13.1.1. Soit E un module sur un anneau commutatif A. Si n est un entier ≥0, on note TSn(E) le module des tenseurs symétriques de rang n de E (A, III, p. 71 et A, IV, § 5, no 2); la somme directe des TSn(E) est notée TS(E). Si r est un entier, soit l’un des symboles ∞,ω, on pose
TS(r)(E)=n≤r⨁TSn(E)etTS(r)+(E)=1≤n≤r⨁TSn(E);
par suite, si r≥0, TSr(E) est somme directe de TS(0)(E)=A et de TS(r)+(E). On a TS(1)+(E)=E et TS(∞)(E)=TS(ω)(E)=TS(E).
Si n est un entier ≥0, et si x∈E, on note γn(x) l’élément x⊗⋯⊗x de TSn(E); pour n=0, γ0(x)=1.
13.1.2. (« Applications polynomiales »). On suppose que A est intègre infini et que E est un A-module libre. Soit F un A-module. Une application f:E→F est dite polynomiale homogène de degré n si elle satisfait aux conditions équivalentes suivantes (cf. A, IV, § 5, no 9):
a) Il existe une application linéaire f~:TSn(E)→F telle que f(x)=f~(γn(x)) pour tout x∈E.
b) Il existe une application multilinéaire u:En→F telle que f(x)=u(x,…,x) pour tout x∈E.
Supposons que ce soit le cas. L’application f~ vérifiant a) est alors unique; si t∈TSn(E), on note ⟨f,t⟩ l’élément f~(t). Si u:En→F vérifie b), l’application linéaire correspondante de ⊗nE dans F coïncide dans le sous-module TSn(E). Lorsque n! est inversible dans A, on peut choisir u symétrique, et cela de façon unique.
13.1.3. Soient E un espace de Banach sur K et F un espace polynômé séparé sur K. Soient U un voisinage ouvert de 0 dans E, f:U→F une application de classe Cr (r∈NK), et t un élément de TS(r)(E), cf. 13.1.1 (appliqué à l’anneau A=K). Soit k un entier ≤r tel que t∈TS(k)(E). On peut décomposer t et f de façon unique en
t=t0+⋯+tk,avec ti∈TSi(E)
et
f=f0+⋯+fk+h,
où fi est un polynôme-continu homogène de degré i (0≤i≤k) et où h a un contact d’ordre ≥k avec 0 au point 0. On pose alors
⟨f,t⟩=i=0∑k⟨fi,ti⟩;
c’est un élément de F qui ne dépend pas du choix de k.
13.1.4. Soient E et E’ deux espaces de Banach, U un voisinage ouvert de 0 dans E et φ:U→E′ une application de classe Cr telle que φ(0)=0. Soit t∈TS(r)(E). Il existe un élément t′∈TS(r)(E′) et un seul tel que, quels que soient l’espace polynormé séparé F, le voisinage ouvert U’ de 0 dans E’, et l’application f:U′→F de classe Cr, on ait
(*)
⟨f,t′⟩=⟨f∘φ,t⟩.
Cet élément t′ se note φ∗(t). L’application
φ∗:TS(r)(E)→TS(r)(E′)
ainsi définie est linéaire.
13.2. Distributions ponctuelles
Dans ce numéro, X désigne une variété de classe Cr, et x un point de X.
13.2.1. Soit A l’ensemble des couples (c,t), où c=(U,φ,E) est une carte de X centrée en x, et où t∈TS(r)(E). Deux éléments ((U,φ,E),t) et ((U′,φ′,E′),t′) de A sont dits équivalents si t′=γ∗(t), où γ=φ′∘φ−1. On obtient ainsi une relation d’équivalence sur A; une classe d’équivalence pour cette relation est appelée une distribution ponctuelle en x sur X.
