Bourbaki

§ 3. Profondeur et dimension homologique

1. Dimension projective, dimension injective, dimension homologique

Soient A un anneau, M un A-module. Rappelons (A, X, p. 134, déf. 1) que la dimension projective de M, notée dp_A(M), est la borne inférieure (dans Z‾\overline{\mathbf{Z}}) de l’ensemble des longueurs des résolutions projectives de M. On a dp_A(0) = -∞ et dp_A(M) ≥ 0 si M est non nul. Pour que M soit projectif, il faut et il suffit que l’on ait dp_A(M) ≤ 0.

Exemple

Soit J un idéal de A engendré par une suite A-régulière x=(x1,…,xr)x = (x_1, \ldots, x_r). On a dp_A(A/J) ≤ r. En effet, c’est clair si A est nul ; dans le cas contraire, le complexe de Koszul K∙(x,A)K_\bullet(x, A) est une résolution libre de A/J de longueur r (loc. cit., p. 159, remarque 3). De plus, pour tout A-module N, les A-modules Ext_A^r(A/J, N) et N/JN sont isomorphes (loc. cit.) ; par suite, pour qu’on ait dp_A(A/J) = r, il faut et il suffit que J soit distinct de A (loc. cit., p. 134, prop. 1).

On définit de même la dimension injective de M, que l’on note di_A(M), comme la borne inférieure de l’ensemble des longueurs des résolutions injectives de M. On a di_A(0) = -∞, et di_A(M)_0 si M ≠ 0. Pour que M soit injectif, il faut et il suffit que l’on ait di_A(M) ≤ 0.

Proposition 1

Soient A un anneau, M un A-module et n un entier ≥ 0. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) on a di_A(M) ≤ n (autrement dit, M possède une résolution injective de longueur ≤ n) ; (ii) pour tout A-module N et tout entier i > n, on a Ext_A^i(N, M) = 0 ; (iii) pour tout idéal a de A, on a Ext_A^{n+1}(A/a, M) = 0 ; (iv) pour toute suite exacte de A-modules

0→M→I0→I1→…→In−1→Q→0, 0 \to M \to I^0 \to I^1 \to \ldots \to I^{n-1} \to Q \to 0,

où les IiI^i sont injectifs, le A-module Q est injectif.

(i) ⇒ (ii) : cela résulte de A, X, p. 100, th. 1. (ii) ⇒ (iii) : c’est clair. (iii) ⇒ (iv) : dans la situation de (iv), on a pour tout A-module N un isomorphisme de Ext_A^1(N, Q) sur Ext_A^{n+1}(N, M) (A, X, p. 128, cor. 4) ; sous l’hypothèse (iii), le A-module Ext_A^1(A/a, Q) est nul pour tout idéal a de A et Q est injectif (A, X, p. 93, prop. 11). (iv) ⇒ (i) : considérons la suite exacte (A, X, p. 52)

0→M→I0(M)→…→In−1(M)→Kn−1(M)→0; 0 \to M \to I^0(M) \to \ldots \to I^{n-1}(M) \to K^{n-1}(M) \to 0;

si la condition (iv) est satisfaite, le A-module Kn−1(M)K^{n-1}(M) est injectif, d’où (i).

Rappelons (A, X, p. 138, déf. 2) que la dimension homologique de l’anneau AA, notée dh(A)\mathrm{dh}(A), est la borne supérieure dans Z‾\overline{\mathbf{Z}} de l’ensemble des entiers nn pour lesquels il existe deux AA-modules MM et NN tels que ExtAn(M,N)\mathrm{Ext}^n_A(M, N) soit non nul. C’est donc aussi la borne supérieure de l’ensemble des dimensions projectives (ou injectives) de tous les AA-modules ; lorsque AA est noethérien, on peut se borner aux AA-modules de type fini (A, X, p. 139, cor.).

2. Localisation de la dimension homologique

Proposition 2

Soient AA un anneau, MM et NN des AA-modules, ii un entier et SS une partie multiplicative de AA. On a un isomorphisme canonique de S−1AS^{-1}A-modules

S−1ToriA(M,N)⟶ToriS−1A(S−1M,S−1N). S^{-1} \mathrm{Tor}_i^A(M, N) \longrightarrow \mathrm{Tor}_i^{S^{-1}A}(S^{-1}M, S^{-1}N) .

Si l’anneau AA est noethérien et le AA-module MM de type fini, on a un isomorphisme canonique de S−1AS^{-1}A-modules

S−1ExtAi(M,N)⟶ExtS−1Ai(S−1M,S−1N). S^{-1} \mathrm{Ext}_A^i(M, N) \longrightarrow \mathrm{Ext}_{S^{-1}A}^i(S^{-1}M, S^{-1}N) .

Comme le AA-module S−1AS^{-1}A est plat, cela résulte de A, X, p. 110, prop. 9 et p. 111, prop. 10.

Corollaire

Soient AA un anneau, MM et NN des AA-modules, ii un entier.

a) Le support de ToriA(M,N)\mathrm{Tor}_i^A(M, N) est contenu dans Supp(M)∩Supp(N)\mathrm{Supp}(M) \cap \mathrm{Supp}(N), et il en est de même du support de ExtAi(M,N)\mathrm{Ext}_A^i(M, N) si AA est noethérien et MM de type fini.

b) Supposons AA noethérien, les modules MM et NN de type fini ; si le AA-module M⊗ANM \otimes_A N est de longueur finie, il en est de même de ToriA(M,N)\mathrm{Tor}_i^A(M, N) et de ExtAi(M,N)\mathrm{Ext}_A^i(M, N).

Si pp est un idéal premier de AA n’appartenant pas à Supp(M)∩Supp(N)\mathrm{Supp}(M) \cap \mathrm{Supp}(N), l’un des modules MpM_p ou NpN_p est nul, ce qui implique a) compte tenu de la prop. 2.

Pour qu’un module de type fini sur un anneau noethérien soit de longueur finie, il faut et il suffit que son support soit formé d’idéaux maximaux (IV, § 2, n° 5, prop. 7). Sous l’hypothèse b), les AA-modules ToriA(M,N)\mathrm{Tor}_i^A(M, N) et ExtAi(M,N)\mathrm{Ext}_A^i(M, N) sont de type fini (A, X, p. 108, cor.) ; l’assertion b) résulte donc de a).

Proposition 3

Soient AA un anneau noethérien, MM un AA-module de type fini et NN un AA-module.

a) On a

dpA(M)=sup⁡pdpAp(Mp),diA(N)=sup⁡pdiAp(Np),dh(A)=sup⁡pdh(Ap), \mathrm{dp}_A(M) = \sup_p \mathrm{dp}_{A_p}(M_p) , \quad \mathrm{di}_A(N) = \sup_p \mathrm{di}_{A_p}(N_p) , \quad \mathrm{dh}(A) = \sup_p \mathrm{dh}(A_p) ,

où pp parcourt l’ensemble des idéaux premiers (resp. maximaux) de AA.

b) L’application p↦dpAp(Mp)p \mapsto \mathrm{dp}_{A_p}(M_p) de Spec(A)\mathrm{Spec}(A) dans Z‾\overline{\mathbf{Z}} est semi-continue supérieurement.

Prouvons a). Soit nn un entier ⩾0\geqslant 0. Supposons qu’on ait dpA(M)<n\mathrm{dp}_A(M) < n. Pour tout idéal premier pp de AA et tout ApA_p-module QQ, le ApA_p-module ExtAn(Mp,Q)\mathrm{Ext}_A^n(M_p, Q) est isomorphe à (ExtAn(M,Q))p(\mathrm{Ext}_A^n(M, Q))_p (prop. 2), donc est nul ; on en déduit l’inégalité dp_{A_p}(M_p) \leq dp_A(M) \ (\text{A, X, p. 134, prop. 1}). Supposons inversement qu’on ait dp_{A_m}(M_m) < n pour tout idéal maximal m de A, et soit R un A-module. On a (Ext^n_A(M, R))_m = 0 pour tout m (prop. 2), donc Ext^n_A(M, R) = 0 (II, , n° 3, cor. 2 du th. 1), ce qui entraîne dp_A(M) < n (A, X, p. 134, prop. 1). La première égalité de a) en résulte. La seconde se démontre de la même manière, en utilisant la caractérisation de la dimension injective donnée dans la prop. 1 (iii). Comme dh(A) est la borne supérieure de l’ensemble des dimensions injectives de A-modules (n° 1), la troisième égalité en résulte

Prouvons b). Soient p un idéal premier de A et n = dp_{A_p}(M_p). Démontrons qu’il existe un voisinage U de p dans Spec(A) tel que l’on ait dp_{A_q}(M_q) \leq n pour tout q \in U. C’est clair si n = +\infty ; si n = -\infty , cela résulte du fait que le support de M est fermé. Supposons maintenant n fini et choisissons une suite exacte de A-modules

Pn−1→dn−1Pn−2⟶…⟶P0→d0M→0, P_{n-1} \xrightarrow{d_{n-1}} P_{n-2} \longrightarrow \ldots \longrightarrow P_0 \xrightarrow{d_0} M \to 0 ,
où les P_i sont libres de type fini (A, X, p. 53, prop. 6). Posons P = Ker d_{n-1} ; c’est un module de présentation finie. Le A_p-module P_p est projectif (A, X, p. 134, prop. 1), donc libre (II, § 3, n° 2, cor. 2 de la prop. 5). D’après II, § 5, n° 1, cor. de la prop. 2, il existe un élément f de A - p tel que le A_f-module P_f soit libre ; le A_q-module P_q est alors libre pour tout élément q de l’ouvert U de Spec(A) formé des idéaux premiers ne contenant pas f . Cela prouve b).

