Soit n un entier positif. Pour toute permutation σ∈Sn, soit φσ l’automorphisme de la A-algèbre A[X1,...,Xn] qui envoie Xi sur Xσ(i) pour 1≤i≤n. Il est clair que σ↦φσ est un homomorphisme de Sn dans le groupe des automorphismes de A[X1,...,Xn]. On pose σf=φσ(f) pour σ∈Sn et f∈A[X1,...,Xn]. On dit que le polynôme f est symétrique si l’on a σf=f pour tout σ∈Sn; les polynômes symétriques forment une sous-algèbre unifère graduée de A[X1,...,Xn]; on la notera A[X1,...,Xn]sym dans la suite de ce paragraphe.
Pour tout entier positif k, notons Pk l’ensemble des parties à k éléments de l’ensemble {1,2,...,n}, et posons
sk=H∈Pk∑i∈H∏Xi.
Lorsqu’il convient de préciser l’entier n, on écrit sk,n pour sk. On a en particulier
et sk=0 pour k>n. Il est clair que sk est un polynôme symétrique homogène de degré k; on l’appelle le polynôme symétrique élémentaire de degré k.
Dans l’anneau A[X1,...,Xn,U,V], on a la relation
(2)i=1∏n(U+VXi)=k=0∑nUn−kVksk;
par des substitutions convenables, on en déduit les relations
(3)i=1∏n(1+TXi)=k=0∑nskTk,
(4)i=1∏n(X−Xi)=k=0∑n(−1)n−ksn−kXk.
Théorème 1
Posons* E=A[X1,...,Xn]etS=A[X1,...,Xn]sym.
a) LaA-*algèbre* Sdes polynômes symétriques est engendrée pars1,...,sn.
b) Les élémentss1,...,sndeEsont algébriquement indépendants surA(IV, p. 4).
c) La famille des monômesXν=X1ν(1)...Xnν(n)tels que0≤ν(i)<ipour1≤i≤nest une base duS*-module* E. En particulier,Eest unS*-module libre de rang* n!.
Nous démontrerons le théorème par récurrence sur n, le cas n=0 étant trivial. Posons B=A[Xn] et notons sk′ le polynôme symétrique élémentaire de degré k en X1,...,Xn−1; on a donc B[X1,...,Xn−1]=A[X1,...,Xn]. Si l’on remplace n par n−1 et A par B dans l’énoncé du théorème 1, on peut formuler ainsi l’hypothèse de récurrence :
(A) LaB*-algèbre* S′des polynômesf∈A[X1,...,Xn]invariants par toutes les permutations deX1,...,Xn−1est engendrée pars1′,...,sn−1′.
(B) Les élémentss1′,...,sn−1′deEsont algébriquement indépendants surB.
(C) La famille des monômesX1ν(1)...Xn−1ν(n−1)tels que0≤ν(i)<ipour1≤i≤n−1est une base duS′*-module* E.
D’après (5), on a u(sk)=u(sk′)+u(sk−1′)Xn, d’où u(sk)=sk′ par un calcul facile.
Soit P∈B[Y1,...,Yn−1]; de P(s1,...,sn−1)=0, on déduit alors
0=u(P(s1,...,sn−1))=P(s1′,...,sn−1′),
d’où P=0 d’après (B). Par suite, la B-algèbre S′ est engendrée par les éléments algébriquement indépendants s1,...,sn−1. On peut reformuler cette propriété comme suit :
(D) La A-algèbre S' est engendrée par les éléments algébriquement indépendants s1,...,sn−1,Xn.
On peut donc identifier S′ à l’anneau de polynômes C[Xn], où C est la sous-A-algèbre de E engendrée par s1,...,sn−1.
Prouvons a). Soit f∈S un polynôme symétrique homogène de degré m. On a f∈S′=C[Xn] et il existe donc un élément g=P(s1,...,sn−1) de C, homogène de degré m en X1,...,Xn, tel que f−g soit divisible par Xn. Comme f−g est symétrique, chacun de ses termes est aussi divisible par X1,...,Xn−1, donc f−g est divisible par sn=X1...Xn. Autrement dit, il existe h∈S tel que f=g+hsn, d’où degh<m. Par récurrence sur m, on en déduit que f appartient à
C[sn]E=A[s1,...,sn−1,sn]E.
On a ainsi prouvé que la A-algèbre S est engendrée par s1,...,sn.
Prouvons b). Si l’on substitue Xn à X dans (4), on trouve
(−1)n+1sn=Xnn+k=1∑n−1(−1)n−ksn−kXnk;
autrement dit, (−1)n+1sn est un polynôme unitaire en Xn, de degré n, à coefficients dans C. D’après IV, p. 10, on a donc la propriété suivante :
(E) L’homomorphisme φ de C-algèbres de C[T] dans C[Xn]=S′ qui transforme T en sn est injectif, et S′ est un module libre sur l’image de φ, de base (1,Xn,...,Xnn−1).
Les éléments s1,...,sn−1 de C sont algébriquement indépendants sur A d’après (D) ; l’injectivité de φ signifie donc que s1,...,sn−1,sn sont algébriquement indépendants sur A, d’où b).
Prouvons c). L’image de φ est égale à C[sn]E=S, donc d’après (E), S′ est un module libre sur S, de base (1,Xn,...,Xnn−1). L’assertion c) résulte alors de l’hypothèse de récurrence (C) et de la prop. 25 de II, p. 31.
C.Q.F.D.
Soit f un polynôme symétrique en X1,...,Xn, homogène de degré m. D’après le th. 1 (IV, p. 58), il existe un polynôme Q∈A[Y1,...,Yn] tel que f=Q(s1,...,sn). La démonstration précédente fournit un procédé de calcul explicite pour Q, par double récurrence sur n et m. En effet, on a vu qu’il existe un polynôme P∈A[Y1,...,Yn−1] et un polynôme h symétrique en X1,...,Xn, homogène de degré m−n, tels que
(8)
f=P(s1,...,sn−1)+snh.
Pour tout polynôme u∈A[X1,...,Xn], posons
u′(X1,...,Xn−1)=u(X1,...,Xn−1,0).
Alors s1′,…,sn−1′ sont les polynômes symétriques élémentaires en X1,…,Xn−1, et la formule (8) entraîne
f′=P(s1′,…,sn−1′).
La détermination de P est donc ramenée à un calcul sur les polynômes symétriques à n−1 indéterminées, et h s’en déduit par (8).
