Bourbaki

§ 13. Distributions ponctuelles

13.1. Tenseurs symétriques et espaces de Banach

13.1.1. Soit E un module sur un anneau commutatif A. Si n est un entier ≥0\geq 0, on note TSn(E)TS^n(E) le module des tenseurs symétriques de rang n de E (A, III, p. 71 et A, IV, § 5, no 2); la somme directe des TSn(E)TS^n(E) est notée TS(E)TS(E). Si r est un entier, soit l’un des symboles ∞,ω\infty,\omega, on pose

TS(r)(E)=⨁n≤rTSn(E)etTS(r)+(E)=⨁1≤n≤rTSn(E); TS^{(r)}(E)=\bigoplus_{n\leq r}TS^n(E)\quad\text{et}\quad TS^{(r)+}(E)=\bigoplus_{1\leq n\leq r}TS^n(E);

par suite, si r≥0r\geq 0, TSr(E)TS^{r}(E) est somme directe de TS(0)(E)=ATS^{(0)}(E)=A et de TS(r)+(E)TS^{(r)+}(E). On a TS(1)+(E)=ETS^{(1)+}(E)=E et TS(∞)(E)=TS(ω)(E)=TS(E)TS^{(\infty)}(E)=TS^{(\omega)}(E)=TS(E).

Si nn est un entier ≥0\geq 0, et si x∈Ex\in E, on note γn(x)\gamma_n(x) l’élément x⊗⋯⊗xx\otimes\cdots\otimes x de TSn(E)TS^n(E); pour n=0n=0, γ0(x)=1\gamma_0(x)=1.

13.1.2. (« Applications polynomiales »). On suppose que A est intègre infini et que E est un A-module libre. Soit F un A-module. Une application f:E→Ff:E\rightarrow F est dite polynomiale homogène de degré n si elle satisfait aux conditions équivalentes suivantes (cf. A, IV, § 5, no 9):

a) Il existe une application linéaire f~:TSn(E)→F\tilde f:TS^n(E)\rightarrow F telle que f(x)=f~(γn(x))f(x)=\tilde f(\gamma_n(x)) pour tout x∈Ex\in E.

b) Il existe une application multilinéaire u:En→Fu:E^n\rightarrow F telle que f(x)=u(x,…,x)f(x)=u(x,\ldots,x) pour tout x∈Ex\in E.

Supposons que ce soit le cas. L’application f~\tilde f vérifiant a) est alors unique; si t∈TSn(E)t\in TS^n(E), on note ⟨f,t⟩\langle f,t\rangle l’élément f~(t)\tilde f(t). Si u:En→Fu:E^n\rightarrow F vérifie b), l’application linéaire correspondante de ⊗nE\otimes^nE dans F coïncide dans le sous-module TSn(E)TS^n(E). Lorsque n!n! est inversible dans A, on peut choisir uu symétrique, et cela de façon unique.

13.1.3. Soient E un espace de Banach sur K et F un espace polynômé séparé sur K. Soient U un voisinage ouvert de 0 dans E, f:U→Ff:U\rightarrow F une application de classe CrC^r (r∈NKr\in\mathbf{N}_K), et tt un élément de TS(r)(E)TS^{(r)}(E), cf. 13.1.1 (appliqué à l’anneau A=KA=K). Soit kk un entier ≤r\leq r tel que t∈TS(k)(E)t\in TS^{(k)}(E). On peut décomposer tt et ff de façon unique en

t=t0+⋯+tk,avec ti∈TSi(E) t=t_0+\cdots+t_k,\qquad \text{avec }t_i\in TS^i(E)

et

f=f0+⋯+fk+h, f=f_0+\cdots+f_k+h,

où fif_i est un polynôme-continu homogène de degré ii (0≤i≤k0 \leq i \leq k) et où hh a un contact d’ordre ≥k\geq k avec 0 au point 0. On pose alors

⟨f,t⟩=∑i=0k⟨fi,ti⟩; \langle f, t \rangle = \sum_{i=0}^{k} \langle f_i, t_i \rangle;

c’est un élément de F qui ne dépend pas du choix de kk.

13.1.4. Soient E et E’ deux espaces de Banach, U un voisinage ouvert de 0 dans E et φ:U→E′\varphi : U \to E' une application de classe CrC^r telle que φ(0)=0\varphi(0) = 0. Soit t∈TS(r)(E)t \in TS^{(r)}(E). Il existe un élément t′∈TS(r)(E′)t' \in TS^{(r)}(E') et un seul tel que, quels que soient l’espace polynormé séparé F, le voisinage ouvert U’ de 0 dans E’, et l’application f:U′→Ff : U' \to F de classe CrC^r, on ait

(*)

⟨f,t′⟩=⟨f∘φ,t⟩. \langle f, t' \rangle = \langle f \circ \varphi, t \rangle.

Cet élément t′t' se note φ∗(t)\varphi_*(t). L’application

φ∗:TS(r)(E)→TS(r)(E′) \varphi_* : TS^{(r)}(E) \to TS^{(r)}(E')

ainsi définie est linéaire.

13.2. Distributions ponctuelles

Dans ce numéro, X désigne une variété de classe CrC^r, et xx un point de X.

13.2.1. Soit A\mathscr{A} l’ensemble des couples (c,t)(c, t), où c=(U,φ,E)c = (U, \varphi, E) est une carte de X centrée en xx, et où t∈TS(r)(E)t \in TS^{(r)}(E). Deux éléments ((U,φ,E),t)((U, \varphi, E), t) et ((U′,φ′,E′),t′)((U', \varphi', E'), t') de A\mathscr{A} sont dits équivalents si t′=γ∗(t)t' = \gamma_*(t), où γ=φ′∘φ−1\gamma = \varphi' \circ \varphi^{-1}. On obtient ainsi une relation d’équivalence sur A\mathscr{A}; une classe d’équivalence pour cette relation est appelée une distribution ponctuelle en xx sur X.

