§ 1. Dimension de Krull d’un anneau
1. Dimension de Krull d’un espace topologique
Définition 1
Soit un ensemble ordonné. Une partie finie non vide et totalement ordonnée de est appelée une chaîne de . Soit une chaîne de ; le plus petit et le plus grand élément de sont appelés les extrémités de . L’entier est appelé la longueur de . La relation d’inclusion dans l’ensemble des parties de induit une relation d’ordre dans l’ensemble des chaînes de . Une chaîne de est dite saturée si elle est maximale parmi les chaînes de ayant les mêmes extrémités que .
Pour désigner une chaîne c de longueur n, on écrira souvent : « la chaîne », où les sont les éléments de c indexés de façon strictement croissante par les entiers de 0 à n.
Soit X un espace topologique. On munit l’ensemble des parties fermées irréductibles de X (II, § 4, n° 1, déf. 1) de la relation d’ordre définie par l’inclusion. Lorsque l’on parlera d’une chaîne de parties fermées irréductibles de X, il s’agira toujours d’une chaîne au sens de cette relation d’ordre.
Définition 2
On appelle dimension de Krull de l’espace topologique X et on note dim kr(X) ou simplement dim(X) la borne supérieure dans de l’ensemble des longueurs des chaînes de parties fermées irréductibles de X. Pour tout point x de X, on appelle dimension de Krull de X en x et on note la borne inférieure des dimensions des voisinages ouverts de x.
On a . Par contre, si X n’est pas vide, l’adhérence de tout point de X est une partie fermée irréductible de X (II, § 4, n° 1, prop. 2) et la dimension de X est donc ou un entier positif. Supposons que X soit séparé et non vide ; alors toute partie irréductible de X est réduite à un point, et X est de dimension 0. La définition de la dimension de Krull est donc dénuée d’intérêt pour les espaces séparés, mais elle est spécialement adaptée aux espaces topologiques rencontrés en Algèbre Commutative (spectres d’anneaux, \* schémas *, ...). Dans ce chapitre, aucune confusion n’est à craindre avec d’autres notions de dimension des espaces topologiques (par exemple, celle de Lebesgue), et nous dirons simplement « dimension » pour « dimension de Krull ».
Proposition 1
Soit X un espace topologique. a) Si Y est un sous-espace de X, on a , et pour tout point y de Y. b) Soient x un point de X et V un voisinage de x dans X. On a . c) Soit une famille finie de parties fermées de X telle que . On a alors et, pour tout point x de X, on a , où désigne l’ensemble des tels que .
Démontrons a). Si Z est une partie fermée irréductible de Y, son adhérence dans X est irréductible (II, § 4, n° 1, prop. 2) et l’on a . Ainsi, toute chaîne c de parties fermées irréductibles de Y définit, par passage à l’adhérence dans X, une chaîne de parties fermées irréductibles de X, de même longueur que c. L’inégalité résulte de cela. Si U est une partie ouverte de X contenant un point y de Y, on a donc , d’où . Démontrons b). On a par définition , et l’inégalité opposée résulte de a). Démontrons c). Soit une chaîne de parties fermées irréductibles de X. On a et chacun des ensembles est fermé dans ;
comme I est fini, est contenu dans l’un des . Par suite, on a , d’où l’égalité d’après a).
Soient maintenant un point de et , où est comme dans l’énoncé. On a d’après a), et, pour établir l’égalité, on peut supposer fini. Pour tout , soit un voisinage ouvert de dans , tel que . Posons ; l’ensemble est ouvert dans . De plus, on a d’après l’alinéa précédent, donc .
Corollaire
a*) La dimension de l’espace topologique est la borne supérieure des dimensions de ses composantes irréductibles (II, § 4, no 1, déf. 2).
b) Soit un point de . On a , où parcourt la famille des composantes irréductibles de qui contiennent ; il y a égalité si possède un voisinage qui n’a qu’un nombre fini de composantes irréductibles (ce qui est le cas par exemple si est noethérien).
La première assertion est immédiate puisque les chaînes de parties fermées irréductibles de sont les chaînes de parties fermées irréductibles des composantes irréductibles de (II, § 4, no 1, prop. 5). L’inégalité résulte de la prop. 1, a). Soit un voisinage de qui ne possède qu’un nombre fini de composantes irréductibles, et soit la famille des composantes irréductibles de qui contiennent . Il résulte de la prop. 1, b) et c) qu’on a
Proposition 2
Soit un espace topologique. On a *.
