Bourbaki

§ 1. Dérivées des fonctions exponentielles et circulaires

1. Dérivées des fonctions exponentielles; nombre ee

On sait que tout homomorphisme continu du groupe additif R\mathbf{R} dans le groupe multiplicatif R∗\mathbf{R}^* des nombres réels ≠0\neq 0 est une fonction de la forme x↦axx \mapsto a^x (dite fonction exponentielle) où aa est un nombre >0> 0 (TG, V, p. 11); c’est un isomorphisme de R\mathbf{R} sur le groupe multiplicatif R+∗\mathbf{R}_+^* des nombres >0> 0 si a≠1a \neq 1, et l’isomorphisme réciproque de R+∗\mathbf{R}_+^* sur R\mathbf{R} se note log⁡ax\log_a x et est appelé logarithme de base aa.

Nous allons voir que la fonction f(x)=axf(x) = a^x a pour tout x∈Rx \in \mathbf{R} une dérivée de la forme e⋅axe \cdot a^x (où on a évidemment e=f′(0)e = f'(0)). Cela résulte du théorème général suivant:

Théorème 1

Soit E une algèbre normée complète sur le corps R\mathbf{R}, ayant un élément unité ee, et soit f\mathbf{f} un homomorphisme continu du groupe additif R\mathbf{R} dans le groupe multiplicatif GG des éléments inversibles de EE. L’application f\mathbf{f} est dérivable en tout point x∈Rx \in \mathbf{R}, et on a

f′(x)=f(x)f′(0). \mathbf{f}'(x) = \mathbf{f}(x)\mathbf{f}'(0).

Remarquons d’abord que, EE étant une algèbre complète, GG est ouvert dans EE (TG, IX, p. 40, prop. 14). Considérons la fonction g(x)=∫0af(x+t) dtg(x) = \int_0^a \mathbf{f}(x + t) \, dt, où a>0a > 0 est un nombre que nous préciserons plus loin; comme f(x+t)=f(x)f(t)\mathbf{f}(x + t) = \mathbf{f}(x)\mathbf{f}(t) par hypothèse, on a g(x)=∫0af(x)f(t) dt=f(x)∫0af(t) dtg(x) = \int_0^a \mathbf{f}(x)\mathbf{f}(t) \, dt = \mathbf{f}(x) \int_0^a \mathbf{f}(t) \, dt (I, p. 14, prop. 3). Soit α>0\alpha > 0 tel que la boule ∥x−e∥≤α\|x - e\| \leq \alpha soit contenue dans GG; comme f(0)=e\mathbf{f}(0) = e et que f\mathbf{f} est continue par hypothèse, on peut supposer que aa est pris assez petit pour que ∥f(t)−e∥≤α\|\mathbf{f}(t) - e\| \leq \alpha dans (0,a)(0, a); par suite (II, p. 12, formule (16)), on a

∥1a∫0af(t) dt−e∥≤α, \left\| \frac{1}{a} \int_0^a \mathbf{f}(t) \, dt - e \right\| \leq \alpha,

et 1a∫0af(t) dt\frac{1}{a} \int_0^a f(t) \, dt appartient à G, autrement dit est inversible; il en est de même de b=∫0af(t) dtb = \int_0^a f(t) \, dt, et on peut écrire f(x)=g(x)b−1f(x) = g(x)b^{-1}; il suffit donc de prouver que g(x)g(x) est dérivable; or, par le changement de variable x+t=ux + t = u, on a g(x)=∫xx+af(u) dug(x) = \int_x^{x+a} f(u) \, du; comme ff est continue, gg est dérivable pour tout x∈Rx \in \mathbf{R} (II, p. 6, prop. 3), et on a

g′(x)=f(x+a)−f(x)=f(x)(f(a)−e). g'(x) = f(x + a) - f(x) = f(x)(f(a) - e).
D’où f′(x)=g′(x)b−1=f(x)cf'(x) = g'(x)b^{-1} = f(x)c, où c=(f(a)−e)b−1c = (f(a) - e)b^{-1}, et on a évidemment f′(0)=cf'(0) = c.

Réciproquement, on peut démontrer, soit directement (III, p. 24, exerc. 1), soit à l’aide de la théorie des équations différentielles linéaires (IV, p. 29) que toute application dérivable ff de R\mathbf{R} dans une algèbre normée complète E, telle que f′(x)=f(x)cf'(x) = f(x)c et f(0)=ef(0) = e, est un homomorphisme du groupe additif R\mathbf{R} dans le groupe multiplicatif G.

Proposition 1

Pour tout nombre a>0a > 0 et ≠1\neq 1, la fonction exponentielle axa^x admet en tout point x∈Rx \in \mathbf{R} une dérivée égale à (log⁡ea)ax(\log_e a)a^x où ee est un nombre >1> 1 (indépendant de aa).

L’application du th. 1 au cas où E est le corps R\mathbf{R} lui-même montre en effet que axa^x admet en tout point une dérivée égale à φ(a).ax\varphi(a).a^x, où φ(a)\varphi(a) est un nombre réel ≠0\neq 0 ne dépendant que de aa. Soit bb un second nombre >0> 0 et ≠1\neq 1; la fonction bxb^x a une dérivée égale à φ(b).bx\varphi(b).b^x d’après ce qui précède; d’autre part, on a bx=ax.log⁡abb^x = a^{x.\log_a b} donc (I, p. 17, prop. 5), la dérivée de bxb^x est égale à log⁡ab.φ(a)bx\log_a b . \varphi(a)b^x; par comparaison des deux expressions obtenues, il vient

φ(b)=φ(a).log⁡ab. \varphi(b) = \varphi(a) . \log_a b.
On en déduit qu’il existe un nombre bb et un seul tel que φ(b)=1\varphi(b) = 1; en effet, cette relation équivaut, d’après (2), à b=a1/φ(a)b = a^{1/\varphi(a)}. Il est d’usage de désigner par ee le nombre réel ainsi déterminé; d’après (2), on a φ(a)=log⁡ea\varphi(a) = \log_e a, ce qui achève de démontrer la prop. 1.

On écrira souvent exp⁡x\exp x au lieu de exe^x.

La définition du nombre ee montre qu’on a

D(ex)=ex \mathrm{D}(e^x) = e^x
ce qui prouve que exe^x est strictement croissante, et par suite que e>1e > 1.

