Bourbaki

§ 3. Développements asymptotiques des fonctions d’une variable réelle

Dans ce paragraphe, nous allons considérer seulement le cas où l’ensemble E est un intervalle ouvert de la droite achevée R‾\overline{\mathbf{R}}, et F\mathfrak{F} une base de la trace sur E du filtre des voisinages de l’origine ou de l’extrémité α\alpha de E; en outre, nous étudierons surtout les fonctions numériques (finies) définies dans un ensemble de F\mathfrak{F} (dépendant de la fonction considérée). En utilisant au besoin l’un des changements de variables x′=−x,x′=1x−α,x′=−1x−αx' = -x, x' = \frac{1}{x - \alpha}, x' = -\frac{1}{x - \alpha}, on peut toujours se ramener au cas où E est un intervalle de la forme ]a,+∞[]a, +\infty[, et par suite où F\mathfrak{F} est formée des intervalles ]t,+∞[]t, +\infty[, où t>at > a. Nous nous bornerons donc en principe à ce dernier cas, et laisserons au lecteur le soin de traduire la plupart des propositions obtenues (au moyen des changements de variables précédents), sauf pour quelques résultats particulièrement importants.

Il nous sera commode de désigner, par abus de langage, les ensembles de F\mathfrak{F} sous le nom de « voisinages de +∞+\infty ».

1. Intégration des relations de comparaison: I. Relations faibles

Proposition 1

Dans un intervalle ]a,+∞[]a, +\infty[, soient f\mathbf{f} une fonction vectorielle réglée, g une fonction réglée ⩾0\geqslant 0 et telle que ∫a+∞g(t) dt>0\int_a^{+\infty} g(t)\ dt > 0. La relation f≼g\mathbf{f} \preccurlyeq g pour xx tendant vers +∞+\infty entraîne ∫axf(t) dt≼∫axg(t) dt\int_a^x \mathbf{f}(t)\ dt \preccurlyeq \int_a^x g(t)\ dt. Si l’intégrale ∫a+∞g(t) dt\int_a^{+\infty} g(t)\ dt est convergente, l’intégrale ∫a+∞f(t) dt\int_a^{+\infty} \mathbf{f}(t)\ dt est absolument convergente.

En effet, il existe par hypothèse b⩾ab \geqslant a et un nombre c′>0c' > 0 tels que

∥f(x)∥⩽c′(g(x))pour x⩾b, \| \mathbf{f}(x) \| \leqslant c'(g(x)) \quad \text{pour } x \geqslant b,
d’où
∥∫bxf(t) dt∥⩽∫bx∥f(t)∥ dt⩽c′∫bxg(t) dt; \left\| \int_b^x \mathbf{f}(t)\ dt \right\| \leqslant \int_b^x \| \mathbf{f}(t) \| \ dt \leqslant c' \int_b^x g(t)\ dt;
comme d’autre part, on peut supposer bb assez grand pour que ∫abg(t) dt>0\int_a^b g(t)\ dt > 0, il existe c′′>0c'' > 0 tel que ∥∫abf(t) dt∥⩽c′′∫abg(t) dt\left\| \int_a^b \mathbf{f}(t)\ dt \right\| \leqslant c'' \int_a^b g(t)\ dt; en posant c=max⁡(c′,c′′)c = \max (c', c''), on a donc, pour tout x⩾bx \geqslant b,
∥∫axf(t) dt∥⩽c∫axg(t) dt, \left\| \int_a^x \mathbf{f}(t)\ dt \right\| \leqslant c \int_a^x g(t)\ dt,
d’où la proposition.

Corollaire 1

Si ff et gg sont des fonctions réglées ⩾0\geqslant 0 dans l’intervalle ]a,+∞[]a, +\infty[, telles que f⪰gf \succeq g, et si ∫a+∞g(t) dt=+∞\int_a^{+\infty} g(t)\ dt = +\infty, on a ∫a+∞f(t) dt=+∞\int_a^{+\infty} f(t)\ dt = +\infty.

Corollaire 2

Si ff et gg sont ⩾0\geqslant 0 et non identiquement nulles dans [a,+∞[[a, +\infty[ et telles que f≍gf \asymp g, on a ∫axf(t) dt≍∫axg(t) dt\int_a^x f(t)\ dt \asymp \int_a^x g(t)\ dt.

2. Application : critères logarithmiques de convergence des intégrales

Par un choix convenable de la fonction gg, on peut déduire de la prop. 1 de V, p. 18, et de son cor. 1 des critères permettant d’affirmer que l’intégrale ∫a+∞f(t) dt\int_a^{+\infty} f(t)\ dt d’une fonction f⩾0f \geqslant 0 est convergente ou infinie : il suffit de choisir pour gg une fonction dont on connaît une primitive. En particulier, comme xμx^\mu a pour primitive xμ+1μ+1\frac{x^{\mu+1}}{\mu+1} lorsque μ≠−1\mu \neq -1, et log xx lorsque μ=−1\mu = -1, on a le critère suivant :

Proposition 2 (« critère logarithmique d’ordre 0 »)

Soit ff une fonction réglée ⩾0\geqslant 0 dans l’intervalle [a,+∞[[a, +\infty[; si f(x)⩽xμf(x) \leqslant x^\mu pour un μ<−1\mu < -1, l’intégrale ∫a+∞f(t) dt\int_a^{+\infty} f(t)\ dt est convergente ; si f(x)⩾xμf(x) \geqslant x^\mu pour un μ⩾−1\mu \geqslant -1, l’intégrale ∫a+∞f(t) dt\int_a^{+\infty} f(t)\ dt est infinie.

