Bourbaki

§ 2. Développements des fonctions exponentielles et circulaires, et des fonctions qui s’y rattachent

1. Développement de l’exponentielle réelle

Comme Dn(ex)=ex\mathrm{D}^n(e^x) = e^x, le développement de Taylor d’ordre nn de exe^x est

(1)

ex=1+x1!+x22!+⋯+xnn!+∫0x(x−t)nn!et dt. e^x = 1 + \frac{x}{1!} + \frac{x^2}{2!} + \cdots + \frac{x^n}{n!} + \int_0^x \frac{(x - t)^n}{n!} e^t \, dt.

Le reste de cette formule est >0> 0 pour x>0x > 0, du signe de (−1)n+1(-1)^{n+1} pour x<0x < 0; en outre, l’inégalité de la moyenne montre que

(2)

xn+1(n+1)!<∫0x(x−t)nn!et dt<xn+1ex(n+1)!pour x>0 \frac{x^{n+1}}{(n + 1)!} < \int_0^x \frac{(x - t)^n}{n!} e^t \, dt < \frac{x^{n+1} e^x}{(n + 1)!} \quad \text{pour } x > 0

(3)

∣∣x∣n+1ex(n+1)!−∣∫0x(x−t)nn!et dt∣∣<∣x∣n+1(n+1)!pour x<0. \left| \frac{|x|^{n+1} e^x}{(n + 1)!} - \left| \int_0^x \frac{(x - t)^n}{n!} e^t \, dt \right| \right| < \frac{|x|^{n+1}}{(n + 1)!} \quad \text{pour } x < 0.

Or, on sait que la suite (xn/n!)(x^n/n!) a pour limite 0 lorsque nn croît indéfiniment, pour tout x⩾0x \geqslant 0 (TG, IV, p. 33); donc, en laissant fixe xx et faisant croître indéfiniment nn dans (1), il vient, d’après (2) et (3)

(4)

ex=∑n=0∞xnn! e^x = \sum_{n=0}^\infty \frac{x^n}{n!}

et la série du second membre est absolument et uniformément convergente dans tout intervalle compact de R\mathbf{R}. En particulier, on a la formule

(5)

e=1+11!+12!+⋯+1n!+⋯ e = 1 + \frac{1}{1!} + \frac{1}{2!} + \cdots + \frac{1}{n!} + \cdots

Cette formule permet de calculer des valeurs rationnelles aussi approchées que l’on veut du nombre ee; on obtient ainsi

e=2,718 281 828… e = 2,718\ 281\ 828\ldots

à 1/10⁹ près par défaut. La formule (5) prouve en outre que ee est un nombre irrationnel¹ (TG, VI, p. 41).

Remarque

Comme le reste de la formule (1) est > 0 pour x>0x > 0, on a, pour x>0x > 0

ex>1+x1!+x22!+…+xn+1(n+1)! e^x > 1 + \frac{x}{1!} + \frac{x^2}{2!} + \ldots + \frac{x^{n+1}}{(n+1)!}

et *a fortiori

ex>xn+1(n+1)! e^x > \frac{x^{n+1}}{(n+1)!}

pour tout entier nn; on en déduit que ex/xne^x / x^n tend vers +∞+ \infty avec xx, pour tout entier nn; nous retrouverons ce résultat au chap. V par une autre méthode (V, p. 21).

Cite 1

Cite V § 3. Développements asymptotiques des fonctions d'une variable réelle

2. Développements de l’exponentielle complexe, de cos xx et sin xx

Soit zz un nombre complexe quelconque, et considérons la fonction φ(t)=ezt\varphi(t) = e^{zt} de la variable réelle tt; on a Dnφ(t)=zneztD^n \varphi(t) = z^n e^{zt} et ez=φ(1)e^z = \varphi(1); l’expression de φ(1)\varphi(1) par la formule de Taylor d’ordre nn relative au point t=0t = 0 (II, p. 12), donne donc

