§ 5. Théories égalitaires
1. Les axiomes
On appelle théorie égalitaire une théorie dans laquelle figure un signe relationnel de poids 2 noté = (qui se lit « égal »), et dans laquelle les schémas S1 à S5 (I, p. 25 et p. 33) ainsi que les schémas S6 et S7 ci-dessous fournissent des axiomes impli; si et sont des termes de , l’assemblage est une relation de (dite relation d’égalité) d’après CF4; on la désigne pratiquement par ou .
S6. Soient une lettre, et des termes de , et une relation de ; la relation
S7. Si et sont des relations de et une lettre, la relation
La règle S6 est bien un schéma. Soit en effet un axiome de , obtenu par application de S6: il y a une relation de , des termes et de , et une lettre , tels que soit . On va voir que, si est une lettre et un terme de , la relation s’obtient encore par application de S6. Par utilisation de CS1 (I, p. 17), on peut se ramener au cas où est distinct de et ne figure pas dans . Désignons par , , les assemblages , , . D’après CS2 et CS5 (I, p. 17), est identique à
Intuitivement, le schéma S6 signifie que, si deux objets sont égaux, ils ont les mêmes propriétés. Le schéma S7 est plus éloigné de l’intuition courante; il signifie que, lorsque deux propriétés et d’un objet sont équivalentes, alors les objets privilégiés et (choisis respectivement parmi ceux qui vérifient , et parmi ceux qui vérifient , s’il y a de tels objets) sont égaux. Le lecteur notera que la présence dans S7 du quantificateur est essentielle (cf. exerc. 7).
La négation de la relation ou se désigne par , ou (où le signe se lit « différent de »).
On déduit de S6 le critère suivant :
C43. Soient une lettre, et des termes de , et une relation de ; les relations et et et sont équivalentes.
En effet, si on adjoint les hypothèses et , est vraie d’après S6, donc et est vraie.
Par abus de langage, lorsqu’on a démontré une relation de la forme dans une théorie , on dit souvent que les termes et sont « les mêmes » ou sont « identiques ». De même, lorsque est vraie dans , on dit que et sont « distincts » au lieu de dire que est différent de .
2. Propriétés de l’égalité
Nous ne considérerons plus désormais que des théories égalitaires. Soit une telle théorie. Soit la théorie dont les signes sont ceux de , et dont les axiomes sont fournis par les seuls schémas S1 à S7. La théorie est moins forte que (I, p. 24) et ne possède pas de constantes. Les trois théorèmes qui suivent sont des théorèmes de .
Théorème 1 03P3
.
Désignons par la relation de . D’après C27 (I, p. 32), pour toute relation de , est un théorème de , donc, d’après S7, , c’est-à-dire , est un théorème de . En prenant pour la relation « non », et tenant compte de C26 (I, p. 32), on voit que est un théorème de . D’après C30 (I, p. 34), est donc un théorème de .
La relation est aussi un théorème de ; et si est une terme de , est un théorème de (cf. I, p. 34). Il est possible de transformer de la même façon les théorèmes ultérieurs en des théorèmes où ne figure aucune lettre, ou en des critères métamathématiques. Nous ne ferons plus désormais ces transformations mais nous les utiliserons souvent impli.
Théorème 2 03P4
.
Supposons que la relation soit vraie. D’après S6, la relation
c’est-à-dire est vraie. Donc est vraie. En vertu du théorème 1, est vraie, ce qui établit le théorème.
Théorème 3 03P5
.
Adjignons les hypothèses , aux axiomes de . D’après §6, la relation est vraie. Donc , et par suite , sont vraies, ce qui établit le théorème.
C44. Soient une lettre, , , des termes de . La relation
est un théorème de .
En effet, soient et deux lettres distinctes entre elles, distinctes de et des lettres qui figurent dans , , . Adjoignons l’hypothèse . Alors, d’après §6,
c’est-à-dire est vraie. Or, est vraie d’après le th. 1. Donc est vraie. De tout ceci résulte que est un théorème de , soit . Or, n’est autre que .
