§ 3. Fonctions analytiques réelles ou complexes
Dans ce paragraphe, on suppose que K=R ou C. On désigne par (Ei), 1≤i≤n, une famille finie d’espaces normés sur K, par E l’espace produit des Ei, et par F un espace vectoriel topologique localement convexe séparé sur K.
3.1. Séries convergentes
3.1.1. Soit f=∑fα une série formelle appartenant à P^(E1,…,En;F) (App., n° A.5). Si γ est une semi-norme continue sur F et R=(R1,…,Rn) une suite de n nombres réels strictement positifs, on pose :
∥f∥γ,R=α∑Rα∥fα∥γ.
Si F est un espace normé et si γ est la norme de F, on écrit ∥f∥R au lieu de ∥f∥γ,R.
L’ensemble HR(E1,…,En;F) des f∈P^(E1,…,En;F) telles que ∥f∥γ,R soit fini pour toute semi-norme continue γ sur F est un sous-espace vectoriel de P^(E1,…,En;F). On a
HR(E1,…,En;F)⊂HR′(E1,…,En;F)
toutes les fois que Ri≥Ri′ pour 1≤i≤n. La réunion des
HR(E1,…,En;F)
est un sous-espace vectoriel, noté H(E1,…,En;F), de P^(E1,…,En;F), dont les éléments sont appelés séries convergentes sur le produit des Ei, à valeurs dans F. Il ne dépend que de la topologie des Ei et non de leurs normes. On peut donc parler de l’espace H(E1,…,En;F) lorsque les Ei sont des espaces normables, sans avoir à choisir une norme sur chaque Ei.
3.1.2. L’application f↦∥f∥γ,R est une semi-norme sur HR(E1,…,En;F). La topologie que définissent ces semi-normes lorsque γ décrit l’ensemble des semi-normes continues sur F (ou simplement un ensemble de semi-normes définissant la topologie de F) est séparée. Si F est normable (resp. complet), il en est de même de HR(E1,…,En;F). Les semi-normes sur H(E1,…,En;F) dont la restriction à chaque HR est continue définissent une topologie séparée sur H(E1,…,En;F), qui ne dépend que des topologies des Ei. L’injection de H(E1,…,En;F) dans P^(E1,…,En;F) est continue.
3.1.3. L’isomorphisme canonique de P^(E;F) sur P^(E1,…,En;F) donne par restriction un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques de H(E;F) sur H(E1,…,En;F).
3.1.4. Soit f∈H(E1,…,En;F) et soit J(f) l’ensemble des R∈(R+∗)n tels que f∈HR(E1,…,En;F). L’intérieur I(f) de J(f) s’appelle l’indicatrice de convergence stricte de f. Il se compose de l’ensemble des R pour lesquels il existe un R′∈J(f) avec 0<Ri<Ri′ pour 1≤i≤n. On note Ω(f) l’ensemble des points (logR1,…,logRn) de Rn pour R∈I(f): c’est une partie convexe de Rn.
Lorsque n=1, l’ensemble I(f) est un intervalle ]0,ρ(f)[ de R et ρ(f) s’appelle le rayon de convergence strict de f. C’est aussi la borne supérieure (finie ou +∞) de l’ensemble des nombres réels R>0 tels que pour toute semi-norme continue γ sur F, il existe une constante M telle que ∥fm∥γ≤MR−m (avec f=∑fm,fm∈Pm(E;F)) pour tout entier m≥0.
L’ensemble des points x=(xi)∈E1×⋯×En tels qu’il existe R∈I(f) avec ∥xi∥≤Ri pour tout i, s’appelle le domaine de convergence strict de f et se note C(f). C’est aussi l’intérieur de l’ensemble des points x pour lesquels il existe R∈J(f) avec ∥xi∥<Ri pour tout i.
