Soit G le monoïde libre engendré par un élément T, de sorte que C(G) s’identifie à C[T]. Notons C0 le module C[T]/TC[T]. Alors [C0] est un élément idempotent de RC(C[T]). Le noyau du λ-morphisme canonique RC(C[T])→K0(C) est l’idéal engendré par 1−[C0]. Posons
R~C(C[T])=RC(C[T])/[C0].RC(C[T]).
a) Montrer que [C0].RC(C[T]) est un λ-idéal, donc que R~C(C[T]) admet une structure quotient de pré-λ-anneau. b) Pour tout module E de type RepC(C[T]), notons TE l’homothétie de rapport T dans E. On a
χE(T)=E[T]det(1+TET)∈Λ(C)
et
χE(T)=E[T]det(T−TE)
est le polynôme caractéristique de TE (cf. exerc. 49, p. 62). Montrer que [E]↦χE(T) définit un λ-morphisme RC(C[T])→Λ(C) dont le noyau contient [C0]. Par passage au quotient, on obtient un λ-morphisme
χ:R~C(C[T])→Λ(C).
c) Notons Λrat(C) le sous-groupe de Λ(C) engendré par les éléments de Λ(C) qui sont des polynômes en T. Montrer que l’image de χ est Λrat(C). En conclure que Λrat(C) est un sous-λ-anneau de Λ(C). d) Pour tout r∈Z, définissons σr:C[T,T−1]→C[T,T−1] par (σrf)(T)=Trf((−T)−1). On a (σr(σsf))(T)=(−1)sTr−sf(T), en particulier σr(σrf)=(−1)rf, et (σrf).(σsg)=σr+s(f.g), quels que soient r,s dans Z et f,g dans C[T,T−1]. Si f est un polynôme en T de degré ≤r (r≥0), alors σrf en est un aussi. Si de plus f∈Λ(C) (i.e. f(0)=1), alors σrf est unitaire de degré r. Si E est un C[T]-module qui est un C-module libre de rang r, on a σr(χE(T))=χE(T). e) Si f∈Λ(C) est un polynôme en T de degré ≤r, posons Er,f=C[T]/σrf.C[T]; c’est un C-module libre de rang r. Si f=1 on a Er,1=C[T]/TrC[T]. Si g∈Λ(C) est un polynôme en T de degré ≤s, on a une suite exacte de C[T]-modules
(∗)0→Es,g→Er+s,fg→Er,f→0
(utiliser d)). Montrer que la classe τ(f) de Er,f dans R~C(C[T]) est indépendante de r (≥deg(f)). (En effet σr+sf=(σs1).(σrf)=Ts.(σrf), et la classe du module C[T]/TsC[T] dans R~C(C[T]) est nulle.) Montrer que si g est un polynôme dans Λ(C), on a τ(fg)=τ(f)+τ(g). (Utiliser encore la suite exacte (*).) Déduire de là que τ s’étend en un homomorphisme de groupes
τ:Λrat(C)→R~C(C[T]).
f) Montrer que χ∘τ est l’application identique de Λrat(C). (Utiliser le fait que si f∈Λ(C) est un polynôme de degré ≤r, alors le polynôme caractéristique de TEr,f est σrf.) g) Montrer que tout élément de R~C(C[T]) est la classe d’un C[T]-module E qui est un C-module libre.
h) Soit E un C[T]-module, et notons u∈EndC(E) l’homothétie de rapport T dans E ; soit u=IdC[T]⊗Cu∈EndC[T](E[T]). On a une suite exacte de C[T]-modules
0⟶E[T]T−uE[T]⟶E⟶0
(A, III, p. 106). Supposons que E soit un C-module libre de base (e1,...,er). Alors E[T] est un C[T]-module libre de base (1⊗ei). Si la matrice de u pour la base (ei) est (aij), la matrice de T−u pour la base (1⊗ei) est (Tδij−aij).
i) Soit f=(fij)1≤i,j≤r une matrice à coefficients dans C[T]. On dira que f est spéciale si, quels que soient i,j dans {1,...,r}, i=j, fii est un polynôme unitaire et deg(fii)>deg(fij). Montrer alors que det(f) est un polynôme unitaire (de degré deg(f11)+⋯+deg(frr)) et que f définit un endomorphisme injectif de C[T]''. Déduire de h) que tout C[T]-module qui est un C-module libre de rang r est isomorphe au conoyau d’un tel endomorphisme de C[T]''.
j) Soit f une matrice spéciale comme dans i). Posons f=(f11f−f+f′) où f+,f−,f′ sont des matrices de types (1,r−1), (r−1,1) et (r−1,r−1) respectivement. Posons
g=(1−f−0f11I)eth=gf=(f110f+f)
où f=f11f′−f−f+. Montrer que h est une matrice spéciale. De plus, en identifiant les matrices carrées aux endomorphismes correspondants, on obtient des suites exactes de C[T]-modules
0→Coker(f)→Coker(h)→Coker(g)→0,
(où Coker(g) est isomorphe à C[T]r/f11C[T]r−1) et
0→C[T]/f11C[T]→Coker(h)→Coker(f)→0.
Déduire de là, par récurrence sur r, que Coker(f) est un C-module projectif dont la classe dans RC(C[T]) est combinaison Z-linéaire d’éléments de la forme [C[T]/pC[T]] où p est un polynôme unitaire.
k) Utiliser les parties f), g), i) et j) précédentes pour montrer que τ:Λrat(C)→R~C(C[T]) est surjectif, donc que χ:R~C(C[T])→Λrat(C) est un isomorphisme.
l) Montrer que Λrat(C) est stable par Vn et Fn pour chaque n∈J. Il leur correspond donc des endomorphismes Vn et Fn de R~C(C[T]), par l’isomorphisme précédent. Soit φn l’homomorphisme de C-algèbres de C[T] dans lui-même qui applique T sur Tn. Montrer que Vn (resp. Fn) se déduit de l’endomorphisme φn∗ (resp. (φn)∗) de RC(C[T]) par passage aux quotients.
Dans les exercices ci-après, p est un nombre premier fixé, et les anneaux de vecteurs de Witt sont relatifs à ce nombre premier.