ez=1+11!+z22!+⋯+znn!+zn+1∫01(1−t)nn!ezt dt e^z = 1 + \frac{1}{1!} + \frac{z^2}{2!} + \cdots + \frac{z^n}{n!} + z^{n+1} \int_0^1 \frac{(1-t)^n}{n!} e^{zt} \, dt

formule qui, lorsque zz est réel, est équivalente à (1). Le reste

rn(z)=zn+1∫01(1−t)nn!ezt dt r_n(z) = z^{n+1} \int_0^1 \frac{(1-t)^n}{n!} e^{zt} \, dt

de cette formule se majore encore, en valeur absolue, à l’aide de l’inégalité de la moyenne; si z=x+iyz = x + iy, on a ∣ezt∣=ext|e^{zt}| = e^{xt}, donc ∣ezt∣⩽1|e^{zt}| \leqslant 1 si x⩽0x \leqslant 0, ∣ezt∣⩽ex|e^{zt}| \leqslant e^x si x>0x > 0; il vient donc

∣rn(z)∣⩽∣z∣n+1(n+1)!si x⩽0 |r_n(z)| \leqslant \frac{|z|^{n+1}}{(n+1)!} \quad \text{si } x \leqslant 0
∣rn(z)∣⩽∣z∣n+1ex(n+1)!si x>0. |r_n(z)| \leqslant \frac{|z|^{n+1} e^x}{(n+1)!} \quad \text{si } x > 0.

Comme ci-dessus, on en conclut que

ez=∑n=0∞znn! e^z = \sum_{n=0}^\infty \frac{z^n}{n!}

la série étant absolument et uniformément convergente dans toute partie compacte de C\mathbf{C}.

De (6) on tire en particulier, pour xx réel

eix=1+ix1!+i2x22!+⋯+inxnn!+in+1∫0x(x−t)nn!eit dt e^{ix} = 1 + \frac{ix}{1!} + \frac{i^2 x^2}{2!} + \cdots + \frac{i^n x^n}{n!} + i^{n+1} \int_0^x \frac{(x-t)^n}{n!} e^{it} \, dt

¹ Ch. Hermite a démontré en 1873 que ee est un nombre transcendant sur le corps Q\mathbf{Q} des nombres rationnels (autrement dit, n’est racine d’aucun polynôme à coefficients rationnels) (Œuvres, t. III, p. 150, Paris (Gauthier-Villars), 1912).

d’où on déduit les développements de Taylor de cos xx et de sin xx: en prenant la partie réelle de (10) pour l’ordre 2n+12n + 1, on a

cos⁡x=1−x22!+x44!+⋯+(−1)nx2n(2n)! \cos x = 1 - \frac{x^2}{2!} + \frac{x^4}{4!} + \cdots + (-1)^n \frac{x^{2n}}{(2n)!}
+(−1)n+1∫0x(x−t)2n+1(2n+1)!cos⁡t dt + (-1)^{n+1} \int_0^x \frac{(x-t)^{2n+1}}{(2n+1)!} \cos t \, dt

avec la limitation du reste

∣∫0x(x−t)2n+1(2n+1)!cos⁡t dt∣≤∣x∣2n+2(2n+2)!. \left| \int_0^x \frac{(x-t)^{2n+1}}{(2n+1)!} \cos t \, dt \right| \leq \frac{|x|^{2n+2}}{(2n+2)!}.

De même, en prenant la partie imaginaire de (10) pour l’ordre 2n2n, il vient

sin⁡x=x−x33!+x55!+⋯+(−1)n−1x2n−1(2n−1)! \sin x = x - \frac{x^3}{3!} + \frac{x^5}{5!} + \cdots + (-1)^{n-1} \frac{x^{2n-1}}{(2n-1)!}
+(−1)n∫0x(x−t)2n(2n)!cos⁡t dt + (-1)^n \int_0^x \frac{(x-t)^{2n}}{(2n)!} \cos t \, dt

avec la limitation du reste

∣∫0x(x−t)2n(2n)!cos⁡t dt∣≤∣x∣2n+1(2n+1)!. \left| \int_0^x \frac{(x-t)^{2n}}{(2n)!} \cos t \, dt \right| \leq \frac{|x|^{2n+1}}{(2n+1)!}.