3.1.5. Pour fα∈Pα(E1,…,En;F) et pour toute semi-norme continue γ sur F, posons :
∥fα∥γ=∥xi∥≤1sup∥fα(x1,…,xn)∥γ. On a alors les inégalités : ∥fα∥γ≤∥fα∥γ′≤α!αα∥fα∥γ. Pour f=∑fα∈P^(E1,…,En;F) et R∈(R+∗)n, posons : ∥f∥γ,R=α∑Rα∥fα∥γ et désignons par H~R(E1,…,En;F) le sous-espace vectoriel de P^(E1,…,En;F) formé des f tels que ∥f∥γ,R soit fini pour tout γ, muni de la topologie définie par les semi-normes f↦∥f∥γ,R. On a HR⊂H~R et l’injection de HR dans H~R est continue. L’espace H(E1,…,En;F) est la réunion des H~R(E1,…,En;F) et sa topologie est la topologie localement convexe la plus fine qui rende continues les injections des HR dans H.
Si f∈H(E1,…,En;F), on appelle indicatrice de convergence l’intérieur I~(f) de l’ensemble J~(f) des R∈(R+∗) tels que f∈H~R. On a :
e−1I~(f)⊂I(f)⊂I~(f) (où e est la base des logarithmes népériens). A partir de I~(f), on définit comme en 3.1.4. le domaine de convergence C~(f) et, lorsque n=1, le rayon de convergence ρ~(f). On a en particulier : e−1ρ~(f)≤ρ(f)≤ρ~(f).
3.1.6. Pour R∈(R+∗)n, on appelle polyboule (fermée) de centre 0 et de rayon R de E l’ensemble B(R) des x∈E tels que ∥xi∥≤Ri pour tout i. Si dimEi=1, on dit aussi polydisque. Si f∈H(E1,…,En;F), le domaine de convergence (resp. strict) de f est la réunion des polyboules B(R) pour R∈I~(f) (resp. R∈I(f)).
3.1.7. Soit f∈H(E1,…,En;F). Supposons F quasi-complet. Pour tout x∈C~(f), la famille des fa(x) est sommable dans F. Sa somme, notée f^(x) ou simplement f(x), est une fonction continue sur C~(f). Plus précisément, pour tout R tel que f∈H~R, la famille des fa(x) est uniformément sommable pour x∈B(R). L’application f↦f^ est une application linéaire continue injective de H~R dans l’espace des fonctions continues bornées sur B(R), muni de la topologie de la convergence uniforme.
3.1.8. Soient F1,…,Fm des espaces polynormés séparés et soit u une application m-linéaire continue de F1×⋯×Fm dans F. Soient fi∈H(E1,…,En;Fi) pour 1≤i≤m. La série formelle u(f1,…,fm) appartient à H(E1,…,En;F). On a:
C(u(f1,…,fm))⊃i⋂C(fi)
C~(u(f1,…,fm))⊃i⋂C~(fi)
et si x∈⋂iC~(fi), F et les Fi étant quasi-complets, on a:
u(f1,…,fm)(x)=u(f1(x),…,fm(x)).
3.1.9. Soient F1,…,Fm des espaces normés complets et supposons F quasi-complet. Soient f=(fi)1≤i≤m avec fi∈H(E1,…,En;Fi) et g∈H(F1,…,Fm;F), tels que (fi(0))1≤i≤m appartienne au domaine de convergence strict de g. Alors, pour tout α∈Nm, la série formelle gα∘f appartient à H(E1,…,En;F) et la famille des gα∘f est sommable dans H(E1,…,En;F) et afortiori dans P^(E1,…,En;F). Sa somme sera notée g∘f.
De manière plus précise, il existe R∈⋂iI(fi) et R′∈I(g) tels que ∥fi∥R<Ri′ pour 1≤i≤m. Sous ces conditions, la série formelle gα∘f appartient à HR(E1,…,En;F), et la famille des gα∘f est sommable dans HR(E1,…,En;F). Enfin, si x∈B(R), alors f(x)=(fi(x)) appartient à B(R′)⊂F1×⋯×Fm et on a:
g(f(x))=(g∘f)(x).