Soit Tx(r)(X)T_x^{(r)}(X) l’ensemble des distributions ponctuelles en xx sur X. Si cc est une carte de X centrée en xx, l’application

θc:TS(r)(E)→Tx(r)(X) \theta_c : TS^{(r)}(E) \to T_x^{(r)}(X)

qui, à tt, fait correspondre la classe de (c,t)(c, t), est une bijection. Dans tout ce qui suit, on munit Tx(r)(X)T_x^{(r)}(X) de la structure de K-espace vectoriel obtenue en transportant celle de TS(r)(E)TS^{(r)}(E) par θc\theta_c; cette structure ne dépend pas du choix de cc. De même, si k≤rk \leq r, on note Tx(k)(X)T_x^{(k)}(X) et Tx(k)+(X)T_x^{(k)+}(X) les images de TS(k)(E)TS^{(k)}(E) et TS(k)+(E)TS^{(k)+}(E) par θc\theta_c; elles ne dépendent pas du choix de cc. Un élément de Tx(r)(X)T_x^{(r)}(X) est dit d’ordre ≤k\leq k s’il appartient à Tx(k)(X)T_x^{(k)}(X). On a

Tx(k)(X)=Tx(0)(X)⊕Tx(k)+(X). T_x^{(k)}(X) = T_x^{(0)}(X) \oplus T_x^{(k)+}(X).

Il existe un élément et un seul εx\varepsilon_x de Tx(0)(X)T_x^{(0)}(X) tel que l’on ait θc(1)=εx\theta_c(1) = \varepsilon_x pour toute carte cc de X centrée en xx. Si tt est une distribution ponctuelle en xx, on appelle terme constant de tt l’élément λ\lambda de K tel que t−λεx∈Tx(r)+(X)t - \lambda \varepsilon_x \in T_x^{(r)+}(X); on dit que tt est sans terme constant si son terme constant est nul.

13.2.2. Soit F un espace polynormé séparé, et soit ff une fonction de classe CrC^r à valeurs dans F, définie sur un voisinage de xx. Soit tt une distribution ponctuelle en xx sur X.

Considérons une carte c=(U,φ,E)c = (U, \varphi, E) de XX centrée en xx, et posons fc=f∘φ−1f_c = f \circ \varphi^{-1} et tc=θc−1(t)t_c = \theta_c^{-1}(t); l’élément ⟨fc,tc⟩\langle f_c, t_c \rangle de FF défini en 13.1.3 ne dépend pas du choix de cc; on le note ⟨f,t⟩\langle f, t \rangle. On a εx(f)=f(x)\varepsilon_x(f) = f(x).¹ Le terme constant de tt est ⟨1,t⟩\langle 1, t \rangle.

Si F′F' est un espace polynormé séparé et si u:F→F′u : F \to F' est linéaire continue, on a ⟨u∘f,t⟩=u(⟨f,t⟩)\langle u \circ f, t \rangle = u(\langle f, t \rangle).

Supposons que FF soit un espace de Banach, et que tt soit d’ordre ≤k\leq k, avec kk fini. Soit j∈Jxk(X,F)j \in J_x^k(X, F), cf. 12.1.2, et soit f∈jf \in j. Alors ⟨f,t⟩\langle f, t \rangle ne dépend que du jet jj; on le note ⟨j,t⟩\langle j, t \rangle. L’application de Tx(k)(X)×Jxk(X,F)T_x^{(k)}(X) \times J_x^k(X, F) dans FF ainsi définie est bilinéaire. Lorsque F=KF = K, on a posé Jxk(X,F)=Pxk(X)J_x^k(X, F) = P_x^k(X), cf. 12.6.2, et l’on obtient une forme bilinéaire sur Tx(k)(X)×Pxk(X)T_x^{(k)}(X) \times P_x^k(X).

13.2.3. Soit φ:X→Y\varphi : X \to Y un morphisme de variétés de classe CrC^r et soit y=φ(x)y = \varphi(x). Soit c=(U,ψ,E)c = (U, \psi, E) une carte de XX centrée en xx et soit c′=(U′,ψ′,E′)c' = (U', \psi', E') une carte de YY centrée en yy; soit φ~\tilde{\varphi} l’expression de φ\varphi dans ces cartes (5.3.2), et soit φ~∗\tilde{\varphi}_* l’application correspondante de TS(r)(E)TS^{(r)}(E) dans TS(r)(E′)TS^{(r)}(E'), cf. 13.1.4. Il existe une application linéaire et une seule, notée Tx(r)(φ)T_x^{(r)}(\varphi) ou φ∗\varphi_*, de Tx(r)(X)T_x^{(r)}(X) dans Ty(r)(Y)T_y^{(r)}(Y), rendant commutatif le diagramme

TS(r)(E)→φ~∗TS(r)(E′)↓θc↓θcTx(r)(X)→φ∗Ty(r)(Y). \begin{array}{ccc} TS^{(r)}(E) & \xrightarrow{\tilde{\varphi}_*} & TS^{(r)}(E') \\ \downarrow_{\theta_c} & & \downarrow_{\theta_c} \\ T_x^{(r)}(X) & \xrightarrow{\varphi_*} & T_y^{(r)}(Y). \end{array}

Cette application ne dépend pas du choix de cc et c′c'. Si t∈Tx(r)(X)t \in T_x^{(r)}(X), on dit que φ∗(t)\varphi_*(t) est l’*image* de tt par φ\varphi. On a φ∗(εx)=εy\varphi_*(\varepsilon_x) = \varepsilon_y. Si k≤rk \leq r, on a

φ∗(Tx(k)(X))⊂Ty(k)(Y)etφ∗(Tx(k)+(X))⊂Ty(k)+(Y). \varphi_*(T_x^{(k)}(X)) \subset T_y^{(k)}(Y) \quad \text{et} \quad \varphi_*(T_x^{(k)+}(X)) \subset T_y^{(k)+}(Y).

Si φ′:X→Y\varphi' : X \to Y est un morphisme de classe CrC^r appliquant xx sur yy, on a φ∗=φ∗′\varphi_* = \varphi'_* si et seulement si jxr(φ)=jxr(φ′)j_x^r(\varphi) = j_x^r(\varphi'), cf. 12.1.

Si φ\varphi est une immersion (resp. une submersion) en xx, φ∗\varphi_* est injectif (resp. surjectif); la réciproque est vraie si dim⁡yY<+∞\dim_y Y < +\infty.

Si φ′:Y→Z\varphi' : Y \to Z est un morphisme de variétés de classe CrC^r, et si t∈Tx(r)(X)t \in T_x^{(r)}(X), on a (φ′∘φ)∗(t)=φ∗′(φ∗(t))(\varphi' \circ \varphi)_*(t) = \varphi'_*(\varphi_*(t)).

Soit FF un espace polynormé séparé, et soit ff une fonction de classe CrC^r à valeurs dans FF, définie dans un voisinage de yy. On a alors

(1)(1)
⟨f,φ∗(t)⟩=⟨f∘φ,t⟩pour tout t∈Tx(r)(X). \langle f, \varphi_*(t) \rangle = \langle f \circ \varphi, t \rangle \quad \text{pour tout } t \in T_x^{(r)}(X).
Pour tt donné, les relations (1) (pour ff et FF variables) caractérisent φ∗(t)\varphi_*(t); lorsque dim⁡yY<+∞\dim_y Y < +\infty, on peut se borner à F=KF = K.

