Bourbaki

§ 7. Multiplicités

Dans tout ce paragraphe, on note AA un anneau noethérien.

1. Multiplicité d’un module relativement à un idéal

Soient MM un AA-module de type fini et qq un idéal de AA contenu dans le radical de AA et tel que M/qMM/qM soit de longueur finie. Supposons MM non réduit à 0 et posons d=dim⁡A(M)d = \dim_A(M). D’après § 4, no 3, corollaire du th. 2 et no 4, remarque 2, il existe un unique entier eq(M)>0e_q(M) > 0 tel que l’on ait, pour tout entier n⩾1n \geqslant 1

long⁡A(M/qn+1M)=eq(M)ndd!+βnnd−1 \operatorname{long}_A(M/q^{n+1}M) = e_q(M) \frac{n^d}{d!} + \beta_n n^{d-1}

où βn\beta_n tend vers une limite lorsque nn augmente indéfiniment.

Définition 1

L’entier eq(M)e_q(M) s’appelle la multiplicité du A-module M relativement à l’idéal q.

On le note aussi eqA(M)e_q^A(M) lorsque l’on désire mentionner l’anneau A. Lorsque A est local d’idéal maximal m, on écrit e(M)e(M) ou eA(M)e^A(M) pour em(M)e_m(M) ou emA(M)e_m^A(M).

Remarque 1

Si q’ est un idéal de A contenu dans le radical de A et contenant q, on a eq′(M)⩽eq(M)e_{q'}(M) \leqslant e_q(M) et, si la filtration q’-adique de M est q-bonne, on a eq′(M)=eq(M)e_{q'}(M) = e_q(M) (§ 4, no 3, th. 2).

Remarque 2

Si M est de longueur finie, on a eq(M)=long⁡A(M)e_q(M) = \operatorname{long}_A(M) (§ 4, no 3, remarque 3).

Remarque 3

Si d>0d > 0, on a

long⁡A/q(qnM/qn+1M)=eq(M)nd−1(d−1)!+αnnd−2 \operatorname{long}_{A/q}(q^nM/q^{n+1}M) = e_q(M) \frac{n^{d-1}}{(d-1)!} + \alpha_n n^{d-2}

où αn\alpha_n tend vers une limite lorsque nn augmente indéfiniment (§ 4, no 3, corollaire au th. 2).

Remarque 4

On peut ramener le calcul des multiplicités au cas où A est local puisque, d’après § 4, no 4, corollaire au th. 3, on a

eq(M)=∑eqm(Mm) e_q(M) = \sum e_{q_m}(M_m)

la sommation étant étendue aux idéaux maximaux m de A tels que

m∈Supp⁡(M)∩V(q)etdim⁡Am(Mm)=d. m \in \operatorname{Supp}(M) \cap V(q) \quad \text{et} \quad \dim_{A_m}(M_m) = d .

Il résulte des remarques 2 et 3 que eq(M)e_q(M) ne dépend que du A/q-module gradué gr⁡q(M)\operatorname{gr}_q(M). Par conséquent :

Proposition 1

Soient A^\hat{A} et M^\hat{M} les complétés de A et M pour leurs topologies q-adiques ; alors eqA(M)=eqA^(M^)e_q^A(M) = e_{q\hat{A}}(\hat{M}).

Proposition 2

Supposons A local régulier (§ 5, no 1, déf. 1) ; on a e(A)=1e(A) = 1. Cela résulte du th. 1 du § 5, no 2.

Remarque 5

On peut avoir e(A)=1e(A) = 1 sans que A soit régulier (p. 104, exerc. 5). En fait, un anneau local noethérien A est régulier si et seulement si A^\hat{A} est intègre et si l’on a e(A)=1e(A) = 1 (p. 108, exerc. 24).

Exemple

On a par définition eq,r(M)=rdeq(M)e_{q,r}(M) = r^d e_q(M) où d=dim⁡A(M)d = \dim_A(M). Par conséquent, si A est local régulier, on a emAr(A)=rde_{m_A^r}(A) = r^d. Par exemple, si A est un anneau de valuation discrète, on a eq(A)=long⁡(A/q)e_q(A) = \operatorname{long}(A/q).

Soient q un idéal de A contenu dans le radical de A et C(q) l’ensemble des classes des A-modules M de type fini tels que M/qM soit de longueur finie. Pour tout d ∈ N\mathbf{N}, notons C(q)_{≤ d} la partie de C(q) formée des classes de A-modules de dimension ≤ d. On définit une application e_{q,d}: C(q)_{≤ d} → Z\mathbf{Z} par e_{q,d}(M) = e_q(M) si dim(M) = d, e_{q,d}(M) = 0 sinon. Cette application est additive d’après la prop. 5 du , n° 3 ; on en déduit (A, VIII, § 10, n° 2) un homomorphisme, encore noté e_{q,d}, du groupe de Grothendieck K(C(q)_{≤ d}) dans Z\mathbf{Z}, qui est nul sur K(C(q)_{≤ d-1}). En raisonnant comme au § 1, n° 5, on en déduit

Proposition 3

Soit M un A-module de type fini, de dimension d ≥ 0. Soit Φ l’ensemble des éléments minimaux p de Supp(M) tels que dim(A/p) = d. Soit q un idéal de A, contenu dans le radical de A, et tel que M/qM soit de longueur finie. On a

eq(M)=∑p∈Φlong⁡Ap(Mp).eq(A/p). e_q(M) = \sum_{p \in \Phi} \operatorname{long}_{A_p}(M_p).e_q(A/p).