Au § 2 (III, p. 15), nous verrons comment on peut calculer des valeurs aussi approchées qu’on veut du nombre ee.

DéFINITION 1. — Les logarithmes de base ee sont appelés logarithmes népériens (ou logarithmes naturels).

On convient d’ordinaire d’omettre la base dans la notation d’un logarithme népérien. Sauf mention expresse du contraire, la notation log⁡x\log x (x>0x > 0) désignera donc le logarithme népérien de x. Avec cette notation, la prop. 1 s’exprime par l’identité (4) D(ax)=(log⁡a)axD(a^x) = (\log a)a^x valable pour aa quelconque >0> 0 (puisque pour a=1,log⁡a=0a = 1, \log a = 0). Cette relation montre que axa^x a des dérivées de tout ordre, et qu’on a (5) Dn(ax)=(log⁡a)nax.D^n(a^x) = (\log a)^n a^x.

En particulier, pour tout a>0a > 0 et ≠1\neq 1, on a D2(ax)>0D^2(a^x) > 0 pour tout x∈Rx \in \mathbf{R}, et par suite axa^x est strictement convexe dans R\mathbf{R} (I, p. 39, corollaire). On en déduit la proposition suivante:

Proposition 2 (« inégalité de la moyenne géométrique »). — Quels que soient les nombres zi>0z_i > 0 (1≤i≤n1 \leq i \leq n) et les nombres pi>0p_i > 0 tels que ∑i=1npi=1\sum_{i=1}^n p_i = 1, on a (6) z1p1z2p2…znpn≤p1z1+p2z2+⋯+pnzn.z_1^{p_1}z_2^{p_2}\ldots z_n^{p_n} \leq p_1z_1 + p_2z_2 + \cdots + p_nz_n. En outre les deux membres de (6) ne sont égaux que si tous les ziz_i sont égaux.

En effet, posons zi=exiz_i = e^{x_i}; l’inégalité (6) s’écrit (7) exp⁡(p1x1+p2x2+⋯+pnxn)≤p1ex1+p2ex2+⋯+pnexn.\exp(p_1x_1 + p_2x_2 + \cdots + p_nx_n) \leq p_1e^{x_1} + p_2e^{x_2} + \cdots + p_ne^{x_n}. La proposition résulte alors de la prop. 1 de I, p. 34, appliquée à la fonction exe^x, strictement convexe dans R\mathbf{R}.

On dit que le premier membre (resp. le second membre) de (6) est la moyenne géométrique pondérée (resp. la moyenne arithmétique pondérée) des nn nombres ziz_i, relatives aux poids pip_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n). Si pi=1/np_i = 1/n pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n, on dit que les moyennes arithmétique et géométrique correspondantes sont les moyennes arithmétique et géométrique ordinaires des ziz_i. L’inégalité (6) s’écrit alors (8) (z1z2…zn)1/n≤1n(z1+z2+⋯+zn).(z_1z_2\ldots z_n)^{1/n} \leq \frac{1}{n}(z_1 + z_2 + \cdots + z_n).

2. Dérivée de log⁡ax\log_a x

Comme axa^x est strictement monotone dans R\mathbf{R} pour a≠1a \neq 1, l’application de la formule de dérivation des fonctions réciproques (I, p. 17, prop. 6) donne, pour tout x>0x > 0 (9) D(log⁡ax)=1xlog⁡aD(\log_a x) = \frac{1}{x \log a} et en particulier (10) D(log⁡x)=1xD(\log x) = \frac{1}{x}

Si uu est une fonction numérique admettant une dérivée au point x0x_0, et telle que u(x0)>0u(x_0) > 0, la fonction log⁡u\log u admet au point x0x_0 une dérivée égale à u′(x0)/u(x0)u'(x_0)/u(x_0). En particulier, on a D(log⁡∣x∣)=1/∣x∣=1/xD(\log |x|) = 1/|x| = 1/x si x>0x > 0, et

D(log⁡∣x∣)=−1∣x∣=1x D(\log |x|) = - \frac{1}{|x|} = \frac{1}{x}

si x<0x < 0; autrement dit, on a D(log⁡∣x∣)=1/xD(\log |x|) = 1/x quel que soit x≠0x \neq 0. On en conclut que si, dans un intervalle II, la fonction numérique uu n’est pas nulle et admet une dérivée finie, log⁡∣u(x)∣\log |u(x)| admet dans II une dérivée égale à u′/uu'/u; cette dérivée est dite dérivée logarithmique de uu. Il est clair que la dérivée logarithmique de ∣u∣a|u|^a est au′/uau'/u, et que la dérivée logarithmique d’un produit est égale à la somme des dérivées logarithmiques des facteurs; l’application de ces règles permet souvent de calculer plus rapidement la dérivée d’une fonction. Elles redonnent en particulier la formule

(II)

D(xα)=αxα−1(α reˊel quelconque, x>0) D(x^\alpha) = \alpha x^{\alpha-1} \quad (\alpha \text{ réel quelconque, } x > 0)
déjà démontrée par une autre voie (II, p. 19).

Exemple

Si uu est une fonction ≠0\neq 0 dans un intervalle II, vv une fonction numérique quelconque, on a log⁡(∣u∣v)=vlog⁡∣u∣\log(|u|^v) = v \log |u|, donc si uu et vv sont dérivables

1∣u∣vD(∣u∣v)=v′log⁡∣u∣+vu′u. \frac{1}{|u|^v} D(|u|^v) = v' \log |u| + v \frac{u'}{u}.