Illustrons la méthode sur deux exemples. Exemples. — 1) Soient n=3 et
2) Soit encore n=3; posons p=X13+X23+X33. On a p(X1,0,0)=X13=s1(X1,0,0)3. Posant q=p−s13, on obtient aussitôt
q=−3f−6X1X2X3=−3s1s2+3s3
et finalement
p=s13−3s1s2+3s3.
Soient S1,…,Sn des indéterminées. Nous munirons l’algèbre de polynômes A[S1,…,Sn] de la graduation de type N pour laquelle Sk est de poids k pour 1≤k≤n (IV, p. 3); nous munirons A[X1,…,Xn] de la graduation ordinaire. Pour 1≤k≤n, le polynôme symétrique élémentaire sk,n en X1,…,Xn est homogène de degré k. D’après le th. 1 (IV, p. 58), l’application g↦g(s1,n,…,sn,n) est donc un isomorphisme d’algèbres graduées
φn:A[S1,…,Sn]→A[X1,…,Xn]sym.
Soit m un entier tel que 0≤m≤n. Pour tout entier k tel que 1≤k≤m, on a
sk,m(X1,…,Xm)=sk,n(X1,…,Xm,0,…,0)
d’après la définition (1) (IV, p. 57), de sk. Par suite, le diagramme suivant
(ou j désigne l’inclusion canonique, et p l’homomorphisme
g↦g(X1,…,Xm,0,…,0))
est commutatif.
Proposition 1
Pour tout couple d’entiers positifs k, n, soit S_k^{(n)} le A-module formé des polynômes symétriques en X_1, ..., X_n, homogènes de degré k. Si l’entier m satisfait à 0 ≤ k ≤ m ≤ n, l’application f ↦ f(X_1, ..., X_m, 0, ..., 0) est un isomorphisme de S_k^{(n)} sur S_k^{(m)}.
D’après la commutativité du diagramme (10), il suffit de prouver que tout polynôme isobare de poids k en S_1, ..., S_n ne dépend que de S_1, ..., S_m sous les hypothèses 0 ≤ k ≤ m ≤ n. Or le poids d’un monôme S_1^{\alpha(1)} ... S_n^{\alpha(n)} est égal à l’entier α(1)+2α(2)+⋯+nα(n); comme les entiers α(1),...,α(n) sont positifs, la relation
α(1)+2α(2)+⋯+nα(n)=k≤n
entraîne α(j)=0 pour k<j≤n, d’où notre assertion.
Exemple 3
D’après l’exemple 2 de IV, p. 60, et la prop. 1 ci-dessus, on a donc
i=1∑nXi3=s1,n3−3s1,ns2,n+3s3,n
pour tout entier n≥3. La commutativité du diagramme (10) donne par ailleurs les formules
X13+X23=s1,23−3s1,2s2,2,
X13=s1,13.
Remarque
Soient n et k deux entiers positifs. On note Δk,n l’ensemble des éléments de longueur k dans Nn; de plus, on munit Δk,n de la relation d’ordre, notée α≤β, induite par l’ordre lexicographique sur Nn (E, III, p. 23), et l’on définit une action du groupe Sn sur Nn par (σα)(i)=α(σ−1(i)) pour σ∈Sn,α∈Nn et 1≤i≤n. Par ailleurs, notons Dk l’ensemble des éléments α=(α(1),...,α(k)) de Nk tels que
α(1)≥α(2)≥⋯≥α(k),α(1)+⋯+α(k)=k.
Supposons qu’on ait k≤n et identifions Nk à une partie de Nn par l’application (α(1),...,α(k))↦(α(1),...,α(k),0,...,0). Alors, Dk se compose des éléments α de Δk,n tels que σα≤α pour tout σ∈Sn. Par suite, toute orbite du groupe Sn dans Δk,n contient un unique élément de Dk. Pour tout α∈Dk, soit O(α) l’orbite de α dans Δk,n pour l’opération de Sn; posons
M(α)=β∈O(α)∑Xβ.
Il résulte du lemme 1 de IV, p. 44, que la famille (M(α))α∈Dk est une base du A-module Sk(n).
Pour tout α∈Dk, posons
S(α)=i=1∏ksiα(i)−α(i+1)(en convenant que α(k+1)=0);
comme on a ∑i=1ki⋅(α(i)−α(i+1))=∑i=1kα(i)=k, le polynôme symétrique S(α) est homogène de degré k. Il résulte immédiatement du théorème 1 (IV, p. 58) que la famille (S(α))α∈Dk est une base du A-module Sk(n).
Soient α,β dans Dk. Soit cαβ le coefficient du monôme Xβ dans le polynôme S(α) défini par (12) dans le cas A=Z et k=n. C’est donc un entier positif, indépendant de l’anneau A et de l’entier n. D’après la formule (9) (IV, p. 60), on a alors
S(α)=β∈Dk∑cαβ⋅M(β)(α∈Dk).
On peut montrer (cf. IV, p. 94, exerc. 13) que la matrice C=(cαβ)α,β∈Dk est telle que cαα=1 et cαβ=0 pour α<β; généralisant la terminologie introduite dans II, p. 151, on peut dire que C appartient au groupe trigonal strict inférieur. Il en est donc de même de la matrice D inverse de C. On trouvera dans la Table (IV, p. 96-97) la valeur des matrices C et D lorsque 2≤k≤5.
Supposons maintenant qu’on ait n<k et identifions Nn à une partie de Nk par l’application (α(1),…,α(n))↦(α(1),…,α(n),0,…,0). Pour tout α dans Dk∩Nn, on note encore 0(α) l’orbite de α dans Δk,n pour l’opération de Sn, et l’on définit M(α) par (11). On définit encore S(α) par la formule (12). Alors les familles (M(α))α∈Dk∩Nn et (S(α))α∈Dk∩Nn sont des bases du A-module Sk(n). D’après la formule (9) de IV, p. 60, on a une formule analogue à (13), où l’on remplace Dk par Dk∩Nn, avec les mêmes entiers cαβ.
Exemple 4
D’après l’exemple 3 de IV, p. 61, on a
M(3,0,0)=S(3,0,0)−3S(2,1,0)+3S(1,1,1)
pour tout entier n≥3, et donc
M(3,0)=S(3,0)−3S(2,1)
pour n=2.