13.2.4. Supposons que XX soit une sous-variété ouverte d’un espace de Banach EE. Notons φx\varphi_x l’application y↦y−xy \mapsto y - x de XX dans EE; la carte c=(X,φx,E)c = (X, \varphi_x, E) est centrée

¹ Lorsque K=RK = \mathbf{R} ou C\mathbf{C} et que XX est localement compacte, la formule précédente conduit à identifier la distribution ponctuelle εx\varepsilon_x à la mesure de Dirac εx\varepsilon_x définie en JNT, III, § 1, n° 3. Plus généralement, toute mesure à support fini dans XX s’identifie à une distribution à support fini au sens du n° 13.6.

en xx. On identifie alors Tx(r)(X)T_x^{(r)}(X) à TS(r)(E)TS^{(r)}(E) au moyen de θc−1\theta_c^{-1}; en particulier, on a Tx(∞)(X)=TS(E)T_x^{(\infty)}(X) = TS(E).

Soit FF un espace de Banach, soit u:E→Fu : E \to F une application linéaire continue, et soient x∈E,y∈Fx \in E, y \in F tels que u(x)=yu(x) = y. Identifions comme ci-dessus Tx(∞)(E)T_x^{(\infty)}(E) à TS(E)TS(E) et Ty(∞)(F)T_y^{(\infty)}(F) à TS(F)TS(F). L’application

u∗:TS(E)→TS(F)(cf. 13.2.3) u_* : TS(E) \to TS(F) \quad (\text{cf. } 13.2.3)
coincide avec l’application TS(u)TS(u) induite par le prolongement canonique de uu à l’algèbre tensorielle.

13.2.5. Si k≤rk \leq r, on note T(k)(X)T^{(k)}(X) (resp. T(k)+(X)T^{(k)+}(X)) l’ensemble somme des Ta(k)(X)T_a^{(k)}(X) (resp. des Ta(k)+(X)T_a^{(k)+}(X)) pour a∈Xa \in X. Une application t:X→T(k)(X)t : X \to T^{(k)}(X) telle que t(a)∈Ta(k)(X)t(a) \in T_a^{(k)}(X) pour tout a∈Xa \in X s’appelle un champ de distributions ponctuelles d’ordre ≤k\leq k.

Supposons kk fini et XX localement de dimension finie. Pour tout a∈Xa \in X, la forme bilinéaire (j,t)↦⟨j,t⟩(j, t) \mapsto \langle j, t \rangle (cf. 13.2.2) définit un isomorphisme iai_a de Ta(k)(X)T_a^{(k)}(X) sur le dual Pak(X)∗P_a^k(X)^* de Pak(X)P_a^k(X). Les iai_a définissent une bijection i:T(k)(X)→Pk(X)∗i : T^{(k)}(X) \to P^k(X)^*, où Pk(X)∗P^k(X)^* désigne le dual du fibré vectoriel Pk(X)P^k(X); par transport de structure au moyen de i−1i^{-1}, on munit T(k)(X)T^{(k)}(X) d’une structure de fibré vectoriel de base XX et de classe Cr−kC^{r-k}. Un champ de distributions ponctuelles d’ordre ≤k\leq k est dit de classe CsC^s, avec s≤r−ks \leq r - k, si c’est une section de classe CsC^s du fibré T(k)(X)T^{(k)}(X).

Soit φ:X→Y\varphi : X \to Y un morphisme de variétés de classe CrC^r et supposons que YY soit, comme XX, localement de dimension finie. Alors φ∗:T(k)(X)→T(k)(Y)\varphi_* : T^{(k)}(X) \to T^{(k)}(Y) est un φ\varphi-morphisme de fibrés vectoriels de classe Cr−kC^{r-k}.

13.2.6. Soit kk un entier tel que 0≤k≤r0 \leq k \leq r. Si UU est un ouvert d’un espace de Banach EE de dimension finie, le fibré vectoriel T(k)(U)T^{(k)}(U) s’identifie, grâce à 13.2.4, au fibré trivial de fibre TS(k)(E)TS^{(k)}(E).

Prenons en particulier E=KnE = K^n, avec n≥0n \geq 0, et soit (e1,…,en)(e_1, \ldots, e_n) la base canonique de EE. Si α=(α1,…,αn)\alpha = (\alpha_1, \ldots, \alpha_n) est un élément de Nn\mathbf{N}^n, notons Δα\Delta^\alpha l’élément γα1(e1)…γαn(en)\gamma_{\alpha_1}(e_1) \ldots \gamma_{\alpha_n}(e_n) de TS(E)TS(E) (le produit utilisé étant le produit symétrique des tenseurs symétriques, cf. A, IV, § 5, n° 3).(1) Les Δα\Delta^\alpha, pour ∣α∣≤k|\alpha| \leq k, forment une base de TS(k)(E)TS^{(k)}(E); si a∈Kna \in K^n, on note Δaα\Delta_a^\alpha les éléments correspondants de Ta(k)(E)T_a^{(k)}(E). Soient FF un espace polynormé séparé, et ff une fonction de classe CrC^r, à valeurs dans FF, définie au voisinage de aa; si α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n, l’élément ⟨f,Δaα⟩\langle f, \Delta_a^\alpha \rangle coïncide avec l’élément (Δαf)(a)(\Delta^\alpha f)(a) défini en 2.5.3, 3.2.1 et 4.2.1.

Supposons XX localement de dimension finie, et soit ξ=(ξ1,…,ξn)\xi = (\xi^1, \ldots, \xi^n) un système de coordonnées de XX dans un ouvert UU. Si a∈Ua \in U et si α\alpha est un multi-indice tel que ∣α∣≤k|\alpha| \leq k, on note (Δξα)a(\Delta_\xi^\alpha)_a la distribution ponctuelle en aa dont l’image par ξ\xi est la distribution ponctuelle Δξ(a)α\Delta_{\xi(a)}^\alpha sur KnK^n; les champs de distributions

Δξα:a↦(Δξα)a(∣α∣≤k) \Delta_\xi^\alpha : a \mapsto (\Delta_\xi^\alpha)_a \quad (|\alpha| \leq k)
forment un repère sur UU du fibré vectoriel T(k)(X)T^{(k)}(X). Si f:U→Ff : U \to F est de classe CrC^r, on pose ⟨f,(Δξα)a⟩=Δξαf(a)\langle f, (\Delta_\xi^\alpha)_a \rangle = \Delta_\xi^\alpha f(a) et l’on note Δξαf\Delta_\xi^\alpha f la fonction a↦Δξαf(a)a \mapsto \Delta_\xi^\alpha f(a); c’est une fonction de classe Cr−kC^{r-k} dans UU.

