§ 3. Représentations
1. Représentations
Définition 1
Soient g une algèbre de Lie sur K, et M un K-module. Un homomorphisme de g dans l’algèbre de Lie gl(M) s’appelle une représentation de g dans le module M. Une représentation injective est dite fidèle. Si K est un corps, la dimension (finie ou infinie) de M sur K s’appelle la dimension de la représentation. La représentation de g dans le K-module g s’appelle la représentation adjointe de g.
Une représentation de g dans M est donc une application K-linéaire de g dans le module des endomorphismes de M telle que
Exemple. — Soient G un groupe de Lie réel, g son algèbre de Lie, θ une représentation analytique de G dans un espace vectoriel réel E de dimension finie. Alors l’homomorphisme correspondant de g dans gl(E) est une représentation de g dans E.
Soit U l’algèbre enveloppante de g. La proposition 1 du § 2, no 1 définit une correspondance biunivoque entre l’ensemble des représentations de g dans M et l’ensemble des représentations de U dans M. On sait d’autre part (Alg., chap. VIII, § 13, no 1) qu’il y a équivalence entre la notion de représentation de l’algèbre associative U et celle de U-module à gauche.
Définition 2
Soient g une algèbre de Lie sur K, et U son algèbre enveloppante. Un module unitaire à gauche sur U est appelé un g-module à gauche, ou simplement un g-module.
Si M est un g-module, et si x ∈ U, on notera l’homothétie de M définie par x (cf. Alg., chap. VIII, § 1, no 2).
Un module unitaire à droite sur U s’appelle un g-module à droite. Un tel module s’identifie à un U⁰-module à gauche, c’est-à-dire (§ 2, no 4) à un g⁰-module à gauche.
Soit φ l’antiautomorphisme principal de U. Si M est un g-module à droite, on définit sur M une structure de g-module à gauche en posant pour et .
On peut traduire en langage de représentations les notions et résultats de la théorie des modules :
1) Deux représentations ρ et ρ’ de g dans M et M’ sont dites semblables ou isomorphes si les g-modules M et M’ sont isomorphes. Pour cela, il faut et il suffit qu’il existe un isomorphisme u du K-module M sur le K-module M’ tel que :
quel que soit .
2) Pour tout , soit une représentation de g dans . Soit M le g-module somme directe des g-modules . Il lui correspond une représentation de g dans M, appelée somme directe des ρ_i et notée (où dans le cas de représentations ). Si est un élément de M, et si , on a .
3) Une représentation de g dans M est dite simple ou irréductible si le g-module associé est simple. Il revient au même de dire qu’il n’existe pas de sous-K-module de M (autre que et M) stable pour tous les . Une classe de g-modules simples (Alg., chap. VIII, § 3, no 2) définit une classe de représentations simples de g.
4) Une représentation de g dans M est dite semi-simple ou complètement réductible si le g-module associé est semi-simple. Il revient au même de dire que est semblable à une somme directe de représentations simples, ou que tout sous-K-module de M stable pour les () possède un supplémentaire stable pour les () (cf. Alg., chap. VIII, § 3, no 3).
5) Soit une classe de représentations simples de g, correspondant à une classe C de g-modules simples. Soit d’autre part une représentation de g dans M. Le composant isotypique d’espèce C du g-module M (Alg., chap. VIII, § 3, no 4) s’appelle aussi le composant isotypique d’espèce de M. Ce composant est la somme des sous-K-modules de M stables pour les et dans lesquels les induisent une représentation de classe ; il est somme directe de certains de ces sous-modules; si est de longueur , on dit que contient fois . La somme des différents est directe; elle est égale à M si et seulement si est semi-simple.
6) Soient deux représentations de g. On dit que est une sous-représentation (resp. une représentation quotient) de si le module de est un sous-module (resp. un module quotient) du module de .
Soit M un K-module. La représentation nulle de g dans M définit sur M une structure de g-module. Muni de cette structure, M est appelé un g-module trivial.