2. Fractions rationnelles symétriques
Soient K un corps commutatif, X1,X2,…,Xn des indéterminées. Pour tout σ∈Sn, nous avons défini au no 1 (IV, p. 57) un automorphisme φσ de K[X1,X2,…,Xn]. Cet automorphisme se prolonge de manière unique en un automorphisme ψσ du corps K(X1,…,Xn), et σ↦ψσ est un homomorphisme injectif de Sn dans le groupe des automorphismes de K(X1,…,Xn). Pour tout f∈K(X1,…,Xn), on a (ψσf)(X1,…,Xn)=f(Xσ(1),…,Xσ(n)). Les fractions rationnelles f telles que ψσ(f)=f pour tout σ∈Sn sont appelées fractions rationnelles symétriques. L’ensemble des fractions rationnelles symétriques en X1,…,Xn est un sous-corps de K(X1,…,Xn).
Proposition 2
Le corps des fractions rationnelles symétriques en X1,…,Xn est le corps des fractions de l’anneau des polynômes symétriques en X1,…,Xn.
Soit f∈K(X1,…,Xn) une fraction rationnelle symétrique.
Soient u1,v1 deux éléments de K[X1,...,Xn] tels que f=v1u1. Posons v=∏σ∈Snψσ(v1)∈K[X1,...,Xn], et u=vf∈K[X1,...,Xn]. Alors v est symétrique, donc u est symétrique puisque f l’est, et l’on a f=vu, d’où la proposition.
Corollaire
Soient s1,s2,...,sn les polynômes symétriques élémentaires en X1,...,Xn. Pour toute fraction rationnelle g∈K(S1,S2,...,Sn), la suite (s1,s2,...,sn) est substituable dans g, et l’application g↦g(s1,s2,...,sn) est un isomorphisme de K(S1,S2,...,Sn) sur le corps des fractions rationnelles symétriques en X1,...,Xn.* Cela résulte de la prop. 2 et du th. 1 de IV, p. 58.
3. Séries formelles symétriques
Soient I un ensemble, X=(Xi)i∈I une famille d’indéterminées et A[[X]] l’algèbre de séries formelles en les Xi. Pour toute permutation σ∈SI, il existe un unique automorphisme continu φσ de l’algèbre A[[X]] qui applique Xi sur Xσ(i) pour tout i∈I (IV, p. 26, prop. 4) ; il est clair que σ↦φσ est un homomorphisme de SI dans le groupe des automorphismes continus de l’algèbre A[[X]]. Soit f∈A[[X]] une série formelle ; on pose σf=φσ(f), et l’on dit que la série formelle f est symétrique si l’on a σf=f pour tout σ∈SI. Les séries formelles symétriques forment une sous-algèbre fermée de A[[X]], qu’on note A[[X]]sym et qu’on munit de la topologie induite par celle de A[[X]].
Soit T une indéterminée. Dans l’anneau de séries formelles A[[X,T]], la famille (XiT)i∈I est sommable, donc la famille (1+XiT)i∈I est multipliable (IV, p. 25, prop. 2) ; de plus, on a
i∈I∏(1+XiT)=1+k≥1∑skTk,
où la série formelle sk∈A[[X]] est définie par
sk=H∈Pk∑(i∈H∏Xi)(k≥1)
(on note Pk l’ensemble des parties finies à k éléments de I). On a en particulier s1=∑i∈IXi. Lorsque I est fini à n éléments, on a sk=0 pour k>n ; plus précisément, si I={1,...,n}, la série formelle sk n’est autre que le polynôme symétrique élémentaire de degré k en X1,...,Xn.
Soit S=(Sk)k≥1 une suite d’indéterminées. Comme la série formelle sk est d’ordre ≥k, et appartient à A[[X]]sym, les conditions a) et b) de la prop. 4 de IV, p. 26, sont satisfaites avec E=A[[X]]sym; il existe donc un unique homomorphisme continu de A-algèbres
φI:A[[S]]→A[[X]]sym
tel que φI(Sk)=sk pour tout entier k≥1.
Théorème 2. — a)Si I est un ensemble fini à n éléments, φ1 induit un isomorphisme bicontinu de A[[S1,...,Sn]] sur A[[X]]sym.
b)Si I est infini, φ1 est un isomorphisme bicontinu de A[[S]] sur A[[X]]sym.
Dans le cas a), on pose B=A[[S1,...,Sn]] et on munit cette algèbre de la topologie induite par celle de A[[S]]; on note aussi ψ1 la restriction de φ1 à B. Dans le cas b), on pose B=A[[S]] et ψ1=φ1. On munit l’algèbre de polynômes A[S] de la graduation de type N pour laquelle Sk est de poids k pour tout entier k⩾1.
*Lemme 1. — Soient J une partie finie de I, r un entier tel que Card J ⩾r, et f une série formelle symétrique homogène de degré r en les Xi (i∈I). Soit f la série formelle obtenue en substituant 0 à Xi pour tout i dans I — J. Si f=0, on a f=0.
Posons f=∑∣α∣=raαXα (où ∣α∣ est la longueur ∑i∈Iαi du multiindice α=(αi)i∈I). Soit α un multiindice de longueur r, et soit J’ le support de α (ensemble des i∈I tels que αi=0). On a Card J’ ⩽r, donc il existe une permutation σ∈SI telle que σ(J′)⊂J. Posons βi=ασ−1(i) pour i∈I. Le monôme Xβ=∏i∈IXσ(i)αi ne dépend que des indéterminées Xj (j∈J), d’où aβ=0 d’après l’hypothèse f=0. Comme f est symétrique, on a aα=aβ. Vu l’arbitraire de α, on a donc f=0.
*Lemme 2. — Soit f une série formelle symétrique homogène de degré r en les Xi (i∈I). Il existe un unique polynôme P∈B∩A[S], isobare de poids r, tel que f=ψ1(P).
Le cas où I est fini résulte du th. 1 (IV, p. 58).
Supposons I infini et choisissons une partie finie J de I à r éléments. Reprenons les notations du lemme 1. Remarquons que tout polynôme isobare de poids r en les Sn (n⩾1) ne dépend que de S1,...,Sr, et que s1,...,sr sont les polynômes symétriques élémentaires en les r indéterminées Xj (j∈J). Si P est un polynôme isobare de poids r en les Sn, et h=f−ψ1(P), on a h=f−P(s1,...,sr), et le lemme 1 montre que la relation f=ψ1(P) équivaut à f=P(s1,...,sr). D’après le th. 1 (IV, p. 58), il existe un unique polynôme P∈A[S] isobare de poids r tel que f=P(s1,...,sr), d’où le lemme.
*Lemme 3. — Pour tout entier m⩾0, soit cm l’idéal de l’algèbre A[[X]]sym formé des séries formelles symétriques d’ordre ⩾m. La suite (cm)m⩾0 est un système fondamental de voisinages de 0 dans A[[X]]sym.