Corollaire 1

Pour toute partie multiplicative S de A , on a

dpS−1A(S−1M)≤dpA(M),diS−1A(S−1N)≤diA(N),dh(S−1A)≤dh(A). \mathrm{dp}_{S^{-1}A}(S^{-1}M) \leq \mathrm{dp}_A(M) \quad , \quad \mathrm{di}_{S^{-1}A}(S^{-1}N) \leq \mathrm{di}_A(N) \quad , \quad \mathrm{dh}(S^{-1}A) \leq \mathrm{dh}(A) .

Corollaire 2

Si on a dp_{A_m}(M_m) < +\infty pour tout idéal maximal m de Supp(M) , on a dp_A(M) < +\infty .

En effet, le sous-espace X de Supp(M) formé des idéaux maximaux est quasi-compact (II, § 4, n° 2, prop. 8 et 9 et n° 3, cor. 7 de la prop. 11) ; l’application m \mapsto dp_{A_m}(M_m) de X dans \overline{\mathbf{R}} est semi-continue supérieurement (prop. 3), donc bornée (TG, IV, p. 30, cor. du th. 3).

Remarque

Soit A un anneau noethérien régulier de dimension infinie (VIII, § 5, exerc. 6 c)). Nous verrons ci-dessous (n° 7, th. 2 et § 4, n° 1, prop. 1) qu’on a di_{A_m}(A_m) = dh(A_m) < +\infty pour tout idéal maximal m de A ; la prop. 3 entraîne donc di_A(A) = dh(A) = +\infty . Par conséquent, les fonctions p \mapsto di_{A_p}(N_p) et p \mapsto dh(A_p) ne sont pas en général semi-continues supérieurement.

3. Dimension homologique des anneaux noethériens

Soient A un anneau local noethérien, M un A-module de type fini. Rappelons (A, X, § 3, n° 6) qu’une résolution

…⟶Ln→dnLn−1⟶…⟶L0→d0M→0 \ldots \longrightarrow L_n \xrightarrow{d_n} L_{n-1} \longrightarrow \ldots \longrightarrow L_0 \xrightarrow{d_0} M \to 0
de M est une résolution projective minimale si chacun des modules L_i est libre de type fini, et si le complexe κA⊗AL\kappa_A \otimes_A L est à différentielle nulle. Pour tout entier i≥0i \geq 0, on a alors

(1)

Ext⁡Ai(M,κA):κA]=[Tor⁡iA(M,κA):κA]=rg⁡A(Li) \operatorname{Ext}_A^i(M, \kappa_A) : \kappa_A ] = [\operatorname{Tor}_i^A(M, \kappa_A) : \kappa_A ] = \operatorname{rg}_A(L_i)

(A, X, p. 103, exemple 3). Tout A-module de type fini admet une telle résolution (A, X, p. 56, prop. 10).

Proposition 4

Soient A un anneau local noethérien, M un A-module de type fini et n un entier ≥0\geq 0. Les conditions suivantes sont équivalentes* :

(i) on a dp⁡A(M)<n\operatorname{dp}_A(M) < n ; (ii) on a Tor⁡nA(M,κA)=0\operatorname{Tor}_n^A(M, \kappa_A) = 0 ; (iii) on a Ext⁡An(M,κA)=0\operatorname{Ext}_A^n(M, \kappa_A) = 0 ; (iv) toute résolution projective minimale de M est de longueur <n< n.

Les assertions (i) ⇒\Rightarrow (ii) et (i) ⇒\Rightarrow (iii) sont immédiates (A, X, p. 100, th. 1). Soit L une résolution projective minimale de M ; si (ii) ou (iii) est vérifié, on a Ln=0L_n = 0 d’après (1). Comme toute résolution projective minimale de M est isomorphe à L (A, X, p. 54, prop. 8), on en déduit (iv). L’implication (iv) ⇒\Rightarrow (i) est triviale.

Corollaire 1

Soient A un anneau local noethérien et n un entier ≥0\geq 0. Les conditions suivantes sont équivalentes* :

(i) on a dh⁡(A)<n\operatorname{dh}(A) < n ; (ii) on a Ext⁡Ai(M,N)=0\operatorname{Ext}_A^i(M, N) = 0 et Tor⁡iA(M,N)=0\operatorname{Tor}_i^A(M, N) = 0 pour tout couple (M,N)(M, N) de A-modules et tout entier i≥ni \geq n ; (iii) on a Tor⁡nA(κA,κA)=0\operatorname{Tor}_n^A(\kappa_A, \kappa_A) = 0 ; (iv) on a Ext⁡An(κA,κA)=0\operatorname{Ext}_A^n(\kappa_A, \kappa_A) = 0 ; (v) on a dp⁡A(κA)<n\operatorname{dp}_A(\kappa_A) < n.

Il est clair que (i) implique (ii) et que (ii) implique (iii) et (iv). D’après la prop. 4 appliquée au A-module κA\kappa_A, chacune des conditions (iii) et (iv) implique (v). Prouvons que (v) implique (i) : si dp⁡A(κA)<n\operatorname{dp}_A(\kappa_A) < n, on a Tor⁡nA(M,κA)=0\operatorname{Tor}_n^A(M, \kappa_A) = 0 pour tout A-module M ; par suite tout A-module de type fini est de dimension projective <n< n (prop. 4), ce qui entraîne dh⁡(A)<n\operatorname{dh}(A) < n (A, X, p. 138, prop. 4).

Corollaire 2

On a* dh⁡(A)=dp⁡A(κA)\operatorname{dh}(A) = \operatorname{dp}_A(\kappa_A).

Remarque 1

Soit A un anneau local. Le A-module Tor⁡1A(κA,κA)\operatorname{Tor}_1^A(\kappa_A, \kappa_A) est isomorphe à mA/mA2\mathfrak{m}_A / \mathfrak{m}_A^2 (A, X, p. 72, exemple). Par suite lorsque A est noethérien, pour que Tor⁡1A(κA,κA)\operatorname{Tor}_1^A(\kappa_A, \kappa_A) soit nul, il faut et il suffit que mA\mathfrak{m}_A soit nul, c’est-à-dire que A soit un corps. Le cor. 1 entraîne donc qu’un anneau local noethérien de dimension homologique 0 est un corps.

Remarque 2

Soient A un anneau local noethérien, M un A-module de type fini et de dimension projective finie nn, N un A-module non nul de type fini. Le A-module Ext⁡An(M,N)\operatorname{Ext}_A^n(M, N) n’est pas nul : soient en effet L une résolution projective minimale de M, et d sa différentielle. On a une suite exacte

Hom⁡A(Ln−1,N)→Hom⁡(dn,1)Hom⁡A(Ln,N)⟶Ext⁡An(M,N)→0. \operatorname{Hom}_A(L_{n-1}, N) \xrightarrow{\operatorname{Hom}(d_n, 1)} \operatorname{Hom}_A(L_n, N) \longrightarrow \operatorname{Ext}_A^n(M, N) \to 0 .

Comme dn⊗1κAd_n \otimes 1_{\kappa_A} est nulle, on en déduit par produit tensoriel avec κA\kappa_A un isomorphisme κA⊗AHomA(Ln,N)⟶κA⊗AExtAn(M,N)\kappa_A \otimes_A \mathrm{Hom}_A(L_n, N) \longrightarrow \kappa_A \otimes_A \mathrm{Ext}_A^n(M, N), d’où compte tenu de la formule (1) ci-dessus,

[κA⊗AExtAn(M,N):κA]=[ExtAn(M,κA):κA][κA⊗AN:κA], [\kappa_A \otimes_A \mathrm{Ext}_A^n(M, N) : \kappa_A] = [\mathrm{Ext}_A^n(M, \kappa_A) : \kappa_A][\kappa_A \otimes_A N : \kappa_A],

qui est non nul par la prop. 4 et le lemme de Nakayama. Par conséquent, la dimension projective de M est le plus grand entier ii tel que ExtAi(M,N)\mathrm{Ext}_A^i(M, N) soit non nul.

Remarque 3

Soient AA un anneau noethérien, MM un AA-module de type fini et de dimension projective finie, NN un AA-module de type fini dont le support est égal à Spec(A)\mathrm{Spec}(A). D’après la remarque précédente et les prop. 2 et 3 du n° 2, la dimension projective nn de MM est le plus grand entier ii tel que ExtAi(M,N)\mathrm{Ext}_A^i(M, N) soit non nul ; le support du AA-module ExtAn(M,N)\mathrm{Ext}_A^n(M, N) est l’ensemble des éléments pp de Spec(A)\mathrm{Spec}(A) tels que dpAp(Mp)=n\mathrm{dp}_{A_p}(M_p) = n.

Il peut exister des AA-modules MM de type fini, de dimension projective +∞+\infty, satisfaisant à ExtAi(M,A)=0\mathrm{Ext}_A^i(M, A) = 0 pour ii assez grand : c’est le cas par exemple du AA-module κA\kappa_A lorsque AA est un anneau local de Gorenstein qui n’est pas régulier.