Soit M un g-module. Les g-modules quotients des sous-g-modules de M sont aussi les sous-g-modules des modules quotients de M : ils s’obtiennent en considérant deux sous-g-modules U, U’ de M tels que U ⊃ U’ et en formant le g-module U/U’. Ceci posé, si tous les modules simples du type précédent sont isomorphes à un g-module simple donné N, on dit que M est un g-module pur d’espèce N. Si ρ et σ sont les représentations de g correspondant à M et N, on dit aussi que ρ est pure d’espèce σ.
Soit M’ un sous-g-module de M. Pour que M soit pur d’espèce N, il faut et il suffit que M’ et M/M’ soient purs d’espèce N. En effet, la condition est évidemment nécessaire. Supposons-la vérifiée; et soient U, U’ des sous-g-modules de M tels que U’ ⊂ U et que U/U’ soit simple ; soit φ l’homomorphisme canonique de M sur M/M’ ; si φ(U) ≠ φ(U’), U/U’ est isomorphe à φ(U)/φ(U’), donc isomorphe à N ; si φ(U) = φ(U’), on a U ⊂ U’ + M’, donc U/U’ est isomorphe à un sous-module simple de (U’ + M’)/U’, et ce dernier module est lui-même isomorphe à M’/(U’ ∩ M’) ; donc U/U’ est encore isomorphe à N, de sorte que M est pur d’espèce N.
Soit toujours M un g-module, et supposons que l’ensemble des sous-g-modules de M qui sont purs d’espèce N admette un élément maximal M’. Alors, tout sous-module M’’ de M qui est pur d’espèce N est contenu dans M’. En effet, M’’/(M’ ∩ M’’) et M’ sont purs d’espèce N, donc M’ + M’’ est pur d’espèce N d’après ce qui précède, donc M’ + M’’ ⊂ M’.
Supposons que le g-module M admette une suite de Jordan-Hölder (M_i)_{0 \leq i \leq n}. Pour que M soit pur d’espèce N, il faut et il suffit que M_0/M_1, M_1/M_2, ..., M_{n-1}/M_n soient isomorphes à N ; en effet, la condition est évidemment nécessaire ; sa suffisance résulte aussitôt, par récurrence sur n, de ce qu’on a vu plus haut.
Proposition 1
Soient g une algèbre de Lie sur K, et a un idéal de g. Soient M un g-module, et N un a-module simple. Considérons M comme un a-module et supposons que l’ensemble des sous-a-modules de M qui sont purs d’espèce N admette un élément maximal M’. Alors M’ est un sous-g-module de M.
Soit y \in g. Soient φ l’application canonique de M sur M/M’, et f l’application m \mapsto φ(y_M.m) de M’ dans M/M’. Il suffit de montrer que f(M’) = \{0\}. Soit x \in a. Pour m \in M, on a
x_{M/M’} . f(m) = φ(x_M y_M . m) = φ(y_M x_M . m) + φ([x, y]_M . m).
Or, , d’où ; par ailleurs, . Donc . Il en résulte que est un sous--module de isomorphe à un quotient de , donc pur d’espèce ; d’où .
Corollaire
Soient une algèbre de Lie sur , et un idéal de . Soit un -module simple, de longueur finie en tant que -module. Il existe un -module simple tel que soit un -module pur d’espèce .
Puisque le -module est de longueur finie, il existe un élément minimal dans l’ensemble des sous--modules de : c’est un sous--module simple de . Le plus grand sous--module de qui est pur d’espèce est alors , et est un sous--module de (prop. 1), donc est identique à .
2. Produit tensoriel de représentations
Nous avons défini, au n° 1, la somme directe d’une famille de représentations de . Nous allons maintenant définir d’autres opérations sur les représentations.
Soient , deux algèbres de Lie sur , et un -module (). Soient l’algèbre enveloppante de , et l’application canonique de dans . Alors est un -module à gauche, donc est canoniquement muni d’une structure de -module à gauche. Or est l’algèbre enveloppante de , et l’application est l’application canonique de dans cette algèbre enveloppante (§ 2, n° 2). Donc il existe une structure de -module sur telle que :
Cette structure définit une représentation de dans .