En outre, en comparant les restes de (11) pour l’ordre 2n+12n + 1 et l’ordre 2n+32n + 3, on a

∫0x(x−t)2n+3(2n+3)!cos⁡t dt=x2n+2(2n+2)!−∫0x(x−t)2n+1(2n+1)!cos⁡t dt \int_0^x \frac{(x-t)^{2n+3}}{(2n+3)!} \cos t \, dt = \frac{x^{2n+2}}{(2n+2)!} - \int_0^x \frac{(x-t)^{2n+1}}{(2n+1)!} \cos t \, dt

et, en tenant compte de (12), on voit que le reste de (11) est du signe de (−1)n+1(-1)^{n+1} quel que soit xx; de même manière, on montre que le reste de (13) est du signe de (−1)nx(-1)^n x. En particulier, pour n=0n = 0 et n=1n = 1 dans (11), pour n=1n = 1 et n=2n = 2 dans (13), on obtient les inégalités

1−x22≤cos⁡x≤1pour tout x 1 - \frac{x^2}{2} \leq \cos x \leq 1 \quad \text{pour tout } x
x−x36≤sin⁡x≤xpour tout x≥0. x - \frac{x^3}{6} \leq \sin x \leq x \quad \text{pour tout } x \geq 0.

Enfin, en faisant z=ixz = ix dans (9), on a

cos⁡x=∑n=0∞(−1)nx2n(2n)! \cos x = \sum_{n=0}^\infty (-1)^n \frac{x^{2n}}{(2n)!}
sin⁡x=∑n=0∞(−1)nx2n+1(2n+1)! \sin x = \sum_{n=0}^\infty (-1)^n \frac{x^{2n+1}}{(2n+1)!}

ces séries étant absolument et uniformément convergentes dans tout intervalle compact.

Il est clair d’ailleurs que les formules (17) et (18) sont encore valables pour tout xx complexe, les séries des seconds membres étant absolument et uniformément convergentes dans toute partie compacte de C\mathbf{C}. En particulier, on a pour tout xx (réel ou complexe)

ch⁡x=∑n=0∞x2n(2n)! \operatorname{ch} x = \sum_{n=0}^{\infty} \frac{x^{2n}}{(2n)!}
sh⁡x=∑n=0∞x2n+1(2n+1)! \operatorname{sh} x = \sum_{n=0}^{\infty} \frac{x^{2n+1}}{(2n+1)!}

3. Le développement du binôme

Soit mm un nombre réel quelconque. Pour x>0x > 0, on a

Dn(xm)=m(m−1)…(m−n+1)xm−n; D^n(x^m) = m(m-1)\ldots(m-n+1)x^{m-n};
en appliquant à la fonction (1+x)m(1+x)^m la formule de Taylor d’ordre nn relative au point x=0x = 0, on obtient, pour tout x>−1x > -1, la formule
(19)(1+x)m=1+(m1)x+(m2)x2+⋯+(mn)xn+rn(x) (19) \quad (1+x)^m = 1 + \binom{m}{1}x + \binom{m}{2}x^2 + \cdots + \binom{m}{n}x^n + r_n(x)
avec
rn(x)=m(m−1)…(m−n)n!∫0x(x−t1+t)n(1+t)m−1dt r_n(x) = \frac{m(m-1)\ldots(m-n)}{n!} \int_0^x \left( \frac{x-t}{1+t} \right)^n (1+t)^{m-1} dt
où on a posé (mn)=m(m−1)…(m−n+1)n!\binom{m}{n} = \frac{m(m-1)\ldots(m-n+1)}{n!}. La formule (19) se réduit à la formule du binôme (A, I, p. 94) lorsque mm est entier >0> 0 et n≥mn \geq m; par extension, on la nomme encore formule du binôme, et les coefficients (mn)\binom{m}{n} sont dits coefficients binomiaux, lorsque mm est un nombre réel quelconque et nn un entier quelconque >0> 0.

