Bourbaki

Exercice 19, § 2

Algèbre commutative, II

Bourbaki marks this one as harder than the rest.

Soit F\mathscr{F} un ensemble d’idéaux à gauche d’un anneau AA; on suppose F\mathscr{F} topologisant et idempotent (exerc. 16 et 18).

a) Montrer que, si m∈Fm \in \mathscr{F}, n∈Fn \in \mathscr{F} et u∈HomA(n,As)u \in \mathrm{Hom}_A(n, A_s), alors u−1(m)∈Fu^{-1}(m) \in \mathscr{F} (considérer la suite exacte 0→n/u(m)→As/u(m)→As/n→00 \to n/u(m) \to A_s/u(m) \to A_s/n \to 0). Pour tout AA-module MM et tout v∈HomA(m,M)v \in \mathrm{Hom}_A(m, M), on désigne par u.vu.v l’image canonique dans M(F)M_{(\mathscr{F})} (exerc. _17 c)) de l’homomorphisme composé u(m)→um→vMu(m) \xrightarrow{u} m \xrightarrow{v} M. Montrer que l’application (u,v)→u.v(u, v) \to u.v est Z\mathbf{Z}-bilinéaire; il lui correspond une application Z\mathbf{Z}-linéaire

ψm,n:HomA(n,As)⊗ZHomA(m,M)→M(F). \psi_{m,n} : \mathrm{Hom}_A(n, A_s) \otimes_{\mathbf{Z}} \mathrm{Hom}_A(m, M) \to M_{(\mathscr{F})}.

Ces applications forment un système inductif, et leur limite inductive correspond donc canoniquement à une application Z\mathbf{Z}-bilinéaire

ψ:A(F)×M(F)→M(F). \psi : A_{(\mathscr{F})} \times M_{(\mathscr{F})} \to M_{(\mathscr{F})}.

Montrer que, si M=AsM = A_s, ψ\psi est une loi de composition interne qui fait de A(F)A_{(\mathscr{F})} un anneau, et l’application canonique A→A(F)A \to A_{(\mathscr{F})} est un homomorphisme d’anneaux pour cette structure. Pour un AA-module à gauche MM quelconque, ψ\psi est une loi externe définissant sur M(F)M_{(\mathscr{F})} une structure de A(F)A_{(\mathscr{F})}-module à gauche; pour cette structure (et pour l’application canonique A→A(F)A \to A_{(\mathscr{F})}) l’application canonique M→M(F)M \to M_{(\mathscr{F})} est un homomorphisme de AA-modules.

b) Si i:M→M(F)i : M \to M_{(\mathscr{F})} est l’homomorphisme canonique, montrer que Ker (i)=FM\mathrm{Ker}\,(i) = \mathscr{F}M et que le AA-module Coker (i)=M(F)/i(M)\mathrm{Coker}\,(i) = M_{(\mathscr{F})}/i(M) est F\mathscr{F}-négligeable.

c) Pour tout AA-module à gauche MM, on désigne par MFM_{\mathscr{F}} le AA-module à gauche (M/FM)(F)(M/\mathscr{F}M)_{(\mathscr{F})}, par jMj_M l’application canonique composée

M→M/FM→MF; M \to M/\mathscr{F}M \to M_{\mathscr{F}};

on a Ker (jM)=FM\mathrm{Ker}\,(j_M) = \mathscr{F}M et le AA-module Coker (jM)=MF/jM(M)\mathrm{Coker}\,(j_M) = M_{\mathscr{F}}/j_M(M) est F\mathscr{F}-négligeable.

Soient u:P→Mu : P \to M, h:P→Qh : P \to Q des homomorphismes de AA-modules, tels que Ker (h)\mathrm{Ker}\,(h) et Coker (h)\mathrm{Coker}\,(h) soient F\mathscr{F}-négligeables; montrer qu’il existe un AA-homomorphisme v:Q→MFv : Q \to M_{\mathscr{F}} et un seul rendant commutatif le diagramme

P→uMh↓↓jMQ→vMF \begin{array}{ccc} P & \xrightarrow{u} & M \\ h \downarrow & & \downarrow j_M \\ Q & \xrightarrow{v} & M_{\mathscr{F}} \end{array}

(Se ramener d’abord au cas où h est injectif ; identifiant alors P à un sous-module de Q, remarquer que, pour tout x ∈ Q, il existe m ∈ F tel que mx ⊂ P, et faire correspondre à x l’image canonique dans M_F de l’homomorphisme composé m ↦ x ↦ mx → P ↦ u → M → M/FM).