Corollaire

Supposons A semi-local et soit q un idéal de définition de A. a) On a eq(A)=∑peq(A/p)e_q(A) = \sum_p e_q(A/p), où p parcourt l’ensemble des idéaux premiers minimaux de A tels que dim⁡(A/p)=dim⁡(A)\dim(A/p) = \dim(A). b) Supposons A intègre et soit M un A-module de type fini tel que dim⁡A(M)=dim⁡(A)\dim_A(M) = \dim(A). Alors on a eq(M)=rg⁡(M).eq(A)e_q(M) = \operatorname{rg}(M).e_q(A).

2. Multiplicités et extensions plates

Proposition 4

Soit ρ : A → B un homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens, et soit N un B-module de type fini, plat sur A, et tel que N ⊗_A κ_A soit un B-module de longueur finie. Si M est un A-module de type fini non nul et q un idéal de A distinct de A et tel que M/qM soit de longueur finie, alors (M ⊗_A N)/(qB)(M ⊗_A N) est un B-module de longueur finie, et l’on a

eqBB(M⊗AN)=long⁡B(N⊗AκA).eqA(M). e_{q_B}^B(M \otimes_A N) = \operatorname{long}_B(N \otimes_A \kappa_A).e_q^A(M).

Soit L un A-module de longueur finie r. Alors L possède une suite de Jordan-Hölder de longueur r, à quotients isomorphes à κ_A ; comme N est plat sur A, le B-module L ⊗_A N possède une suite de composition de longueur r, à quotients isomorphes à N ⊗_A κ_A, donc est de longueur r · long_B(N ⊗_A κ_A). Comme le B-module (M ⊗_A N)/(qB)^n(M ⊗_A N) est isomorphe à (M/q^nM) ⊗_A N pour tout n ∈ N\mathbf{N}, la proposition résulte de la définition des multiplicités.

Corollaire

On suppose que B est plat sur A et que ρ(m_A) B = m_B. Alors

eqBB(M⊗AB)=eqA(M). e_{q_B}^B(M \otimes_A B) = e_q^A(M).

Cela s’applique notamment lorsque B est le complété \* ou l’hensélisé \* de A relativement à un idéal distinct de A, \* ou un gonflement de A, par exemple un hensélisé strict de A. \*

Exemple

\* Soient X une variété algébrique complexe, OX,x\mathscr{O}_{X,x} l’anneau local de X en un point rationnel x, XanX^{an} l’espace analytique associé à X ; notons encore x le point de XanX^{an} correspondant à x, et soit OXan,x\mathscr{O}_{X^{an},x} l’anneau local de XanX^{an} en x. Alors e(OXan,x)=e(OX,x)e(\mathscr{O}_{X^{an},x}) = e(\mathscr{O}_{X,x}). \

3. Multiplicités et extensions finies

Proposition 5

Supposons A semi-local et soit ρ:A→B\rho : A \to B un homomorphisme d’anneaux faisant de B un A-module de type fini. Soit N un B-module non nul de type fini et soit q un idéal de A contenu dans le radical de A, et tel que N/qNN/qN soit de longueur finie. Parmi les idéaux maximaux de B (en nombre fini, d’après IV, § 2, no 5, cor. 3 à la prop. 9), notons m1,...,mrm_1, ..., m_r ceux pour lesquels on a dim⁡Bmi(Nmi)=dim⁡B(N)\dim_{B_{m_i}}(N_{m_i}) = \dim_B(N). Posons Bi=BmiB_i = B_{m_i} et qi=qBiq_i = qB_i pour 1≤i≤r1 \leq i \leq r. Alors on a les égalités

dim⁡A(N)=dim⁡B(N), \dim_A(N) = \dim_B(N),
eqBB(N)=∑i=1reqiBi(Nmi), e_{qB}^B(N) = \sum_{i=1}^r e_{q_i}^{B_i}(N_{m_i}),
eqA(N)=∑i=1r[B/mi:A/ρ−1(mi)] eqiBi(Nmi). e_q^A(N) = \sum_{i=1}^r [B/m_i : A/\rho^{-1}(m_i)]\ e_{q_i}^{B_i}(N_{m_i}).

La première égalité résulte de § 2, no 3, th. 1, c); la seconde résulte de la remarque 4 du no 1 (noter que mim_i appartient à V(qB)V(qB) pour 1≤i≤r1 \leq i \leq r puisque ρ−1(mi)⊃q\rho^{-1}(m_i) \supset q d’après V, § 2, no 1, prop. 1). Démontrons la troisième égalité. Soit E un B-module de longueur finie; on a

long⁡A(E)=∑m[B/m:A/ρ−1(m)].long⁡Bm(Em), \operatorname{long}_A(E) = \sum_m [B/m : A/\rho^{-1}(m)].\operatorname{long}_{B_m}(E_m),

mm parcourant l’ensemble des idéaux maximaux de B ; c’est en effet évident lorsque E est l’un des B/mB/m, et le cas général s’en déduit, puisque E possède une suite de composition dont les quotients sont isomorphes à des B/mB/m. Appliquant cette formule aux B-modules N/qn+1NN/q^{n+1}N, on en déduit l’égalité cherchée par définition des multiplicités.