Le reste de (19) a le signe de (mn+1)\binom{m}{n+1} si x>0x > 0, le signe de (−1)n+1(mn+1)(-1)^{n+1} \binom{m}{n+1} si −1<x<0-1 < x < 0. Comme ∣x−t1+t∣≤∣x∣\left| \frac{x-t}{1+t} \right| \leq |x| pour tout t>−1t > -1 appartenant à l’intervalle d’extrémités 0 et xx, on a la limitation suivante du reste, pour mm et nn quelconques et x>−1x > -1

(20)∣m(m−1)…(m−n)n!∫0x(x−t1+t)n(1+t)m−1dt∣ (20) \quad \left| \frac{m(m-1)\ldots(m-n)}{n!} \int_0^x \left( \frac{x-t}{1+t} \right)^n (1+t)^{m-1} dt \right|
≤∣(m−1n)xn((1+x)m−1)∣. \leq \left| \binom{m-1}{n} x^n ((1+x)^m - 1) \right|.

Si l’on suppose x≥0x \geq 0, et n≥m−1n \geq m - 1, on a (1+t)n−m+1≥1(1 + t)^{n-m+1} \geq 1 dans l’intervalle d’intégration, donc

0≤∫0x(x−t)n(1+t)n−m+1dt≤∫0x(x−t)ndt=xn+1n+1 0 \leq \int_0^x \frac{(x-t)^n}{(1+t)^{n-m+1}} dt \leq \int_0^x (x-t)^n dt = \frac{x^{n+1}}{n+1}

ce qui donne la majoration du reste

(21)(21)
∣rn(x)∣≤∣(mn+1)∣xn+1(x≥0,n≥m−1). |r_n(x)| \leq \left| \binom{m}{n+1} \right| x^{n+1} \quad (x \geq 0, n \geq m-1).

D’autre part, supposons −1≤m<0-1 \leq m < 0; si dans l’intégrale de (19) on fait le changement de variables u=x−tx(1+t)u = \frac{x-t}{x(1+t)}, on obtient

(22)(22)
rn(x)=m(m−1)…(m−n)n!(1+x)mxn+1∫01undu(1+ux)m+1. r_n(x) = \frac{m(m-1)\ldots(m-n)}{n!} (1+x)^mx^{n+1} \int_0^1 \frac{u^n du}{(1+ux)^{m+1}}.

Pour majorer l’intégrale pour x>−1x > -1, on remarque que, puisque m+1<1m+1 < 1, l’intégrale ∫01undu(1−u)m+1\int_0^1 \frac{u^n du}{(1-u)^{m+1}} est convergente et majore l’intégrale du second membre de (22) puisque 1+ux>1−u1+ux > 1-u. Or, pour −1<x<0-1 < x < 0, l’hypothèse sur mm entraîne que tous les termes (m1)x,(m2)x2,…,(mn)xn\binom{m}{1}x, \binom{m}{2}x^2, \ldots, \binom{m}{n}x^n figurant au second membre de (19) sont ≥0\geq 0, et par suite rn(x)≤(1+x)mr_n(x) \leq (1+x)^m, d’où en divisant par (1+x)m(1+x)^m,

m(m−1)…(m−n)n!xn+1∫01undu(1+ux)m+1≤1. \frac{m(m-1)\ldots(m-n)}{n!} x^{n+1} \int_0^1 \frac{u^n du}{(1+ux)^{m+1}} \leq 1.

D’ailleurs pour −1<x<0-1 < x < 0, le facteur devant l’intégrale est ≥0\geq 0, d’où en faisant tendre xx vers −1-1,

∣m(m−1)…(m−n)n!∫01undu(1−u)m+1∣≤1 \left| \frac{m(m-1)\ldots(m-n)}{n!} \int_0^1 \frac{u^n du}{(1-u)^{m+1}} \right| \leq 1

et par suite, pour −1≤m<0-1 \leq m < 0 et x>−1x > -1

(23)(23)
∣rn(x)∣≤(1+x)m∣x∣n+1. |r_n(x)| \leq (1+x)^m |x|^{n+1}.