En effet, on a par définition pour tout . D’autre part, si est une chaîne de parties fermées irréductibles de , pour tout et tout voisinage ouvert de , les ensembles constituent une chaîne de parties fermées irréductibles de (II, § 4, no 1, prop. 7). On a donc , d’où .
Corollaire
Si est un recouvrement ouvert, ou un recouvrement fermé localement fini, d’un espace topologique , on a*
Il suffit de démontrer que, pour tout point de , on a , où est l’ensemble des tels que . Ceci est clair dans le cas d’un recouvrement ouvert, et résulte de la prop. 1, c), dans le cas d’un recouvrement fermé localement fini.
2. Codimension d’une partie fermée
Définition 3
Soit X un espace topologique.
a) Si Y est une partie fermée irréductible de X, on appelle codimension de Y dans X la borne supérieure dans des longueurs des chaînes de parties fermées irréductibles de X dont Y est le plus petit élément.
b) Si Y est une partie fermée de X, on appelle codimension de Y dans X, et on note la borne inférieure dans des codimensions, dans X, des composantes irréductibles de Y.
Remarque 1
La codimension d’une partie fermée Y de X est donc la borne inférieure des codimensions des parties fermées irréductibles de Y. On a et, si X n’est pas vide, . Toute partie fermée non vide de X contient une partie fermée irréductible (II, § 4, no 1, prop. 5); la codimension dans X d’une partie fermée Y est donc toujours un entier positif ou ; elle est nulle si et seulement si Y contient une composante irréductible de X.
Remarque 2
Si Y est une partie fermée non vide de X, on a . On a , où Y parcourt l’ensemble des parties fermées irréductibles de X. Si Y et Y’ sont deux parties fermées de X telles que , on a .
Remarque 3
Soient Y une partie fermée de l’espace topologique X et (resp. ) la famille des composantes irréductibles de X (resp. de Y). Pour tout , notons l’ensemble des tels que . Du fait que toute partie irréductible de X est contenue dans l’un des (II, § 4, no 1, prop. 5), il résulte de la déf. 3 que l’on a :
Remarque 4
Soient une famille finie de parties fermées de X et ; on a
En effet, toute composante irréductible de Y est contenue dans l’un des .
Proposition 3
Soit X un espace topologique.
a) Pour toute partie fermée non vide Y de X, on a
b) Si Y, Z, T sont des parties fermées de X telles que , on a
Il suffit de démontrer l’assertion a) dans le cas où est fini. Dans ce cas, et sont finis. Il existe une chaîne de parties fermées irréductibles de , de longueur et une chaîne de parties fermées irréductibles de , de longueur . On en déduit que , d’où a). Pour établir b), on peut supposer irréductible. Comme on a , l’inégalité est démontrée si . Sinon, soit une composante irréductible de contenant et telle que . On a , et on voit, comme ci-dessus, que , d’où b).
Définition 4
Un espace topologique est dit caténaire si, pour tout couple de parties fermées irréductibles de telles que , toute chaîne saturée de parties fermées irréductibles d’extrémités et est de longueur .
Il revient au même de dire que, pour tout couple de parties fermées irréductibles de tel que soit fini, toutes les chaînes saturées d’extrémités et ont même longueur, et que, pour tout couple tel que , il n’existe aucune chaîne saturée d’extrémités et .
Tout sous-espace fermé d’un espace caténaire est caténaire. Pour qu’un espace soit caténaire, il faut et il suffit que ses composantes irréductibles le soient.
Proposition 4
Soit un espace topologique. Pour que soit caténaire, il faut et il suffit que, pour tout triplet de parties fermées irréductibles de tel que , on ait :
Supposons caténaire. Compte tenu de la prop. 3, b), il suffit de démontrer la relation lorsque et sont finis. En mettant bout à bout une chaîne saturée de parties fermées irréductibles d’extrémités et , de longueur , et une chaîne saturée de parties fermées irréductibles d’extrémités et , de longueur , on obtient une chaîne saturée d’extrémités et , de longueur . Mais, comme est caténaire, cette longueur est nécessairement égale à .