3. Dérivées des fonctions circulaires; nombre π\pi

On a défini, en Topologie générale (TG, VIII, p. 8) l’homomorphisme continu x↦e(x)x \mapsto \mathbf{e}(x) du groupe additif R\mathbf{R} sur le groupe multiplicatif U\mathbf{U} des nombres complexes de valeur absolue 1; c’est une fonction périodique de période principale 1, et on a e(14)=i\mathbf{e}(\frac{1}{4}) = i. On sait (loc. cit.) que tout homomorphisme continu de R\mathbf{R} sur U\mathbf{U} est de la forme x↦e(x/a)x \mapsto \mathbf{e}(x/a), et qu’on pose cos⁡ax=ℜ(e(x/a))\cos_a x = \Re(\mathbf{e}(x/a)), sin⁡ax=ℑ(e(x/a))\sin_a x = \Im(\mathbf{e}(x/a)) (fonctions trigonométriques, ou fonctions circulaires, de base aa); ces dernières fonctions sont des applications continues de R\mathbf{R} dans [−1,+1][-1, +1], admettant aa pour période principale. On a sin⁡a(x+a/4)=cos⁡ax\sin_a(x + a/4) = \cos_a x, cos⁡a(x+a/4)=−sin⁡ax\cos_a(x + a/4) = -\sin_a x, et la fonction sin⁡ax\sin_a x est croissante dans l’intervalle [−a/4,a/4][-a/4, a/4].

Proposition 3

La fonction e(x)\mathbf{e}(x) admet en tout point de R\mathbf{R} une dérivée égale à 2πie(x)2\pi i \mathbf{e}(x), où π\pi est une constante >0> 0.

En effet, le th. 1 de III, p. 1, appliqué au cas où EE est le corps C\mathbf{C} des nombres complexes, donne la relation e′(x)=e′(0)e(x)\mathbf{e}'(x) = \mathbf{e}'(0)\mathbf{e}(x); en outre, comme e(x)\mathbf{e}(x) a une norme euclidienne constante, e′(x)\mathbf{e}'(x) est orthogonal à e(x)\mathbf{e}(x) (I, p. 15, Exemple 3); on a donc e′(0)=αi\mathbf{e}'(0) = \alpha i, avec α\alpha réel. Comme sin⁡1x\sin_1 x est croissante dans [−14,14][-\frac{1}{4}, \frac{1}{4}], sa dérivée pour x=0x = 0 est ⩾0\geqslant 0, donc α⩾0\alpha \geqslant 0, et comme e(x)\mathbf{e}(x) n’est pas constante, α>0\alpha > 0; il est d’usage de désigner le nombre α\alpha ainsi défini par la notation 2π2\pi.

Nous montrerons au § 2 (III, p. 23) comment on peut calculer des valeurs aussi approchées qu’on veut du nombre π\pi.

On a donc la formule

D(e(xa))=2πiae(xa). \mathrm{D}\left(e^{\left(\frac{x}{a}\right)}\right) = \frac{2\pi i}{a} e^{\left(\frac{x}{a}\right)}.

On voit que cette formule se simplifie lorsque a=2πa = 2\pi; c’est pourquoi on utilise exclusivement en Analyse les fonctions circulaires relatives à la base 2π2\pi; on convient d’omettre la base dans la notation de ces fonctions; sauf mention expresse du contraire, les notations cos⁡x\cos x, sin⁡x\sin x et tg⁡x\tg x désigneront donc respectivement cos⁡2πx\cos_{2\pi} x, sin⁡2πx\sin_{2\pi} x et tg⁡2πx\tg_{2\pi} x. Avec ces conventions, la formule (12), où on fait a=2πa = 2\pi, s’écrit

D(cos⁡x+isin⁡x)=cos⁡(x+π2)+isin⁡(x+π2), \mathrm{D}(\cos x + i \sin x) = \cos \left(x + \frac{\pi}{2}\right) + i \sin \left(x + \frac{\pi}{2}\right),

ce qui équivaut à

D(cos⁡x)=−sin⁡x,D(sin⁡x)=cos⁡x, \mathrm{D}(\cos x) = -\sin x, \quad \mathrm{D}(\sin x) = \cos x,

d’où l’on tire

D(tg⁡x)=1+tg⁡2x=1cos⁡2x. \mathrm{D}(\tg x) = 1 + \tg^2 x = \frac{1}{\cos^2 x}.

A côté des trois fonctions circulaires cos⁡x\cos x, sin⁡x\sin x et tg⁡x\tg x, on emploie encore, dans la pratique du calcul numérique, les trois fonctions auxiliaires: cotangente, sécante et cosécante, définies par les formules

cotg⁡x=1tg⁡x,sec⁡x=1cos⁡x,cosec⁡x=1sin⁡x. \cotg x = \frac{1}{\tg x}, \quad \sec x = \frac{1}{\cos x}, \quad \cosec x = \frac{1}{\sin x}.

Rappelons (TG, VIII, p. 10) que l’unité d’angle correspondant à la base 2π2\pi est appelée radian.

4. Fonctions circulaires réciproques

La restriction de la fonction sin⁡x\sin x à l’intervalle (−π/2,+π/2)(-\pi/2, +\pi/2) est strictement croissante; on désigne par Arcsin⁡x\mathrm{Arc} \sin x sa fonction réciproque, qui est donc une application strictement croissante et continue de l’intervalle (−1,+1)(-1, +1) sur (−π/2,+π/2)(-\pi/2, +\pi/2) (fig. 6). La formule de dérivation des fonctions réciproques (I, p. 17, prop. 6) donne la dérivée de cette fonction

D(Arcsin⁡x)=1cos⁡(Arcsin⁡x). \mathrm{D}(\mathrm{Arc} \sin x) = \frac{1}{\cos (\mathrm{Arc} \sin x)}.

Comme −π/2≤Arcsin⁡x≤π/2-\pi/2 \leq \mathrm{Arc} \sin x \leq \pi/2, on a cos⁡(Arcsin⁡x)≥0\cos (\mathrm{Arc} \sin x) \geq 0, et comme

sin⁡(Arcsin⁡x)=x, \sin (\mathrm{Arc} \sin x) = x,

on a cos (Arc sin x) = 1−x2\sqrt{1 - x^2}, d’où

(16)

D(Arc sin⁡ x)=11−x2. \mathrm{D}(\mathrm{Arc}\,\sin\,x) = \frac{1}{\sqrt{1 - x^2}}.