Proposition 5

Soient AA un anneau noethérien, MM un AA-module de type fini et nn un entier ⩾0\geqslant 0. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) on a dpA(M)<n\mathrm{dp}_A(M) < n ; (ii) pour tout idéal maximal mm de AA, on a ExtAn(M,A/m)=0\mathrm{Ext}_A^n(M, A/m) = 0 (resp. on a TornA(M,A/m)=0\mathrm{Tor}_n^A(M, A/m) = 0) ; (iii) pour tout idéal maximal mm de AA, on a ExtAmn(Mm,A/m)=0\mathrm{Ext}_{A_m}^n(M_m, A/m) = 0 (resp. on a TornAm(Mm,A/m)=0\mathrm{Tor}_n^{A_m}(M_m, A/m) = 0).

(i) ⇒\Rightarrow (ii) : c’est clair. (ii) ⇒\Rightarrow (iii) : cela résulte de la prop. 2 du n° 2. (iii) ⇒\Rightarrow (i) : d’après la prop. 4, la condition (iii) implique l’inégalité dpAm(Mm)<n\mathrm{dp}_{A_m}(M_m) < n pour tout idéal maximal mm de AA, et on conclut grâce à la prop. 3.

Remarque 4

Soient AA un anneau noethérien et nn un entier ⩾0\geqslant 0. Si mm et m′m' sont deux idéaux maximaux de AA distincts, les AA-modules ExtAn(A/m,A/m′)\mathrm{Ext}_A^n(A/m, A/m') et TornA(A/m,A/m′)\mathrm{Tor}_n^A(A/m, A/m') sont annulés par m+m′m + m', donc sont nuls. Par une démonstration analogue à celle du cor. 1 de la prop. 4, on déduit de la prop. 5 l’équivalence des conditions suivantes :

(i) on a dh(A)<n\mathrm{dh}(A) < n ; (ii) on a ExtAi(M,N)=0\mathrm{Ext}_A^i(M, N) = 0 et ToriA(M,N)=0\mathrm{Tor}_i^A(M, N) = 0 pour tout couple (M,N)(M, N) de AA-modules et tout entier i⩾ni \geqslant n ; (iii) on a TornA(A/m,A/m)=0\mathrm{Tor}_n^A(A/m, A/m) = 0 pour tout idéal maximal mm de AA ; (iv) on a ExtAn(A/m,A/m)=0\mathrm{Ext}_A^n(A/m, A/m) = 0 pour tout idéal maximal mm de AA ; (v) on a dpA(A/m)<n\mathrm{dp}_A(A/m) < n pour tout idéal maximal mm de AA.

On a en particulier dh(A)=sup⁡mdpA(A/m)\mathrm{dh}(A) = \sup_m \mathrm{dp}_A(A/m), où mm parcourt l’ensemble des idéaux maximaux de AA.

Proposition 6

Soient AA un anneau noethérien, NN un AA-module, nn un entier ⩾0\geqslant 0. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) on a di⁡A(N)<n\operatorname{di}_A(N) < n ; (ii) pour tout idéal premier pp de AA, on a Ext⁡An(A/p,N)=0\operatorname{Ext}_A^n(A/p, N) = 0 ; (iii) pour tout idéal premier pp de AA, on a Ext⁡Apn(κ(p),Np)=0\operatorname{Ext}_{A_p}^n(\kappa(p), N_p) = 0.

Si de plus le AA-module NN est de type fini, ces conditions équivalent à :

(iv) pour tout idéal maximal mm de AA, on a Ext⁡Ai(A/m,N)=0\operatorname{Ext}_A^i(A/m, N) = 0 pour n⩽i⩽n+ht⁡(m)n \leqslant i \leqslant n + \operatorname{ht}(m).

Observons que la condition (iii) équivaut à

(iii') pour tout idéal premier pp de AA, on a Ext⁡An(A/p,N)⊗Aκ(p)=0\operatorname{Ext}_A^n(A/p, N) \otimes_A \kappa(p) = 0.

En effet, comme Ext⁡An(A/p,N)\operatorname{Ext}_A^n(A/p, N) est annulé par pp, le AA-module Ext⁡An(A/p,N)⊗Aκ(p)\operatorname{Ext}_A^n(A/p, N) \otimes_A \kappa(p) est isomorphe à Ext⁡An(A/p,N)⊗AAp\operatorname{Ext}_A^n(A/p, N) \otimes_A A_p, donc à Ext⁡Apn(κ(p),Np)\operatorname{Ext}_{A_p}^n(\kappa(p), N_p) (n° 2, prop. 2).

Les implications (i) ⇒\Rightarrow (ii) et (i) ⇒\Rightarrow (iv) résultent de la prop. 1 du n° 1, et l’implication (ii) ⇒\Rightarrow (iii') est claire.

(iii) ⇒\Rightarrow (i) : pour tout AA-module MM, posons T(M)=Ext⁡An(M,N)T(M) = \operatorname{Ext}_A^n(M, N). Supposons que (i) ne soit pas vérifiée. Il existe alors (n° 1, prop. 1) un idéal aa de AA tel que T(A/a)≠0T(A/a) \neq 0. Soit pp un idéal de AA maximal parmi les idéaux possédant cette propriété ; prouvons que pp est premier. D’après IV, § 1, n° 4, th. 1 et th. 2, il existe une suite de composition (Mi)0⩽i⩽m(M_i)_{0 \leqslant i \leqslant m} de A/pA/p tel que chaque quotient Mi/Mi+1M_i/M_{i+1} soit isomorphe à un module A/piA/p_i, où pip_i (0⩽i⩽m−10 \leqslant i \leqslant m-1) est un idéal premier contenant pp. Si T(A/pi)T(A/p_i) était nul pour tout ii, on déduirait par récurrence sur ii des suites exactes

T(M0/Mi)⟶T(M0/Mi+1)⟶T(Mi/Mi+1) T(M_0/M_i) \longrightarrow T(M_0/M_{i+1}) \longrightarrow T(M_i/M_{i+1})

que T(M0/Mm)=T(A/p)T(M_0/M_m) = T(A/p) est nul, ce qui n’est pas. Il existe donc un indice ii tel que T(A/pi)≠0T(A/p_i) \neq 0. Vu le caractère maximal de pp, on a p=pip = p_i, de sorte que pp est premier.

Soit xx un élément de A−pA - p ; on déduit de la suite exacte

0→A/p→xA/pA/p→A/(p+xA)→0 0 \to A/p \xrightarrow{x_{A/p}} A/p \to A/(p + xA) \to 0

une suite exacte

T(A/(p+xA))⟶T(A/p)→uT(A/p), T(A/(p + xA)) \longrightarrow T(A/p) \xrightarrow{u} T(A/p),

où u=Ext⁡An(xA,1N)=xT(A/p)u = \operatorname{Ext}_A^n(x_A, 1_N) = x_{T(A/p)} (A, X, p. 89, prop. 6). À cause du caractère maximal de pp, on a T(A/(p+xA))=0T(A/(p + xA)) = 0, de sorte que l’homomorphisme uu est injectif. Le A/pA/p-module non nul T(A/p)T(A/p) est donc sans torsion. Cela implique que T(A/p)⊗Aκ(p)T(A/p) \otimes_A \kappa(p) n’est pas nul (A, II, p. 117, cor. 1), ce qui contredit (iii').

Supposons le AA-module NN de type fini, et prouvons que (iv) implique (iii). Soient pp un idéal premier de AA et mm un idéal maximal de AA contenant pp. Il existe une chaîne saturée d’idéaux premiers de AA d’extrémités p\mathfrak{p} et m\mathfrak{m}. La longueur rr de cette chaîne est inférieure à ht(m)\mathrm{ht}(\mathfrak{m}); sous l’hypothèse (iv), on a donc

ExtAmn+r(κ(m),Nm)=ExtAn+r(A/m,N)⊗AAm=0. \mathrm{Ext}_{A_{\mathfrak{m}}}^{n+r}(\kappa(\mathfrak{m}), N_{\mathfrak{m}}) = \mathrm{Ext}_{A}^{n+r}(A/\mathfrak{m}, N) \otimes_{A} A_{\mathfrak{m}} = 0 .
Il résulte alors du lemme 3 du § 1, n° 7 qu’on a ExtApn(κ(p),Np)=0\mathrm{Ext}_{A_{\mathfrak{p}}}^{n}(\kappa(\mathfrak{p}), N_{\mathfrak{p}}) = 0, ce qui prouve (iii).

Remarque 5

Soit NN un AA-module de type fini ; la condition ExtAn(A/m,N)=0\mathrm{Ext}_{A}^{n}(A/\mathfrak{m}, N) = 0 pour tout idéal maximal m\mathfrak{m} de AA n’entraîne pas nécessairement diA(N)<n\mathrm{di}_{A}(N) < n. Si par exemple l’anneau AA est local et n’est pas un anneau de Gorenstein (n° 7, déf. 1), on a ExtAn(A/m,A)=0\mathrm{Ext}_{A}^{n}(A/\mathfrak{m}, A) = 0 pour n<prof(A)n < \mathrm{prof}(A) mais diA(A)=+∞\mathrm{di}_{A}(A) = +\infty.

4. Quotient par un élément simplifiable

Dans ce numéro, AA désigne un anneau et xx un élément de AA simplifiable.