3.1.10. Supposons que Ei=K pour 1≤i≤n. L’espace P^(Kn;F) s’identifie alors à l’espace des séries formelles à n indéterminées X1,…,Xn à coefficients dans F et un élément de P^(Kn;F) s’écrit :
f=α∑Xαcαavec cα∈F.
Si R∈(R+∗)n et si γ est une semi-norme continue sur F, on a :
∥f∥γ,R=∥f∥γ,R=α∑Rα∥cα∥γ
On a I(f)=I~(f), C(f)=C~(f) et, lorsque n=1, ρ(f)=ρ~(f).
L’espace H(Kn;K) des séries convergentes à coefficients dans K se note aussi K{(X1,…,Xn)}; c’est une sous-algèbre de K[[X1,…,Xn]]. L’espace H(Kn;F) est un module sur K{(X1,…,Xn)} et si F est de dimension finie, ce module s’identifie à K{(X1,…,Xn)}⊗KF.
3.1.11. Soit f∈H(Kn;Km), représenté par un système de m séries convergentes fj(X1,…,Xn), à coefficients dans K. Soit de même g∈H(Km;Kp), représenté par un système de p séries convergentes gk(Y1,…,Ym)=∑gk,βYβ. L’élément h=g∘f de H(Kn;Kp) (cf. 3.1.9) est représenté par p séries formelles hk(X1,…,Xn), déterminées comme suit : pour α∈Nn et β∈Nm, soit cα,β le coefficient de Xα dans la série formelle fβ=∏fjβj; alors la famille (gk,βcα,β)β∈Nm est sommable dans K et a pour somme le coefficient de Xα dans hk.
3.1.12. Supposons F quasi-complet et soit E^i le complété de Ei. Tout polynôme-continu sur E1×⋯×En à valeurs dans F se prolonge par continuité en un polynôme-continu sur E^1×⋯×E^n, à valeurs dans F. On en déduit une bijection j de P^(E1,…,En;F) sur P^(E^1,…,E^n;F). Si f∈H(E1,…,En;F), alors j(f)∈H(E^1,…,E^n;F) et réciproquement. Les indicatrices de convergence strictes de f et de j(f) sont les mêmes.
3.1.13. On suppose que K=R, mais que F est muni d’une structure d’espace vectoriel complexe compatible avec sa structure d’espace vectoriel réel. Soit EiC=Ei⊗RC. Si y∈EiC, posons
y=infk∑∣ak∣⋅∥xk∥,
la borne inférieure étant étendue à toutes les familles finies de couples (xk,ak)∈Ei×C telles que y=∑kxk⊗ak. On obtient ainsi une norme sur l’espace vectoriel complexe EiC; cette norme prolonge la norme donnée sur Ei si l’on convient d’identifier x∈Ei à x⊗1. Soit h un R-polynôme-continu sur E1×⋯×En, à valeurs dans F, et homogène de multidegré α; il existe alors un C-polynôme-continu h~ sur E1C×⋯×EnC, et un seul, à valeurs dans F, prolongeant h, et homogène de multidegré α. On a
∥h~∥γ=∥h∥γ
pour toute semi-norme continue γ sur l’espace vectoriel complexe F.
Si f=∑αfα∈H(E1,…,En;F), alors f~=∑αf~α∈H(E1c,…,Enc;F). Les séries f et f~ ont même indicatrice de convergence stricte (et même rayon de convergence strict lorsque n=1).
Inversement, supposons K=C. Soient Ei0 et F0 les espaces sur R obtenus par restriction des scalaires. Si fα∈Pα(E1,…,En;F), alors fα∈Pα(E10,…,En0;F0). Si f=∑αfα∈H(E1,…,En;F), alors la série formelle f0=∑αfα∈P^(E10,…,En0;F0) est une série convergente. Les indicatrices de convergence (resp. les indicatrices de convergence strictes) de f et f0 sont identiques et on a f(x)=f0(x) pour tout x∈Cˉ(f)=Cˉ(f0).