(1) Si m=∣α∣m = |\alpha| et si Σ\Sigma est l’ensemble des applications σ\sigma de {1,…,m}\{1, \ldots, m\} dans {1,…,n}\{1, \ldots, n\} telles que Card σ−1(i)=αi\mathrm{Card}\, \sigma^{-1}(i) = \alpha_i, on a

Δα=γα1(e1)…γαn(en)=∑σ∈Σeσ(1)⊗⋯⊗eσ(n),cf. A, IV, § 5, n° 4. \Delta^\alpha = \gamma_{\alpha_1}(e_1) \ldots \gamma_{\alpha_n}(e_n) = \sum_{\sigma \in \Sigma} e_{\sigma(1)} \otimes \cdots \otimes e_{\sigma(n)}, \quad \text{cf. A, IV, § 5, n° 4.}

13.3. Distributions ponctuelles et espaces tangents

Dans ce no, X désigne une variété de classe CrC^r.

13.3.1. Soit x∈Xx \in X et soit kk un entier ≤r\leq r. Soit c=(U,φ,E)c=(U,\varphi,E) une carte de XX centrée en xx; l’isomorphisme θc:TS(X)(E)→Tx(X)\theta_c:T^S(X)(E)\to T_x(X) défini en 13.2.1 applique TS(k)(E)T^S{}^{(k)}(E) sur Tx(k)(X)T_x^{(k)}(X) et TS(k−1)(E)T^S{}^{(k-1)}(E) sur Tx(k−1)(X)T_x^{(k-1)}(X); par restriction et passage au quotient, il induit un isomorphisme

θc,k:TS(k)(E)=TS(k)(E)/TS(k−1)(E)⟶Tx(k)(X)/Tx(k−1)(X). \theta_{c,k}:T^S{}^{(k)}(E)=T^S{}^{(k)}(E)/T^S{}^{(k-1)}(E)\longrightarrow T_x^{(k)}(X)/T_x^{(k-1)}(X).

D’autre part, cc définit un isomorphisme, déjà noté θc\theta_c, de EE sur l’espace tangent Tx(X)T_x(X), cf. 5.5.1. Notons iki_k le composé

Tx(k)(X)/Tx(k−1)(X)→θc,k−1TS(k)(E)→TS(θc)TS(k)(Tx(X)). T_x^{(k)}(X)/T_x^{(k-1)}(X)\xrightarrow{\theta_{c,k}^{-1}}T^S{}^{(k)}(E)\xrightarrow{T^S(\theta_c)}T^S{}^{(k)}(T_x(X)).

L’isomorphisme iki_k est indépendant du choix de cc; pour k=1k=1, on l’utilise pour identifier Tx(1)(X)=Tx(1)(X)/Tx(0)(X)T_x^{(1)}(X)=T_x^{(1)}(X)/T_x^{(0)}(X) à l’espace tangent Tx(X)T_x(X). Si t∈Tx(k)(X)t\in T_x^{(k)}(X), on se permet de noter ik(t)i_k(t) l’image par iki_k de la classe de tt modulo Tx(k−1)(X)T_x^{(k-1)}(X).

Posons

gr⁡kTx(r)(X)=Tx(k)(X)/Tx(k−1)(X) \operatorname{gr}_k T_x^{(r)}(X)=T_x^{(k)}(X)/T_x^{(k-1)}(X)

et

gr⁡Tx(r)(X)=⨁0≤k≤rgr⁡kTx(r)(X). \operatorname{gr}T_x^{(r)}(X)=\bigoplus_{0\leq k\leq r}\operatorname{gr}_k T_x^{(r)}(X).

On dit que gr⁡Tx(r)(X)\operatorname{gr}T_x^{(r)}(X) est le gradué associé à la filtration croissante (Tx(k)(X))k≤r(T_x^{(k)}(X))_{k\leq r} de Tx(r)(X)T_x^{(r)}(X). Les iki_k définissent un isomorphisme d’espaces vectoriels gradués

i:gr⁡Tx(r)(X)⟶TS(r)(Tx(X)). i:\operatorname{gr}T_x^{(r)}(X)\longrightarrow T^S{}^{(r)}(T_x(X)).

Si r=∞r=\infty ou ω\omega, ii est un isomorphisme de gr⁡Tx(r)(X)\operatorname{gr}T_x^{(r)}(X) sur TS(Tx(X))T^S(T_x(X)). Lorsque l’on désire préciser xx (ou XX, ou les deux), on écrit ixi_x (ou iXi_X, ou ix,Xi_{x,X}) à la place de ii.

13.3.2. Outre les hypothèses ci-dessus, supposons que XX soit localement de dimension finie. Les isomorphismes iki_k relatifs aux différents points de XX définissent un isomorphisme de fibrés vectoriels

ik:T(k)(X)/T(k−1)(X)⟶TS(k)(T(X)) i_k:T^{(k)}(X)/T^{(k-1)}(X)\longrightarrow TS^{(k)}(T(X))

où TS(k)(T(X))TS^{(k)}(T(X)) désigne le fibré vectoriel de classe Cr−1C^{r-1} déduit de T(X)T(X) par le foncteur vectoriel en dimension finie TS(k)TS^{(k)} (cf. 7.6.5). Pour k≥1k\geq 1, iki_k est un isomorphisme de classe Cr−kC^{r-k}; pour k=0k=0, c’est l’application identique du fibré trivial KXK_X.

13.3.3. Exemple. — Les hypothèses étant comme ci-dessus, soit ξ=(ξ1,…,ξn)\xi=(\xi^1,\ldots,\xi^n) un système de coordonnées de XX en xx. Notons (∂i)1≤i≤n(\partial_i)_{1\leq i\leq n} la base de Tx(X)T_x(X) définie par ξ\xi (cf. 5.5.8) et notons (Δxα)∣α∣≤k(\Delta^\alpha_x)_{|\alpha|\leq k} celle de Tx(k)(X)T_x^{(k)}(X) définie en 13.2.6. On a :

ik(Δxα)=0si ∣α∣<k i_k(\Delta^\alpha_x)=0 \qquad \text{si } |\alpha|<k
ik(Δxα)=γα1(∂1,x)⋯γαn(∂n,x)si ∣α∣=k. i_k(\Delta^\alpha_x)=\gamma_{\alpha_1}(\partial_1,x)\cdots\gamma_{\alpha_n}(\partial_n,x) \qquad \text{si } |\alpha|=k.