Soient MM un AA-module et p:P→Mp : P \to M une résolution projective de MM. D’après A, X, p. 101, cor. du th. 1, Hn(P/xP)H_{n}(P/xP) s’identifie à TornA(M,A/xA)\mathrm{Tor}_{n}^{A}(M, A/xA), donc est isomorphe à M/xMM/xM si n=0n = 0, à Ker(xM)\mathrm{Ker}(x_{M}) si n=1n = 1, et est nul sinon (loc. cit., p. 102, exemple 1). Considérons les complexes de (A/xA)(A/xA)-modules RR et R′R' tels que

Rn=Pn/xPnRn′=0pour n⩾2,R1=Z1(P/xP)R1′=(P1/xP1)/R1,Rn=0Rn′=Pn/xPnpour n⩽0, \begin{aligned} R_{n} & = P_{n}/xP_{n} & R'_{n} & = 0 & \text{pour } n \geqslant 2, \\ R_{1} & = Z_{1}(P/xP) & R'_{1} & = (P_{1}/xP_{1})/R_{1}, \\ R_{n} & = 0 & R'_{n} & = P_{n}/xP_{n} & \text{pour } n \leqslant 0, \end{aligned}
et dont les différentielles se déduisent de celle de PP. Les complexes R(1)R(1) et R′R' sont des résolutions gauches de Ker(xM)\mathrm{Ker}(x_{M}) et M/xMM/xM respectivement et on a une suite exacte de complexes
0→R→P/xP→R′→0. 0 \to R \to P/xP \to R' \to 0 .

De manière analogue, soit e:M→Ee : M \to E une résolution injective de MM; notons KK le complexe Ker(xE)\mathrm{Ker}(x_{E}). D’après A, X, p. 101, cor. du th. 1, Hn(K)H_{n}(K) s’identifie à ExtAn(A/xA,M)\mathrm{Ext}_{A}^{n}(A/xA, M), donc est isomorphe à Ker(xM)\mathrm{Ker}(x_{M}) si n=0n = 0, à M/xMM/xM si n=1n = 1, et est nul sinon (loc. cit., p. 102, exemple 1). On déduit de EE des complexes de (A/xA)(A/xA)-modules SS et S′S' tels que

Sn=KnS′n=0pour n⩽0,S1=B1(K)S′1=K1/S1,Sn=0S′n=Knpour n⩾2. \begin{aligned} S^{n} & = K^{n} & {S'}^{n} & = 0 & \text{pour } n \leqslant 0, \\ S^{1} & = B^{1}(K) & {S'}^{1} & = K^{1}/S^{1}, \\ S^{n} & = 0 & {S'}^{n} & = K^{n} & \text{pour } n \geqslant 2. \end{aligned}
Les complexes SS et S′(−1)S'(-1) sont des résolutions droites de Ker(xM)\mathrm{Ker}(x_{M}) et M/xMM/xM respectivement, et on a une suite exacte de complexes
0→S→Ker(xE)→S′→0. 0 \to S \to \mathrm{Ker}(x_{E}) \to S' \to 0 .

Soient NN un (A/xA)(A/xA)-module, et e′:N→E′e' : N \to E' une résolution injective de NN. On déduit de la suite exacte (2) une suite exacte de complexes de (A/xA)(A/xA)-modules

0→HomgrA/xA(R′,E′)→HomgrA/xA(P/xP,E′)→HomgrA/xA(R,E′)→0. 0 \to \mathrm{Homgr}_{A/xA}(R', E') \to \mathrm{Homgr}_{A/xA}(P/xP, E') \to \mathrm{Homgr}_{A/xA}(R, E') \to 0 .

Considérons la suite exacte d’homologie associée à cette suite exacte. D’après A, X, p. 100, th. 1, on a pour tout entier n⩾0n \geqslant 0 des isomorphismes

Hn(HomgrA/xA(R′,E′))⟶ExtA/xAn(M/xM,N) H^n(\mathrm{Homgr}_{A/xA}(R', E')) \longrightarrow \mathrm{Ext}^n_{A/xA}(M/xM, N)
Hn(HomgrA/xA(P/xP,E′))⟶Hn(HomgrA(P,E′))⟶ExtAn(M,N) H^n(\mathrm{Homgr}_{A/xA}(P/xP, E')) \longrightarrow H^n(\mathrm{Homgr}_A(P, E')) \longrightarrow \mathrm{Ext}^n_A(M, N)
Hn(HomgrA/xA(R,E′))=Hn−1(HomgrA/xA(R(1),E′))⟶ExtA/xAn−1(Ker(xM),N) H^n(\mathrm{Homgr}_{A/xA}(R, E')) = H^{n-1}(\mathrm{Homgr}_{A/xA}(R(1), E')) \longrightarrow \mathrm{Ext}^{n-1}_{A/xA}(\mathrm{Ker}(x_M), N)

on en déduit une suite exacte longue de (A/xA)(A/xA)-modules

…⟶ExtA/xAn(M/xM,N)⟶ExtAn(M,N)⟶ExtA/xAn−1(Ker(xM),N) \ldots \longrightarrow \mathrm{Ext}^n_{A/xA}(M/xM, N) \longrightarrow \mathrm{Ext}^n_A(M, N) \longrightarrow \mathrm{Ext}^{n-1}_{A/xA}(\mathrm{Ker}(x_M), N)
⟶ExtA/xAn+1(M/xM,N)⟶ExtAn+1(M,N)⟶… \longrightarrow \mathrm{Ext}^{n+1}_{A/xA}(M/xM, N) \longrightarrow \mathrm{Ext}^{n+1}_A(M, N) \longrightarrow \ldots

(4)

De même, soit p′:P′→Np' : P' \to N une résolution projective du (A/xA)(A/xA)-module NN. On déduit de la suite exacte (3) une suite exacte de complexes de (A/xA)(A/xA)-modules

0→HomgrA/xA(P′,S)⟶HomgrA/xA(P′,Ker(xE))⟶HomgrA/xA(P′,S′)→00 \to \mathrm{Homgr}_{A/xA}(P', S) \longrightarrow \mathrm{Homgr}_{A/xA}(P', \mathrm{Ker}(x_E)) \longrightarrow \mathrm{Homgr}_{A/xA}(P', S') \to 0.

Compte tenu de l’isomorphisme HomgrA/xA(P′,Ker(xE))⟶HomgrA(P′,E)\mathrm{Homgr}_{A/xA}(P', \mathrm{Ker}(x_E)) \longrightarrow \mathrm{Homgr}_A(P', E), la suite exacte d’homologie associée s’écrit

…⟶ExtA/xAn(N,Ker(xM))⟶ExtAn(N,M)⟶ExtA/xAn−1(N,M/xM) \ldots \longrightarrow \mathrm{Ext}^n_{A/xA}(N, \mathrm{Ker}(x_M)) \longrightarrow \mathrm{Ext}^n_A(N, M) \longrightarrow \mathrm{Ext}^{n-1}_{A/xA}(N, M/xM)
⟶ExtA/xAn+1(N,Ker(xM))⟶ExtAn+1(N,M)⟶… \longrightarrow \mathrm{Ext}^{n+1}_{A/xA}(N, \mathrm{Ker}(x_M)) \longrightarrow \mathrm{Ext}^{n+1}_A(N, M) \longrightarrow \ldots

(5)

Considérons enfin la suite exacte de complexes de (A/xA)(A/xA)-modules

0→R⊗A/xAP′⟶(P/xP)⊗A/xAP′⟶R′⊗A/xAP′→00 \to R \otimes_{A/xA} P' \longrightarrow (P/xP) \otimes_{A/xA} P' \longrightarrow R' \otimes_{A/xA} P' \to 0

déduite de la suite exacte (2) ; compte tenu de l’isomorphisme P⊗AP′⟶(P/xP)⊗A/xAP′P \otimes_A P' \longrightarrow (P/xP) \otimes_{A/xA} P', la suite exacte d’homologie associée s’écrit

…⟶TornA(M,N)⟶TornA/xA(M/xM,N)⟶Torn−2A/xA(Ker xM,N) \ldots \longrightarrow \mathrm{Tor}^A_n(M, N) \longrightarrow \mathrm{Tor}^{A/xA}_n(M/xM, N) \longrightarrow \mathrm{Tor}^{A/xA}_{n-2}(\mathrm{Ker}\ x_M, N)
⟶Torn−1A(M,N)⟶Torn−1A/xA(M/xM,N)⟶… \longrightarrow \mathrm{Tor}^A_{n-1}(M, N) \longrightarrow \mathrm{Tor}^{A/xA}_{n-1}(M/xM, N) \longrightarrow \ldots

(6)

Proposition 7

Soient AA un anneau, xx un élément simplifiable de AA, MM un AA-module tel que l’homothétie xMx_M soit injective, NN un AA-module annulé par xx, nn un entier. Les homomorphismes canoniques de (A/xA)(A/xA)-modules

ExtA/xAn(M/xM,N)⟶ExtAn(M,N), \mathrm{Ext}^n_{A/xA}(M/xM, N) \longrightarrow \mathrm{Ext}^n_A(M, N),
ExtAn(N,M)⟶ExtA/xAn−1(N,M/xM), \mathrm{Ext}^n_A(N, M) \longrightarrow \mathrm{Ext}^{n-1}_{A/xA}(N, M/xM),
TornA(M,N)⟶TornA/xA(M/xM,N) \mathrm{Tor}^A_n(M, N) \longrightarrow \mathrm{Tor}^{A/xA}_n(M/xM, N)

déduits des suites exactes (4), (5) et (6) sont des isomorphismes.

Corollaire

Soient AA un anneau local noethérien, MM un AA-module de type fini et JJ un idéal de AA engendré par une suite (x1,…,xr)(x_1, \ldots, x_r) d’éléments de mAm_A qui est à la fois AA-régulière et MM-régulière. On a dpA/J(M/JM)=dpA(M)\mathrm{dp}_{A/J}(M/JM) = \mathrm{dp}_A(M) et diA/J(M/JM)=diA(M)−r\mathrm{di}_{A/J}(M/JM) = \mathrm{di}_A(M) - r.