De même, la restriction de cos xx à l’intervalle [0,π][0, \pi] est strictement décroissante; on désigne par Arc cos xx sa fonction réciproque, qui est une application strictement décroissante de (−1,+−)(-1, +-) sur [0,π][0, \pi] (fig. 6). On a d’ailleurs

sin⁡(π2−Arc cos⁡ x)=cos⁡(Arc cos⁡ x)=x \sin \left( \frac{\pi}{2} - \mathrm{Arc}\,\cos\,x \right) = \cos (\mathrm{Arc}\,\cos\,x) = x

!Graph showing y = Arc cos x and y = Arc sin x

Fig. 6

et comme −π/2≤π/2−Arc cos⁡ x≤π/2-\pi/2 \leq \pi/2 - \mathrm{Arc}\,\cos\,x \leq \pi/2, on a

(17)

Arc cos⁡ x=π2−Arc sin⁡ x \mathrm{Arc}\,\cos\,x = \frac{\pi}{2} - \mathrm{Arc}\,\sin\,x

d’où résulte en particulier que

(18)

D(Arc cos⁡ x)=−11−x2. \mathrm{D}(\mathrm{Arc}\,\cos\,x) = -\frac{1}{\sqrt{1 - x^2}}.

Enfin, la restriction de tg xx à l’intervalle ]−π/2,+π/2[]-\pi/2, +\pi/2[ est strictement croissante; on désigne par Arc tg x sa fonction réciproque, qui est une application strictement croissante de R\mathbf{R} sur ]−π/2, +π/2[-\pi/2,\ +\pi/2[ (fig. 7); on a

lim⁡x→−∞Arc⁡tg⁡x=−π2,lim⁡x→+∞Arc⁡tg⁡x=π2 \lim_{x \to -\infty} \operatorname{Arc}\tg x = -\frac{\pi}{2}, \quad \lim_{x \to +\infty} \operatorname{Arc}\tg x = \frac{\pi}{2}

!Graph of y = Arc tg x

Fig. 7

et par application de la formule de dérivation des fonctions réciproques et de la formule (15) de III, p. 5, on a

(19)

D(Arc⁡tg⁡x)=11+x2. D(\operatorname{Arc}\tg x) = \frac{1}{1 + x^2}.

5. L’exponentielle complexe

On a déterminé (TG, VIII, p. 8) tous les homomorphismes continus du groupe topologique (additif) C\mathbf{C} des nombres complexes sur le groupe topologique (multiplicatif) C∗\mathbf{C}^* des nombres complexes ≠0\neq 0; ce sont les applications

(20)

x+iy↦eαx+βye(γx+δy) x + iy \mapsto e^{\alpha x + \beta y} e^{(\gamma x + \delta y)}
où α,β,γ,δ\alpha, \beta, \gamma, \delta sont quatre nombres réels assujettis à la seule condition αδ−βγ≠0\alpha \delta - \beta \gamma \neq 0. Proposons-nous de déterminer ceux de ces homomorphismes z↦f(z)z \mapsto f(z) qui sont dérivables dans C\mathbf{C}. Remarquons d’abord qu’il suffit que ff soit dérivable au point z=0z = 0; en effet pour tout point z∈Cz \in \mathbf{C}, on a
f(z+h)−f(z)h=f(z)f(h)−1h; \frac{f(z + h) - f(z)}{h} = f(z) \frac{f(h) - 1}{h};
si f′(0)f'(0) existe, il en est donc de même de f′(z)f'(z), et on a f′(z)=af(z)f'(z) = af(z), avec a=f′(0)a = f'(0). D’autre part, si gg est un second homomorphisme dérivable, tel que g′(z)=bg(z)g'(z) = bg(z), on a g(az/b)=f(z)g(az/b) = f(z), car on constate aussitôt que le quotient g(az/b)/f(z)g(az/b)/f(z) admet partout une dérivée nulle et est égal à 1 pour z=0z = 0; tous les homomorphismes dérivables sont donc de la forme z↦f(λz)z \mapsto f(\lambda z), où ff est l’un d’entre eux (supposé exister), et λ\lambda une constante (complexe) quelconque.

Cela étant, si ff est dérivable au point z=0z = 0, chacune des applications x↦f(x)x \mapsto f(x), y↦f(iy)y \mapsto f(iy) de R\mathbf{R} dans C\mathbf{C} est nécessairement dérivable au point 00, la première ayant comme dérivée f′(0)f'(0), la seconde if′(0)if'(0). Or les dérivées des applications x↦eaxe(γx)x \mapsto e^{ax}e(\gamma x), y↦ebye(δy)y \mapsto e^{by}e(\delta y) au point 00 sont respectivement égales à α+2πiγ\alpha + 2\pi i \gamma et β+2πiδ\beta + 2\pi i \delta, d’où les conditions β=−2πγ\beta = -2\pi \gamma et α=2πδ\alpha = 2\pi \delta; ces conditions sont en particulier remplies par l’homomorphisme x+iy↦exe(y/2π)x + iy \mapsto e^x e(y/2\pi), que nous désignerons provisoirement par f0f_0. Nous allons maintenant montrer qu’effectivement f0f_0 est dérivable au point z=0z = 0.

En effet, il est clair que x↦f0(x)x \mapsto f_0(x) et y↦f0(iy)y \mapsto f_0(iy) ont des dérivées de tout ordre; en particulier, la formule de Taylor d’ordre 1 appliquée à ces fonctions montre que, pour tout ε>0\varepsilon > 0, il existe r>0r > 0 tel que, si on pose

f0(x)=1+x+φ(x)x,f0(iy)=1+iy+ψ(y)y, f_0(x) = 1 + x + \varphi(x)x, \quad f_0(iy) = 1 + iy + \psi(y)y,
les conditions ∣x∣≤r,∣y∣≤r|x| \leq r, |y| \leq r entraînent ∣φ(x)∣≤ε|\varphi(x)| \leq \varepsilon et ∣ψ(y)∣≤ε|\psi(y)| \leq \varepsilon; cela étant, on a f0(x+iy)=f0(x)f0(iy)=1+(x+iy)+θ(x,y)f_0(x + iy) = f_0(x)f_0(iy) = 1 + (x + iy) + \theta(x, y), avec
θ(x,y)=(i+φ(x)ψ(y))xy+(1+x)yψ(y)+(1+iy)xφ(x); \theta(x, y) = (i + \varphi(x)\psi(y))xy + (1 + x)y\psi(y) + (1 + iy)x\varphi(x);
pour ∣z∣≤r|z| \leq r, on a ∣x∣≤r|x| \leq r et ∣y∣≤r|y| \leq r, d’où
∣θ(x,y)∣≤(1+ε2)∣z∣2+2ε∣z∣(1+∣z∣) |\theta(x, y)| \leq (1 + \varepsilon^2)|z|^2 + 2\varepsilon|z|(1 + |z|)
ce qui prouve que le quotient f0(z)−1−zz\frac{f_0(z) - 1 - z}{z} tend vers 0 avec zz, c’est-à-dire que f0f_0 admet au point z=0z = 0 une dérivée égale à 1. Alors, ce qui précède prouve que, pour tout z∈Cz \in \mathbf{C}, on a
D(f0(z))=f0(z). \mathrm{D}(f_0(z)) = f_0(z).
Cette propriété rapproche encore f0f_0 de la fonction exe^x, qui est d’ailleurs la restriction de f0f_0 à l’axe réel; pour cette raison, on pose la définition suivante:

