Soit K un corps (commutatif ou non). Rappelons (Top. gén., chap. IX, § 3, no 2, déf. 2) qu’on appelle valeur absolue sur K toute application f de K dans R+ vérifiant les axiomes suivants :
(VA_I) La relationf(x)=0équivaut àx=0. (VA_{II}) f(xy)=f(x)f(y)quels que soientx,ydansK. (VA_{III}) f(x+y)≤f(x)+f(y)quels que soientx,ydansK. Il résulte de (VA_I) et (VA_{II}) que l’on a f(1)=1,f(−1)=1, et f(x−1)=f(x)1 pour x=0.
Pour une application f de K dans R+, et un nombre réel A>0, nous noterons (UA) la relation
f(x+y)⩽A⋅sup(f(x),f(y)) quels que soient x,y dans K.
Nous noterons V(K) l’ensemble des applications f de K dans R+ vérifiant (VAI) et (VAII) et pour lesquelles il existe un A>0 (dépendant de f) tel que (UA) soit vraie.
On remarquera que si f∈V(K), on a, en faisant x=1,y=0 dans (UA), 1=f(1)⩽A⋅sup(f(1),f(0))=A.
Proposition 1
Pour qu’une application f de K dans R+ vérifiant (VAI) et (VAII) appartienne à V(K), il faut et il suffit que f(1+x) soit borné dans l’ensemble des x∈K tels que f(x)⩽1. En effet, si f vérifie (UA), on a f(1+x)⩽A si f(x)⩽1. Inversement, supposons que f(x+1)⩽A pour les x∈K tels que f(x)⩽1 (ce qui entraîne A⩾f(1)=1); alors, si x=0 ou y=0, la condition (UA) est vérifiée; si au contraire x=0 et y=0, on peut par exemple supposer f(y)⩽f(x), donc, d’après (VAII), f(yx−1)⩽1, et par suite f(1+yx−1)⩽A, ce qui donne, en vertu de (VAII), f(x+y)f(x)−1⩽A; d’où
f(x+y)⩽Af(x)⩽A⋅sup(f(x),f(y)).
Si f est une valeur absolue sur K, on a f(n.1)⩽n par récurrence sur l’entier n>0 à partir de (VAIII); réciproquement :
Proposition 2
Soit f une application de K dans R+ appartenant à V(K); s’il existe C>0 tel que f(n.1)⩽C.n pour tout entier n>0, f est une valeur absolue sur K. Par récurrence sur r>0, on déduit de (UA) la relation
f(x1+x2+⋯+x2r)⩽Ar1⩽i⩽2rsupf(xi)
pour toute famille (xi) de 2r éléments de K. Posons n=2r−1; pour tout x∈K, on déduit de (1)
Faisant tendre r vers +∞, il vient f(1+x)≤1+f(x) pour tout x∈K; appliquant cette inégalité en remplaçant x par xy−1 (pour y=0) et tenant compte de (VAII), on obtient la relation (VAIII), ce qui prouve la proposition.
Corollaire 1
Pour qu’une application f de K dans R+ soit une valeur absolue, il faut et il suffit qu’elle vérifie les conditions (VAI), (VAII) et (U2).
C’est nécessaire, car (VAIII) entraîne
f(x+y)≤f(x)+f(y)≤2sup(f(x),f(y)).
Inversement, supposons que f vérifie (VAI), (VAII) et (U2); pour tout entier n>0, soit r le plus petit entier tel que 2r≥n; si dans (1) on remplace A par 2, les xi d’indice i≤n par 1 et les xi d’indice i>n par 0, on obtient f(n.1)≤2r<2n; on peut alors appliquer la prop. 2 avec C=2, donc f est une valeur absolue.
Corollaire 2
Pour qu’une application f de K dans R+ appartienne à V(K), il faut et il suffit qu’elle soit de la forme gt, où t>0 et g est une valeur absolue sur K.
En effet, dire que f vérifie (UA) équivaut à dire que fs vérifie (UAs); comme il existe s>0 tel que As≤2, le cor. 1 montre que pour une telle valeur de s, fs est une valeur absolue.
2. Valeurs absolues ultramétriques
On dit qu’une application f de K dans R+ est une valeur absolue ultramétrique si elle vérifie les conditions (VAI), (VAII) et (U1) (ce qui entraîne évidemment que f est une valeur absolue).