De ces inégalités, nous allons déduire d’abord que, pour ∣x∣<1|x| < 1, on a

(24)(24)
(1+x)m=∑n=0∞(mn)xn (1+x)^m = \sum_{n=0}^\infty \binom{m}{n} x^n

la série du second membre (dite série du binôme) étant absolument et uniformément convergente dans tout intervalle compact contenu dans ]−1,+1[]-1, +1[. En effet on peut écrire

(25)(25)
(mn)=(−1)n(1−m+11)(1−m+12)…(1−m+1n) \binom{m}{n} = (-1)^n \left( 1 - \frac{m+1}{1} \right) \left( 1 - \frac{m+1}{2} \right) \ldots \left( 1 - \frac{m+1}{n} \right)

d’où

∣(mn)∣≤(1+∣m+1∣1)(1+∣m+1∣2)⋯(1+∣m+1∣n). \left| \binom{m}{n} \right| \leq \left( 1 + \frac{|m+1|}{1} \right) \left( 1 + \frac{|m+1|}{2} \right) \cdots \left( 1 + \frac{|m+1|}{n} \right).

Si ∣x∣≤r<1|x| \leq r < 1, il existe n0n_0 tel que 1+∣m∣n0<1/r′1 + \frac{|m|}{n_0} < 1/r', où r<r′<1r < r' < 1, d’où, en posant

k=(1+∣m∣1)(1+∣m∣2)⋯(1+∣m∣n0)∣(m−1)nxn∣≤k∣x∣n0(rr′)n−n0 k = \left( 1 + \frac{|m|}{1} \right) \left( 1 + \frac{|m|}{2} \right) \cdots \left( 1 + \frac{|m|}{n_0} \right) \quad \left| \frac{(m-1)}{n} x^n \right| \leq k|x|^{n_0} \left( \frac{r}{r'} \right)^{n-n_0}
ce qui démontre la proposition. Au contraire, pour x>1x > 1, la valeur absolue du terme général de la série (24) croit indéfiniment avec nn, si mm n’est pas un entier ≥0\geq 0; en effet, d’après (25), on a, pour n>n1≥∣m+1∣n > n_1 \geq |m+1|
∣(mn)∣≥∣(1−m+11)(1−m+12)⋯(1−m+1n1)∣ \left| \binom{m}{n} \right| \geq \left| \left( 1 - \frac{m+1}{1} \right) \left( 1 - \frac{m+1}{2} \right) \cdots \left( 1 - \frac{m+1}{n_1} \right) \right|
(1−∣m+1∣n1+1)⋯(1−∣m+1∣n). \left( 1 - \frac{|m+1|}{n_1+1} \right) \cdots \left( 1 - \frac{|m+1|}{n} \right).
Soit n0≥n1n_0 \geq n_1 tel que, pour n≥n0n \geq n_0, on ait 1−∣m+1∣n>1/x′1 - \frac{|m+1|}{n} > 1/x', où 1<x′<x1 < x' < x. Si on pose
k′=∣(1−m+11)⋯(1−m+1n1)∣(1−∣m+1∣n1+1)⋯(1−∣m+1∣n0) k' = \left| \left( 1 - \frac{m+1}{1} \right) \cdots \left( 1 - \frac{m+1}{n_1} \right) \right| \left( 1 - \frac{|m+1|}{n_1+1} \right) \cdots \left( 1 - \frac{|m+1|}{n_0} \right)
on aura, pour n>n0n > n_0,
∣(mn)xn∣≥k′∣x∣n0(xx′)n−n0 \left| \binom{m}{n} x^n \right| \geq k'|x|^{n_0} \left( \frac{x}{x'} \right)^{n-n_0}
d’où la proposition.

On notera que, pour m=−1m = -1, l’identité algébrique

11+x=1−x+x2−⋯+(−1)n−1xn−1+(−1)nxn1+x \frac{1}{1+x} = 1 - x + x^2 - \cdots + (-1)^{n-1} x^{n-1} + (-1)^n \frac{x^n}{1+x}
donne l’expression du reste de la formule générale (19) sans intégration; la formule (23) se réduit dans ce cas à l’expression de la somme de la série (ou progression) géométrique (TG, IV, p. 32).

