§ 1. Dérivées des fonctions exponentielles et circulaires
1. Dérivées des fonctions exponentielles; nombre e
On sait que tout homomorphisme continu du groupe additif R dans le groupe multiplicatif R∗ des nombres réels =0 est une fonction de la forme x↦ax (dite fonction exponentielle) où a est un nombre >0 (TG, V, p. 11); c’est un isomorphisme de R sur le groupe multiplicatif R+∗ des nombres >0 si a=1, et l’isomorphisme réciproque de R+∗ sur R se note logax et est appelé logarithme de basea.
Nous allons voir que la fonction f(x)=ax a pour tout x∈R une dérivée de la forme e⋅ax (où on a évidemment e=f′(0)). Cela résulte du théorème général suivant:
Théorème 1
Soit E une algèbre normée complète sur le corps R, ayant un élément unité e, et soit f un homomorphisme continu du groupe additif R dans le groupe multiplicatif G des éléments inversibles de E. L’application f est dérivable en tout point x∈R, et on a
f′(x)=f(x)f′(0).
Remarquons d’abord que, E étant une algèbre complète, G est ouvert dans E (TG, IX, p. 40, prop. 14). Considérons la fonction g(x)=∫0af(x+t)dt, où a>0 est un nombre que nous préciserons plus loin; comme f(x+t)=f(x)f(t) par hypothèse, on a g(x)=∫0af(x)f(t)dt=f(x)∫0af(t)dt (I, p. 14, prop. 3). Soit α>0 tel que la boule ∥x−e∥≤α soit contenue dans G; comme f(0)=e et que f est continue par hypothèse, on peut supposer que a est pris assez petit pour que ∥f(t)−e∥≤α dans (0,a); par suite (II, p. 12, formule (16)), on a
a1∫0af(t)dt−e≤α,
et a1∫0af(t)dt appartient à G, autrement dit est inversible; il en est de même de b=∫0af(t)dt, et on peut écrire f(x)=g(x)b−1; il suffit donc de prouver que g(x) est dérivable; or, par le changement de variable x+t=u, on a g(x)=∫xx+af(u)du; comme f est continue, g est dérivable pour tout x∈R (II, p. 6, prop. 3), et on a
g′(x)=f(x+a)−f(x)=f(x)(f(a)−e).
D’où f′(x)=g′(x)b−1=f(x)c, où c=(f(a)−e)b−1, et on a évidemment f′(0)=c.
Réciproquement, on peut démontrer, soit directement (III, p. 24, exerc. 1), soit à l’aide de la théorie des équations différentielles linéaires (IV, p. 29) que toute application dérivable f de R dans une algèbre normée complète E, telle que f′(x)=f(x)c et f(0)=e, est un homomorphisme du groupe additif R dans le groupe multiplicatif G.
Proposition 1
Pour tout nombre a>0 et =1, la fonction exponentielle ax admet en tout point x∈R une dérivée égale à (logea)ax où e est un nombre >1 (indépendant de a).
L’application du th. 1 au cas où E est le corps R lui-même montre en effet que ax admet en tout point une dérivée égale à φ(a).ax, où φ(a) est un nombre réel =0 ne dépendant que de a. Soit b un second nombre >0 et =1; la fonction bx a une dérivée égale à φ(b).bx d’après ce qui précède; d’autre part, on a bx=ax.logab donc (I, p. 17, prop. 5), la dérivée de bx est égale à logab.φ(a)bx; par comparaison des deux expressions obtenues, il vient
φ(b)=φ(a).logab.
On en déduit qu’il existe un nombre b et un seul tel que φ(b)=1; en effet, cette relation équivaut, d’après (2), à b=a1/φ(a). Il est d’usage de désigner par e le nombre réel ainsi déterminé; d’après (2), on a φ(a)=logea, ce qui achève de démontrer la prop. 1.
On écrira souvent expx au lieu de ex.
La définition du nombre e montre qu’on a
D(ex)=ex
ce qui prouve que ex est strictement croissante, et par suite que e>1.
Au § 2 (III, p. 15), nous verrons comment on peut calculer des valeurs aussi approchées qu’on veut du nombre e.
DéFINITION 1. — Les logarithmes de base e sont appelés logarithmes népériens (ou logarithmes naturels).