Proposition 3
Soit f une application de K dans R+. Les propriétés suivantes sont équivalentes:
a) f est une valeur absolue ultramétrique.
b) Il existe une valuation v de K, à valeurs dans R, et un nombre réel a tels que 0<a<1 et f=av.
c) f appartient à V(K) et l’on a f(n.1)≤1 pour tout entier n>0.
d) Pour tout s>0, fs est une valeur absolue. Pour tout nombre réel c tel que 0<c<1, l’application t→ct est un isomorphisme du groupe ordonné R (muni de l’ordre opposé à l’ordre usuel) sur le groupe ordonné R+∗; cela montre l’équivalence de a) et b). Il est clair que a) implique c); c) entraîne d), car on déduit de c) que (f(n.1))s⩽1⩽n pour tout entier n>0 et la prop. 2 du no 1 montre que fs est une valeur absolue. Enfin d) entraîne a): en effet, si fs est une valeur absolue, elle vérifie (U2), donc f vérifie U21/s pour tout s>0, et par suite aussi (U1) en faisant tendre s vers +∞.
Corollaire
Si K est un corps (non nécessairement commutatif) de caractéristique p>0, toute fonction de V(K) est une valeur absolue ultramétrique.
En effet, tout élément z=n.1 (n entier >0) non nul appartient au sous-corps premier Fp de K, donc vérifie la relation zp−1=1, ce qui entraîne f(z)=1 et l’on peut appliquer la prop. 3, c).
Étant donné un nombre réel c tel que 0<c<1, les formules
f(x)=cv(x),v(x)=logcf(x)
établissent donc une correspondance biunivoque entre valeurs absolues ultramétriques sur K et valuations de K à valeurs réelles. À la valeur absolue impropre (Top. gén., chap. IX, § 3, no 2) correspond la valuation impropre. Soient v1,v2 deux valuations de K à valeurs réelles, et f1,f2 les valeurs absolues correspondantes; pour que v1 et v2 soient équivalentes, il faut et il suffit que f1 et f2 le soient : en effet, dire que v1 et v2 sont équivalentes revient à dire que les relations v1(x)⩾0 et v2(x)⩾0 sont équivalentes, ou encore que les relations f1(x)⩽1 et f2(x)⩽1 sont équivalentes; il suffit donc d’appliquer la prop. 5 de Top. gén., chap. IX, § 3, no 2. En outre (loc. cit.) pour que les topologies définies sur K par f1 et f2 soient identiques, il faut et il suffit que f1 et f2 soient équivalentes.
3. Valeurs absolues sur Q
Proposition 4
Soit f une application de Q dans R+ appartenant à V(Q). Alors*:
(i) Ou bien f est la valeur absolue impropre sur Q.
(ii) Ou bien il existe un nombre réel a et un nombre premier p tels que 0<a<1 et f=avp, où vp est la valuation p-adique.
(iii) *Ou bien il existe s>0 tel que f(x)=∣x∣s pour tout x∈Q.
Dans le cas (iii), pour que f soit une valeur absolue sur Q, il faut et il suffit que 0<s≤1.
Supposons d’abord que l’on ait f(n)≤1 pour tout entier n>0. En vertu de la prop. 3 du no 2, il existe un nombre réel b et une valuation v de Q tels que 0<b<1 et f=bv. Or, on sait (§3, no 4, Exemple 4) que les seules valuations sur Q sont (à équivalence près) la valuation impropre et les valuations p-adiques vp; on est donc dans l’un des cas (i) ou (ii).
Supposons désormais qu’il existe un entier h>0 tel que f(h)>1; en vertu du no 1, cor. 2 de la prop. 2, il existe un nombre ρ>0 tel que fρ soit une valeur absolue; posons
g(x)=ρlog(f(x))/log∣x∣
pour tout nombre rationnel x=0. Soient a,b deux entiers ≥2; pour tout entier n≥2, notons q(n) la partie entière de n.loga/logb, autrement dit le plus petit entier m tel que an<bm+1; le développement de an de base b est donc
an=c0+c1b+⋯+cq(n)bq(n)
avec 0≤ci<b pour 0≤i≤q(n). Comme fρ est une valeur absolue, on a fρ(ci)≤ci≤b, et l’on déduit donc de (2) que
Notons maintenant que lorsque n tend vers +∞, q(n)/n tend vers loga/logb; par suite q(n) tend vers +∞ et
log(q(n)+1)/q(n)
tend vers 0 (Fonct. var. réelle, chap. III, § 2, no 1). Passant à la limite dans (3), il vient
g(a)≤logbsup(0,ρlogf(b))=sup(0,g(b)).
Mais l’on a f(h)>1, d’où g(h)>0; si l’on remplace a par h dans (4), on obtient sup(0,g(b))>0, donc
sup(0,g(b))=g(b).
