§ 7. Théorème d’approximation.
1. Intersection d’un nombre fini d’anneaux de valuation
Proposition 1
Soient un corps, une famille finie d’anneaux de valuation pour , et . Posons . Alors pour tout , et le corps des fractions de est .
Il est clair que . Pour prouver l’inclusion opposée, nous aurons besoin du lemme suivant :
Lemme 1
Soient () des valuations d’un corps , et . Il existe alors un polynôme de la forme
tel que et que l’élément jouisse des propriétés suivantes pour :
Admettons pour un moment ce lemme, et montrons comment il entraîne que . Soit un élément non nul de . Appliquons le lemme à et à des valuations associées aux . On a et pour tout , donc et . Comme , on a , donc . Donc . Le corps des fractions de contient alors , et est donc .
Passons à la démonstration du lemme. Soit l’ensemble des indices tels que . Pour , soit l’anneau de la valuation , et notons l’image canonique de dans . Pour tout , construisons un polynôme de la façon suivante : s’il existe un polynôme de la forme (1) tel que dans , nous prendrons pour un tel polynôme ; sinon nous prendrons . Posons alors . C’est évidemment un polynôme de la forme (1). Si , on a , et aussi par construction ; donc , et . Si , on a , d’où (§ 3, no 1, prop. 1), et (puisque ). D’où le lemme.
Proposition 2
Les hypothèses étant celles de la prop. 1, supposons de plus que pour . Alors les sont des idéaux maximaux de deux à deux distincts, et tout idéal maximal de est égal à un des .
Si on avait pour , on aurait . Il suffit alors d’appliquer le Chap. II, § 3, no 5, cor. de la prop. 17.
Corollaire 1
Supposons que pour . Pour toute famille d’éléments , il existe tel que pour .
Puisque les sont des idéaux maximaux de , on a , et l’on peut donc supposer que pour tout . Le corollaire résulte alors du fait que l’application canonique de dans est surjective (Chap. II, , n° 2, prop. 5)
Corollaire 2
Supposons que pour . Il existe des éléments () de tels que et pour . Pour chaque indice , on applique le cor. 1 à la famille telle que et pour .
Corollaire 3
Tout anneau de valuation pour contenant contient l’un des . On peut se borner au cas où pour . Soit un anneau de valuation pour contenant . Posons
2. Valuations indépendantes
Définition 1
Soient et deux anneaux de valuation pour un même corps . On dit que et sont indépendants si est l’anneau engendré par et . Deux valuations de sont dites indépendantes si leurs anneaux sont indépendants, dépendantes dans le cas contraire.
Une valuation impropre de est indépendante de toute valuation de . Pour que deux valuations de hauteur 1 de soient indépendantes, il faut et il suffit qu’elles soient inéquivalentes ( prop. 6, c)).
Théorème 1 (Théorème d’approximation pour les valuations)
Soient () des valuations deux à deux indépendantes d’un corps , et le groupe des ordres de . Soient et (). Il existe alors tel que pour tout . Si est impropre, on a et la relation est vraie pour tout . On peut donc supposer les non impropres.
Soient l’anneau de , et . D’après la prop. 1 du no 1, les peuvent s’écrire (, ); si l’on pose et , on devra avoir . Ceci montre qu’on peut supposer que pour tout ; on peut aussi supposer que pour tout . Soit l’ensemble des tels que ; posons . Pour , équivaut à (). Il s’agit donc de montrer que l’homomorphisme canonique est surjectif, c’est-à-dire qu’on a pour (Chap. II, § 1, no 2, prop. 5). Comme les idéaux maximaux de sont les (prop. 2), il suffira pour cela de montrer que l’on a pour .
Supposons qu’il existe tels que l’on ait et . Nous verrons dans un instant que la racine de est un idéal premier de . On a alors , et aussi puisque , donc . On a donc (no 1, prop. 1), et, de même, . Or, comme et que (chap. II, § 2, no 4, prop. 10), on a , d’où et . Ceci contredit l’hypothèse que et sont indépendants.
