Bourbaki

Exercice 3, § 10

Algèbre, III, p. 197

Bourbaki marks this one as harder than the rest.

Soient K un corps (commutatif ou non), E l’espace vectoriel à gauche Ks(N)K_s^{(N)}, et soit (en)n∈N(e_n)_{n \in \mathbf{N}} la base canonique de cet espace. Soient d’autre part σ\sigma un endomorphisme de K, et d une (σ,1K\sigma, 1_K)-dérivation (exerc. 1) de K dans lui-même, autrement dit une application additive de K dans lui-même telle que d(ξη)=(dξ)σ(η)+ξ(dη)d(\xi \eta) = (d\xi)\sigma(\eta) + \xi(d\eta). Les éléments de E sont des combinaisons linéaires de produits αnen\alpha_n e_n, et on définit une multiplication dans E (application Z\mathbf{Z}-bilinéaire de E × E dans E) par les conditions

(αen)(βem)=(αen−1)(σ(β)em+1+(dβ)em)pour n≥1 (\alpha e_n)(\beta e_m) = (\alpha e_{n-1})(\sigma(\beta)e_{m+1} + (d\beta)e_m) \quad \text{pour } n \geq 1
(αe0)(βem)=(αβ)em. (\alpha e_0)(\beta e_m) = (\alpha \beta)e_m.

On définit ainsi sur E une structure d’anneau (non commutatif en général) dont e0e_0 est l’élément unité (identifié à l’élément 1 de K). Si l’on pose X=e1X = e_1, on a en=Xne_n = X^n pour n≥1n \geq 1, de sorte que les éléments de E s’écrivent α0+α1X+⋯+αnXn\alpha_0 + \alpha_1 X + \cdots + \alpha_n X^n, avec la règle de multiplication

Xα=σ(α)X+dαpour α∈K. X \alpha = \sigma(\alpha)X + d\alpha \quad \text{pour } \alpha \in K.

On note cet anneau K[X;σ,d]K[X; \sigma, d] et on dit que c’est l’anneau de polynômes non commutatifs en X à coefficients dans K, relatif à σ\sigma et d. Pour un élément z=∑jαjXjz = \sum_j \alpha_j X^j de E non nul, le degré deg⁡(z)\deg(z) est le plus grand entier j tel que αj≠0\alpha_j \neq 0.

a) Montrer que si u,vu, v sont deux éléments ≠0\neq 0 de E, on a:

uv≠0etdeg⁡(uv)=deg⁡(u)+deg⁡(v); uv \neq 0 \quad \text{et} \quad \deg(uv) = \deg(u) + \deg(v);
deg⁡(u+v)≤sup⁡(deg⁡(u),deg⁡(v))si u+v≠0. \deg(u + v) \leq \sup(\deg(u), \deg(v)) \quad \text{si } u + v \neq 0.

En outre si deg⁡(u)≥deg⁡(v)\deg(u) \geq \deg(v), il existe deux éléments w,rw, r de E tels que u=uv+ru = uv + r et, ou bien r=0r = 0, ou bien deg⁡(r)<deg⁡(v)\deg(r) < \deg(v) (« division euclidienne » dans E).

b) Inversement, soit R un anneau, tel qu’il existe une application u↦deg⁡(u)u \mapsto \deg(u) de l’ensemble R’ des éléments ≠0\neq 0 de R dans N\mathbf{N}, vérifiant les conditions de a). Montrer que l’ensemble K formé de 0 et des éléments u∈Ru \in R non nuls tels que deg⁡(u)=0\deg(u) = 0 est un corps (non nécessairement commutatif). Si K≠RK \neq R et si xx est un élément de R pour lequel l’entier deg⁡(x)>0\deg(x) > 0 est le plus petit possible, montrer que tout élément de R s’écrit d’une seule manière sous la forme ∑jαjxj\sum_j \alpha_j x^j avec αj∈K\alpha_j \in K. (Pour voir que tout élément de R est de cette forme, raisonner par l’absurde en considérant un élément u∈Ru \in R non de cette forme et pour lequel deg⁡(u)\deg(u) est le plus petit possible.) Prouver qu’il existe un endomorphisme σ\sigma de K et une (σ,1K\sigma, 1_K)-dérivation d de K tels que l’on ait xα=σ(α)x+dαx \alpha = \sigma(\alpha)x + d\alpha pour tout α∈K\alpha \in K. En déduire que R est isomorphe à un corps ou à un anneau K[X;σ,d]K[X; \sigma, d].

Solution

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Transcrit du volume imprimé. Non traduit.