Quels que soient les entiers a,b au moins égaux à 2, on a donc g(a)≤g(b), et par suite g(a)=g(b) en échangeant les rôles de a et b. Autrement dit, il existe une constante λ telle que g(a)=λ pour tout entier a≥2; si l’on pose s=λ/ρ, on a donc f(a)=∣a∣s pour tout entier a≥2. Comme f(xy)=f(x)f(y) et f(−x)=f(x), on a f(x)=∣x∣s pour tout x∈Q. Enfin, si 0<s≤1, on sait que x→∣x∣s est une valeur absolue (Top. gén., chap. IX, , no 2); réciproquement, si s est tel que x→∣x∣s soit une valeur absolue sur Q, on a (1+1)s≤1s+1s, c’est-à-dire 2s≤2, d’où s≤1
C.Q.F.D.
4. Structure des corps munis d’une valeur absolue non ultramétrique
Théorème 1 (Gelfand-Mazur)
Soit K une algèbre sur le corps R ayant les deux propriétés suivantes:
1° K est un corps (non nécessairement commutatif).
2° Il existe sur K une norme x→∣∣x∣∣ compatible avec la structure d’algèbre de K (Top. gén., chap. IX, § 3, no 7, déf. 9). Alors l’algèbre K est isomorphe à l’une des algèbres R,C ou H.
Rappelons (loc. cit.) que l’on peut toujours supposer que l’on a ∣∣xy∣∣≤∣∣x∣∣.∣∣y∣∣ quels que soient x,y dans K. Nous munirons K de la topologie (compatible avec la structure d’algèbre) définie par la norme.
A) Premier cas: K est commutatif et il existe j∈K tel que j2=−1. Il existe alors un isomorphisme σ du corps C sur un sous-corps de K tel que σ(ξ+iη)=ξ.1+η.j pour ξ,η dans R. Nous allons prouver par l’absurde que l’on a K=σ(C). Supposons donc qu’il existe x∈K−σ(C); pour tout z∈C, x−σ(z) est donc inversible dans K; posons F(z)=(x−σ(z))−1; comme σ est continue et que l’inverse est continu dans K (Top. gén., chap. IX, § 3, no 7, prop. 13 appliquée à l’algèbre complétée de K), F est une application continue de C dans K. On peut d’ailleurs écrire, pour z=0,
F(z)=(σ(z))−1(x(σ(z))−1−1)−1.
Mais comme (σ(z))−1=σ(z−1) tend vers 0 lorsque z tend vers l’infini dans C, on voit que F(z) tend alors vers 0; autrement dit, z→∣∣F(z)∣∣ est une fonction numérique continue et ⩾0 dans C, tendant vers 0 au point à l'infini, et qui peut par suite être considérée comme une fonction continue sur l'espace compact C obtenu par adjonction à C d'un point à l'infini. La borne supérieure α de ∣∣F∣∣ dans C est donc finie et >0, et l'ensemble P des nombres complexes z tels que ∣∣F(z)∣∣=α est fermé et non vide (Top. gén., chap. IV, , n° 1, th. 1)
Soit z∈P; posons y=x−σ(z) et soit t un nombre complexe =0 tel que ∣∣σ(t)∣∣<α−1, d’où ∣∣σ(t).y−1∣∣<1 par définition de α. La suite des (σ(t)y−1)n et celle des n(σ(t)y−1)n tendent donc vers 0 dans K lorsque n tend vers +∞, car il en est ainsi des suites des normes correspondantes dans R.
Notons d’autre part que pour tout polynôme H(T)=∏k=1p(T−σ(ck)) où les ck sont des nombres complexes deux à deux distincts, on a, dans le corps K(T) des fractions rationnelles
H(T)H′(T)=k=1∑pT−σ(ck)1.
Appliquons cette formule au polynôme
H(T)=Tn−(σ(t))n=k=0∏n−1(T−σ(ωnkt)),
où ωn=exp(2πi/n), et substituons à T l’élément y∈K, qui est distinct de tous les σ(ωnkt). Il vient (dans le corps commutatif K)
yn−(σ(t))nnyn−1=y−σ(t)1+k=1∑n−1y−σ(ωnkt)1.
Compte tenu des définitions de F et de y, on obtient
Mais en vertu du choix de t et des remarques faites plus haut, le dernier membre de (7) tend vers 0 lorsque n tend vers +∞; donc
∣∣F(z+t)∣∣=n→+∞limnF(z)−k=1∑n−1F(z+ωnkt).
Or on a ∣∣F(z)∣∣=α et ∣∣F(z+ωnkt)∣∣≤α par définition de α, d’où
nF(z)−k=1∑n−1F(z+ωnkt)
≥n∣∣F(z)∣∣−k=1∑n−1∣∣F(z+ωnkt)∣∣≥nα−(n−1)α=α.