Réciproquement, supposons que l’on ait quelles que soient les parties fermées irréductibles de telles que , et démontrons que est caténaire. Pour cela, démontrons par récurrence sur l’entier que, pour toute chaîne saturée de parties fermées irréductibles de , on a . Si , c’est clair. Soit , et supposons la propriété satisfaite pour les chaînes de longueur . Si est une chaîne saturée de longueur , alors est une chaîne saturée de longueur , donc . Vu l’hypothèse faite sur , on a .
Corollaire
Soit X un espace topologique irréductible et de dimension finie. Pour que X soit caténaire, il faut et il suffit que, pour tout couple (Y, Z) de parties fermées irréductibles de X telles que Y ⊂ Z, on ait codim(Y, X) = codim(Y, Z) + codim(Z, X).
La condition est nécessaire d’après la prop. 4. Inversement, supposons-la vérifiée, et notons c(Z) l’entier codim(Z, X) pour toute partie fermée irréductible Z de X. Si Y, Z, T sont trois parties fermées irréductibles de X telles que Y ⊂ Z ⊂ T, on a
Proposition 5
Soit X un espace topologique de dimension finie. Supposons que toutes les chaînes maximales de parties fermées irréductibles de X aient même longueur. Alors X est caténaire ; pour toute partie fermée irréductible Z de X, on a
Soient Y et Z deux parties fermées irréductibles de X telles que Y ⊂ Z. Soient Y_0 ⊂ ... ⊂ Y_p une chaîne telle que Y_p = Y et p = \dim(Y), Z_0 ⊂ ... ⊂ Z_q une chaîne telle que Z_0 = Z et q = \operatorname{codim}(Z, X). Pour toute chaîne saturée T_0 ⊂ ... ⊂ T_r telle que T_0 = Y et T_r = Z, la chaîne
3. Dimension d’un anneau, hauteur d’un idéal
Définition 5
On appelle dimension de Krull, ou simplement dimension, d’un anneau (commutatif) A et l’on note \dim(A), la dimension de Krull de l’espace topologique Spec(A) (II, § 4, n° 3, déf. 4). Si p est un idéal premier de A, on appelle dimension de A en p, et on note \dim_p(A), le nombre \dim_p(\operatorname{Spec}(A)).
L’application est une bijection décroissante de l’ensemble des idéaux premiers de sur l’ensemble des parties fermées irréductibles de (loc. cit., cor. 2 à la prop. 14). La dimension de est donc la borne supérieure de l’ensemble des longueurs des chaînes d’idéaux premiers de ; elle est égale à ou à un entier positif.
Soit ; les ensembles , où parcourt , forment une base de la topologie de , et appartient à l’ouvert si et seulement si n’appartient pas à . Par conséquent, est la borne inférieure des nombres , où parcourt (II, § 5, no 1, prop. 1).
Exemple 1
On a si et seulement si est réduit à 0. Pour que l’on ait , il faut et il suffit que tout idéal premier de soit maximal. Les anneaux intègres de dimension 0 sont les corps. Un anneau noethérien est de dimension si et seulement s’il est artinien (IV, § 2, no 5, prop. 9).
Exemple 2
Les anneaux de Dedekind sont les anneaux noethériens intégralement clos de dimension (VII, § 2, no 2, th. 1). Plus généralement, d’après V, § 1, no 2, cor. 2 à la prop. 9, un anneau est un produit fini d’anneaux de Dedekind si et seulement s’il est noethérien, réduit, intégralement fermé dans son anneau total des fractions, et de dimension .
Exemple 3
Si est un anneau de valuation (VI, § 1, no 2, déf. 2), sa dimension est égale à la hauteur de la valuation (VI, § 4, no 4, prop. 5).
Exemple 4
Soit un anneau. On a
Par le même raisonnement, on prouve l’inégalité . On en déduit par récurrence les inégalités
Nous démontrerons plus loin (§ 3, no 4, cor. 3 de la prop. 7 et cor. 3 de la prop. 8) que l’on a égalité dans les deux formules précédentes lorsque est noethérien.