Si maintenant , l’homomorphisme de dans , composé avec la représentation précédente, définit une représentation de g dans M, donc une structure de g-module sur M, telle que :
(2)
Par un raisonnement analogue, on voit que :
Proposition 2
Soient g une algèbre de Lie sur K, et un g-module (). Dans le produit tensoriel il existe une structure de g-module et une seule telle que
(3)
quels que soient .
La représentation correspondante s’appelle le produit tensoriel des représentations données de g dans les .
En particulier, si M est un g-module, la prop. 2 définit une structure de g-module sur chaque , donc dans l’algèbre tensorielle T de M.
La formule (3) montre que, pour tout , est l’unique dérivation de l’algèbre T qui prolonge . On sait (§ 2, no 8) que définit par passage aux quotients une dérivation de l’algèbre symétrique S de M. Donc S peut être considéré comme un g-module quotient de T, et les sont des dérivations de S.
Plus particulièrement encore, considérons g comme un g-module grâce à la représentation adjointe de g. Soit U l’algèbre enveloppante de g. D’après la prop. 7 du § 2, définit par passage aux quotients une dérivation de U qui n’est autre que la dérivation intérieure définie par ( désignant l’application canonique de g dans U). Donc U peut être considéré comme un g-module quotient de T. Si K est un corps de caractéristique 0, l’isomorphisme canonique de S sur U est un isomorphisme de g-modules (§ 2, no 8).
3. Représentations dans des modules d’homomorphismes
Soient encore et deux algèbres de Lie sur K, et un -module (). Soient l’algèbre enveloppante de , et l’application canonique de dans . Alors est un -module à gauche, donc est canoniquement muni d’une structure de -module à gauche. Or, est l’algèbre enveloppante de , et l’application
est l’application canonique de dans cette algèbre enveloppante. Donc il existe une structure de -module sur telle que
quels que soient , . Cette structure définit une représentation de dans .
Si maintenant , l’homomorphisme de dans , composé avec la représentation précédente, définit une représentation de dans , donc une structure de -module sur , telle que
ou
En combinant ce résultat avec la prop. 2, on voit que :
Proposition 3
Soient une algèbre de Lie sur , et un -module (). Soit le -module des applications multilinéaires de dans . Il existe une structure de -module et une seule sur telle que
quels que soient , et les ().
En particulier, soient une algèbre de Lie sur , un -module. Considérons d’autre part comme un -module trivial.
La prop. 3 définit dans une structure de g-module. La représentation correspondante est appelée représentation duale de la représentation . On a :
(8)
(9)
Lorsque K est un corps et que M est de dimension finie, le g-module M est simple (resp. semi-simple) si et seulement si le g-module est simple (resp. semi-simple).
Proposition 4
Soient* deux g-modules. Les applications K-linéaires canoniques (Alg., chap. II, 3e éd., § 4, no 2, prop. 2 et no 1, prop. 1) :
Posons
On identifie les g-modules et par l’isomorphisme . Si et ont des bases finies, est un isomorphisme (Alg., chap. II, 3e éd., , n° 2, prop. 2), qui permet d’identifier les g-modules et ; dans ce cas, on peut donc identifier les g-modules , et
4. Exemples
Exemple 1
Soient g une algèbre de Lie sur K, M un g-module. La structure de g-module de M et la structure de g-module trivial de K définissent une structure de g-module sur le K-module des formes bilinéaires sur M. On a
Soient M un K-module, une forme bilinéaire sur M. D’après ce qui précède, l’ensemble des tels que
a) Prenons , et
b) Prenons , et
Exemple 2
Conservons les notations de l’exemple 1. La structure de g-module de M définit dans le K-module des endomorphismes de M une structure de g-module. D’après (6), on a, quels que soient , et :
5. Éléments invariants
Définition 3
Soient g une algèbre de Lie, M un g-module. Un élément est dit invariant (pour la structure de g-module de M, ou pour la représentation correspondante de g) si pour tout .