[^1]

13.3.4. Supposons que K soit de caractéristique zéro ou que X soit localement de dimension finie. Soit k un entier tel que 0≤k≤r0 \leq k \leq r et soit x∈Xx \in X; soit F un espace de Banach. D’après 12.6.8, on a une suite exacte

(i)

0→Pk(Tx(X);F)→iPxk(FX)→σPxk−1(FX)→0, 0 \to P_k(T_x(X); F) \xrightarrow{i} P_x^k(F_X) \xrightarrow{\sigma} P_x^{k-1}(F_X) \to 0,
avec σ=rk,k−1\sigma = r^{k, k-1}. D’autre part, d’après 13.3.1, on a une suite exacte

(ii)

0←TSk(Tx(X))←iTx(k)(X)←sTx(k−1)(X)←0, 0 \leftarrow TS^k(T_x(X)) \xleftarrow{i} T_x^{(k)}(X) \xleftarrow{s} T_x^{(k-1)}(X) \leftarrow 0,
où s est l’inclusion de Tx(k−1)(X)T_x^{(k-1)}(X) dans Tx(k)(X)T_x^{(k)}(X) et i=iki = i_k. Ces suites exactes sont « accouplées dans F ». Plus précisément, écrivons-les sous la forme:

(i)

0→A→iB→σC→0 0 \to A \xrightarrow{i} B \xrightarrow{\sigma} C \to 0

(ii)

0←A′←iB′←sC′←0. 0 \leftarrow A' \xleftarrow{i} B' \xleftarrow{s} C' \leftarrow 0.

Si a∈Aa \in A et a′∈A′a' \in A', l’élément ⟨a,a′⟩\langle a, a' \rangle de F est défini par 13.1.2; si b∈Bb \in B et b′∈B′b' \in B', (resp. si c∈Cc \in C et c′∈C′c' \in C'), l’élément ⟨b,b′⟩\langle b, b' \rangle (resp. ⟨c,c′⟩\langle c, c' \rangle) de F est défini par 13.2.2; on a alors:

⟨ia,b′⟩=⟨a,ib′⟩et⟨σb,c′⟩=⟨b,sc′⟩sia∈A, b∈B, b′∈B′, c′∈C′. \langle ia, b' \rangle = \langle a, ib' \rangle \quad \text{et} \quad \langle \sigma b, c' \rangle = \langle b, sc' \rangle \quad \text{si} \quad a \in A,\ b \in B,\ b' \in B',\ c' \in C'.

13.3.5. Soit Y une variété de classe CrC^r, soit φ:X→Y\varphi : X \to Y un morphisme de classe CrC^r et soient x∈X, y∈Yx \in X,\ y \in Y tels que y=φ(x)y = \varphi(x). L’application φ∗:Tx(r)(X)→Ty(r)(Y)\varphi_* : T_x^{(r)}(X) \to T_y^{(r)}(Y) définie en 13.2.3 est compatible avec les filtrations de ces espaces; elle définit par passage aux gradués associés une application linéaire

gr⁡(φ∗):gr⁡ Tx(r)(X)→gr⁡ Ty(r)(Y). \operatorname{gr}(\varphi_*) : \operatorname{gr}\ T_x^{(r)}(X) \to \operatorname{gr}\ T_y^{(r)}(Y).
Notons d’autre part TS(r)(Tx(φ))TS^{(r)}(T_x(\varphi)) l’application de TS(r)(Tx(X))TS^{(r)}(T_x(X)) dans TS(r)(Ty(Y))TS^{(r)}(T_y(Y)) induite par le prolongement canonique TS(Tx(φ))TS(T_x(\varphi)) de Tx(φ)T_x(\varphi). Le diagramme

gr⁡ Tx(r)(X)→gr⁡(φ∗)gr⁡ Ty(r)(Y)↓iX,x↓iY,yTS(r)(Tx(X))→TS(r)(Tx(φ))TS(r)(Ty(Y)) \begin{array}{ccc} \operatorname{gr}\ T_x^{(r)}(X) & \xrightarrow{\operatorname{gr}(\varphi_*)} & \operatorname{gr}\ T_y^{(r)}(Y) \\ \downarrow^{i_{X,x}} & & \downarrow^{i_{Y,y}} \\ TS^{(r)}(T_x(X)) & \xrightarrow{TS^{(r)}(T_x(\varphi))} & TS^{(r)}(T_y(Y)) \end{array}

est commutatif.

13.3.6. Supposons que K soit de caractéristique zéro. En utilisant les isomorphismes φM:Sk(M)→TSk(M)\varphi_M : S^k(M) \to TS^k(M) définis en A, IV, § 5, n° 8, on peut remplacer, dans tout ce qui précède, les TSk(Tx(X))TS^k(T_x(X)) par les puissances symétriques k-ièmes Sk(Tx(X))S^k(T_x(X)) de l’espace tangent Tx(X)T_x(X).

13.4. Produit tensoriel de distributions ponctuelles

13.4.1. Soient X1X_1 et X2X_2 deux variétés de classe CrC^r, soient x1∈X1, x2∈X2x_1 \in X_1,\ x_2 \in X_2 et t1∈Tx1(k1)(X1), t2∈Tx2(k2)(X2)t_1 \in T_{x_1}^{(k_1)}(X_1),\ t_2 \in T_{x_2}^{(k_2)}(X_2) avec k1+k2≤rk_1 + k_2 \leq r. Posons X=X1×X2, x=(x1,x2)X = X_1 \times X_2,\ x = (x_1, x_2) et k = k_1 + k_2. Pour i = 1, 2, soit c_i = (U_i, \varphi_i, E_i) une carte de X_i centrée en x_i et notons t~i\tilde{t}_i l’élément de TS(E_i) tel que θc(t~i)=ti\theta_c(\tilde{t}_i) = t_i, cf. 13.2.1. Soit σ\sigma l’isomorphisme canonique de TS(E_1) ⊗\otimes TS(E_2) sur TS(E_1 ×\times E_2), cf. A, IV, § 5, n° 5. L’élément σ(t~1⊗t~2)\sigma(\tilde{t}_1 \otimes \tilde{t}_2) est le produit symétrique de t~1\tilde{t}_1 et t~2\tilde{t}_2 (identifiés à des éléments de TS(E_1 ×\times E_2) grâce aux injections canoniques TS(E_i) →\to TS(E_1 ×\times E_2)); il appartient à TS^{(k)}(E_1 ×\times E_2). Posons c=c1×c2c = c_1 \times c_2; c’est une carte de X centrée en x. L’image par θc\theta_c de σ(t~1⊗t~2)\sigma(\tilde{t}_1 \otimes \tilde{t}_2) est un élément de T_x^{(k)}(X), qui ne dépend pas du choix des cartes cic_i. On l’appelle le produit direct, ou le produit tensoriel symétrique (ou même simplement le produit tensoriel) de t1t_1 et t2t_2 et on le note t1×t2t_1 \times t_2 ou t1⊗t2t_1 \otimes t_2.

