Bourbaki

§ 1. Définition des nombres réels

1. Le groupe ordonné des nombres rationnels

On a défini en Algèbre (A, I, p. 112), la relation d’ordre x≤yx \leq y dans l’ensemble Q\mathbf{Q} des nombres rationnels; on a vu qu’elle fait de Q\mathbf{Q} un ensemble totalement ordonné, et qu’elle est compatible avec la structure de groupe additif de Q\mathbf{Q}, c’est-à-dire (A, VI, § 1, n° 1) que, pour tout z∈Qz \in \mathbf{Q}, la relation x≤yx \leq y est équivalente à x+z≤y+zx + z \leq y + z (ce qu’on énonce encore en disant que l’ordre est invariant par translation). Rappelons que l’on pose, dans Q\mathbf{Q} (comme dans tout groupe totalement ordonné),

x+=sup⁡(x,0),x−=sup⁡(−x,0)=(−x)+,∣x∣=sup⁡(x,−x); x^+ = \sup(x, 0), \quad x^- = \sup(-x, 0) = (-x)^+, \quad |x| = \sup(x, -x);

∣x∣|x| est appelé valeur absolue de xx; on a

x=x+−x−,∣x∣=x++x− x = x^+ - x^-, \quad |x| = x^+ + x^-

et l’inégalité du triangle

(1)

∣x+y∣≤∣x∣+∣y∣, |x + y| \leq |x| + |y|,

ainsi que l’inégalité

(2)

∣∣x∣−∣y∣∣≤∣x−y∣ ||x| - |y|| \leq |x - y|

qui en est une conséquence immédiate; on a de même

(3)

∣x+−y+∣≤∣x−y∣. |x^+ - y^+| \leq |x - y|.

Les relations x≥0,x=x+,x−=0,∣x∣=xx \geq 0, x = x^+, x^- = 0, |x| = x (resp. x≤0,x=−x−,x+=0,∣x∣=−xx \leq 0, x = -x^-, x^+ = 0, |x| = -x) sont équivalentes. La relation ∣x∣=0|x| = 0 est équivalente à x=0x = 0; si a \geqslant 0, la relation ∣x∣⩽a|x| \leqslant a est équivalente à −a⩽x⩽a-a \leqslant x \leqslant a, la relation ∣x∣⩾a|x| \geqslant a à «x⩾ax \geqslant a ou x⩽−ax \leqslant -a ». Quels que soient x,y,zx, y, z dans Q\mathbf{Q}, on a

(4)sup⁡(x,y)+z=sup⁡(x+z,y+z) \text{(4)} \quad \sup(x, y) + z = \sup(x + z, y + z)
(5)inf⁡(x,y)=−sup⁡(−x,−y) \text{(5)} \quad \inf(x, y) = -\sup(-x, -y)
et, comme cas particuliers,
(6)sup⁡(x,y)=x+(y−x)+=x+(x−y)− \text{(6)} \quad \sup(x, y) = x + (y - x)^+ = x + (x - y)^-
(7)inf⁡(x,y)=x−(y−x)−=x−(x−y)+. \text{(7)} \quad \inf(x, y) = x - (y - x)^- = x - (x - y)^+.
Enfin, on désigne par Q+\mathbf{Q}_+ l’ensemble des nombres rationnels ⩾0\geqslant 0; on a les relations
(8)Q++Q+⊂Q+ \text{(8)} \quad \mathbf{Q}_+ + \mathbf{Q}_+ \subset \mathbf{Q}_+
(9)Q+∩(−Q+)={0} \text{(9)} \quad \mathbf{Q}_+ \cap (-\mathbf{Q}_+) = \{0\}
(10)Q+∪(−Q+)=Q. \text{(10)} \quad \mathbf{Q}_+ \cup (-\mathbf{Q}_+) = \mathbf{Q}.
La relation x⩽yx \leqslant y est équivalente à y−x∈Q+y - x \in \mathbf{Q}_+. Nous allons, à l’aide de cette relation d’ordre, définir sur Q\mathbf{Q} une topologie compatible avec sa structure de groupe additif.

2. La droite rationnelle

Considérons l’ensemble F\mathfrak{F} des intervalles ouverts symétriques ]−a,+a[]-a, +a[, où aa parcourt l’ensemble des nombres rationnels >0> 0; nous allons montrer que F\mathfrak{F} est un système fondamental de voisinages de 00 dans une topologie compatible avec la structure de groupe additif de Q\mathbf{Q}.

