Bourbaki

§ 4. Fermeture intégrale d’un anneau local complet

1. Anneaux japonais

Définition 1

Soit AA un anneau noethérien intègre. On dit que AA est japonais si la fermeture intégrale de AA dans toute extension finie de son corps des fractions est une AA-algèbre finie.

Remarque 1

Il revient au même de dire que AA satisfait à la condition suivante : toute AA-algèbre intègre BB entière sur AA, contenue dans une extension de type fini du corps des fractions KK de AA, est une AA-algèbre finie. En effet, le corps des fractions LL de BB est une extension algébrique de KK, donc est de degré fini sur KK (A, V, p. 112, cor. 1 de la prop. 17). La AA-algèbre BB est contenue dans la fermeture intégrale de AA dans LL, et est donc finie si cette dernière est finie.

Remarque 2

Soient A un anneau noethérien intègre japonais et S une partie multiplicative de A ne contenant pas 0. L’anneau de fractions S−1AS^{-1}A est japonais. Soient en effet L une extension finie du corps des fractions de A et B la fermeture intégrale de A dans L ; alors la fermeture intégrale de S−1AS^{-1}A dans L est S−1BS^{-1}B (V, , no 5, prop. 16), donc est une S−1AS^{-1}A-algèbre finie

Exemple

Toute algèbre intègre de type fini sur un corps est un anneau japonais (V, § 3, no 2, th. 2).

Proposition 1

Soient A un anneau noethérien intègre, K son corps des fractions. Supposons que pour toute extension finie radicielle L de K, la fermeture intégrale de A dans L soit une A-algèbre finie. Alors l’anneau A est japonais.

Soit E une extension finie de K. Soient N une extension finie quasi-galoisienne de K contenant E (A, V, p. 54, cor. 1), et L le corps des invariants du groupe des K-auto-morphismes de N. Alors (A, V, p. 73, prop. 13), L est une extension radicielle de K et N est une extension séparable de L. La fermeture intégrale B de A dans L est donc par hypothèse une A-algèbre finie ; la fermeture intégrale C de B dans N est une B-algèbre finie (V, § 1, no 6, cor. 1 à la prop. 18), donc une A-algèbre finie. La fermeture intégrale de A dans E est contenue dans C, donc est une A-algèbre finie puisque A est noethérien.

Corollaire

Supposons le corps K parfait (par exemple de caractéristique 0). Alors A est japonais si et seulement si sa clôture intégrale est une A-algèbre finie.

Proposition 2

Soient B un anneau noethérien intègre et A un sous-anneau noethérien de B, tel que B soit une A-algèbre finie. Pour que A soit japonais, il faut et il suffit que B soit japonais.

Notons K (resp. L) le corps des fractions de A (resp. B). Supposons d’abord A japonais, et soit M une extension finie de L. Notons C la fermeture intégrale de B dans M. D’après V, § 1, no 1, prop. 6, C est la fermeture intégrale de A dans M, donc est une A-algèbre finie puisque M est une extension finie de K et que A est japonais. A fortiori, C est une B-algèbre finie. Ceci prouve que B est japonais.

Inversement, supposons B japonais et soit N une extension finie de K. Notons D la fermeture intégrale de A dans N. Soit E une extension de K composée de L et N ; comme B est japonais, la fermeture intégrale D’ de B dans E est une B-algèbre finie, donc une A-algèbre finie ; le A-module D qui est un sous-module de D’ est donc de type fini, ce qui entraîne que A est japonais.

2. Théorème de Nagata

Théorème 1 (Tate)

Soient A un anneau noethérien intégralement clos, a un élément de A. On suppose que l’idéal aAaA est premier, que l’anneau A/aAA/aA est japonais et que A est complet pour la topologie aAaA-adique. Alors l’anneau A est japonais.

a) Soit K le corps des fractions de A. L’assertion étant triviale lorsque K est de caractéristique 0 (n° 1, corollaire de la prop. 1), on peut supposer K de caractéristique p>0p > 0. On peut aussi supposer a≠0a \neq 0.