On convient d’ordinaire d’omettre la base dans la notation d’un logarithme népérien. Sauf mention expresse du contraire, la notation logx (x>0) désignera donc le logarithme népérien de x. Avec cette notation, la prop. 1 s’exprime par l’identité (4) D(ax)=(loga)ax valable pour a quelconque >0 (puisque pour a=1,loga=0). Cette relation montre que ax a des dérivées de tout ordre, et qu’on a (5) Dn(ax)=(loga)nax.
En particulier, pour tout a>0 et =1, on a D2(ax)>0 pour tout x∈R, et par suite ax est strictement convexe dans R (I, p. 39, corollaire). On en déduit la proposition suivante:
Proposition 2 (« inégalité de la moyenne géométrique »). — Quels que soient les nombreszi>0 (1≤i≤n) et les nombrespi>0tels que∑i=1npi=1, on a (6) z1p1z2p2…znpn≤p1z1+p2z2+⋯+pnzn.En outre les deux membres de (6) ne sont égaux que si tous leszisont égaux.
En effet, posons zi=exi; l’inégalité (6) s’écrit (7) exp(p1x1+p2x2+⋯+pnxn)≤p1ex1+p2ex2+⋯+pnexn. La proposition résulte alors de la prop. 1 de I, p. 34, appliquée à la fonction ex, strictement convexe dans R.
On dit que le premier membre (resp. le second membre) de (6) est la moyenne géométrique pondérée (resp. la moyenne arithmétique pondérée) des n nombres zi, relatives aux poidspi (1≤i≤n). Si pi=1/n pour 1≤i≤n, on dit que les moyennes arithmétique et géométrique correspondantes sont les moyennes arithmétique et géométrique ordinaires des zi. L’inégalité (6) s’écrit alors (8) (z1z2…zn)1/n≤n1(z1+z2+⋯+zn).
2. Dérivée de logax
Comme ax est strictement monotone dans R pour a=1, l’application de la formule de dérivation des fonctions réciproques (I, p. 17, prop. 6) donne, pour tout x>0 (9) D(logax)=xloga1 et en particulier (10) D(logx)=x1
Si u est une fonction numérique admettant une dérivée au point x0, et telle que u(x0)>0, la fonction logu admet au point x0 une dérivée égale à u′(x0)/u(x0). En particulier, on a D(log∣x∣)=1/∣x∣=1/x si x>0, et
D(log∣x∣)=−∣x∣1=x1
si x<0; autrement dit, on a D(log∣x∣)=1/x quel que soit x=0. On en conclut que si, dans un intervalle I, la fonction numérique u n’est pas nulle et admet une dérivée finie, log∣u(x)∣ admet dans I une dérivée égale à u′/u; cette dérivée est dite dérivée logarithmique de u. Il est clair que la dérivée logarithmique de ∣u∣a est au′/u, et que la dérivée logarithmique d’un produit est égale à la somme des dérivées logarithmiques des facteurs; l’application de ces règles permet souvent de calculer plus rapidement la dérivée d’une fonction. Elles redonnent en particulier la formule
(II)
D(xα)=αxα−1(α reˊel quelconque, x>0)
déjà démontrée par une autre voie (II, p. 19).
Exemple
Si u est une fonction =0 dans un intervalle I, v une fonction numérique quelconque, on a log(∣u∣v)=vlog∣u∣, donc si u et v sont dérivables
∣u∣v1D(∣u∣v)=v′log∣u∣+vuu′.
3. Dérivées des fonctions circulaires; nombre π
On a défini, en Topologie générale (TG, VIII, p. 8) l’homomorphisme continu x↦e(x) du groupe additif R sur le groupe multiplicatif U des nombres complexes de valeur absolue 1; c’est une fonction périodique de période principale 1, et on a e(41)=i. On sait (loc. cit.) que tout homomorphisme continu de R sur U est de la forme x↦e(x/a), et qu’on pose cosax=ℜ(e(x/a)), sinax=ℑ(e(x/a)) (fonctions trigonométriques, ou fonctions circulaires, de base a); ces dernières fonctions sont des applications continues de R dans [−1,+1], admettant a pour période principale. On a sina(x+a/4)=cosax, cosa(x+a/4)=−sinax, et la fonction sinax est croissante dans l’intervalle [−a/4,a/4].
Proposition 3
La fonction e(x) admet en tout point de R une dérivée égale à 2πie(x), où π est une constante >0.