Le groupe Q\mathbf{Q} est commutatif, et l’axiome (GVII′_{\mathrm{II}}') (III, p. 4) est évidemment vérifié; il suffit donc de voir que (GVI′_{\mathrm{I}}') (III, p. 4) l’est aussi, autrement dit que, pour tout a>0a > 0, il existe b>0b > 0 tel que les conditions ∣x∣<b,∣y∣<b|x| < b, |y| < b entraînent ∣x+y∣<a|x + y| < a; or, d’après l’inégalité du triangle, il suffit de prendre b=a/2b = a/2.

Définition 1

On appelle droite rationnelle l’espace topologique obtenu en munissant l’ensemble Q\mathbf{Q} de la topologie de groupe dont un système fondamental de voisinages de 00 est formé par les intervalles ouverts symétriques ]−a,+a[]-a, +a[ (a>0a > 0).

Le groupe topologique Q\mathbf{Q} ainsi défini est appelé groupe additif de la droite rationnelle.

Quel que soit le nombre rationnel a>0a > 0, il existe un entier n>0n > 0 tel que 1/n<a1/n < a; les intervalles ouverts ]−1n,+1n[]-\frac{1}{n}, +\frac{1}{n}[ (n=1,2,…n = 1, 2, \ldots) forment donc un système fondamental de voisinages de 00 sur la droite rationnelle.

On a un système fondamental de voisinages d’un point quelconque x∈Qx \in \mathbf{Q}, en prenant les intervalles ouverts ]x−a,x+a[]x - a, x + a[, où aa parcourt l’ensemble des nombres rationnels >0> 0 (ou seulement l’ensemble des nombres 1/n1/n).

La définition 1 est donc équivalente à celle que nous avons donnée dans I, p. 4.

Pour tout couple (a,b)(a, b) tel que a<ba < b, il existe c∈Qc \in \mathbf{Q} tel que a<c<ba < c < b (par exemple c=(a+b)/2c = (a + b)/2); il en résulte que la droite rationnelle est un espace séparé et non discret.

Pour tout a>0a > 0, soit UaU_a l’ensemble des couples (x,y)(x, y) de Q×Q\mathbf{Q} \times \mathbf{Q} tels que ∣x−y∣<a|x - y| < a; lorsque aa parcourt l’ensemble des nombres rationnels >0> 0 (ou seulement l’ensemble des nombres 1/n1/n), les ensembles UaU_a forment un système fondamental d’entourages de la structure uniforme du groupe additif Q\mathbf{Q} de la droite rationnelle. Les relations (2) et (3) (IV, p. 1) montrent que ∣x∣|x|, x+x^+ et x−x^- sont uniformément continues dans Q\mathbf{Q}. Il s’ensuit que les fonctions sup⁡(x,y)\sup(x, y) et inf⁡(x,y)\inf(x, y) sont uniformément continues dans Q×Q\mathbf{Q} \times \mathbf{Q}.

3. La droite numérique et les nombres réels

Définition 2

On désigne par R\mathbf{R} le groupe topologique complété du groupe additif Q\mathbf{Q} de la droite rationnelle. Les éléments de R\mathbf{R} sont appelés nombres réels; en tant qu’espace topologique, R\mathbf{R} est appelé droite numérique; en tant que groupe topologique, on l’appelle groupe additif de la droite numérique.

On identifiera toujours Q\mathbf{Q} avec le sous-groupe partout dense de R\mathbf{R}, auquel il est canoniquement isomorphe; avec cette convention, tout nombre rationnel est un nombre réel. Tout nombre réel non rationnel est dit irrationnel; on a vu dans II, p. 15 qu’il en existe (on le verra d’une autre manière dans IV, p. 12; voir aussi IV, p. 47, exerc. 2); donc (III, p. 8, Remarque), l’ensemble CQ\mathbf{CQ} des nombres irrationnels est partout dense dans R\mathbf{R}.