Soient L une extension finie radicielle de K et q une puissance de p telle que L⊂K1/qL \subset K^{1/q}. Posons x=a1/qx = a^{1/q} et M=L(x)M = L(x). D’après la prop. 1 du n° 1, il suffit de démontrer que la fermeture intégrale B de A dans M est une A-algèbre finie.

b) Démontrons d’abord que l’idéal xBxB est l’unique idéal premier de B au-dessus de aAaA. Il existe en effet au moins un idéal premier de B au-dessus de aAaA (V, § 2, n° 1, th. 1). Soit q l’un de ces idéaux. On a xq=a∈qx^q = a \in q, d’où xB⊂qxB \subset q puisque q est premier. Inversement, soit y un élément de q ; l’élément yqy^q de K est entier sur A, donc appartient à A puisque A est intégralement clos. Puisque q∩A=aAq \cap A = aA, il existe un élément α\alpha de A tel que yq=aα=xqαy^q = a\alpha = x^q\alpha. Par conséquent l’élément y/xy/x de M est entier sur A, donc appartient à B ; ainsi on a y∈xBy \in xB, d’où q=xBq = xB, ce qui démontre notre assertion.

c) Il en résulte que l’anneau BxBB_{xB} est la fermeture intégrale dans M de l’anneau AaAA_{aA} (V, § 1, n° 5, prop. 16 et § 2, n° 1, prop. 2). D’après VI, § 3, n° 6, prop. 9, AaAA_{aA} est un anneau de valuation discrète ; on déduit alors du théorème de Krull-Akizuki (VII, § 2, n° 5, prop. 5) que le corps κ(xB)\kappa(xB) est une extension finie de κ(aA)\kappa(aA) et que BxBB_{xB} est noethérien.

d) L’anneau B/xBB/xB est entier sur l’anneau japonais A/aAA/aA et son corps des fractions est une extension finie du corps des fractions de ce dernier. Par conséquent, B/xBB/xB est un (A/aA)(A/aA)-module de type fini. Pour tout entier i≥0i \geq 0, il en est de même du module xiB/xi+1Bx^iB/x^{i+1}B ; par suite le (A/aA)(A/aA)-module B/aBB/aB possède une suite de composition de longueur q dont les quotients sont des (A/aA)(A/aA)-modules de type fini, donc est lui-même un (A/aA)(A/aA)-module de type fini.

e) Munissons l’anneau A de la filtration (aA)(aA)-adique et l’anneau B de la filtration (aB)(aB)-adique. Alors A est complet par hypothèse ; comme BxBB_{xB} est intègre et noethérien, la filtration aBxBaB_{xB}-adique de BxBB_{xB} est séparée (III, § 3, n° 2, corollaire à la prop. 5) ; par suite on a ⋂anB⊂⋂anBxB={0}\bigcap a^nB \subset \bigcap a^nB_{xB} = \{0\}, et la filtration aBaB-adique de B est séparée ; le gr(A)-module gr(B) est engendré par gr_0(B), donc est de type fini d’après d). Il résulte alors de III, § 2, n° 9, cor. 1 à la prop. 12, que B est un A-module de type fini, ce qui achève la démonstration.

Corollaire

Soient R un anneau noethérien intègre et n un entier. Si R est japonais, l’anneau R[[T1,...,Tn]]R[[T_1, ..., T_n]] est japonais.

Raisonnant par récurrence, on peut supposer n=1n = 1. Notons S la clôture intégrale de R ; si R est japonais, S est une algèbre finie sur R, donc un anneau japonais (n° 1, prop. 2). L’anneau S[[T]] est noethérien et intégralement clos (V, § 1, n° 4, prop. 14) ; appliquant le th. 1 à A=S[[T]]A = S[[T]] et a=Ta = T, on en déduit que S[[T]] est japonais. Par conséquent R[[T]] est japonais (n° 1, prop. 2).

Théorème 2 (Nagata)

Tout anneau A local noethérien intègre et complet est japonais.

D’après le th. 3 du § 2, n° 5 et le th. 2 du § 3, n° 3, il existe un entier n≥0n \geq 0, un anneau R qui est un corps ou un anneau de valuation discrète de corps des fractions de caractéristique 0, et un sous-anneau B de A, isomorphe à R[[T₁, ..., Tₙ]] et tel que A soit une B-algèbre finie. Alors R est japonais (n° 1, exemple et corollaire de la prop. 1), donc B est japonais (corollaire au th. 1), et A est japonais (n° 1, prop. 2).