En second lieu, étudions la convergence de la série du binôme pour x=1x = 1 ou x=−1x = -1 (le cas trivial m=0m = 0 étant exclu):

a) m≤−1m \leq -1. Le produit de terme général 1−m+1n1 - \frac{m+1}{n} converge vers +∞+\infty si m<−1m < -1, vers 1 si m=−1m = -1, donc il résulte de (25) que pour x=±1x = \pm 1, le terme général de la série du binôme ne tend pas vers 0.

b) −1<m<0-1 < m < 0. Cette fois, le produit de terme général 1−m+1n1 - \frac{m+1}{n} converge vers 0, donc l’inégalité (21) montre que rn(1)r_n(1) tend vers 0. La série du binôme est donc convergente pour x=1x = 1 et a pour somme 2m2^m; en outre, la série du binôme est uniformément convergente dans tout intervalle ]x0,1]]x_0, 1] avec −1<x0≤1-1 < x_0 \leq 1, en vertu de ce qui a été vu plus haut et de (21). Par contre, pour x=−1x = -1 tous les termes du second membre de (24) sont ≥0\geq 0; si cette série était convergente, on en déduirait que la série du binôme serait normalement convergente dans (−1,1)(-1, 1) et aurait par suite pour somme une fonction continue dans cet intervalle, ce qui est absurde puisque (1+x)m(1 + x)^m n’est pas bornée dans ]−1,1]]-1, 1] pour m<0m < 0. On en conclut aussi que pour x=1x = 1, la série du binôme n’est pas absolument convergente.

c) m>0m > 0. La définition de rn(x)r_n(x) montre alors que lorsque xx tend vers −1-1, rn(x)r_n(x) tend vers une limite rn(−1)r_n(-1); en passant à la limite dans (20), on en conclut que ∣rn(−1)∣≤∣(m−1n)∣|r_n(-1)| \leq \left| \binom{m-1}{n} \right|, et comme m−1>−1m - 1 > -1, on voit que, pour x=−1x = -1, la série du binôme est convergente. D’ailleurs, pour n>m+1n > m + 1, tous les termes de cette série sont de même signe; donc la série du binôme est normalement convergente dans l’intervalle (−1,1)(-1, 1) et a pour somme (1+x)m(1 + x)^m dans cet intervalle.

4. Développements de log⁡(1+x)\log(1 + x), de Arc tg xx et de Arc sin xx

Intégrons les deux membres de (26) entre 0 et xx; on obtient le développement de Taylor d’ordre nn de log⁡(1+x)\log (1 + x), valable pour x>−1x > -1

log⁡(1+x)=x1−x22+x33+⋯+(−1)n−1xnn+(−1)n∫0∞tn dt1+t. \log (1 + x) = \frac{x}{1} - \frac{x^2}{2} + \frac{x^3}{3} + \cdots + (-1)^{n-1} \frac{x^n}{n} + (-1)^n \int_0^\infty \frac{t^n \, dt}{1 + t}.

Le reste est du signe de (−1)n(-1)^n si x>0x > 0, et est <0< 0 si −1<x<0-1 < x < 0; en outre, pour x>0x > 0, on a 1+t≥11 + t \geq 1 pour 0≤t≤x0 \leq t \leq x, et, pour −1<x<0-1 < x < 0, 1+t≥1−∣x∣1 + t \geq 1 - |x| pour x≤0x \leq 0; d’où les limitations du reste

∣∫0∞tn dt1+t∣≤∣x∣n+1n+1pour x≥0 \left| \int_0^\infty \frac{t^n \, dt}{1 + t} \right| \leq \frac{|x|^{n+1}}{n + 1} \quad \text{pour } x \geq 0
∣∫0∞tn dt1+t∣≤∣x∣n+1(n+1)(1−∣x∣)pour −1<x≤0. \left| \int_0^\infty \frac{t^n \, dt}{1 + t} \right| \leq \frac{|x|^{n+1}}{(n + 1)(1 - |x|)} \quad \text{pour } -1 < x \leq 0.