Exemple 5
\* Soit une variété analytique complexe. Si est de dimension complexe en un point de , l’anneau local des germes en de fonctions analytiques sur est de dimension . \
Exemple 6
Soient un corps et une -algèbre entière non nulle. Alors on a . Cela résulte du cor. 1 à la prop. 1 de V, § 2, no 1, et du fait que .
Exemple 7
Si est un nilidéal de , est homéomorphe à (II, § 4, no 3, remarque). On a donc ; en particulier, on a où est le quotient de l’anneau par son nilradical.
Exemple 8
Il existe des anneaux noethériens de dimension infinie (p. 83, exerc. 13). Nous verrons ci-dessous (§ 3, n° 1, cor. 1 à la prop. 2) que tout anneau local noethérien est de dimension finie.
Proposition 6
Soit A un anneau. a) Si a est un idéal de A, on a dim(A/a) dim(A). b) Si S est une partie multiplicative de A, on a dim(SA) dim(A). c) On a dim(A) = sup dim(A/p), où p parcourt l’ensemble des idéaux premiers minimaux de A. d) Si A n’a qu’un nombre fini d’idéaux premiers minimaux (par exemple si A est noethérien (II, § 4, n° 3, cor. 3 à la prop. 14)) et si p est un idéal premier de A, on a
D’après la remarque de II, § 4, n° 3, si a est un idéal de A, l’espace topologique Spec(A/a) est homéomorphe au sous-espace fermé V(a) de Spec(A). L’assertion a) résulte de cela et de la prop. 1, a) du n° 1. L’assertion b) résulte de loc. cit., corollaire à la prop. 13. D’après loc. cit., cor. 2 à la prop. 14, les composantes irréductibles de Spec(A) sont homéomorphes aux espaces Spec(A/p), où p est un idéal premier minimal de A, et l’assertion c) résulte du corollaire de la prop. 1 du n° 1. Sous l’hypothèse de d ), l’espace Spec(A) n’a qu’un nombre fini de composantes irréductibles ; les composantes irréductibles de Spec(A) contenant p sont les ensembles V(q), où q est un idéal premier minimal contenu dans p. L’assertion d) résulte alors du cor., b) de la prop. 1 du n° 1.
Démontrons enfin e). Il s’agit de prouver que, pour toute chaîne d’idéaux premiers de A telle que , on a dim(A) . Vu l’hypothèse faite sur a, il existe un idéal premier de A contenu dans , distinct de , et est une chaîne d’idéaux premiers de A, de longueur .
Remarque 1
Soit un homomorphisme d’anneaux. Alors dim(B) est la borne supérieure des nombres dim(B/.B), où p parcourt l’ensemble des idéaux premiers minimaux de A : en effet, pour tout idéal premier minimal q de B, il existe un idéal premier minimal p de A contenu dans (II, § 2, n° 6, lemme 2) et l’on a
Définition 6
Soit a un idéal d’un anneau A. La codimension de V(a) dans Spec(A) est appelée hauteur de l’idéal a et notée ht(a).
Supposons A intègre. Alors les idéaux premiers de hauteur 1 de A au sens de la déf. 4 de VII, § 1, n° 6, sont les idéaux premiers de hauteur 1 au sens de la définition ci-dessus.
Proposition 7
a) La hauteur d’un idéal premier p de A est la borne supérieure des longueurs des chaînes d’idéaux premiers telles que .
b) Soient p un idéal premier de A et a un idéal de A. Alors on a si a n’est pas contenu dans p et si a est contenu dans p. En particulier, si p est un idéal premier de A, on a .
c) Si a est un idéal de A, on a où p parcourt l’ensemble des idéaux premiers de A contenant a.
L’assertion a) est la traduction de la déf. 3, a) du n° 2. L’assertion b) résulte du fait que l’application est un isomorphisme croissant de l’ensemble des idéaux premiers q de A tels que sur l’ensemble des idéaux premiers de l’anneau local (II, § 2, n° 5, prop. 11). Soit a un idéal de A ; les parties fermées irréductibles de sont les ensembles , où p est un idéal premier de A contenant a. L’assertion c) résulte donc de la remarque 1 du n° 2.
Corollaire
Soient p un idéal premier de A et S une partie multiplicative de A ne rencontrant pas p. Alors .
Cela résulte de la prop. 7, a), et de II, § 2, n° 5, prop. 11.