Il suffit de traiter le cas r=1r = 1. Posons alors x=x1x = x_1. Les AA-modules ExtA/xAn(M/xM,κA)\mathrm{Ext}^n_{A/xA}(M/xM, \kappa_A) et ExtAn(M,κA)\mathrm{Ext}^n_A(M, \kappa_A) sont isomorphes pour tout entier nn (prop. 7) ; l’égalité dpA/xA(M/xM)=dpA(M)\mathrm{dp}_{A/xA}(M/xM) = \mathrm{dp}_A(M) résulte de la prop. 4 du n° 3. De même, les AA-modules ExtA/xAn−1(κA,M/xM)\mathrm{Ext}^{n-1}_{A/xA}(\kappa_A, M/xM) et ExtAn(κA,M)\mathrm{Ext}^n_A(\kappa_A, M) sont isomorphes pour tout entier nn, et l’égalité diA/xA(M/xM)=diA(M)−1\mathrm{di}_{A/xA}(M/xM) = \mathrm{di}_A(M) - 1 résulte de la prop. 6 du n° 3.

5. Profondeur et dimension projective

Théorème 1 (Auslander-Buchsbaum)

Soient AA un anneau local noethérien et MM un AA-module de type fini et de dimension projective finie. On a l’égalité

dpA(M)+profA(M)=prof(A) \mathrm{dp}_A(M) + \mathrm{prof}_A(M) = \mathrm{prof}(A)

Raisonnons par récurrence sur dpA(M)\mathrm{dp}_A(M).

a) Si dpA(M)\mathrm{dp}_A(M) est nul, MM est un AA-module libre de type fini non nul ; sa profondeur est égale à prof(A)\mathrm{prof}(A) (§ 1, n° 1, remarque 4).

b) Supposons dpA(M)=1\mathrm{dp}_A(M) = 1 et choisissons une résolution projective minimale

0→L1→d1L0→d0M→0 0 \to L_1 \xrightarrow{d_1} L_0 \xrightarrow{d_0} M \to 0

de MM (n° 3, prop. 4, (iv)). Les AA-modules L0L_0 et L1L_1 sont libres de type fini et non nuls, donc de profondeur prof(A)\mathrm{prof}(A) (§ 1, n° 1, remarque 4). L’application 1κA⊗d1:κA⊗AL1→κA⊗AL01_{\kappa_A} \otimes d_1 : \kappa_A \otimes_A L_1 \to \kappa_A \otimes_A L_0 est nulle, ce qui entraîne que d1d_1 appartient à mAHomA(L1,L0)m_A \mathrm{Hom}_A(L_1, L_0). D’après la remarque 5 du § 1, n° 1, on a profA(M)=prof(A)−1\mathrm{prof}_A(M) = \mathrm{prof}(A) - 1.

c) Supposons dpA(M)>1\mathrm{dp}_A(M) > 1. Choisissons une suite exacte

0→N→L→M→0 0 \to N \to L \to M \to 0

où LL est un AA-module libre de type fini. On a alors profA(L)=prof(A)\mathrm{prof}_A(L) = \mathrm{prof}(A) (§ 1, n° 1, remarque 4), dpA(N)=dpA(M)−1\mathrm{dp}_A(N) = \mathrm{dp}_A(M) - 1 (A, X, p. 135, cor. 2 c)), d’où profA(N)=prof(A)−dpA(N)\mathrm{prof}_A(N) = \mathrm{prof}(A) - \mathrm{dp}_A(N) (hypothèse de récurrence), et en particulier profA(N)<profA(L)\mathrm{prof}_A(N) < \mathrm{prof}_A(L). D’après la prop. 1 du § 1, n° 1, on a alors profA(M)=profA(N)−1\mathrm{prof}_A(M) = \mathrm{prof}_A(N) - 1, ce qui achève la démonstration.

Remarque

Compte tenu du cor. 2 de la prop. 4 (n° 3), le th. 1 appliqué au AA-module κA\kappa_A entraîne que l’on est dans l’un ou l’autre des cas suivants :

(i) on a dpA(κA)=dh(A)=+∞\mathrm{dp}_A(\kappa_A) = \mathrm{dh}(A) = +\infty ; (ii) on a dpA(κA)=dh(A)=prof(A)<+∞\mathrm{dp}_A(\kappa_A) = \mathrm{dh}(A) = \mathrm{prof}(A) < +\infty.

Nous verrons ultérieurement (§ 4, n° 2) que (ii) caractérise les anneaux locaux réguliers.

Corollaire 1

Conservons les hypothèses du théorème 1.

a) On a dpA(M)≤prof⁡(A)dp_A(M) \leq \operatorname{prof}(A). Pour qu’il y ait égalité, il faut et il suffit que l’idéal maximal mAm_A soit associé à MM.

b) On a prof⁡A(M)≤prof⁡(A)\operatorname{prof}_A(M) \leq \operatorname{prof}(A). Pour qu’il y ait égalité, il faut et il suffit que MM soit libre.

a) En effet, « prof⁡A(M)=0\operatorname{prof}_A(M) = 0 » équivaut à « mA∈Ass⁡(A)m_A \in \operatorname{Ass}(A) » (§1§ 1, n° 1, remarque 2).

b) En effet, « dpA(M)=0dp_A(M) = 0 » équivaut à « MM est libre ».

COROLLAIRE 2.: Conservons les hypothèses du théorème 1 et supposons de plus que AA soit un anneau de Macaulay. Alors dpA(M)dp_A(M) est la somme des deux entiers positifs dim⁡(A)−dim⁡A(M)\dim(A) - \dim_A(M) et dim⁡A(M)−prof⁡(M)\dim_A(M) - \operatorname{prof}(M).

En particulier, dpA(M)dp_A(M) est alors supérieur à dim⁡(A)−dim⁡A(M)\dim(A) - \dim_A(M), et il y a égalité si et seulement si MM est macaulayen.

Corollaire 3

Soient AA un anneau noethérien, MM un AA-module de type fini et de dimension projective finie, ii un entier ≥0\geq 0, NN un AA-module de type fini et FF le support du AA-module Ext⁡Ai(M,N)\operatorname{Ext}_A^i(M, N) (resp. Tor⁡iA(M,N)\operatorname{Tor}_i^A(M, N)). On a alors prof⁡F(A)≥i\operatorname{prof}_F(A) \geq i.

En effet, soit p∈Fp \in F. On a Ext⁡Ai(Mp,Np)≠0\operatorname{Ext}_A^i(M_p, N_p) \neq 0 (resp. Tor⁡iA(Mp,Np)≠0\operatorname{Tor}_i^A(M_p, N_p) \neq 0) d’après la prop. 2 du n° 2, donc i≤dpAp(Mp)≤dpA(M)<+∞i \leq dp_{A_p}(M_p) \leq dp_A(M) < +\infty (n° 2, prop. 3). Le th. 1 entraîne prof⁡(Ap)≥i\operatorname{prof}(A_p) \geq i. Par suite (§1§ 1, n° 5, prop. 8)

prof⁡F(A)=inf⁡p∈Fprof⁡(Ap)≥i. \operatorname{prof}_F(A) = \inf_{p \in F} \operatorname{prof}(A_p) \geq i .

Avec la terminologie du §1§ 1, n° 5, remarque 4, la conclusion du cor. 3 signifie que les modules Ext⁡Ai(M,N)\operatorname{Ext}_A^i(M, N) et Tor⁡iA(M,N)\operatorname{Tor}_i^A(M, N) sont de grade ≥i\geq i. Elle entraîne que la codimension de leur support dans Spec⁡(A)\operatorname{Spec}(A) est ≥i\geq i (§1§ 1, n° 7, prop. 12).

Corollaire 4

Soient AA un anneau noethérien de Macaulay et MM un AA-module de type fini et de dimension projective finie.

a) Soit p∈Spec⁡(A)p \in \operatorname{Spec}(A); notons C(p)\mathscr{C}(p) l’ensemble des composantes irréductibles de Supp⁡(M)\operatorname{Supp}(M) contenant pp. On a

dim⁡Ap(Mp)−prof⁡Ap(Mp)=dpAp(Mp)−inf⁡X∈C(p)codim⁡(X,Spec⁡(A)). \dim_{A_p}(M_p) - \operatorname{prof}_{A_p}(M_p) = dp_{A_p}(M_p) - \inf_{X \in \mathscr{C}(p)} \operatorname{codim}(X, \operatorname{Spec}(A)) .

b) L’application p↦dim⁡Ap(Mp)−prof⁡Ap(Mp)p \mapsto \dim_{A_p}(M_p) - \operatorname{prof}_{A_p}(M_p) de Spec⁡(A)\operatorname{Spec}(A) dans Z‾\overline{\mathbf{Z}} est semi-continue supérieurement.

c) L’ensemble des idéaux premiers pp de AA tels que le ApA_p-module MpM_p soit macaulayen est ouvert et dense dans Spec⁡(A)\operatorname{Spec}(A). Son intersection avec Supp⁡(M)\operatorname{Supp}(M) est dense dans Supp⁡(M)\operatorname{Supp}(M).

a) On peut supposer p∈Supp⁡(M)p \in \operatorname{Supp}(M). Posons φ(p)=dim⁡(Ap)−dim⁡Ap(Mp)\varphi(p) = \dim(A_p) - \dim_{A_p}(M_p). D’après le cor. 2 ci-dessus, on a

dim⁡Ap(Mp)−prof⁡Ap(Mp)=dpAp(Mp)−φ(p). \dim_{A_p}(M_p) - \operatorname{prof}_{A_p}(M_p) = dp_{A_p}(M_p) - \varphi(p) .