Définition 2

On appelle exponentielle complexe l’homomorphisme x+iy↦exe(y/2π)x + iy \mapsto e^x e(y/2\pi) de C\mathbf{C} sur C∗\mathbf{C}^*; sa valeur pour un nombre complexe quelconque zz se note eze^z ou exp⁡z\exp z.

6. Propriétés de la fonction eze^z

Le fait que z↦ezz \mapsto e^z est un homomorphisme de C\mathbf{C} dans C∗\mathbf{C}^* se traduit par les identités

ez+z′=ezez′,e0=1,e−z=1/ez. e^{z+z'} = e^z e^{z'}, \quad e^0 = 1, \quad e^{-z} = 1/e^z.
On a par définition, pour tout z=x+iyz = x + iy
ex+iy=ex(cos⁡y+isin⁡y) e^{x+iy} = e^x (\cos y + i \sin y)

et comme ex>0e^x > 0, on voit que eze^z a pour valeur absolue exe^x, pour amplitude yy (modulo 2π2\pi).

La déf. 2 (III, p. 8) donne en particulier

e(x)=e2πix e(x) = e^{2\pi i x}
ce qui permet d’écrire les formules qui définissent cos⁡x\cos x et sin⁡x\sin x sous la forme
cos⁡x=12(eix+e−ix),sin⁡x=12i(eix−e−ix) \cos x = \frac{1}{2} (e^{ix} + e^{-ix}), \quad \sin x = \frac{1}{2i} (e^{ix} - e^{-ix})
(formules d’Euler).

Comme 2π2\pi est période principale de e(y/2π)e(y/2\pi), 2πi2\pi i est période principale de eze^z; autrement dit, le groupe des périodes de eze^z est l’ensemble des nombres 2nπi2n\pi i, où nn parcourt Z\mathbf{Z}.

Enfin, la formule (21) de III, p. 8 s’écrit

D(ez)=ez D(e^z) = e^z
d’où, pour tout nombre complexe aa
D(eaz)=aeaz. D(e^{az}) = ae^{az}.

Remarque

Si, dans la formule (27), on restreint la fonction eaxe^{ax} (a complexe) à l’axe réel, on obtient encore, pour xx réel

D(eax)=aeax. D(e^{ax}) = ae^{ax}.

Cette formule permet de calculer une primitive de chacune des fonctions eaxcos⁡βx,eaxsin⁡βxe^{ax} \cos \beta x, e^{ax} \sin \beta x (α\alpha et β\beta réels); en effet, on a e(α+iβ)x=eaxcos⁡βx+ieaxsin⁡βxe^{(\alpha + i\beta)x} = e^{ax} \cos \beta x + i e^{ax} \sin \beta x, donc, d’après (28)

D(ℜ(1α+iβe(α+iβ)x))=eaxcos⁡βx, D\left( \Re \left( \frac{1}{\alpha + i\beta} e^{(\alpha + i\beta)x} \right) \right) = e^{ax} \cos \beta x,
D(ℑ(1α+iβe(α+iβ)x))=eaxsin⁡βx. D\left( \Im \left( \frac{1}{\alpha + i\beta} e^{(\alpha + i\beta)x} \right) \right) = e^{ax} \sin \beta x.

De la même manière, on ramène le calcul d’une primitive de xneaxcos⁡βxx^n e^{ax} \cos \beta x, ou de xneaxsin⁡βxx^n e^{ax} \sin \beta x (nn entier >0> 0) à celui d’une primitive de xne(α+iβ)xx^n e^{(\alpha + i\beta)x}; or, la formule d’intégration par parties d’ordre n+1n + 1 (II, p. 10, formule (11)) montre qu’une primitive de cette dernière fonction est

e(α+iβ)x[xnα+iβ−nxn−1(α+iβ)2+n(n−1)xn−2(α+iβ)3+…+(−1)nn!(α+iβ)n+1]. e^{(\alpha + i\beta)x} \left[ \frac{x^n}{\alpha + i\beta} - \frac{n x^{n-1}}{(\alpha + i\beta)^2} + \frac{n(n-1)x^{n-2}}{(\alpha + i\beta)^3} + \ldots + (-1)^n \frac{n!}{(\alpha + i\beta)^{n+1}} \right].

En vertu des formules d’Euler, on peut d’autre part exprimer toute puissance entière positive de cos⁡x\cos x ou de sin⁡x\sin x comme combinaison linéaire d’exponentielles epxe^{px} (pp entier positif ou négatif). D’après la formule (28), on pourra donc exprimer par une combinaison linéaire de fonctions de la forme xneaxcos⁡λxx^n e^{ax} \cos \lambda x et xneaxsin⁡μxx^n e^{ax} \sin \mu x, une primitive d’une fonction de la forme xneax(cos⁡βx)r(sin⁡γx)sx^n e^{ax} (\cos \beta x)^r (\sin \gamma x)^s (n,p,r,sn, p, r, s entiers, α,β,γ,λ,μ\alpha, \beta, \gamma, \lambda, \mu réels).