On a εx1⊗εx2=εx\varepsilon_{x_1} \otimes \varepsilon_{x_2} = \varepsilon_x. Le terme constant de t1⊗t2t_1 \otimes t_2 est le produit des termes constants de t1t_1 et de t2t_2.

L’isomorphisme (y1,y2)↦(y2,y1)(y_1, y_2) \mapsto (y_2, y_1) de X1×X2X_1 \times X_2 sur X2×X1X_2 \times X_1 transforme t1⊗t2t_1 \otimes t_2 en t2⊗t1t_2 \otimes t_1.

13.4.2 (« Associativité et fonctorialité »). Soient XiX_i (i=1,2,3i = 1, 2, 3) des variétés de classe CrC^r, et soient xi∈Xix_i \in X_i, ti∈Txi(ki)(Xi)t_i \in T^{(k_i)}_{x_i}(X_i) avec k1+k2+k3≤rk_1 + k_2 + k_3 \leq r. On a

(t1⊗t2)⊗t3=t1⊗(t2⊗t3); (t_1 \otimes t_2) \otimes t_3 = t_1 \otimes (t_2 \otimes t_3);
on note cette distribution ponctuelle t1⊗t2⊗t3t_1 \otimes t_2 \otimes t_3. On définit de même des produits tensoriels finis quelconques.

Soient φ1:X1→Y1\varphi_1 : X_1 \to Y_1 et φ2:X2→Y2\varphi_2 : X_2 \to Y_2 des morphismes de variétés de classe CrC^r, et soient t1∈T(k1)(X1)t_1 \in T^{(k_1)}(X_1), t2∈T(k2)(X2)t_2 \in T^{(k_2)}(X_2) avec k1+k2≤rk_1 + k_2 \leq r. On a

(φ1×φ2)∗(t1⊗t2)=φ1∗(t1)⊗φ2∗(t2). (\varphi_1 \times \varphi_2)_*(t_1 \otimes t_2) = \varphi_{1*}(t_1) \otimes \varphi_{2*}(t_2).

13.4.3. Les notations étant celles de 13.4.1, soient F1,F2F_1, F_2 et F des espaces polynormés séparés, et (u1,u2)↦u1.u2(u_1, u_2) \mapsto u_1 . u_2 une application bilinéaire continue de F1×F2F_1 \times F_2 dans F. Soit

fi:Xi→Fi(i=1,2) f_i : X_i \to F_i \quad (i = 1, 2)
une application de classe CrC^r, et définissons f1⊗f2:X→Ff_1 \otimes f_2 : X \to F par
(f1⊗f2)(y1,y2)=f1(y1).f2(y2). (f_1 \otimes f_2)(y_1, y_2) = f_1(y_1) . f_2(y_2).
L’application f1⊗f2f_1 \otimes f_2 est de classe CrC^r, et l’on a
⟨f1⊗f2,t1⊗t2⟩=⟨f1,t1⟩.⟨f2,t2⟩. \langle f_1 \otimes f_2, t_1 \otimes t_2 \rangle = \langle f_1, t_1 \rangle . \langle f_2, t_2 \rangle.

13.4.4. Les notations étant celles de 13.4.1, soit ff une application de classe CrC^r de X dans un espace polynormé séparé F. Si y1∈X1y_1 \in X_1, notons fy1f_{y_1} l’application y2↦f(y1,y2)y_2 \mapsto f(y_1, y_2) de X2X_2 dans F et posons g(y1)=⟨fy1,t2⟩g(y_1) = \langle f_{y_1}, t_2 \rangle. La fonction g:X1→Fg : X_1 \to F ainsi définie est de classe Cr−k1C^{r - k_1}, et l’on a

⟨f,t1⊗t2⟩=⟨g,t1⟩, \langle f, t_1 \otimes t_2 \rangle = \langle g, t_1 \rangle,
autrement dit
⟨f,t1⊗t2⟩=⟨y1↦⟨y2↦f(y1,y2),t2⟩,t1⟩. \langle f, t_1 \otimes t_2 \rangle = \langle y_1 \mapsto \langle y_2 \mapsto f(y_1, y_2), t_2 \rangle, t_1 \rangle.
On a de même
⟨f,t1⊗t2⟩=⟨y2↦⟨y1↦f(y1,y2),t1⟩,t2⟩. \langle f, t_1 \otimes t_2 \rangle = \langle y_2 \mapsto \langle y_1 \mapsto f(y_1, y_2), t_1 \rangle, t_2 \rangle.

13.4.5. Les notations étant celles de 13.4.1, soit

αk1,k2:Tx1(k1)(X1)⊗Tx2(k2)(X2)→Tx(k)(X) \alpha_{k_1, k_2} : T^{(k_1)}_{x_1}(X_1) \otimes T^{(k_2)}_{x_2}(X_2) \to T^{(k)}_x(X)

l’application linéaire définie par l’application bilinéaire (t1,t2)↦t1⊗t2(t_1, t_2) \mapsto t_1 \otimes t_2; cette application est injective; elle est bijective si k1k_1 et k2k_2 sont infinis.

Si n≤rn \leq r, notons Tx(n)(X1,X2)T^{(n)}_x(X_1, X_2) le sous-espace vectoriel de Tx1(n)(X1)⊗Tx2(n)(X2)T^{(n)}_{x_1}(X_1) \otimes T^{(n)}_{x_2}(X_2) engendré par les sous-espaces Tx1(k1)(X1)⊗Tx2(k2)(X2)T^{(k_1)}_{x_1}(X_1) \otimes T^{(k_2)}_{x_2}(X_2) pour k1+k2≤nk_1 + k_2 \leq n. Il existe une application linéaire

αn:Tx(n)(X1,X2)→Tx(n)(X) \alpha_n : T^{(n)}_x(X_1, X_2) \to T^{(n)}_x(X)

et une seule qui prolonge les applications αk1,k2\alpha_{k_1, k_2} définies ci-dessus; c’est un isomorphisme. Dans ce qui suit, on identifie Tx(n)(X)T^{(n)}_x(X), au moyen de αn−1\alpha_n^{-1}, au sous-espace vectoriel Tx(n)(X1,X2)T^{(n)}_x(X_1, X_2) de Tx1(n)(X1)⊗Tx2(n)(X2)T^{(n)}_{x_1}(X_1) \otimes T^{(n)}_{x_2}(X_2).