Corollaire

Si [B/mi:A/ρ−1(mi)]=1[B/m_i : A/\rho^{-1}(m_i)] = 1 pour tout i, on a eqA(N)=eqBB(N)e_q^A(N) = e_{qB}^B(N).

Lemme 1

Soit ρ:A→B\rho : A \to B un homomorphisme d’anneaux, et soit pp un idéal premier de A. Considérons les deux propriétés suivantes : (i) l’homomorphisme canonique ρ~\tilde{\rho} de ApA_p dans Ap⊗ABA_p \otimes_A B est bijectif; (ii) il existe un seul idéal premier rr de B au-dessus de pp et l’homomorphisme canonique ρp\rho_p de ApA_p dans BrB_r est bijectif. On a (i) ⇒\Rightarrow (ii). Si pp est minimal, ou bien si B est entier sur A, on a (i) ⇔\Leftrightarrow (ii) 1^1.

1 Ce lemme reste valable lorsque l’anneau A n’est pas noethérien.

L’anneau Ap⊗ABA_p \otimes_A B s’identifie à l’anneau de fractions S−1BS^{-1}B de BB défini par la partie multiplicative S=ρ(A−p)S = \rho(A - p) de BB. Les idéaux premiers de S−1BS^{-1}B sont donc les S−1qS^{-1}q, où qq est un idéal premier de BB tel que ρ−1(q)⊂p\rho^{-1}(q) \subset p; si qq est un tel idéal, (S−1B)S−1q(S^{-1}B)_{S^{-1}q} s’identifie à BqB_q (II, § 2, no 5, prop. 11).

Si la condition (i) est satisfaite, il existe (V, § 2, no 1, lemme 1) un unique idéal premier rr de BB tel que ρ−1(r)=p\rho^{-1}(r) = p. De plus, BrB_r s’identifie à l’anneau de fractions (S−1B)S−1r(S^{-1}B)_{S^{-1}r}, donc aussi à (Ap)s(A_p)_s, où ss est l’image réciproque de S−1rS^{-1}r par l’isomorphisme ρ~:Ap→S−1B\tilde{\rho}: A_p \to S^{-1}B; or ρ~−1(S−1r)=(A−p)−1p=pAp\tilde{\rho}^{-1}(S^{-1}r) = (A - p)^{-1}p = pA_p, d’où (ii).

Inversement, supposons (ii) satisfaite, et soit rr l’unique idéal premier de BB au-dessus de pp. Puisque (S−1B)S−1r(S^{-1}B)_{S^{-1}r} s’identifie à BrB_r, il suffit de prouver que S−1BS^{-1}B est local d’idéal maximal S−1rS^{-1}r, c’est-à-dire que tout idéal premier qq de BB tel que ρ−1(q)⊂p\rho^{-1}(q) \subset p est contenu dans rr. Si pp est minimal, on a ρ−1(q)=p\rho^{-1}(q) = p, donc q=rq = r. Si BB est entier sur AA, il existe d’après V, § 2, no 1, cor. 2 au th. 1, un idéal premier r′r' de BB tel que q⊂r′q \subset r' et ρ−1(r′)=p\rho^{-1}(r') = p; on a nécessairement r′=rr' = r, donc q⊂rq \subset r.

Lemme 2

Supposons AA semi-local ; soit qq un idéal de définition de AA, et soit ρ:A→B\rho : A \to B un homomorphisme d’anneaux faisant de BB un AA-module de type fini. Supposons que, pour tout idéal premier (nécessairement minimal) pp de AA tel que dim⁡(A/p)=dim⁡(A)\dim(A/p) = \dim(A), il existe un unique idéal premier rr de BB au-dessus de pp et que l’homomorphisme canonique ρp:Ap→Br\rho_p : A_p \to B_r soit bijectif. Alors on a dim⁡A(B)=dim⁡(A)\dim_A(B) = \dim(A) et eqA(B)=eqA(A)e_q^A(B) = e_q^A(A).

Soit SA\mathfrak{S}_A (resp. SB\mathfrak{S}_B) l’ensemble des idéaux premiers pp de AA tels que

dim⁡(A/p)=dim⁡(A)(resp. dim⁡A(B/pB)=dim⁡A(B)); \dim(A/p) = \dim(A) \quad (\text{resp. } \dim_A(B/pB) = \dim_A(B));

on a SA≠∅\mathfrak{S}_A \neq \varnothing. Soit p∈SAp \in \mathfrak{S}_A; il existe par hypothèse un idéal premier de BB au-dessus de pp. On a alors ρ−1(pB)=p\rho^{-1}(pB) = p (II, § 2, no 5, cor. 3 à la prop. 11), et

dim⁡(A/p)=dim⁡(B/pB)=dim⁡A(B/pB) \dim(A/p) = \dim(B/pB) = \dim_A(B/pB)

d’après le th. 1, b) et c) du § 2, no 3. Par suite, on a

dim⁡A(B)≥dim⁡A(B/pB)=dim⁡(A/p)=dim⁡(A)≥dim⁡A(B). \dim_A(B) \geq \dim_A(B/pB) = \dim(A/p) = \dim(A) \geq \dim_A(B).