Corollaire

Soit A un anneau semi-local noethérien dont le complété est réduit. Alors la fermeture intégrale A' de A dans son anneau total des fractions R est une A-algèbre finie.

Supposons d’abord A local et complet, et soient p₁, ..., pₙ les idéaux premiers minimaux (distincts) de A ; pour i = 1, ..., n, notons Kᵢ le corps des fractions de A/pᵢ et Aᵢ' la clôture intégrale de A/pᵢ. Comme A est réduit, R est le produit des anneaux Kᵢ et A' le produit des anneaux Aᵢ' (V, § 1, n° 2, cor. 1 à la prop. 9). Puisque les anneaux locaux A/pᵢ sont intègres et complets, ils sont japonais (th. 2), de sorte que chaque Aᵢ' est une A-algèbre finie, et A' est une A-algèbre finie.

Si A est semi-local et complet, il est isomorphe à un produit fini d’anneaux locaux complets (III, § 2, n° 13, corollaire à la prop. 19), et on conclut aussitôt d’après ce qui précède.

Passons au cas général et notons que le complété  de A est un anneau semi-local, complet, noethérien et fidèlement plat sur A (III, loc. cit., § 3, n° 4, corollaire de la prop. 8 et § 3, n° 5, prop. 9). Soit S l’ensemble des éléments non diviseurs de zéro de A ; on a R = S⁻¹A. Puisque  est plat sur A, les éléments de S sont non diviseurs de zéro dans Â, et S⁻¹Â s’identifie à un sous-anneau de l’anneau total des fractions T de Â. Toujours puisque  est plat sur A, l’anneau A' ⊗_A  s’identifie à un sous-anneau de R ⊗_A  = S⁻¹Â, donc aussi à un sous-anneau de T entier sur Â. D’après la première partie de la démonstration, A' ⊗_A  est donc un Â-module de type fini ; par suite, A' est un A-module de type fini (I, § 3, n° 6, prop. 11).

Rappelons (A, V, p. 114, déf. 1) qu’une algèbre E sur un corps K est dite séparable si l’anneau L ⊗_K E est réduit pour toute extension L de K ; il suffit qu’il en soit ainsi pour toute extension finie de K. La proposition suivante généralise le th. 2 :

Proposition 3

Soient A un anneau semi-local noethérien intègre, K son corps des fractions. Si la K-algèbre K ⊗_A Â est séparable, l’anneau A est japonais.

Soient L une extension finie de K et B la fermeture intégrale de A dans L. Soit F une partie finie de B telle que L = K[F] (V, § 1, n° 5, cor. 2 à la prop. 16) ; notons C la A-algèbre (finie) engendrée par F. Puisque L est le corps des fractions de C, l’anneau B est la clôture intégrale de C (V, § 1, n° 1, prop. 6) et il suffit de prouver que B est une C-algèbre finie. Or, C est un anneau semi-local noethérien (IV, § 2, n° 5, cor. 3 à la prop. 9 ) ; son complété s’identifie à C ⊗_A Â (III, § 3, n° 4, th. 3 (ii)), donc aussi à un sous-anneau de l’anneau réduit L ⊗_A Â = L ⊗_K (K ⊗_A Â) et par suite est réduit. La prop. 3 résulte donc du corollaire au th. 2.

3. Quelques lemmes

Lemme 1

Soient A un anneau semi-local noethérien et B une A-algèbre finie. Alors l’anneau B est semi-local et noethérien ; soient m₁, ..., mₙ ses idéaux maximaux.

L’homomorphisme canonique de B dans ∏i=1nB^mi\prod_{i=1}^n \hat{B}_{m_i} se prolonge en un isomorphisme de A^⊗AB\hat{A} \otimes_A B sur ∏i=1nB^mi\prod_{i=1}^n \hat{B}_{m_i}.

D’après IV, § 2, no 5, cor. 3 à la prop. 9, l’anneau B est semi-local et mABm_A B en est un idéal de définition. D’après III, § 3, no 4, th. 3, (ii), l’anneau A^⊗AB\hat{A} \otimes_A B est le complété de B pour la topologie définie par son radical ; on applique alors III, § 2, no 13, corollaire à la prop. 19.

