Bourbaki

§ 6. Fonctions symétriques

1. Polynômes symétriques

Soit nn un entier positif. Pour toute permutation σ∈Sn\sigma \in \mathfrak{S}_n, soit φσ\varphi_\sigma l’automorphisme de la AA-algèbre A[X1,...,Xn]A[X_1, ..., X_n] qui envoie XiX_i sur Xσ(i)X_{\sigma(i)} pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n. Il est clair que σ↦φσ\sigma \mapsto \varphi_\sigma est un homomorphisme de Sn\mathfrak{S}_n dans le groupe des automorphismes de A[X1,...,Xn]A[X_1, ..., X_n]. On pose σf=φσ(f)\sigma f = \varphi_\sigma(f) pour σ∈Sn\sigma \in \mathfrak{S}_n et f∈A[X1,...,Xn]f \in A[X_1, ..., X_n]. On dit que le polynôme ff est symétrique si l’on a σf=f\sigma f = f pour tout σ∈Sn\sigma \in \mathfrak{S}_n; les polynômes symétriques forment une sous-algèbre unifère graduée de A[X1,...,Xn]A[X_1, ..., X_n]; on la notera A[X1,...,Xn]symA[X_1, ..., X_n]^{\text{sym}} dans la suite de ce paragraphe.

Pour tout entier positif kk, notons Pk\mathfrak{P}_k l’ensemble des parties à kk éléments de l’ensemble {1,2,...,n}\{1, 2, ..., n\}, et posons

sk=∑H∈Pk∏i∈HXi. s_k = \sum_{H \in \mathfrak{P}_k} \prod_{i \in H} X_i .
Lorsqu’il convient de préciser l’entier nn, on écrit sk,ns_{k,n} pour sks_k. On a en particulier
s0=1s1=∑1≤i≤nXis2=∑1≤i<j≤nXiXj⋯sn=X1…Xn \begin{align*} s_0 &= 1 \\ s_1 &= \sum_{1 \leq i \leq n} X_i \\ s_2 &= \sum_{1 \leq i < j \leq n} X_i X_j \\ &\cdots \\ s_n &= X_1 \ldots X_n \end{align*}
et sk=0s_k = 0 pour k>nk > n. Il est clair que sks_k est un polynôme symétrique homogène de degré kk; on l’appelle le polynôme symétrique élémentaire de degré kk.

Dans l’anneau A[X1,...,Xn,U,V]A[X_1, ..., X_n, U, V], on a la relation

(2)∏i=1n(U+VXi)=∑k=0nUn−kVksk; (2) \quad \prod_{i=1}^n (U + V X_i) = \sum_{k=0}^n U^{n-k} V^k s_k ;

par des substitutions convenables, on en déduit les relations

(3)∏i=1n(1+TXi)=∑k=0nskTk, (3) \quad \prod_{i=1}^n (1 + T X_i) = \sum_{k=0}^n s_k T^k ,
(4)∏i=1n(X−Xi)=∑k=0n(−1)n−ksn−kXk. (4) \quad \prod_{i=1}^n (X - X_i) = \sum_{k=0}^n (-1)^{n-k} s_{n-k} X^k .

Théorème 1

Posons* E=A[X1,...,Xn]E = A[X_1, ..., X_n] et S=A[X1,...,Xn]symS = A[X_1, ..., X_n]^{\text{sym}}.

a) La AA-*algèbre* SS des polynômes symétriques est engendrée par s1,...,sns_1, ..., s_n.

b) Les éléments s1,...,sns_1, ..., s_n de EE sont algébriquement indépendants sur AA (IV, p. 4).

c) La famille des monômes Xν=X1ν(1)...Xnν(n)X^\nu = X_1^{\nu(1)} ... X_n^{\nu(n)} tels que 0≤ν(i)<i0 \leq \nu(i) < i pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n est une base du SS*-module* EE. En particulier, EE est un SS*-module libre de rang* n!n!.

Nous démontrerons le théorème par récurrence sur nn, le cas n=0n = 0 étant trivial. Posons B=A[Xn]B = A[X_n] et notons sk′s'_k le polynôme symétrique élémentaire de degré kk en X1,...,Xn−1X_1, ..., X_{n-1}; on a donc B[X1,...,Xn−1]=A[X1,...,Xn]B[X_1, ..., X_{n-1}] = A[X_1, ..., X_n]. Si l’on remplace nn par n−1n-1 et AA par BB dans l’énoncé du théorème 1, on peut formuler ainsi l’hypothèse de récurrence :

(A) La BB*-algèbre* S′S' des polynômes f∈A[X1,...,Xn]f \in A[X_1, ..., X_n] invariants par toutes les permutations de X1,...,Xn−1X_1, ..., X_{n-1} est engendrée par s1′,...,sn−1′s'_1, ..., s'_{n-1}.

(B) Les éléments s1′,...,sn−1′s'_1, ..., s'_{n-1} de EE sont algébriquement indépendants sur BB.

(C) La famille des monômes X1ν(1)...Xn−1ν(n−1)X_1^{\nu(1)} ... X_{n-1}^{\nu(n-1)} tels que 0≤ν(i)<i0 \leq \nu(i) < i pour 1≤i≤n−11 \leq i \leq n-1 est une base du S′S'*-module* EE.

On a la relation évidente

(5)sk=sk′+sk−1′Xn(1≤k≤n−1), (5) \quad s_k = s'_k + s'_{k-1} X_n \quad (1 \leq k \leq n-1),

d’où l’on déduit par récurrence sur kk

(6)sk′=(−1)kXnk+∑i=1k(−1)k−isi′Xnk−i(1≤k≤n−1). (6) \quad s'_k = (-1)^k X_n^k + \sum_{i=1}^k (-1)^{k-i} s'_i X_n^{k-i} \quad (1 \leq k \leq n-1).

On a S⊂S′S \subset S' donc s1,...,sns_1, ..., s_n appartiennent à S′S'; d’après (A) et la formule (6), la BB*-algèbre* S′S' est donc engendrée par s1,...,sn−1s_1, ..., s_{n-1}.

D’après (B), il existe un endomorphisme uu de la BB*-algèbre* S′S' tel que

(7)u(sk′)=(−1)kXnk+∑i=1k(−1)k−isi′Xnk−i(1≤k≤n−1). (7) \quad u(s'_k) = (-1)^k X_n^k + \sum_{i=1}^k (-1)^{k-i} s'_i X_n^{k-i} \quad (1 \leq k \leq n-1).

D’après (5), on a u(sk)=u(sk′)+u(sk−1′)Xnu(s_k) = u(s'_k) + u(s'_{k-1}) X_n, d’où u(sk)=sk′u(s_k) = s'_k par un calcul facile.

Soit P∈B[Y1,...,Yn−1]P \in B[Y_1, ..., Y_{n-1}]; de P(s1,...,sn−1)=0P(s_1, ..., s_{n-1}) = 0, on déduit alors

0=u(P(s1,...,sn−1))=P(s1′,...,sn−1′), 0 = u(P(s_1, ..., s_{n-1})) = P(s'_1, ..., s'_{n-1}) ,

d’où P=0P = 0 d’après (B). Par suite, la B-algèbre S′S' est engendrée par les éléments algébriquement indépendants s1,...,sn−1s_1, ..., s_{n-1}. On peut reformuler cette propriété comme suit :

(D) La A-algèbre S' est engendrée par les éléments algébriquement indépendants s1,...,sn−1,Xns_1, ..., s_{n-1}, X_n.

On peut donc identifier S′S' à l’anneau de polynômes C[Xn]C[X_n], où CC est la sous-A-algèbre de E engendrée par s1,...,sn−1s_1, ..., s_{n-1}.

Prouvons a). Soit f∈Sf \in S un polynôme symétrique homogène de degré mm. On a f∈S′=C[Xn]f \in S' = C[X_n] et il existe donc un élément g=P(s1,...,sn−1)g = P(s_1, ..., s_{n-1}) de CC, homogène de degré mm en X1,...,XnX_1, ..., X_n, tel que f−gf - g soit divisible par XnX_n. Comme f−gf - g est symétrique, chacun de ses termes est aussi divisible par X1,...,Xn−1X_1, ..., X_{n-1}, donc f−gf - g est divisible par sn=X1...Xns_n = X_1 ... X_n. Autrement dit, il existe h∈Sh \in S tel que f=g+hsnf = g + h s_n, d’où deg⁡h<m\deg h < m. Par récurrence sur mm, on en déduit que ff appartient à

C[sn]E=A[s1,...,sn−1,sn]E. C[s_n]_E = A[s_1, ..., s_{n-1}, s_n]_E .

On a ainsi prouvé que la A-algèbre S est engendrée par s1,...,sns_1, ..., s_n.

Prouvons b). Si l’on substitue XnX_n à XX dans (4), on trouve

(−1)n+1sn=Xnn+∑k=1n−1(−1)n−ksn−kXnk; (-1)^{n+1} s_n = X_n^n + \sum_{k=1}^{n-1} (-1)^{n-k} s_{n-k} X_n^k ;

autrement dit, (−1)n+1sn(-1)^{n+1} s_n est un polynôme unitaire en XnX_n, de degré nn, à coefficients dans CC. D’après IV, p. 10, on a donc la propriété suivante :

(E) L’homomorphisme φ\varphi de C-algèbres de C[T]C[T] dans C[Xn]=S′C[X_n] = S' qui transforme T en sns_n est injectif, et S′S' est un module libre sur l’image de φ\varphi, de base (1,Xn,...,Xnn−1)(1, X_n, ..., X_n^{n-1}).

Les éléments s1,...,sn−1s_1, ..., s_{n-1} de CC sont algébriquement indépendants sur AA d’après (D) ; l’injectivité de φ\varphi signifie donc que s1,...,sn−1,sns_1, ..., s_{n-1}, s_n sont algébriquement indépendants sur AA, d’où b).

Prouvons c). L’image de φ\varphi est égale à C[sn]E=SC[s_n]_E = S, donc d’après (E), S′S' est un module libre sur SS, de base (1,Xn,...,Xnn−1)(1, X_n, ..., X_n^{n-1}). L’assertion c) résulte alors de l’hypothèse de récurrence (C) et de la prop. 25 de II, p. 31.

C.Q.F.D.

Soit ff un polynôme symétrique en X1,...,XnX_1, ..., X_n, homogène de degré mm. D’après le th. 1 (IV, p. 58), il existe un polynôme Q∈A[Y1,...,Yn]Q \in A[Y_1, ..., Y_n] tel que f=Q(s1,...,sn)f = Q(s_1, ..., s_n). La démonstration précédente fournit un procédé de calcul explicite pour QQ, par double récurrence sur nn et mm. En effet, on a vu qu’il existe un polynôme P∈A[Y1,...,Yn−1]P \in A[Y_1, ..., Y_{n-1}] et un polynôme hh symétrique en X1,...,XnX_1, ..., X_n, homogène de degré m−nm - n, tels que

(8)

f=P(s1,...,sn−1)+snh. f = P(s_1, ..., s_{n-1}) + s_n h .

Pour tout polynôme u∈A[X1,...,Xn]u \in A[X_1, ..., X_n], posons

u′(X1,...,Xn−1)=u(X1,...,Xn−1,0). u'(X_1, ..., X_{n-1}) = u(X_1, ..., X_{n-1}, 0) .

Alors s1′,…,sn−1′s'_1, \ldots, s'_{n-1} sont les polynômes symétriques élémentaires en X1,…,Xn−1X_1, \ldots, X_{n-1}, et la formule (8) entraîne

f′=P(s1′,…,sn−1′). f' = P(s'_1, \ldots, s'_{n-1}) .

La détermination de PP est donc ramenée à un calcul sur les polynômes symétriques à n−1n - 1 indéterminées, et hh s’en déduit par (8).

Illustrons la méthode sur deux exemples. Exemples. — 1) Soient n=3n = 3 et

f=X12(X2+X3)+X22(X3+X1)+X32(X1+X2). f = X_1^2(X_2 + X_3) + X_2^2(X_3 + X_1) + X_3^2(X_1 + X_2) .

On a

f′=X12X2+X1X22=X1X2(X1+X2)=s1′s2′. f' = X_1^2X_2 + X_1X_2^2 = X_1X_2(X_1 + X_2) = s'_1s'_2 .

Formons alors g=f−s1s2g = f - s_1s_2; on a

g=f−(X1+X2+X3)(X1X2+X1X3+X2X3)=−3X1X2X3, g = f - (X_1 + X_2 + X_3)(X_1X_2 + X_1X_3 + X_2X_3) = -3X_1X_2X_3 ,

d’où finalement

f=s1s2−3s3. f = s_1s_2 - 3s_3 .