Soit Tx(r)(X) l’ensemble des distributions ponctuelles en x sur X. Si c est une carte de X centrée en x, l’application
θc:TS(r)(E)→Tx(r)(X)
qui, à t, fait correspondre la classe de (c,t), est une bijection. Dans tout ce qui suit, on munit Tx(r)(X) de la structure de K-espace vectoriel obtenue en transportant celle de TS(r)(E) par θc; cette structure ne dépend pas du choix de c. De même, si k≤r, on note Tx(k)(X) et Tx(k)+(X) les images de TS(k)(E) et TS(k)+(E) par θc; elles ne dépendent pas du choix de c. Un élément de Tx(r)(X) est dit d’ordre ≤k s’il appartient à Tx(k)(X). On a
Tx(k)(X)=Tx(0)(X)⊕Tx(k)+(X).
Il existe un élément et un seul εx de Tx(0)(X) tel que l’on ait θc(1)=εx pour toute carte c de X centrée en x. Si t est une distribution ponctuelle en x, on appelle terme constant de t l’élément λ de K tel que t−λεx∈Tx(r)+(X); on dit que t est sans terme constant si son terme constant est nul.
13.2.2. Soit F un espace polynormé séparé, et soit f une fonction de classe Cr à valeurs dans F, définie sur un voisinage de x. Soit t une distribution ponctuelle en x sur X.
Considérons une carte c=(U,φ,E) de X centrée en x, et posons fc=f∘φ−1 et tc=θc−1(t); l’élément ⟨fc,tc⟩ de F défini en 13.1.3 ne dépend pas du choix de c; on le note ⟨f,t⟩. On a εx(f)=f(x).¹ Le terme constant de t est ⟨1,t⟩.
Si F′ est un espace polynormé séparé et si u:F→F′ est linéaire continue, on a ⟨u∘f,t⟩=u(⟨f,t⟩).
Supposons que F soit un espace de Banach, et que t soit d’ordre ≤k, avec k fini. Soit j∈Jxk(X,F), cf. 12.1.2, et soit f∈j. Alors ⟨f,t⟩ ne dépend que du jet j; on le note ⟨j,t⟩. L’application de Tx(k)(X)×Jxk(X,F) dans F ainsi définie est bilinéaire. Lorsque F=K, on a posé Jxk(X,F)=Pxk(X), cf. 12.6.2, et l’on obtient une forme bilinéaire sur Tx(k)(X)×Pxk(X).
13.2.3. Soit φ:X→Y un morphisme de variétés de classe Cr et soit y=φ(x). Soit c=(U,ψ,E) une carte de X centrée en x et soit c′=(U′,ψ′,E′) une carte de Y centrée en y; soit φ~ l’expression de φ dans ces cartes (5.3.2), et soit φ~∗ l’application correspondante de TS(r)(E) dans TS(r)(E′), cf. 13.1.4. Il existe une application linéaire et une seule, notée Tx(r)(φ) ou φ∗, de Tx(r)(X) dans Ty(r)(Y), rendant commutatif le diagramme
Si φ′:X→Y est un morphisme de classe Cr appliquant x sur y, on a φ∗=φ∗′ si et seulement si jxr(φ)=jxr(φ′), cf. 12.1.
Si φ est une immersion (resp. une submersion) en x, φ∗ est injectif (resp. surjectif); la réciproque est vraie si dimyY<+∞.
Si φ′:Y→Z est un morphisme de variétés de classe Cr, et si t∈Tx(r)(X), on a (φ′∘φ)∗(t)=φ∗′(φ∗(t)).
Soit F un espace polynormé séparé, et soit f une fonction de classe Cr à valeurs dans F, définie dans un voisinage de y. On a alors
(1)
⟨f,φ∗(t)⟩=⟨f∘φ,t⟩pour tout t∈Tx(r)(X).
Pour t donné, les relations (1) (pour f et F variables) caractérisentφ∗(t); lorsque dimyY<+∞, on peut se borner à F=K.