Le lemme est immédiat si I est fini. Supposons désormais I infini. Pour toute partie finie J de I, à m éléments, on note J~ l’ensemble des éléments de N(I) de longueur <m et de support contenu dans J. On note aussi αj′ l’ensemble des séries formelles ne contenant aucun terme de la forme aXα avec α∈J~. Comme J~ est une partie finie de N(I), et que toute partie finie de N(I) est contenue dans un ensemble de la forme J~, la famille (αj′) est une base de voisinages de 0 dans A[[X]] (IV, p. 24). Or le lemme 1 entraîne la relation αj′∩A[[X]]sym=cm pour toute partie J à m éléments. Ceci prouve le lemme 3.
Comme il n’y a qu’un nombre fini de monômes d’un poids donné en les Sk, toute série formelle f∈B s’écrit de manière unique sous la forme f=∑r≥0Pr, où Pr est un polynôme isobare de poids r dans B∩A[S]. Pour tout entier m≥0, soit bm l’idéal de B formé des séries formelles du type précédent telles que Pr=0 pour 0≤r<m. La suite (bm)m≥0 est une base de voisinages de 0 dans B.
Avec les notations précédentes, ψ1(Pr) est une série formelle symétrique en les Xi, homogène de degré r, et c’est donc la composante homogène de degré r de ψ1(f). Le lemme 2 montre que ψ1 est un isomorphisme d’algèbres de B sur A[[X]]sym, transformant bm en cm pour tout entier m≥0; le lemme 3 montre alors que ψ1 est bicontinu.
C.Q.F.D.
4. Sommes de puissances
On note encore X=(Xi)i∈I une famille d’indéterminées. Les séries formelles symétriques sk sont définies comme plus haut, par
sk=H∈Pk∑i∈H∏Xi(k≥1),
où Pk est l’ensemble des parties finies à k éléments de I. On pose aussi
pk=i∈I∑Xik(k≥1).
C’est une série formelle symétrique homogène de degré k.
Lemme 4 (« Relations de Newton »)
Pour tout entier d≥1, on a
pd=k=1∑d−1(−1)k−1skpd−k+(−1)d+1dsd.
Définissons une dérivation continue Δ dans A[[X]] par Δ(u)=∑n≥0nun, où, pour tout u dans A[[X]], un est la composante homogène de degré n de u. D’après (16) et la prop. 2 de IV, p. 25, on a
1+k≥1∑sk=i∈I∏(1+Xi).
D’après la prop. 9 de IV, p. 32, on a donc
(k≥1∑ksk)⋅(1+k≥1∑sk)−1=i∈I∑Δ(Xi)/(1+Xi).
On a Δ(Xi)=Xi et Xi/(1+Xi)=∑k≥1(−1)k−1Xik. Le second membre de (20) est donc égal à ∑k≥1(−1)k−1pk. D’après (20), on a alors
k≥1∑ksk=(1+k≥1∑sk)⋅(k≥1∑(−1)k−1pk)
et le lemme 4 en résulte par comparaison des composantes homogènes de degré d.
Remarque
Avec les notations de la démonstration précédente, on a
Δu=i∈I∑Xi⋅Di(u)
(IV, p. 31, cor. 1). Autrement dit, la relation d’Euler (IV, p. 8, prop. 6) s’étend aux séries formelles : si u∈A[[X]] est homogène de degré n, on a
(21)
n⋅u=i∈I∑Xi⋅Di(u).
Lorsque I est fini, à n éléments, on a sk=0 pour k>n. Les relations de Newton s’écrivent alors sous la forme
Les n premières relations précédentes sont valables quel que soit I; on en déduit par exemple
p1=s1,p2=s12−2s2,p3=s13−3s1s2+3s3.
Plus généralement, soit S=(Sn)n≥1 une famille d’indéterminées. Définissons par récurrence les polynômes Pd∈Z[S1,…,Sd] par P1=S1 et
Pd=k=1∑d−1(−1)k−1SkPd−k+(−1)d+1dSd(d≥2).
On a alors les « formules universelles » pd=Pd(s1,…,sd) valables quels que soient l’anneau A et la famille d’indéterminées X.
Soit P=(Pk)k≥1 une suite d’indéterminées. Comme pk est homogène de degré k dans A[[X]], il existe un homomorphisme continu de A-algèbres (et un seul)
λI:A[[P]]→A[[X]]sym
tel que λ1(Pk)=pk pour tout entier k≥1 (IV, p. 27). Si l’on munit Pk du poids k, λ1 transforme un polynôme isobare de poids n en les Pk en une série formelle homogène de degré n en les Xi.
Proposition 3. — a) *Si I est un ensemble fini à n éléments et si n!.1 est inversible dans A, λ1 induit un isomorphisme bicontinu de A[[P1,...,Pn]] sur A[[X]]sym.
b) *Si I est infini et si A est une Q-algèbre, λ1 est un isomorphisme bicontinu de A[[P]] sur A[[X]]sym.
Nous traiterons seulement le cas a), le cas b) étant tout à fait analogue.
D’après le th. 2 (IV, p. 64), on peut identifier A[[X]]sym à l’algèbre de séries formelles A[[S1,...,Sn]], Sk correspondant à sk. D’après le lemme 4 de IV, p. 65, il existe des séries formelles g1,...,gn d’ordre ≥2 en les indéterminées s1,...,sn telles que
pk=(−1)k+1ksk+gk(s1,...,sn)(1≤k≤n).
Comme k!.1 est inversible dans A, le lemme 2 de IV, p. 33, prouve l’existence d’un automorphisme T de la A-algèbre topologique A[[X]]sym qui transforme sk en pk pour 1≤k≤n. La prop. 3, a) résulte aussitôt de là.
**Corollaire. — Soient ξ1,...,ξn,η1,...,ηn des éléments de A. On suppose que A est intègre.
a) *Si l’on a sk(ξ1,...,ξn)=sk(η1,...,ηn) pour 1≤k≤n, il existe une permutation σ∈Sn telle que ηi=ξσ(i) pour 1≤i≤n.
b) *Supposons que l’on ait n!.1=0 dans A et
ξ1k+⋯+ξnk=η1k+⋯+ηnk
pour 1≤k≤n. Il existe une permutation σ∈Sn telle que ηi=ξσ(i) pour 1≤i≤n.
Sous les hypothèses de a), on a ∏i=1n(X−ξi)=∏i=1n(X−ηi). Substituant ηn à X, on obtient ∏i=1n(ηn−ξi)=0 et comme A est intègre, il existe un entier σ(n) tel que 1≤σ(n)≤n et ηn=ξσ(n). L’assertion a) résulte facilement par récurrence de là, car A[X] est un anneau intègre.