2) Soit encore n=3n = 3; posons p=X13+X23+X33p = X_1^3 + X_2^3 + X_3^3. On a p(X1,0,0)=X13=s1(X1,0,0)3p(X_1, 0, 0) = X_1^3 = s_1(X_1, 0, 0)^3. Posant q=p−s13q = p - s_1^3, on obtient aussitôt

q=−3f−6X1X2X3=−3s1s2+3s3 q = -3f - 6X_1X_2X_3 = -3s_1s_2 + 3s_3

et finalement

p=s13−3s1s2+3s3. p = s_1^3 - 3s_1s_2 + 3s_3 .

Soient S1,…,SnS_1, \ldots, S_n des indéterminées. Nous munirons l’algèbre de polynômes A[S1,…,Sn]A[S_1, \ldots, S_n] de la graduation de type N\mathbf{N} pour laquelle SkS_k est de poids kk pour 1≤k≤n1 \leq k \leq n (IV, p. 3); nous munirons A[X1,…,Xn]A[X_1, \ldots, X_n] de la graduation ordinaire. Pour 1≤k≤n1 \leq k \leq n, le polynôme symétrique élémentaire sk,ns_{k,n} en X1,…,XnX_1, \ldots, X_n est homogène de degré kk. D’après le th. 1 (IV, p. 58), l’application g↦g(s1,n,…,sn,n)g \mapsto g(s_{1,n}, \ldots, s_{n,n}) est donc un isomorphisme d’algèbres graduées

φn:A[S1,…,Sn]→A[X1,…,Xn]sym. \varphi_n : A[S_1, \ldots, S_n] \to A[X_1, \ldots, X_n]^{\text{sym}} .

Soit mm un entier tel que 0≤m≤n0 \leq m \leq n. Pour tout entier kk tel que 1≤k≤m1 \leq k \leq m, on a

sk,m(X1,…,Xm)=sk,n(X1,…,Xm,0,…,0) s_{k,m}(X_1, \ldots, X_m) = s_{k,n}(X_1, \ldots, X_m, 0, \ldots, 0)

d’après la définition (1) (IV, p. 57), de sks_k. Par suite, le diagramme suivant

A[S1,…,Sm]→jA[S1,…,Sn]↓φm↓φnA[X1,…,Xm]sym←pA[X1,…,Xn]sym \begin{array}{ccc} A[S_1, \ldots, S_m] & \xrightarrow{j} & A[S_1, \ldots, S_n] \\ \downarrow \varphi_m & & \downarrow \varphi_n \\ A[X_1, \ldots, X_m]^{\text{sym}} & \xleftarrow{p} & A[X_1, \ldots, X_n]^{\text{sym}} \end{array}

(ou jj désigne l’inclusion canonique, et pp l’homomorphisme

g↦g(X1,…,Xm,0,…,0)) g \mapsto g(X_1, \ldots, X_m, 0, \ldots, 0))

est commutatif.

Proposition 1

Pour tout couple d’entiers positifs k, n, soit S_k^{(n)} le A-module formé des polynômes symétriques en X_1, ..., X_n, homogènes de degré k. Si l’entier m satisfait à 0 ≤ k ≤ m ≤ n, l’application f ↦ f(X_1, ..., X_m, 0, ..., 0) est un isomorphisme de S_k^{(n)} sur S_k^{(m)}.

D’après la commutativité du diagramme (10), il suffit de prouver que tout polynôme isobare de poids k en S_1, ..., S_n ne dépend que de S_1, ..., S_m sous les hypothèses 0 ≤ k ≤ m ≤ n. Or le poids d’un monôme S_1^{\alpha(1)} ... S_n^{\alpha(n)} est égal à l’entier α(1)+2α(2)+⋯+nα(n)\alpha(1) + 2\alpha(2) + \cdots + n\alpha(n); comme les entiers α(1),...,α(n)\alpha(1), ..., \alpha(n) sont positifs, la relation

α(1)+2α(2)+⋯+nα(n)=k≤n \alpha(1) + 2\alpha(2) + \cdots + n\alpha(n) = k \leq n
entraîne α(j)=0\alpha(j) = 0 pour k<j≤nk < j \leq n, d’où notre assertion.

Exemple 3

D’après l’exemple 2 de IV, p. 60, et la prop. 1 ci-dessus, on a donc

∑i=1nXi3=s1,n3−3s1,ns2,n+3s3,n \sum_{i=1}^n X_i^3 = s_{1,n}^3 - 3s_{1,n}s_{2,n} + 3s_{3,n}
pour tout entier n≥3n \geq 3. La commutativité du diagramme (10) donne par ailleurs les formules
X13+X23=s1,23−3s1,2s2,2, X_1^3 + X_2^3 = s_{1,2}^3 - 3s_{1,2}s_{2,2},
X13=s1,13. X_1^3 = s_{1,1}^3.

Remarque

Soient n et k deux entiers positifs. On note Δk,n\Delta_{k,n} l’ensemble des éléments de longueur k dans Nn\mathbf{N}^n; de plus, on munit Δk,n\Delta_{k,n} de la relation d’ordre, notée α≤β\alpha \leq \beta, induite par l’ordre lexicographique sur Nn\mathbf{N}^n (E, III, p. 23), et l’on définit une action du groupe Sn\mathfrak{S}_n sur Nn\mathbf{N}^n par (σα)(i)=α(σ−1(i))(\sigma \alpha)(i) = \alpha(\sigma^{-1}(i)) pour σ∈Sn,α∈Nn\sigma \in \mathfrak{S}_n, \alpha \in \mathbf{N}^n et 1≤i≤n1 \leq i \leq n. Par ailleurs, notons DkD_k l’ensemble des éléments α=(α(1),...,α(k))\alpha = (\alpha(1), ..., \alpha(k)) de Nk\mathbf{N}^k tels que

α(1)≥α(2)≥⋯≥α(k),α(1)+⋯+α(k)=k. \alpha(1) \geq \alpha(2) \geq \cdots \geq \alpha(k), \quad \alpha(1) + \cdots + \alpha(k) = k.

Supposons qu’on ait k≤nk \leq n et identifions Nk\mathbf{N}^k à une partie de Nn\mathbf{N}^n par l’application (α(1),...,α(k))↦(α(1),...,α(k),0,...,0)(\alpha(1), ..., \alpha(k)) \mapsto (\alpha(1), ..., \alpha(k), 0, ..., 0). Alors, DkD_k se compose des éléments α\alpha de Δk,n\Delta_{k,n} tels que σα≤α\sigma \alpha \leq \alpha pour tout σ∈Sn\sigma \in \mathfrak{S}_n. Par suite, toute orbite du groupe Sn\mathfrak{S}_n dans Δk,n\Delta_{k,n} contient un unique élément de DkD_k. Pour tout α∈Dk\alpha \in D_k, soit O(α)O(\alpha) l’orbite de α\alpha dans Δk,n\Delta_{k,n} pour l’opération de Sn\mathfrak{S}_n; posons

M(α)=∑β∈O(α)Xβ. \text{M}(\alpha) = \sum_{\beta \in O(\alpha)} X^\beta.
Il résulte du lemme 1 de IV, p. 44, que la famille (M(α))α∈Dk(\text{M}(\alpha))_{\alpha \in D_k} est une base du A-module Sk(n)S_k^{(n)}.

Pour tout α∈Dk\alpha \in D_k, posons

S(α)=∏i=1ksiα(i)−α(i+1)(en convenant que α(k+1)=0); S(\alpha) = \prod_{i=1}^k s_i^{\alpha(i) - \alpha(i+1)} \quad \text{(en convenant que } \alpha(k+1) = 0 \text{)} ;

comme on a ∑i=1ki⋅(α(i)−α(i+1))=∑i=1kα(i)=k\sum_{i=1}^{k} i \cdot (\alpha(i) - \alpha(i+1)) = \sum_{i=1}^{k} \alpha(i) = k, le polynôme symétrique S(α)S(\alpha) est homogène de degré kk. Il résulte immédiatement du théorème 1 (IV, p. 58) que la famille (S(α))α∈Dk(S(\alpha))_{\alpha \in D_k} est une base du A-module Sk(n)S_k^{(n)}.

Soient α,β\alpha, \beta dans DkD_k. Soit cαβc_{\alpha \beta} le coefficient du monôme XβX^\beta dans le polynôme S(α)S(\alpha) défini par (12) dans le cas A=ZA = \mathbf{Z} et k=nk = n. C’est donc un entier positif, indépendant de l’anneau AA et de l’entier nn. D’après la formule (9) (IV, p. 60), on a alors

S(α)=∑β∈Dkcαβ⋅M(β)(α∈Dk). S(\alpha) = \sum_{\beta \in D_k} c_{\alpha \beta} \cdot M(\beta) \quad (\alpha \in D_k).

On peut montrer (cf. IV, p. 94, exerc. 13) que la matrice C=(cαβ)α,β∈DkC = (c_{\alpha \beta})_{\alpha, \beta \in D_k} est telle que cαα=1c_{\alpha \alpha} = 1 et cαβ=0c_{\alpha \beta} = 0 pour α<β\alpha < \beta; généralisant la terminologie introduite dans II, p. 151, on peut dire que C appartient au groupe trigonal strict inférieur. Il en est donc de même de la matrice D inverse de C. On trouvera dans la Table (IV, p. 96-97) la valeur des matrices C et D lorsque 2≤k≤52 \leq k \leq 5.

Supposons maintenant qu’on ait n<kn < k et identifions Nn\mathbf{N}^n à une partie de Nk\mathbf{N}^k par l’application (α(1),…,α(n))↦(α(1),…,α(n),0,…,0)(\alpha(1), \ldots, \alpha(n)) \mapsto (\alpha(1), \ldots, \alpha(n), 0, \ldots, 0). Pour tout α\alpha dans Dk∩NnD_k \cap \mathbf{N}^n, on note encore 0(α)0(\alpha) l’orbite de α\alpha dans Δk,n\Delta_{k,n} pour l’opération de Sn\mathfrak{S}_n, et l’on définit M(α)M(\alpha) par (11). On définit encore S(α)S(\alpha) par la formule (12). Alors les familles (M(α))α∈Dk∩Nn(M(\alpha))_{\alpha \in D_k \cap \mathbf{N}^n} et (S(α))α∈Dk∩Nn(S(\alpha))_{\alpha \in D_k \cap \mathbf{N}^n} sont des bases du A-module Sk(n)S_k^{(n)}. D’après la formule (9) de IV, p. 60, on a une formule analogue à (13), où l’on remplace DkD_k par Dk∩NnD_k \cap \mathbf{N}^n, avec les mêmes entiers cαβc_{\alpha \beta}.

Exemple 4

D’après l’exemple 3 de IV, p. 61, on a

M(3,0,0)=S(3,0,0)−3S(2,1,0)+3S(1,1,1) M(3, 0, 0) = S(3, 0, 0) - 3S(2, 1, 0) + 3S(1, 1, 1)

pour tout entier n≥3n \geq 3, et donc

M(3,0)=S(3,0)−3S(2,1) M(3, 0) = S(3, 0) - 3S(2, 1)

pour n=2n = 2.

2. Fractions rationnelles symétriques

Soient KK un corps commutatif, X1,X2,…,XnX_1, X_2, \ldots, X_n des indéterminées. Pour tout σ∈Sn\sigma \in \mathfrak{S}_n, nous avons défini au no 1 (IV, p. 57) un automorphisme φσ\varphi_\sigma de K[X1,X2,…,Xn]K[X_1, X_2, \ldots, X_n]. Cet automorphisme se prolonge de manière unique en un automorphisme ψσ\psi_\sigma du corps K(X1,…,Xn)K(X_1, \ldots, X_n), et σ↦ψσ\sigma \mapsto \psi_\sigma est un homomorphisme injectif de Sn\mathfrak{S}_n dans le groupe des automorphismes de K(X1,…,Xn)K(X_1, \ldots, X_n). Pour tout f∈K(X1,…,Xn)f \in K(X_1, \ldots, X_n), on a (ψσf)(X1,…,Xn)=f(Xσ(1),…,Xσ(n))(\psi_\sigma f)(X_1, \ldots, X_n) = f(X_{\sigma(1)}, \ldots, X_{\sigma(n)}). Les fractions rationnelles ff telles que ψσ(f)=f\psi_\sigma(f) = f pour tout σ∈Sn\sigma \in \mathfrak{S}_n sont appelées fractions rationnelles symétriques. L’ensemble des fractions rationnelles symétriques en X1,…,XnX_1, \ldots, X_n est un sous-corps de K(X1,…,Xn)K(X_1, \ldots, X_n).