13.2.4. Supposons que X soit une sous-variété ouverte d’un espace de BanachE. Notons φx l’application y↦y−x de X dans E; la carte c=(X,φx,E) est centrée
¹ Lorsque K=R ou C et que X est localement compacte, la formule précédente conduit à identifier la distribution ponctuelle εx à la mesure de Diracεx définie en JNT, III, § 1, n° 3. Plus généralement, toute mesure à support fini dans X s’identifie à une distribution à support fini au sens du n° 13.6.
en x. On identifie alors Tx(r)(X) à TS(r)(E) au moyen de θc−1; en particulier, on a Tx(∞)(X)=TS(E).
Soit F un espace de Banach, soit u:E→F une application linéaire continue, et soient x∈E,y∈F tels que u(x)=y. Identifions comme ci-dessus Tx(∞)(E) à TS(E) et Ty(∞)(F) à TS(F). L’application
u∗:TS(E)→TS(F)(cf. 13.2.3)
coincide avec l’application TS(u) induite par le prolongement canonique de u à l’algèbre tensorielle.
13.2.5. Si k≤r, on note T(k)(X) (resp. T(k)+(X)) l’ensemble somme des Ta(k)(X) (resp. des Ta(k)+(X)) pour a∈X. Une application t:X→T(k)(X) telle que t(a)∈Ta(k)(X) pour tout a∈X s’appelle un champ de distributions ponctuelles d’ordre ≤k.
Supposons k fini et X localement de dimension finie. Pour tout a∈X, la forme bilinéaire (j,t)↦⟨j,t⟩ (cf. 13.2.2) définit un isomorphisme ia de Ta(k)(X) sur le dual Pak(X)∗ de Pak(X). Les ia définissent une bijection i:T(k)(X)→Pk(X)∗, où Pk(X)∗ désigne le dual du fibré vectoriel Pk(X); par transport de structure au moyen de i−1, on munit T(k)(X) d’une structure de fibré vectoriel de base X et de classe Cr−k. Un champ de distributions ponctuelles d’ordre ≤k est dit de classe Cs, avec s≤r−k, si c’est une section de classe Cs du fibré T(k)(X).
Soit φ:X→Y un morphisme de variétés de classe Cr et supposons que Y soit, comme X, localement de dimension finie. Alors φ∗:T(k)(X)→T(k)(Y) est un φ-morphisme de fibrés vectoriels de classe Cr−k.
13.2.6. Soit k un entier tel que 0≤k≤r. Si U est un ouvert d’un espace de Banach E de dimension finie, le fibré vectoriel T(k)(U) s’identifie, grâce à 13.2.4, au fibré trivial de fibre TS(k)(E).
Prenons en particulier E=Kn, avec n≥0, et soit (e1,…,en) la base canonique de E. Si α=(α1,…,αn) est un élément de Nn, notons Δα l’élément γα1(e1)…γαn(en) de TS(E) (le produit utilisé étant le produit symétrique des tenseurs symétriques, cf. A, IV, § 5, n° 3).(1) Les Δα, pour ∣α∣≤k, forment une base de TS(k)(E); si a∈Kn, on note Δaα les éléments correspondants de Ta(k)(E). Soient F un espace polynormé séparé, et f une fonction de classe Cr, à valeurs dans F, définie au voisinage de a; si α∈Nn, l’élément ⟨f,Δaα⟩ coïncide avec l’élément (Δαf)(a) défini en 2.5.3, 3.2.1 et 4.2.1.
Supposons X localement de dimension finie, et soit ξ=(ξ1,…,ξn) un système de coordonnées de X dans un ouvert U. Si a∈U et si α est un multi-indice tel que ∣α∣≤k, on note (Δξα)a la distribution ponctuelle en a dont l’image par ξ est la distribution ponctuelle Δξ(a)α sur Kn; les champs de distributions
Δξα:a↦(Δξα)a(∣α∣≤k)
forment un repère sur U du fibré vectoriel T(k)(X). Si f:U→F est de classe Cr, on pose ⟨f,(Δξα)a⟩=Δξαf(a) et l’on note Δξαf la fonction a↦Δξαf(a); c’est une fonction de classe Cr−k dans U.