En effet, le th. 1 de III, p. 1, appliqué au cas où E est le corps C des nombres complexes, donne la relation e′(x)=e′(0)e(x); en outre, comme e(x) a une norme euclidienne constante, e′(x) est orthogonal à e(x) (I, p. 15, Exemple 3); on a donc e′(0)=αi, avec α réel. Comme sin1x est croissante dans [−41,41], sa dérivée pour x=0 est ⩾0, donc α⩾0, et comme e(x) n’est pas constante, α>0; il est d’usage de désigner le nombre α ainsi défini par la notation 2π.
Nous montrerons au § 2 (III, p. 23) comment on peut calculer des valeurs aussi approchées qu’on veut du nombre π.
On a donc la formule
D(e(ax))=a2πie(ax).
On voit que cette formule se simplifie lorsque a=2π; c’est pourquoi on utilise exclusivement en Analyse les fonctions circulaires relatives à la base 2π; on convient d’omettre la base dans la notation de ces fonctions; sauf mention expresse du contraire, les notations cosx, sinx et tgx désigneront donc respectivement cos2πx, sin2πx et tg2πx. Avec ces conventions, la formule (12), où on fait a=2π, s’écrit
D(cosx+isinx)=cos(x+2π)+isin(x+2π),
ce qui équivaut à
D(cosx)=−sinx,D(sinx)=cosx,
d’où l’on tire
D(tgx)=1+tg2x=cos2x1.
A côté des trois fonctions circulaires cosx, sinx et tgx, on emploie encore, dans la pratique du calcul numérique, les trois fonctions auxiliaires: cotangente, sécante et cosécante, définies par les formules
cotgx=tgx1,secx=cosx1,cosecx=sinx1.
Rappelons (TG, VIII, p. 10) que l’unité d’angle correspondant à la base 2π est appelée radian.
4. Fonctions circulaires réciproques
La restriction de la fonction sinx à l’intervalle (−π/2,+π/2) est strictement croissante; on désigne par Arcsinx sa fonction réciproque, qui est donc une application strictement croissante et continue de l’intervalle (−1,+1) sur (−π/2,+π/2) (fig. 6). La formule de dérivation des fonctions réciproques (I, p. 17, prop. 6) donne la dérivée de cette fonction
D(Arcsinx)=cos(Arcsinx)1.
Comme −π/2≤Arcsinx≤π/2, on a cos(Arcsinx)≥0, et comme
sin(Arcsinx)=x,
on a cos (Arc sin x) = 1−x2, d’où
(16)
D(Arcsinx)=1−x21.
De même, la restriction de cos x à l’intervalle [0,π] est strictement décroissante; on désigne par Arc cos x sa fonction réciproque, qui est une application strictement décroissante de (−1,+−) sur [0,π] (fig. 6). On a d’ailleurs
Enfin, la restriction de tg x à l’intervalle ]−π/2,+π/2[ est strictement croissante; on désigne par Arc tg x sa fonction réciproque, qui est une application strictement croissante de R sur ]−π/2,+π/2[ (fig. 7); on a
et par application de la formule de dérivation des fonctions réciproques et de la formule (15) de III, p. 5, on a
(19)
D(Arctgx)=1+x21.
5. L’exponentielle complexe
On a déterminé (TG, VIII, p. 8) tous les homomorphismes continus du groupe topologique (additif) C des nombres complexes sur le groupe topologique (multiplicatif) C∗ des nombres complexes =0; ce sont les applications
(20)
x+iy↦eαx+βye(γx+δy)
où α,β,γ,δ sont quatre nombres réels assujettis à la seule condition αδ−βγ=0. Proposons-nous de déterminer ceux de ces homomorphismes z↦f(z) qui sont dérivables dans C. Remarquons d’abord qu’il suffit que f soit dérivable au point z=0; en effet pour tout point z∈C, on a
hf(z+h)−f(z)=f(z)hf(h)−1;
si f′(0) existe, il en est donc de même de f′(z), et on a f′(z)=af(z), avec a=f′(0). D’autre part, si g est un second homomorphisme dérivable, tel que g′(z)=bg(z), on a g(az/b)=f(z), car on constate aussitôt que le quotient g(az/b)/f(z) admet partout une dérivée nulle et est égal à 1 pour z=0; tous les homomorphismes dérivables sont donc de la forme z↦f(λz), où f est l’un d’entre eux (supposé exister), et λ une constante (complexe) quelconque.