Proposition 2

Le corps des fractions rationnelles symétriques en X1,…,XnX_1, \ldots, X_n est le corps des fractions de l’anneau des polynômes symétriques en X1,…,XnX_1, \ldots, X_n.

Soit f∈K(X1,…,Xn)f \in K(X_1, \ldots, X_n) une fraction rationnelle symétrique.

Soient u1,v1u_1, v_1 deux éléments de K[X1,...,Xn]K[X_1, ..., X_n] tels que f=u1v1f = \frac{u_1}{v_1}. Posons v=∏σ∈Snψσ(v1)∈K[X1,...,Xn]v = \prod_{\sigma \in S_n} \psi_\sigma(v_1) \in K[X_1, ..., X_n], et u=vf∈K[X1,...,Xn]u = vf \in K[X_1, ..., X_n]. Alors vv est symétrique, donc uu est symétrique puisque ff l’est, et l’on a f=uvf = \frac{u}{v}, d’où la proposition.

Corollaire

Soient s1,s2,...,sns_1, s_2, ..., s_n les polynômes symétriques élémentaires en X1,...,XnX_1, ..., X_n. Pour toute fraction rationnelle g∈K(S1,S2,...,Sn)g \in K(S_1, S_2, ..., S_n), la suite (s1,s2,...,sn)(s_1, s_2, ..., s_n) est substituable dans gg, et l’application g↦g(s1,s2,...,sn)g \mapsto g(s_1, s_2, ..., s_n) est un isomorphisme de K(S1,S2,...,Sn)K(S_1, S_2, ..., S_n) sur le corps des fractions rationnelles symétriques en X1,...,XnX_1, ..., X_n.* Cela résulte de la prop. 2 et du th. 1 de IV, p. 58.

3. Séries formelles symétriques

Soient I un ensemble, X=(Xi)i∈IX = (X_i)_{i \in I} une famille d’indéterminées et A[[X]]A[[X]] l’algèbre de séries formelles en les XiX_i. Pour toute permutation σ∈SI\sigma \in S_I, il existe un unique automorphisme continu φσ\varphi_\sigma de l’algèbre A[[X]]A[[X]] qui applique XiX_i sur Xσ(i)X_{\sigma(i)} pour tout i∈Ii \in I (IV, p. 26, prop. 4) ; il est clair que σ↦φσ\sigma \mapsto \varphi_\sigma est un homomorphisme de SIS_I dans le groupe des automorphismes continus de l’algèbre A[[X]]A[[X]]. Soit f∈A[[X]]f \in A[[X]] une série formelle ; on pose σf=φσ(f)\sigma f = \varphi_\sigma(f), et l’on dit que la série formelle ff est symétrique si l’on a σf=f\sigma f = f pour tout σ∈SI\sigma \in S_I. Les séries formelles symétriques forment une sous-algèbre fermée de A[[X]]A[[X]], qu’on note A[[X]]symA[[X]]^{\text{sym}} et qu’on munit de la topologie induite par celle de A[[X]]A[[X]].

Soit T une indéterminée. Dans l’anneau de séries formelles A[[X,T]]A[[X, T]], la famille (XiT)i∈I(X_i T)_{i \in I} est sommable, donc la famille (1+XiT)i∈I(1 + X_i T)_{i \in I} est multipliable (IV, p. 25, prop. 2) ; de plus, on a

∏i∈I(1+XiT)=1+∑k≥1skTk, \prod_{i \in I} (1 + X_i T) = 1 + \sum_{k \geq 1} s_k T^k,

où la série formelle sk∈A[[X]]s_k \in A[[X]] est définie par

sk=∑H∈Pk(∏i∈HXi)(k≥1) s_k = \sum_{H \in \mathfrak{P}_k} (\prod_{i \in H} X_i) \quad (k \geq 1)

(on note Pk\mathfrak{P}_k l’ensemble des parties finies à kk éléments de I). On a en particulier s1=∑i∈IXis_1 = \sum_{i \in I} X_i. Lorsque I est fini à nn éléments, on a sk=0s_k = 0 pour k>nk > n ; plus précisément, si I={1,...,n}I = \{1, ..., n\}, la série formelle sks_k n’est autre que le polynôme symétrique élémentaire de degré kk en X1,...,XnX_1, ..., X_n.

Soit S=(Sk)k≥1S = (S_k)_{k \geq 1} une suite d’indéterminées. Comme la série formelle sks_k est d’ordre ≥k\geq k, et appartient à A[[X]]symA[[X]]^{\text{sym}}, les conditions a) et b) de la prop. 4 de IV, p. 26, sont satisfaites avec E=A[[X]]symE = A[[X]]^{\text{sym}}; il existe donc un unique homomorphisme continu de AA-algèbres

φI:A[[S]]→A[[X]]sym \varphi_I : A[[S]] \to A[[X]]^{\text{sym}}

tel que φI(Sk)=sk\varphi_I(S_k) = s_k pour tout entier k≥1k \geq 1.

Théorème 2. — a) Si I est un ensemble fini à n éléments, φ1\varphi_1 induit un isomorphisme bicontinu de A[[S1,...,Sn]]A[[S_1, ..., S_n]] sur A[[X]]symA[[X]]^{sym}.

b) Si I est infini, φ1\varphi_1 est un isomorphisme bicontinu de A[[S]]A[[S]] sur A[[X]]symA[[X]]^{sym}.

Dans le cas a), on pose B=A[[S1,...,Sn]]B = A[[S_1, ..., S_n]] et on munit cette algèbre de la topologie induite par celle de A[[S]]A[[S]]; on note aussi ψ1\psi_1 la restriction de φ1\varphi_1 à B. Dans le cas b), on pose B=A[[S]]B = A[[S]] et ψ1=φ1\psi_1 = \varphi_1. On munit l’algèbre de polynômes A[S]A[S] de la graduation de type N\mathbf{N} pour laquelle SkS_k est de poids kk pour tout entier k⩾1k \geqslant 1.

*Lemme 1. — Soient J une partie finie de I, r un entier tel que Card J ⩾r\geqslant r, et f une série formelle symétrique homogène de degré r en les XiX_i (i∈Ii \in I). Soit f‾\overline{f} la série formelle obtenue en substituant 0 à XiX_i pour tout i dans I — J. Si f‾=0\overline{f} = 0, on a f=0f = 0.

Posons f=∑∣α∣=raαXαf = \sum_{|\alpha|=r} a_\alpha X^\alpha (où ∣α∣|\alpha| est la longueur ∑i∈Iαi\sum_{i \in I} \alpha_i du multiindice α=(αi)i∈I\alpha = (\alpha_i)_{i \in I}). Soit α\alpha un multiindice de longueur rr, et soit J’ le support de α\alpha (ensemble des i∈Ii \in I tels que αi≠0\alpha_i \neq 0). On a Card J’ ⩽r\leqslant r, donc il existe une permutation σ∈SI\sigma \in \mathfrak{S}_I telle que σ(J′)⊂J\sigma(J') \subset J. Posons βi=ασ−1(i)\beta_i = \alpha_{\sigma^{-1}(i)} pour i∈Ii \in I. Le monôme Xβ=∏i∈IXσ(i)αiX^\beta = \prod_{i \in I} X_{\sigma(i)}^{\alpha_i} ne dépend que des indéterminées XjX_j (j∈Jj \in J), d’où aβ=0a_\beta = 0 d’après l’hypothèse f‾=0\overline{f} = 0. Comme ff est symétrique, on a aα=aβa_\alpha = a_\beta. Vu l’arbitraire de α\alpha, on a donc f=0f = 0.

*Lemme 2. — Soit f une série formelle symétrique homogène de degré r en les XiX_i (i∈Ii \in I). Il existe un unique polynôme P∈B∩A[S]P \in B \cap A[S], isobare de poids r, tel que f=ψ1(P)f = \psi_1(P).

Le cas où I est fini résulte du th. 1 (IV, p. 58).

Supposons I infini et choisissons une partie finie J de I à r éléments. Reprenons les notations du lemme 1. Remarquons que tout polynôme isobare de poids r en les SnS_n (n⩾1n \geqslant 1) ne dépend que de S1,...,SrS_1, ..., S_r, et que s‾1,...,s‾r\overline{s}_1, ..., \overline{s}_r sont les polynômes symétriques élémentaires en les r indéterminées XjX_j (j∈Jj \in J). Si P est un polynôme isobare de poids r en les SnS_n, et h=f−ψ1(P)h = f - \psi_1(P), on a h‾=f‾−P(s‾1,...,s‾r)\overline{h} = \overline{f} - P(\overline{s}_1, ..., \overline{s}_r), et le lemme 1 montre que la relation f=ψ1(P)f = \psi_1(P) équivaut à f‾=P(s‾1,...,s‾r)\overline{f} = P(\overline{s}_1, ..., \overline{s}_r). D’après le th. 1 (IV, p. 58), il existe un unique polynôme P∈A[S]P \in A[S] isobare de poids r tel que f‾=P(s‾1,...,s‾r)\overline{f} = P(\overline{s}_1, ..., \overline{s}_r), d’où le lemme.

*Lemme 3. — Pour tout entier m⩾0m \geqslant 0, soit cmc_m l’idéal de l’algèbre A[[X]]symA[[X]]^{sym} formé des séries formelles symétriques d’ordre ⩾m\geqslant m. La suite (cm)m⩾0(c_m)_{m \geqslant 0} est un système fondamental de voisinages de 0 dans A[[X]]symA[[X]]^{sym}.

Le lemme est immédiat si I est fini. Supposons désormais I infini. Pour toute partie finie J de I, à m éléments, on note J~\tilde{J} l’ensemble des éléments de N(I)\mathbf{N}^{(I)} de longueur <m< m et de support contenu dans J. On note aussi αj′\alpha'_j l’ensemble des séries formelles ne contenant aucun terme de la forme aXαaX^\alpha avec α∈J~\alpha \in \tilde{J}. Comme J~\tilde{J} est une partie finie de N(I)\mathbf{N}^{(I)}, et que toute partie finie de N(I)\mathbf{N}^{(I)} est contenue dans un ensemble de la forme J~\tilde{J}, la famille (αj′)(\alpha'_j) est une base de voisinages de 0 dans A[[X]]A[[X]] (IV, p. 24). Or le lemme 1 entraîne la relation αj′∩A[[X]]sym=cm\alpha'_j \cap A[[X]]^{sym} = c_m pour toute partie J à m éléments. Ceci prouve le lemme 3.

Comme il n’y a qu’un nombre fini de monômes d’un poids donné en les SkS_k, toute série formelle f∈Bf \in B s’écrit de manière unique sous la forme f=∑r≥0Prf = \sum_{r \geq 0} P_r, où PrP_r est un polynôme isobare de poids rr dans B∩A[S]B \cap A[S]. Pour tout entier m≥0m \geq 0, soit bmb_m l’idéal de BB formé des séries formelles du type précédent telles que Pr=0P_r = 0 pour 0≤r<m0 \leq r < m. La suite (bm)m≥0(b_m)_{m \geq 0} est une base de voisinages de 0 dans BB.

Avec les notations précédentes, ψ1(Pr)\psi_1(P_r) est une série formelle symétrique en les XiX_i, homogène de degré rr, et c’est donc la composante homogène de degré rr de ψ1(f)\psi_1(f). Le lemme 2 montre que ψ1\psi_1 est un isomorphisme d’algèbres de BB sur A[[X]]symA[[X]]^{\text{sym}}, transformant bmb_m en cmc_m pour tout entier m≥0m \geq 0; le lemme 3 montre alors que ψ1\psi_1 est bicontinu.

C.Q.F.D.

4. Sommes de puissances

On note encore X=(Xi)i∈IX = (X_i)_{i \in I} une famille d’indéterminées. Les séries formelles symétriques sks_k sont définies comme plus haut, par

sk=∑H∈Pk∏i∈HXi(k≥1), s_k = \sum_{H \in \mathfrak{P}_k} \prod_{i \in H} X_i \quad (k \geq 1),

où Pk\mathfrak{P}_k est l’ensemble des parties finies à kk éléments de II. On pose aussi

pk=∑i∈IXik(k≥1). p_k = \sum_{i \in I} X_i^k \quad (k \geq 1).

C’est une série formelle symétrique homogène de degré kk.

Lemme 4 (« Relations de Newton »)

Pour tout entier d≥1d \geq 1, on a

pd=∑k=1d−1(−1)k−1skpd−k+(−1)d+1dsd. p_d = \sum_{k=1}^{d-1} (-1)^{k-1} s_k p_{d-k} + (-1)^{d+1} ds_d.