De ces deux dernières formules, on déduit aussitôt que, pour −1<x≤1-1 < x \leq 1, on a

log⁡(1+x)=∑n=1∞(−1)n−1xnn \log (1 + x) = \sum_{n=1}^\infty (-1)^{n-1} \frac{x^n}{n}

la série étant uniformément convergente dans tout intervalle compact contenu dans ]−1,+1]]-1, +1], absolument convergente pour ∣x∣<1|x| < 1.

Au contraire, pour ∣x∣>1|x| > 1, le terme général de la série du second membre de (30) croît indéfiniment en valeur absolue avec nn (III, p. 16). Pour x=−1x = -1, la série se réduit à la série harmonique, qui a pour somme +∞+\infty (TG, IV, p. 33).

De même, remplaçons dans (26) xx par x2x^2 et intégrons les deux membres entre 0 et xx; on obtient le développement de Taylor d’ordre 2n−12n - 1 de Arc tg xx, valable pour tout xx réel

(31)

Arc tg x=x1−x33+x55+⋯+(−1)n−1x2n−12n−1+(−1)n∫0xt2n dt1+t2. \text{Arc tg } x = \frac{x}{1} - \frac{x^3}{3} + \frac{x^5}{5} + \cdots + (-1)^{n-1} \frac{x^{2n-1}}{2n-1} + (-1)^n \int_0^x \frac{t^{2n}\,dt}{1 + t^2}.

Le reste est du signe de (−1)nx(-1)^n x, et comme 1+t2⩾11 + t^2 \geqslant 1 pour tout tt, on a la limitation

(32)

∣∫0xt2n dt1+t2∣⩽∣x∣2n+12n+1 \left| \int_0^x \frac{t^{2n}\,dt}{1 + t^2} \right| \leqslant \frac{|x|^{2n+1}}{2n+1}

d’où on tire que, pour ∣x∣⩽1|x| \leqslant 1,

(33)

Arc tg x=∑n=1∞(−1)n−1x2n−12n−1 \text{Arc tg } x = \sum_{n=1}^\infty (-1)^{n-1} \frac{x^{2n-1}}{2n-1}

la série étant uniformément convergente dans [−1,+1][-1, +1], et absolument convergente pour ∣x∣<1|x| < 1.

En particulier, pour x=1x = 1, on obtient la formule

(34)

π4=1−13+15+⋯+(−1)n12n+1+… \frac{\pi}{4} = 1 - \frac{1}{3} + \frac{1}{5} + \cdots + (-1)^n \frac{1}{2n+1} + \ldots

Pour ∣x∣>1|x| > 1, le terme général de la série du second membre de (33) croît indéfiniment en valeur absolue avec nn.

Enfin, pour le développement de Taylor de Arc sin xx, partons du développement de sa dérivée (1−x2)−12(1 - x^2)^{-\frac{1}{2}}; ce dernier s’obtient en remplaçant xx par −x2-x^2 dans le développement de (1+x)−12(1 + x)^{-\frac{1}{2}} suivant la formule du binôme, ce qui donne pour ∣x∣<1|x| < 1,

(1−x2)−12=1+12x2+1.32.4x4+⋯+1.3.5…(2n−1)2.4.6…2nx2n+rn(x)(1 - x^2)^{-\frac{1}{2}} = 1 + \frac{1}{2} x^2 + \frac{1.3}{2.4} x^4 + \cdots + \frac{1.3.5\ldots(2n-1)}{2.4.6\ldots2n} x^{2n} + r_n(x)

avec la limitation déduite de (23)

0⩽rn(x)⩽x2n+21−x2.0 \leqslant r_n(x) \leqslant \frac{x^{2n+2}}{\sqrt{1 - x^2}}.