Puisque AA est un anneau de Macaulay, on a

dim⁡(Ap)=codim⁡(V(p),Spec⁡(A))=codim⁡(V(p),X)+codim⁡(X,Spec⁡(A)) \dim(A_p) = \operatorname{codim}(V(p), \operatorname{Spec}(A)) = \operatorname{codim}(V(p), X) + \operatorname{codim}(X, \operatorname{Spec}(A))

pour toute X∈C(p)X \in \mathscr{C}(p) (\S 2, n° 2, prop. 2 b)) ; on a d'autre part (VIII, , n° 4, prop. 9 et n° 2, remarque 3)

dim⁡Ap(Mp)=codim⁡(V(p),Supp⁡(M))=sup⁡X∈C(p)codim⁡(V(p),X) \dim_{A_p}(M_p) = \operatorname{codim}(V(p), \operatorname{Supp}(M)) = \sup_{X \in \mathscr{C}(p)} \operatorname{codim}(V(p), X)

et par suite

φ(p)=inf⁡X∈C(p)codim⁡(X,Spec⁡(A)). \varphi(p) = \inf_{X \in \mathscr{C}(p)} \operatorname{codim}(X, \operatorname{Spec}(A)) .

b) Soit p∈Spec⁡(A)p \in \operatorname{Spec}(A), et soit FF la réunion des composantes irréductibles de Supp⁡(M)\operatorname{Supp}(M) qui ne contiennent pas pp. Pour tout élément qq de Spec⁡(A)−F\operatorname{Spec}(A) - F, on a C(q)⊂C(p)\mathscr{C}(q) \subset \mathscr{C}(p), d’où φ(q)≥φ(p)\varphi(q) \geq \varphi(p) d’après la formule ci-dessus. Par conséquent la fonction φ\varphi est semi-continue inférieurement ; l’assertion b) résulte alors de la prop. 3 du n° 2.

c) Soit UU l’ensemble des éléments pp de Spec⁡(A)\operatorname{Spec}(A) tels que MpM_p soit macaulayen. La condition p∈Up \in U équivaut à dim⁡(Mp)−prof⁡(Mp)≤0\dim(M_p) - \operatorname{prof}(M_p) \leq 0, de sorte que UU est ouvert d’après b). Comme UU contient Spec⁡(A)−Supp⁡(M)\operatorname{Spec}(A) - \operatorname{Supp}(M), il suffit de prouver que U∩Supp⁡(M)U \cap \operatorname{Supp}(M) est dense dans Supp⁡(M)\operatorname{Supp}(M). Pour tout idéal premier minimal pp de Supp⁡(M)\operatorname{Supp}(M), le ApA_p-module MpM_p est de longueur finie (IV, § 2, n° 5, cor. 2 de la prop. 7 et § 1, n° 3, cor. 1 de la prop. 7), donc macaulayen ; par conséquent UU rencontre toutes les composantes irréductibles de Supp⁡(M)\operatorname{Supp}(M). On conclut à l’aide de la prop. 1 de II, § 4, n° 1.

6. Profondeur et dimension injective

Proposition 8

Soient AA un anneau noethérien, MM un AA-module de type fini. On a dim⁡A(M)≤di⁡A(M)\dim_A(M) \leq \operatorname{di}_A(M).

Soit rr un entier positif inférieur à dim⁡A(M)\dim_A(M). Il existe une chaîne saturée d’idéaux premiers p⊂p1⊂…⊂pr−1⊂qp \subset p_1 \subset \ldots \subset p_{r-1} \subset q telle que pp soit un élément minimal du support de MM; le ApA_p-module MpM_p est alors de longueur finie, de sorte qu’on a Hom⁡Ap(κ(p),Mp)≠0\operatorname{Hom}_{A_p}(\kappa(p), M_p) \neq 0, donc Ext⁡Aqr(κ(q),Mq)≠0\operatorname{Ext}^r_{A_q}(\kappa(q), M_q) \neq 0 (§ 1, n° 7, lemme 3), ce qui implique di⁡A(M)≥r\operatorname{di}_A(M) \geq r (n° 3, prop. 6).

Proposition 9

Soient AA un anneau local noethérien et MM un AA-module non nul de type fini et de dimension injective finie. On a di⁡A(M)=prof⁡(A)\operatorname{di}_A(M) = \operatorname{prof}(A).

Posons r=di⁡A(M)r = \operatorname{di}_A(M). On a Ext⁡Ai(κA,M)=0\operatorname{Ext}^i_A(\kappa_A, M) = 0 pour i>ri > r, donc Ext⁡Ar(κA,M)≠0\operatorname{Ext}^r_A(\kappa_A, M) \neq 0 d’après la prop. 6 du n° 3, (iv) ⇒\Rightarrow (i). Soit ss la profondeur de AA et soit (x1,…,xs)(x_1, \ldots, x_s) une suite AA-régulière d’éléments de mA\mathfrak{m}_A (§ 1, n° 4, th. 2); posons N=A/(x1A+…+xsA)N = A/(x_1A + \ldots + x_sA). D’après l’exemple du n° 1, on a dp⁡A(N)=s\operatorname{dp}_A(N) = s et Ext⁡As(N,M)≠0\operatorname{Ext}^s_A(N, M) \neq 0, donc s≤di⁡A(M)=rs \leq \operatorname{di}_A(M) = r. Mais NN est de profondeur 0 (§ 1, n° 4, prop. 7), donc il existe une suite exacte de AA-modules

0→κA→N→N′→0. 0 \to \kappa_A \to N \to N' \to 0 .

On en déduit une suite exacte de modules d’extensions

Ext⁡Ar(N,M)→Ext⁡Ar(κA,M)→Ext⁡Ar+1(N′,M); \operatorname{Ext}^r_A(N, M) \to \operatorname{Ext}^r_A(\kappa_A, M) \to \operatorname{Ext}^{r+1}_A(N', M) ;

comme on a Ext⁡Ar+1(N′,M)=0\operatorname{Ext}^{r+1}_A(N', M) = 0 et Ext⁡Ar(κA,M)≠0\operatorname{Ext}^r_A(\kappa_A, M) \neq 0, on obtient Ext⁡Ar(N,M)≠0\operatorname{Ext}^r_A(N, M) \neq 0, d’où r≤dp⁡A(N)=sr \leq \operatorname{dp}_A(N) = s. En définitive, on a r=sr = s, ce qui achève la démonstration.

7. Anneaux de Gorenstein

Définition 1

On dit qu’un anneau AA est un anneau de Gorenstein s’il est noethérien et que le AmA_m-module AmA_m est de dimension injective finie pour tout idéal maximal mm de AA.

Pour qu’un anneau local noethérien AA soit un anneau de Gorenstein, il faut et il suffit que diA(A)\mathrm{di}_A(A) soit finie ; pour qu’un anneau noethérien AA soit un anneau de Gorenstein, il faut et il suffit qu’il en soit ainsi de AmA_m pour tout idéal maximal mm de AA.

Proposition 10

Soit AA un anneau de Gorenstein ; alors AA est un anneau de Macaulay, et satisfait à diA(A)=dim⁡(A)\mathrm{di}_A(A) = \dim(A).

Pour tout idéal maximal mm de AA, on a

dim⁡(Am)≤diAm(Am)(n∘6,prop. 8)diAm(Am)=prof(Am)(n∘6,prop. 9)prof(Am)≤dim⁡(Am)(§1,n∘4,cor. 2 du th. 2); \begin{align*} \dim(A_m) &\leq \mathrm{di}_{A_m}(A_m) & (\text{n}^\circ 6, \text{prop. 8}) \\ \mathrm{di}_{A_m}(A_m) &= \mathrm{prof}(A_m) & (\text{n}^\circ 6, \text{prop. 9}) \\ \mathrm{prof}(A_m) &\leq \dim(A_m) & (§ 1, \text{n}^\circ 4, \text{cor. 2 du th. 2}) ; \end{align*}
il en résulte que AA est un anneau de Macaulay, et que diA(A)=dim⁡(A)\mathrm{di}_A(A) = \dim(A) par passage à la borne supérieure (n° 2, prop. 3).

Ainsi les anneaux noethériens AA tels que diA(A)\mathrm{di}_A(A) soit finie sont les anneaux de Gorenstein de dimension finie (prop. 3 du n° 2), et les anneaux noethériens tels que le AA-module AA soit injectif sont les anneaux de Gorenstein artiniens.

Exemple 1

Pour toute partie multiplicative SS d’un anneau de Gorenstein AA, l’anneau de fractions S−1AS^{-1}A est un anneau de Gorenstein : en effet, soit qq un idéal maximal de S−1AS^{-1}A ; il est de la forme S−1pS^{-1}p, où pp est un idéal premier de AA ne rencontrant pas SS. Soit mm un idéal maximal de AA contenant pp ; alors l’anneau B=(S−1A)qB = (S^{-1}A)_q est isomorphe à ApA_p (II, § 2, n° 5, prop. 11), donc à un anneau de fractions de AmA_m, et par suite satisfait à diB(B)<+∞\mathrm{di}_B(B) < +\infty (n° 2, cor. 1 de la prop. 3).