Soient G un groupe de Lie réel connexe, g son algèbre de Lie, une représentation analytique de G dans un espace vectoriel réel E de dimension finie, la représentation correspondante de g dans E. Soit . L’élément est invariant pour si et seulement si quel que soit . Ceci justifie l’emploi du mot « invariant ».
Exemple 1
Soient M, N deux g-modules, et P = . Pour qu’un élément f de P soit invariant, il faut et il suffit, d’après (6), que f soit un homomorphisme du g-module M dans le g-module N. En particulier, si M = N et pour tout , f est invariant si et seulement si f est permutable aux .
Exemple 2
Soit M un K-module admettant une base finie. Si M est muni d’une structure de g-module, et sont munis de structures de g-modules, et l’application canonique de dans est un isomorphisme de g-modules (prop. 4). Comme est évidemment un invariant (cf. exemple 1), l’élément correspondant u de est un invariant. Si est une base de M, et si est la base duale, on a .
Exemple 3
Soit M un g-module. Soit une forme bilinéaire sur M, et soit f l’élément correspondant de . Pour que soit invariante, il faut et il suffit que f soit un homomorphisme de g-modules (prop. 4 et exemple 1). Supposons que K soit un corps, et que . Une forme bilinéaire sur M invariante et non dégénérée définit un isomorphisme du g-module M sur le g-module , donc un isomorphisme du g-module sur le g-module . Ainsi, compte tenu de l’exemple 2, la donnée de définit canoniquement un élément invariant c dans le g-module , qu’on peut construire de la manière suivante : soit une base de M, la base de M telle que ; alors .
Proposition 5
Soient g une K-algèbre de Lie, h un idéal de g, une représentation de g dans M, et la restriction de à h. Alors l’ensemble N des éléments de M invariants pour est stable pour .
En effet, soient et ; quel que soit , on a , donc ; donc .
Proposition 6
Soit M un g-module semi-simple. Alors le sous-module des éléments invariants de M admet un et un seul supplémentaire stable pour les , à savoir le sous-module engendré par les ().
En effet, soit un sous-module de stable pour les et supplémentaire de dans . Pour tout , on a avec , donc . Donc . Soit un sous-module de stable pour les et supplémentaire de dans . Pour tout , on a quel que soit , donc , donc . Donc , ce qui prouve que .
6. Formes bilinéaires invariantes
Soit une algèbre de Lie sur . La représentation adjointe de dans et la représentation nulle de dans définissent dans le -module des formes bilinéaires sur une structure de -module. On dit brièvement qu’une forme bilinéaire sur est invariante si elle est invariante pour la représentation . D’après la formule (10), la condition nécessaire et suffisante pour qu’il en soit ainsi est que :
quels que soient dans .
Maintenant, soit l’algèbre de Lie des dérivations de . La représentation identique de et la représentation nulle de dans définissent une représentation de dans . On dit brièvement qu’une forme bilinéaire sur est complètement invariante si elle est invariante pour la représentation . Une forme bilinéaire complètement invariante est invariante. Pour qu’une forme bilinéaire sur soit complètement invariante, il faut et il suffit qu’on ait :
quels que soient dans et .
Proposition 7
Soient une algèbre de Lie, une forme bilinéaire symétrique invariante sur , et un idéal de .
a) L’orthogonal de pour est un idéal de .
b) Si est caractéristique, et si est complètement invariante, est caractéristique.
c) Si est non dégénérée, est commutatif.
Soit D une dérivation de g. Supposons que soit stable pour D et que pour dans g. Alors, entraîne , car pour tout , on a , donc . Ainsi, est stable pour D. Ceci établit a) et b).
Soit maintenant b un idéal de g, et supposons que la restriction de à b soit nulle. Pour dans b et , on a , car . Ainsi, est orthogonal à g. Si est non dégénérée, b est donc commutatif. Ce résultat, appliqué à , prouve c).
