Bourbaki

§ 1. Dérivée première

Ainsi qu’il a été dit dans l’Introduction, nous étudierons dans ce chapitre et le suivant les propriétés infinitésimales des fonctions définies dans une partie du corps R\mathbf{R} des nombres réels, et prenant leurs valeurs dans un espace vectoriel topologique EE sur le corps R\mathbf{R}; nous dirons pour abréger qu’une telle fonction est une fonction vectorielle d’une variable réelle. Le cas le plus important est celui où E=RE = \mathbf{R} (fonctions numériques finies d’une variable réelle). Lorsque E=RnE = \mathbf{R}^n, la considération d’une fonction vectorielle à valeurs-dans EE revient-à la considération simultanée de nn fonctions numériques finies.

Beaucoup des définitions et propriétés énoncées dans le chapitre I s’étendent aux fonctions définies dans une partie du corps C\mathbf{C} des nombres complexes, et prenant leurs valeurs dans un espace vectoriel topologique sur C\mathbf{C} (fonctions vectorielles d’une variable complexe). Certaines de ces définitions et propriété s’étendent même aux fonctions définies sur une partie d’un corps topologique commutatif quelconque KK, et prenant leurs valeurs dans un espace vectoriel topologique sur KK.

Nous signalerons ces généralisations au passage (voir en particulier I, p. 8, Remarque 2), en insistant surtout sur le cas des fonctions d’une variable complexe, de beaucoup le plus important avec celui des fonctions d’une variable réelle, et qui sera étudié de manière plus approfondie dans un Livre ultérieur.

1. Dérivée d’une fonction vectorielle

Définition 1

Soit ff une fonction vectorielle définie dans un intervalle I⊂RI \subset \mathbf{R}, non réduit à un point. On dit que ff est dérivable en un point x0∈Ix_0 \in I si

lim⁡x→x0,x∈I,x≠x0f(x)−f(x0)x−x0 \lim_{x \to x_0, x \in I, x \neq x_0} \frac{f(x) - f(x_0)}{x - x_0}

existe (dans l’espace vectoriel où f\mathbf{f} prend ses valeurs); la valeur de cette de limite s’appelle dérivée première (ou simplement dérivée) de f\mathbf{f} au point x0x_0, et se note f′(x0)\mathbf{f}'(x_0) ou Df(x0)\mathrm{D}\mathbf{f}(x_0).

Si f\mathbf{f} est dérivable au point x0x_0, il en est de même de la restriction de f\mathbf{f} à tout intervalle J⊂IJ \subset I, non réduit à un point et tel que x0∈Jx_0 \in J, et la dérivée de cette restriction est égale à f′(x0)\mathbf{f}'(x_0). Réciproquement, soit JJ un intervalle contenu dans II et contenant un voisinage de x0x_0 par rapport à II; si la restriction de f\mathbf{f} à JJ admet une dérivée au point x0x_0, il en est de même de f\mathbf{f}.

On exprime ces propriétés en disant que la notion de dérivée est une notion locale.

Remarque 1

En Cinématique, si le point f(t)\mathbf{f}(t) est la position d’un point mobile dans l’espace R3\mathbf{R}^3 à l’instant tt, f(t)−f(t0)t−t0\frac{\mathbf{f}(t) - \mathbf{f}(t_0)}{t - t_0} est ce qu’on appelle la vitesse moyenne du mobile entre les instants t0t_0 et tt, et sa limite f′(t0)\mathbf{f}'(t_0) la vitesse instantanée (ou simplement vitesse) à l’instant t0t_0 (lorsque cette limite existe).

Remarque 2

Si une fonction f\mathbf{f}, définie dans II, est dérivable en un point x0∈Ix_0 \in I, elle est nécessairement continue par rapport à II en ce point.

Définition 2

Soit f\mathbf{f} une fonction vectorielle définie dans un intervalle I⊂RI \subset \mathbf{R}, et soit x0x_0 un point de II tel que l’intervalle I∩(x0,+∞[I \cap (x_0, +\infty[ (resp. I∩]−∞,x0]I \cap ]-\infty, x_0]) ne soit pas réduit à un point. On dit que f\mathbf{f} est dérivable à droite (resp. à gauche) au point x0x_0 si la restriction de f\mathbf{f} à l’intervalle I∩(x0,+∞[I \cap (x_0, +\infty[ (resp. I∩]−∞,x0]I \cap ]-\infty, x_0]) est dérivable au point x0x_0; la valeur de la dérivée de cette restriction au point x0x_0, s’appelle dérivée à droite (resp. à gauche) de f\mathbf{f} au point x0x_0, et se note fd′(x0)\mathbf{f}'_d(x_0) (resp. fg′(x0)\mathbf{f}'_g(x_0)).

Soit f\mathbf{f} une fonction vectorielle définie dans II, x0x_0 un point intérieur à II et tel que f\mathbf{f} soit continue en ce point; il résulte des déf. 1 et 2 que, pour que f\mathbf{f} soit dérivable au point x0x_0, il faut et il suffit que f\mathbf{f} admette en ce point une dérivée à droite et une dérivée à gauche, et que ces dérivées soient égales; on a alors

f′(x0)=fd′(x0)=fg′(x0). \mathbf{f}'(x_0) = \mathbf{f}'_d(x_0) = \mathbf{f}'_g(x_0).