Ce critère ne permet pas de conclure lorsque 1/x1+α≪f(x)≪1/x1/x^{1+\alpha} \ll f(x) \ll 1/x pour tout exposant α>0\alpha > 0, par exemple pour f(x)=1/x(log⁡x)μf(x) = 1/x(\log x)^\mu (μ>0\mu > 0). Mais dans ce dernier cas, ff a pour primitive 11−μ(log⁡x)1−μ\frac{1}{1-\mu} (\log x)^{1-\mu} si μ≠1\mu \neq 1 et log log xx si μ=1\mu = 1. Par suite :

Proposition 3 (« critère logarithmique d’ordre 1 »)

Soit ff une fonction réglée ⩾0\geqslant 0 dans l’intervalle [a,+∞[[a, +\infty[; si f(x)⩽1/x(log⁡x)μf(x) \leqslant 1/x(\log x)^\mu pour un μ>1\mu > 1, l’intégrale ∫a+∞f(t) dt\int_a^{+\infty} f(t)\ dt est convergente ; si f(x)⩾1/x(log⁡x)μf(x) \geqslant 1/x(\log x)^\mu pour un μ⩽1\mu \leqslant 1, l’intégrale ∫a+∞f(t) dt\int_a^{+\infty} f(t)\ dt est infinie.

De façon générale, désignons par ln(x)l_n(x), pour tout entier n⩾0n \geqslant 0, la fonction définie par récurrence (pour xx assez grand) par les relations l0(x)=xl_0(x) = x, ln(x)=log⁡(ln−1(x))l_n(x) = \log(l_{n-1}(x)) pour n⩾1n \geqslant 1 ; on dit que ln(x)l_n(x) est le nn-ème logarithme itéré de xx (cf. Appendix). On vérifie aussitôt que 11−μ(ln(x))1−μ\frac{1}{1-\mu} (l_n(x))^{1-\mu} est une primitive de

1x.l1(x).l2(x)…ln−1(x) (ln(x))μ \frac{1}{x.l_1(x).l_2(x)\ldots l_{n-1}(x)\ (l_n(x))^\mu}

pour μ≠1\mu \neq 1, et ln+1(x)l_{n+1}(x) une primitive de

1x.l1(x).l2(x)…ln−1(x).ln(x) \frac{1}{x.l_1(x).l_2(x)\ldots l_{n-1}(x).l_n(x)}

Par suite :

Proposition 4 (« critère logarithmique d’ordre nn »)

Soit ff une fonction réglée ⩾0\geqslant 0 dans l’intervalle [a,+∞[[a, +\infty[; si f(x)⩽1x.l1(x).l2(x)…ln−1(x) (ln(x))μf(x) \leqslant \frac{1}{x.l_1(x).l_2(x)\ldots l_{n-1}(x)\ (l_n(x))^\mu} pour un μ>1\mu > 1, l’intégrale ∫a+∞f(t) dt\int_a^{+\infty} f(t) \, dt est convergente; si f(x)⩾1x.l1(x)…ln−1(x).(ln(x))μf(x) \geqslant \frac{1}{x.l_1(x)\ldots l_{n-1}(x).(l_n(x))^{\mu}} pour un μ⩽1\mu \leqslant 1, l’intégrale ∫a+∞f(t) dt\int_a^{+\infty} f(t) \, dt est infinie.

Cite 1

Cite V App. 0. Corps de Hardy. Fonctions (H)

Chaque critère logarithmique est donc applicable à des fonctions pour lesquelles les critères d’ordre inférieur ne peuvent donner de conclusion (cf. V, p. 52, exerc. 5 b) et V, p. 53, exerc. 8).

En raison de son utilité, nous traduirons le critère d’ordre 0 pour les intégrales ∫aaf(t) dt\int_a^a f(t) \, dt, où ff est réglée et ⩾0\geqslant 0 dans l’intervalle non compact ]α,a]]\alpha, a]:

Proposition 5 (« critère logarithmique d’ordre 0 »). — Si, au voisinage de α\alpha, on a f(x)⩽1/(x−α)μf(x) \leqslant 1/(x-\alpha)^{\mu} pour un μ<1\mu < 1, l’intégrale ∫aaf(t) dt\int_a^a f(t) \, dt est convergente; si f(x)⩾1/(x−α)μf(x) \geqslant 1/(x-\alpha)^{\mu} pour un μ⩾1\mu \geqslant 1, l’intégrale ∫aaf(t) dt\int_a^a f(t) \, dt est infinie.

Nous laissons au lecteur le soin de traduire de même le critère logarithmique d’ordre nn.

L’application des critères logarithmiques est immédiate si on sait obtenir une partie principale de ff par rapport à une échelle de comparaison contenant les fonctions qui interviennent dans ces critères: si f1f_1 est cette partie principale, l’intégrale ∫a+∞f(t) dt\int_a^{+\infty} f(t) \, dt est convergente ou infinie en même temps que ∫a+∞f1(t) dt\int_a^{+\infty} f_1(t) \, dt, et pour cette dernière intégrale, l’application des critères logarithmiques est immédiate.

Exemple 1

La fonction tp(1−t)qt^p(1-t)^q est non bornée dans ]0,1[]0,1[ lorsque p<0p < 0 ou q<0q < 0; d’après les critères logarithmiques d’ordre 0 appliqués au voisinage des points 0 et 1, pour que l’intégrale ∫01tp(1−t)q dt\int_0^1 t^p(1-t)^q \, dt converge, il faut et il suffit que p>−1p > -1 et q>−1q > -1. Lorsqu’il en est ainsi, cette intégrale est dite intégrale eulérienne de première espèce et notée B(p+1,q+1)B(p+1,q+1) (cf. VII, p. 8).