Sous les hypothèses de b), il existe d’après la prop. 3 des polynômes Π1,...,Πn en n indéterminées à coefficients dans le corps des fractions de A tels que sk=Πk(p1,...,pn) pour 1≤k≤n. La relation (23) entraîne alors
sk(ξ1,...,ξn)=sk(η1,...,ηn)
pour 1≤k≤n, et b) résulte de a).
5. Fonctions symétriques des racines d’un polynôme
Considérons un polynôme unitaire de degré n, à coefficients dans A, soit
f=Xn+a1Xn−1+⋯+an−1X+an.
Définissons la A-algèbre associative, commutative et unifère Ef par les générateurs x1,…,xn et les relations
(24)i1<…<ik∑xi1…xik=(−1)kak(1≤k≤n).
De manière plus précise, on a
Ef=A[X1,…,Xn]/a
où l’idéal a est engendré par les polynômes sk+(−1)k+1ak pour 1≤k≤n, et xi est la classe de Xi modulo a pour 1≤i≤n. La relation (24) équivaut encore à f(X)=∏i=1n(X−xi). Lorsqu’il y aura un risque d’ambiguïté, on écrira x1,f,…,xn,f pour x1,…,xn respectivement.
Proposition 4
Soient B un anneau commutatif, ρ un homomorphisme de A dans B, et ξ1,…,ξn des éléments de B. On suppose que l’on a la relation ρf(X)=∏i=1n(X−ξi) dans B[X]. Il existe alors un homomorphisme d’anneaux u:Ef→B et un seul tel que ρ(a)=u(a.1) pour tout a∈A et u(xi)=ξi pour 1≤i≤n.
Considérons B comme une A-algèbre associative, commutative et unifère au moyen de ρ. La relation ρf(X)=∏i=1n(X−ξi) s’écrit aussi sous la forme
i1<…<ik∑ξi1…ξik=(−1)kak⋅1(1≤k≤n)
dans B. Comme les relations (24) définissent une présentation de Ef, la prop. 4 s’ensuit.
La prop. 4 justifie le nom d’« algèbre de décomposition universelle de f » pour Ef. La relation f(X)=∏i=1n(X−xi,f) s’appelle la « décomposition universelle de f ». Soit σ∈Sn une permutation ; comme on a f(X)=∏i=1n(X−xσ(i),f), il existe un automorphisme tσ de la A-algèbre Ef, caractérisé par tσ(xi,f)=xσ(i),f pour 1≤i≤n. On a tστ=tσ∘tτ pour σ,τ dans Sn, d’où une action du groupe Sn sur la A-algèbre Ef.
Proposition 5
Dans l’algèbre de décomposition universelle Ef, la famille des monômes x1ν(1)…xnν(n), tels que 0≤ν(i)<i pour 1≤i≤n, est une base du A-module Ef. En particulier, Ef est un A-module libre de rang n!.
Posons B=A[X1,…,Xn] et C=A[X1,…,Xn]sym. D’après le th. 1 (IV, p. 58), on a C=A[s1,…,sn] et s1,…,sn sont algébriquement indépendants sur A. Les polynômes sans terme constant en s1,…,sn forment un idéal C+ de C, supplémentaire de A, et engendré par s1,…,sn. Soit c l’idéal de C engendré par s1+a1,s2−a2,…,sn+(−1)n+1an. Il existe un automorphisme de la A-algèbre C qui applique sk sur sk+(−1)k+1ak pour 1≤k≤n, donc C+ sur c; par suite, on a C=A⊕c. Par ailleurs, le th. 1, c) de IV, p. 58, montre que l’on a
B=ν∈S⨁CXν
où S est l’ensemble des ν∈Nn tels que 0≤ν(i)<i pour 1≤i≤n. L’idéal a de B est engendré par c, d’où a=Bc=⨁ν∈Sc.Xν. Comme on a C=A⊕c, on en déduit
B=a⊕ν∈S⨁AXν,
d’où la prop. 5 puisque Ef=B/a.
Corollaire
L’homomorphisme canonique de A dans l’algèbre de décomposition universelle du polynôme unitaire f∈A[X] est injectif.* En effet, l’élément unité de Ef appartient à une base du A-module Ef.
Proposition 6
Soit f∈A[X] un polynôme unitaire de degré n. Soit P un polynôme symétrique en X1,…,Xn à coefficients dans A. Il existe un élément a de A, et un seul, possédant la propriété suivante :* (FS) *Quels que soient l’homomorphisme d’anneaux ρ:A→B et la décomposition ρf(X)=∏i=1n(X−ξi) dans B[X], on a ρ(a)=P(ξ1,…,ξn).
Posons f=Xn+∑k=1nakXn−k. D’après le th. 1 de IV, p. 58, il existe un polynôme Π en n indéterminées à coefficients dans A tel que P=Π(s1,…,sn). Posons a=Π(−a1,a2,…,(−1)nan). Sous les hypothèses de (FS), on a
Ceci prouve l’existence d’un élément a satisfaisant à (FS). L’unicité de a résulte du cor. de la prop. 5, car on a a.1=P(x1,f,…,xn,f) dans l’algèbre de décomposition universelle Ef.
Avec les notations de la prop. 6, on posera parfois a=P∗(f). Voici quelques exemples.
Exemple 1
Si P=sk, on a P∗(f)=(−1)kak.
Exemple 2
\* Soit g un polynôme dans A[X]; posons
P(X1,…,Xn)=g(X1)…g(Xn)
Alors P∗(f) n’est autre que le résultant res(f,g) d’après le cor. 1 de IV, p. 75.
Exemple 3
Posons Δ(X1,…,Xn)=∏i<j(Xi−Xj)2. Alors Δ∗(f) n’est autre que le discriminant du polynôme unitaire f (IV, p. 77, formule (46)).
Exemple 4
Posons P(X1,…,Xn)=X1k+⋯+Xnk; introduisons par ailleurs l’algèbre E=A[X]/(f) et notons x l’image de X dans E. Rappelons que le A-module E est libre, de base (1,x,…,xn−1) (IV, p. 10, corollaire). Montrons que l’on a
TrE/A(xk)=P∗(f)
Posons πk=TrE/A(xk) pour tout entier k≥1. Compte tenu des relations de Newton (IV, p. 65), il suffit d’établir les relations
(que nous appellerons aussi « relations de Newton »). La relation (27) est immédiate, car le premier membre est la trace de
xk−n(xn+a1xn−1+⋯+an−1x+an)=0.