Exemple 1

Une fonction constante a en tout point une dérivée nulle.

Exemple 2

Une fonction linéaire affine x↦ax+bx \mapsto ax + b a en tout point une dérivée égale à aa, donc constante.

Exemple 3

La fonction numérique 1/x1/x (définie pour x≠0x \neq 0) est dérivable en tout point x0≠0x_0 \neq 0, car on a (1x−1x0)/(x−x0)=−1xx0\left( \frac{1}{x} - \frac{1}{x_0} \right)/(x - x_0) = -\frac{1}{xx_0}, et comme 1/x1/x est continue au point x0x_0, la limite de l’expression précédente est −1/x02-1/x_0^2.

Exemple 4

La fonction numérique ∣x∣|x|, définie dans R\mathbf{R}, admet au point x=0x = 0 une dérivée à droite égale à +1+1 et une dérivée à gauche égale à −1-1; elle n’est donc pas dérivable en ce point.

Exemple 5

La fonction numérique égale à 0 pour x=0x = 0, à xsin⁡1/xx \sin 1/x pour x≠0x \neq 0, est définie et continue dans R\mathbf{R}, mais elle n’admet ni dérivée à droite ni dérivée à gauche au point x=0x = 0.* On peut donner des exemples de fonctions continues dans un intervalle et n’ayant de dérivée en aucun point de l’intervalle (I, p. 42, exerc. 2 et 3).

Définition 3

On dit qu’une fonction vectorielle f\mathbf{f} définie dans un intervalle I⊂RI \subset \mathbf{R} est dérivable (resp. dérivable à droite, dérivable à gauche) dans II si elle est dérivable (resp.

dérivable à droite, dérivable à gauche) en tout point de II; la fonction x↦f′(x)x \mapsto f'(x) (resp. x↦fd′(x),x↦fg′(x)x \mapsto f'_d(x), x \mapsto f'_g(x)) définie dans II, est appelée fonction dérivée ou (par abus de langage) dérivée (resp. dérivée à droite, dérivée à gauche) de ff, et se note f′f' ou DfDf ou df/dxdf/dx (resp. fd′,fg′f'_d, f'_g).

Remarque

Une fonction peut être dérivable dans un intervalle, sans que sa dérivée soit continue en tout point de cet intervalle (cf. I, p. 43, exerc. 5); \* c’est ce que montre l’exemple de la fonction égale à 0 pour x=0x = 0, à x2sin⁡1/xx^2 \sin 1/x pour x≠0x \neq 0; elle a partout une dérivée, mais cette dérivée est discontinue au point x=0x = 0.

2. Linéarité de la dérivation

Proposition 1

L’ensemble des fonctions vectorielles définies dans un intervalle I⊂RI \subset \mathbf{R}, prenant leurs valeurs dans un même espace vectoriel topologique EE, et dérivables au point x0x_0, est un espace vectoriel sur R\mathbf{R}, et f↦Df(x0)f \mapsto Df(x_0) est une application linéaire de cet espace dans EE.

En d’autres termes, si ff et gg sont définies dans II et dérivables au point x0x_0, f+gf + g et fafa (a scalaire quelconque) sont dérivables au point x0x_0, et ont respectivement pour dérivées en ce point f′(x0)+g′(x0)f'(x_0) + g'(x_0) et f′(x0)af'(x_0)a. Cela résulte aussitôt de la continuité de x+yx + y et de xaxa dans E×EE \times E et dans EE respectivement.

Corollaire

L’ensemble des fonctions vectorielles définies dans un intervalle II, prenant leurs valeurs dans un même espace vectoriel topologique EE, et dérivables dans II, est un espace vectoriel sur R\mathbf{R}, et f↦Dff \mapsto Df est une application linéaire de cet espace dans l’espace vectoriel des applications de II dans EE.

Remarque

Si on munit de la topologie de la convergence simple (ou de la topologie de la convergence uniforme) l’espace vectoriel des applications de II dans EE et le sous-espace des applications dérivables (cf. TG, X, p. 4), l’application linéaire f↦Dff \mapsto Df n’est pas continue en général); \* par exemple, la suite des fonctions fn(x)=sin⁡n2x/nf_n(x) = \sin n^2 x / n converge uniformément vers 0 dans R\mathbf{R}, mais la suite des dérivées fn′(x)=ncos⁡n2xf'_n(x) = n \cos n^2 x ne converge pas simplement vers 0. \

Proposition 2

Soient EE et FF deux espaces vectoriels topologiques sur R\mathbf{R}, uu une application linéaire continue de EE dans FF. Si ff est une fonction vectorielle définie dans un intervalle I⊂RI \subset \mathbf{R}, prenant ses valeurs dans EE et dérivable au point x0∈Ix_0 \in I, la fonction composée u∘fu \circ f admet au point x0x_0 une dérivée égale à u(f′(x0))u(f'(x_0)).

En effet, comme u(f(x))−u(f(x0))x−x0=u(f(x)−f(x0)x−x0)\frac{u(f(x)) - u(f(x_0))}{x - x_0} = u \left( \frac{f(x) - f(x_0)}{x - x_0} \right), cela résulte de la continuité de uu.