Exemple

On a

sin⁡2nx=(−1)n22n(eix−e−ix)2n=(−1)n22n(e2nix−(2n1)e(2n−2)ix+…+e−2nix) \sin^{2n} x = \frac{(-1)^n}{2^{2n}} (e^{ix} - e^{-ix})^{2n} = \frac{(-1)^n}{2^{2n}} \left( e^{2nix} - \binom{2n}{1} e^{(2n-2)ix} + \ldots + e^{-2nix} \right)

d’où

∫0xsin⁡2nt dt=(−1)n22n(1nsin⁡2nx−(2n1)1n−1sin⁡(2n−2)x+… \int_0^x \sin^{2n} t \, dt = \frac{(-1)^n}{2^{2n}} \left( \frac{1}{n} \sin 2nx - \binom{2n}{1} \frac{1}{n-1} \sin (2n-2)x + \ldots \right.
+(−1)n−1(2nn−1)sin⁡2x+(−1)n(2nn)x) \left. + (-1)^{n-1} \binom{2n}{n-1} \sin 2x + (-1)^n \binom{2n}{n} x \right)
et en particulier
∫0π/2sin⁡2nt dt=(2nn)122nπ2=1.3.5…(2n−1)2.4.6…2nπ2. \int_0^{\pi/2} \sin^{2n} t \, dt = \binom{2n}{n} \frac{1}{2^{2n}} \frac{\pi}{2} = \frac{1.3.5\ldots(2n-1)}{2.4.6\ldots2n} \frac{\pi}{2}.

7. Le logarithme complexe

Soit B la « bande » formée des points z=x+iyz = x + iy tels que −π≤y<π-\pi \leq y < \pi; la fonction eze^z prend chacune de ses valeurs une fois et une seule dans B; autrement dit, z↦ezz \mapsto e^z est une application bijective et continue de B sur C∗\mathbf{C}^*; l’image par cette application du segment (semi-ouvert) x=x0,−π≤y<πx = x_0, -\pi \leq y < \pi est le cercle ∣z∣=ex0|z| = e^{x_0}; l’image de la droite y=y0y = y_0 est la demi-droite (ouverte) définie par Am(z)=y0\mathrm{Am}(z) = y_0 (mod. 2π2\pi). L’image par z↦ezz \mapsto e^z de l’intérieur B˙\dot{B} de B, c’est-à-dire de l’ensemble des z∈Cz \in \mathbf{C} tels que ∣I(z)∣<π|\mathscr{I}(z)| < \pi, est le complémentaire F du demi-axe réel négatif (fermé) dans C\mathbf{C}; si on convient de désigner par Am(z)\mathrm{Am}(z) la mesure de l’amplitude de z qui appartient à ]−π,+π[]-\pi, +\pi[, l’ensemble F peut encore être défini par les relations −π<Am(z)<π-\pi < \mathrm{Am}(z) < \pi. Comme z↦ezz \mapsto e^z est un homomorphisme strict de C\mathbf{C} sur C∗\mathbf{C}^*, l’image par cette application de tout ensemble ouvert dans B˙\dot{B} (donc dans C\mathbf{C}) est un ensemble ouvert dans C∗\mathbf{C}^* (donc dans F); autrement dit, la restriction de z↦ezz \mapsto e^z à B˙\dot{B} est un homéomorphisme de B˙\dot{B} sur F. On désigne par z↦log⁡zz \mapsto \log z l’homéomorphisme de F sur B˙\dot{B}, réciproque du précédent; pour un nombre complexe z∈Fz \in F, log⁡z\log z est appelé la détermination principale du logarithme de z. Si z=x+iyz = x + iy et log⁡z=u+iv\log z = u + iv, on a x+iy=eu+ivx + iy = e^{u+iv}, d’où eu=∣z∣e^u = |z|, et comme −π<v<π-\pi < v < \pi, v=Am(z)v = \mathrm{Am}(z). D’ailleurs, on a tg⁡(v+π/2)=−x/y\operatorname{tg}\left(v + \pi/2\right) = -x/y si y≠0y \neq 0; on peut donc écrire

{u=log⁡∣z∣=12log⁡(x2+y2)v=π2−Arctg⁡xysi y>0v=0si y=0v=−π2−Arctg⁡xysi y<0. \begin{cases} u = \log |z| = \frac{1}{2} \log (x^2 + y^2) \\ v = \frac{\pi}{2} - \operatorname{Arc tg} \frac{x}{y} & \text{si } y > 0 \\ v = 0 & \text{si } y = 0 \\ v = -\frac{\pi}{2} - \operatorname{Arc tg} \frac{x}{y} & \text{si } y < 0. \end{cases}
Il est clair que log⁡z\log z est un prolongement à F de la fonction log⁡x\log x définie sur le demi-axe réel positif ouvert R+∗\mathbf{R}_+^*. Si z,z′z, z' sont deux points de F tels que zz′zz' ne soit pas réel négatif, on a log⁡(zz′)=log⁡z+log⁡z′+2επi\log (zz') = \log z + \log z' + 2\varepsilon \pi i, où ε=+1,−1\varepsilon = +1, -1 ou 0 suivant les valeurs de Am(z)\mathrm{Am}(z) et Am(z′)\mathrm{Am}(z').

On notera qu’aux points du demi-axe réel négatif, la fonction log⁡z\log z n’a pas de limité; de façon précise, si x tend vers x0<0x_0 < 0 et si y tend vers 0 en restant >0 (resp. <0), log z tend vers log⁡∣x0∣+πi\log |x_0| + \pi i (resp. log⁡∣x0∣−πi\log |x_0| - \pi i); lorsque z tend vers 0, ∣log⁡z∣|\log z| croît indéfiniment.

Nous verrons plus tard comment la théorie des fonctions analytiques permet de prolonger la fonction log z, et de définir le logarithme complexe dans toute sa généralité.

Comme log z est un homéomorphisme réciproque de eze^z, la formule de dérivation des fonctions réciproques (I, p. 17, prop. 6) montre qu’en tout point z∈Fz \in \mathbf{F}, log z est dérivable, et qu’on a

D(log⁡z)=1elog⁡z=1z \text{D}(\log z) = \frac{1}{e^{\log z}} = \frac{1}{z}

formule qui généralise la formule (10) de III, p. 3.

8. Primitives des fonctions rationnelles

La formule (31) permet de calculer une primitive d’une fonction rationnelle quelconque r(x)r(x) d’une variable réelle x, à coefficients réels ou complexes. En effet, on sait (A, VII, §2, No 2) qu’une telle fonction peut s’écrire (d’une seule manière) comme somme d’un nombre fini de termes, qui sont:

a) soit de la forme axpax^p (pp entier ⩾0\geqslant 0, a nombre complexe); b) soit de la forme a/(x−b)ma/(x-b)^m (mm entier >0> 0, a et b nombres complexes).