Cela étant, si f est dérivable au point z=0, chacune des applications x↦f(x), y↦f(iy) de R dans C est nécessairement dérivable au point 0, la première ayant comme dérivée f′(0), la seconde if′(0). Or les dérivées des applications x↦eaxe(γx), y↦ebye(δy) au point 0 sont respectivement égales à α+2πiγ et β+2πiδ, d’où les conditions β=−2πγ et α=2πδ; ces conditions sont en particulier remplies par l’homomorphisme x+iy↦exe(y/2π), que nous désignerons provisoirement par f0. Nous allons maintenant montrer qu’effectivement f0 est dérivable au point z=0.
En effet, il est clair que x↦f0(x) et y↦f0(iy) ont des dérivées de tout ordre; en particulier, la formule de Taylor d’ordre 1 appliquée à ces fonctions montre que, pour tout ε>0, il existe r>0 tel que, si on pose
f0(x)=1+x+φ(x)x,f0(iy)=1+iy+ψ(y)y,
les conditions ∣x∣≤r,∣y∣≤r entraînent ∣φ(x)∣≤ε et ∣ψ(y)∣≤ε; cela étant, on a f0(x+iy)=f0(x)f0(iy)=1+(x+iy)+θ(x,y), avec
θ(x,y)=(i+φ(x)ψ(y))xy+(1+x)yψ(y)+(1+iy)xφ(x);
pour ∣z∣≤r, on a ∣x∣≤r et ∣y∣≤r, d’où
∣θ(x,y)∣≤(1+ε2)∣z∣2+2ε∣z∣(1+∣z∣)
ce qui prouve que le quotient zf0(z)−1−z tend vers 0 avec z, c’est-à-dire que f0 admet au point z=0 une dérivée égale à 1. Alors, ce qui précède prouve que, pour tout z∈C, on a
D(f0(z))=f0(z).
Cette propriété rapproche encore f0 de la fonction ex, qui est d’ailleurs la restriction de f0 à l’axe réel; pour cette raison, on pose la définition suivante:
Définition 2
On appelle exponentielle complexe l’homomorphisme x+iy↦exe(y/2π) de C sur C∗; sa valeur pour un nombre complexe quelconque z se note ez ou expz.
6. Propriétés de la fonction ez
Le fait que z↦ez est un homomorphisme de C dans C∗ se traduit par les identités
ez+z′=ezez′,e0=1,e−z=1/ez.
On a par définition, pour tout z=x+iy
ex+iy=ex(cosy+isiny)
et comme ex>0, on voit que ez a pour valeur absolue ex, pour amplitude y (modulo 2π).
La déf. 2 (III, p. 8) donne en particulier
e(x)=e2πix
ce qui permet d’écrire les formules qui définissent cosx et sinx sous la forme
cosx=21(eix+e−ix),sinx=2i1(eix−e−ix)
(formules d’Euler).
Comme 2π est période principale de e(y/2π), 2πi est période principale de ez; autrement dit, le groupe des périodes de ez est l’ensemble des nombres 2nπi, où n parcourt Z.
Enfin, la formule (21) de III, p. 8 s’écrit
D(ez)=ez
d’où, pour tout nombre complexe a
D(eaz)=aeaz.
Remarque
Si, dans la formule (27), on restreint la fonction eax (a complexe) à l’axe réel, on obtient encore, pour x réel
D(eax)=aeax.
Cette formule permet de calculer une primitive de chacune des fonctions eaxcosβx,eaxsinβx (α et β réels); en effet, on a e(α+iβ)x=eaxcosβx+ieaxsinβx, donc, d’après (28)
D(ℜ(α+iβ1e(α+iβ)x))=eaxcosβx,
D(ℑ(α+iβ1e(α+iβ)x))=eaxsinβx.
De la même manière, on ramène le calcul d’une primitive de xneaxcosβx, ou de xneaxsinβx (n entier >0) à celui d’une primitive de xne(α+iβ)x; or, la formule d’intégration par parties d’ordre n+1 (II, p. 10, formule (11)) montre qu’une primitive de cette dernière fonction est
En vertu des formules d’Euler, on peut d’autre part exprimer toute puissance entière positive de cosx ou de sinx comme combinaison linéaire d’exponentielles epx (p entier positif ou négatif). D’après la formule (28), on pourra donc exprimer par une combinaison linéaire de fonctions de la forme xneaxcosλx et xneaxsinμx, une primitive d’une fonction de la forme xneax(cosβx)r(sinγx)s (n,p,r,s entiers, α,β,γ,λ,μ réels).
