Bourbaki

Exercice 56, § 1

Algèbre commutative, IX, p. 66

Soit G le monoïde libre engendré par un élément T, de sorte que C(G)C^{(G)} s’identifie à C[T]C[T]. Notons C0C_0 le module C[T]/TC[T]C[T]/TC[T]. Alors [C0][C_0] est un élément idempotent de RC(C[T])R_C(C[T]). Le noyau du λ\lambda-morphisme canonique RC(C[T])→K0(C)R_C(C[T]) \to K_0(C) est l’idéal engendré par 1−[C0]1 - [C_0]. Posons

R~C(C[T])=RC(C[T])/[C0].RC(C[T]). \tilde{R}_C(C[T]) = R_C(C[T])/[C_0].R_C(C[T]) .

a) Montrer que [C0].RC(C[T])[C_0].R_C(C[T]) est un λ\lambda-idéal, donc que R~C(C[T])\tilde{R}_C(C[T]) admet une structure quotient de pré-λ\lambda-anneau. b) Pour tout module E de type RepC(C[T])Rep_C(C[T]), notons TET_E l’homothétie de rapport T dans E. On a

χ‾E(T)=det⁡E[T](1+TET)∈Λ(C) \overline{\chi}_E(T) = \det_{E[T]}(1 + T_E T) \in \Lambda(C)

et

χE(T)=det⁡E[T](T−TE) \chi_E(T) = \det_{E[T]}(T - T_E)

est le polynôme caractéristique de TET_E (cf. exerc. 49, p. 62). Montrer que [E]↦χ‾E(T)[E] \mapsto \overline{\chi}_E(T) définit un λ\lambda-morphisme RC(C[T])→Λ(C)R_C(C[T]) \to \Lambda(C) dont le noyau contient [C0][C_0]. Par passage au quotient, on obtient un λ\lambda-morphisme

χ‾:R~C(C[T])→Λ(C). \overline{\chi} : \tilde{R}_C(C[T]) \to \Lambda(C) .

c) Notons Λrat(C)\Lambda_{rat}(C) le sous-groupe de Λ(C)\Lambda(C) engendré par les éléments de Λ(C)\Lambda(C) qui sont des polynômes en T. Montrer que l’image de χ‾\overline{\chi} est Λrat(C)\Lambda_{rat}(C). En conclure que Λrat(C)\Lambda_{rat}(C) est un sous-λ\lambda-anneau de Λ(C)\Lambda(C). d) Pour tout r∈Zr \in \mathbf{Z}, définissons σr:C[T,T−1]→C[T,T−1]\sigma_r : C[T, T^{-1}] \to C[T, T^{-1}] par (σrf)(T)=Trf((−T)−1)(\sigma_r f)(T) = T^r f(( - T)^{-1}). On a (σr(σsf))(T)=(−1)sTr−sf(T)(\sigma_r(\sigma_s f))(T) = (-1)^s T^{r-s} f(T), en particulier σr(σrf)=(−1)rf\sigma_r(\sigma_r f) = (-1)^r f, et (σrf).(σsg)=σr+s(f.g)(\sigma_r f).(\sigma_s g) = \sigma_{r+s}(f.g), quels que soient r,sr, s dans Z\mathbf{Z} et f,gf, g dans C[T,T−1]C[T, T^{-1}]. Si ff est un polynôme en T de degré ≤r\leq r (r≥0r \geq 0), alors σrf\sigma_r f en est un aussi. Si de plus f∈Λ(C)f \in \Lambda(C) (i.e. f(0)=1f(0) = 1), alors σrf\sigma_r f est unitaire de degré rr. Si E est un C[T]C[T]-module qui est un CC-module libre de rang rr, on a σr(χ‾E(T))=χE(T)\sigma_r(\overline{\chi}_E(T)) = \chi_E(T). e) Si f∈Λ(C)f \in \Lambda(C) est un polynôme en T de degré ≤r\leq r, posons Er,f=C[T]/σrf.C[T]E_{r,f} = C[T]/\sigma_r f.C[T]; c’est un CC-module libre de rang rr. Si f=1f = 1 on a Er,1=C[T]/TrC[T]E_{r,1} = C[T]/T^r C[T]. Si g∈Λ(C)g \in \Lambda(C) est un polynôme en T de degré ≤s\leq s, on a une suite exacte de C[T]C[T]-modules

(∗)0→Es,g→Er+s,fg→Er,f→0 (*) \quad 0 \to E_{s,g} \to E_{r+s, fg} \to E_{r,f} \to 0

(utiliser d)). Montrer que la classe τ(f)\tau(f) de Er,fE_{r,f} dans R~C(C[T])\tilde{R}_C(C[T]) est indépendante de rr (≥deg⁡(f)\geq \deg(f)). (En effet σr+sf=(σs1).(σrf)=Ts.(σrf)\sigma_{r+s} f = (\sigma_s 1).(\sigma_r f) = T^s.(\sigma_r f), et la classe du module C[T]/TsC[T]C[T]/T^s C[T] dans R~C(C[T])\tilde{R}_C(C[T]) est nulle.) Montrer que si gg est un polynôme dans Λ(C)\Lambda(C), on a τ(fg)=τ(f)+τ(g)\tau(fg) = \tau(f) + \tau(g). (Utiliser encore la suite exacte (*).) Déduire de là que τ\tau s’étend en un homomorphisme de groupes

τ:Λrat(C)→R~C(C[T]). \tau : \Lambda_{rat}(C) \to \tilde{R}_C(C[T]) .