Cite 1

Cite VII § 1. La fonction gamma dans le domaine réel

Exemple 2

Considérons l’intégrale ∫0∞tx−1e−t dt\int_0^{\infty} t^{x-1}e^{-t} \, dt. Comme e−t∼1e^{-t} \sim 1 au voisinage de 0, pour que cette intégrale converge, il faut que x>0x > 0; cette condition est aussi suffisante car au voisinage de +∞+\infty, on a e−t≪t−μe^{-t} \ll t^{-\mu} quel que soit μ>0\mu > 0. Lorsque x>0x > 0, l’intégrale est dite intégrale eulérienne de seconde espèce et notée Γ(x)\Gamma(x) (cf. VII, p. 7).

Cite 1

Cite VII § 1. La fonction gamma dans le domaine réel

3. Intégration des relations de comparaison: II. Relations fortes

Proposition 6

Soient f\mathbf{f} une fonction vectorielle réglée, gg une fonction numérique réglée et ⩾0\geqslant 0 dans ]a,+∞[]a, +\infty[.

Cite 2

Cite I § 2. Le théorème des accroissements finis, § 3. Développements asymptotiques des fonctions d'une variable réelle

1° Si l’intégrale ∫a+∞g(t)dt\int_a^{+\infty} g(t)dt est convergente, la relation f≪g\mathbf{f} \ll g (resp. f∼cg\mathbf{f} \sim c g, où cc est constant) entraîne ∫x+∞f(t) dt≪∫x+∞g(t) dt\int_x^{+\infty} \mathbf{f}(t) \, dt \ll \int_x^{+\infty} g(t) \, dt (resp. ∫x+∞f(t) dt∼c∫x+∞g(t) dt\int_x^{+\infty} \mathbf{f}(t) \, dt \sim c \int_x^{+\infty} g(t) \, dt).

2° Si l’intégrale ∫a+∞g(t) dt\int_a^{+\infty} g(t) \, dt est infinie, la relation f≪g\mathbf{f} \ll g (resp. f∼cg\mathbf{f} \sim c g) entraîne

∫α∞f(t) dt≪∫β∞g(t) dt(resp. ∫α∞f(t) dt∼c∫β∞g(t) dt,) \int_{\alpha}^{\infty} \mathbf{f}(t) \, dt \ll \int_{\beta}^{\infty} g(t) \, dt \quad \text{(resp. } \int_{\alpha}^{\infty} \mathbf{f}(t) \, dt \sim c \int_{\beta}^{\infty} g(t) \, dt,\text{)}

quels que soient α\alpha et β\beta dans ]a,+∞[]a, +\infty[.

Il suffit de démontrer la proposition concernant la relation f≪gf \ll g, puisque, si c≠0c \neq 0, la relation f∼cgf \sim cg est équivalente à f−cg≪gf - cg \ll g.

La première partie est une conséquence immédiate du théorème de la moyenne, car si on a ∥f(x)∥≤εg(x)\|f(x)\| \leq \varepsilon g(x) pour x≥x0x \geq x_0, on en tire

∥∫x+∞f(t) dt∥≤∫x+∞∥f(t)∥ dt≤ε∫x+∞g(t) dtpour x≥x0. \left\| \int_x^{+\infty} f(t) \, dt \right\| \leq \int_x^{+\infty} \|f(t)\| \, dt \leq \varepsilon \int_x^{+\infty} g(t) \, dt \quad \text{pour } x \geq x_0.
En second lieu, supposons que ∫a+∞g(t) dt=+∞\int_a^{+\infty} g(t) \, dt = +\infty. Si ∥f(x)∥≤εg(x)\|f(x)\| \leq \varepsilon g(x) pour x≥x0≥max⁡(α,β)x \geq x_0 \geq \max(\alpha, \beta), on a
∫α∞∥f(t)∥ dt=∫αx0∥f(t)∥ dt+∫x0∞∥f(t)∥ dt≤∫αx0∥f(t)∥ dt+ε∫x0∞g(t) dt \int_\alpha^\infty \|f(t)\| \, dt = \int_\alpha^{x_0} \|f(t)\| \, dt + \int_{x_0}^\infty \|f(t)\| \, dt \leq \int_\alpha^{x_0} \|f(t)\| \, dt + \varepsilon \int_{x_0}^\infty g(t) \, dt
=ε∫β∞g(t) dt+(∫αx0∥f(t)∥ dt−ε∫βx0g(t) dt). = \varepsilon \int_\beta^\infty g(t) \, dt + \left( \int_\alpha^{x_0} \|f(t)\| \, dt - \varepsilon \int_\beta^{x_0} g(t) \, dt \right).
Or, il existe x1≥x0x_1 \geq x_0 tel que pour tout x≥x1x \geq x_1
∣∫αx0∥f(t)∥ dt−ε∫βx0g(t) dt∣≤ε∫β∞g(t) dt \left| \int_\alpha^{x_0} \|f(t)\| \, dt - \varepsilon \int_\beta^{x_0} g(t) \, dt \right| \leq \varepsilon \int_\beta^\infty g(t) \, dt
d’où, pour x≥x1x \geq x_1
∥∫α∞f(t) dt∥≤∫α∞∥f(t)∥ dt≤2ε∫β∞g(t) dt \left\| \int_\alpha^\infty f(t) \, dt \right\| \leq \int_\alpha^\infty \|f(t)\| \, dt \leq 2\varepsilon \int_\beta^\infty g(t) \, dt
ce qui achève la démonstration, ε>0\varepsilon > 0 étant arbitraire.