Définissons une dérivation continue Δ\Delta dans A[[X]]A[[X]] par Δ(u)=∑n≥0nun\Delta(u) = \sum_{n \geq 0} n u_n, où, pour tout uu dans A[[X]]A[[X]], unu_n est la composante homogène de degré nn de uu. D’après (16) et la prop. 2 de IV, p. 25, on a

1+∑k≥1sk=∏i∈I(1+Xi). 1 + \sum_{k \geq 1} s_k = \prod_{i \in I} (1 + X_i).

D’après la prop. 9 de IV, p. 32, on a donc

(∑k≥1ksk)⋅(1+∑k≥1sk)−1=∑i∈IΔ(Xi)/(1+Xi). (\sum_{k \geq 1} k s_k) \cdot (1 + \sum_{k \geq 1} s_k)^{-1} = \sum_{i \in I} \Delta(X_i)/(1 + X_i).

On a Δ(Xi)=Xi\Delta(X_i) = X_i et Xi/(1+Xi)=∑k≥1(−1)k−1XikX_i/(1 + X_i) = \sum_{k \geq 1} (-1)^{k-1} X_i^k. Le second membre de (20) est donc égal à ∑k≥1(−1)k−1pk\sum_{k \geq 1} (-1)^{k-1} p_k. D’après (20), on a alors

∑k≥1ksk=(1+∑k≥1sk)⋅(∑k≥1(−1)k−1pk) \sum_{k \geq 1} k s_k = (1 + \sum_{k \geq 1} s_k) \cdot (\sum_{k \geq 1} (-1)^{k-1} p_k)

et le lemme 4 en résulte par comparaison des composantes homogènes de degré dd.

Remarque

Avec les notations de la démonstration précédente, on a

Δu=∑i∈IXi⋅Di(u) \Delta u = \sum_{i \in I} X_i \cdot D_i(u)

(IV, p. 31, cor. 1). Autrement dit, la relation d’Euler (IV, p. 8, prop. 6) s’étend aux séries formelles : si u∈A[[X]]u \in \mathbf{A}[[\mathbf{X}]] est homogène de degré nn, on a

(21)

n⋅u=∑i∈IXi⋅Di(u). n \cdot u = \sum_{i \in I} X_i \cdot D_i(u) .

Lorsque II est fini, à nn éléments, on a sk=0s_k = 0 pour k>nk > n. Les relations de Newton s’écrivent alors sous la forme

p1=s1p2=s1p1−2s2p3=s1p2−s2p1+3s3⋯pn−1=s1pn−2−s2pn−3+⋯+(−1)n−1sn−2p1+(−1)n(n−1)sn−1pn=s1pn−1−s2pn−2+⋯+(−1)nsn−1p1+(−1)n+1nsn \begin{align*} p_1 &= s_1 \\ p_2 &= s_1 p_1 - 2s_2 \\ p_3 &= s_1 p_2 - s_2 p_1 + 3s_3 \\ &\cdots \\ p_{n-1} &= s_1 p_{n-2} - s_2 p_{n-3} + \cdots + (-1)^{n-1} s_{n-2} p_1 + (-1)^n (n-1) s_{n-1} \\ p_n &= s_1 p_{n-1} - s_2 p_{n-2} + \cdots + (-1)^n s_{n-1} p_1 + (-1)^{n+1} n s_n \end{align*}

et

(22) pk=s1pk−1−s2pk−2+⋯+(−1)n+1snpk−np_k = s_1 p_{k-1} - s_2 p_{k-2} + \cdots + (-1)^{n+1} s_n p_{k-n} (pour k>nk > n).

Les nn premières relations précédentes sont valables quel que soit II; on en déduit par exemple

p1=s1,p2=s12−2s2,p3=s13−3s1s2+3s3. p_1 = s_1 , \quad p_2 = s_1^2 - 2s_2 , \quad p_3 = s_1^3 - 3s_1 s_2 + 3s_3 .

Plus généralement, soit S=(Sn)n≥1S = (S_n)_{n \geq 1} une famille d’indéterminées. Définissons par récurrence les polynômes Pd∈Z[S1,…,Sd]P_d \in \mathbf{Z}[S_1, \ldots, S_d] par P1=S1P_1 = S_1 et

Pd=∑k=1d−1(−1)k−1SkPd−k+(−1)d+1dSd(d≥2). P_d = \sum_{k=1}^{d-1} (-1)^{k-1} S_k P_{d-k} + (-1)^{d+1} d S_d \quad (d \geq 2) .

On a alors les « formules universelles » pd=Pd(s1,…,sd)p_d = P_d(s_1, \ldots, s_d) valables quels que soient l’anneau A\mathbf{A} et la famille d’indéterminées X\mathbf{X}.

Soit P=(Pk)k≥1\mathbf{P} = (P_k)_{k \geq 1} une suite d’indéterminées. Comme pkp_k est homogène de degré kk dans A[[X]]\mathbf{A}[[\mathbf{X}]], il existe un homomorphisme continu de A\mathbf{A}-algèbres (et un seul)

λI:A[[P]]→A[[X]]sym \lambda_I : \mathbf{A}[[\mathbf{P}]] \to \mathbf{A}[[\mathbf{X}]]^{\text{sym}}

tel que λ1(Pk)=pk\lambda_1(P_k) = p_k pour tout entier k≥1k \geq 1 (IV, p. 27). Si l’on munit PkP_k du poids kk, λ1\lambda_1 transforme un polynôme isobare de poids nn en les PkP_k en une série formelle homogène de degré nn en les XiX_i.

Proposition 3. — a) *Si I est un ensemble fini à n éléments et si n!.1n!.1 est inversible dans AA, λ1\lambda_1 induit un isomorphisme bicontinu de A[[P1,...,Pn]]A[[P_1, ..., P_n]] sur A[[X]]symA[[X]]^{sym}.

b) *Si I est infini et si A est une Q-algèbre, λ1\lambda_1 est un isomorphisme bicontinu de A[[P]]A[[P]] sur A[[X]]symA[[X]]^{sym}.

Nous traiterons seulement le cas a), le cas b) étant tout à fait analogue.

D’après le th. 2 (IV, p. 64), on peut identifier A[[X]]symA[[X]]^{sym} à l’algèbre de séries formelles A[[S1,...,Sn]]A[[S_1, ..., S_n]], SkS_k correspondant à sks_k. D’après le lemme 4 de IV, p. 65, il existe des séries formelles g1,...,gng_1, ..., g_n d’ordre ≥2\geq 2 en les indéterminées s1,...,sns_1, ..., s_n telles que

pk=(−1)k+1ksk+gk(s1,...,sn)(1≤k≤n). p_k = (-1)^{k+1} k s_k + g_k(s_1, ..., s_n) \quad (1 \leq k \leq n) .
Comme k!.1k!.1 est inversible dans AA, le lemme 2 de IV, p. 33, prouve l’existence d’un automorphisme TT de la AA-algèbre topologique A[[X]]symA[[X]]^{sym} qui transforme sks_k en pkp_k pour 1≤k≤n1 \leq k \leq n. La prop. 3, a) résulte aussitôt de là.

**Corollaire. — Soient ξ1,...,ξn,η1,...,ηn\xi_1, ..., \xi_n, \eta_1, ..., \eta_n des éléments de AA. On suppose que AA est intègre.

a) *Si l’on a sk(ξ1,...,ξn)=sk(η1,...,ηn)s_k(\xi_1, ..., \xi_n) = s_k(\eta_1, ..., \eta_n) pour 1≤k≤n1 \leq k \leq n, il existe une permutation σ∈Sn\sigma \in S_n telle que ηi=ξσ(i)\eta_i = \xi_{\sigma(i)} pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n.

b) *Supposons que l’on ait n!.1≠0n!.1 \neq 0 dans AA et

ξ1k+⋯+ξnk=η1k+⋯+ηnk \xi_1^k + \cdots + \xi_n^k = \eta_1^k + \cdots + \eta_n^k
pour 1≤k≤n1 \leq k \leq n. Il existe une permutation σ∈Sn\sigma \in S_n telle que ηi=ξσ(i)\eta_i = \xi_{\sigma(i)} pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n.

Sous les hypothèses de a), on a ∏i=1n(X−ξi)=∏i=1n(X−ηi)\prod_{i=1}^n (X - \xi_i) = \prod_{i=1}^n (X - \eta_i). Substituant ηn\eta_n à XX, on obtient ∏i=1n(ηn−ξi)=0\prod_{i=1}^n (\eta_n - \xi_i) = 0 et comme AA est intègre, il existe un entier σ(n)\sigma(n) tel que 1≤σ(n)≤n1 \leq \sigma(n) \leq n et ηn=ξσ(n)\eta_n = \xi_{\sigma(n)}. L’assertion a) résulte facilement par récurrence de là, car A[X]A[X] est un anneau intègre.

Sous les hypothèses de b), il existe d’après la prop. 3 des polynômes Π1,...,Πn\Pi_1, ..., \Pi_n en nn indéterminées à coefficients dans le corps des fractions de AA tels que sk=Πk(p1,...,pn)s_k = \Pi_k(p_1, ..., p_n) pour 1≤k≤n1 \leq k \leq n. La relation (23) entraîne alors

sk(ξ1,...,ξn)=sk(η1,...,ηn) s_k(\xi_1, ..., \xi_n) = s_k(\eta_1, ..., \eta_n)
pour 1≤k≤n1 \leq k \leq n, et b) résulte de a).

5. Fonctions symétriques des racines d’un polynôme

Considérons un polynôme unitaire de degré nn, à coefficients dans AA, soit

f=Xn+a1Xn−1+⋯+an−1X+an. f = X^n + a_1 X^{n-1} + \cdots + a_{n-1} X + a_n .

Définissons la A-algèbre associative, commutative et unifère EfE_f par les générateurs x1,…,xnx_1, \ldots, x_n et les relations

(24)∑i1<…<ikxi1…xik=(−1)kak(1≤k≤n). (24) \quad \sum_{i_1 < \ldots < i_k} x_{i_1} \ldots x_{i_k} = (-1)^k a_k \quad (1 \leq k \leq n) .

De manière plus précise, on a

Ef=A[X1,…,Xn]/a E_f = A[X_1, \ldots, X_n]/a

où l’idéal aa est engendré par les polynômes sk+(−1)k+1aks_k + (-1)^{k+1} a_k pour 1≤k≤n1 \leq k \leq n, et xix_i est la classe de XiX_i modulo aa pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n. La relation (24) équivaut encore à f(X)=∏i=1n(X−xi)f(X) = \prod_{i=1}^n (X - x_i). Lorsqu’il y aura un risque d’ambiguïté, on écrira x1,f,…,xn,fx_{1,f}, \ldots, x_{n,f} pour x1,…,xnx_1, \ldots, x_n respectivement.

Proposition 4

Soient B un anneau commutatif, ρ un homomorphisme de A dans B, et ξ1,…,ξn\xi_1, \ldots, \xi_n des éléments de B. On suppose que l’on a la relation ρf(X)=∏i=1n(X−ξi)^\rho f(X) = \prod_{i=1}^n (X - \xi_i) dans B[X]. Il existe alors un homomorphisme d’anneaux u:Ef→Bu : E_f \to B et un seul tel que ρ(a)=u(a.1)\rho(a) = u(a.1) pour tout a∈Aa \in A et u(xi)=ξiu(x_i) = \xi_i pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n.

Considérons B comme une A-algèbre associative, commutative et unifère au moyen de ρ\rho. La relation ρf(X)=∏i=1n(X−ξi)^\rho f(X) = \prod_{i=1}^n (X - \xi_i) s’écrit aussi sous la forme

∑i1<…<ikξi1…ξik=(−1)kak⋅1(1≤k≤n) \sum_{i_1 < \ldots < i_k} \xi_{i_1} \ldots \xi_{i_k} = (-1)^k a_k \cdot 1 \quad (1 \leq k \leq n)

dans B. Comme les relations (24) définissent une présentation de EfE_f, la prop. 4 s’ensuit.

La prop. 4 justifie le nom d’« algèbre de décomposition universelle de ff » pour EfE_f. La relation f(X)=∏i=1n(X−xi,f)f(X) = \prod_{i=1}^n (X - x_{i,f}) s’appelle la « décomposition universelle de ff ». Soit σ∈Sn\sigma \in S_n une permutation ; comme on a f(X)=∏i=1n(X−xσ(i),f)f(X) = \prod_{i=1}^n (X - x_{\sigma(i),f}), il existe un automorphisme tσt_\sigma de la A-algèbre EfE_f, caractérisé par tσ(xi,f)=xσ(i),ft_\sigma(x_{i,f}) = x_{\sigma(i),f} pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n. On a tστ=tσ∘tτt_{\sigma \tau} = t_\sigma \circ t_\tau pour σ,τ\sigma, \tau dans SnS_n, d’où une action du groupe SnS_n sur la A-algèbre EfE_f.