3.2. Fonctions analytiques
3.2.1. Soient U un ouvert de E et f une application de U dans F. On dit que f est de classe Cω, ou K-analytique (ou simplement analytique) dans U si, pour tout point a de U, il existe une série convergente fα∈H(E;F) telle que f(a+x)=fα(x) pour tout x dans E assez voisin de zéro. Si K=R (resp. C), on dit encore que f est analytique réelle (resp. analytique complexe ou holomorphe). Les applications analytiques de U dans F forment un sous-espace vectoriel, noté Cω(U;F), de l’espace de toutes les applications de U dans F.
Pour a∈U, la série formelle fα est unique : on l’appelle le développement en série entière de f au point a. Si fα=∑α(fα)α (avec (fα)α∈Pα(E1,…,En;F)), on pose :
Δαf(a)=(fα)α.
3.2.2. Si f∈Cω(U;F), l’application Δαf:a↦Δαf(a) de U dans
Pα(E1,…,En;F)
est analytique. L’application Δα:f↦Δαf est une application K-linéaire de Cω(U;F) dans Cω(U;Pα(E1,…,En;F)). Pour a∈U, on a donc, pour α,β∈Nn, Δβ(Δαf)(a)∈Pβ(E1,…,En;Pα(E1,…,En;F)). Si x=(xi)∈E, on a donc (Δβ(Δαf)(a))(x)∈Pα(E1,…,En;F) et ((Δβ(Δαf)(a))(x))(x)∈F. Cet élément de F est égal à ((α,β))(Δα+βf(a))(x). On exprime ceci en écrivant :
Δβ∘Δα=((α,β))Δα+β.
3.2.3. Les indicatrices de convergence strictes (et les rayons de convergence stricts lorsque n=1) des développements en série entière de f et de Δαf en un même point a de U, sont identiques.
3.2.4. Soit f∈Cω(U;F). Alors f est strictement dérivable et indéfiniment dérivable dans U (si K=R, f est de classe C∞ dans U). Les dérivées itérées de f sont analytiques, et leurs valeurs en un point a sont des applications multilinéaires symétriques. On peut alors introduire la notation Dαf pour les dérivées partielles itérées comme au n° 2.4.2. On a :
α!Δαf(a)(h)=Dαf(a).(h,…,h)
quels que soient a∈U et h∈E, ce qu’on écrit :
α!Δαf=Dαf.
3.2.5. Soient U un ouvert de E et f,g deux applications analytiques de U dans F. Soit a∈U. Pour que f et g aient un contact d’ordre ≥k en a, il faut et il suffit que Δαf(a)=Δαg(a) pour tout α avec ∣α∣≤k. Si f et g ont un contact d’ordre infini en a, elles sont égales dans un voisinage de a. L’ensemble des points de U où f et g ont un contact d’ordre infini est ouvert et fermé.
En particulier, si U est connexe et s’il existe une partie ouverte non vide de U sur laquelle f et g sont égales, on a f=g (« principe du prolongement analytique »).
3.2.6. Soient U un ouvert de E et f une application analytique de U dans F. Si la dérivée Df de f est nulle, f est localement constante.
3.2.7. Supposons F quasi-complet et soit G un espace normé complet. Soit g une application analytique d’un ouvert U de E dans G et soit f une application analytique d’un ouvert V de G, contenant g(U), dans F. L’application composée f∘g est analytique dans U. Supposons en outre que 0∈U et que g(0)=0. Le développement de f∘g en série entière en 0 s’obtient alors en substituant, dans le développement de f en 0, le développement en série entière de g en 0 (3.1.9).