En d’autres termes, on peut intégrer les deux membres d’une relation forte f≪gf \ll g, f∼agf \sim ag, lorsque gg est positive dans un intervalle (a,+∞)(a, +\infty), sans que la relation cesse d’avoir lieu entre les primitives des deux membres, pourvu qu’on ait soin d’intégrer de xx à +∞+\infty si ∫a+∞g(t) dt\int_a^{+\infty} g(t) \, dt est convergente et de α\alpha à xx (α\alpha quelconque dans (a,+∞)(a, +\infty)) dans le cas contraire.

On notera que les prop. 1 (V, p. 18) et 6 (V, p. 20) sont encore valables lorsque F\mathfrak{F} est la base de filtre formée de la trace des intervalles (t,+∞)(t, +\infty) (où t>at > a) sur le complémentaire d’un ensemble dénombrable (cf. I, p. 23, th. 2).

Exemple 1

En appliquant la prop. 6 de V, p. 20, à la relation 1/x≪xα−11/x \ll x^{\alpha-1} où α>0\alpha > 0, on retrouve la relation log⁡x≪xα\log x \ll x^\alpha pour tout α>0\alpha > 0, équivalente à la relation y1/α≪eyy^{1/\alpha} \ll e^y démontrée dans III, p. 16.

Cite 2

Cite III § 2. Développements des fonctions exponentielles et circulaires, et des fonctions qui s'y rattachent, § 3. Développements asymptotiques des fonctions d'une variable réelle

Exemple 2

On a (exx)′=exx(1−1x)∼ex/x\left( \frac{e^x}{x} \right)' = \frac{e^x}{x} \left( 1 - \frac{1}{x} \right) \sim e^x/x; comme ex/xe^x/x tend vers +∞+\infty avec xx, on déduit de la prop. 6 de V, p. 20, que ∫1xett dt∼ex/x\int_1^x \frac{e^t}{t} \, dt \sim e^x/x.

Cite 1

Cite § 3. Développements asymptotiques des fonctions d'une variable réelle

Remarque

Lorsque gg n’est pas supposée rester ≥0\geq 0 dans un intervalle (a,+∞)(a, +\infty) (ou rester ≤0\leq 0 dans un tel intervalle), et que ∫a+∞g(t) dt\int_a^{+\infty} g(t) \, dt n’est pas convergente, la relation f∼gf \sim g n’entraîne pas nécessairement ∫a∞f(t) dt∼∫a∞g(t) dt\int_a^\infty f(t) \, dt \sim \int_a^\infty g(t) \, dt, comme le montre l’exemple où g(x)=sin⁡xg(x) = \sin x et f(x)=(1+sin⁡xx)sin⁡xf(x) = \left( 1 + \frac{\sin x}{x} \right) \sin x; on a en effet

∫nπ(n+1)πsin⁡2tt dt≥1(n+1)π∫0πsin⁡2t dt≥12∫n+1n+2dtt, \int_{n\pi}^{(n+1)\pi} \frac{\sin^2 t}{t} \, dt \geq \frac{1}{(n+1)\pi} \int_0^\pi \sin^2 t \, dt \geq \frac{1}{2} \int_{n+1}^{n+2} \frac{dt}{t},

d’où

∫πnπsin⁡2ttdt≥12∫2n+1dtt \int_{\pi}^{n\pi} \frac{\sin^2 t}{t} dt \geq \frac{1}{2} \int_{2}^{n+1} \frac{dt}{t}

et l’intégrale ∫1∞dt/t\int_{1}^{\infty} dt/t est infinie, alors que ∫π2∞g(t) dt=−cos⁡x\int_{\frac{\pi}{2}}^{\infty} g(t) \, dt = -\cos x reste bornée (cf. V, p. 49, exerc. 4).

Cite 1

Cite § 3. Développements asymptotiques des fonctions d'une variable réelle

4. Dérivation des relations de comparaison

Les propositions 1 (V, p. 18) et 6 (V, p. 20) n’admettent pas de réciproque : l’existence d’une relation de comparaison f≤gf \leq g, f≪gf \ll g, f∼cgf \sim cg entre deux fonctions dérivables au voisinage de +∞+\infty n’entraîne pas nécessairement la même relation de comparaison entre leurs dérivées, même lorsqu’il s’agit de relations de comparaison entre fonctions numériques et monotones ff et gg.

Par exemple, la fonction x2+xsin⁡x+cos⁡xx^2 + x \sin x + \cos x est monotone et équivalente à x2x^2, mais sa dérivée x(2+cos⁡x)x(2 + \cos x) n’est pas équivalente à 2x2x.

Par contre, on peut dériver des relations de comparaison lorsqu’on suppose a priori que les dérivées des fonctions considérées sont comparables (V, p. 7). De façon générale, nous dirons que deux fonctions numériques f,gf, g, définies dans un intervalle [a,+∞[[a, +\infty[, sont comparables d’ordre kk au voisinage de +∞+\infty si, dans un voisinage de +∞+\infty, elles admettent une dérivée kk-ème réglée sauf en une infinité dénombrable de points, et si, dans ce voisinage, f(k)f^{(k)} et g(k)g^{(k)} gardent un signe constant (dans l’ensemble où elles sont définies), et sont comparables.

On convient de dire que deux fonctions numériques comparables (V, p. 7) sont comparables d’ordre 0.

Proposition 7

Si deux fonctions numériques f,gf, g, sont comparables d’ordre 1, elles sont comparables ; en outre, la relation f≪gf \ll g (resp. f∼cg,cf \sim cg, c constante) entraîne f′≪g′f' \ll g' (resp. f′∼cg′f' \sim cg') sauf si gg est équivalente à une constante ≠0\neq 0.