En vertu de (8), on a par suite, en faisant tendre n vers +∞, ∣∣F(z+t)∣∣≥α, et par définition de α cela entraîne
∣∣F(z+t)∣∣=α,
autrement dit z+t∈P. Cela prouve que l’ensemble P est ouvert dans C; comme il est aussi fermé et non vide et que C est connexe, on a P=C et ∣∣F∣∣ est donc constante dans C; comme cette fonction tend vers 0 au point à l’infini, on a ∣∣F(z)∣∣=0 dans C, et en particulier ∣∣F(0)∣∣=∣∣x−1∣∣=0, ce qui est absurde.
B) Deuxième cas : K est commutatif, et −1 n’est pas le carré d’un élément de K.
Soit L le corps commutatif obtenu par adjonction à K d’une racine j de T2+1; L est un espace vectoriel sur K admettant (1,j) pour base, et L est évidemment une algèbre sur R. Il est clair que la fonction x+yj→∣∣x∣∣+∣∣y∣∣ est une norme sur L compatible avec sa structure d’espace vectoriel sur R; d’autre part, pour z=x+yj,z′=x′+y′j dans L, on a
La norme ainsi définie est par suite compatible avec la structure de R-algèbre de L. En vertu du cas A), L est une R-algèbre isomorphe à C; or la seule sous-R-algèbre de C distincte de C est R, donc K est isomorphe à R.
C) Troisième cas : K est non commutatif.
Soient Z le centre de K, x un élément de K non dans Z; le sous-corps Z(x) de K est commutatif et la norme induite par celle de K est compatible avec la structure de R-algèbre de Z(x); comme Z=Z(x) et que Z et Z(x) sont des R-algèbres isomorphes à R ou à C en vertu de A) et B), Z est nécessairement isomorphe à R et Z(x) à C. Pour tout x∈K, Z(x) est donc de rang ≤2 sur Z. Or on a le lemme suivant :
Lemme 1
Soit D un corps de centre L, tel que pour tout x∈D, L(x) soit une extension de L de degré ≤m. Alors le rang de D sur L est ≤m2.
On peut évidemment se borner au cas où D=L. Il existe alors dans D une extension commutative algébrique séparable E de L, de degré fini >1 (Alg., chap. VIII, § 10, no 3, lemme 1); comme E=L(x) pour un x convenable dans E (Alg., chap. V, § 7, no 7, prop. 12 et chap. VII, § 5, no 7), on a par hypothèse [E:L]≤m. Supposons l’extension séparable E prise telle que [E:L] soit fini et le plus grand possible, et considérons le commutant E′⊃E de E dans D, qui est un corps de centre E, tel que
[D:E′]=[E:L]≤m
(Alg., chap. VIII, § 10, no 2, th. 2). Si l’on avait E=E′, il existerait dans E′ une extension algébrique séparable F de E, de degré fini >1 (Alg., chap. VIII, § 10, no 3, lemme 1); F serait donc une extension algébrique séparable de L (Alg., chap. V, § 7, no 4, prop. 7) de degré fini >[E:L], contrairement à la définition de E; on a donc E′=E, d’où [D:L]=[D:E][E:L]≤m2.
Appliquant ce lemme à K avec m=2, on voit que K est un surcorps non commutatif de rang fini de R, donc nécessairement isomorphe au corps de quaternions H (Alg., chap. VIII, § 11, no 2, th. 2).
C.Q.F.D.
Remarque 1). — Indiquons le principe d’une démonstration plus courte du th. de Gelfand-Mazur, valable lorsque, au lieu de 2o, on suppose seulement qu’il existe sur K une topologie localement convexe séparée compatible avec sa structure de corps : on se ramène (comme dans les cas B) et C)) au cas où K est une algèbre commutative sur C; si x∈K−C.1, on considère comme plus haut l’application z→(x−z.1)−1 de C dans K, qui est continue et dérivable dans C. Pour tout élément x′ du dual K′ de l’espace localement convexe K, z→⟨(x−z.1)−1,x′⟩ est donc une fonction entière et bornée dans C, donc constante en vertu du th. de Liouville, et l’on conclut, comme dans la partie A) de la démonstration du th. 1, que cela implique nécessairement ⟨(x−z.1)−1,x′⟩=0 pour tout z∈C et tout x′∈K′; le th. de Hahn-Banach montre que cette conclusion est absurde, puisque (x−z.1)−1=0. On notera que le raisonnement de la partie A) de la démonstration du th. 1 ne diffère du précédent qu’en apparence, car ce raisonnement n’est en fait qu’un cas particulier de celui qui sert à prouver le principe du maximum pour les fonctions analytiques, la sommation sur les racines de l’unité et le passage à la limite équivalant au calcul de l’intégrale ∫γtF(z+t)dt le long d’un cercle de centre 0, et l’utilisation de la formule de Cauchy étant ici évitée grâce à la forme particulière de la fonction F.