Proposition 5

Dans l’algèbre de décomposition universelle EfE_f, la famille des monômes x1ν(1)…xnν(n)x_1^{\nu(1)} \ldots x_n^{\nu(n)}, tels que 0≤ν(i)<i0 \leq \nu(i) < i pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n, est une base du A-module EfE_f. En particulier, EfE_f est un A-module libre de rang n!n!.

Posons B=A[X1,…,Xn]B = A[X_1, \ldots, X_n] et C=A[X1,…,Xn]symC = A[X_1, \ldots, X_n]^{\text{sym}}. D’après le th. 1 (IV, p. 58), on a C=A[s1,…,sn]C = A[s_1, \ldots, s_n] et s1,…,sns_1, \ldots, s_n sont algébriquement indépendants sur A. Les polynômes sans terme constant en s1,…,sns_1, \ldots, s_n forment un idéal C+C^+ de C, supplémentaire de AA, et engendré par s1,…,sns_1, \ldots, s_n. Soit cc l’idéal de CC engendré par s1+a1,s2−a2,…,sn+(−1)n+1ans_1 + a_1, s_2 - a_2, \ldots, s_n + (-1)^{n+1}a_n. Il existe un automorphisme de la AA-algèbre CC qui applique sks_k sur sk+(−1)k+1aks_k + (-1)^{k+1}a_k pour 1≤k≤n1 \leq k \leq n, donc C+C^+ sur cc; par suite, on a C=A⊕cC = A \oplus c. Par ailleurs, le th. 1, c) de IV, p. 58, montre que l’on a

B=⨁ν∈SCXν B = \bigoplus_{\nu \in S} CX^\nu

où SS est l’ensemble des ν∈Nn\nu \in \mathbf{N}^n tels que 0≤ν(i)<i0 \leq \nu(i) < i pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n. L’idéal aa de BB est engendré par cc, d’où a=Bc=⨁ν∈Sc.Xνa = Bc = \bigoplus_{\nu \in S} c.X^\nu. Comme on a C=A⊕cC = A \oplus c, on en déduit

B=a⊕⨁ν∈SAXν, B = a \oplus \bigoplus_{\nu \in S} AX^\nu,

d’où la prop. 5 puisque Ef=B/aE_f = B/a.

Corollaire

L’homomorphisme canonique de AA dans l’algèbre de décomposition universelle du polynôme unitaire f∈A[X]f \in A[X] est injectif.* En effet, l’élément unité de EfE_f appartient à une base du AA-module EfE_f.

Proposition 6

Soit f∈A[X]f \in A[X] un polynôme unitaire de degré nn. Soit PP un polynôme symétrique en X1,…,XnX_1, \ldots, X_n à coefficients dans AA. Il existe un élément aa de AA, et un seul, possédant la propriété suivante :* (FS) *Quels que soient l’homomorphisme d’anneaux ρ:A→B\rho : A \to B et la décomposition ρf(X)=∏i=1n(X−ξi)\rho f(X) = \prod_{i=1}^n (X - \xi_i) dans B[X]B[X], on a ρ(a)=P(ξ1,…,ξn)\rho(a) = P(\xi_1, \ldots, \xi_n).

Posons f=Xn+∑k=1nakXn−kf = X^n + \sum_{k=1}^n a_k X^{n-k}. D’après le th. 1 de IV, p. 58, il existe un polynôme Π\Pi en nn indéterminées à coefficients dans AA tel que P=Π(s1,…,sn)P = \Pi(s_1, \ldots, s_n). Posons a=Π(−a1,a2,…,(−1)nan)a = \Pi(-a_1, a_2, \ldots, (-1)^n a_n). Sous les hypothèses de (FS), on a

sk(ξ1,…,ξn)=(−1)kρ(ak) s_k(\xi_1, \ldots, \xi_n) = (-1)^k \rho(a_k)

d’où

ρ(a)=Π(−ρ(a1),ρ(a2),…,(−1)nρ(an))=Π(s1(ξ1,…,ξn),…,sn(ξ1,…,ξn))=P(ξ1,…,ξn). \begin{align*} \rho(a) &= \Pi(-\rho(a_1), \rho(a_2), \ldots, (-1)^n \rho(a_n)) \\ &= \Pi(s_1(\xi_1, \ldots, \xi_n), \ldots, s_n(\xi_1, \ldots, \xi_n)) \\ &= P(\xi_1, \ldots, \xi_n). \end{align*}

Ceci prouve l’existence d’un élément aa satisfaisant à (FS). L’unicité de aa résulte du cor. de la prop. 5, car on a a.1=P(x1,f,…,xn,f)a.1 = P(x_{1,f}, \ldots, x_{n,f}) dans l’algèbre de décomposition universelle EfE_f.

Avec les notations de la prop. 6, on posera parfois a=P∗(f)a = P^*(f). Voici quelques exemples.

Exemple 1

Si P=skP = s_k, on a P∗(f)=(−1)kakP^*(f) = (-1)^k a_k.

Exemple 2

\* Soit gg un polynôme dans A[X]\mathbf{A}[X]; posons

P(X1,…,Xn)=g(X1)…g(Xn) P(X_1, \ldots, X_n) = g(X_1) \ldots g(X_n)

Alors P∗(f)P^*(f) n’est autre que le résultant res⁡(f,g)\operatorname{res}(f, g) d’après le cor. 1 de IV, p. 75.

Exemple 3

Posons Δ(X1,…,Xn)=∏i<j(Xi−Xj)2\Delta(X_1, \ldots, X_n) = \prod_{i < j} (X_i - X_j)^2. Alors Δ∗(f)\Delta^*(f) n’est autre que le discriminant du polynôme unitaire ff (IV, p. 77, formule (46)).

Exemple 4

Posons P(X1,…,Xn)=X1k+⋯+XnkP(X_1, \ldots, X_n) = X_1^k + \cdots + X_n^k; introduisons par ailleurs l’algèbre E=A[X]/(f)E = \mathbf{A}[X]/(f) et notons xx l’image de XX dans EE. Rappelons que le A\mathbf{A}-module EE est libre, de base (1,x,…,xn−1)(1, x, \ldots, x^{n-1}) (IV, p. 10, corollaire). Montrons que l’on a

Tr⁡E/A(xk)=P∗(f) \operatorname{Tr}_{E/\mathbf{A}}(x^k) = P^*(f)

Posons πk=Tr⁡E/A(xk)\pi_k = \operatorname{Tr}_{E/\mathbf{A}}(x^k) pour tout entier k≥1k \geq 1. Compte tenu des relations de Newton (IV, p. 65), il suffit d’établir les relations

πk+a1πk−1+⋯+ak−1π1+kak=0pour 1≤k≤nπk+a1πk−1+⋯+an−1πk−n+1+anπk−n=0pour k>n \begin{align*} &\pi_k + a_1 \pi_{k-1} + \cdots + a_{k-1} \pi_1 + k a_k = 0 \quad \text{pour } 1 \leq k \leq n \\ &\pi_k + a_1 \pi_{k-1} + \cdots + a_{n-1} \pi_{k-n+1} + a_n \pi_{k-n} = 0 \quad \text{pour } k > n \end{align*}

(que nous appellerons aussi « relations de Newton »). La relation (27) est immédiate, car le premier membre est la trace de

xk−n(xn+a1xn−1+⋯+an−1x+an)=0. x^{k-n}(x^n + a_1 x^{n-1} + \cdots + a_{n-1} x + a_n) = 0 .

Supposons qu’on ait 1≤k≤n1 \leq k \leq n et posons

y=xk+a1xk−1+⋯+ak−1x+ak.1; y = x^k + a_1 x^{k-1} + \cdots + a_{k-1} x + a_k . 1 ;

soit M=(mij)M = (m_{ij}) la matrice de l’application linéaire u↦yuu \mapsto yu dans EE, par rapport à la base (xi)0≤i<n(x^i)_{0 \leq i < n}. On prouve facilement les relations

mii=akpour 0≤i<n−kmii=0pour n−k≤i<n, \begin{align*} &m_{ii} = a_k \quad \text{pour } 0 \leq i < n - k \\ &m_{ii} = 0 \quad \text{pour } n - k \leq i < n , \end{align*}

d’où

Tr⁡E/A(y)=∑i=0n−1mii=(n−k)ak. \operatorname{Tr}_{E/\mathbf{A}}(y) = \sum_{i=0}^{n-1} m_{ii} = (n - k) a_k .

On a par ailleurs

Tr⁡E/A(y)=πk+a1πk−1+⋯+ak−1π1+nak, \operatorname{Tr}_{E/\mathbf{A}}(y) = \pi_k + a_1 \pi_{k-1} + \cdots + a_{k-1} \pi_1 + n a_k ,

d’où la formule (26).

6. Résultant

Dans ce numéro, on se donne deux entiers positifs p,qp, q et deux polynômes f,gf, g dans A[X]\mathbf{A}[X], de la forme

f=tpXp+tp−1Xp−1+⋯+t0 f = t_p X^p + t_{p-1} X^{p-1} + \cdots + t_0
g=uqXq+uq−1Xq−1+⋯+u0 g = u_q X^q + u_{q-1} X^{q-1} + \cdots + u_0

tels que deg⁡f≤p,deg⁡g≤q\deg f \leq p, \deg g \leq q. Pour tout entier n≥0n \geq 0, on note SnS_n le sous-A\mathbf{A}-module de A[X]\mathbf{A}[X] formé des polynômes de degré <n< n; il a pour base la famille (Xi)0≤i<n(X^i)_{0 \leq i < n}, donc est de rang nn.

On munit Sq×SpS_q \times S_p de la base

B1=((Xq−1,0),…,(X,0),(1,0),(0,Xp−1),…,(0,X),(0,1)) B_1 = ((X^{q-1}, 0), \ldots, (X, 0), (1, 0), (0, X^{p-1}), \ldots, (0, X), (0, 1))

et Sp+qS_{p+q} de la base

B2=(Xp+q−1,…,X,1) B_2 = (X^{p+q-1}, \ldots, X, 1)

On définit une application linéaire φ:Sq×Sp→Sp+q\varphi : S_q \times S_p \to S_{p+q} par

φ(u,v)=uf+vg \varphi(u, v) = uf + vg

et l’on note M(f,g,p,q)M(f, g, p, q) la matrice de φ\varphi par rapport aux bases B1B_1 et B2B_2. C’est une matrice carrée d’ordre p+qp + q, indexée par l’ensemble {0,1,…,p+q−1}\{0, 1, \ldots, p + q - 1\}. Ses éléments aija_{ij} sont donnés par les règles :

a) on a aij=tp−i+ja_{ij} = t_{p-i+j} pour 0≤j≤q−10 \leq j \leq q - 1, b) on a aij=uj−ia_{ij} = u_{j-i} pour q≤j≤p+q−1q \leq j \leq p + q - 1,

où l’on convient que tkt_k est nul si k∉{0,p}k \notin \{0, p\} et que uku_k est nul si k∉{0,q}k \notin \{0, q\}.

Par exemple, pour p=2p = 2 et q=3q = 3, on a la matrice

(t200u30t1t20u2u3t0t1t2u1u20t0t1u0u100t00u0). \begin{pmatrix} t_2 & 0 & 0 & u_3 & 0 \\ t_1 & t_2 & 0 & u_2 & u_3 \\ t_0 & t_1 & t_2 & u_1 & u_2 \\ 0 & t_0 & t_1 & u_0 & u_1 \\ 0 & 0 & t_0 & 0 & u_0 \end{pmatrix}.

Définition 1

Avec les notations ci-dessus, le déterminant de la matrice M(f,g,p,q)M(f, g, p, q) s’appelle le résultant du couple (f,g)(f, g) pour les degrés pp et qq, ou simplement le résultant de ff et gg si p=deg⁡fp = \deg f et q=deg⁡gq = \deg g.

Ce résultant se note res⁡p,q(f,g)\operatorname{res}_{p,q}(f, g) ou simplement res⁡(f,g)\operatorname{res}(f, g) lorsque p=deg⁡f,q=deg⁡gp = \deg f, q = \deg g.