Cela implique SA⊂SB\mathfrak{S}_A \subset \mathfrak{S}_B et dim⁡(A)=dim⁡A(B)\dim(A) = \dim_A(B). Inversement, si p∈SBp \in \mathfrak{S}_B, on a les inégalités

dim⁡A(B/pB)=dim⁡A(B)=dim⁡(A)≥dim⁡(A/p)≥dim⁡A(B/pB), \dim_A(B/pB) = \dim_A(B) = \dim(A) \geq \dim(A/p) \geq \dim_A(B/pB),

d’où p∈SAp \in \mathfrak{S}_A et SB=SA\mathfrak{S}_B = \mathfrak{S}_A. D’après la prop. 3 du no 1 et son corollaire, on a

eqA(A)=∑p∈SAeqA(A/p)eteqA(B)=∑p∈SBlong⁡Ap(Ap⊗AB)eqA(A/p); e_q^A(A) = \sum_{p \in \mathfrak{S}_A} e_q^A(A/p) \quad \text{et} \quad e_q^A(B) = \sum_{p \in \mathfrak{S}_B} \operatorname{long}_{A_p}(A_p \otimes_A B) e_q^A(A/p);

d’après le lemme 1, on a long⁡Ap(Ap⊗AB)=1\operatorname{long}_{A_p}(A_p \otimes_A B) = 1 pour tout p∈SAp \in \mathfrak{S}_A, d’où eqA(A)=eqA(B)e_q^A(A) = e_q^A(B).

Proposition 6

Supposons AA semi-local et réduit ; soit qq un idéal de définition de AA; soit A′A' l’anneau total des fractions de AA, et soit BB une sous-A-algèbre finie de A′A'. Alors BB est semi-local et qBqB en est un idéal de définition. Supposons que, pour tout idéal maximal m de B tel que dim(B_m) = dim(B), on ait [B/m : A/(A ∩ m)] = 1. Alors on a eqA(A)=eqBB(B)e_q^A(A) = e_{q_B}^B(B).

D’après IV, § 2, n° 5, cor. 3 de la prop. 9, B est semi-local d’idéal de définition qB. On a eqBB(B)=eqA(B)e_{q_B}^B(B) = e_q^A(B) d’après le corollaire à la prop. 5. Comme A′ s’identifie à ∏pAp\prod_p A_p où p parcourt l’ensemble des idéaux premiers minimaux de A (IV, § 2, n° 5, prop. 10), l’application canonique Ap→Ap⊗ABA_p \to A_p \otimes_A B est bijective pour tout idéal premier minimal p de A. Il résulte alors des lemmes 1 et 2 que eqA(B)=eqA(A)e_q^A(B) = e_q^A(A), d’où la proposition.

Exemple

Soit k un corps de caractéristique ≠2\neq 2 et prenons pour A l’anneau local k[[X,Y]]/(X2+Y2)k[[X, Y]]/(X^2 + Y^2) de corps résiduel k. Prenons B=k[[X,T]]/(T2+1)B = k[[X, T]]/(T^2 + 1) où T=Y/XT = Y/X. Distinguons deux cas : si — 1 est le carré d’un élément i de k, B possède deux idéaux maximaux engendrés respectivement par {X, T + i} et {X, T − i}, ils sont de corps résiduel k, et l’on a emAA(A)=emABB(B)=2e_{m_A}^A(A) = e_{m_{AB}}^B(B) = 2. Si — 1 n’est pas un carré dans k, B possède un unique idéal maximal (X) de corps résiduel k[T]/(T2+1)k[T]/(T^2 + 1), et l’on a emAA(A)=2, emABB(B)=1e_{m_A}^A(A) = 2,\ e_{m_{AB}}^B(B) = 1.

4. Multiplicités et suites sécantes

Proposition 7

Supposons A local. Soit s un entier ≥1\geq 1 et, pour 1≤i≤s1 \leq i \leq s, soient δi\delta_i un entier >0> 0, xix_i un élément de mAδim_A^{\delta_i}, et ξi\xi_i sa classe dans mAδi/mAδi+1m_A^{\delta_i}/m_A^{\delta_i+1}. On suppose que (x1,...,xs)(x_1, ..., x_s) est une suite sécante pour A. Notons x l’idéal de A engendré par (x1,...,xs)(x_1, ..., x_s). Alors on a e(A/x)≥δ1...δs⋅e(A)e(A/x) \geq \delta_1 ... \delta_s \cdot e(A) avec égalité si (ξ1,...,ξs)(\xi_1, ..., \xi_s) est une suite complètement sécante pour gr(A).