Cite 2

Cite V § 1. Comparaison des fonctions dans un ensemble filtré, § 3. Développements asymptotiques des fonctions d'une variable réelle

En effet, comme f′f' et g′g' gardent un signe constant dans un intervalle ]x0,+∞[]x_0, +\infty[, ff et gg sont monotones dans cet intervalle, donc tendent vers une limite finie ou infinie lorsque xx tend vers +∞+\infty. Il est évident que ff et gg sont comparables lorsque xx tend vers +∞+\infty, si une de ces limites est finie et ≠0\neq 0, ou si l’une est nulle et l’autre infinie. Si ff et gg tendent toutes deux vers 0, on peut écrire f(x)=−∫x+∞f′(t)dt,g(x)=−∫x+∞g′(t)dtf(x) = -\int_x^{+\infty} f'(t) dt, g(x) = -\int_x^{+\infty} g'(t) dt; comme f′f' et g′g' sont comparables, il en est de même de ff et gg et la relation de comparaison entre ff et gg est la même que celle qui existe entre f′f' et g′g', d’après la prop. 6 (V, p. 20). De même, si ff et gg ont toutes deux un elimite infinie, on a f(x)=f(x0)+∫x0xf′(t)dt,g(x)=g(x0)+∫x0xg′(t)dtf(x) = f(x_0) + \int_{x_0}^x f'(t) dt, g(x) = g(x_0) + \int_{x_0}^x g'(t) dt; la prop. 6 (V, p. 20) montre de nouveau que ff et gg sont comparables et que la relation de comparaison entre ff et gg est la même que celle qui existe entre f′f' et g′g'. Pour achever de démontrer la proposition, il reste à considérer le cas où gg tend vers ±∞\pm \infty et ff vers une constante ; alors on ne peut avoir f′≫g′f' \gg g', car on déduirait de la prop. 1 (V, p. 18) que l’intégrale ∫x0∞g′(t) dt\int_{x_0}^\infty g'(t)\,dt serait convergente; comme f′f' et g′g' sont supposées comparables, on a nécessairement f′≪g′f' \ll g'.

Corollaire

Si deux fonctions numériques f,gf, g sont comparables d’ordre k⩾1k \geqslant 1, elles sont comparables d’ordre pp pour 0⩽p⩽k0 \leqslant p \leqslant k; en outre, la relation f≪gf \ll g (resp. f∼cgf \sim cg) entraîne f(k)≪g(k)f^{(k)} \ll g^{(k)} (resp. f(k)∼cg(k)f^{(k)} \sim cg^{(k)}) sauf lorsque l’une des dérivées g(p)g^{(p)} (0⩽p⩽k−10 \leqslant p \leqslant k - 1) est équivalente à une constante ≠0\neq 0.

Cite 1

Cite § 3. Développements asymptotiques des fonctions d'une variable réelle

En effet, comme f(k)f^{(k)} et g(k)g^{(k)} gardent un signe constant dans un intervalle [x0,+∞[[x_0, +\infty[, f(k−1)f^{(k-1)} et g(k−1)g^{(k-1)} sont monotones dans cet intervalle, donc gardent un signe constant au voisinage de +∞+\infty; en outre, la prop. 7 de V, p. 22, montre que f(k−1)f^{(k-1)} et g(k−1)g^{(k-1)} sont comparables, donc le corollaire résulte de la prop. 7 appliquée par récurrence sur kk.

Remarque 1

La restriction de l’énoncé de la prop. 7 concernant gg est essentielle. Par exemple, on a 1/x≪1+1x1/x \ll 1 + \frac{1}{x} bien que les dérivées des deux membres soient équivalentes; de même 1+1x∼1+1x21 + \frac{1}{x} \sim 1 + \frac{1}{x^2}, mais 1/x2≫2/x31/x^2 \gg 2/x^3.

Remarque 2

Si ff et gg sont comparables d’ordre kk, une fonction f1f_1 équivalente à ff n’est pas nécessairement comparable d’ordre kk à gg; elle l’est toutefois si on suppose que f1f_1 est comparable d’ordre kk à ff et qu’aucune des dérivées f(p)f^{(p)} (0⩽p⩽k−10 \leqslant p \leqslant k - 1) n’est équivalente à une constante ≠0\neq 0.

Remarque 3

Si ff et gg sont comparables d’ordre kk, il n’en pas nécessairement de même de hfhf et hghg, même pour une fonction monotone hh aussi simple que h(x)=xh(x) = x (V, p. 49, exerc. 3); de même, 1/f1/f et 1/g1/g ne sont pas nécessairement comparables d’ordre kk (V, p. 48, exerc. 1).

Cite 1

Cite § 3. Développements asymptotiques des fonctions d'une variable réelle

5. Partie principale d’une primitive

Soit ff une fonction numérique réglée ≠0\neq 0 et gardant un signe constant dans un intervalle [a,+∞[[a, +\infty[; la proposition suivante permet dans certains cas d’obtenir une partie principale simple de la primitive ∫x+∞f(t) dt\int_x^{+\infty} f(t)\,dt si ∫a+∞f(t) dt\int_a^{+\infty} f(t)\,dt est convergente, et de la primitive ∫axf(t) dt\int_a^x f(t)\,dt si l’intégrale ∫a+∞f(t) dt\int_a^{+\infty} f(t)\,dt est infinie:

Proposition 8

On pose F(x)=∫x+∞f(t) dtF(x) = \int_x^{+\infty} f(t)\,dt si ∫a+∞f(t) dt\int_a^{+\infty} f(t)\,dt est convergente, F(x)=∫axf(t) dtF(x) = \int_a^x f(t)\,dt si ∫a+∞f(t) dt\int_a^{+\infty} f(t)\,dt est infinie. On suppose que log⁡∣f∣\log |f| et log⁡x\log x sont comparables d’ordre 1.