3.2.8. Soient F1,…,Fm des espaces polynormés séparés et u une application multilinéaire continue de F1×⋯×Fm dans F. Soient U un ouvert de E et fi∈Cω(U;Fi). La fonction u(f1,…,fm) est analytique, et son développement en série entière en un point a∈U est la série u((f1)a,…,(fm)a) (3.1.8).
3.2.9. On suppose F quasi-complet. Soit f∈H(E1,…,En;F); la fonction x↦f(x) (3.1.7) est analytique dans l’ouvert C(f), domaine de convergence strict de f. Si n=1 et si ∥a∥<ρ(f), le rayon de convergence strict du développement de f en série entière en a est au moins égal à ρ(f)−∥a∥. Si ρ(f)=+∞, on dit que f est une fonction entière.
3.2.10. Gardons les hypothèses de 3.2.9. Si K=C, les résultats de 3.2.9 restent exacts si l’on remplace C(f) par C~(f) et ρ(f) par ρ~(f) (pour n=1). Si K=R, la fonction x↦f(x) est analytique dans C~(f).
3.2.11. Supposons que Ei=K pour 1≤i≤n. Soient U un ouvert de Kn et f∈Cω(Kn;F). Si 0∈U et si f0=∑αXαcα est le développement en série entière de f en 0, le développement en série entière de Δαf en 0 s’écrit (après identification de Pα(Kn;F) avec F):
(Δαf)0=β∑((α,β))Xβcα+β.
On a en particulier pour 1≤i≤n et pour x∈C(f0):
∂if(x)=α∑(αi+1)xαcα+ei.
3.3 Fonctions holomorphes
Dans ce n°, on suppose que K=C.
3.3.1. On suppose F quasi-complet. Soient U un ouvert de E et f une application de U dans F. Les conditions suivantes sont équivalentes: (i) f est holomorphe; (ii) f est dérivable; (iii) f est localement bornée et quels que soient a∈U et h∈E, la fonction t↦f(a+th), définie dans un voisinage ouvert de 0 dans C, est holomorphe; (iv) f est localement bornée et pour toute forme linéaire continue u sur F, la fonction u∘f à valeurs dans C est holomorphe; (v) f est continue et localement bornée et il existe un ensemble total H du dual de F tel que u∘f soit holomorphe pour tout u∈H.
Lorsque E est de dimension finie (resp. lorsque F est un espace de Banach), ces conditions sont encore équivalentes aux conditions (iii'), (iv') ou (v') (resp. (iv') ou (v')) obtenues à partir de (iii), (iv) ou (v) (resp. (iv) ou (v)) en enlevant l’hypothèse « f est localement bornée ».
3.3.2. Supposons F quasi-complet. Soient U un ouvert de E et (fn) une suite d’applications holomorphes de U dans F, possédant la propriété suivante: (W) Tout point de U possède un voisinage dans lequel la suite (fn) converge uniformément. Alors la limite f de la suite (fn) est holomorphe, la suite des dérivées (Dfn) (à valeurs dans l’espace quasi-complet L(E;F)) possède la propriété (W) et Df est la limite de (Dfn).
3.3.3. Soient U un ouvert de E et f une application holomorphe de U dans F, supposé quasi-complet. Soit R=(Ri)∈(R+∗)n et supposons que la polyboule B(R) est contenue dans U et que f est bornée sur B(R). On a alors, pour tout α∈Nn et tout x=(xi)∈B(R):
Δαf(0)(x)=∫01⋯∫01f(e(θ1)x1,…,e(θn)xn)e(−α1θ1−⋯−αnθn) dθ1…dθn
(avec e(θ)=exp2πiθ).
Soit de plus γ une semi-norme continue sur F et soit M la borne supérieure de ∥f(x)∥γ pour ∥xi∥=Ri. On a ∥Δαf(0)(x)∥γ≤M pour tout x∈B(R) et ∥Δαf(0)∥γ≤MR−α. Enfin, le domaine de convergence du développement en série de f en 0 contient l'intérieur de la polyboule B(R).