Supposons qu’on ait 1≤k≤n et posons
y=xk+a1xk−1+⋯+ak−1x+ak.1;
soit M=(mij) la matrice de l’application linéaire u↦yu dans E, par rapport à la base (xi)0≤i<n. On prouve facilement les relations
mii=akpour 0≤i<n−kmii=0pour n−k≤i<n,
d’où
TrE/A(y)=i=0∑n−1mii=(n−k)ak.
On a par ailleurs
TrE/A(y)=πk+a1πk−1+⋯+ak−1π1+nak,
d’où la formule (26).
6. Résultant
Dans ce numéro, on se donne deux entiers positifs p,q et deux polynômes f,g dans A[X], de la forme
f=tpXp+tp−1Xp−1+⋯+t0
g=uqXq+uq−1Xq−1+⋯+u0
tels que degf≤p,degg≤q. Pour tout entier n≥0, on note Sn le sous-A-module de A[X] formé des polynômes de degré <n; il a pour base la famille (Xi)0≤i<n, donc est de rang n.
On définit une application linéaire φ:Sq×Sp→Sp+q par
φ(u,v)=uf+vg
et l’on note M(f,g,p,q) la matrice de φ par rapport aux bases B1 et B2. C’est une matrice carrée d’ordre p+q, indexée par l’ensemble {0,1,…,p+q−1}. Ses éléments aij sont donnés par les règles :
a) on a aij=tp−i+j pour 0≤j≤q−1, b) on a aij=uj−i pour q≤j≤p+q−1,
où l’on convient que tk est nul si k∈/{0,p} et que uk est nul si k∈/{0,q}.
Avec les notations ci-dessus, le déterminant de la matrice M(f,g,p,q) s’appelle le résultant du couple (f,g) pour les degrés p et q, ou simplement le résultant de f et g si p=degf et q=degg.
Ce résultant se note resp,q(f,g) ou simplement res(f,g) lorsque p=degf,q=degg.
La matrice M(g,f,q,p) se déduit de M(f,g,p,q) par pq transpositions de colonnes, d’où
resq,p(g,f)=(−1)pqresp,q(f,g).
Remarque 2
Soit ρ:A→B un homomorphisme d’anneaux. La définition 1 entraîne aussitôt la formule
resp,q(ρf,ρg)=ρ(resp,q(f,g)).
Remarque 3
Soient λ,μ dans A. On a
resp,q(λf,μg)=λqμpresp,q(f,g).
(28)
Remarque 4
Supposons qu’on ait p+q⩾1. D’après III, p. 99, formule (28), l’image de φ contient le polynôme constant resp,q(f,g). Il existe donc un couple de polynômes (u,v), avec u∈Sq,v∈Sp, tel que
resp,q(f,g)=uf+vg,
d’où
resp,q(f,g)∈A∩(f,g).
Ce couple (u,v) est unique lorsque resp,q(f,g) est simplifiable dans A : en effet, φ est alors injective (III, p. 91, prop. 3).
Remarque 5
Supposons p⩾q. Soit h∈A[X] un polynôme de degré ⩽p−q. Montrons que l’on a
resp,q(f,g)=resp,q(f+gh,g).
En effet, posons ω(u,v)=(u,uh+v) pour (u,v)∈Sq×Sp. Alors ω est un automorphisme du A-module Sq×Sp et l’on a
ω−1(u,v)=(u,−uh+v).
La matrice de ω par rapport à la base B1 est triangulaire inférieure, et ses éléments diagonaux sont égaux à 1. D’autre part, φ∘ω applique (u,v) sur u(f+gh)+vg. La formule (29) signifie que les matrices représentant φ et φ∘ω ont même déterminant, et ceci résulte de la relation detω=1.
Supposons f unitaire de degré p; posons E=A[X]/(f) et notons x l’image canonique de X dans E. On sait (IV, p. 10) que E est un A-module libre, de base (1,x,...,xp−1). On peut donc définir la norme NE/A(u) de tout élément u de E (III, p. 110, déf. 2).
Proposition 7
Supposons f unitaire de degré p. Avec les notations précédentes, on a*¹
resp,q(f,g)=NE/A(g(x)).
Définissons une application A-linéaire θ de Sq×Sp dans Sp+q par θ(u,v)=uf+v. Alors θ transforme la base B1 de Sq×Sp en la suite
(fXq−1,...,fX,f,Xp−1,...,X,1)
d’éléments de Sp+q; la matrice Mθ de θ par rapport aux bases B1 et B2 est donc triangulaire inférieure et ses éléments diagonaux sont égaux à 1, d’où detMθ=1.
Par suite, θ est bijectif, et resp,q(f,g) est égal au déterminant de l’endomorphisme φ′=φ∘θ−1 de Sp+q. De manière explicite, on a
φ′(uf+v)=uf+vg
pour tout couple (u,v) dans Sq×Sp. Or, on a A[X]=Sp+q+(f) et fSq=Sp+q∩(f), donc l’injection canonique de Sp+q dans A[X] définit par passage aux quotients un isomorphisme γ de Sp+q/fSq sur E. Soit ψ la multiplication par g(x) dans E. La formule (31) montre que φ′ induit l’identité sur fSq et γ−1ψγ sur Sp+q/fSq. On a donc detφ′=detψ, d’où la formule (30) puisque detφ′=resp,q(f,g) et detψ=NE/A(g(x)) par définition.
Corollaire 1
Soit f∈A[X] un polynôme unitaire. Pour tout polynôme g∈A[X], les conditions suivantes sont équivalentes :* (i) res(f,g)est inversible dansA; (ii) il existe des polynômesu,vdeA[X]tels queuf+vg=1; (iii) g(x) est inversible dans l’algèbreA[X]/(f).
L’équivalence de (i) et (iii) résulte de la prop. 3 de III, p. 111, et de la prop. 7; celle de (ii) et (iii) est triviale.
Corollaire 2
Supposons que* Asoit un corps. Soientf,gdansA[X]. Les conditions suivantes sont équivalentes lorsquefetgsont non nuls : (i) on ares(f,g)=0; (ii) les polynômesfetgsont étrangers dansA[X]; (iii) quelle que soit l’extensionLdeA, les polynômesfetgn’ont pas de racine commune dansL. \
¹ Le résultant resp,q(f,g) est donc indépendant de q lorsque f est unitaire de degré p. On le note alors simplement res(f,g).
On se ramène aussitôt au cas où f est unitaire (IV, p. 72, remarque 3). L’équivalence de (i) et (ii) n’est qu’une traduction du cor. 1 d’après la déf. 1 de IV, p. 12 ; l’équivalence de (ii) et (iii) n’est autre que le cor. 7 de IV, p. 12.