En prenant la primitive du développement précédent, il vient

(35)

Arc sin x=x+12x33+1.32.4x55+⋯ \text{Arc sin } x = x + \frac{1}{2} \frac{x^3}{3} + \frac{1.3}{2.4} \frac{x^5}{5} + \cdots
+1.3.5…(2n−1)2.4.6…2nx2n+12n+1+Rn(x) + \frac{1.3.5\ldots(2n-1)}{2.4.6\ldots2n} \frac{x^{2n+1}}{2n+1} + R_n(x)

où Rn(x)R_n(x) est du signe de xx et satisfait à l’inégalité

∣Rn(x)∣≤∫0xt2n+2 dt1−t2. |R_n(x)| \leq \int_0^x \frac{t^{2n+2}\,dt}{\sqrt{1-t^2}}.
D’ailleurs, la relation (35) montre que Rn(x)R_n(x) tend vers une limite lorsque xx tend vers 1 ou −1-1, et on a donc
∣Rn(1)∣≤∫01t2n+2 dt1−t2. |R_n(1)| \leq \int_0^1 \frac{t^{2n+2}\,dt}{\sqrt{1-t^2}}.
Mais l’intégrale du second membre de (37) tend vers 0 lorsque nn tend vers +∞+\infty: en effet, l’intégrale ∫01dt/1−t2\int_0^1 dt/\sqrt{1-t^2} étant convergente, pour tout ε>0\varepsilon > 0, il existe aa tel que 0<a<10 < a < 1 et ∫a1dt/1−t2≤ε\int_a^1 dt/\sqrt{1-t^2} \leq \varepsilon; d’autre part, on a
∫0at2n+2 dt1−t2≤11−a2∫0at2n+2 dt=a2n+3(2n+3)1−a2, \int_0^a \frac{t^{2n+2}\,dt}{\sqrt{1-t^2}} \leq \frac{1}{\sqrt{1-a^2}} \int_0^a t^{2n+2}\,dt = \frac{a^{2n+3}}{(2n+3)\sqrt{1-a^2}},
et il existe donc n0n_0 tel que pour n≥n0n \geq n_0 on ait a2n+3(2n+3)1−a2≤ε\frac{a^{2n+3}}{(2n+3)\sqrt{1-a^2}} \leq \varepsilon, d’où finalement ∣Rn(x)∣≤2ε|R_n(x)| \leq 2\varepsilon pour ∣x∣≤1|x| \leq 1 et n≥n0n \geq n_0. On a donc
Arc sin x=∑n=0∞1.3.5…(2n−1)2.4.6…2nx2n+12n+1 \text{Arc sin } x = \sum_{n=0}^\infty \frac{1.3.5\ldots(2n-1)}{2.4.6\ldots2n} \frac{x^{2n+1}}{2n+1}
la série du second membre étant normalement convergente dans l’intervalle compact (−1,1)(-1, 1).

Au contraire, on montre, comme pour la formule du binôme, que le terme général de la série du second membre de (38) croît indéfiniment en valeur absolue pour ∣x∣>1|x| > 1. En faisant par exemple x=12x = \frac{1}{2} dans (38), on obtient une nouvelle expression du nombre π\pi:

π6=∑n=0∞1.3.5…(2n−1)1.4.6…2n1(2n+1)22n+1 \frac{\pi}{6} = \sum_{n=0}^\infty \frac{1.3.5\ldots(2n-1)}{1.4.6\ldots2n} \frac{1}{(2n+1)2^{2n+1}}
qui se prête beaucoup mieux que la formule (34) au calcul de valeurs approchées de π\pi (voir Calcul numérique); on peut ainsi obtenir
π=3,141 592 653… \pi = 3,141\ 592\ 653\ldots
à 1/1091/10^9 près par défaut.\footnote{Le nombre π\pi est, non seulement irrationnel (cf. III, p. 35 exerc. 5), mais même transcendant sur le corps Q\mathbf{Q} des nombres rationnels, comme il a été démontré pour la première fois en 1882 par Lindemann (v. par exemple D. Hilbert, Gesammelte Abhandlungen, t. I, p. I, Berlin (Springer), 1932).}

Exercices

Exercices

See the exercises for § 2.

Transcrit du volume imprimé. Non traduit.