Cite 3 · Cité par 3

Cite V § 1. Comparaison des fonctions dans un ensemble filtré, § 3. Développements asymptotiques des fonctions d'une variable réelle, V § 2. Développements asymptotiques

Cité par Proposition 1, V Appendix 0, Remarque, Exemple 2

1° Si ff est d’ordre fini μ≠−1\mu \neq -1 par rapport à xx, on a

F(x)∼1∣μ+1∣ xf(x). F(x) \sim \frac{1}{|\mu + 1|}\, x f(x).
(1)

2° Si ff est d’ordre infini par rapport à xx et si f/f′f/f' et xx sont comparables d’ordre 1, on a

F(x)∼(f(x))2∣f′(x)∣. F(x) \sim \frac{(f(x))^2}{|f'(x)|}.
(2)

On notera que l’hypothèse entraîne que f(x)f(x) a un ordre déterminé par rapport à xx (V, p. 9).

§ 3

1° Si ff est d'ordre μ≠0\mu \neq 0 par rapport à xx, on a log⁡∣f∣∼μlog⁡x\log |f| \sim \mu \log x, donc, comme log⁡∣f∣\log |f| et log⁡x\log x sont comparables d'ordre 1, on a d'après la prop. 7 de V, p. 22, f′/f∼μ/xf'/f \sim \mu/x, ou xf′∼μfx f' \sim \mu f. Si μ>−1\mu > -1, on a f(x)≫xμ−εf(x) \gg x^{\mu-\varepsilon} pour tout ε>0\varepsilon > 0, donc (V, p. 19, prop. 2) l'intégrale ∫a+∞f(t) dt\int_a^{+\infty} f(t)\,dt est infinie. On peut écrire F(x)=∫axf(t) dt=xf(x)−af(a)−∫axtf′(t) dtF(x) = \int_a^x f(t)\,dt = x f(x) - a f(a) - \int_a^x t f'(t)\,dt, ou encore

∫ax(f(t)+tf′(t)) dt=xf(x)−af(a); \int_a^x (f(t) + t f'(t))\,dt = x f(x) - a f(a);
comme μ≠−1,f(x)+xf′(x)∼(μ+1)f(x)\mu \neq -1, f(x) + x f'(x) \sim (\mu + 1) f(x), donc (V, p. 20, prop. 6)
∫ax(f(t)+tf′(t)) dt∼(μ+1)F(x), \int_a^x (f(t) + t f'(t))\,dt \sim (\mu + 1) F(x),
ce qui démontre dans ce cas la relation (1). Si μ=0\mu = 0, on a de même xf′(x)≪f(x)x f'(x) \ll f(x), ce qui donne encore f(x)+xf′(x)∼f(x)f(x) + x f'(x) \sim f(x). On raisonne de manière analogue lorsque μ<−1\mu < -1, cas où ∫a+∞f(t) dt\int_a^{+\infty} f(t)\,dt est convergente.

2° Si ff est d'ordre +∞+\infty par rapport à xx, on a log⁡∣f∣≫log⁡x\log |f| \gg \log x, donc (V, p. 22, prop. 7) f′/f≫1/xf'/f \gg 1/x, ou encore, en posant g(x)=f(x)/f′(x)g(x) = f(x)/f'(x), g(x)≪xg(x) \ll x; en outre, comme f(x)≫xαf(x) \gg x^\alpha pour tout α>0\alpha > 0, l'intégrale ∫a+∞f(t) dt\int_a^{+\infty} f(t)\,dt est infinie. On peut écrire

F(x)=∫axf(t) dt=∫axg(t)f′(t) dt=g(x)f(x)−g(a)f(a)−∫axf(t)g′(t) dt; F(x) = \int_a^x f(t)\,dt = \int_a^x g(t) f'(t)\,dt = g(x) f(x) - g(a) f(a) - \int_a^x f(t) g'(t)\,dt;
comme gg et xx sont comparables d'ordre 1, de la relation g(x)≪xg(x) \ll x on déduit (V, p. 22, prop. 7) g′(x)≪1g'(x) \ll 1, donc fg′≪ff g' \ll f, et par suite (V, p. 20, prop. 6)
∫axf(t)g′(t) dt≪F(x), \int_a^x f(t) g'(t)\,dt \ll F(x),
ce qui établit la relation (2). Démonstration analogue lorsque ff est d'ordre −∞-\infty par rapport à xx, cas où ∫a+∞f(t) dt\int_a^{+\infty} f(t)\,dt est convergente.

Soit E\mathscr{E} une échelle de comparaison (pour xx réel tendant vers +∞+\infty) formée de fonctions numériques non nulles et de signe constant au voisinage de +∞+\infty, telle que x∈Ex \in \mathscr{E} et que le produit et le quotient de deux fonctions de E\mathscr{E} appartiennent encore à E\mathscr{E} (V, p. 11 et p. 14). Si une fonction réglée ff de signe constant au voisinage de +∞+\infty admet une partie principale cgc g par rapport à E\mathscr{E}, ∫a+∞f(t) dt\int_a^{+\infty} f(t)\,dt (resp. ∫axf(t)dt\int_a^x f(t) dt suivant le cas) sera équivalente à c∫a+∞g(t) dtc \int_a^{+\infty} g(t)\,dt (resp. c∫axg(t) dtc \int_a^x g(t)\,dt); si la fonction gg satisfait aux conditions de la prop. 8 de V, p. 23, et si (lorsque la formule (2) de V, p. 23, s'applique) on connaît une partie principale de g′g' relativement à E\mathscr{E}, on aura ainsi une partie principale de ∫a+∞f(t) dt\int_a^{+\infty} f(t)\,dt (resp. ∫axf(t) dt\int_a^x f(t)\,dt) relativement à E\mathscr{E}.