(1) Si m=∣α∣ et si Σ est l’ensemble des applications σ de {1,…,m} dans {1,…,n} telles que Cardσ−1(i)=αi, on a
Δα=γα1(e1)…γαn(en)=σ∈Σ∑eσ(1)⊗⋯⊗eσ(n),cf. A, IV, § 5, n° 4.
13.3. Distributions ponctuelles et espaces tangents
Dans ce no, X désigne une variété de classe Cr.
13.3.1. Soit x∈X et soit k un entier ≤r. Soit c=(U,φ,E) une carte de X centrée en x; l’isomorphisme θc:TS(X)(E)→Tx(X) défini en 13.2.1 applique TS(k)(E) sur Tx(k)(X) et TS(k−1)(E) sur Tx(k−1)(X); par restriction et passage au quotient, il induit un isomorphisme
L’isomorphisme ik est indépendant du choix de c; pour k=1, on l’utilise pour identifier Tx(1)(X)=Tx(1)(X)/Tx(0)(X) à l’espace tangent Tx(X). Si t∈Tx(k)(X), on se permet de noter ik(t) l’image par ik de la classe de t modulo Tx(k−1)(X).
Posons
grkTx(r)(X)=Tx(k)(X)/Tx(k−1)(X)
et
grTx(r)(X)=0≤k≤r⨁grkTx(r)(X).
On dit que grTx(r)(X) est le gradué associé à la filtration croissante (Tx(k)(X))k≤r de Tx(r)(X). Les ik définissent un isomorphisme d’espaces vectoriels gradués
i:grTx(r)(X)⟶TS(r)(Tx(X)).
Si r=∞ ou ω, i est un isomorphisme de grTx(r)(X) sur TS(Tx(X)). Lorsque l’on désire préciser x (ou X, ou les deux), on écrit ix (ou iX, ou ix,X) à la place de i.
13.3.2. Outre les hypothèses ci-dessus, supposons que X soit localement de dimension finie. Les isomorphismes ik relatifs aux différents points de X définissent un isomorphisme de fibrés vectoriels
ik:T(k)(X)/T(k−1)(X)⟶TS(k)(T(X))
où TS(k)(T(X)) désigne le fibré vectoriel de classe Cr−1 déduit de T(X) par le foncteur vectoriel en dimension finie TS(k) (cf. 7.6.5). Pour k≥1, ik est un isomorphisme de classe Cr−k; pour k=0, c’est l’application identique du fibré trivial KX.
13.3.3. Exemple. — Les hypothèses étant comme ci-dessus, soit ξ=(ξ1,…,ξn) un système de coordonnées de X en x. Notons (∂i)1≤i≤n la base de Tx(X) définie par ξ (cf. 5.5.8) et notons (Δxα)∣α∣≤k celle de Tx(k)(X) définie en 13.2.6. On a :
ik(Δxα)=0si ∣α∣<k
ik(Δxα)=γα1(∂1,x)⋯γαn(∂n,x)si ∣α∣=k.
[^1]
13.3.4. Supposons que K soit de caractéristique zéro ou que X soit localement de dimension finie. Soit k un entier tel que 0≤k≤r et soit x∈X; soit F un espace de Banach. D’après 12.6.8, on a une suite exacte
(i)
0→Pk(Tx(X);F)iPxk(FX)σPxk−1(FX)→0,
avec σ=rk,k−1. D’autre part, d’après 13.3.1, on a une suite exacte
(ii)
0←TSk(Tx(X))iTx(k)(X)sTx(k−1)(X)←0,
où s est l’inclusion de Tx(k−1)(X) dans Tx(k)(X) et i=ik. Ces suites exactes sont « accouplées dans F ». Plus précisément, écrivons-les sous la forme:
(i)
0→AiBσC→0
(ii)
0←A′iB′sC′←0.