Soit B la « bande » formée des points z=x+iy tels que −π≤y<π; la fonction ez prend chacune de ses valeurs une fois et une seule dans B; autrement dit, z↦ez est une application bijective et continue de B sur C∗; l’image par cette application du segment (semi-ouvert) x=x0,−π≤y<π est le cercle ∣z∣=ex0; l’image de la droite y=y0 est la demi-droite (ouverte) définie par Am(z)=y0 (mod. 2π). L’image par z↦ez de l’intérieur B˙ de B, c’est-à-dire de l’ensemble des z∈C tels que ∣I(z)∣<π, est le complémentaire F du demi-axe réel négatif (fermé) dans C; si on convient de désigner par Am(z) la mesure de l’amplitude de z qui appartient à ]−π,+π[, l’ensemble F peut encore être défini par les relations −π<Am(z)<π. Comme z↦ez est un homomorphisme strict de C sur C∗, l’image par cette application de tout ensemble ouvert dans B˙ (donc dans C) est un ensemble ouvert dans C∗ (donc dans F); autrement dit, la restriction de z↦ez à B˙ est un homéomorphisme de B˙ sur F. On désigne par z↦logz l’homéomorphisme de F sur B˙, réciproque du précédent; pour un nombre complexe z∈F, logz est appelé la détermination principale du logarithme de z. Si z=x+iy et logz=u+iv, on a x+iy=eu+iv, d’où eu=∣z∣, et comme −π<v<π, v=Am(z). D’ailleurs, on a tg(v+π/2)=−x/y si y=0; on peut donc écrire
Il est clair que logz est un prolongement à F de la fonction logx définie sur le demi-axe réel positif ouvert R+∗. Si z,z′ sont deux points de F tels que zz′ ne soit pas réel négatif, on a log(zz′)=logz+logz′+2επi, où ε=+1,−1 ou 0 suivant les valeurs de Am(z) et Am(z′).
On notera qu’aux points du demi-axe réel négatif, la fonction logz n’a pas de limité; de façon précise, si x tend vers x0<0 et si y tend vers 0 en restant >0 (resp. <0), log z tend vers log∣x0∣+πi (resp. log∣x0∣−πi); lorsque z tend vers 0, ∣logz∣ croît indéfiniment.
Nous verrons plus tard comment la théorie des fonctions analytiques permet de prolonger la fonction log z, et de définir le logarithme complexe dans toute sa généralité.
Comme log z est un homéomorphisme réciproque de ez, la formule de dérivation des fonctions réciproques (I, p. 17, prop. 6) montre qu’en tout point z∈F, log z est dérivable, et qu’on a
D(logz)=elogz1=z1
formule qui généralise la formule (10) de III, p. 3.
8. Primitives des fonctions rationnelles
La formule (31) permet de calculer une primitive d’une fonction rationnelle quelconque r(x) d’une variable réelle x, à coefficients réels ou complexes. En effet, on sait (A, VII, §2, No 2) qu’une telle fonction peut s’écrire (d’une seule manière) comme somme d’un nombre fini de termes, qui sont:
a) soit de la forme axp (p entier ⩾0, a nombre complexe); b) soit de la forme a/(x−b)m (m entier >0, a et b nombres complexes).
Or, il est facile d’obtenir une primitive de chacun de ces termes: a) une primitive de axp est ap+1xp+1; b) si m>1, une primitive de a/(x−b)m est (1−m)(x−b)m−1a; c) enfin, d’après les formules (10) (III, p. 3) et (31) (III, p. 11), une primitive de x−ba est alog∣x−b∣ si b est réel, alog(x−b) si b est complexe. Dans ce dernier cas, si b=p+iq, on a d’ailleurs (III, p. 10, formules (30))
log(x−b)=log(x−p)2+q2+iArctgqx−p±i2π.
Nous renvoyons à la partie de cet ouvrage consacrée au Calcul numérique, l’examen des méthodes les plus pratiques pour la détermination explicite d’une primitive d’une fonction rationnelle donnée explicitement.