Exemple 2

Soit AA un anneau de Gorenstein et soit JJ un idéal de AA, engendré par une suite AA-régulière xx. L’anneau quotient A/JA/J est un anneau de Gorenstein : en effet, pour tout idéal maximal mm de AA contenant JJ, l’image dans AmA_m de la suite xx est AmA_m-régulière et engendre l’idéal JmJ_m, de sorte que Am/JmA_m/J_m est un anneau de Gorenstein d’après le cor. de la prop. 7 (n° 4).

Exemple 3

Soient AA un anneau local noethérien, JJ un idéal de AA engendré par une suite AA-régulière d’éléments de mAm_A. Si A/JA/J est un anneau de Gorenstein, il en est de même de AA (n° 4, cor. de la prop. 7).

Exemple 4

Soit AA un anneau local noethérien régulier ; alors AA est un anneau de Gorenstein. En effet, soit xx un système de coordonnées de AA (VIII, § 5, n° 1, déf. 1). La suite xx est AA-régulière (loc. cit., n° 2, th. 1) et engendre l’idéal mAm_A ; on peut donc appliquer l’exemple 3.

Exemple 5

Tout anneau quotient d’un anneau principal est un anneau de Gorenstein (exemple 2). En particulier, toute algèbre monogène sur un corps est un anneau de Gorenstein.

Lemme 1

Soit AA un anneau local artinien. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) AA est un anneau de Gorenstein ; (ii) le AA-module AA est injectif ; (iii) le κA\kappa_A-espace vectoriel HomA(κA,A)\mathrm{Hom}_A(\kappa_A, A) est de dimension 1.

Rappelons (A, VIII, p. 3.5) que AA possède un idéal non nul minimal ; un tel idéal est un module simple, donc isomorphe à κA\kappa_A. Le κA\kappa_A-espace vectoriel HomA(κA,A)\mathrm{Hom}_A(\kappa_A, A) est donc non nul ; dire qu’il est de dimension 1 signifie que AA contient un seul idéal non nul minimal, qui est donc le socle de AA (A, VIII, § 4, n° 6).

L’équivalence de (i) et (ii) a été démontrée après la prop. 10. Supposons le AA-module AA injectif. Soient xx et yy deux éléments non nuls de AA annulés par mAm_A. Il existe une unique application AA-linéaire φ:Ax→A\varphi : Ax \to A telle que φ(x)=y\varphi(x) = y ; comme AA est injectif, elle s’étend en un endomorphisme de AA, ce qui entraîne que yy appartient à AxAx, d’où (iii).

Supposons inversement que HomA(κA,A)\mathrm{Hom}_A(\kappa_A, A) soit de dimension 1. Soit MM un AA-module de type fini ; il est de longueur finie, donc possède une suite de composition dont les quotients sont isomorphes à κA\kappa_A. On en déduit par récurrence sur la longueur de MM l’inégalité longA(HomA(M,A))⩽longA(M)\mathrm{long}_A(\mathrm{Hom}_A(M, A)) \leqslant \mathrm{long}_A(M). Dans la suite exacte des modules d’extensions

0→HomA(κA,A)→HomA(A,A)→αHomA(mA,A)→ExtA1(κA,A)→0, 0 \to \mathrm{Hom}_A(\kappa_A, A) \to \mathrm{Hom}_A(A, A) \xrightarrow{\alpha} \mathrm{Hom}_A(m_A, A) \to \mathrm{Ext}_A^1(\kappa_A, A) \to 0 ,

on a donc longA(HomA(mA,A))⩽longA(mA)=long(A)−1=longA(Im α)\mathrm{long}_A(\mathrm{Hom}_A(m_A, A)) \leqslant \mathrm{long}_A(m_A) = \mathrm{long}(A) - 1 = \mathrm{long}_A(\mathrm{Im}\, \alpha). Par suite α\alpha est surjective, ExtA1(κA,A)\mathrm{Ext}_A^1(\kappa_A, A) est nul et le AA-module AA est injectif (n° 3, prop. 4).

Lemme 2

Soit AA un anneau local noethérien tel que diA(A)=+∞\mathrm{di}_A(A) = +\infty. On a ExtAi(κA,A)≠0\mathrm{Ext}_A^i(\kappa_A, A) \neq 0 pour tout entier i⩾dim⁡(A)i \geqslant \dim(A).

Raisonnons par récurrence sur dim⁡(A)\dim(A). Lorsque dim⁡(A)=0\dim(A) = 0, mAm_A est l’unique idéal premier de AA et l’assertion résulte de la prop. 6 du n° 3. Supposons donc dim⁡(A)>0\dim(A) > 0 et soit pp un idéal premier de AA distinct de mAm_A ; on a alors dim⁡(Ap)<dim⁡(A)\dim(A_p) < \dim(A). Si diAp(Ap)=+∞\mathrm{di}_{A_p}(A_p) = +\infty, l’hypothèse de récurrence implique ExtApj(κ(p),Ap)≠0\mathrm{Ext}_{A_p}^j(\kappa(p), A_p) \neq 0 pour tout entier j⩾dim⁡(Ap)j \geqslant \dim(A_p) ; d’après le lemme 3 du § 1, n° 7, cela implique ExtAi(κA,A)≠0\mathrm{Ext}_A^i(\kappa_A, A) \neq 0 pour tout entier i⩾dim⁡(Ap)+dim⁡(A/p)i \geqslant \dim(A_p) + \dim(A/p), et en particulier pour i⩾dim⁡(A)i \geqslant \dim(A) (VIII, § 1, n° 3, prop. 8, b)).

Il nous reste à traiter le cas où diA(A)\mathrm{di}_A(A) est infinie mais où la dimension injective de ApA_p est finie pour tout idéal premier pp de AA distinct de mAm_A. Pour un tel idéal, on a dans ce cas, d’après la prop. 10, diAp(Ap)=dim⁡(Ap)<dim⁡(A)\mathrm{di}_{A_p}(A_p) = \dim(A_p) < \dim(A), donc ExtApi(κ(p),Ap)=0\mathrm{Ext}_{A_p}^i(\kappa(p), A_p) = 0 pour i⩾dim⁡(A)i \geqslant \dim(A). Puisque diA(A)\mathrm{di}_A(A) est infinie, la prop. 6 du n° 3 impose alors ExtAi(κA,A)≠0\mathrm{Ext}_A^i(\kappa_A, A) \neq 0 pour tout entier i⩾dim⁡(A)i \geqslant \dim(A).

Théorème 2 (Bass)

Soit AA un anneau local noethérien ; posons d=dim⁡(A)d = \dim(A). Soient x=(x1,…,xd)x = (x_1, \ldots, x_d) une suite sécante maximale d’éléments de mAm_A, et xx l’idéal qu’elle engendre. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) AA est un anneau de Gorenstein ; (ii) on a di⁡A(A)=d\operatorname{di}_A(A) = d; (iii) il existe un entier i>di > d tel que Ext⁡Ai(κA,A)=0\operatorname{Ext}^i_A(\kappa_A, A) = 0; (iv) on a Ext⁡Ai(κA,A)=0\operatorname{Ext}^i_A(\kappa_A, A) = 0 pour i<di < d et le κA\kappa_A-espace vectoriel Ext⁡Ad(κA,A)\operatorname{Ext}^d_A(\kappa_A, A) est de dimension 1 ; (v) l’anneau AA est de Macaulay et le κA\kappa_A-espace vectoriel Hom⁡A(κA,A/x)\operatorname{Hom}_A(\kappa_A, A/x) est de dimension 1 ; (vi) la suite xx est AA-régulière et le κA\kappa_A-espace vectoriel Hom⁡A(κA,A/x)\operatorname{Hom}_A(\kappa_A, A/x) est de dimension 1.

L’équivalence de (i), (ii) et (iii) résulte du lemme 2 et de la prop. 10. Si Ext⁡Ai(κA,A)\operatorname{Ext}^i_A(\kappa_A, A) est nul pour tout entier i<di < d, l’anneau AA est de Macaulay (§ 2, n° 3, prop. 3) ; si l’anneau AA est de Macaulay, la suite xx est AA-régulière (loc. cit., th. 1) ; si la suite xx est AA-régulière, on a Ext⁡Ai(κA,A)=0\operatorname{Ext}^i_A(\kappa_A, A) = 0 pour i<di < d et les κA\kappa_A-espaces vectoriels Ext⁡Ad(κA,A)\operatorname{Ext}^d_A(\kappa_A, A) et Hom⁡A(κA,A/x)\operatorname{Hom}_A(\kappa_A, A/x) sont isomorphes (A, X, p. 166, prop. 9). Cela prouve l’équivalence des conditions (iv), (v) et (vi).

Prouvons que (i) implique (v) : si AA est un anneau de Gorenstein, c’est un anneau de Macaulay (prop. 10). La suite xx est alors AA-régulière (§ 2, n° 3, prop. 4), donc A/xA/x est un anneau artinien de Gorenstein (exemple 2), de sorte que le κA\kappa_A-espace vectoriel Hom⁡A(κA,A/x)\operatorname{Hom}_A(\kappa_A, A/x) est de dimension 1.

Prouvons enfin que (vi) implique (i) : sous l’hypothèse (vi), l’anneau A/xA/x est un anneau de Gorenstein (lemme 1), donc AA est un anneau de Gorenstein (exemple 3).