Corollaire

Si φ\varphi est une forme linéaire continue dans EE, la fonction numérique φ∘f\varphi \circ f admet au point x0x_0 une dérivée égale à φ(f′(x0))\varphi(f'(x_0)).

Exemple 1

Soit f=(fi)1≤i≤nf = (f_i)_{1 \leq i \leq n} une fonction à valeurs dans Rn\mathbf{R}^n, définie dans un intervalle I⊂RI \subset \mathbf{R}; chacune des fonctions numériques fif_i n’est autre que la fonction composée pri∘f\mathrm{pr}_i \circ f, donc est dérivable au point x0x_0 si ff l’est, et on a alors f′(x0)=(fi′(x0))1≤i≤nf'(x_0) = (f'_i(x_0))_{1 \leq i \leq n}.

Exemple 2

\* En Cinématique, si f(t)f(t) est la position d’un mobile M à l’instant t, g(t)g(t) la position au même instant de la projection M’ de M sur un plan P (resp. une droite D) parallèlement à une droite (resp. un plan) non parallèle à P (resp. à D), g est composée de la projection u de R3\mathbf{R}^3 sur P (resp. D) et de f; comme u est une application linéaire (continue), on voit que la projection de la vitesse d’un mobile sur un plan (resp. une droite) est égale à la vitesse de la projection du mobile sur le plan (resp. la droite).

Exemple 3

Soit f une fonction à valeurs complexes, définie dans un intervalle I⊂RI \subset \mathbf{R}, et soit a un nombre complexe quelconque; la prop. 2 montre que si f est dérivable en un point x0∈Ix_0 \in I, il en est de même de af, et la dérivée de cette fonction au point x0x_0 est égale à af′′(x0)af''(x_0).

3. Dérivée d’un produit

Considérons maintenant pp espaces vectoriels topologiques EiE_i (1≤i≤p1 \leq i \leq p) sur R\mathbf{R}, et une application multilinéaire¹ continue (que nous noterons

(x1,x2…,xp)↦[x1,x2…xp]) (x_1, x_2 \ldots, x_p) \mapsto [x_1, x_2 \ldots x_p])
de E1×E2…×EpE_1 \times E_2 \ldots \times E_p dans un espace vectoriel topologique F sur R\mathbf{R}.

Proposition 3

Pour chaque indice i (1≤i≤p1 \leq i \leq p), soit fif_i une fonction définie dans un intervalle I⊂RI \subset \mathbf{R}, prenant ses valeurs dans EiE_i, dérivable au point x0∈Ix_0 \in I. Alors la fonction

x↦[f1(x).f2(x)…fp(x)] x \mapsto [f_1(x) . f_2(x) \ldots f_p(x)]
définie dans I et à valeurs dans F, admet au point x0x_0 une dérivée égale à
∑i=1p[f1(x)…fi−1(x0).fi′(x0).fi+1(x0)…fp(x0)]. \sum_{i=1}^p [f_1(x) \ldots f_{i-1}(x_0) . f_i'(x_0) . f_{i+1}(x_0) \ldots f_p(x_0)].
Posons en effet h(x)=[f1(x).f2(x)…fp(x)]h(x) = [f_1(x) . f_2(x) \ldots f_p(x)]; en vertu de l’identité
[b1.b2…bp]−[a1.a2…ap]=∑i=1p[b1…bi−1.(bi−ai).ai+1…ap], [b_1 . b_2 \ldots b_p] - [a_1 . a_2 \ldots a_p] = \sum_{i=1}^p [b_1 \ldots b_{i-1} . (b_i - a_i) . a_{i+1} \ldots a_p],
on peut écrire
h(x)−h(x0)=∑i=1p[f1(x)…fi−1(x).(fi(x)−fi(x0)).fi+1(x0)…fp(x0)]. h(x) - h(x_0) = \sum_{i=1}^p [f_1(x) \ldots f_{i-1}(x) . (f_i(x) - f_i(x_0)) . f_{i+1}(x_0) \ldots f_p(x_0)].
Multipliant les deux membres 1x−x0\frac{1}{x - x_0} et faisant tendre x vers x0x_0 dans I, on obtient bien l’expression (1), en tenant compte de la continuité de
(x1,x2,…,xp)↦[x1,x2…xp] (x_1, x_2, \ldots, x_p) \mapsto [x_1, x_2 \ldots x_p]
et de la continuité de l’addition dans F.

¹ Rappelons (A, II, p. 71) qu’une application f de E1×E2×⋯×EpE_1 \times E_2 \times \cdots \times E_p dans F est dite multilinéaire si toute application partielle

xi↦f(a1,…,ai−1,xi,ai+1,…,ap) x_i \mapsto f(a_1, \ldots, a_{i-1}, x_i, a_{i+1}, \ldots, a_p)
de EiE_i dans F (1≤i≤p1 \leq i \leq p), les aja_j d’indice ≠\neq étant quelconques dans les EjE_j, est une application linéaire. On notera que si les EiE_i et F sont des espaces de dimension finie sur R\mathbf{R}, toute application multilinéaire de E1×E2×⋯×EpE_1 \times E_2 \times \cdots \times E_p dans F est nécessairement continue; il n’en est pas de même si certains de ces espaces sont des espaces vectoriels topologiques de dimension infinie.