Or, il est facile d’obtenir une primitive de chacun de ces termes: a) une primitive de axpax^p est axp+1p+1a \frac{x^{p+1}}{p+1}; b) si m>1m > 1, une primitive de a/(x−b)ma/(x-b)^m est a(1−m)(x−b)m−1\frac{a}{(1-m)(x-b)^{m-1}}; c) enfin, d’après les formules (10) (III, p. 3) et (31) (III, p. 11), une primitive de ax−b\frac{a}{x-b} est alog⁡∣x−b∣a \log |x-b| si b est réel, alog⁡(x−b)a \log (x-b) si b est complexe. Dans ce dernier cas, si b=p+iqb = p + iq, on a d’ailleurs (III, p. 10, formules (30))

log⁡(x−b)=log⁡(x−p)2+q2+iArctg⁡x−pq±iπ2. \log (x-b) = \log \sqrt{(x-p)^2 + q^2} + i \operatorname{Arc tg} \frac{x-p}{q} \pm i \frac{\pi}{2}.

Nous renvoyons à la partie de cet ouvrage consacrée au Calcul numérique, l’examen des méthodes les plus pratiques pour la détermination explicite d’une primitive d’une fonction rationnelle donnée explicitement.

On peut ramener au calcul d’une primitive d’une fonction rationnelle: 1° le calcul d’une primitive d’une fonction de la forme r(eax)r(e^{ax}), r étant une fonction rationnelle, a un nombre réel; en effet, par le changement de variable u=eaxu = e^{ax}, on est ramené à trouver une primitive de r(u)/ur(u)/u;

2° le calcul d’une primitive d’une fonction de la forme f(sin⁡ax,cos⁡ax)f(\sin ax, \cos ax), où ff est une fonction rationnelle de deux variables et aa un nombre réel; par le changement de variable u=tg⁡ax/2u = \tg ax/2, on est ramené à trouver une primitive de

21+u2f(2u1+u2,1−u21+u2). \frac{2}{1 + u^2} f \left( \frac{2u}{1 + u^2}, \frac{1 - u^2}{1 + u^2} \right).

9. Fonctions circulaires complexes; fonctions hyperboliques

Les formules d’Euler (25) (III, p. 9) et la définition de eze^z pour tout zz complexe, permettent de prolonger à C\mathbf{C} les fonctions cos⁡x\cos x et sin⁡x\sin x définies dans R\mathbf{R}, en posant, pour tout z∈Cz \in \mathbf{C}

cos⁡z=12(eiz+e−iz),sin⁡z=12i(eiz−e−iz) \cos z = \frac{1}{2}(e^{iz} + e^{-iz}), \qquad \sin z = \frac{1}{2i}(e^{iz} - e^{-iz})

(cf. III, p. 28, exerc. 19).

Ces fonctions sont périodiques de période principale 2π2\pi; on a cos⁡(z+π/2)=−sin⁡z,sin⁡(z+π/2)=cos⁡z\cos (z + \pi/2) = -\sin z, \sin (z + \pi/2) = \cos z; on vérifie également les identités

cos⁡2z+sin⁡2z=1cos⁡(z+z′)=cos⁡zcos⁡z′−sin⁡zsin⁡z′sin⁡(z+z′)=sin⁡zcos⁡z′+cos⁡zsin⁡z′. \begin{align*} &\cos^2 z + \sin^2 z = 1 \\ &\cos (z + z') = \cos z \cos z' - \sin z \sin z' \\ &\sin (z + z') = \sin z \cos z' + \cos z \sin z'. \end{align*}

Plus généralement, toute identité algébrique entre fonctions circulaires de variables réelles est encore vraie lorsqu’on donne à ces variables des valeurs complexes quelconques (III, p. 27, exerc. 18).

On pose tg⁡z=sin⁡z/cos⁡z\tg z = \sin z/\cos z si z≠(2k+1)π/2z \neq (2k + 1)\pi/2 et cotg⁡z=cos⁡z/sin⁡z\cotg z = \cos z/\sin z si x≠kπx \neq k\pi; ce sont des fonctions périodiques de période principale π\pi.

La formule (27) (III, p. 9) montre que cos⁡z\cos z et sin⁡z\sin z sont dérivables dans C\mathbf{C}, et que l’on a

D(cos⁡z)=−sin⁡z,D(sin⁡z)=cos⁡z. D(\cos z) = -\sin z, \qquad D(\sin z) = \cos z.

Pour z=ixz = ix (xx réel), les formules (32) donnent

cos⁡ix=12(ex+e−x),sin⁡ix=i2(ex−e−x). \cos ix = \frac{1}{2}(e^x + e^{-x}), \qquad \sin ix = \frac{i}{2}(e^x - e^{-x}).

Il est commode de désigner par une notation particulière les fonctions réelles qui s’introduisent ainsi; on pose

{ch⁡x=12(ex+e−x)(cosinus hyperbolique de x)sh⁡x=12(ex−e−x)(sinus hyperbolique de x)th⁡x=sh⁡xch⁡x=ex−e−xex+e−x(tangente hyperbolique de x). \begin{cases} \ch x = \frac{1}{2}(e^x + e^{-x}) & \text{(cosinus hyperbolique de } x \text{)} \\ \sh x = \frac{1}{2}(e^x - e^{-x}) & \text{(sinus hyperbolique de } x \text{)} \\ \th x = \frac{\sh x}{\ch x} = \frac{e^x - e^{-x}}{e^x + e^{-x}} & \text{(tangente hyperbolique de } x \text{).} \end{cases}

On a donc, pour tout xx réel

(34)(34)
cos⁡ix=ch⁡x,sin⁡ix=ish⁡x. \cos ix = \operatorname{ch} x, \quad \sin ix = i \operatorname{sh} x.