Lemme 2

Soient A un anneau noethérien et M un A-module. L’application canonique de M dans le produit ∏p∈Ass(M)Mp\prod_{p \in \mathrm{Ass}(M)} M_p est injective.

Soit en effet m un élément non nul de M ; alors Ann(m) est contenu dans un idéal premier p de A associé à M (IV, § 1, no 1, prop. 2), et l’image de m dans MpM_p est non nulle (II, § 2, no 2, prop. 4).

Lemme 3

Soient A un anneau noethérien, x un élément de A, M un A-module de type fini, et p un idéal premier de A associé à M. On suppose que l’homothétie xMx_M est injective. Soit q un idéal premier de A, minimal parmi ceux qui contiennent p + xA. Alors q est associé au A-module M/xMM/xM.

Notons N le sous-module de M formé des éléments m tels que pm=0pm = 0. On a N∩xM=xNN \cap xM = xN ; en effet, si un élément m de M est tel que pxm=0pxm = 0, on a pm=0pm = 0 puisque xMx_M est injective, donc m∈Nm \in N. Par conséquent, le A-module N/xNN/xN est isomorphe au sous-module (N+xM)/xM(N + xM)/xM de M/xMM/xM, et il suffit de démontrer que q est associé à N/xNN/xN. Puisque p est associé à M, il existe un élément m de M tel que p=Ann(m)p = \mathrm{Ann}(m) ; on a m∈Nm \in N d’où p=Ann(N)p = \mathrm{Ann}(N) et par suite Supp(N/xN)=V(p+xA)\mathrm{Supp}(N/xN) = V(p + xA) d’après II, § 4, no 4, corollaire à la prop. 18 ; par conséquent, q est associé à N/xNN/xN (IV, § 1, no 4, th. 2).

Lemme 4

Soient A un anneau de valuation discrète, B un anneau local noethérien, et ρ:A→B\rho : A \to B un homomorphisme local et plat. Si l’anneau κA⊗AB\kappa_A \otimes_A B est réduit, alors B est réduit.

Supposons qu’il existe un élément nilpotent non nul x de B, et soit π\pi une uniformisante de A. Puisqu’on a πB⊂mB\pi B \subset m_B, l’anneau B est séparé pour la topologie πB\pi B-adique. Il existe donc n∈Nn \in \mathbf{N} et y∈By \in B avec x=πnyx = \pi^n y et y∉πBy \notin \pi B. Puisque B est plat sur A, la multiplication par π\pi est injective dans B. La classe de y dans B/πBB/\pi B est donc un élément nilpotent non nul, ce qui contredit l’hypothèse.

4. Anneaux de Nagata

Définition 2

On dit qu’un anneau A est un anneau de Nagata s’il est noethérien et si, pour tout idéal premier p de A, l’anneau noethérien intègre A/pA/p est japonais (no 1, déf. 1).

Exemple 1

Toute algèbre de type fini sur un corps est un anneau de Nagata (no 1, exemple).

Exemple 2

Tout anneau noethérien local complet est un anneau de Nagata (n° 2, th. 2).

Exemple 3

L’anneau Z\mathbf{Z} est un anneau de Nagata (n° 1, exemple et corollaire de la prop. 1).

Exemple 4

On peut montrer (exerc. 30) que toute algèbre de type fini sur un anneau de Nagata est un anneau de Nagata.

Proposition 4

Soit AA un anneau de Nagata. a) Toute AA-algèbre finie est un anneau de Nagata. b) Pour toute partie multiplicative SS de AA, l’anneau S−1AS^{-1}A est un anneau de Nagata. a) Soit BB une AA-algèbre finie, ρ:A→B\rho : A \to B l’homomorphisme canonique. Pour tout idéal premier pp de BB, l’anneau B/pB/p qui est une algèbre finie sur l’anneau japonais A/ρ−1(p)A/\rho^{-1}(p), est japonais (n° 1, prop. 2). b) Soit qq un idéal premier de S−1AS^{-1}A; alors il existe un idéal premier pp de AA tel que q=S−1pq = S^{-1}p. L’anneau (S−1A)/q(S^{-1}A)/q est un anneau de fractions de l’anneau japonais A/pA/p, donc est japonais (n° 1, remarque 2).