Exemple 1

Soient λ,μ\lambda, \mu dans A\mathbf{A}. On a les formules

res⁡p,0(f,λ)=λp,res⁡0,q(μ,g)=μqres⁡p,1(f,λ)=λptp,res⁡1,q(μ,g)=(−1)qμquq, \begin{align*} \operatorname{res}_{p,0}(f, \lambda) &= \lambda^p, & \operatorname{res}_{0,q}(\mu, g) &= \mu^q \\ \operatorname{res}_{p,1}(f, \lambda) &= \lambda^p t_p, & \operatorname{res}_{1,q}(\mu, g) &= (-1)^q \mu^q u_q, \end{align*}
de démonstration immédiate.

Exemple 2

Lorsque p=q=1p = q = 1, on a

res⁡1,1(t1X+t0,u1X+u0)=t1u0−t0u1. \operatorname{res}_{1,1}(t_1 X + t_0, u_1 X + u_0) = t_1 u_0 - t_0 u_1 .

Remarque 1

La matrice M(g,f,q,p)M(g, f, q, p) se déduit de M(f,g,p,q)M(f, g, p, q) par pqpq transpositions de colonnes, d’où

res⁡q,p(g,f)=(−1)pqres⁡p,q(f,g). \operatorname{res}_{q,p}(g, f) = (-1)^{pq} \operatorname{res}_{p,q}(f, g) .

Remarque 2

Soit ρ:A→B\rho : \mathbf{A} \to \mathbf{B} un homomorphisme d’anneaux. La définition 1 entraîne aussitôt la formule

res⁡p,q(ρf,ρg)=ρ(res⁡p,q(f,g)). \operatorname{res}_{p,q}(\rho f, \rho g) = \rho(\operatorname{res}_{p,q}(f, g)) .

Remarque 3

Soient λ,μ\lambda, \mu dans A\mathbf{A}. On a

res⁡p,q(λf,μg)=λqμpres⁡p,q(f,g). \operatorname{res}_{p,q}(\lambda f, \mu g) = \lambda^q \mu^p \operatorname{res}_{p,q}(f, g) .
(28)

Remarque 4

Supposons qu’on ait p+q⩾1p + q \geqslant 1. D’après III, p. 99, formule (28), l’image de φ\varphi contient le polynôme constant res⁡p,q(f,g)\operatorname{res}_{p,q}(f, g). Il existe donc un couple de polynômes (u,v)(u, v), avec u∈Sq, v∈Spu \in S_q,\ v \in S_p, tel que

res⁡p,q(f,g)=uf+vg, \operatorname{res}_{p,q}(f, g) = uf + vg ,
d’où
res⁡p,q(f,g)∈A∩(f,g). \operatorname{res}_{p,q}(f, g) \in \mathbf{A} \cap (f, g) .
Ce couple (u,v)(u, v) est unique lorsque res⁡p,q(f,g)\operatorname{res}_{p,q}(f, g) est simplifiable dans A\mathbf{A} : en effet, φ\varphi est alors injective (III, p. 91, prop. 3).

Remarque 5

Supposons p⩾qp \geqslant q. Soit h∈A[X]h \in \mathbf{A}[X] un polynôme de degré ⩽p−q\leqslant p - q. Montrons que l’on a

res⁡p,q(f,g)=res⁡p,q(f+gh,g). \operatorname{res}_{p,q}(f, g) = \operatorname{res}_{p,q}(f + gh, g) .
En effet, posons ω(u,v)=(u,uh+v)\omega(u, v) = (u, uh + v) pour (u,v)∈Sq×Sp(u, v) \in S_q \times S_p. Alors ω\omega est un automorphisme du A\mathbf{A}-module Sq×SpS_q \times S_p et l’on a
ω−1(u,v)=(u,−uh+v). \omega^{-1}(u, v) = (u, -uh + v) .
La matrice de ω\omega par rapport à la base B1B_1 est triangulaire inférieure, et ses éléments diagonaux sont égaux à 1. D’autre part, φ∘ω\varphi \circ \omega applique (u,v)(u, v) sur u(f+gh)+vgu(f + gh) + vg. La formule (29) signifie que les matrices représentant φ\varphi et φ∘ω\varphi \circ \omega ont même déterminant, et ceci résulte de la relation det⁡ω=1\det \omega = 1.

Supposons ff unitaire de degré pp; posons E=A[X]/(f)E = A[X]/(f) et notons xx l’image canonique de XX dans EE. On sait (IV, p. 10) que EE est un AA-module libre, de base (1,x,...,xp−1)(1, x, ..., x^{p-1}). On peut donc définir la norme NE/A(u)N_{E/A}(u) de tout élément uu de EE (III, p. 110, déf. 2).

Proposition 7

Supposons ff unitaire de degré pp. Avec les notations précédentes, on a*¹

res⁡p,q(f,g)=NE/A(g(x)). \operatorname{res}_{p,q}(f, g) = N_{E/A}(g(x)) .

Définissons une application AA-linéaire θ\theta de Sq×SpS_q \times S_p dans Sp+qS_{p+q} par θ(u,v)=uf+v\theta(u, v) = uf + v. Alors θ\theta transforme la base B1B_1 de Sq×SpS_q \times S_p en la suite

(fXq−1,...,fX,f,Xp−1,...,X,1) (fX^{q-1}, ..., fX, f, X^{p-1}, ..., X, 1)

d’éléments de Sp+qS_{p+q}; la matrice MθM_\theta de θ\theta par rapport aux bases B1B_1 et B2B_2 est donc triangulaire inférieure et ses éléments diagonaux sont égaux à 1, d’où det⁡Mθ=1\det M_\theta = 1.

Par suite, θ\theta est bijectif, et res⁡p,q(f,g)\operatorname{res}_{p,q}(f, g) est égal au déterminant de l’endomorphisme φ′=φ∘θ−1\varphi' = \varphi \circ \theta^{-1} de Sp+qS_{p+q}. De manière explicite, on a

φ′(uf+v)=uf+vg \varphi'(uf + v) = uf + vg

pour tout couple (u,v)(u, v) dans Sq×SpS_q \times S_p. Or, on a A[X]=Sp+q+(f)A[X] = S_{p+q} + (f) et fSq=Sp+q∩(f)fS_q = S_{p+q} \cap (f), donc l’injection canonique de Sp+qS_{p+q} dans A[X]A[X] définit par passage aux quotients un isomorphisme γ\gamma de Sp+q/fSqS_{p+q}/fS_q sur EE. Soit ψ\psi la multiplication par g(x)g(x) dans EE. La formule (31) montre que φ′\varphi' induit l’identité sur fSqfS_q et γ−1ψγ\gamma^{-1}\psi\gamma sur Sp+q/fSqS_{p+q}/fS_q. On a donc det⁡φ′=det⁡ψ\det \varphi' = \det \psi, d’où la formule (30) puisque det⁡φ′=res⁡p,q(f,g)\det \varphi' = \operatorname{res}_{p,q}(f, g) et det⁡ψ=NE/A(g(x))\det \psi = N_{E/A}(g(x)) par définition.

Corollaire 1

Soit f∈A[X]f \in A[X] un polynôme unitaire. Pour tout polynôme g∈A[X]g \in A[X], les conditions suivantes sont équivalentes :* (i) res(f,g)(f, g) est inversible dans AA; (ii) il existe des polynômes u,vu, v de A[X]A[X] tels que uf+vg=1uf + vg = 1; (iii) g(x)g(x) est inversible dans l’algèbre A[X]/(f)A[X]/(f).

L’équivalence de (i) et (iii) résulte de la prop. 3 de III, p. 111, et de la prop. 7; celle de (ii) et (iii) est triviale.

Corollaire 2

Supposons que* AA soit un corps. Soient f,gf, g dans A[X]A[X]. Les conditions suivantes sont équivalentes lorsque ff et gg sont non nuls : (i) on a res⁡(f,g)≠0\operatorname{res}(f, g) \neq 0; (ii) les polynômes ff et gg sont étrangers dans A[X]A[X]; (iii) quelle que soit l’extension LL de AA, les polynômes ff et gg n’ont pas de racine commune dans LL. \

¹ Le résultant res⁡p,q(f,g)\operatorname{res}_{p,q}(f, g) est donc indépendant de qq lorsque ff est unitaire de degré pp. On le note alors simplement res⁡(f,g)\operatorname{res}(f, g).

On se ramène aussitôt au cas où ff est unitaire (IV, p. 72, remarque 3). L’équivalence de (i) et (ii) n’est qu’une traduction du cor. 1 d’après la déf. 1 de IV, p. 12 ; l’équivalence de (ii) et (iii) n’est autre que le cor. 7 de IV, p. 12.

Corollaire 3

Pour tout λ∈A\lambda \in \mathbf{A}, on a

res⁡p,1(f,λ−X)=f(λ),res⁡1,q(X−λ,g)=g(λ). \operatorname{res}_{p,1}(f, \lambda - X) = f(\lambda) , \quad \operatorname{res}_{1,q}(X - \lambda, g) = g(\lambda) .

Lorsque f(X)=X−λf(X) = X - \lambda, l’algèbre E est égale à A, et l’on a x=λx = \lambda ; la deuxième formule (32) résulte donc de la prop. 7 (IV, p. 73). D’après les remarques 1 et 3 (IV, p. 72), on en déduit

res⁡p,1(f,λ−X)=(−1)pres⁡1,p(λ−X,f)=(−1)p+pres⁡1,p(X−λ,f)=f(λ). \operatorname{res}_{p,1}(f, \lambda - X) = (-1)^p \operatorname{res}_{1,p}(\lambda - X, f) = (-1)^{p+p} \operatorname{res}_{1,p}(X - \lambda, f) = f(\lambda) .

Supposons maintenant ff et gg unitaires. On note F la A-algèbre A[X,Y]/(f(X),g(Y))\mathbf{A}[X, Y]/(f(X), g(Y)) et xx (resp. yy) l’image canonique de X (resp. Y) dans F.

Proposition 8

Supposons ff et gg unitaires de degrés respectifs pp et qq. Avec les notations précédentes, le A-module F est libre de base (xiyj)0≤i<p,0≤j<q(x^i y^j)_{0 \leq i < p, 0 \leq j < q}, et l’on a

res⁡(f,g)=NF/A(x−y). \operatorname{res}(f, g) = N_{F/A}(x - y) .

Posons E=A[X]/(f)E = \mathbf{A}[X]/(f) et E′=A[Y]/(g)E' = \mathbf{A}[Y]/(g). D’après II, p. 60, cor. 1, l’homomorphisme σ\sigma de E⊗E′E \otimes E' dans F déduit de l’homomorphisme canonique A[X]⊗A[Y]→A[X,Y]\mathbf{A}[X] \otimes \mathbf{A}[Y] \to \mathbf{A}[X, Y] est bijectif. Ceci prouve l’assertion sur la base de F. On identifiera E à son image dans F par σ\sigma. Alors, l’homomorphisme de E-algèbres de E[Y]/(g(Y))E[Y]/(g(Y)) dans F qui applique Y sur yy est un isomorphisme.

D’après la transitivité de la norme (III, p. 114), on a

NF/A(x−y)=NE/A(NF/E(x−y)). N_{F/A}(x - y) = N_{E/A}(N_{F/E}(x - y)) .

D’après la prop. 7 (IV, p. 73), NF/E(x−y)N_{F/E}(x - y) est le résultant des polynômes g(Y)g(Y) et x−Yx - Y de E[Y]E[Y], donc est égal à g(x)g(x) (IV, p. 74, cor. 3). D’après la formule (34) et la prop. 7 (IV, p. 73), on a donc

NF/A(x−y)=NE/A(g(x))=res⁡(f,g). N_{F/A}(x - y) = N_{E/A}(g(x)) = \operatorname{res}(f, g) .

Proposition 9

Soient p1p_1 et q1q_1 des entiers positifs et f1,g1f_1, g_1 des polynômes dans A[X]\mathbf{A}[X] tels que deg⁡f1≤p1\deg f_1 \leq p_1, deg⁡g1≤q1\deg g_1 \leq q_1. On a

res⁡p,q+q1(f,gg1)=res⁡p,q(f,g).res⁡p,q1(f,g1) \operatorname{res}_{p,q+q_1}(f, gg_1) = \operatorname{res}_{p,q}(f, g) . \operatorname{res}_{p,q_1}(f, g_1)
res⁡p+p1,q(ff1,g)=res⁡p,q(f,g).res⁡p1,q(f1,g). \operatorname{res}_{p+p_1,q}(ff_1, g) = \operatorname{res}_{p,q}(f, g) . \operatorname{res}_{p_1,q}(f_1, g) .