f) Montrer que χ‾∘τ\overline{\chi} \circ \tau est l’application identique de Λrat(C)\Lambda_{rat}(C). (Utiliser le fait que si f∈Λ(C)f \in \Lambda(C) est un polynôme de degré ≤r\leq r, alors le polynôme caractéristique de TEr,fT_{E_{r,f}} est σrf\sigma_r f.) g) Montrer que tout élément de R~C(C[T])\tilde{R}_C(C[T]) est la classe d’un C[T]C[T]-module E qui est un CC-module libre.

h) Soit E un C[T]-module, et notons u∈EndC(E)u \in \mathrm{End}_C(E) l’homothétie de rapport T dans E ; soit u‾=IdC[T]⊗Cu∈EndC[T](E[T])\overline{u} = \mathrm{Id}_{C[T]} \otimes_C u \in \mathrm{End}_{C[T]}(E[T]). On a une suite exacte de C[T]-modules

0⟶E[T]→T−u‾E[T]⟶E⟶0 0 \longrightarrow E[T] \xrightarrow{T-\overline{u}} E[T] \longrightarrow E \longrightarrow 0
(A, III, p. 106). Supposons que E soit un C-module libre de base (e1,...,er)(e_1, ..., e_r). Alors E[T] est un C[T]-module libre de base (1⊗ei)(1 \otimes e_i). Si la matrice de uu pour la base (ei)(e_i) est (aij)(a_{ij}), la matrice de T−u‾T - \overline{u} pour la base (1⊗ei)(1 \otimes e_i) est (Tδij−aij)(T \delta_{ij} - a_{ij}).

i) Soit f=(fij)1≤i,j≤rf = (f_{ij})_{1 \leq i,j \leq r} une matrice à coefficients dans C[T]. On dira que ff est spéciale si, quels que soient i,ji, j dans {1,...,r}\{1, ..., r\}, i≠ji \neq j, fiif_{ii} est un polynôme unitaire et deg⁡(fii)>deg⁡(fij)\deg(f_{ii}) > \deg(f_{ij}). Montrer alors que det⁡(f)\det(f) est un polynôme unitaire (de degré deg⁡(f11)+⋯+deg⁡(frr)\deg(f_{11}) + \cdots + \deg(f_{rr})) et que ff définit un endomorphisme injectif de C[T]''. Déduire de h) que tout C[T]-module qui est un C-module libre de rang rr est isomorphe au conoyau d’un tel endomorphisme de C[T]''.

j) Soit ff une matrice spéciale comme dans i). Posons f=(f11f+f−f′)f = \begin{pmatrix} f_{11} & f_+ \\ f_- & f' \end{pmatrix} où f+,f−,f′f_+, f_-, f' sont des matrices de types (1,r−1)(1, r-1), (r−1,1)(r-1, 1) et (r−1,r−1)(r-1, r-1) respectivement. Posons

g=(10−f−f11I)eth=gf=(f11f+0f‾) g = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ -f_- & f_{11} I \end{pmatrix} \quad \text{et} \quad h = gf = \begin{pmatrix} f_{11} & f_+ \\ 0 & \overline{f} \end{pmatrix}
où f‾=f11f′−f−f+\overline{f} = f_{11} f' - f_- f_+. Montrer que hh est une matrice spéciale. De plus, en identifiant les matrices carrées aux endomorphismes correspondants, on obtient des suites exactes de C[T]-modules
0→Coker(f)→Coker(h)→Coker(g)→0, 0 \to \mathrm{Coker}(f) \to \mathrm{Coker}(h) \to \mathrm{Coker}(g) \to 0,
(où Coker(g)\mathrm{Coker}(g) est isomorphe à C[T]r/f11C[T]r−1\mathbf{C}[T]^r / f_{11} \mathbf{C}[T]^{r-1}) et
0→C[T]/f11C[T]→Coker(h)→Coker(f‾)→0. 0 \to \mathbf{C}[T]/f_{11} \mathbf{C}[T] \to \mathrm{Coker}(h) \to \mathrm{Coker}(\overline{f}) \to 0.
Déduire de là, par récurrence sur rr, que Coker(f)\mathrm{Coker}(f) est un C-module projectif dont la classe dans RC(C[T])R_C(C[T]) est combinaison Z\mathbf{Z}-linéaire d’éléments de la forme [C[T]/pC[T]][C[T]/pC[T]] où pp est un polynôme unitaire.

k) Utiliser les parties f), g), i) et j) précédentes pour montrer que τ:Λrat(C)→R~C(C[T])\tau : \Lambda_{rat}(C) \to \tilde{R}_C(C[T]) est surjectif, donc que χ‾:R~C(C[T])→Λrat(C)\overline{\chi} : \tilde{R}_C(C[T]) \to \Lambda_{rat}(C) est un isomorphisme.

l) Montrer que Λrat(C)\Lambda_{rat}(C) est stable par VnV_n et FnF_n pour chaque n∈Jn \in J. Il leur correspond donc des endomorphismes VnV_n et FnF_n de R~C(C[T])\tilde{R}_C(C[T]), par l’isomorphisme précédent. Soit φn\varphi_n l’homomorphisme de C-algèbres de C[T] dans lui-même qui applique T sur TnT^n. Montrer que VnV_n (resp. FnF_n) se déduit de l’endomorphisme φn∗\varphi_n^* (resp. (φn)∗(\varphi_n)_*) de RC(C[T])R_C(C[T]) par passage aux quotients.

Dans les exercices ci-après, pp est un nombre premier fixé, et les anneaux de vecteurs de Witt sont relatifs à ce nombre premier.

Solution

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Transcrit du volume imprimé. Non traduit.