Théorème 3 (Zariski-Nagata)

Soit AA un anneau semi-local noethérien. Les conditions suivantes sont équivalentes : (i) AA est un anneau de Nagata ; (ii) pour tout idéal premier pp de AA, la κ(p)\kappa(p)-algèbre κ(p)⊗AA^\kappa(p) \otimes_A \hat{A} est séparable ; (iii) pour toute AA-algèbre réduite RR, l’anneau R⊗AA^R \otimes_A \hat{A} est réduit. Démontrons d’abord l’équivalence des conditions (ii) et (iii). L’implication (iii) ⇒\Rightarrow (ii) est triviale ; supposons inversement que AA satisfasse à la condition (ii). Alors, pour toute AA-algèbre KK qui est un corps, l’anneau K⊗AA^K \otimes_A \hat{A} est réduit. Soit maintenant CC une AA-algèbre réduite de type fini ; l’anneau CC, étant noethérien, est isomorphe à un sous-anneau d’un produit fini K1×⋯×KnK_1 \times \cdots \times K_n de corps (IV, § 2, n° 5, prop. 10) ; puisque A^\hat{A} est plat sur AA, l’anneau C⊗AA^C \otimes_A \hat{A} est isomorphe à un sous-anneau de l’anneau réduit ∏i(Ki⊗AA^)\prod_i (K_i \otimes_A \hat{A}), donc est réduit. Soit enfin RR une AA-algèbre réduite quelconque ; alors RR est réunion de la famille filtrante (Cα)(C_\alpha) de ses sous-algèbres de type fini, et R⊗AA^R \otimes_A \hat{A} est limite inductive de la famille filtrante (Cα⊗AA^)(C_\alpha \otimes_A \hat{A}) d’anneaux réduits, donc est réduit. Montrons que (ii) implique (i). Soit pp un idéal premier de AA; le corps des fractions KK de l’anneau A/pA/p s’identifie à κ(p)\kappa(p), et la KK-algèbre K⊗A/p(A/p^)K \otimes_{A/p} (\widehat{A/p}) s’identifie à κ(p)⊗A/pA^/pA^\kappa(p) \otimes_{A/p} \hat{A}/p\hat{A}, donc à κ(p)⊗AA^\kappa(p) \otimes_A \hat{A}. Si κ(p)⊗AA^\kappa(p) \otimes_A \hat{A} est une κ(p)\kappa(p)-algèbre séparable, l’anneau A/pA/p est japonais (n° 2, prop. 3). Démontrons l’implication (i) ⇒\Rightarrow (ii) par récurrence sur dim⁡(A)\dim(A). Elle est évidente si dim⁡(A)=0\dim(A) = 0 puisqu’alors AA est artinien, donc complet. Soit nn un entier >0> 0; considérons l’hypothèse suivante :

(Rn_n) {pour tout anneau local noetheˊrien de Nagata C de dimension <n et tout ideˊal premier r de C, l’anneau κ(r)⊗CC^ est reˊduit.\left\{ \begin{array}{l} \text{pour tout anneau local noethérien de Nagata } C \text{ de dimension } < n \text{ et tout idéal premier } r \text{ de } C, \text{ l’anneau } \kappa(r) \otimes_C \hat{C} \text{ est réduit.} \end{array} \right.