On a res⁡p,q(f,g)=(−1)pqres⁡q,p(g,f)\operatorname{res}_{p,q}(f, g) = (-1)^{pq} \operatorname{res}_{q,p}(g, f) (IV, p. 72) ; il suffit donc de prouver la formule (35). De même, la remarque 3 (loc. cit.) montre que si la formule (35) est établie pour un polynôme ff, elle l’est pour tous les polynômes de la forme λf\lambda f avec λ∈A\lambda \in \mathbf{A}. Enfin, lorsque ff est unitaire de degré pp, la formule (35) résulte de la prop. 7 (IV, p. 73), en vertu de la formule NE/A(ab)=NE/A(a)⋅NE/A(b)N_{E/A}(ab) = N_{E/A}(a) \cdot N_{E/A}(b). De tout ceci, on conclut que la formule (35) est vraie lorsque le coefficient tpt_p de XpX^p dans ff est inversible.

Lemme 5

Soit t un élément de A. Il existe un anneau commutatif C contenant A comme sous-anneau, un sous-anneau B de C contenant A, un élément τ\tau de B, inversible dans C, et un homomorphisme d’anneaux ρ:B→A\rho : B \to A tel que ρ(τ)=t\rho(\tau) = t et que la restriction de ρ\rho à A soit égale à IdA\mathrm{Id}_A.

Il suffit de prendre pour B l’algèbre A(N)A^{(N)} du monoïde N\mathbf{N}, c’est-à-dire l’algèbre de polynômes A[τ]A[\tau] en une indéterminée τ\tau, pour C l’algèbre A(Z)A^{(Z)} du groupe Z\mathbf{Z} et pour ρ\rho l’homomorphisme P↦P(t)P \mapsto P(t) de A[τ]A[\tau] dans A.

Avec les notations du lemme 5, où l’on fait t=tpt = t_p, posons

F=τXp+tp−1Xp−1+⋯+t1X+t0 F = \tau X^p + t_{p-1} X^{p-1} + \cdots + t_1 X + t_0

dans B[X]B[X]. Le coefficient de XpX^p dans F est inversible dans C ; si l’on considère F, gg, g1g_1 comme des polynômes de C[X]C[X], on a donc

res⁡p,q+q1(F,gg1)=res⁡p,q(F,g)⋅res⁡p,q1(F,g1) \operatorname{res}_{p,q+q_1}(F, gg_1) = \operatorname{res}_{p,q}(F, g) \cdot \operatorname{res}_{p,q_1}(F, g_1)

d’après ce qui précède. On ne change pas les résultants si l’on considère F, gg et g1g_1 comme des polynômes de B[X]B[X]. Comme on a ρF=f,ρg=g,ρg1=g1^\rho F = f, ^\rho g = g, ^\rho g_1 = g_1, la formule (35) résulte de (38) et de la remarque 2 (IV, p. 72).

Corollaire 1

(i) *Soient λ,α1,…,αp\lambda, \alpha_1, \ldots, \alpha_p des éléments de A et supposons que l’on ait f(X)=λ(X−α1)…(X−αp)f(X) = \lambda(X - \alpha_1) \ldots (X - \alpha_p). On a

res⁡p,q(f,g)=λqg(α1)…g(αp). \operatorname{res}_{p,q}(f, g) = \lambda^q g(\alpha_1) \ldots g(\alpha_p) .

(ii) Soient μ,β1,…,βq\mu, \beta_1, \ldots, \beta_q des éléments de A et supposons que l’on ait de plus g(X)=μ(X−β1)…(X−βq)g(X) = \mu(X - \beta_1) \ldots (X - \beta_q). On a alors

res⁡p,q(f,g)=λqμp∏1≤i≤p1≤j≤q(αi−βj). \operatorname{res}_{p,q}(f, g) = \lambda^q \mu^p \prod_{\substack{1 \leq i \leq p \\ 1 \leq j \leq q}} (\alpha_i - \beta_j) .

L’assertion (i) résulte aussitôt des formules (28), (32) et (36). L’assertion (ii) résulte aussitôt de (i).

Corollaire 2

Pour tout entier r≥0r \geq 0, on a

res⁡p,q+r(f,g)=tpr⋅res⁡p,q(f,g). \operatorname{res}_{p,q+r}(f, g) = t_p^r \cdot \operatorname{res}_{p,q}(f, g) .

Compte tenu de l’exemple 1 (IV, p. 72), il suffit de faire q1=r,g1=1q_1 = r, g_1 = 1 dans la formule (35).

Supposons ff unitaire. Soient ρ:A→B\rho : A \to B un homomorphisme d’anneaux et ξ1,…,ξp\xi_1, \ldots, \xi_p des éléments de BB tels que l’on ait la décomposition

ρf(X)=(X−ξ1)…(X−ξp). \rho f(X) = (X - \xi_1) \ldots (X - \xi_p) .

D’après la remarque 2 (IV, p. 72) et le cor. 1 ci-dessus, on a

ρ(res⁡(f,g))=g(ξ1)…g(ξp). \rho(\operatorname{res}(f, g)) = g(\xi_1) \ldots g(\xi_p) .

Cette remarque s’applique en particulier à la décomposition universelle de ff (IV, p. 68), et comme ρ\rho est alors injectif, cela fournit un moyen de calcul de res⁡(f,g)\operatorname{res}(f, g).

Exemple 3

Prouvons la formule

(42) res⁡2,2(aX2+bX+c,a′X2+b′X+c′)=(ac′−ca′)2+(bc′−cb′)(ba′−ab′).\operatorname{res}_{2,2}(aX^2 + bX + c, a'X^2 + b'X + c') = (ac' - ca')^2 + (bc' - cb')(ba' - ab') .

En raisonnant comme dans la prop. 9 (IV, p. 74), on voit qu’il suffit de prouver cette formule lorsque aa est inversible. Il existe alors une décomposition de la forme

(43) aX2+bX+c=a(X−x)(X−y)aX^2 + bX + c = a(X - x)(X - y)

dans B[X]B[X], où BB est un anneau commutatif convenable contenant AA comme sous-anneau. D’après le cor. 1 ci-dessus, le résultant cherché est égal à

(44) R=a2(a′x2+b′x+c′)(a′y2+b′y+c′).R = a^2(a'x^2 + b'x + c')(a'y^2 + b'y + c') .

Or on a

ax+ay=−b,axy=c ax + ay = -b , \quad axy = c

d’après (43), d’où (ax)2+(ay)2=b2−2ac(ax)^2 + (ay)^2 = b^2 - 2ac.

D’après (44), on a

R=a′2(axy)2+ab′2(axy)+a2c′2+a′b′(axy)(ax+ay)+a′c′((ax)2+(ay)2)+ab′c′(ax+ay) R = {a'}^2(axy)^2 + a{b'}^2(axy) + a^2{c'}^2 + a'b'(axy)(ax + ay) + a'c'((ax)^2 + (ay)^2) + ab'c'(ax + ay)
=a′2c2+ab′2c+a2c′2−a′b′cb+a′c′(b2−2ac)−ab′c′b = {a'}^2c^2 + a{b'}^2c + a^2{c'}^2 - a'b'cb + a'c'(b^2 - 2ac) - ab'c'b
=(ac′−ca′)2+(ab′−a′b)(b′c−c′b), = (ac' - ca')^2 + (ab' - a'b)(b'c - c'b) ,

d’où le résultat annoncé.

7. Discriminant

Définition 2

Soient ff un polynôme unitaire de A[X]A[X] et mm son degré. Notons EE la AA-algèbre A[X]/(f)A[X]/(f) et xx l’image canonique de XX dans EE. On appelle discriminant de ff, et l’on note dis(f), le discriminant DE/A(1,x,...,xm−1)D_{E/A}(1, x, ..., x^{m-1}) de la base (1,x,...,xm−1)(1, x, ..., x^{m-1}) de la A-algèbre E.

Pour tout entier positif kk, posons pk=TrE/A(xk)p_k = \mathrm{Tr}_{E/A}(x^k). D’après III, p. 115, la définition 2 se traduit par la formule

dis(f)=det⁡(pi+j)0≤i,j<m. \text{dis}(f) = \det(p_{i+j})_{0 \leq i,j < m}.

Exemple 1

Si ff est un polynôme unitaire de degré 0 ou 1, on a dis(f)=1\text{dis}(f) = 1 d’après (45).

Exemple 2

Soit f(X)=X2+αX+βf(X) = X^2 + \alpha X + \beta un polynôme unitaire de degré 2. Les relations de Newton s’écrivent sous la forme (IV, p. 70)

p0=2p1+α=0p2+αp1+2β=0, \begin{align*} p_0 &= 2 \\ p_1 + \alpha &= 0 \\ p_2 + \alpha p_1 + 2\beta &= 0, \end{align*}

d’où p1=−α,p2=α2−2βp_1 = -\alpha, p_2 = \alpha^2 - 2\beta. Par suite, on a

dis(f)=det⁡(2−α−αα2−2β)=α2−4β. \text{dis}(f) = \det \begin{pmatrix} 2 & -\alpha \\ -\alpha & \alpha^2 - 2\beta \end{pmatrix} = \alpha^2 - 4\beta.

Soient B un anneau commutatif, ρ\rho un homomorphisme de A dans B et ξ1,...,ξm\xi_1, ..., \xi_m des éléments de B tels que

ρf(X)=(X−ξ1)...(X−ξm). \rho f(X) = (X - \xi_1) ... (X - \xi_m).

Notons MM la matrice (ρ(pi+j))0≤i,j<m(\rho(p_{i+j}))_{0 \leq i,j < m} et DD la matrice de van der Monde (ξi+1j)0≤i,j<m(\xi_{i+1}^j)_{0 \leq i,j < m}. D’après l’exemple 4 de IV, p. 70, on a

ρ(pk)=ξ1k+⋯+ξmk, \rho(p_k) = \xi_1^k + \cdots + \xi_m^k,

d’où M=tD.DM = {}^tD.D; on a det⁡D=∏i>j(ξi−ξj)\det D = \prod_{i > j} (\xi_i - \xi_j) d’après III, p. 99, et det⁡M=(det⁡D)2\det M = (\det D)^2, c’est-à-dire

ρ(dis(f))=∏i<j(ξi−ξj)2. \rho(\text{dis}(f)) = \prod_{i < j} (\xi_i - \xi_j)^2.

(46)

De plus, on a (en notant D la deˊrivation ddX)\left( \text{en notant } D \text{ la dérivation } \frac{d}{dX} \right)

D(ρf)(ξi)=(ξi−ξ1)...(ξi−ξi−1)(ξi−ξi+1)...(ξi−ξm) D(\rho f)(\xi_i) = (\xi_i - \xi_1) ... (\xi_i - \xi_{i-1}) (\xi_i - \xi_{i+1}) ... (\xi_i - \xi_m)

pour 1≤i≤m1 \leq i \leq m, d’où

ρ(dis(f))=(−1)m(m−1)/2∏i≠j(ξi−ξj)=(−1)m(m−1)/2∏i=1mD(ρf)(ξi). \rho(\text{dis}(f)) = (-1)^{m(m-1)/2} \prod_{i \neq j} (\xi_i - \xi_j) = (-1)^{m(m-1)/2} \prod_{i=1}^m D(\rho f)(\xi_i).

D’après le cor. 1 de IV, p. 75, appliqué à la décomposition universelle de ff, on a finalement

res(f,Df)=res(Df,f)=(−1)m(m−1)/2dis(f). \text{res}(f, Df) = \text{res}(Df, f) = (-1)^{m(m-1)/2} \text{dis}(f) .