Posons B=A/xB = A/x, et considérons les séries formelles

HA=∑n≥0long⁡(mAn/mAn+1)⋅Tn,HB=∑n≥0long⁡(mBn/mBn+1)⋅Tn H_A = \sum_{n \geq 0} \operatorname{long}(m_A^n/m_A^{n+1}) \cdot T^n, \quad H_B = \sum_{n \geq 0} \operatorname{long}(m_B^n/m_B^{n+1}) \cdot T^n

et HB(s)=(1−T)−sHBH_B^{(s)} = (1 - T)^{-s} H_B. D’après la prop. 6 du § 4, n° 5, on a dans Z[[T]]\mathbf{Z}[[T]], l’inégalité

HB(s)≥(∏i=1s1−Tδi1−T)HA, H_B^{(s)} \geq \left( \prod_{i=1}^s \frac{1 - T^{\delta_i}}{1 - T} \right) H_A,

et il y a égalité lorsque la suite (ξ1,...,ξs)(\xi_1, ..., \xi_s) est complètement sécante. Mais

R(T)=∏i=1s1−Tδi1−T R(T) = \prod_{i=1}^s \frac{1 - T^{\delta_i}}{1 - T}

est un polynôme de Z[T]\mathbf{Z}[T] tel que R(1)=δ1...δsR(1) = \delta_1 ... \delta_s. Posons dim⁡(A)=d\dim(A) = d; on a dim⁡(B)=d−s\dim(B) = d - s. D’après le th. 2 du § 4, n° 3, il existe des éléments RAR_A et RBR_B de Z[T,T−1]\mathbf{Z}[T, T^{-1}] tels que

HA=(1−T)−dRA(T),RA(1)=e(A), H_A = (1 - T)^{-d} R_A(T), \quad R_A(1) = e(A),
HB=(1−T)−d+sRB(T),RB(1)=e(A/x). H_B = (1 - T)^{-d+s} R_B(T), \quad R_B(1) = e(A/x).

Donc on a

(1−T)−dRB(T)=HB(s)≥(∏i=1s1−Tδi1−T)HA=(1−T)−dR(T) RA(T), (1 - T)^{-d} R_B(T) = H_B^{(s)} \geq \left( \prod_{i=1}^s \frac{1 - T^{\delta_i}}{1 - T} \right) H_A = (1 - T)^{-d} R(T) \, R_A(T),
et l’égalité a lieu si la suite (ξ1,...,ξs)(\xi_1, ..., \xi_s) est complètement sécante. On conclut par le lemme 2 du § 4, no 1.

Remarque

On peut montrer réciproquement (cf. p. 103, exerc. 4) que si A est régulier et e(A/x)=δ1...δse(A/x) = \delta_1 ... \delta_s, alors la suite (ξ1,...,ξs)(\xi_1, ..., \xi_s) est complètement sécante.

Exemple

Prenons pour A un anneau de séries formelles k[[X1,...,Xn]]k[[X_1, ..., X_n]] sur un corps kk; soient F1,...,FsF_1, ..., F_s des éléments de A, à l’idéal qu’ils engendrent et B = A/a. Notons P1,...,Ps∈k[X1,...,Xn]P_1, ..., P_s \in k[X_1, ..., X_n] les formes initiales des séries F1,...,FsF_1, ..., F_s et δ1,...,δs\delta_1, ..., \delta_s leurs degrés respectifs. Si la suite F1,...,FsF_1, ..., F_s est sécante dans A, on a e(B)≥δ1...δse(B) \geq \delta_1 ... \delta_s; si la suite P1,...,PsP_1, ..., P_s est complètement sécante dans l’anneau k[X1,...,Xn]k[X_1, ..., X_n], on a e(B)=δ1...δse(B) = \delta_1 ... \delta_s.

Considérons par exemple l’anneau B=k[[X,Y]]/aB = k[[X, Y]]/a, où a est engendré par X2+Y3X^2 + Y^3 et X2+Y4X^2 + Y^4; l’inégalité précédente donne e(B)≥4e(B) \geq 4; en remarquant que a est engendré par les éléments X2+Y3X^2 + Y^3 et Y4−Y3Y^4 - Y^3, pour lesquels la suite des formes initiales est complètement sécante, on obtient e(B)=6e(B) = 6.

5. Éléments superficiels

Dans ce numéro on note q un idéal de A contenu dans le radical de A, et M un A-module non nul de type fini tel que M/qMM/qM soit de longueur finie.

Proposition 8

Soient δ>0\delta > 0 un entier, x un élément de qδq^\delta, ξ\xi sa classe dans grδ(A)=qδ/qδ+1\mathrm{gr}_\delta(A) = q^\delta/q^{\delta+1} et φ\varphi la multiplication par ξ\xi dans le gr(A)-module gr(M).

a) La dimension du A-module M/xMM/xM est égale à dim⁡A(M)\dim_A(M) ou à dim⁡A(M)−1\dim_A(M) - 1. Dans le deuxième cas, on a eq(M/xM)≥δeq(M)e_q(M/xM) \geq \delta e_q(M).

b) Supposons que l’on ait dim⁡A(M)≥1\dim_A(M) \geq 1 et que le noyau de φ\varphi soit de longueur finie sur A/qA/q. Alors on a dim⁡A(M/xM)=dim⁡A(M)−1\dim_A(M/xM) = \dim_A(M) - 1. De plus : (i) Si dim⁡A(M)>1\dim_A(M) > 1, on a eq(M/xM)=δeq(M)e_q(M/xM) = \delta e_q(M). (ii) Si dim⁡A(M)=1\dim_A(M) = 1, on a pour tout entier n≥0n \geq 0

nδeq(M)≤longA(M/xnM)≤nδeq(M)+longA/q(Ker φn), n \delta e_q(M) \leq \mathrm{long}_A(M/x^nM) \leq n \delta e_q(M) + \mathrm{long}_{A/q}(\mathrm{Ker}\ \varphi^n),
où φn\varphi^n est le n-ième itéré de l’endomorphisme φ\varphi, et
δeq(M)=exA(M)≤longA(M/xM). \delta e_q(M) = e_{xA}(M) \leq \mathrm{long}_A(M/xM).