Corollaire 3
Pour tout λ∈A, on a
resp,1(f,λ−X)=f(λ),res1,q(X−λ,g)=g(λ).
Lorsque f(X)=X−λ, l’algèbre E est égale à A, et l’on a x=λ ; la deuxième formule (32) résulte donc de la prop. 7 (IV, p. 73). D’après les remarques 1 et 3 (IV, p. 72), on en déduit
Supposons maintenant f et g unitaires. On note F la A-algèbre A[X,Y]/(f(X),g(Y)) et x (resp. y) l’image canonique de X (resp. Y) dans F.
Proposition 8
Supposons f et g unitaires de degrés respectifs p et q. Avec les notations précédentes, le A-module F est libre de base (xiyj)0≤i<p,0≤j<q, et l’on a
res(f,g)=NF/A(x−y).
Posons E=A[X]/(f) et E′=A[Y]/(g). D’après II, p. 60, cor. 1, l’homomorphisme σ de E⊗E′ dans F déduit de l’homomorphisme canonique A[X]⊗A[Y]→A[X,Y] est bijectif. Ceci prouve l’assertion sur la base de F. On identifiera E à son image dans F par σ. Alors, l’homomorphisme de E-algèbres de E[Y]/(g(Y)) dans F qui applique Y sur y est un isomorphisme.
D’après la transitivité de la norme (III, p. 114), on a
NF/A(x−y)=NE/A(NF/E(x−y)).
D’après la prop. 7 (IV, p. 73), NF/E(x−y) est le résultant des polynômes g(Y) et x−Y de E[Y], donc est égal à g(x) (IV, p. 74, cor. 3). D’après la formule (34) et la prop. 7 (IV, p. 73), on a donc
NF/A(x−y)=NE/A(g(x))=res(f,g).
Proposition 9
Soient p1 et q1 des entiers positifs et f1,g1 des polynômes dans A[X] tels que degf1≤p1, degg1≤q1. On a
On a resp,q(f,g)=(−1)pqresq,p(g,f) (IV, p. 72) ; il suffit donc de prouver la formule (35). De même, la remarque 3 (loc. cit.) montre que si la formule (35) est établie pour un polynôme f, elle l’est pour tous les polynômes de la forme λf avec λ∈A. Enfin, lorsque f est unitaire de degré p, la formule (35) résulte de la prop. 7 (IV, p. 73), en vertu de la formule NE/A(ab)=NE/A(a)⋅NE/A(b). De tout ceci, on conclut que la formule (35) est vraie lorsque le coefficient tp de Xp dans f est inversible.
Lemme 5
Soit t un élément de A. Il existe un anneau commutatif C contenant A comme sous-anneau, un sous-anneau B de C contenant A, un élément τ de B, inversible dans C, et un homomorphisme d’anneaux ρ:B→A tel que ρ(τ)=t et que la restriction de ρ à A soit égale à IdA.
Il suffit de prendre pour B l’algèbre A(N) du monoïde N, c’est-à-dire l’algèbre de polynômes A[τ] en une indéterminée τ, pour C l’algèbre A(Z) du groupe Z et pour ρ l’homomorphisme P↦P(t) de A[τ] dans A.
Avec les notations du lemme 5, où l’on fait t=tp, posons
F=τXp+tp−1Xp−1+⋯+t1X+t0
dans B[X]. Le coefficient de Xp dans F est inversible dans C ; si l’on considère F, g, g1 comme des polynômes de C[X], on a donc
resp,q+q1(F,gg1)=resp,q(F,g)⋅resp,q1(F,g1)
d’après ce qui précède. On ne change pas les résultants si l’on considère F, g et g1 comme des polynômes de B[X]. Comme on a ρF=f,ρg=g,ρg1=g1, la formule (35) résulte de (38) et de la remarque 2 (IV, p. 72).
Corollaire 1
(i) *Soient λ,α1,…,αp des éléments de A et supposons que l’on ait f(X)=λ(X−α1)…(X−αp). On a
resp,q(f,g)=λqg(α1)…g(αp).
(ii) Soient μ,β1,…,βq des éléments de A et supposons que l’on ait de plus g(X)=μ(X−β1)…(X−βq). On a alors
resp,q(f,g)=λqμp1≤i≤p1≤j≤q∏(αi−βj).
L’assertion (i) résulte aussitôt des formules (28), (32) et (36). L’assertion (ii) résulte aussitôt de (i).
Corollaire 2
Pour tout entier r≥0, on a
resp,q+r(f,g)=tpr⋅resp,q(f,g).
Compte tenu de l’exemple 1 (IV, p. 72), il suffit de faire q1=r,g1=1 dans la formule (35).
Supposons f unitaire. Soient ρ:A→B un homomorphisme d’anneaux et ξ1,…,ξp des éléments de B tels que l’on ait la décomposition
ρf(X)=(X−ξ1)…(X−ξp).
D’après la remarque 2 (IV, p. 72) et le cor. 1 ci-dessus, on a
ρ(res(f,g))=g(ξ1)…g(ξp).
Cette remarque s’applique en particulier à la décomposition universelle de f (IV, p. 68), et comme ρ est alors injectif, cela fournit un moyen de calcul de res(f,g).
En raisonnant comme dans la prop. 9 (IV, p. 74), on voit qu’il suffit de prouver cette formule lorsque a est inversible. Il existe alors une décomposition de la forme
(43) aX2+bX+c=a(X−x)(X−y)
dans B[X], où B est un anneau commutatif convenable contenant A comme sous-anneau. D’après le cor. 1 ci-dessus, le résultant cherché est égal à
Soient f un polynôme unitaire de A[X] et m son degré. Notons E la A-algèbre A[X]/(f) et x l’image canonique de X dans E. On appelle discriminant de f, et l’on note dis(f), le discriminant DE/A(1,x,...,xm−1) de la base (1,x,...,xm−1) de la A-algèbre E.
Pour tout entier positif k, posons pk=TrE/A(xk). D’après III, p. 115, la définition 2 se traduit par la formule
dis(f)=det(pi+j)0≤i,j<m.
Exemple 1
Si f est un polynôme unitaire de degré 0 ou 1, on a dis(f)=1 d’après (45).
Exemple 2
Soit f(X)=X2+αX+β un polynôme unitaire de degré 2. Les relations de Newton s’écrivent sous la forme (IV, p. 70)
p0p1+αp2+αp1+2β=2=0=0,
d’où p1=−α,p2=α2−2β. Par suite, on a
dis(f)=det(2−α−αα2−2β)=α2−4β.