Définition 4
Soient g une K-algèbre de Lie, M un g-module. Supposons que M, considéré comme K-module, admette une base finie. On appelle forme bilinéaire associée au g-module M (ou à la représentation correspondante) la forme bilinéaire symétrique sur g. Si la représentation considérée est la représentation adjointe, la forme bilinéaire associée s’appelle la forme de Killing de g.
Proposition 8
Soient g une algèbre de Lie, M un g-module. Supposons que M, considéré comme K-module, admette une base finie. La forme bilinéaire associée à M est invariante.
En effet, pour dans g, on a :
Proposition 9
Supposons que K soit un corps et que l’algèbre de Lie g soit de dimension finie sur K. Soient a un idéal de g, la forme de Killing de g, et celle de a. Alors, est la restriction de à a.
En effet, soit u un endomorphisme de l’espace vectoriel g qui laisse stable a. Soient la restriction de u à a, et l’endomorphisme de l’espace vectoriel déduit de u par passage au quotient. On a comme on le voit en prenant une base de g dont les p premiers éléments constituent une base de . Ceci posé, soient , et appliquons la formule précédente au cas où . On a , et . Donc .
Proposition 10
Supposons que K soit un corps, et que l’algèbre de Lie g soit de dimension finie sur K. La forme de Killing de g est complètement invariante.
Soit D une dérivation de g. Il existe une algèbre de Lie contenant g comme idéal de codimension 1, et un élément de , tels que pour tout (§ 1, no 8, exemple 1). Soit la forme de Killing de . Pour dans g, on a , c’est-à-dire . Or, la restriction de à g est (prop. 9). D’où la proposition.
7. Élément de Casimir
Proposition 11
Soient g une algèbre de Lie sur un corps K, U son algèbre enveloppante, un idéal de dimension finie de g, et une forme bilinéaire invariante sur g, dont la restriction à soit non dégénérée. Soient deux bases de telles que . Alors l’élément de U appartient au centre de U et est indépendant du choix de la base .
Pour , soit la restriction à de . Alors, est une représentation de g dans l’espace , et la restriction de à est invariante pour cette représentation. D’après le no 5, exemple 3, le tenseur est indépendant du choix de la base , et est un élément invariant de l’algèbre tensorielle de . C’est aussi un élément de l’algèbre tensorielle T de g, invariant pour la représentation déduite de la représentation adjointe de g. Son image canonique dans U, c’est-à-dire c, est donc indépendante du choix de la base , et est un invariant pour la représentation de g dans U considérée à la fin du no 2. Cet élément est donc permutable à tout élément de g, et par suite appartient au centre de U.
Lorsque est la forme bilinéaire associée à un g-module M, on dit que l’élément c de la proposition 11 est l’élément de Casimir associé à M (ou à la représentation correspondante). Cet élément existe si la restriction de à est non dégénérée.
Proposition 12
Soient g une algèbre de Lie sur un corps K, un idéal de dimension finie n de g, et M un g-module de dimension finie sur K. Soit c l’élément de Casimir (supposé exister) associé à M et .
a) On a .
b) *Si M est simple, et si n n’est pas divisible par la caractéristique de K, est un automorphisme de M.
Reprenant les notations de la prop. 11, on a . Donc, si n n’est pas divisible par la caractéristique de K, . D’autre part, comme c appartient au centre de U, est permutable à tous les . Si de plus M est simple, est donc inversible dans (Alg., chap. VIII, § 4, no 3, prop. 2).
8. Extension de l’anneau de base
Soient un anneau commutatif à élément unité, un homomorphisme de K dans transformant 1 en 1. Soient g une K-algèbre de Lie, U son algèbre enveloppante, et M un g-module à gauche, c’est-à-dire un U-module à gauche. Alors, est canoniquement muni d’une structure de -module à gauche, donc de -module à gauche. Soient et les représentations de g et correspondant à M et : on dit que se déduit de par extension de l’anneau de base, et on peut appliquer les résultats d’*Alg.*, chap. VIII, § 13, no 4. Si , n’est autre que l’endomorphisme de .