13.4.6. Conservons les notations de 13.4.5 et 13.3.1. Par passage au quotient, αk1,k2\alpha_{k_1, k_2} définit une application linéaire

εk1,k2:gr⁡k1Tx1(r)(X1)⊗gr⁡k2Tx2(r)(X2)→gr⁡kTx(r)(X). \varepsilon_{k_1, k_2} : \operatorname{gr}_{k_1} T^{(r)}_{x_1}(X_1) \otimes \operatorname{gr}_{k_2} T^{(r)}_{x_2}(X_2) \to \operatorname{gr}_k T^{(r)}_x(X).

Les applications εk1,k2\varepsilon_{k_1, k_2} (k1+k2≤rk_1 + k_2 \leq r) sont les composantes d’une application linéaire graduée de degré zéro

ε:⨁k1+k2≤r(gr⁡k1Tx1(r)(X1)⊗gr⁡k2Tx2(r)(X2))→⨁k≤rgr⁡kTx(r)(X) \varepsilon : \bigoplus_{k_1 + k_2 \leq r} (\operatorname{gr}_{k_1} T^{(r)}_{x_1}(X_1) \otimes \operatorname{gr}_{k_2} T^{(r)}_{x_2}(X_2)) \to \bigoplus_{k \leq r} \operatorname{gr}_k T^{(r)}_x(X)

qui est un isomorphisme. Le diagramme

⨁k1+k2≤r(gr⁡k1Tx1(r)(X1)⊗gr⁡k2Tx2(r)(X2))→εgr⁡Tx(r)(X)↓i12↓iX⨁k1+k2≤r(TSk1(Tx1(X1))⊗TSk2(Tx2(X2)))→σ⨁k≤rTSk(Tx1(X1)×Tx2(X2)) \begin{array}{ccc} \bigoplus_{k_1 + k_2 \leq r} (\operatorname{gr}_{k_1} T^{(r)}_{x_1}(X_1) \otimes \operatorname{gr}_{k_2} T^{(r)}_{x_2}(X_2)) & \xrightarrow{\varepsilon} & \operatorname{gr} T^{(r)}_x(X) \\ \downarrow i_{12} & & \downarrow i_X \\ \bigoplus_{k_1 + k_2 \leq r} (\mathrm{TS}^{k_1}(T_{x_1}(X_1)) \otimes \mathrm{TS}^{k_2}(T_{x_2}(X_2))) & \xrightarrow{\sigma} & \bigoplus_{k \leq r} \mathrm{TS}^k(T_{x_1}(X_1) \times T_{x_2}(X_2)) \end{array}

est commutatif (dans ce diagramme, i12i_{12} désigne l’homomorphisme induit par ix1⊗ix2i_{x_1} \otimes i_{x_2} et σ\sigma est l’isomorphisme défini en A, IV, § 5, n° 5). Si rr est infini, ce diagramme s’écrit simplement:

gr⁡Tx1(∞)(X1)⊗gr⁡Tx2(∞)(X2)→εgr⁡Tx(∞)(X)↓ix1⊗ix2↓iXTS(Tx1(X1))⊗TS(Tx2(X2))→σTS(Tx(X)). \begin{array}{ccc} \operatorname{gr} T^{(\infty)}_{x_1}(X_1) \otimes \operatorname{gr} T^{(\infty)}_{x_2}(X_2) & \xrightarrow{\varepsilon} & \operatorname{gr} T^{(\infty)}_x(X) \\ \downarrow i_{x_1} \otimes i_{x_2} & & \downarrow i_X \\ \mathrm{TS}(T_{x_1}(X_1)) \otimes \mathrm{TS}(T_{x_2}(X_2)) & \xrightarrow{\sigma} & \mathrm{TS}(T_x(X)). \end{array}

13.5. Coproduits

Dans ce numéro, XX désigne une variété de classe CrC^r et xx un point de XX.

13.5.1. Soit k≤rk \leq r. Si Δ\Delta est l’application diagonale y↦(y,y)y \mapsto (y, y) de XX dans X×XX \times X, alors Δ∗\Delta_* applique Tx(k)(X)T^{(k)}_x(X) dans T(x,x)(k)(X×X)T^{(k)}_{(x,x)}(X \times X), qui est un sous-espace vectoriel de

Tx(k)(X)⊗Tx(k)(X)T^{(k)}_x(X)\otimes T^{(k)}_x(X), cf. 13.4.5. On obtient ainsi une application linéaire, notée encore Δ∗\Delta_* (ou cc) :

Tx(k)(X)⟶Tx(k)(X)⊗Tx(k)(X); T^{(k)}_x(X)\longrightarrow T^{(k)}_x(X)\otimes T^{(k)}_x(X);

on l’appelle le coproduct attaché à Tx(k)(X)T^{(k)}_x(X). Muni de ce coproduct, Tx(k)(X)T^{(k)}_x(X) est une cogèbre coassociative et cocommutative (A, III, p. 144-145); elle admet pour counité la forme linéaire qui associe à une distribution ponctuelle son terme constant (13.2.1). Si k′≤kk'\leq k, l’inclusion de Tx(k′)(X)T^{(k')}_x(X) dans Tx(k)(X)T^{(k)}_x(X) est un morphisme de cogèbres. Si c=(U,φ,E‾)c=(U,\varphi,\overline{E}) est une carte de XX centrée en xx, l’isomorphisme

θc:T(k)(E)⟶Tx(k)(X) \theta_c:T^{(k)}(E)\longrightarrow T^{(k)}_x(X)

est un isomorphisme de cogèbres, T(k)(E)T^{(k)}(E) étant muni du coproduit induit par celui de T(E)T(E), cf. A, IV, § 5, no 7. Si φ:X⟶Y\varphi:X\longrightarrow Y est un morphisme de variétés de classe CrC^r, l’application de T(k)(X)T^{(k)}(X) dans Tφ(x)(k)(Y)T^{(k)}_{\varphi(x)}(Y) induite par φ∗\varphi_* est un morphisme de cogèbres.