Reste à montrer que est premier. Or ceci résulte du lemme suivant :
Lemme 2
Soient un anneau de valuation, et un idéal de distinct de . Alors la racine de est un idéal premier.
Supposons qu’on ait . Il existe alors tel que . Notons une valuation associée à . Si, par exemple, on a , on a , d’où et .
Corollaire 1
Pour toute famille d’éléments , il existe tel que .
On peut supposer pour tout . Alors, il existe pour tout un tel que et un tel que . Appliquons le th. 1 à ces éléments : il existe tel que ; d’où, comme , (, no 1, prop. 1).
Corollaire 2
Soit la topologie définie sur par ; munissons de la topologie produit des . Si les sont non impropres, la diagonale de est dense dans .
Proposition 3
Soient et deux valuations non impropres d’un même corps K. Pour que et définissent la même topologie sur K, il faut et il suffit qu’elles soient dépendantes.
Supposons les topologies et , définies par et , identiques. Puisque est séparée, la diagonale de est fermée, donc et sont dépendantes (cor. 2 du th. 1).
Inversement, supposons et dépendantes. Alors leurs anneaux A et A' sont contenus dans un même anneau A'' distinct de K, et A'' est l’anneau d’une valuation (, n° 1, prop. 1). Il suffit de montrer que la topologie est identique à . Soient et les groupes des ordres de et . Il existe un homomorphisme croissant de sur tel que (, n° 3). Si , soit ; la condition entraîne . Soient , et ; la condition entraîne , donc la condition entraîne . Comme et sont non impropres, les inégalités envisagées définissent des systèmes fondamentaux de voisinages de 0 pour et . Donc , ce qui termine la démonstration.
Remarque 1
La prop. 3 montre que la relation « et sont dépendantes » est une relation d’équivalence.
Remarque 2
Compte tenu des relations entre valuations de hauteur 1 et valeurs absolues ultramétriques (, n° 2), la prop. 3 résulte aussi, dans le cas des valuations de hauteur 1, de la caractérisation des valeurs absolues équivalentes (Top. gén., chap. IX, 2e éd., , n° 2, prop. 5).
Proposition 4
Soient des valuations deux à deux dépendantes d’un même corps K. Alors les anneaux de engendrent un sous-anneau de K distinct de K.
Pour , la prop. 4 résulte de la déf. 1. Supposons-la établie pour valuations. Il existe alors un sous-anneau A de K distinct de K et contenant ; il existe aussi un sous-anneau contenant et . Comme A et B contiennent , ils sont comparables pour l’inclusion (, n° 1, cor. de la prop. 1). Le plus grand des deux contient donc tous les .
3. Cas des valeurs absolues
Théorème 2 (Théorème d’approximation pour les valeurs absolues)
Soient des valeurs absolues non impropres et deux à deux inéquivalentes sur un même corps K. Soient des éléments de K, et un nombre réel . Il existe alors tel que pour tout .
Notons le corps K muni de la topologie définie par . Le résultat à démontrer équivaut au suivant : dans le produit , l’adhérence de la diagonale D est égale à P. Ceci est évident pour . Nous supposerons que ce point est établi dans le cas de valeurs absolues pour .
Montrons d’abord qu’il existe, pour , un élément de K tel que , , et pour . Raisonnons par récurrence sur . Si , ceci résulte du fait que et sont inéquivalentes. Supposons donc démontrée l’existence de , et prouvons celle de . Si , on peut prendre ; si , on choisit tel que , et répond à la question pour s assez grand. On a ainsi prouvé l’existence de .
Quand l’entier tend vers l’infini, tend vers 0, tend vers , et tend vers 0 ou pour . Posant , on a ; donc la suite tend vers 0 dans , vers 1 dans , et vers 0 ou 1 dans pour . En changeant la numérotation des , on peut donc supposer qu’il existe un entier tel que contienne le point où pour et pour . Or, est un sous-K-espace vectoriel de P. Donc contient les diagonales et de et . D’après l’hypothèse de récurrence, et . Donc . C.Q.F.D.
Exercices
See the exercises for § 7.