Si a∈A et a′∈A′, l’élément ⟨a,a′⟩ de F est défini par 13.1.2; si b∈B et b′∈B′, (resp. si c∈C et c′∈C′), l’élément ⟨b,b′⟩ (resp. ⟨c,c′⟩) de F est défini par 13.2.2; on a alors:
13.3.5. Soit Y une variété de classe Cr, soit φ:X→Y un morphisme de classe Cr et soient x∈X,y∈Y tels que y=φ(x). L’application φ∗:Tx(r)(X)→Ty(r)(Y) définie en 13.2.3 est compatible avec les filtrations de ces espaces; elle définit par passage aux gradués associés une application linéaire
gr(φ∗):grTx(r)(X)→grTy(r)(Y).
Notons d’autre part TS(r)(Tx(φ)) l’application de TS(r)(Tx(X)) dans TS(r)(Ty(Y)) induite par le prolongement canonique TS(Tx(φ)) de Tx(φ). Le diagramme
13.3.6. Supposons que K soit de caractéristique zéro. En utilisant les isomorphismes φM:Sk(M)→TSk(M) définis en A, IV, § 5, n° 8, on peut remplacer, dans tout ce qui précède, les TSk(Tx(X)) par les puissances symétriques k-ièmes Sk(Tx(X)) de l’espace tangent Tx(X).
13.4. Produit tensoriel de distributions ponctuelles
13.4.1. Soient X1 et X2 deux variétés de classe Cr, soient x1∈X1,x2∈X2 et t1∈Tx1(k1)(X1),t2∈Tx2(k2)(X2) avec k1+k2≤r. Posons X=X1×X2,x=(x1,x2) et k = k_1 + k_2. Pour i = 1, 2, soit c_i = (U_i, \varphi_i, E_i) une carte de X_i centrée en x_i et notons t~i l’élément de TS(E_i) tel que θc(t~i)=ti, cf. 13.2.1. Soit σ l’isomorphisme canonique de TS(E_1) ⊗ TS(E_2) sur TS(E_1 × E_2), cf. A, IV, § 5, n° 5. L’élément σ(t~1⊗t~2) est le produit symétrique de t~1 et t~2 (identifiés à des éléments de TS(E_1 × E_2) grâce aux injections canoniques TS(E_i) → TS(E_1 × E_2)); il appartient à TS^{(k)}(E_1 × E_2). Posons c=c1×c2; c’est une carte de X centrée en x. L’image par θc de σ(t~1⊗t~2) est un élément de T_x^{(k)}(X), qui ne dépend pas du choix des cartes ci. On l’appelle le produit direct, ou le produit tensoriel symétrique (ou même simplement le produit tensoriel) de t1 et t2 et on le note t1×t2 ou t1⊗t2.
On a εx1⊗εx2=εx. Le terme constant de t1⊗t2 est le produit des termes constants de t1 et de t2.
L’isomorphisme (y1,y2)↦(y2,y1) de X1×X2 sur X2×X1 transforme t1⊗t2 en t2⊗t1.
13.4.2 (« Associativité et fonctorialité »). Soient Xi (i=1,2,3) des variétés de classe Cr, et soient xi∈Xi, ti∈Txi(ki)(Xi) avec k1+k2+k3≤r. On a
(t1⊗t2)⊗t3=t1⊗(t2⊗t3);
on note cette distribution ponctuelle t1⊗t2⊗t3. On définit de même des produits tensoriels finis quelconques.
Soient φ1:X1→Y1 et φ2:X2→Y2 des morphismes de variétés de classe Cr, et soient t1∈T(k1)(X1), t2∈T(k2)(X2) avec k1+k2≤r. On a
(φ1×φ2)∗(t1⊗t2)=φ1∗(t1)⊗φ2∗(t2).