Proposition 8
Soit A un anneau.
a) On a , où m parcourt l’ensemble des idéaux maximaux (resp. premiers) de A.
b) Soient b un idéal de A distinct de A et a un idéal de A contenu dans b. Alors on a . En particulier, pour tout idéal b de A distinct de A, on a l’inégalité .
La première assertion résulte de la remarque 2 du n° 2 et de la prop. 7, b). La seconde résulte de la prop. 3, a) du n° 2 et des relations , .
Définition 7
On dit qu’un anneau A est caténaire si l’espace topologique Spec(A) est caténaire (n° 2, déf. 4).
Cela signifie donc que, pour tout couple (p, q) d’idéaux premiers de A tel que , toutes les chaînes saturées d’idéaux premiers de A d’extrémités p et q ont pour longueur .
Remarque 2
Tout anneau quotient d’un anneau caténaire est caténaire. Pour que l’anneau A soit caténaire, il faut et il suffit que, pour tout idéal premier p de A, l’anneau soit caténaire.
Remarque 3
D’après la prop. 7, b) et la prop. 4 du n° 2, l’anneau A est caténaire si et seulement si, pour tout triplet (p, q, r) d’idéaux premiers de A tel que , on a dim(A_p/qA_p) + dim(A_q/rA_q) = dim(A_p/rA_p). Si A est intègre et de dimension finie, alors A est caténaire si et seulement si on a ht(q) + dim(A_p/qA_p) = ht(p) pour tout couple (p, q) d’idéaux premiers de A tel que q ⊂ p. En effet, l’espace topologique Spec(A) est alors irréductible et de dimension finie, et on applique le corollaire à la prop. 4 du n° 2.
Remarque 4
Soit A un anneau de dimension finie, dont toutes les chaînes maximales d’idéaux premiers ont même longueur. Alors A est caténaire, on a ht(p) + dim(A/p) = dim(A) pour tout idéal premier p de A, et dim(A_p/qA_p) + dim(A/p) = dim(A/q) pour tout couple (p, q) d’idéaux premiers de A tel que q ⊂ p (n° 2, prop. 5).
Remarque 5
Nous verrons au § 2, n° 4, que toute algèbre de type fini sur un corps est un anneau caténaire. Il existe des anneaux locaux noethériens qui ne sont pas caténaires (p. 83, exerc. 16).
4. Dimension d’un module de type fini
Définition 8
Soient A un anneau et M un A-module de type fini. On appelle dimension de Krull (ou simplement dimension ) du A-module M et on note (ou s’il n’y a pas d’ambiguïté) la dimension de Krull du support de M (II, § 4, n° 4, déf. 5).
Le support du A-module A est Spec(A); la dimension du A-module A est donc égale à la dimension de l’anneau A.
Soient M un A-module de type fini et α son annulateur ; on a
(II, § 4, n° 4, prop. 17). Par suite coïncident la dimension du A-module M, la dimension du A-module A/α, la dimension de l’anneau A/α et la dimension du (A/α)-module M ; c’est la borne supérieure de l’ensemble des longueurs des chaînes d’idéaux premiers de A telles que . D’après la prop. 6, c) du n° 3, la dimension de M est aussi la borne supérieure des dimensions des anneaux (ou des A-modules) A/p, où p parcourt l’ensemble des idéaux premiers de A, minimaux parmi ceux qui contiennent α.
Remarque 1
Soient A un anneau noethérien et M un A-module de type fini. Il est équivalent de dire que , ou que les éléments de Supp(M) sont des idéaux maximaux de A, ou que M est de longueur finie (IV, § 2, n° 5, prop. 7).
Remarque 2
Si M est un module de type fini sur un anneau noethérien A, est la borne supérieure des nombres , où p parcourt l’ensemble des idéaux premiers de A associés à M (IV, § 1, n° 4, th. 2).
1 Si A est un corps, la dimension de Krull de M est . Il y aura lieu de ne pas confondre la dimension de Krull de M et la dimension (ou rang) de l’espace vectoriel M sur le corps A (A, II, p. 97, déf. 1).