Théorème 2 (Ostrowski)
Soient K un corps (non nécessairement commutatif), f un élément de V(K) qui n’est pas une valeur absolue ultramétrique. Il existe alors un nombre réel s>0 et un seul et un isomorphisme j de K sur un sous-corps partout dense de l’un des corps R,C ou H, tels que f(x)=∣j(x)∣s pour tout x∈K(∗). Pour que f soit une valeur absolue sur K, il faut et il suffit que s≤1.
En vertu du no 2, cor. de la prop. 3, K est de caractéristique 0, donc une algèbre sur Q; pour tout x∈Q, posons h(x)=f(x.1); il est clair que h∈V(Q), et l’on peut donc appliquer la prop. 4 du no 3; on ne peut être dans le cas (i) ou (ii) de l’énoncé de cette proposition, car cela entraînerait f(n.1)≤1 pour tout entier n>0, et f serait une valeur absolue ultramétrique en vertu du no 2, prop. 3. Il existe donc un nombre réel s>0 tel que h(x)=∣x∣s pour tout x∈Q, c’est-à-dire f(x.1)=∣x∣s; posons g=f1/s. Alors on a g∈V(K) et g(n.1)=n pour tout entier n>0; la prop. 2 du no 1 montre par suite que g est une valeur absolue sur K.
Pour x∈Q et y∈K, on a g(xy)=∣x∣g(y), donc g est une norme sur K compatible avec sa structure de Q-algèbre (pour la valeur absolue usuelle sur Q). Le complété K^ de K est par suite une algèbre normée sur Q^=R (Top. gén., chap. IX, § 3, no 7); soit g^ la norme sur K^, prolongement continu de g. Comme g est une valeur absolue sur K, K^ est un corps et g^ une valeur absolue sur K^ (Top. gén., chap. IX, § 3, no 3, prop. 6). En vertu du th. 1, il existe un isomorphisme j^ de R-algèbres de K^ sur l’un des corps R,C ou H, et g′(x)=∣j^(x)∣ est par suite une valeur absolue sur K^; comme K^ est de dimension finie sur R, et que g′ et g^ coïncident dans le sous-corps R.1 de K^, on a g′=g^ en vertu du lemme suivant:
(*) Sur H, on pose ∣z∣2=z.z=z.z, z étant le quaternion conjugué de z.
Lemme 2
Soient L un corps (non nécessairement commutatif), K un sous-corps de L tel que L soit un espace vectoriel à gauche de dimension finie sur K. Soient g une valeur absolue sur L, f sa restriction à K. Si K est complet et non discret pour f, L est complet pour g; si en outre g′ est une seconde valeur absolue sur L ayant la même restriction f à K, on a g′=g.
Comme la topologie définie par g est séparée et compatible avec la structure de K-espace vectoriel à gauche de L, la première assertion résulte de Esp. vect. top., chap. I, § 2, no 3, th. 2. En outre les topologies sur L définies par g et g′ sont identiques (loc. cit.); il existe par suite un nombre réel s>0 tel que g′=gs (Top. gén., chap. IX, § 3, no 2, prop. 5). Soit x un élément de K tel que f(x)=1; l’égalité g′(x)=g(x) prouve que s=1.
Revenant à la démonstration du th. 2, on voit que si l’on note j la restriction de j^ à K, j est un isomorphisme de K sur un sous-corps partout dense de R,C ou H et l’on a g(x)=∣j(x)∣ pour x∈K, d’où f(x)=∣j(x)∣s.
Notons enfin que si f est une valeur absolue sur K, h est une valeur absolue sur Q et l’on a s≤1 en vertu du no 3, prop. 4; réciproquement, si s≤1, f=gs est une valeur absolue sur K puisqu’il en est ainsi de g (Top. gén., chap. IX, § 3, no 2); cela prouve la dernière assertion de l’énoncé. C.Q.F.D.
Remarque 2
Si K est un corps et une algèbre normée sur R, la norme n’est pas nécessairement une valeur absolue sur K; par exemple, ξ+iη→∣ξ∣+∣η∣ est une norme sur C compatible avec sa structure d’algèbre sur R.
Remarque 3
Pour une démonstration du cas C) du th. 1 qui n’utilise pas les résultats généraux d'*Alg.*, chap. VIII, voir exerc. 2.