Posons M′′=M/xMM'' = M/xM; considérons les séries de Hilbert-Samuel HM=HM,qH_M = H_{M,q} et HM′′=HM′′,qH_{M''} = H_{M'',q}, ainsi que la série de Poincaré P(T)=∑n≥0longA/q(Ker φn)⋅TnP(T) = \sum_{n \geq 0} \mathrm{long}_{A/q}(\mathrm{Ker}\ \varphi_n) \cdot T^n. D’après § 4, no 3, th. 2 et no 4, remarque 2, on a

HM(T)=(1−T)−dRM(T),HM′′(T)=(1−T)−d′′RM′′(T), H_M(T) = (1 - T)^{-d} R_M(T), \quad H_{M''}(T) = (1 - T)^{-d''} R_{M''}(T),

avec d=dim⁡A(M)d = \dim_A(M), d′′=dim⁡A(M′′)d'' = \dim_A(M''), RMR_M et RM′′R_{M''} dans Z[T]\mathbf{Z}[T], RM(1)=eq(M)R_M(1) = e_q(M), RM′′(1)=eq(M′′)R_{M''}(1) = e_q(M''). D’après le lemme 6 du § 4, n° 5, on a dans Z((T))\mathbf{Z}((T)) les inégalités

(1−Tδ)HM(1)≤HM′′(1)≤(1−Tδ)HM(1)+TδP(1). (1 - T^\delta) H_M^{(1)} \leq H_{M''}^{(1)} \leq (1 - T^\delta) H_M^{(1)} + T^\delta P^{(1)} .

Posant R(T)=(1−Tδ)/(1−T)=1+T+⋯+Tδ−1R(T) = (1 - T^\delta)/(1 - T) = 1 + T + \cdots + T^{\delta-1}, cela s’écrit aussi

(1)

(1−T)−dR(T)RM(T)≤(1−T)−d′′−1RM′′(T)≤ (1 - T)^{-d} R(T) R_M(T) \leq (1 - T)^{-d''-1} R_{M''}(T) \leq
≤(1−T)−dR(T)RM(T)+(1−T)−1TδP(T). \leq (1 - T)^{-d} R(T) R_M(T) + (1 - T)^{-1} T^\delta P(T) .

D’après le lemme 2 du § 4, n° 1, la première inégalité (1) implique soit d′′≥dd'' \geq d, soit d′′=d−1d'' = d - 1 et R(1)RM(1)≤RM′′(1)R(1) R_M(1) \leq R_{M''}(1), c’est-à-dire δeq(M)≤eq(M′′)\delta e_q(M) \leq e_q(M''). Cela démontre a), puisque d′′≤dd'' \leq d.

Sous l’hypothèse de b), on a P(T)∈Z[T]P(T) \in \mathbf{Z}[T] et P(1)=long⁡A(Ker⁡φ)P(1) = \operatorname{long}_A(\operatorname{Ker} \varphi). La seconde inégalité (1) s’écrit

(1−T)−d′′−1RM′′(T)≤(1−T)−d(R(T)RM(T)+Tδ(1−T)d−1P(T)). (1 - T)^{-d''-1} R_{M''}(T) \leq (1 - T)^{-d}(R(T) R_M(T) + T^\delta (1 - T)^{d-1} P(T)) .

Supposons qu’on ait d>1d > 1; alors le lemme 2 du § 4, n° 1 entraîne d′′+1≤dd'' + 1 \leq d, d’où d′′=d−1d'' = d - 1 d’après la partie a) de la démonstration; on a alors

RM′′(1)≤R(1).RM(1) R_{M''}(1) \leq R(1). R_M(1)

(loc. cit.), d’où (i).

Supposons maintenant d=1d = 1. D’après loc. cit., on a d′′=0d'' = 0 et

RM′′(1)≤R(1).RM(1)+P(1). R_{M''}(1) \leq R(1). R_M(1) + P(1) .

Par conséquent, M′′M'' est de longueur finie égale à eq(M′′)=RM′′(1)e_q(M'') = R_{M''}(1) et l’on obtient

(2)

δeq(M)≤long⁡A(M/xM)≤δeq(M)+long⁡A(Ker⁡φ). \delta e_q(M) \leq \operatorname{long}_A(M/xM) \leq \delta e_q(M) + \operatorname{long}_A(\operatorname{Ker} \varphi) .

Soit n≥1n \geq 1 un entier. Remplaçons xx par xnx^n dans (2); on a donc

(3)

nδeq(M)≤long⁡A(M/xnM)≤nδeq(M)+long⁡A(Ker⁡φn). n \delta e_q(M) \leq \operatorname{long}_A(M/x^nM) \leq n \delta e_q(M) + \operatorname{long}_A(\operatorname{Ker} \varphi^n) .

Il est immédiat que les sous-modules Ker⁡φn\operatorname{Ker} \varphi^n du gr(A)-module noethérien gr(M) forment une suite croissante donc stationnaire et que chacun d’eux est de longueur finie sur A/qA/q. Divisant par n≥1n \geq 1 dans l’inégalité (3) et faisant tendre nn vers +∞+ \infty, on trouve exA(M)=δeq(M)e_{xA}(M) = \delta e_q(M) par définition de exA(M)e_{xA}(M).