Lorsque certaines des fonctions fif_i sont des constantes, les termes de l’expression (1) contenant les dérivées fi′(x0)f_i'(x_0) de ces fonctions sont nuls.

Nous explicitons le cas particulier p=2p = 2, le plus important pour les applications : si (x,y)↦[x,y](\mathbf{x}, \mathbf{y}) \mapsto [\mathbf{x}, \mathbf{y}] est une application bilinéaire continue de E×FE \times F dans GG (E, F, G espaces vectoriels topologiques sur R\mathbf{R}), ff et g deux fonctions vectorielles dérivables au point x0x_0, prenant leurs valeurs respectivement dans E et F, la fonction vectorielle x↦[f(x),g(x)]x \mapsto [f(x), g(x)] (qu’on note encore [f,g][f, g]) admet au point x0x_0 une dérivée égale à [f′(x0),g(x0)]+[f(x0),g′(x0)][f'(x_0), g(x_0)] + [f(x_0), g'(x_0)]. En particulier, si a\mathbf{a} est un vecteur constant, [a,f][\mathbf{a}, f] (resp. [f,a][f, \mathbf{a}]) admet au point x0x_0 une dérivée égale à [a,f′(x0)][\mathbf{a}, f'(x_0)] (resp. [f′(x0),a][f'(x_0), \mathbf{a}]).

Si ff et gg sont toutes deux dérivables dans I, il en est donc de même de [f,g][f, g], et on a

[f,g]′=[f′,g]+[f,g′]. [f, g]' = [f', g] + [f, g'].

Exemple 1

Soient ff une fonction numérique, gg une fonction vectorielle, toutes deux dérivables en un point x0x_0; la fonction g/fg/f admet au point x0x_0 une dérivée égale à g′(x0)f(x0)+g(x0)f′(x0)g'(x_0)f(x_0) + g(x_0)f'(x_0). En particulier, si a\mathbf{a} est un vecteur constant, afaf admet une dérivée égale à af′(x0)af'(x_0). Cette dernière remarque, jointe à l’exemple 1 de I, p. 13, prouve que si f=(fi)1≤i≤n\mathbf{f} = (f_i)_{1 \leq i \leq n} est une fonction vectorielle à valeurs dans Rn\mathbf{R}^n, pour que f\mathbf{f} soit dérivable au point x0x_0, il faut et il suffit que chacune des fonctions numériques fi(1≤i≤n)f_i (1 \leq i \leq n) le soit : car, si (ei)1≤i≤n(e_i)_{1 \leq i \leq n} est la base canonique de Rn\mathbf{R}^n, on peut écrire

f=∑i=1neifi. \mathbf{f} = \sum_{i=1}^n e_i f_i.

Exemple 2

La fonction numérique xnx^n provient de la fonction multilinéaire

(x1,x2,…,xn)↦x1x2…xn (x_1, x_2, \ldots, x_n) \mapsto x_1 x_2 \ldots x_n

définie dans Rn\mathbf{R}^n, par substitution de xx à chacun des xix_i; la prop. 3 montre donc que xnx^n est dérivable dans R\mathbf{R} et a pour dérivée nxn−1nx^{n-1}. Il en résulte que la fonction polynôme a0xn+a1xn−1+⋯+an−1x+ana_0 x^n + a_1 x^{n-1} + \cdots + a_{n-1} x + a_n (a_i vecteurs constants) a pour dérivée

na0xn−1+(n−1)a1xn−2+⋯+an−1; na_0 x^{n-1} + (n-1)a_1 x^{n-2} + \cdots + a_{n-1};

lorsque les aia_i sont des nombres réels, cette fonction coïncide avec la dérivée d’une fonction polynôme définie en Algèbre (A, IV).

Exemple 3

Le produit scalaire euclidien (x∣y)(\mathbf{x}| \mathbf{y}) (TG, VI, p. 8) est une application bilinéaire (nécessairement continue) de Rn×Rn\mathbf{R}^n \times \mathbf{R}^n dans R\mathbf{R}. Si ff et gg sont deux fonctions vectorielles à valeurs dans Rn\mathbf{R}^n, dérivables au point x0x_0, la fonction numérique x↦(f(x)∣g(x))x \mapsto (f(x) | g(x)) a au point x0x_0 une dérivée égale à (f′(x0)∣g(x0))+(f(x0)∣g′(x0))(f'(x_0) | g(x_0)) + (f(x_0) | g'(x_0)). On a un résultat analogue pour le produit scalaire hermitien dans Cn\mathbf{C}^n, ce dernier espace étant considéré comme espace vectoriel sur R\mathbf{R}.

Considérons en particulier le cas où la norme euclidienne ∥f(x)∥\|f(x)\| est constante, et par suite aussi (f(x)∣f(x))=∥f(x)∥2(f(x) | f(x)) = \|f(x)\|^2; en écrivant que la dérivée de (f(x)∣f(x))(f(x) | f(x)) est nulle au point x0x_0, il vient (f(x0)∣f′(x0))=0(f(x_0) | f'(x_0)) = 0, autrement dit, f′(x0)f'(x_0) est un vecteur orthogonal à f(x0)f(x_0).