On dit qu’une relation de la forme , où et sont des termes de , est une équation; une solution (dans ) de la relation , considérée comme équation en une lettre , est donc (I, p. 22) un terme de tel que soit un théorème de .
Soient et deux termes de , les lettres figurant dans et non dans . Si la relation est un théorème de , on dit que se met sous la forme (dans ). Soient une relation de , une lettre. Soit une solution (dans ) de , considérée comme relation en . Si toute solution (dans ) de , considérée comme relation en , peut se mettre sous la forme , on dit que est solution complète (ou solution générale) de (dans ).
3. Relations fonctionnelles
Soient un assemblage, une lettre. Soient , des lettres distinctes entre elles, distinctes de et ne figurant pas dans . Soient , deux autres lettres ayant les mêmes propriétés. En vertu de CS8, CS9 (I, p. 32), CS2, CS5 (I, p. 17), CS6 (I, p. 29), les assemblages
et
sont identiques. Si est une relation de , l’assemblage ainsi défini est une relation de qui se désigne par «il existe au plus un tel que »; la lettre n’y figure pas. Lorsque cette relation est un théorème de , on dit que est univoque en dans . Pour prouver que est univoque en dans , il suffit de prouver dans la théorie déduite de par adjonction des axiomes et ,
N° 3 THÉORIES ÉGALITAIRES E I.41
et étant des lettres distinctes entre elles, distinctes de , ne figurant ni dans , ni dans les axiomes expli de .
C45. — Soient une relation de , et une lettre qui n’est pas une constante de . Si est univoque en dans , est un théorème de . Réciproquement, si, pour un terme de ne contenant pas , est un théorème de , est univoque en dans .
Supposons que soit univoque en dans , et prouvons que est un théorème de . Adjoignons l’hypothèse . Alors, est vraie d’après S5, donc « et » est vraie. Or, comme est univoque en ,
est un théorème de d’après C30 (I, p. 34). Donc est vraie.
Réciproquement, supposons que soit un théorème de . Soient , des lettres distinctes entre elles et distinctes de , ne figurant ni dans , ni dans les axiomes expli de . Comme n’est pas une constante de et ne figure pas dans , les relations et sont des théorèmes de . Adjoignons les hypothèses et . Alors et sont vraies, donc est vraie.
Soit une relation de . La relation
se désigne par « il existe un et un seul tel que ». Si cette relation est un théorème de , on dit que est une relation fonctionnelle en dans .
C46. — Soient une relation de , et une lettre qui n’est pas une constante de . Si est fonctionnelle en dans , est un théorème de . Réciproquement, si, pour un terme de ne contenant pas , est un théorème de , est fonctionnelle en dans .
Supposons que soit fonctionnelle en dans . Alors, est un théorème de d’après C45. D’autre part, est un théorème de . D’après S6, la relation
est un théorème de . Si nous adjoignons l’hypothèse , on voit que est vraie. Donc est un théorème de .
Réciproquement, si est un théorème de , est univoque en dans d’après C45. En outre, est un théorème de , donc , et par suite , sont des théorèmes de .
Lorsqu’une relation est fonctionnelle en dans , est donc équivalente à la relation, souvent plus maniable, . Aussi introduit-on généralement un symbole abréviateur pour représenter le terme . Un tel symbole s’appelle symbole fonctionnel dans .
Intuitivement, représente l’objet unique qui possède la propriété définie par .
\* Par exemple, dans une théorie où « est un nombre réel » est un théorème, la relation « est un nombre réel et » est fonctionnelle en . On prend comme symbole fonctionnel correspondant ou . \*
C47. Soient une lettre qui n’est pas une constante de , et deux relations de . Si est fonctionnelle en dans , la relation est équivalente à
En effet, il résulte de C46 et C43 que est équivalente à ; comme ne contient pas , est équivalente à
d’après C33 (I, p. 35) ; on conclut en remarquant que est vraie, puisque est fonctionnelle en .
Exercices
Dans tous ces exercices, désigne une théorie égalitaire.
See the exercises for § 5.