Exemple 1

La fonction 1/log⁡x1/\log x est d’ordre 0 par rapport à xx, et satisfait aux conditions de la prop. 8 de V, p. 23; donc

∫axdtlog⁡t∼xlog⁡x. \int_a^x \frac{dt}{\log t} \sim \frac{x}{\log x}.

Cite 1

Cite § 3. Développements asymptotiques des fonctions d'une variable réelle

Exemple 2

La fonction ex2e^{x^2} est d’ordre +∞+\infty par rapport à xx et satisfait aux conditions de la prop. 8, donc

∫axet2dt∼12xex2. \int_a^x e^{t^2} dt \sim \frac{1}{2x} e^{x^2}.
Dans l’Appendice (V, p. 41), nous définirons un ensemble de fonctions auxquelles les prop. 7 et 8 sont toujours applicables.

Cite 1

Cite V App. 0. Corps de Hardy. Fonctions (H)

Remarque

La prop. 8 n’est pas directement applicable à une fonction ff d’ordre –1 par rapport à xx. Mais on peut alors écrire f(x)=f1(x)/xf(x) = f_1(x)/x, f1f_1 étant d’ordre 0 par rapport à xx. Supposons par exemple que ∫a+∞f(t) dt\int_a^{+\infty} f(t) \, dt soit infini; alors

F(x)=∫axf(t) dt=∫ax1tf1(t) dt=∫log⁡alog⁡xf1(eu) du. F(x) = \int_a^x f(t) \, dt = \int_a^x \frac{1}{t} f_1(t) \, dt = \int_{\log a}^{\log x} f_1(e^u) \, du.
Si la fonction f1(ey)f_1(e^y) satisfait aux conditions de la prop. 8 et a un ordre ≠−1\neq -1 par rapport à yy (c’est-à-dire si f1(x)f_1(x) a un ordre ≠−1\neq -1 par rapport à log⁡x\log x), les formules (1) et (2) permettront encore d’obtenir une partie principale de F(x)F(x). Par exemple, soit f(x)=exp⁡(log⁡x)xlog⁡xf(x) = \frac{\exp (\sqrt{\log x})}{x \log x}; comme exp⁡(log⁡x)\exp (\sqrt{\log x}) est d’ordre 0 par rapport à xx, ff est d’ordre –1; on a ici f1(ey)=ey/yf_1(e^y) = e^{\sqrt{y}}/y et cette fonction est d’ordre +∞+\infty par rapport à yy; la prop. 8 lui est applicable et donne ∫ayeu/u du∼2ey/y\int_a^y e^{\sqrt{u}}/u \, du \sim 2e^{\sqrt{y}}/\sqrt{y}; en revenant à la variable xx, il vient donc ∫axexp⁡(log⁡t)tlog⁡t dt∼2exp⁡(log⁡x)log⁡x\int_a^x \frac{\exp (\sqrt{\log t})}{t \log t} \, dt \sim \frac{2 \exp (\sqrt{\log x})}{\sqrt{\log x}}.

Cite 1

Cite Proposition 8

6. Développement asymptotique d’une primitive

Soit E\mathscr{E} une échelle de comparaison au voisinage de +∞+\infty formée de fonctions numériques ≠0\neq 0 et de signe constant au voisinage de +∞+\infty; soit f\mathbf{f} une fonction vectorielle réglée définie dans un intervalle ]a,+∞[]a, +\infty[, à valeurs dans un espace normé complet EE, et admettant un développement asymptotique

f=∑λ<αaλgλ+rα \mathbf{f} = \sum_{\lambda < \alpha} a_\lambda g_\lambda + \mathbf{r}_\alpha
à la précision gαg_\alpha, par rapport à E\mathscr{E}. Supposons en outre que toute primitive ∫axg(t) dt\int_a^x g(t) \, dt d’une fonction g∈Eg \in \mathscr{E} admette un développement asymptotique par rapport à E\mathscr{E}. Dans ces conditions, nous allons voir qu’on peut obtenir un développement asymptotique de F(x)=∫axf(t) dtF(x) = \int_a^x \mathbf{f}(t) \, dt relativement à E\mathscr{E}. Distinguons deux cas: 1° ∫a+∞gα(t) dt\int_a^{+\infty} g_\alpha(t) \, dt est infini; alors (V, p. 20, prop. 6), on a ∫axrα(t) dt≪∫axgα(t) dt\int_a^x \mathbf{r}_\alpha(t) \, dt \ll \int_a^x g_\alpha(t) \, dt; par hypothèse, on peut obtenir un développement asymptotique de ∑λ<αaλ∫axgλ(t) dt\sum_{\lambda < \alpha} a_\lambda \int_a^x g_\lambda(t) \, dt à une certaine précision gρg_\rho (V, p. 12); si cgσc g_\sigma est la partie principale de ∫axgα(t)dt\int_a^x g_\alpha(t) dt, on aura donc un développement asymptotique de ∫axf(t) dt\int_a^x \mathbf{f}(t) \, dt à la précision gmin⁡(ρ,σ)g_{\min(\rho, \sigma)}, dont tous les termes ont des normes croissant indéfiniment.