Soit AA un anneau semi-local noethérien de Nagata de dimension nn, soient pp un idéal premier de AA et LL une extension finie du corps κ(p)\kappa(p); il suffit de démontrer, sous l’hypothèse (R_n), que l’anneau L ⊗_A Ā est réduit. Notons B la fermeture intégrale de A/p dans L ; puisque A/p est japonais, B est une A-algèbre finie donc un anneau de Nagata semi-local (prop. 4). Notons m_1, ..., m_r les idéaux maximaux de B ; l’anneau L ⊗_A Ā s’identifie à un anneau de fractions de B ⊗_A Ā, et ce dernier s’identifie au produit des complétés des anneaux locaux B_{m_i} (n° 3, lemme 1). Il suffit donc de prouver que, pour tout idéal maximal m de B, l’anneau B^m\hat{B}_m est réduit (II, , n° 6, prop. 17). L’anneau BmB_m est local, intégralement clos, de Nagata (prop. 4), et l’on a dim⁡(Bm)≤dim⁡(B)≤dim⁡(A)=n\dim(B_m) \leq \dim(B) \leq \dim(A) = n (VIII, § 1, n° 3, prop. 6 et § 2, n° 3, th. 1). Changeant de notations, on est ramené à prouver, sous l’hypothèse (R_n), que pour tout anneau local noethérien A intégralement clos, de Nagata et de dimension ≤n\leq n, l’anneau A^\hat{A} est réduit, c’est-à-dire (n° 3, lemme 2) que A^p′\hat{A}_{p'} est réduit pour tout idéal premier p′∈Ass(A^)p' \in \mathrm{Ass}(\hat{A}). Comme cela est immédiat si dim⁡(A)=0\dim(A) = 0, on peut supposer dim⁡(A)>0\dim(A) > 0. Soient alors x un élément non nul de mAm_A, et q’ un idéal premier de A^\hat{A}, minimal parmi ceux qui contiennent xA^+p′x\hat{A} + p'; puisque A^p′\hat{A}_{p'} s’identifie à un anneau de fractions de l’anneau A^q′\hat{A}_{q'}, il suffit de prouver que ce dernier est réduit (II, § 2, n° 6, prop. 17). D’après le lemme 3, l’idéal q’ est associé au A^\hat{A}-module A^/xA^\hat{A}/x\hat{A}; puisque A^\hat{A} est plat sur A, l’image réciproque q de q’ dans A est associée au A-module A/xAA/xA (IV, § 2, n° 6, cor. 1 au th. 2). L’anneau A étant supposé intégralement clos, cela implique que q est de hauteur 1 (VII, § 1, n° 6, prop. 10), donc que l’anneau AqA_q est de valuation discrète (loc. cit., n° 3, corollaire au th. 2 et n° 6, th. 4). Puisque A/qA/q est un anneau de Nagata de dimension <n< n, l’anneau κ(q)⊗A/qA/q^\kappa(q) \otimes_{A/q} \widehat{A/q} est réduit d’après l’hypothèse (R_n). L’anneau κ(q)⊗AA^\kappa(q) \otimes_A \hat{A}, qui lui est isomorphe, est réduit, ainsi par conséquent que l’anneau κ(q)⊗AqA^q′\kappa(q) \otimes_{A_q} \hat{A}_{q'}, qui en est un anneau de fractions. On peut donc appliquer à l’homomorphisme canonique de AqA_q dans A^q′\hat{A}_{q'} le lemme 4 du n° 3 et on en conclut que l’anneau A^q′\hat{A}_{q'} est réduit, ce qu’on voulait prouver. Le th. 3 est ainsi démontré

Corollaire 1

Le complété d’un anneau de Nagata local et réduit est réduit.* Il suffit en effet de poser R = A dans le th. 3, (iii).

Corollaire 2 (Chevalley)

Soient A une algèbre réduite de type fini sur un corps, et p un idéal premier de A. Le complété de l’anneau local ApA_p est réduit.* Comme A est réduit, l’anneau local ApA_p est réduit ; de plus A est un anneau de Nagata (exemple 1), donc ApA_p est un anneau de Nagata (prop. 4), et le cor. 2 résulte du cor. 1, appliqué à l’anneau ApA_p.

Corollaire 3

Soient k un corps de caractéristique 0, et A une k-algèbre locale et noethérienne. Pour que A soit un anneau de Nagata, il faut et il suffit que, pour tout idéal premier p de A, l’anneau (A/p^)(\widehat{A/p}) soit réduit.* En effet, puisque les corps κ(p)\kappa(p) sont de caractéristique 0, il est équivalent de dire que les algèbres κ(p)⊗AA^=κ(p)⊗A/p(A/p^)\kappa(p) \otimes_A \hat{A} = \kappa(p) \otimes_{A/p} (\widehat{A/p}) sont réduites ou qu’elles sont séparables (A, V, p. 117, th. 1), ce qui montre que la condition énoncée est suffisante (th. 3, (ii) ⇒ (i)) ; elle est par ailleurs nécessaire (th. 3, (i) ⇒ (iii) avec R = A/p).

Exercices

See the exercises for § 4.

Transcribed from the printed volume. Not translated.