13.4.3. Les notations étant celles de 13.4.1, soient F1,F2 et F des espaces polynormés séparés, et (u1,u2)↦u1.u2 une application bilinéaire continue de F1×F2 dans F. Soit
fi:Xi→Fi(i=1,2)
une application de classe Cr, et définissons f1⊗f2:X→F par
(f1⊗f2)(y1,y2)=f1(y1).f2(y2).
L’application f1⊗f2 est de classe Cr, et l’on a
⟨f1⊗f2,t1⊗t2⟩=⟨f1,t1⟩.⟨f2,t2⟩.
13.4.4. Les notations étant celles de 13.4.1, soit f une application de classe Cr de X dans un espace polynormé séparé F. Si y1∈X1, notons fy1 l’application y2↦f(y1,y2) de X2 dans F et posons g(y1)=⟨fy1,t2⟩. La fonction g:X1→F ainsi définie est de classe Cr−k1, et l’on a
⟨f,t1⊗t2⟩=⟨g,t1⟩,
autrement dit
⟨f,t1⊗t2⟩=⟨y1↦⟨y2↦f(y1,y2),t2⟩,t1⟩.
On a de même
⟨f,t1⊗t2⟩=⟨y2↦⟨y1↦f(y1,y2),t1⟩,t2⟩.
13.4.5. Les notations étant celles de 13.4.1, soit
l’application linéaire définie par l’application bilinéaire (t1,t2)↦t1⊗t2; cette application est injective; elle est bijective si k1 et k2 sont infinis.
Si n≤r, notons Tx(n)(X1,X2) le sous-espace vectoriel de Tx1(n)(X1)⊗Tx2(n)(X2) engendré par les sous-espaces Tx1(k1)(X1)⊗Tx2(k2)(X2) pour k1+k2≤n. Il existe une application linéaire
αn:Tx(n)(X1,X2)→Tx(n)(X)
et une seule qui prolonge les applications αk1,k2 définies ci-dessus; c’est un isomorphisme. Dans ce qui suit, on identifie Tx(n)(X), au moyen de αn−1, au sous-espace vectoriel Tx(n)(X1,X2) de Tx1(n)(X1)⊗Tx2(n)(X2).
13.4.6. Conservons les notations de 13.4.5 et 13.3.1. Par passage au quotient, αk1,k2 définit une application linéaire
est commutatif (dans ce diagramme, i12 désigne l’homomorphisme induit par ix1⊗ix2 et σ est l’isomorphisme défini en A, IV, § 5, n° 5). Si r est infini, ce diagramme s’écrit simplement:
Dans ce numéro, X désigne une variété de classe Cr et x un point de X.
13.5.1. Soit k≤r. Si Δ est l’application diagonale y↦(y,y) de X dans X×X, alors Δ∗ applique Tx(k)(X) dans T(x,x)(k)(X×X), qui est un sous-espace vectoriel de
Tx(k)(X)⊗Tx(k)(X), cf. 13.4.5. On obtient ainsi une application linéaire, notée encore Δ∗ (ou c) :
Tx(k)(X)⟶Tx(k)(X)⊗Tx(k)(X);
on l’appelle le coproduct attaché à Tx(k)(X). Muni de ce coproduct, Tx(k)(X) est une cogèbre coassociative et cocommutative (A, III, p. 144-145); elle admet pour counité la forme linéaire qui associe à une distribution ponctuelle son terme constant (13.2.1). Si k′≤k, l’inclusion de Tx(k′)(X) dans Tx(k)(X) est un morphisme de cogèbres. Si c=(U,φ,E) est une carte de X centrée en x, l’isomorphisme
θc:T(k)(E)⟶Tx(k)(X)
est un isomorphisme de cogèbres, T(k)(E) étant muni du coproduit induit par celui de T(E), cf. A, IV, § 5, no 7. Si φ:X⟶Y est un morphisme de variétés de classe Cr, l’application de T(k)(X) dans Tφ(x)(k)(Y) induite par φ∗ est un morphisme de cogèbres.