3.3.4. Gardons les hypothèses de 3.3.3 et supposons de plus que Ei=C. Soit ∑αXαcα le développement en série de f en 0. On a:
cα=R−α∫01⋯∫01f(e(θ1)R1,…,e(θn)Rn)e(−α1θ1−⋯−αnθn) dθ1…dθn
et:
∥cα∥γ≤R−αx∈B(R)sup∥f(x)∥γ
(« inégalités de Cauchy »). Le domaine de convergence strict de la série ∑αXαcα contient l'intérieur de B(R).
3.3.5. Supposons E de dimension finie et F quasi-complet. Soit f une application holomorphe de E dans F. Il existe alors dans H(E;F) une série f0 et une seule, de rayon de convergence infini (pour toute norme sur E), telle que f(x)=f0(x) pour tout x∈E.
3.3.6. Si f est une application holomorphe de E dans F telle que f(E) soit borné, alors la fonction f est constante (« théorème de Liouville »).
3.3.7. On suppose que E=0. Soit f une application holomorphe d'un ouvert U de E dans F. Soient a un point de U et γ une semi-norme continue sur F. Pour tout voisinage V de a, contenu dans U, il existe x∈V,x=a, tel que:
∥f(a)∥γ≤∥f(x)∥γ.
Si de plus F=C et si f n'est pas constante au voisinage de a, on a ∣f(a)∣<supx∈V,x=a∣f(x)∣ et l'application f est ouverte au voisinage de a.
Enfin, soit B un ouvert borné d'adhérence contenue dans U et soit B' sa frontière. On a:
x∈Bsup∣f(x)∣=x∈B′sup∣f(x)∣
(« principe du maximum »).
3.3.8. Supposons E de dimension finie. Soient U un ouvert de E, S un sous-espace vectoriel de codimension ≥2 de E et f une application holomorphe de U∩(E−S) dans F. Alors f se prolonge par continuité en une application holomorphe de U dans F.
3.3.9. Supposons que E=C et soit 0≤λ<μ≤+∞. Soit f une application holomorphe de l’ouvert U={z∈C∣λ<∣z∣<μ} dans F. Il existe une famille (an(f))n∈Z et une seule d’éléments de F telle que, pour tout compact H de U, la famille (an(f)zn)n∈Z soit uniformément sommable de somme f(z) pour z décrivant H (« développement de Laurent »).
Supposons de plus λ=0. On appelle ordre de f au point x=0 la borne inférieure (finie ou infinie) de l’ensemble des entiers n tels que an(f)=0. S’il existe un voisinage V de 0 tel que f soit bornée dans V−{0}, alors f est d’ordre 0 au point x=0 et se prolonge par continuité en une fonction holomorphe sur l’ouvert ∣z∣<μ. Soit p un entier >0; si f est d’ordre −p au point x=0, on dit que 0 est un pôle d’ordre p de f.
3.3.10. Supposons que E=C et que F soit normé. Soit f une application holomorphe du disque unité ouvert U de E dans F, telle que f(0)=0 et soit M=supz∈U∥f(z)∥. On a alors ∥f(z)∥≤M⋅∣z∣ pour tout z∈U (« lemme de Schwarz »).
3.4. Fonctions analytiques réelles
Supposons que K=R.
3.4.1. Soient U un ouvert de E et f une application de U dans F, supposé quasi-complet.
Les conditions suivantes sont équivalentes: (i) f est analytique. (ii) f est de classe C∞ et, pour tout a∈U, il existe un voisinage Va de a et un nombre réel M tels que, pour toute semi-norme γ continue sur F, il existe une constante Aγ telle que l’on ait
∥Δαf(x)∥γ≤AγM∣α∣pour tout x∈Va et tout α∈Nn.
3.4.2. Soient U un ouvert de E et f une application de U dans F. Si F est quasi-complet, et si son dual fort F′ est un espace de Baire, alors f est analytique si et seulement si u∘f est analytique pour tout u∈F′.