Nous allons voir qu’on peut prolonger à R\mathbf{R} la structure d’ordre de Q\mathbf{Q}, de manière que la structure d’ordre prolongée soit encore compatible avec la structure de groupe additif de R\mathbf{R}:

Proposition 1

La relation y−x∈Q‾+y - x \in \overline{\mathbf{Q}}_+ est une relation d’ordre dans R\mathbf{R}, qui fait de R\mathbf{R} un ensemble totalement ordonné, est compatible avec la structure de groupe additif de R\mathbf{R}, et induit sur Q\mathbf{Q} la relation d’ordre x⩽yx \leqslant y.

Montrons d’abord que les relations y−x∈Q‾+y - x \in \overline{\mathbf{Q}}_+ et z−y∈Q‾+z - y \in \overline{\mathbf{Q}}_+ entraînent z−x∈Q‾+z - x \in \overline{\mathbf{Q}}_+; en effet, la fonction x+yx + y est continue dans R×R\mathbf{R} \times \mathbf{R}; d’après (8) (IV, p. 2), on a donc Q‾++Q‾+⊂Q‾+\overline{\mathbf{Q}}_+ + \overline{\mathbf{Q}}_+ \subset \overline{\mathbf{Q}}_+ (I, p. 9, th. 1). En second lieu, on va voir que les relations y−x∈Q‾+y - x \in \overline{\mathbf{Q}}_+ et x−y∈Q‾+x - y \in \overline{\mathbf{Q}}_+ entraînent x=yx = y, ce qui établit que y−x∈Q‾+y - x \in \overline{\mathbf{Q}}_+ est une relation d’ordre dans R\mathbf{R}. Montrons pour cela que Q‾+∩(−Q‾+)={0}\overline{\mathbf{Q}}_+ \cap (-\overline{\mathbf{Q}}_+) = \{0\}; les fonctions x↦x+x \mapsto x^+ et x↦x−x \mapsto x^- étant uniformément continues dans Q\mathbf{Q}, se prolongent par continuité dans R\mathbf{R} (II, p. 20, th. 2); soient ff et gg leurs prolongements respectifs. On a par prolongement x=f(x)−g(x)x = f(x) - g(x) quel que soit x∈Rx \in \mathbf{R}; pour x∈Q‾+,g(x)=0x \in \overline{\mathbf{Q}}_+, g(x) = 0; d’autre part, comme −Q‾+-\overline{\mathbf{Q}}_+ est l’adhérence de −Q+-\mathbf{Q}_+ d’après la continuité de −x-x, on a f(x)=0f(x) = 0 pour x∈−Q‾+x \in -\overline{\mathbf{Q}}_+. Donc, pour x∈Q‾+∩(−Q‾+)x \in \overline{\mathbf{Q}}_+ \cap (-\overline{\mathbf{Q}}_+), f(x)=g(x)=0f(x) = g(x) = 0, d’où x=0x = 0.

D’après (10) (IV, p. 2), on a Q‾+∪(−Q‾+)=R\overline{\mathbf{Q}}_+ \cup (-\overline{\mathbf{Q}}_+) = \mathbf{R}, donc R\mathbf{R} est totalement ordonné par la relation d’ordre y−x∈Q‾+y - x \in \overline{\mathbf{Q}}_+.

En outre, comme les relations y−x∈Q‾+y - x \in \overline{\mathbf{Q}}_+ et (y+z)−(x+z)∈Q‾+(y + z) - (x + z) \in \overline{\mathbf{Q}}_+ sont équivalentes, la relation d’ordre y−x∈Q‾+y - x \in \overline{\mathbf{Q}}_+ est bien compatible avec la structure de groupe additif de R\mathbf{R}.

Enfin, si xx et yy appartiennent à Q\mathbf{Q}, les relations y−x∈Q‾+y - x \in \overline{\mathbf{Q}}_+ et y−x∈Q+y - x \in \mathbf{Q}_+ sont équivalentes, ce qui achève la démonstration, en prouvant que la relation d’ordre y−x∈Q‾+y - x \in \overline{\mathbf{Q}}_+ induit sur Q\mathbf{Q} la relation x≤yx \leq y; on la notera encore x≤yx \leq y.

L’ensemble Q‾+\overline{\mathbf{Q}}_+ est identique à l’ensemble des x≥0x \geq 0 dans R\mathbf{R}; on l’écrira R+\mathbf{R}_+; c’est un ensemble fermé. On désignera par R+∗\mathbf{R}_+^* l’ensemble des x>0x > 0; c’est le complémentaire de −R+-\mathbf{R}_+, donc c’est un ensemble ouvert dans R\mathbf{R}.