Lemme 3

Soient RR un anneau noethérien gradué à degrés ≥0\geq 0, EE un RR-module gradué de type fini tel que EnE_n soit un R0R_0-module de longueur finie pour tout n∈Zn \in \mathbf{Z}. Les conditions suivantes sont équivalentes : (i) EE est un RR-module de longueur finie ; (ii) il existe un entier n0n_0 tel que En=0E_n = 0 pour n≥n0n \geq n_0 ; (iii) tout idéal premier de RR associé à EE contient R+=⨁n≥1RnR_+ = \bigoplus_{n \geq 1} R_n.

(i) ⇔ (ii) : c’est clair. (iii) ⇒ (i) : soit pp un idéal premier associé à E. Si (iii) est satisfaite, on a p=p0+R+p = p_0 + R_+ où p0p_0 est un idéal premier de R0R_0, et le R-module R/pR/p est isomorphe à R0/p0R_0/p_0. D’après IV, § 3, no 1, corollaire de la prop. 1, le R0R_0-module R0/p0R_0/p_0 est isomorphe à un sous-module d’un des EkE_k, donc est de longueur finie. Par conséquent, R/pR/p est de longueur finie. D’après IV, § 2, no 5, prop. 7, pp est donc maximal. Vu l’arbitraire de pp, le R-module E est de longueur finie (loc. cit.). (i) ⇒ (iii) : soit pp un idéal premier associé à E. Alors pp est gradué (IV, § 3, no 1, prop. 1) et maximal (IV, § 2, no 5, prop. 7), donc contient R+R_+ (§ 6, no 2, lemme 1).

Proposition 9

Notons p1,...,prp_1, ..., p_r ceux des idéaux premiers de l’anneau gradué gr(A)=⨁n(qn/qn+1)\mathrm{gr}(A) = \bigoplus_n (q^n/q^{n+1}) qui sont associés au module gradué gr(M)=⨁n(qnM/qn+1M)\mathrm{gr}(M) = \bigoplus_n (q^n M/q^{n+1} M) et ne contiennent pas gr1(A)=q/q2\mathrm{gr}_1(A) = q/q^2. Soient δ\delta un entier >0> 0, ξ\xi un élément de grδ(A)\mathrm{gr}_\delta(A), et φ:gr(M)→gr(M)\varphi : \mathrm{gr}(M) \to \mathrm{gr}(M) l’homothétie de rapport ξ\xi dans gr(M)\mathrm{gr}(M). Pour que φn\varphi_n soit injective pour tout nn assez grand, il faut et il suffit que ξ\xi n’appartienne à aucun des pip_i. En effet, les idéaux premiers associés au gr(A)\mathrm{gr}(A)-module Ker φ\mathrm{Ker}\, \varphi sont ceux des idéaux premiers associés à gr(M)\mathrm{gr}(M) qui contiennent ξ\xi (IV, § 1, no 1, déf. 1). D’après le lemme 3, (Ker φ)n(\mathrm{Ker}\, \varphi)_n est nul pour nn assez grand, si et seulement si ces idéaux contiennent tous gr+(A)\mathrm{gr}_+(A) (ou ce qui revient au même gr1(A)\mathrm{gr}_1(A)), d’où la proposition.

Définition 2

Soient A un anneau noethérien, q un idéal de A contenu dans le radical de A et M un A-module de type fini tel que M/qMM/qM soit de longueur finie. Un élément x de A est dit superficiel pour M relativement à q s’il appartient à q et si, pour tout nn assez grand, l’application qnM/qn+1M→qn+1M/qn+2Mq^n M/q^{n+1} M \to q^{n+1} M/q^{n+2} M induite par la multiplication par x est injective.

Remarque 1

Soit δ\delta un entier >0> 0. On dit parfois qu’un élément x de A est superficiel d’ordre δ\delta pour M relativement à q si x∈qδx \in q^\delta, et si, pour tout nn assez grand, l’application qnM/qn+1M→qn+δM/qn+δ+1Mq^n M/q^{n+1} M \to q^{n+\delta} M/q^{n+\delta+1} M induite par la multiplication par x est injective. Avec cette terminologie, les éléments superficiels au sens de la déf. 2 sont les éléments superficiels d’ordre 1.

Remarque 2

Avec les notations de la prop. 9, x est superficiel d’ordre δ\delta si et seulement si sa classe ξ\xi dans grδ(A)\mathrm{gr}_\delta(A) n’appartient à aucun des pip_i.

Remarque 3

D’après III, § 1, no 4, prop. 8, il existe un élément homogène de gr(A)\mathrm{gr}(A) de degré >0> 0 qui n’appartient à aucun des pip_i. Par conséquent, il existe un entier δ>0\delta > 0 et un élément superficiel d’ordre δ\delta pour M.