Proposition 9
Soient un anneau et un -module de type fini.
a) Pour tout , on a .
b) est la borne supérieure des , où parcourt (resp. où parcourt l’ensemble des idéaux maximaux de appartenant à ).
c) Soit un sous-module de type fini de ; alors
a) Soit l’annulateur de ; alors l’annulateur du -module est (II, § 2, n° 4, formule (9)), d’où . On conclut par la prop. 7, b) du n° 3.
b) Cela résulte aussitôt de a) et du fait que si n’appartient pas à .
c) On a (II, § 4, n° 4, prop. 16), et on applique la prop. 1 du n° 1.
Remarque 3
Sous les conditions de la prop. 9, c), on a . Cela résulte de la formule et de la remarque 4 du n° 2.
5. Cycles associés à un module
Dans ce numéro, on note un anneau noethérien.
Soit le -module libre de base l’ensemble des parties fermées irréductibles de ; pour toute partie fermée irréductible de , on note l’élément correspondant de . Les éléments de s’appellent parfois des cycles.
Soit un -module de type fini. Pour tout idéal premier de qui est un élément minimal de , on a (IV, § 2, n° 5, cor. 2 à la prop. 7 et § 1, n° 4, th. 2); on pose
où parcourt l’ensemble fini des idéaux premiers minimaux de .
Remarque
Pour tout , on a . Plus généralement, soit un -module de type fini, et soit une suite de composition de telle que pour , le module soit isomorphe à , où est un idéal premier de (cf. IV, § 1, n° 4, th. 1); alors on a , où est la partie de formée des tels que soit un élément minimal de (IV, § 1, n° 4, th. 2 et § 2, n° 5, remarque 1).
Pour tout entier , notons (resp. , resp. , resp. ) le sous--module de engendré par les éléments où est un idéal premier de tel que (resp. , resp. , resp. ). On dit que les éléments de (resp. ) sont les cycles de dimension (resp. de codimension ). On a évidemment
Lemme 1
Soient un -module de type fini et un entier.* a) Pour que soit de type , il faut et il suffit que ; la projection de sur parallèlement à est alors donnée par
Pour que soit de type , c’est-à-dire de dimension , il faut et il suffit que pour tout idéal premier minimal de , on ait , ce qui signifie que . Supposons qu’on ait , et soit tel que ; alors, ou bien et donc , ou bien , et est un élément minimal de ; le coefficient de dans est dans les deux cas , d’où a). La partie b) se démontre de façon analogue ; on notera qu’un module de type fini est de type si et seulement si l’on a pour tout idéal premier de hauteur .
D’après la prop. 9, c) et la remarque 3 du n° 4, les ensembles et sont héréditaires (A, VIII, § 10, n° 1, déf. 1), et l’on peut considérer les groupes de Grothendieck et correspondants (loc. cit., n° 2); pour tout -module de type (resp. ), notons (resp. ) l’élément associé dans (resp. ). D’après le lemme 1, les fonctions et sont additives ; il existe donc (loc. cit., prop. 3) des homomorphismes
Proposition 10
Les suites de -modules et d’homomorphismes
sont exactes.
On a d’après le lemme 1. Pour tout tel que , on a , donc l’homomorphisme est surjectif. D’après IV, § 1, no 4, th. 1, est engendré par les , où et ; par conséquent, tout élément de peut s’écrire , avec , et pour ; on a et par conséquent implique , d’où .
On raisonne de même pour la seconde suite.
Exemple 1
Supposons A noethérien et intègre. Alors on a ; on a et . Les modules de type sont donc les modules de torsion.
Exemple 2
Supposons A noethérien et intégralement clos. Alors s’identifie au groupe des diviseurs de A introduit au chapitre VII (§ 1, no 3, th. 2, et no 6, th. 3). Les modules de type sont les modules pseudo-nuls (VII, § 4, no 4, déf. 2); si M est un module de torsion de type fini, alors est le contenu de M (VII, § 4, no 5, déf. 4). Les prop. 10 et 11 de loc. cit. sont donc équivalentes à l’exactitude de la suite .
Exemple 3
Les modules de type sont les modules de dimension , c’est-à-dire les modules de longueur finie (no 4, remarque 1). On a pour tout A-module de longueur finie M, où associe à la combinaison linéaire l’entier (IV, § 2, no 5, corollaire à la prop. 8).
Exemple 4
Supposons A intègre et de dimension finie. Posons . Alors on a , , , et les modules de type sont les modules de torsion.
Exercices
See the exercises for § 1.