2° ∫a+∞gα(t) dt\int_a^{+\infty} g_\alpha(t) \, dt est convergente; soit β\beta alors le plus petit des indices λ≤α\lambda \leq \alpha tels que aλ≠0a_\lambda \neq 0 et que ∫a+∞gλ(t)dt\int_a^{+\infty} g_\lambda(t) dt soit convergente; l’intégrale

C=∫a+∞(f(t)−∑λ<βaλgλ(t)) dt C = \int_a^{+\infty} (f(t) - \sum_{\lambda < \beta} a_\lambda g_\lambda(t)) \, dt
est alors convergente, et on peut écrire
F(x)=∑λ<βaλ∫axgλ(t) dt+C−∑β≤λ<αaλ∫x+∞gλ(t) dt−∫x+∞rα(t) dt. F(x) = \sum_{\lambda < \beta} a_\lambda \int_a^x g_\lambda(t) \, dt + C - \sum_{\beta \leq \lambda < \alpha} a_\lambda \int_x^{+\infty} g_\lambda(t) \, dt - \int_x^{+\infty} r_\alpha(t) \, dt.
On a alors ∫x+∞rα(t) dt≪∫x+∞gα(t) dt\int_x^{+\infty} r_\alpha(t) \, dt \ll \int_x^{+\infty} g_\alpha(t) \, dt; si cgσc g_\sigma est la partie principale de ∫x+∞gσ(t)dt\int_x^{+\infty} g_\sigma(t) dt, et si on a un développement asymptotique de
∑λ<βaλ∫axgλ(t) dt+C−∑β≤λ<αaλ∫x+∞gλ(t) dt \sum_{\lambda < \beta} a_\lambda \int_a^x g_\lambda(t) \, dt + C - \sum_{\beta \leq \lambda < \alpha} a_\lambda \int_x^{+\infty} g_\lambda(t) \, dt
à la précision gσg_\sigma, on aura de la sorte un développement asymptotique de FF à la précision gmin⁡(σ,α)g_{\min(\sigma, \alpha)}.

Tout revient donc à trouver des développements asymptotiques par rapport à E\mathscr{E} de primitives de fonctions de E\mathscr{E}. Nous avons vu comment, moyennant certaines hypothèses sur E\mathscr{E}, la prop. 8 de V, p. 23 donne la partie principale d’une telle primitive. En outre, la démonstration de la prop. 8 donne l’expression de la différence des deux membres de la formule (1) (resp. (2)) de V, p. 23, sous forme d’une primitive de la fonction 1∣μ+1∣(xf′(x)+f(x))−f(x)\frac{1}{|\mu + 1|} (x f'(x) + f(x)) - f(x) (resp. f(x)g′(x)f(x) g'(x)), avec g=f/f′g = f/f'; en formant la partie principale de cette nouvelle primitive, ainsi qu’un développement asymptotique du second membre de (1) (resp. (2)), on obtiendra le second terme du développement cherché (voir V, p. 36–43).

Exemple 1

Soit f(x)=1/log⁡xf(x) = 1/\log x (x>1x > 1); on a vu que ∫axdt/log⁡t∼x/log⁡x\int_a^x dt/\log t \sim x/\log x, et la différence ∫axdtlog⁡t−xlog⁡x\int_a^x \frac{dt}{\log t} - \frac{x}{\log x} est une primitive de 1/(log⁡x)21/(\log x)^2; on peut de nouveau appliquer à cette fonction la prop. 8, qui donne ∫axdt/(log⁡t)2∼x/(log⁡x)2\int_a^x dt/(\log t)^2 \sim x/(\log x)^2. Par récurrence, on obtient ainsi le développement

∫axdtlog⁡t=xlog⁡x+x(log⁡x)2+2x(log⁡x)3+⋯+(n−1)!x(log⁡x)n+o(x(log⁡x)n). \int_a^x \frac{dt}{\log t} = \frac{x}{\log x} + \frac{x}{(\log x)^2} + \frac{2x}{(\log x)^3} + \cdots + (n-1)! \frac{x}{(\log x)^n} + o\left( \frac{x}{(\log x)^n} \right).
On notera que, quel que soit nn, tous les termes de ce développement tendent vers +∞+\infty avec xx.

Exemple 2

Soit f(x)=exx2+1f(x) = \frac{e^x}{x^2 + 1}; on peut écrire f(x)=exx2−exx4+o1(exx4)f(x) = \frac{e^x}{x^2} - \frac{e^x}{x^4} + o_1\left( \frac{e^x}{x^4} \right). La prop. 8 donne les développements

∫axett2 dt=exx2+2exx3+6exx4+o2(exx4) \int_a^x \frac{e^t}{t^2} \, dt = \frac{e^x}{x^2} + \frac{2e^x}{x^3} + \frac{6e^x}{x^4} + o_2\left( \frac{e^x}{x^4} \right)
∫axett4 dt=exx4+o3(exx4) \int_a^x \frac{e^t}{t^4} \, dt = \frac{e^x}{x^4} + o_3\left( \frac{e^x}{x^4} \right)
d’où par addition
∫axett2+1 dt=exx2+2exx3+5exx4+o4(exx4) \int_a^x \frac{e^t}{t^2 + 1} \, dt = \frac{e^x}{x^2} + 2 \frac{e^x}{x^3} + 5 \frac{e^x}{x^4} + o_4\left( \frac{e^x}{x^4} \right)

Cite 1

Cite Proposition 8

Exercices

See the exercises for § 3.

Transcrit du volume imprimé. Non traduit.