Remarque 4

Supposons A local de corps résiduel k, et considérons l’application surjective canonique λ:q→q⊗Ak\lambda : q \to q \otimes_A k. Elle est la composée des applications canoniques q→q/q2q \to q/q^2 et λˉ:q/q2→q⊗Ak\bar{\lambda} : q/q^2 \to q \otimes_A k. D’après le lemme de Nakayama, chacun des sous-espaces vectoriels Vi=λˉ(pi∩(q/q2))V_i = \bar{\lambda}(p_i \cap (q/q^2)) de q⊗Akq \otimes_A k est distinct de q⊗Akq \otimes_A k; si α∈q⊗Ak\alpha \in q \otimes_A k n’appartient à aucun des ViV_i, alors λ−1(α)\lambda^{-1}(\alpha) est formé d’éléments superficiels pour M (prop. 9). Si k est infini, la réunion des ViV_i est distincte de q⊗Akq \otimes_A k et il existe donc des éléments superficiels pour M.

Théorème 1

Soient AA un anneau noethérien, qq un idéal de AA contenu dans le radical de AA et MM un AA-module de type fini tel que M/qMM/qM soit de longueur finie. Soit x1,...,xmx_1, ..., x_m une suite finie d’éléments de qq. Posons x=Ax1+⋯+Axm⊂qx = Ax_1 + \cdots + Ax_m \subset q.

a) On a dim⁡A(M/xM)≥dim⁡A(M)−m\dim_A(M/xM) \geq \dim_A(M) - m.

b) Si dim⁡A(M/xM)=dim⁡A(M)−m\dim_A(M/xM) = \dim_A(M) - m, alors eq(M/xM)≥eq(M)e_q(M/xM) \geq e_q(M).

c) Si m<dim⁡A(M)m < \dim_A(M), et si pour i=1,...,mi = 1, ..., m, l’élément xix_i de AA est superficiel pour M/(x1M+⋯+xi−1M)M/(x_1M + \cdots + x_{i-1}M) relativement à qq, alors on a

dim⁡A(M/xM)=dim⁡A(M)−meteq(M/xM)=eq(M). \dim_A(M/xM) = \dim_A(M) - m \quad \text{et} \quad e_q(M/xM) = e_q(M) .

d) Si m=dim⁡A(M)m = \dim_A(M), et si, pour i=1,...,mi = 1, ..., m, l’élément xix_i de AA est superficiel pour M/(x1M+⋯+xi−1M)M/(x_1M + \cdots + x_{i-1}M) relativement à qq, alors on a

eq(M)=ex(M)≤long⁡(M/xM)<+∞. e_q(M) = e_x(M) \leq \operatorname{long}(M/xM) < + \infty .

Les parties a),b),a), b), et c) résultent pour m=1m = 1 de la prop. 8, et le cas général s’en déduit par récurrence. Supposons les hypothèses de d) satisfaites et posons x′=Ax1+⋯+Axm−1x' = Ax_1 + \cdots + Ax_{m-1} et M′=M/x′MM' = M/x'M de sorte que M/xMM/xM s’identifie à M′/xmM′M'/x_mM'. Alors, d’après c), on a dim⁡A(M′)=1\dim_A(M') = 1 et eq(M)=eq(M′)e_q(M) = e_q(M'). D’après la prop. 8, M/xMM/xM est de longueur finie et l’on a eq(M′)=exmA(M′)≤long⁡(M/xM)e_q(M') = e_{x_mA}(M') \leq \operatorname{long}(M/xM). Mais, puisque xmnM′=xnM′x_m^nM' = x^nM' pour tout nn, on a exmA(M′)=ex(M′)e_{x_mA}(M') = e_x(M'). On a par ailleurs ex(M′)≥ex(M)e_x(M') \geq e_x(M) : cela résulte de b) où l’on remplace mm par m−1m - 1, xx par x′x' et qq par xx. Par conséquent, on a

ex(M)≤ex(M′)=exmA(M′)=eq(M′)=eq(M). e_x(M) \leq e_x(M') = e_{x_mA}(M') = e_q(M') = e_q(M) .

Puisque xx est contenu dans qq, cela implique ex(M)=eq(M)e_x(M) = e_q(M) (n° 1, remarque 1), et achève la démonstration.

Corollaire

Supposons AA local, à corps résiduel infini, et posons d=dim⁡A(M)d = \dim_A(M). Il existe une suite x1,...,xdx_1, ..., x_d d’éléments de qq tels que, en posant x=Ax1+⋯+Axdx = Ax_1 + \cdots + Ax_d, on ait

eq(M)=ex(M)≤long⁡(M/xM)<+∞. e_q(M) = e_x(M) \leq \operatorname{long}(M/xM) < + \infty .

Cela résulte aussitôt du théorème et de la remarque 4.

Remarque 5

Dans la situation du corollaire précédent, on a

eq(M)=ex(M)≤long⁡(M/xM) e_q(M) = e_x(M) \leq \operatorname{long}(M/xM)

et long⁡(M/qM)≤long⁡(M/xM)\operatorname{long}(M/qM) \leq \operatorname{long}(M/xM); les trois cas

eq(M)<long⁡(M/qM),eq(M)=long⁡(M/qM),eq(M)>long⁡(M/qM) e_q(M) < \operatorname{long}(M/qM) , \quad e_q(M) = \operatorname{long}(M/qM) , \quad e_q(M) > \operatorname{long}(M/qM)

sont possibles (p. 106, exerc. 16 et 17).

Exercises

Exercices

See the exercises for § 7.

Transcribed from the printed volume. Not translated.