De toute identité entre fonctions circulaires d’un certain nombre de variables complexes zkz_k (1≤k≤n1 \leq k \leq n) on déduit une identité entre fonctions hyperboliques, en remplaçant partout zkz_k par ixkix_k (xkx_k réel, 1≤k≤n1 \leq k \leq n) et utilisant les formules (34); par exemple on a

ch⁡2x−sh⁡2x=1ch⁡(x+x′)=ch⁡xch⁡x′+sh⁡xsh⁡x′sh⁡(x+x′)=sh⁡xch⁡x′+ch⁡xsh⁡x′. \begin{align*} &\operatorname{ch}^2 x - \operatorname{sh}^2 x = 1 \\ &\operatorname{ch}(x + x') = \operatorname{ch} x \operatorname{ch} x' + \operatorname{sh} x \operatorname{sh} x' \\ &\operatorname{sh}(x + x') = \operatorname{sh} x \operatorname{ch} x' + \operatorname{ch} x \operatorname{sh} x'. \end{align*}

Les fonctions hyperboliques permettent d’exprimer les parties réelles et imaginaires de cos⁡z\cos z et sin⁡z\sin z pour z=x+iyz = x + iy, car

cos⁡(x+iy)=cos⁡xcos⁡iy−sin⁡xsin⁡iy=cos⁡xch⁡y−isin⁡xsh⁡ysin⁡(x+iy)=sin⁡xcos⁡iy+cos⁡xsin⁡iy=sin⁡xch⁡y+icos⁡xsh⁡y. \begin{align*} \cos(x + iy) &= \cos x \cos iy - \sin x \sin iy = \cos x \operatorname{ch} y - i \sin x \operatorname{sh} y \\ \sin(x + iy) &= \sin x \cos iy + \cos x \sin iy = \sin x \operatorname{ch} y + i \cos x \operatorname{sh} y. \end{align*}

Enfin, on a

D⁡(ch⁡x)=sh⁡x,D⁡(sh⁡x)=ch⁡x,D⁡(th⁡x)=1−th⁡2x=1ch⁡2x. \operatorname{D}(\operatorname{ch} x) = \operatorname{sh} x, \quad \operatorname{D}(\operatorname{sh} x) = \operatorname{ch} x, \quad \operatorname{D}(\operatorname{th} x) = 1 - \operatorname{th}^2 x = \frac{1}{\operatorname{ch}^2 x}.

Comme ch⁡x>0\operatorname{ch} x > 0 pour tout xx, on déduit de là que sh⁡x\operatorname{sh} x est strictement croissant dans R\mathbf{R}; comme sh⁡0=0\operatorname{sh} 0 = 0, sh⁡x\operatorname{sh} x a donc le signe de xx. Par suite, ch⁡x\operatorname{ch} x est strictement décroissante pour x≤0x \leq 0, strictement croissante pour x≥0x \geq 0; enfin th⁡x\operatorname{th} x est strictement croissante dans R\mathbf{R}. On a en outre

lim⁡x→−∞sh⁡x=−∞,lim⁡x→+∞sh⁡x=+∞ \lim_{x \to -\infty} \operatorname{sh} x = -\infty, \quad \lim_{x \to +\infty} \operatorname{sh} x = +\infty
lim⁡x→−∞ch⁡x=lim⁡x→+∞ch⁡x=+∞ \lim_{x \to -\infty} \operatorname{ch} x = \lim_{x \to +\infty} \operatorname{ch} x = +\infty
lim⁡x→−∞th⁡x=−1,lim⁡x→+∞th⁡x=+1.(fig. 8 et 9) \lim_{x \to -\infty} \operatorname{th} x = -1, \quad \lim_{x \to +\infty} \operatorname{th} x = +1 \tag{fig. 8 et 9}.

On désigne parfois par Arg⁡sh⁡x\operatorname{Arg} \operatorname{sh} x la fonction réciproque de sh⁡x\operatorname{sh} x, qui est une application strictement croissante de R\mathbf{R} sur R\mathbf{R}; cette fonction s’exprime d’ailleurs à l’aide du logarithme, car de la relation x=sh⁡y=12(ey−e−y)x = \operatorname{sh} y = \frac{1}{2}(e^y - e^{-y}), on tire e2y−2xey−1=0e^{2y} - 2xe^y - 1 = 0, et comme ey>0e^y > 0, ey=x+x2+1e^y = x + \sqrt{x^2 + 1}, c’est-à-dire

Arg⁡sh⁡x=log⁡(x+x2+1). \operatorname{Arg} \operatorname{sh} x = \log (x + \sqrt{x^2 + 1}).

De même, on désigne parfois par Arg⁡ch⁡x\operatorname{Arg} \operatorname{ch} x la fonction réciproque de la restriction de ch⁡x\operatorname{ch} x à (0,+∞)(0, +\infty); c’est une application strictement croissante de (1,+∞)(1, +\infty) sur (0,+∞)(0, +\infty); on montre comme ci-dessus que

Arg⁡ch⁡x=log⁡(x+x2−1). \operatorname{Arg} \operatorname{ch} x = \log (x + \sqrt{x^2 - 1}).

Fig. 8

Les courbes y=ch⁡xy = \operatorname{ch} x et y=sh⁡xy = \operatorname{sh} x tracées sur les mêmes axes. La branche de y=ch⁡xy = \operatorname{ch} x a son minimum au point (0,1)(0, 1) ; celle de y=sh⁡xy = \operatorname{sh} x passe par l'origine et les deux courbes se rapprochent l'une de l'autre quand xx croît.

Fig. 9

La courbe y=th⁡xy = \operatorname{th} x, croissante, passant par l'origine, entre les deux asymptotes y=1y = 1 et y=−1y = -1.

Enfin, on désigne par Arg th xx la fonction réciproque de th xx, qui est une application strictement croissante de ]−1, +1[] - 1,\ +1[ sur R\mathbf{R}; on a d’ailleurs

Arg⁡th⁡x=12log⁡1+x1−x. \operatorname{Arg}\operatorname{th}x = \frac{1}{2} \log \frac{1 + x}{1 - x}.

Remarque

Pour zz complexe, on écrit aussi parfois

ch⁡z=12(ez+e−z)=cos⁡izsh⁡z=12(ez−e−z)=−isin⁡iz. \operatorname{ch}z = \frac{1}{2}(e^z + e^{-z}) = \cos iz \\ \operatorname{sh}z = \frac{1}{2}(e^z - e^{-z}) = -i \sin iz.

Ces fonctions prolongent donc à C\mathbf{C} les fonctions hyperboliques définies dans R\mathbf{R}.

Exercices

See the exercises for § 1.

Transcribed from the printed volume. Not translated.