On peut ramener au calcul d’une primitive d’une fonction rationnelle: 1° le calcul d’une primitive d’une fonction de la forme r(eax), r étant une fonction rationnelle, a un nombre réel; en effet, par le changement de variable u=eax, on est ramené à trouver une primitive de r(u)/u;
2° le calcul d’une primitive d’une fonction de la forme f(sinax,cosax), où f est une fonction rationnelle de deux variables et a un nombre réel; par le changement de variable u=tgax/2, on est ramené à trouver une primitive de
Les formules d’Euler (25) (III, p. 9) et la définition de ez pour tout z complexe, permettent de prolonger à C les fonctions cosx et sinx définies dans R, en posant, pour tout z∈C
cosz=21(eiz+e−iz),sinz=2i1(eiz−e−iz)
(cf. III, p. 28, exerc. 19).
Ces fonctions sont périodiques de période principale 2π; on a cos(z+π/2)=−sinz,sin(z+π/2)=cosz; on vérifie également les identités
Plus généralement, toute identité algébrique entre fonctions circulaires de variables réelles est encore vraie lorsqu’on donne à ces variables des valeurs complexes quelconques (III, p. 27, exerc. 18).
On pose tgz=sinz/cosz si z=(2k+1)π/2 et cotgz=cosz/sinz si x=kπ; ce sont des fonctions périodiques de période principale π.
La formule (27) (III, p. 9) montre que cosz et sinz sont dérivables dans C, et que l’on a
D(cosz)=−sinz,D(sinz)=cosz.
Pour z=ix (x réel), les formules (32) donnent
cosix=21(ex+e−x),sinix=2i(ex−e−x).
Il est commode de désigner par une notation particulière les fonctions réelles qui s’introduisent ainsi; on pose
⎩⎨⎧chx=21(ex+e−x)shx=21(ex−e−x)thx=chxshx=ex+e−xex−e−x(cosinus hyperbolique de x)(sinus hyperbolique de x)(tangente hyperbolique de x).
On a donc, pour tout x réel
(34)
cosix=chx,sinix=ishx.
De toute identité entre fonctions circulaires d’un certain nombre de variables complexes zk (1≤k≤n) on déduit une identité entre fonctions hyperboliques, en remplaçant partout zk par ixk (xk réel, 1≤k≤n) et utilisant les formules (34); par exemple on a
Comme chx>0 pour tout x, on déduit de là que shx est strictement croissant dans R; comme sh0=0, shx a donc le signe de x. Par suite, chx est strictement décroissante pour x≤0, strictement croissante pour x≥0; enfin thx est strictement croissante dans R. On a en outre
x→−∞limshx=−∞,x→+∞limshx=+∞
x→−∞limchx=x→+∞limchx=+∞
x→−∞limthx=−1,x→+∞limthx=+1.(fig. 8 et 9)
On désigne parfois par Argshx la fonction réciproque de shx, qui est une application strictement croissante de R sur R; cette fonction s’exprime d’ailleurs à l’aide du logarithme, car de la relation x=shy=21(ey−e−y), on tire e2y−2xey−1=0, et comme ey>0, ey=x+x2+1, c’est-à-dire
Argshx=log(x+x2+1).
De même, on désigne parfois par Argchx la fonction réciproque de la restriction de chx à (0,+∞); c’est une application strictement croissante de (1,+∞) sur (0,+∞); on montre comme ci-dessus que
Argchx=log(x+x2−1).
Fig. 8
Les courbes y=chx et y=shx tracées sur les mêmes axes. La branche de y=chx a son minimum au point (0,1) ; celle de y=shx passe par l'origine et les deux courbes se rapprochent l'une de l'autre quand x croît.
Fig. 9
La courbe y=thx, croissante, passant par l'origine, entre les deux asymptotes y=1 et y=−1.
Enfin, on désigne par Arg th x la fonction réciproque de th x, qui est une application strictement croissante de ]−1,+1[ sur R; on a d’ailleurs
Argthx=21log1−x1+x.
Remarque
Pour z complexe, on écrit aussi parfois
chz=21(ez+e−z)=cosizshz=21(ez−e−z)=−isiniz.
Ces fonctions prolongent donc à C les fonctions hyperboliques définies dans R.