Exemple 4

Si EE est une algèbre topologique sur R\mathbf{R} (cf. Introduction), le produit xyxy de deux éléments de EE est fonction bilinéaire continue de (x,y)(\mathbf{x}, \mathbf{y}); si ff et gg prennent leurs valeurs dans EE et sont dérivables au point x0x_0, la fonction x↦f(x)g(x)x \mapsto f(x)g(x) admet au point x0x_0 une dérivée égale à f′(x0)g(x0)+f(x0)g′(x0)f'(x_0)g(x_0) + f(x_0)g'(x_0). En particulier, si U(x)=(uij(x))U(x) = (u_{ij}(x)), V(x)=(βik(x))V(x) = (\beta_{ik}(x)) sont deux matrices carrées d’ordre nn, dérivables au point x0x_0, leur produit

UV admet en ce point une dérivée égale à la matrice U′(x0)V(x0)+U(x0)V′(x0)U'(x_0)V(x_0) + U(x_0)V'(x_0) (avec U′(x)=(αij′(x))U'(x) = (\alpha_{ij}'(x)) et V′(x)=(βij′(x))V'(x) = (\beta_{ij}'(x))).

Exemple 5

Le déterminant det⁡(x1,x2,…,xn)\det(\mathbf{x}_1, \mathbf{x}_2, \ldots, \mathbf{x}_n) de nn vecteurs xi=(xij)1≤i≤n\mathbf{x}_i = (x_{ij})_{1 \leq i \leq n} de l’espace Rn\mathbf{R}^n (A, III, p. 90) étant une fonction multilinéaire (continue) des xi\mathbf{x}_i, on voit que si les n2n^2 fonctions numériques fijf_{ij} sont dérivables au point x0x_0, leur déterminant g(x)=det⁡(fij(x))g(x) = \det(f_{ij}(x)) admet en ce point une dérivée égale à

∑i=1n[f1(x0),…,fi−1(x0),fi′(x0),fi+1(x0),…,fn(x0)] \sum_{i=1}^n [\mathbf{f}_1(x_0), \ldots, \mathbf{f}_{i-1}(x_0), \mathbf{f}_i'(x_0), \mathbf{f}_{i+1}(x_0), \ldots, \mathbf{f}_n(x_0)]

où fi(x)=(fij(x))1≤j≤n\mathbf{f}_i(x) = (f_{ij}(x))_{1 \leq j \leq n}; en d’autres termes, on obtient la dérivée d’un déterminant d’ordre nn en faisant la somme des nn déterminants qu’on obtient en remplaçant, pour chaque ii, les termes de la colonne d’indice ii du déterminant donné par leurs dérivées.

Remarque

Si U(x)U(x) est une matrice carrée dérivable et inversible au point x0x_0, la dérivée de son déterminant Δ(x)=det⁡(U(x))\Delta(x) = \det(U(x)) s’exprime encore à l’aide de la dérivée de U(x)U(x) par la formule

Δ′(x0)=Δ(x0)⋅Tr⁡(U′(x0)U−1(x0)). \Delta'(x_0) = \Delta(x_0) \cdot \operatorname{Tr}(U'(x_0)U^{-1}(x_0)).

En effet, posons U(x0+h)=U(x0)+hV; VU(x_0 + h) = U(x_0) + hV; \ V tend par définition vers U′(x0)U'(x_0) lorsque hh tend vers 0. On peut alors écrire

Δ(x0+h)=Δ(x0)⋅det⁡(I+hVU−1(x0)). \Delta(x_0 + h) = \Delta(x_0) \cdot \det(I + hVU^{-1}(x_0)).

Or, det⁡(I+hX)=1+hTr⁡(X)+∑k=2nλkhk\det(I + hX) = 1 + h \operatorname{Tr}(X) + \sum_{k=2}^n \lambda_k h^k, les λk\lambda_k (k≥2k \geq 2) étant des polynômes par rapport aux éléments de la matrice XX; comme les éléments de VU−1(x0)VU^{-1}(x_0) ont une limite lorsque hh tend vers 0, on a bien la formule (3).

4. Dérivée de l’inverse d’une fonction

Proposition 4

Soit EE une algèbre normée complète sur R\mathbf{R}, ayant un élément unité et soit f\mathbf{f} une fonction définie dans un intervalle I⊂RI \subset \mathbf{R}, prenant ses valeurs dans EE, et dérivable au point x0∈Ix_0 \in I. Si y0=f(x0)y_0 = \mathbf{f}(x_0) est inversible1^1 dans EE, la fonction x↦(f(x))−1x \mapsto (\mathbf{f}(x))^{-1} est définie dans un voisinage de x0x_0 (par rapport à II) et admet au point x0x_0 une dérivée égale à −(f(x0))−1f′(x0)(f(x0))−1- (\mathbf{f}(x_0))^{-1}\mathbf{f}'(x_0)(\mathbf{f}(x_0))^{-1}.

En effet, l’ensemble des éléments inversibles de EE est un ensemble ouvert où la fonction y↦y−1y \mapsto y^{-1} est continue (TG, IX, p. 40); comme f\mathbf{f} est continue (par rapport à II) au point x0x_0, (f(x))−1(\mathbf{f}(x))^{-1} est définie dans un voisinage de x0x_0, et on a

(f(x))−1−(f(x0))−1=(f(x))−1(f(x0)−f(x))(f(x0))−1. (\mathbf{f}(x))^{-1} - (\mathbf{f}(x_0))^{-1} = (\mathbf{f}(x))^{-1}(\mathbf{f}(x_0) - \mathbf{f}(x)) (\mathbf{f}(x_0))^{-1}.