13.5.2. Soient F1, F2 et F des espaces polynomés séparés, et (u1,u2)↦u1.u2 une application bilinéaire continue de F1×F2 dans F. Soit t∈Tx(r)(X) et soit
c(t)=j∑uj⊗vj(uj,vj dans Tx(r)(X))
son image par le coproduct. Soient fi:X⟶Fi(i=1,2) des applications de classe Cr. On a
⟨f1.f2,t⟩=j∑⟨f1,uj⟩⟨f2,vj⟩,
ce que l’on écrit, par abus de notation:
⟨f1.f2,t⟩=⟨f1⊗f2,c(t)⟩.
13.5.3. Soit t∈Tx(k)(X), où k≤r.
a) Pour que c(t)=t⊗1, il faut et il suffit que t soit égal à 0 ou à εx.
b) Pour que c(t)=1⊗t+εx⊗t, il faut et il suffit que t soit un vecteur tangent, i.e. que l’on ait t∈Tx(1)(X).
13.6. Distributions à support fini
13.6.1. Soit X une variété de classe Cr, et soit k≤r. On note T(k)(X) la somme directe des espaces Tx(k)(X), pour x∈X. Un élément de T(k)(X) est appelé une distribution à support fini sur X, d’ordre ≤k. Si f:X⟶F est une fonction de classe Cr à valeurs dans un espace polynomé séparé F, et si
t=x∈X∑tx,
où tx∈Tx(k)(X) pour tout x∈X est une distribution à support fini, on pose
⟨f,t⟩=x∈X∑⟨f,tx⟩.
De même, on pose
c(t)=x∈X∑c(tx),
ce qui munit T(k)(X) d’une structure de cogèbre coassociative, cocommutative, et possédant une counité t↦⟨1,t⟩. Les inclusions
T(k′)(X)⟶T(k)(X),
où k′≤k, sont des morphismes de cogèbres.
Si φ:X→Y est un morphisme de variétés de classe Cr, les applications Tx(k)(φ):Tx(k)(X)→Tφ(x)(k)(Y) relatives aux divers points x de X définissent une application linéaire φ∗ de T(k)(X) dans T(k)(Y), qui est un morphisme de cogèbres.
Si X1 et X2 sont deux variétés de classe Cr, les applications αk−1 (cf. 13.4.5) définissent une application linéaire
T(k)(X1×X2)→T(k)(X1)⊗T(k)(X2)
qui est injective; c'est un morphisme de cogèbres. Si k=∞ ou ω, c'est un isomorphisme de cogèbres.
13.6.2. Soit X une variété de classe Cr, et soit V un K-espace vectoriel de dimension finie. Un élément de T(r)(X)⊗V s'appelle une distribution à support fini sur X à valeurs dans V. Lorsque K=R, V=C, une telle distribution est également appelée une distribution complexe à support fini sur X. Les définitions et résultats des n°s précédents s'étendent aussitôt, par linéarité, aux distributions à valeurs dans V.
13.7. Affaiblissement de structure
On suppose K=R. Soit r′∈NK tel que r′≤r. Soit X une variété de classe Cr, et soit X′ la variété de classe Cr′ obtenue par affaiblissement de structure (5.13.1). Soit x∈X, et soit t∈Tx(k)(X), avec k≤r′. Choisissons une carte c=(U,φ,E) de X centrée en x, et soit t~ l'élément de TS(k)(E) tel que θc(t~)=t. Comme c est une carte de X′ centrée en x, l'élément t′=θc(t~) de Tx(k)(X′) est défini; il ne dépend pas du choix de c. L'application t↦t′ est une bijection de Tx(k)(X) sur Tx(k)(X′) par laquelle on identifie ces deux espaces. Les identifications ainsi obtenues sont compatibles avec les opérations ⟨f,t⟩,φ∗(t),t1⊗t2,c(t),… des n°s précédents.
[^1]: Ici encore, le produit des γαi(∂i,x) est un produit symétrique dans TS(Tx(X)).