Soient B un anneau commutatif, ρ un homomorphisme de A dans B et ξ1,...,ξm des éléments de B tels que
ρf(X)=(X−ξ1)...(X−ξm).
Notons M la matrice (ρ(pi+j))0≤i,j<m et D la matrice de van der Monde (ξi+1j)0≤i,j<m. D’après l’exemple 4 de IV, p. 70, on a
ρ(pk)=ξ1k+⋯+ξmk,
d’où M=tD.D; on a detD=∏i>j(ξi−ξj) d’après III, p. 99, et detM=(detD)2, c’est-à-dire
D’après le cor. 1 de IV, p. 75, appliqué à la décomposition universelle de f, on a finalement
res(f,Df)=res(Df,f)=(−1)m(m−1)/2dis(f).
Proposition 10
Soit m⩾1. Il existe un unique polynôme Δ∈Z[A1,...,Am] avec la propriété suivante : quels que soient l’anneau commutatif A et le polynôme unitaire f=Xm+∑i=1maiXm−i dans A[X], on a
dis(f)=Δ(a1,...,am).
De plus, Δ est de degré ⩽2m−2; si l’on munit Ai du poids i, alors Δ est isobare de poids m(m−1).
a) Unicité de Δ : si Δ satisfait à (48), on a en particulier Δ=dis(F), où F est le polynôme Xm+∑i=1mAiXm−i à coefficients dans Z[A1,...,Am].
b) Existence de Δ : soient s1,...,sm les polynômes symétriques élémentaires en les indéterminées X1,...,Xm. Il existe un polynôme Δ∈Z[A1,...,Am] isobare de poids m(m−1) tel que
Δ(−s1,s2,...,(−1)msm)=i<j∏(Xi−Xj)2;
en effet, le second membre de cette relation est un polynôme P symétrique, homogène de degré m(m−1), dans Z[X1,...,Xm] (IV, p. 58, th. 1). Or la formule (46) signifie que l’on a dis(f)=P∗(f) avec les notations de IV, p. 69 ; la formule (48) résulte aussitôt de là.
c) Degré de Δ : la relation (47) et la définition du résultant (IV, p. 71) entraînent la formule
Dans ces formules, on convient que A0=1 et Ai=0 pour i<0 ou i>m. La formule (50) montre aussitôt que Δ est de degré ≤2m−2.
La prop. 10 permet d’étendre la définition du discriminant aux polynômes non unitaires. Soit m⩾1 un entier. Il existe un unique polynôme homogène de degré 2m−2, soit Δ~, dans Z[A0,A1,...,Am], tel que
Δ(A1,...,Am)=Δ~(1,A1,...,Am);
en effet, comme Δ est de degré ≤2m−2, la fraction rationnelle
A02m−2Δ(A1/A0,…,Am/A0)
appartient au sous-anneau Z[A0,A1,…,Am] de Q(A0,A1,…,Am). Si Ai est de poids i pour 0≤i≤m, alors Δ~ est isobare de poids m(m−1). Si f est un polynôme de degré ≤m, soit
f=a0Xm+a1Xm−1+⋯+am−1X+am,
on posera
(52)
dism(f)=Δ~(a0,a1,…,am).
Lorsque m=degf, on écrit simplement dis(f) pour dism(f); si f est unitaire, dis(f) coïncide avec le discriminant défini dans la déf. 2, d’après les formules (48), (51) et (52).
Proposition 11
Soit f dans A[X] de degré ≤m.
(i) Si ρ:A→B est un homomorphisme d’anneaux, on adism(ρf)=ρ(dism(f)).
(ii) Soient λ,α1,…,αm des éléments de A. Sif=λ(X−α1)…(X−αm), on a
L’assertion (i) est évidente. Comme Δ~ est homogène de degré 2m−2, on a
(55)
dism(λf)=λ2m−2dism(f)
pour tout polynôme f∈A[X] de degré ≤m. L’assertion (ii) résulte des formules (46) et (55). Lorsque f est unitaire de degré m, on a a0=1 et l’assertion (iii) se réduit à la formule (47). Compte tenu de (55) et de la relation
(56)
resm,n(λf,μg)=λnμmresm,n(f,g),
(IV, p. 72), on passe de là au cas où a0 est inversible dans A. Le cas général résulte alors de la prop. 11, (i) et du lemme 5 (IV, p. 75).
Corollaire 1
Soit g∈A[X] et soit n un entier positif tel que degg≤n. On a
(57)
dism+n(fg)=dism(f)⋅disn(g)⋅resm,n(f,g)2.
En raisonnant comme ci-dessus, on se ramène au cas où f et g sont unitaires de degrés respectifs m et n. Posons B=Ef⊗Eg, où Ef (resp. Eg) est l’algèbre de décomposition universelle de f (resp. g) (IV, p. 68). Alors A est un sous-anneau de B, et dans B[X], on a des décompositions
f=i=1∏m(X−αi),g=j=1∏n(X−βj).
On a par suite
fg=k=1∏m+n(X−γk),
avec γi=αi pour 1≤i≤m, et γm+j=βj pour 1≤j≤n. On a l’identité évidente
En élevant cette relation au carré, on obtient (57) d’après (40) et (46).
Corollaire 2
Si a0 est le coefficient de Xm dans f, on a
dism+1(f)=a02dism(f).
Cela résulte du cor. 1, où l’on fait n=1,g=1, d’après la formule resm,1(f,1)=a0 (IV, p. 72, exemple 1).
Corollaire 3
Supposons que A soit un corps. Soit f un polynôme non constant de A[X]. Pour que f et Df soient étrangers, il faut et il suffit que l’on ait dis(f)=0.* Cela résulte de la prop. 11, (iii) et du cor. 2 de IV, p. 73.
Remarque
Une double application du cor. 2 ci-dessus montre que l’on a dism(f)=0 pour tout polynôme f de degré ≤m−2.
Exemple 3
Soit m=2. D’après l’exemple 2 (IV, p. 77), on a Δ(A1,A2)=A12−4A2, d’où Δ~(A0,A1,A2)=A12−4A0A2. Autrement dit, on a
dis2(a0X2+a1X+a2)=a12−4a0a2.
Exemple 4
Considérons le polynôme
F=A0X3+3A1X2+3A2X+A3
à coefficients dans Q[A0,A1,A2,A3]. On a
DF=3(A0X2+2A1X+A2),
d’où
F−31X⋅DF=A1X2+2A2X+A3.
D’après les formules (54) (IV, p. 79) et (29) (IV, p. 72), on a