La proposition résulte donc de la continuité de y−1y^{-1} au voisinage de y0y_0, et de la continuité de xyxy dans E×EE \times E.

Exemple 1

Le cas particulier le plus important est celui où EE est l’un des corps R\mathbf{R} ou C\mathbf{C}: si ff est une fonction à valeurs réelles ou complexes, dérivable au point x0x_0 et telle que f(x0)≠0f(x_0) \neq 0, 1/f1/f admet au point x0x_0 une dérivée égale à −f′(x0)/(f(x0))2- f'(x_0)/(f(x_0))^2.

1 On rappelle (A, I, p. 15) qu’un élément z∈Ez \in E est dit inversible s’il existe un élément de EE, noté z−1z^{-1}, tel que l’on ait zz−1=z−1z=ezz^{-1} = z^{-1}z = e (e élément unité de EE).

Exemple 2

Si U=(zij(x))U = (z_{ij}(x)) est une matrice carrée d’ordre nn, dérivable au point x0x_0 et inversible en ce point, U−1U^{-1} admet au point x0x_0 une dérivée égale à − U−1U′U−1-\ U^{-1}U'U^{-1}.

5. Dérivée d’une fonction composée

Proposition 5

Soient ff une fonction numérique définie dans un intervalle I⊂RI \subset \mathbf{R}, et gg une fonction vectorielle définie dans un intervalle de R\mathbf{R} contenant f(I)f(I). Si ff est dérivable au point x0x_0 et gg dérivable au point f(x0)f(x_0), la fonction composée g∘fg \circ f admet au point x0x_0 une dérivée égale à g′(f(x0))f′(x0)g'(f(x_0))f'(x_0).

En effet, posons h=g∘fh = g \circ f; on peut écrire, pour x≠x0x \neq x_0,

h(x)−h(x0)x−x0=u(x)f(x)−f(x0)x−x0 \frac{h(x) - h(x_0)}{x - x_0} = u(x) \frac{f(x) - f(x_0)}{x - x_0}
où on pose u(x)=g(f(x))−g(f(x0))f(x)−f(x0)u(x) = \frac{g(f(x)) - g(f(x_0))}{f(x) - f(x_0)} si f(x)≠f(x0)f(x) \neq f(x_0), et u(x)=g′(f(x0))u(x) = g'(f(x_0)) dans le cas contraire. Lorsque xx tend vers x0x_0, f(x)f(x) a pour limite f(x0)f(x_0), donc u(x)u(x) a pour limite g′(f(x0))g'(f(x_0)), d’où la proposition en vertu de la continuité de la fonction yxyx dans E×R\mathbf{E} \times \mathbf{R}.

6. Dérivée d’une fonction réciproque

Proposition 6

Soit ff un homéomorphisme d’un intervalle I⊂RI \subset \mathbf{R} sur un intervalle J=f(I)⊂RJ = f(I) \subset \mathbf{R}, et soit gg l’homéomorphisme réciproque.\footnote{Pour que ff soit un homéomorphisme de II sur une partie de R\mathbf{R}, on sait qu’il faut et il suffit que ff soit continue et strictement monotone dans II (TG, IV, p. 9, th. 5).} Si ff est dérivable au point x0∈Ix_0 \in I, et si f′(x0)≠0f'(x_0) \neq 0, gg admet au point y0=f(x0)y_0 = f(x_0) une dérivée égale à 1/f′(x0)1/f'(x_0).

En effet, pour tout y∈Jy \in J, on a g(y)∈Ig(y) \in I et u=f(g(y))u = f(g(y)); on peut donc écrire, pour y≠y0y \neq y_0,

g(y)−g(y0)y−y0=g(y)−x0f(g(y))−f(x0) \frac{g(y) - g(y_0)}{y - y_0} = \frac{g(y) - x_0}{f(g(y)) - f(x_0)}
et ≠y0\neq y_0, g(y)g(y) tend vers x0x_0 en restant dans II et ≠x0\neq x_0, et le second membre de la formule précédente a donc une limite égale à 1/f′(x0)1/f'(x_0), puisque par hypothèse f′(x0)≠0f'(x_0) \neq 0.

Corollaire

Si ff est dérivable dans II et si f′(x)≠0f'(x) \neq 0 dans II, gg est dérivable dans JJ et sa dérivée en tout point y∈Jy \in J est égale à 1/f′(g(y))1/f'(g(y)).

Par exemple, pour tout entier n>0n > 0, la fonction x1/nx^{1/n}, homéomorphisme de R+\mathbf{R}_+ sur lui-même, réciproque de xnx^n, a pour dérivée en tout point x>0x > 0, 1nx1n−1\frac{1}{n} x^{\frac{1}{n}-1}.

On en déduit aisément, d’après la prop. 5, que, pour tout nombre rationnel r=p/q>0r = p/q > 0, la fonction xr=(x1/q)px^r = (x^{1/q})^p a pour dérivée rxr−1rx^{r-1} en tout point x>0x > 0.