13.5.2. Soient F1F_1, F2F_2 et FF des espaces polynomés séparés, et (u1,u2)↦u1.u2(u_1,u_2)\mapsto u_1.u_2 une application bilinéaire continue de F1×F2F_1\times F_2 dans FF. Soit t∈Tx(r)(X)t\in T^{(r)}_x(X) et soit

c(t)=∑juj⊗vj(uj,vj dans Tx(r)(X)) c(t)=\sum_j u_j\otimes v_j\quad(u_j,v_j\text{ dans }T^{(r)}_x(X))

son image par le coproduct. Soient fi:X⟶Fif_i:X\longrightarrow F_i (i=1,2)(i=1,2) des applications de classe CrC^r. On a

⟨f1.f2,t⟩=∑j⟨f1,uj⟩⟨f2,vj⟩, \langle f_1.f_2,t\rangle=\sum_j\langle f_1,u_j\rangle\langle f_2,v_j\rangle,

ce que l’on écrit, par abus de notation:

⟨f1.f2,t⟩=⟨f1⊗f2,c(t)⟩. \langle f_1.f_2,t\rangle=\langle f_1\otimes f_2,c(t)\rangle.

13.5.3. Soit t∈Tx(k)(X)t\in T^{(k)}_x(X), où k≤rk\leq r.

a) Pour que c(t)=t⊗1c(t)=t\otimes 1, il faut et il suffit que tt soit égal à 00 ou à εx\varepsilon_x.

b) Pour que c(t)=1⊗t+εx⊗tc(t)=1\otimes t+\varepsilon_x\otimes t, il faut et il suffit que tt soit un vecteur tangent, i.e. que l’on ait t∈Tx(1)(X)t\in T^{(1)}_x(X).

13.6. Distributions à support fini

13.6.1. Soit XX une variété de classe CrC^r, et soit k≤rk\leq r. On note T(k)(X)\mathscr{T}^{(k)}(X) la somme directe des espaces Tx(k)(X)T^{(k)}_x(X), pour x∈Xx\in X. Un élément de T(k)(X)\mathscr{T}^{(k)}(X) est appelé une distribution à support fini sur XX, d’ordre ≤k\leq k. Si f:X⟶Ff:X\longrightarrow F est une fonction de classe CrC^r à valeurs dans un espace polynomé séparé FF, et si

t=∑x∈Xtx, t=\sum_{x\in X}t_x,

où tx∈Tx(k)(X)t_x\in T^{(k)}_x(X) pour tout x∈Xx\in X est une distribution à support fini, on pose

⟨f,t⟩=∑x∈X⟨f,tx⟩. \langle f,t\rangle=\sum_{x\in X}\langle f,t_x\rangle.

De même, on pose

c(t)=∑x∈Xc(tx), c(t)=\sum_{x\in X}c(t_x),

ce qui munit T(k)(X)\mathscr{T}^{(k)}(X) d’une structure de cogèbre coassociative, cocommutative, et possédant une counité t↦⟨1,t⟩t\mapsto\langle1,t\rangle. Les inclusions

T(k′)(X)⟶T(k)(X), \mathscr{T}^{(k')}(X)\longrightarrow\mathscr{T}^{(k)}(X),

où k′≤kk'\leq k, sont des morphismes de cogèbres.

Si φ:X→Y\varphi : X \to Y est un morphisme de variétés de classe CrC^r, les applications Tx(k)(φ):Tx(k)(X)→Tφ(x)(k)(Y)T_x^{(k)}(\varphi) : T_x^{(k)}(X) \to T_{\varphi(x)}^{(k)}(Y) relatives aux divers points xx de XX définissent une application linéaire φ∗\varphi_* de T(k)(X)\mathscr{T}^{(k)}(X) dans T(k)(Y)\mathscr{T}^{(k)}(Y), qui est un morphisme de cogèbres.

Si X1X_1 et X2X_2 sont deux variétés de classe CrC^r, les applications αk−1\alpha_k^{-1} (cf. 13.4.5) définissent une application linéaire

T(k)(X1×X2)→T(k)(X1)⊗T(k)(X2) \mathscr{T}^{(k)}(X_1 \times X_2) \to \mathscr{T}^{(k)}(X_1) \otimes \mathscr{T}^{(k)}(X_2)
qui est injective; c'est un morphisme de cogèbres. Si k=∞k = \infty ou ω\omega, c'est un isomorphisme de cogèbres.

13.6.2. Soit XX une variété de classe CrC^r, et soit VV un KK-espace vectoriel de dimension finie. Un élément de T(r)(X)⊗V\mathscr{T}^{(r)}(X) \otimes V s'appelle une distribution à support fini sur XX à valeurs dans VV. Lorsque K=RK = \mathbf{R}, V=CV = \mathbf{C}, une telle distribution est également appelée une distribution complexe à support fini sur XX. Les définitions et résultats des n°s précédents s'étendent aussitôt, par linéarité, aux distributions à valeurs dans VV.

13.7. Affaiblissement de structure

On suppose K=RK = \mathbf{R}. Soit r′∈NKr' \in \mathbf{N}_K tel que r′≤rr' \leq r. Soit XX une variété de classe CrC^r, et soit X′X' la variété de classe Cr′C^{r'} obtenue par affaiblissement de structure (5.13.1). Soit x∈Xx \in X, et soit t∈Tx(k)(X)t \in T_x^{(k)}(X), avec k≤r′k \leq r'. Choisissons une carte c=(U,φ,E)c = (U, \varphi, E) de XX centrée en xx, et soit t~\tilde{t} l'élément de TS(k)(E)TS^{(k)}(E) tel que θc(t~)=t\theta_c(\tilde{t}) = t. Comme cc est une carte de X′X' centrée en xx, l'élément t′=θc(t~)t' = \theta_c(\tilde{t}) de Tx(k)(X′)T_x^{(k)}(X') est défini; il ne dépend pas du choix de cc. L'application t↦t′t \mapsto t' est une bijection de Tx(k)(X)T_x^{(k)}(X) sur Tx(k)(X′)T_x^{(k)}(X') par laquelle on identifie ces deux espaces. Les identifications ainsi obtenues sont compatibles avec les opérations ⟨f,t⟩,φ∗(t),t1⊗t2,c(t),…\langle f, t \rangle, \varphi_*(t), t_1 \otimes t_2, c(t), \ldots des n°s précédents.

[^1]: Ici encore, le produit des γαi(∂i,x)\gamma_{\alpha_i}(\partial_i,x) est un produit symétrique dans TS(Tx(X))TS(T_x(X)).

Transcribed from the printed volume. Not translated.