Proposition 10

Soit m⩾1m \geqslant 1. Il existe un unique polynôme Δ∈Z[A1,...,Am]\Delta \in \mathbf{Z}[A_1, ..., A_m] avec la propriété suivante : quels que soient l’anneau commutatif AA et le polynôme unitaire f=Xm+∑i=1maiXm−if = X^m + \sum_{i=1}^m a_i X^{m-i} dans A[X]A[X], on a

dis(f)=Δ(a1,...,am). \text{dis}(f) = \Delta(a_1, ..., a_m) .
De plus, Δ\Delta est de degré ⩽2m−2\leqslant 2m - 2; si l’on munit AiA_i du poids ii, alors Δ\Delta est isobare de poids m(m−1)m(m-1).

a) Unicité de Δ\Delta : si Δ\Delta satisfait à (48), on a en particulier Δ=dis(F)\Delta = \text{dis}(F), où FF est le polynôme Xm+∑i=1mAiXm−iX^m + \sum_{i=1}^m A_i X^{m-i} à coefficients dans Z[A1,...,Am]\mathbf{Z}[A_1, ..., A_m].

b) Existence de Δ\Delta : soient s1,...,sms_1, ..., s_m les polynômes symétriques élémentaires en les indéterminées X1,...,XmX_1, ..., X_m. Il existe un polynôme Δ∈Z[A1,...,Am]\Delta \in \mathbf{Z}[A_1, ..., A_m] isobare de poids m(m−1)m(m-1) tel que

Δ(−s1,s2,...,(−1)msm)=∏i<j(Xi−Xj)2; \Delta(-s_1, s_2, ..., (-1)^m s_m) = \prod_{i < j} (X_i - X_j)^2 ;
en effet, le second membre de cette relation est un polynôme PP symétrique, homogène de degré m(m−1)m(m-1), dans Z[X1,...,Xm]\mathbf{Z}[X_1, ..., X_m] (IV, p. 58, th. 1). Or la formule (46) signifie que l’on a dis(f)=P∗(f)\text{dis}(f) = P^*(f) avec les notations de IV, p. 69 ; la formule (48) résulte aussitôt de là.

c) Degré de Δ\Delta : la relation (47) et la définition du résultant (IV, p. 71) entraînent la formule

(−1)m(m−1)/2Δ=det⁡(aij)0≤i,j≤2m−2 (-1)^{m(m-1)/2} \Delta = \det(a_{ij})_{0 \leq i, j \leq 2m-2}
avec les valeurs suivantes des aija_{ij}
a00=1,a0,m−1=m,a0j=0sij≠0,j≠m−1aij=Ai−jpour1≤i≤2m−2,0≤j≤m−2aij=(j−i+1)Am+i−j−1pour1≤i≤2m−2,m−1≤j≤2m−2. \begin{align*} a_{00} &= 1 , \quad a_{0,m-1} = m , & a_{0j} &= 0 \quad \text{si} \quad j \neq 0 , \quad j \neq m-1 \\ a_{ij} &= A_{i-j} & \text{pour} \quad 1 \leq i \leq 2m-2 , \quad 0 \leq j \leq m-2 \\ a_{ij} &= (j-i+1) A_{m+i-j-1} & \text{pour} \quad 1 \leq i \leq 2m-2 , \quad m-1 \leq j \leq 2m-2 . \end{align*}
Dans ces formules, on convient que A0=1A_0 = 1 et Ai=0A_i = 0 pour i<0i < 0 ou i>mi > m. La formule (50) montre aussitôt que Δ\Delta est de degré ≤2m−2\leq 2m-2.

La prop. 10 permet d’étendre la définition du discriminant aux polynômes non unitaires. Soit m⩾1m \geqslant 1 un entier. Il existe un unique polynôme homogène de degré 2m−22m-2, soit Δ~\tilde{\Delta}, dans Z[A0,A1,...,Am]\mathbf{Z}[A_0, A_1, ..., A_m], tel que

Δ(A1,...,Am)=Δ~(1,A1,...,Am); \Delta(A_1, ..., A_m) = \tilde{\Delta}(1, A_1, ..., A_m) ;

en effet, comme Δ\Delta est de degré ≤2m−2\leq 2m - 2, la fraction rationnelle

A02m−2Δ(A1/A0,…,Am/A0) A_0^{2m-2} \Delta(A_1/A_0, \ldots, A_m/A_0)

appartient au sous-anneau Z[A0,A1,…,Am]\mathbf{Z}[A_0, A_1, \ldots, A_m] de Q(A0,A1,…,Am)\mathbf{Q}(A_0, A_1, \ldots, A_m). Si AiA_i est de poids ii pour 0≤i≤m0 \leq i \leq m, alors Δ~\tilde{\Delta} est isobare de poids m(m−1)m(m-1). Si ff est un polynôme de degré ≤m\leq m, soit

f=a0Xm+a1Xm−1+⋯+am−1X+am, f = a_0 X^m + a_1 X^{m-1} + \cdots + a_{m-1} X + a_m,

on posera

(52)

dis⁡m(f)=Δ~(a0,a1,…,am). \operatorname{dis}_m(f) = \tilde{\Delta}(a_0, a_1, \ldots, a_m).

Lorsque m=deg⁡fm = \deg f, on écrit simplement dis⁡(f)\operatorname{dis}(f) pour dis⁡m(f)\operatorname{dis}_m(f); si ff est unitaire, dis⁡(f)\operatorname{dis}(f) coïncide avec le discriminant défini dans la déf. 2, d’après les formules (48), (51) et (52).

Proposition 11

Soit ff dans A[X]\mathbf{A}[X] de degré ≤m\leq m.

(i) Si ρ:A→B\rho : \mathbf{A} \to \mathbf{B} est un homomorphisme d’anneaux, on a dis⁡m(ρf)=ρ(dis⁡m(f))\operatorname{dis}_m(\rho f) = \rho(\operatorname{dis}_m(f)).

(ii) Soient λ,α1,…,αm\lambda, \alpha_1, \ldots, \alpha_m des éléments de A\mathbf{A}. Si f=λ(X−α1)…(X−αm)f = \lambda(X - \alpha_1) \ldots (X - \alpha_m), on a

(53)

dis⁡m(f)=λ2m−2∏i<j(αi−αj)2. \operatorname{dis}_m(f) = \lambda^{2m-2} \prod_{i < j} (\alpha_i - \alpha_j)^2.

(iii) Soit a0a_0 le coefficient de XmX^m dans ff. On a

(54)

res⁡m,m−1(f,Df)=res⁡m−1,m(Df,f)=(−1)m(m−1)/2a0dis⁡m(f). \operatorname{res}_{m,m-1}(f, Df) = \operatorname{res}_{m-1,m}(Df, f) = (-1)^{m(m-1)/2} a_0 \operatorname{dis}_m(f).

L’assertion (i) est évidente. Comme Δ~\tilde{\Delta} est homogène de degré 2m−22m - 2, on a

(55)

dis⁡m(λf)=λ2m−2dis⁡m(f) \operatorname{dis}_m(\lambda f) = \lambda^{2m-2} \operatorname{dis}_m(f)

pour tout polynôme f∈A[X]f \in \mathbf{A}[X] de degré ≤m\leq m. L’assertion (ii) résulte des formules (46) et (55). Lorsque ff est unitaire de degré mm, on a a0=1a_0 = 1 et l’assertion (iii) se réduit à la formule (47). Compte tenu de (55) et de la relation

(56)

res⁡m,n(λf,μg)=λnμmres⁡m,n(f,g), \operatorname{res}_{m,n}(\lambda f, \mu g) = \lambda^n \mu^m \operatorname{res}_{m,n}(f, g),

(IV, p. 72), on passe de là au cas où a0a_0 est inversible dans A\mathbf{A}. Le cas général résulte alors de la prop. 11, (i) et du lemme 5 (IV, p. 75).

Corollaire 1

Soit g∈A[X]g \in \mathbf{A}[X] et soit nn un entier positif tel que deg⁡g≤n\deg g \leq n. On a

(57)

dis⁡m+n(fg)=dis⁡m(f)⋅dis⁡n(g)⋅res⁡m,n(f,g)2. \operatorname{dis}_{m+n}(fg) = \operatorname{dis}_m(f) \cdot \operatorname{dis}_n(g) \cdot \operatorname{res}_{m,n}(f, g)^2.

En raisonnant comme ci-dessus, on se ramène au cas où ff et gg sont unitaires de degrés respectifs mm et nn. Posons B=Ef⊗EgB = E_f \otimes E_g, où EfE_f (resp. EgE_g) est l’algèbre de décomposition universelle de ff (resp. gg) (IV, p. 68). Alors AA est un sous-anneau de BB, et dans B[X]B[X], on a des décompositions

f=∏i=1m(X−αi),g=∏j=1n(X−βj). f = \prod_{i=1}^m (X - \alpha_i), \quad g = \prod_{j=1}^n (X - \beta_j).

On a par suite

fg=∏k=1m+n(X−γk), fg = \prod_{k=1}^{m+n} (X - \gamma_k),

avec γi=αi\gamma_i = \alpha_i pour 1≤i≤m1 \leq i \leq m, et γm+j=βj\gamma_{m+j} = \beta_j pour 1≤j≤n1 \leq j \leq n. On a l’identité évidente

∏k<k′(γk−γk′)=∏i<i′(αi−αi′)⋅∏j<j′(βj−βj′)⋅∏i,j(αi−βj). \prod_{k<k'} (\gamma_k - \gamma_{k'}) = \prod_{i<i'} (\alpha_i - \alpha_{i'}) \cdot \prod_{j<j'} (\beta_j - \beta_{j'}) \cdot \prod_{i,j} (\alpha_i - \beta_j).

En élevant cette relation au carré, on obtient (57) d’après (40) et (46).

Corollaire 2

Si a0a_0 est le coefficient de XmX^m dans ff, on a

dis⁡m+1(f)=a02dis⁡m(f). \operatorname{dis}_{m+1}(f) = a_0^2 \operatorname{dis}_m(f).

Cela résulte du cor. 1, où l’on fait n=1,g=1n = 1, g = 1, d’après la formule res⁡m,1(f,1)=a0\operatorname{res}_{m,1}(f, 1) = a_0 (IV, p. 72, exemple 1).

Corollaire 3

Supposons que AA soit un corps. Soit ff un polynôme non constant de A[X]A[X]. Pour que ff et DfDf soient étrangers, il faut et il suffit que l’on ait dis⁡(f)≠0\operatorname{dis}(f) \neq 0.* Cela résulte de la prop. 11, (iii) et du cor. 2 de IV, p. 73.

Remarque

Une double application du cor. 2 ci-dessus montre que l’on a dis⁡m(f)=0\operatorname{dis}_m(f) = 0 pour tout polynôme ff de degré ≤m−2\leq m - 2.

Exemple 3

Soit m=2m = 2. D’après l’exemple 2 (IV, p. 77), on a Δ(A1,A2)=A12−4A2\Delta(A_1, A_2) = A_1^2 - 4A_2, d’où Δ~(A0,A1,A2)=A12−4A0A2\tilde{\Delta}(A_0, A_1, A_2) = A_1^2 - 4A_0A_2. Autrement dit, on a

dis⁡2(a0X2+a1X+a2)=a12−4a0a2. \operatorname{dis}_2(a_0X^2 + a_1X + a_2) = a_1^2 - 4a_0a_2.

Exemple 4

Considérons le polynôme

F=A0X3+3A1X2+3A2X+A3 F = A_0X^3 + 3A_1X^2 + 3A_2X + A_3

à coefficients dans Q[A0,A1,A2,A3]\mathbf{Q}[A_0, A_1, A_2, A_3]. On a

DF=3(A0X2+2A1X+A2), DF = 3(A_0X^2 + 2A_1X + A_2),
d’où
F−13X⋅DF=A1X2+2A2X+A3. F - \frac{1}{3}X \cdot DF = A_1X^2 + 2A_2X + A_3.

D’après les formules (54) (IV, p. 79) et (29) (IV, p. 72), on a

A0⋅dis3(F)=−res2,3(DF,F)=−res2,3(DF,F−13X⋅DF). A_0 \cdot \mathrm{dis}_3(F) = - \mathrm{res}_{2,3}(DF, F) = - \mathrm{res}_{2,3}(DF, F - \frac{1}{3}X \cdot DF).

Appliquant le cor. 2 de IV, p. 75, on trouve finalement

dis3(F)=−27res2,2(A0X2+2A1X+A2,A1X2+2A2X+A3). \mathrm{dis}_3(F) = - 27 \mathrm{res}_{2,2}(A_0 X^2 + 2A_1 X + A_2, A_1 X^2 + 2A_2 X + A_3).

D’après l’exemple 3 de IV, p. 76, on a donc

Δ~(A0,3A1,3A2,A3)=−27(A0A3−A1A2)2−108(A1A3−A22)(A12−A0A2). \tilde{\Delta}(A_0, 3A_1, 3A_2, A_3) = - 27(A_0 A_3 - A_1 A_2)^2 - 108(A_1 A_3 - A_2^2)(A_1^2 - A_0 A_2).

Après quelques calculs, on trouve que si f=a0X3+a1X2+a2X+a3f = a_0 X^3 + a_1 X^2 + a_2 X + a_3, on a

dis3(f)=a12a22+18a0a1a2a3−4a13a3−4a0a23−27a02a32. \mathrm{dis}_3(f) = a_1^2 a_2^2 + 18a_0 a_1 a_2 a_3 - 4a_1^3 a_3 - 4a_0 a_2^3 - 27a_0^2 a_3^2.

En particulier, on a

dis(X3+pX+q)=−(4p3+27q2). \mathrm{dis}(X^3 + pX + q) = - (4p^3 + 27q^2).

Exercises

Exercices

See the exercises for § 6.

Transcribed from the printed volume. Not translated.