Remarque 1

Toutes les propositions qui précèdent, énoncées pour des fonctions dérivables en un point x0x_0, donnent aussitôt des propositions pour des fonctions dérivables à droite (resp. à gauche) en x0x_0, en considérant au lieu de ces fonctions, leurs restrictions à l’intersection de l’intervalle où sont définies ces fonctions et de l’intervalle (x0,+∞](x_0, +\infty] (resp.]−∞,x0]]-\infty, x_0]); nous laissons au lecteur le soin de les énoncer.

Remarque 2

Les définitions et propositions qui précèdent (à l’exception de ce qui concerne les dérivées à droite et dérivées à gauche) s’étendent aisément au cas où on remplace R\mathbf{R} par un corps topologique commutatif quelconque KK, et les espaces vectoriels topologiques (resp. algèbres topologiques) sur KK. Dans la déf. 1 et les prop. 1, 2 et 3, il suffit de remplacer II par un voisinage de x0x_0 dans KK; dans la prop. 4, il faut supposer de plus que l’application y↦y−1y \mapsto y^{-1} est définie et continue dans un voisinage de f(x0)f(x_0) dans EE. La prop. 5 se généralise de la façon suivante: soient K′K' un sous-corps du corps topologique KK, EE un espace vectoriel topologique sur KK; soit ff une fonction définie dans un voisinage V⊂K′V \subset K' de x0∈K′x_0 \in K', à valeurs dans KK (considéré comme espace vectoriel topologique sur K′K'), dérivable au point x0x_0, et soit gg une fonction définie dans un voisinage de f(x0)∈Kf(x_0) \in K, à valeurs dans EE, et dérivable au point f(x0)f(x_0); alors l’application g∘fg \circ f est dérivable au point x0x_0 et a une dérivée en ce point égale à g′(f(x0))f′(x0)g'(f(x_0))f'(x_0) (EE étant alors considéré comme espace vectoriel topologique sur K′K').

Avec les mêmes notations, soit ff une fonction définie dans un voisinage VV de a∈Ka \in K, à valeurs dans EE, et dérivable au point aa; si a∈K′a \in K' et n’est pas point isolé dans K′K', la restriction de ff à V∩K′V \cap K' est dérivable au point aa, et a pour dérivée f′(a)f'(a) en ce point. Ces considérations s’appliqueront surtout, en pratique, au cas où K=CK = \mathbf{C} et K′=RK' = \mathbf{R}.

Enfin, la prop. 6 s’étend au cas où on remplace II par un voisinage de x0∈Kx_0 \in K, et ff par un homéomorphisme de II sur un voisinage J=f(I)J = f(I) de y0=f(x0)y_0 = f(x_0) dans KK.

7. Dérivées des fonctions numériques

Les définitions et propositions qui précèdent se complètent sur quelques points lorsqu’il s’agit de fonctions numériques (finies) d’une variable réelle.

Tout d’abord, si ff est une telle fonction, définie dans un intervalle I⊂RI \subset \mathbf{R}, et continue par rapport à II en un point x0∈Ix_0 \in I, il peut se faire, lorsque xx tend vers x0x_0 en restant dans II et ≠x0\neq x_0, que f(x)−f(x0)x−x0\frac{f(x) - f(x_0)}{x - x_0} ait une limite égale à +∞+\infty ou à −∞-\infty; on dit alors encore que ff est dérivable au point x0x_0 et a pour dérivée en ce point +∞+\infty (resp. −∞-\infty); si, en tout point xx de II, la fonction ff a une dérivée (finie ou infinie) f′(x)f'(x), la fonction f′f' (à valeurs dans R\mathbf{R}) est encore appelée la fonction dérivée (ou simplement la dérivée) de ff. On généralise de même les définitions de la dérivée à droite et de la dérivée à gauche.

Exemple

Au point x=0x = 0, la fonction x1/2x^{1/2} (fonction réciproque de x3x^3, homéomorphisme de R\mathbf{R} sur lui-même) admet une dérivée égale à +∞+\infty; la fonction ∣x∣1/2|x|^{1/2} admet au point x=0x = 0 une dérivée à droite égale à +∞+\infty et une dérivée à gauche égale à −∞-\infty.

Les formules donnant la dérivée d’une somme, d’un produit de fonctions numériques dérivables, ou de l’inverse d’une fonction dérivable (prop. 1, 3 et 4) ainsi que la dérivée d’une fonction (numérique) composée (prop. 5) sont encore valables lorsque les dérivées qui y figurent sont infinies, pourvu que toutes les expressions intervenant dans ces formules aient un sens (TG, IV, p. 15–16). Enfin, dans la prop. 6, si on suppose que ff est strictement croissante (resp. strictement décroissante) et continue dans II, et si f′(x0)=0f'(x_0) = 0, la fonction réciproque gg admet au point y0=f(x0)y_0 = f(x_0) une dérivée égale à +∞+\infty (resp. −∞-\infty); si f′(x0)=+∞f'(x_0) = +\infty (resp. −∞-\infty), gg admet une dérivée égale à 0. On a des résultats analogues pour les dérivées à droite et dérivées à gauche, que nous laissons au lecteur le soin d’énoncer.