Corollaire

Soit AA un anneau local noethérien de dimension d. Le AA-module Ext⁡Ad(κA,A)\operatorname{Ext}^d_A(\kappa_A, A) n’est pas nul.

Cela résulte du th. 2 si AA est un anneau de Gorenstein et du lemme 2 sinon.

Proposition 11

Soit AA un anneau noethérien. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) AA est un anneau de Gorenstein ; (ii) pour tout idéal premier pp de AA, le κ(p)\kappa(p)-espace vectoriel Ext⁡Api(κ(p),Ap)\operatorname{Ext}^i_{A_p}(\kappa(p), A_p) est nul pour i≠ht⁡(p)i \neq \operatorname{ht}(p) et de dimension 1 pour i=ht⁡(p)i = \operatorname{ht}(p). (iii) pour tout idéal maximal mm de AA, il existe un entier i>ht⁡(m)i > \operatorname{ht}(m) tel que Ext⁡Ami(A/m,Am)=0\operatorname{Ext}^i_{A_m}(A/m, A_m) = 0.

(i) ⇒\Rightarrow (ii) : cela résulte du th. 2 appliqué à l’anneau local de Gorenstein ApA_p (exemple 1). (ii) ⇒\Rightarrow (iii) : c’est trivial. (iii) ⇒\Rightarrow (i) : sous l’hypothèse (iii), AmA_m est un anneau de Gorenstein pour tout idéal maximal mm de AA (th. 2), et AA est de Gorenstein.

8. Anneaux de Gorenstein et algèbres plates

Proposition 12

Soit ρ:A→B\rho : A \to B un homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens, faisant de BB un AA-module plat. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) BB est un anneau de Gorenstein ; (ii) AA et κA⊗AB\kappa_A \otimes_A B sont des anneaux de Gorenstein.

Traitons d’abord le cas où les anneaux AA et BB sont artiniens. Notons CC l’anneau local κA⊗AB\kappa_A \otimes_A B; son corps résiduel κC\kappa_C s’identifie à κB\kappa_B. Puisque BB est plat sur AA, le BB-module HomB(C,B)\mathrm{Hom}_B(C, B) est isomorphe à HomA(κA,A)⊗AB\mathrm{Hom}_A(\kappa_A, A) \otimes_A B (I, § 2, n° 10, prop. 11), donc à HomA(κA,A)⊗κAC\mathrm{Hom}_A(\kappa_A, A) \otimes_{\kappa_A} C. On en déduit une suite d’isomorphismes

HomB(κB,B)⟶HomC(κC,HomB(C,B))⟶HomC(κC,HomA(κA,A)⊗κAC) \mathrm{Hom}_B(\kappa_B, B) \longrightarrow \mathrm{Hom}_C(\kappa_C, \mathrm{Hom}_B(C, B)) \longrightarrow \mathrm{Hom}_C(\kappa_C, \mathrm{Hom}_A(\kappa_A, A) \otimes_{\kappa_A} C)
⟶HomA(κA,A)⊗κAHomC(κC,C). \longrightarrow \mathrm{Hom}_A(\kappa_A, A) \otimes_{\kappa_A} \mathrm{Hom}_C(\kappa_C, C) .

En particulier, on a [HomB(κB,B):κB]=[HomA(κA,A):κA] [HomC(κC,C):κC][\mathrm{Hom}_B(\kappa_B, B) : \kappa_B] = [\mathrm{Hom}_A(\kappa_A, A) : \kappa_A] \ [\mathrm{Hom}_C(\kappa_C, C) : \kappa_C] et la proposition résulte alors du lemme 1 du n° 7.

Passons au cas général. Si l’on remplace dans l’énoncé le mot « Gorenstein » par le mot « Macaulay », la proposition est un cas particulier de la prop. 10 du § 2, n° 7. On peut donc supposer que les anneaux AA, BB et C=κA⊗ABC = \kappa_A \otimes_A B sont de Macaulay. Le BB-module CC est macaulayen (§2§ 2, n° 1, exemple 4). Posons r=dim⁡(A)r = \dim(A), s=dim⁡(C)s = \dim(C). Il existe une suite AA-régulière (x1,…,xr)(x_1, \ldots, x_r) d’éléments de mAm_A et une suite (y1,…,ys)(y_1, \ldots, y_s) d’éléments de mBm_B régulière pour le BB-module CC (§2§ 2, n° 3, prop. 3) ; notons xx l’idéal de AA et y\mathfrak{y} l’idéal de BB qu’elles engendrent respectivement. La suite (y1,…,ys,ρ(x1),…,ρ(xr))(y_1, \ldots, y_s, \rho(x_1), \ldots, \rho(x_r)) est BB-régulière (§1§ 1, n° 6, prop. 11) et le AA-module B/yB/\mathfrak{y} est plat (loc. cit., prop. 10). L’homomorphisme de A/xA/x dans B/(xB+y)B/(xB + \mathfrak{y}) déduit de ρ\rho par passage aux quotients fait donc de B/(xB+y)B/(xB + \mathfrak{y}) un (A/x)(A/x)-module plat et l’anneau κA/x⊗A/xB/(xB+y)\kappa_{A/x} \otimes_{A/x} B/(xB + \mathfrak{y}) est isomorphe à C/yCC/\mathfrak{y}C. La proposition résulte ainsi de la première partie de la démonstration, compte tenu de l’exemple 3 du n° 7.

Corollaire 1

Soit ρ:A→B\rho : A \to B un homomorphisme d’anneaux noethériens faisant de BB un AA-module plat. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) BB est un anneau de Gorenstein ; (ii) (resp. (iii)) pour tout idéal premier (resp. maximal) qq de BB, les anneaux Aρ−1(q)A_{\rho^{-1}(q)} et κ(ρ−1(q))⊗AB\kappa(\rho^{-1}(q)) \otimes_A B sont de Gorenstein.

Si de plus BB est un AA-module fidèlement plat, ces conditions entraînent que AA est un anneau de Gorenstein.

Soit qq un idéal premier de BB; posons p=ρ−1(q)p = \rho^{-1}(q). L’anneau BqB_q, isomorphe à un anneau de fractions de BpB_p, est plat sur ApA_p. Pour que BqB_q soit un anneau de Gorenstein, il faut et il suffit que les anneaux ApA_p et κ(p)⊗ApBq\kappa(p) \otimes_{A_p} B_q le soient (prop. 12).

(i) ⇒\Rightarrow (ii) : soient qq un idéal premier de BB et p=ρ−1(q)p = \rho^{-1}(q). Si BB est un anneau de Gorenstein, il en est de même de BqB_q, donc de ApA_p et κ(p)⊗ApBq\kappa(p) \otimes_{A_p} B_q d’après ce qui précède. D’après la remarque du §2§ 2, n° 6, l’anneau local de κ(p)⊗AB\kappa(p) \otimes_A B en un idéal premier quelconque est alors un anneau de Gorenstein, ce qui entraîne que κ(p)⊗AB\kappa(p) \otimes_A B est un anneau de Gorenstein, d’où (ii).

(ii) ⇒\Rightarrow (iii) : c’est clair.

(iii) ⇒\Rightarrow (i) : pour tout idéal maximal nn de BB, il résulte du début de la démonstration (appliqué avec q=nq = n) que BnB_n est un anneau de Gorenstein, d’où (i).

Si BB est un AA-module fidèlement plat, l’application aρ:Spec(B)⟶Spec(A)^a\rho : \mathrm{Spec}(B) \longrightarrow \mathrm{Spec}(A) est surjective (II, § 2, n° 5, cor. 4 de la prop. 11), d’où la dernière assertion.

Corollaire 2

Soient AA un anneau noethérien, JJ un idéal de AA, A^\hat{A} le séparé complété de AA pour la topologie JJ-adique. Considérons les conditions suivantes :

(i) AA est un anneau de Gorenstein ; (ii) A^\hat{A} est un anneau de Gorenstein ; (iii) pour tout idéal maximal mm de AA contenant JJ, AmA_m est un anneau de Gorenstein ; (iv) pour tout idéal premier pp de AA tel que p+J≠Ap + J \neq A, ApA_p et κ(p)⊗AA^\kappa(p) \otimes_A \hat{A} sont des anneaux de Gorenstein.

Les conditions (ii) à (iv) sont équivalentes, et sont entraînées par (i). Lorsque l’idéal JJ est contenu dans le radical de AA, les conditions (i) à (iv) sont équivalentes.

On déduit ce corollaire du cor. 1 de la même façon que l’on a déduit de la prop. 9 du § 2, n° 7, son corollaire 4 : il suffit dans la démonstration de remplacer le mot « Macaulay » par le mot « Gorenstein ».

Corollaire 3

Soient AA un anneau de Gorenstein et (Ti)i∈I(T_i)_{i \in I} une famille finie d’indéterminées. Les anneaux A[(Ti)i∈I]A[(T_i)_{i \in I}] et A[[Ti]i∈I]A[[T_i]_{i \in I}] sont des anneaux de Gorenstein.

Pour tout corps kk, l’anneau k[T]k[T] est de Gorenstein (n° 7, exemple 5) ; par ailleurs l’anneau A[T]A[T] est noethérien. C’est donc un anneau de Gorenstein (cor. 1). On en déduit par récurrence sur Card(I)\mathrm{Card}(I) que A[(Ti)i∈I]A[(T_i)_{i \in I}] est un anneau de Gorenstein ; puis on applique le cor. 2.

Exercices

See the exercises for § 3.

Transcribed from the printed volume. Not translated.