soit muni d'une topologie moins fine , qui fait aussi de un espace localement convexe séparé. Supposons en outre que et satisfont à la condition suivante: (S) Pour tout voisinage de 0 pour la topologie , il existe un voisinage de 0 pour tel que l'enveloppe convexe -fermée de toute partie -compacte de soit contenue dans .
Soit une application d'un ouvert de dans . Supposons que est de classe () lorsque l'on munit de la topologie , que est, pour tout de , et tout entier , une application multilinéaire continue de dans muni de la topologie et que l'application est continue de dans ( étant muni de la topologie ). Alors est de classe lorsque l'on munit de la topologie et ses dérivées sont les mêmes pour et pour .
La condition (S) est en particulier réalisée s'il existe un système fondamental de voisinages de 0 pour la topologie qui sont fermés pour la topologie : c'est le cas si le dual de muni de est identique au dual de muni de . La condition (S) est également réalisée si muni de la topologie est quasi-complet (Esp. Vect. Top., ch. III, § 2, n° 5).
2.6.2. Soit une application d'un ouvert de dans . Si est de classe (avec ), les fonctions scalaires sont de classe pour toute forme linéaire continue sur . Réciproquement si est quasi-complet et si les fonctions sont de classe pour tout , alors est de classe .