Bourbaki

Exercice 3, § 5

Groupes et algèbres de Lie, V

Bourbaki marks this one as harder than the rest.

Soient K un corps de caractéristique zéro, V un K-espace vectoriel de dimension finie ll, et G un sous-groupe de GL(V)\mathbf{GL}(V) engendré par des pseudo-réflexions. On pose q=Card(G)q = \mathrm{Card}(G); on note S (resp. L) l’algèbre symétrique (resp. l’algèbre extérieure) de V. Si x∈Vx \in V, on note xx (resp. x′x') son image canonique dans S (resp. dans L).

a) Soit E=S⊗LE = S \otimes L l’algèbre produit tensoriel de S et de L. Montrer qu’il existe sur E une dérivation dd et une seule telle que dx=x′dx = x' et dx′=0dx' = 0 pour tout x∈Vx \in V.

b) Soit SGS^G l’algèbre des invariants symétriques de G et soient P1,…,PlP_1, \ldots, P_l des éléments homogènes de SGS^G tels que SG=K[P1,…,Pl]S^G = K[P_1, \ldots, P_l]. Pour toute partie I={i1,…,ir}I = \{i_1, \ldots, i_r\} avec i1<⋯<iri_1 < \cdots < i_r de {1,l}\{1, l\} on pose :

ωI=dPi1…dPir. \omega_I = dP_{i_1} \ldots dP_{i_r}.

(*) Comme l’a montré E. Vinberg, le groupe W correspondant à ce dernier graphe n’est pas un sous-groupe de type « arithmétique » du groupe G. La même situation se présente pour divers autres graphes de type hyperbolique (non compacts, cette fois), notamment pour les quatre derniers de l’exercice 16.

Montrer que les ω1\omega_1 sont linéairement indépendants sur S, et qu’ils appartiennent à la sous-algèbre EGE^G formée des éléments de E invariants par G. En déduire que, pour tout ω∈EG\omega \in E^G, il existe a,cI∈SGa, c_I \in S^G, avec a≠0a \neq 0, tels que

aω=∑IcIωI. a \omega = \sum_I c_I \omega_I.

c) Montrer que tout élément de EGE^G contenu dans S⊗⋀lVS \otimes \bigwedge^l V est de la forme c.dP1…dPlc . dP_1 \ldots dP_l, avec c∈SGc \in S^G. (Appliquer la prop. 5.)

d) Montrer que les ωI\omega_I forment une base du SGS^G-module EGE^G. (Avec les notations de b), on multiplie chaque membre de la relation aω=∑IcIωIa \omega = \sum_I c_I \omega_I par un élément ωJ\omega_J, et on applique c); on en déduit que, si I est le complémentaire de J, aa divise cIc_I; d’où (*) le fait que les ωI\omega_I engendrent EGE^G.

e) Soit SnS_n (resp. LmL_m) la composante homogène de degré nn (resp. mm) de S (resp. L). On pose :

En,m=Sn⊗Lm,En,mG=EG∩En,m,an,m=dim⁡En,mG, E_{n,m} = S_n \otimes L_m, \quad E^G_{n,m} = E^G \cap E_{n,m}, \quad a_{n,m} = \dim E^G_{n,m},
a(X,Y)=∑n,m≥0an,mXnYm. a(X, Y) = \sum_{n,m \geq 0} a_{n,m} X^n Y^m.

En utilisant d), démontrer la formule :

a(X,Y)=∏i=1l1+Y.Xpi−11−Xpi, a(X, Y) = \prod_{i=1}^l \frac{1 + Y . X^{p_i-1}}{1 - X^{p_i}},
où pi=deg⁡(Pi)p_i = \deg(P_i).

f) Si g∈Gg \in G, soit Tr⁡n,m(g)\operatorname{Tr}_{n,m}(g) la trace de l’automorphisme de En,mE_{n,m} défini par gg; on pose :

Tr⁡(X,Y)(g)=∑n,m≥0Tr⁡n,m(g)XnYm. \operatorname{Tr}(X,Y)(g) = \sum_{n,m \geq 0} \operatorname{Tr}_{n,m}(g) X^n Y^m.
Montrer que l’on a :
Tr⁡(X,Y)(g)=det⁡(1+Yg)det⁡(1−Xg). \operatorname{Tr}(X,Y)(g) = \frac{\det(1 + Yg)}{\det(1 - Xg)}.

g) Soit q=Card⁡(G)q = \operatorname{Card}(G). Montrer que

1q∑g∈GTr⁡(X,Y)(g)=a(X,Y), \frac{1}{q} \sum_{g \in G} \operatorname{Tr}(X,Y)(g) = a(X,Y),
i.e.
1q∑g∈Gdet⁡(1+Yg)det⁡(1−Xg)=∏i=1l1+Y.Xpi−11−Xpi. \frac{1}{q} \sum_{g \in G} \frac{\det(1 + Yg)}{\det(1 - Xg)} = \prod_{i=1}^l \frac{1 + Y . X^{p_i-1}}{1 - X^{p_i}}.
(On utilisera le résultat suivant : si G opère sur un espace vectoriel E de dimension finie, la dimension de l’espace des éléments de E invariants par G est égale à 1q∑g∈GTr⁡E(g)\frac{1}{q} \sum_{g \in G} \operatorname{Tr}_E(g)). Que donne cette formule pour Y=0Y = 0?

h) Pour tout entier p≥0p \geq 0, soit HpH_p l’ensemble des éléments g∈Gg \in G qui admettent 1 pour valeur propre avec une multiplicité égale à pp. Soit hp=Card⁡(Hp)h_p = \operatorname{Card}(H_p). Démontrer la formule :

∑p=0lhpTp=∏i=1l(pi−1+T). \sum_{p=0}^l h_p T^p = \prod_{i=1}^l (p_i - 1 + T).
(Dans la formule de g) ci-dessus, remplacer Y par −1+T(1−X)-1 + T(1 - X), puis faire X=1X = 1 dans le résultat. Si g∈Hpg \in H_p, le terme Tr⁡(X,Y)(g)\operatorname{Tr}(X,Y)(g) devient TpT^p.)

(*) Pour plus de détails, voir L. SOLOMON, Invariants of finite reflection groups, Nagoya Math. Journal, t. XXII (1963), p. 57-64.

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