Bourbaki

APPENDICE Fonction de Möbius

Soit nn un entier ⩾1\geqslant 1. Si nn est divisible par le carré d’un nombre premier, on pose μ(n)=0\mu(n) = 0. Si nn n’est divisible par le carré d’aucun nombre premier, on pose μ(n)=(−1)k\mu(n) = (-1)^k, où kk est le nombre de diviseurs premiers de nn. La fonction μ:N∗→{−1,0,1}\mu : \mathbf{N}^* \to \{-1, 0, 1\} ainsi définie s’appelle fonction de Möbius.

Rappelons qu’étant donnés deux entiers n1⩾1,n2⩾1n_1 \geqslant 1, n_2 \geqslant 1, on écrit n1∣n2n_1 \mid n_2 si n1n_1 divise n2n_2.

Proposition

(i) La fonction μ\mu est l’unique application de N∗\mathbf{N}^* dans Z\mathbf{Z} telle que μ(1)=1\mu(1) = 1 et que

∑d∣nμ(d)=0 \sum_{d \mid n} \mu(d) = 0

pour tout entier n>1n > 1.

(ii) Soient ss et tt deux applications de N∗\mathbf{N}^* dans un groupe commutatif noté additivement. Pour que l’on ait

s(n)=∑d∣nt(d)pour tout entier n⩾1, s(n) = \sum_{d \mid n} t(d) \quad \text{pour tout entier } n \geqslant 1,

il faut et il suffit que l’on ait

t(n)=∑d∣nμ(d)s(nd)pour tout entier n⩾1. t(n) = \sum_{d \mid n} \mu(d) s\left( \frac{n}{d} \right) \quad \text{pour tout entier } n \geqslant 1.

L’assertion d’unicité dans (i) est évidente, car (1) permet de déterminer μ(n)\mu(n) par récurrence sur nn. Montrons que la fonction μ\mu satisfait bien à (1). En effet, soit nn un entier >1> 1. Soit PP l’ensemble des diviseurs premiers de nn et soit n=∏p∈Ppvp(n)n = \prod_{p \in P} p^{v_p(n)} la décomposition de nn en facteurs premiers. Si dd est un diviseur de nn, on a μ(d)=0\mu(d) = 0 sauf si dd est de la forme ∏p∈Hp\prod_{p \in \mathbf{H}} p, où H\mathbf{H} est une partie de P\mathbf{P}. On a donc

∑d∣nμ(d)=∑H⊂P(−1)Card H \sum_{d|n} \mu(d) = \sum_{\mathbf{H} \subset \mathbf{P}} (-1)^{\mathrm{Card}\,\mathbf{H}}
=∑k=0Card P(nk)(−1)k=(1−1)Card P=0. = \sum_{k=0}^{\mathrm{Card}\,\mathbf{P}} \binom{n}{k}(-1)^k = (1 - 1)^{\mathrm{Card}\,\mathbf{P}} = 0.

Soient ss et tt deux applications de N∗\mathbf{N}^* dans un groupe commutatif noté additivement. Soit n∈N∗n \in \mathbf{N}^*. Si (2) est vérifiée, on a

∑d∣nμ(d)s(nd)=∑d∣nμ(d)∑δ∣ndt(δ)=∑dδ∣nμ(d)t(δ) \sum_{d|n} \mu(d)s\left(\frac{n}{d}\right) = \sum_{d|n} \mu(d) \sum_{\delta|\frac{n}{d}} t(\delta) = \sum_{d\delta|n} \mu(d)t(\delta)
=∑δ∣nt(δ)∑d∣nδμ(d)=t(n). = \sum_{\delta|n} t(\delta) \sum_{d|\frac{n}{\delta}} \mu(d) = t(n).

Réciproquement, si (3) est vérifiée, on a

∑d∣nt(d)=∑d∣n∑δ∣dμ(δ)s(dδ)=∑d∣ns(d)∑δ∣ndμ(δ)=s(n), \sum_{d|n} t(d) = \sum_{d|n} \sum_{\delta|d} \mu(\delta)s\left(\frac{d}{\delta}\right) = \sum_{d|n} s(d) \sum_{\delta|\frac{n}{d}} \mu(\delta) = s(n),

ce qui achève la démonstration.

La formule (3) s'appelle formule d'inversion de Möbius.

Exercices

Exercices

See the exercises for Appendix 0.

Transcrit du volume imprimé. Non traduit.