Soit CC le graphe ou courbe représentative d’une fonction numérique finie ff, partie du plan R2\mathbf{R}^2 formée des points (x,f(x))(x, f(x)) où xx parcourt l’ensemble où ff est définie. Si, en un point x0∈Ix_0 \in I, la fonction ff a une dérivée à droite finie, la demi-droite ayant comme origine le point Mx0=(x0,f(x0))M_{x_0} = (x_0, f(x_0)) de CC, et pour paramètres directeurs (1,fd′(x0))(1, f'_d(x_0)) est appelée demi-tangente à droite à la courbe CC au point Mx0M_{x_0}; lorsque fd′(x0)=+∞f'_d(x_0) = +\infty (resp. fd′(x0)=−∞f'_d(x_0) = -\infty), on appelle encore ainsi la demi-droite d’origine Mx0M_{x_0} et de paramètres (0,1)(0, 1) (resp. (0,−1)(0, -1)). On définit de même la demi-tangente à gauche au point Mx0M_{x_0}, lorsque fg′(x0)f'_g(x_0) existe. Avec ces définitions, on vérifie aussitôt que l’angle que fait la demi-tangente à droite (resp. à gauche) avec l’axe des abscisses, est la limite de l’angle que fait avec cet axe la demi-droite d’origine Mx0M_{x_0} passant par le point Mx=(x,f(x))M_x = (x, f(x)) de CC, lorsque xx tend vers x0x_0 en restant >x0> x_0 (resp. <x0< x_0).

On peut dire aussi que la demi-tangente à droite (resp. à gauche) est la limite de la demi-droite d’origine Mx0M_{x_0} passant par MxM_x, en considérant sur l’ensemble des demi-droites de même origine, la topologie de l’espace quotient C∗/R+∗\mathbf{C}^*/\mathbf{R}^*_+ (TG, VIII, p. 9).

Si les deux demi-tangententes en un point Mx0M_{x_0} de CC existent, elles ne sont opposées que lorsque ff a une dérivée (finie ou non) au point x0x_0 (supposé intérieur à II); elles ne sont identiques que lorsque fd′(x0)f'_d(x_0) et fg′(x0)f'_g(x_0) sont infinies et de signes contraires. Dans les deux cas, on dit que la droite qui contient les deux demi-tangententes est la tangente à CC au point Mx0M_{x_0}.

Lorsque la tangente en Mx0M_{x_0} existe, elle est la limite de la droite passant par Mx0M_{x_0} et MxM_x, lorsque xx tend vers x0x_0 en restant ≠x0\neq x_0, la topologie sur l’ensemble des droites passant par un même point étant celle de l’espace quotient C∗/R∗\mathbf{C}^*/\mathbf{R}^* (TG, VIII, p. 15).

Les notions de tangente et de demi-tangente à une courbe représentative sont des cas particuliers de notions générales qui seront définies dans la partie de ce Traité consacrée aux variétés différentielles.

Définition 4

On dit qu’une fonction numérique finie ff, définie dans une partie AA d’un espace topologique EE, admet un maximum relatif (resp. maximum relatif strict, minimum relatif, minimum relatif strict) en un point x0∈Ax_0 \in A, par rapport à AA, s’il existe un voisinage VV de x0x_0 dans EE tel qu’en tout point x∈V∩Ax \in V \cap A différent de x0x_0, on ait f(x)⩽f(x0)f(x) \leqslant f(x_0) (resp. f(x)<f(x0)f(x) < f(x_0), f(x)⩾f(x0)f(x) \geqslant f(x_0), f(x)>f(x0)f(x) > f(x_0)).

Il est clair que si ff atteint sa borne supérieure (resp. inférieure) dans AA en un point de AA, elle a un maximum relatif (resp. minimum relatif) par rapport à AA en ce point; la réciproque est bien entendu inexacte.

On notera que si B⊂AB \subset A, et si ff admet (par exemple) un maximum relatif en un point x0∈Bx_0 \in B, par rapport à BB, ff n’admet pas nécessairement un maximum relatif par rapport à AA en ce point.

Proposition 7

Soit ff une fonction numérique finie, définie dans un intervalle I⊂RI \subset \mathbf{R}. Si, en un point x0x_0, intérieur à II, ff admet un maximum relatif (resp. un minimum relatif) et a en ce point une dérivée à droite et une dérivée à gauche, on a fd′(x0)⩽0f'_d(x_0) \leqslant 0 et fg′(x0)⩾0f'_g(x_0) \geqslant 0 (resp. fd′(x0)⩾0f'_d(x_0) \geqslant 0 et fg′(x0)⩽0f'_g(x_0) \leqslant 0) ; en particulier, si ff est dérivable au point x0x_0, on a f′(x0)=0f'(x_0) = 0.

La proposition résulte trivialement des définitions.

On peut dire encore que si en un point x0x_0 intérieur à II la fonction ff est dérivable et admet un maximum ou minimum relatif, la tangente à sa courbe représentative est parallèle à l’axe des abscisses. La réciproque est inexacte, comme le montre l’exemple de la fonction x3x^3 qui a une dérivée nulle au point x=0x = 0, mais n’a ni maximum ni minimum relatif en ce point.

Exercices

See the exercises for § 1.

Transcribed from the printed volume. Not translated.