d) Pour tout homomorphisme u : M → N de A-modules, montrer qu’il existe un unique homomorphisme u_F : M_F → N_F rendant commutatif le diagramme

M→uNjM↓↓iNMF→uFNF \begin{array}{ccc} M & \xrightarrow{u} & N \\ j_M \downarrow & & \downarrow i_N \\ M_F & \xrightarrow{u_F} & N_F \end{array}

(utiliser a), b) et c)). Montrer que, si

0⟶M→uN→vP 0 \longrightarrow M \xrightarrow{u} N \xrightarrow{v} P

est une suite exacte de A-modules, la suite

0⟶MF→uFNF→vFPF 0 \longrightarrow M_F \xrightarrow{u_F} N_F \xrightarrow{v_F} P_F

est exacte (remarquer que l’application M/FM → N/FN déduite de u par passage aux quotients est injective).

Montrer que les applications j_{M_F} et (j_M)_F coïncident et sont des isomorphismes (et par suite F M_F = 0). Si N’ est un sous-A-module de M_F, (j_M^{-1}(N'))_F s’identifie canoniquement à N'_F (observer que, si on pose N = j_M^{-1}(N'), N'/j_M(N) est F-négligeable).

e) Soient M un A-module à gauche, φ : A × M → M l’application Z-bilinéaire (a, m) → am. Montrer qu’il existe une application Z-bilinéaire et une seule φ_F : A_F × M_F → M_F rendant commutatif le diagramme

A×M→φMjA×jM↓↓jMAF×MF→φFMF \begin{array}{ccc} A \times M & \xrightarrow{\varphi} & M \\ j_A \times j_M \downarrow & & \downarrow j_M \\ A_F \times M_F & \xrightarrow{\varphi_F} & M_F \end{array}

On définit ainsi sur A_F une structure d’anneau et sur M_F une structure de A_F-module à gauche. Si u : M → N est un homomorphisme de A-modules, u_F : M_F → N_F est un homomorphisme de A_F-modules. Afin que, pour tout A-module M, l’application u → u_F de Hom_A(M, N) dans Hom_{A_F}(M_F, N_F) soit bijective, il faut et il suffit que j_N soit bijective.

f) On prend pour A l’anneau de polynômes K[X, Y] sur un corps commutatif K, pour F l’ensemble (topologisant et idempotent) des idéaux de A contenant une puissance de l’idéal m = (X) + (Y). Si M = A/AX, et si u : A → M est l’application canonique, montrer que u_F : A_F → M_F n’est pas surjective. (Montrer que A_F s’identifie à A, et M_F à K[\overline{Y}, 1/\overline{Y}], où \overline{Y} est la classe de Y dans M, de sorte que X\overline{Y} = 0 et X(1/\overline{Y}) = 0).

g) Si l’on pose F1M=MF/jM(M)\mathscr{F}^1 M = M_{\mathscr{F}} / j_M(M), montrer que, pour toute suite exacte 0→M→N→P→00 \to M \to N \to P \to 0 de A-modules, on a une suite exacte 0→FM→FN→FP→F1M→F1N→F1P0 \to \mathscr{F}M \to \mathscr{F}N \to \mathscr{F}P \to \mathscr{F}^1M \to \mathscr{F}^1N \to \mathscr{F}^1P (utiliser le diagramme du serpent).

h) Soit F′\mathscr{F}' l’ensemble des idéaux à gauche I′I' de AFA_{\mathscr{F}} tels que (AF)s/I′(A_{\mathscr{F}})_{s}/I' soit un A-module F′\mathscr{F}'-négligeable : montrer que F′\mathscr{F}' est l’ensemble des idéaux à gauche de AFA_{\mathscr{F}} contenant les jA(m)j_A(m), où m∈Fm \in \mathscr{F} (observer que mF=AFm_{\mathscr{F}} = A_{\mathscr{F}} pour tout m∈Fm \in \mathscr{F}, en utilisant la suite exacte de d) ; par suite AF/jA(m)A_{\mathscr{F}}/j_A(m) est F\mathscr{F}-négligeable). Pour tout AFA_{\mathscr{F}}-module M′M', on a FM′=F′M′\mathscr{F}M' = \mathscr{F}'M' (M′M' étant considéré comme A-module au moyen de jAj_A), F′\mathscr{F}' est topologisant et idempotent, et MF′′M'_{\mathscr{F}'} s’identifie canoniquement à MF′M'_{\mathscr{F}}.

Solution

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Transcrit du volume imprimé. Non traduit.