Supposons que K soit un corps, que soit une extension de K, et que soit l’injection canonique de K dans . Soient V et des sous-espaces vectoriels de M. Soit le sous-espace vectoriel de g formé des tels que . Soit le sous-espace vectoriel de formé des tels que . Alors, . Il est clair en effet que . Soit maintenant x' \in a'. On peut écrire , où les sont dans , et où les sont des éléments de linéairement indépendants sur . Pour tout , on a , c’est-à-dire , d’où , donc et . Ceci montre bien que . En particulier, le centre de se déduit du centre de par extension de à : il suffit d’appliquer ce qui précède à la représentation adjointe de . Il en résulte que pour tout . De même, soient une sous-algèbre de , et le normalisateur de dans . Alors, le normalisateur de dans est .
Soient comme dans l’alinéa précédent. Soient un sous-espace vectoriel de , et un sous-espace vectoriel de . Soit le sous-espace vectoriel de formé des tels que . Soit le sous-espace vectoriel de formé des tels que . On voit comme ci-dessus que . En particulier, le sous-espace vectoriel des invariants de se déduit du sous-espace vectoriel des invariants de par extension du corps de base de à .
Soient et comme au début de ce no. Soient une -algèbre de Lie, et des -modules. Si et sont des -modules isomorphes, et sont des -modules isomorphes. Inversement :
Proposition 13
Soient K un corps, K₁ une extension de K, g une K-algèbre de Lie, M, N deux g-modules de dimension finie sur K. Si M_{(K₁)} et N_{(K₁)} sont des g_{(K₁)}-modules isomorphes, M et N sont des g-modules isomorphes.
La démonstration se fait en deux étapes.
1° Supposons d’abord que soit une extension de de degré fini . Soit l’algèbre enveloppante de , de sorte que l’algèbre enveloppante de est (§ 2, no 9). Étant isomorphes en tant que -modules, et le sont a fortiori en tant que -modules ; mais en tant que -modules, ils sont respectivement isomorphes à et . Or, et sont des -modules de longueur finie ; (resp. ) est donc somme directe d’une famille (resp. ) de sous-modules tels que les (resp. ) soient indécomposables et deux (resp. ) d’indices distincts non isomorphes (Alg., chap. VIII, , n° 2, th. 1). Alors (resp. ) est isomorphe à la somme directe des (resp. ) ; on en conclut (loc. cit.) que et qu’après permutation éventuelle des on a et est isomorphe à pour , donc isomorphe à
2° Cas général. Soient le g-module et le sous-espace des invariants de , c’est-à-dire l’ensemble des homomorphismes du g-module dans le g-module . Dans le -module , le sous-espace des invariants est . L’hypothèse que et sont isomorphes entraîne que et ont même dimension sur , et qu’il existe dans un élément qui est un isomorphisme de sur . Soit une base de sur . Choisissons d’autre part des bases de et sur . Si pour , la matrice de par rapport à ces bases a un déterminant qui est un polynôme à coefficients dans . Lorsque , ce déterminant est non nul, donc les coefficients de ne sont pas tous nuls. Par suite, si est la clôture algébrique de , il existe (puisque est infini) des éléments () tels que (Alg., chap. IV, § 2, n° 5, prop. 8). Si est l’extension algébrique de engendrée par les (), on en conclut que est un isomorphisme de sur ; mais est de degré fini sur (Alg., chap. V, § 3, n° 2, prop. 5), donc et sont isomorphes en vertu de la première partie du raisonnement.
Soient à nouveau , et comme au début de ce n°. Soit une représentation de dans un -module possédant une base finie . Alors, la forme bilinéaire sur associée à se déduit de la forme bilinéaire associée à par extension à de l’anneau de base (car, si , a même matrice par rapport à que par rapport à , donc et ont même trace). En particulier, si le -module possède une base finie, la forme de Killing de se déduit de celle de par extension à de l’anneau de base.
Exercices
See the exercises for § 3.