4. Propriétés des intervalles de R\mathbf{R}

Proposition 2

Tout intervalle fermé (resp. ouvert) de R\mathbf{R}, est un ensemble fermé (resp. ouvert) dans R\mathbf{R}.

En effet, les ensembles {a,→[=a+R+ et ]←,a}=a−R+\{a, \rightarrow[ = a + \mathbf{R}_+ \text{ et } ]\leftarrow, a\} = a - \mathbf{R}_+ se déduisent par translation de R+\mathbf{R}_+ et −R+-\mathbf{R}_+ respectivement, donc (III, p. 2) sont fermés; les ensembles ]←,a[]\leftarrow, a[ et ]a,→[]a, \rightarrow[, qui en sont les complémentaires respectifs, sont ouverts; enfin, l’intervalle fermé [a,b][a, b] (resp. l’intervalle ouvert ]a,b[]a, b[), intersection de {a,→[\{a, \rightarrow[ et ]←,b}]\leftarrow, b\} (resp. de ]a,→[]a, \rightarrow[ et ]←,b[]\leftarrow, b[) est un ensemble fermé (resp. ouvert).

Les intervalles fermés [−a,+a][-a, +a] (a>0a > 0) de R\mathbf{R} sont donc des voisinages de 0; montrons qu’ils forment un système fondamental de voisinages de 0 lorsque aa parcourt R+∗\mathbf{R}_+^*. Il suffit d’établir la proposition suivante:

Proposition 3

Lorsque rr parcourt l’ensemble des nombres rationnels >0> 0, les intervalles Sr=(−r,+r)S_r = (-r, +r) de R\mathbf{R} forment un système fondamental de voisinages de 0.

En effet (III, p. 24, prop. 7), on obtient un système fondamental de voisinages de 0 dans R\mathbf{R} en prenant les adhérences, dans R\mathbf{R}, des intervalles Sr∩Q=(−r,+r)S_r \cap \mathbf{Q} = (-r, +r) de Q\mathbf{Q}. La proposition sera démontrée si on établit que SrS_r est l’adhérence de Sr∩QS_r \cap \mathbf{Q}. Or, SrS_r est fermé dans R\mathbf{R}; il suffit donc de montrer que, si xx est un nombre réel tel que −r<x<r-r < x < r, xx est adhérent à Sr∩QS_r \cap \mathbf{Q}. Or, ]−r,+r[]-r, +r[ est un ensemble ouvert dans R\mathbf{R}, donc, pour tout voisinage assez petit VV de 0 dans R\mathbf{R}, x+V⊂]−r,+r[x + V \subset ]-r, +r[; mais, comme Q\mathbf{Q} est partout dense dans R\mathbf{R}, il existe un nombre rationnel r′∈x+Vr' \in x + V, et on a donc −r<r′<r-r < r' < r, c’est-à-dire r′∈Sr∩Qr' \in S_r \cap \mathbf{Q}.

Corollaire

Tout point de la droite numérique possède un système fondamental dénombrable de voisinages.

Proposition 4

Pour tout couple (x,y)(x, y) de nombres réels tels que x<yx < y, il existe un nombre rationnel rr tel que x<r<yx < r < y.

Comme Q\mathbf{Q} est partout dense dans R\mathbf{R}, il suffit de voir que ]x,y[]x, y[ n’est pas vide;

par translation, on se ramène au cas où x=0,y>0x = 0, y > 0. Or, R\mathbf{R} étant un espace séparé, il existe, d’après la prop. 3, un nombre rationnel r>0r > 0 tel que y∉(−r,+r)y \notin (-r, +r), ce qui entraîne 0<r<y0 < r < y.

Proposition 5

Soit I un intervalle quelconque de R\mathbf{R}. La topologie induite sur I par celle de R\mathbf{R} est engendrée par l’ensemble des intervalles ouverts de I* (I étant considéré comme ensemble totalement ordonné par la relation x≤yx \leq y).

Tout intervalle ouvert de I est la trace sur I d’un intervalle ouvert de R\mathbf{R}: c’est évident pour un intervalle borné; et l’intervalle illimité ]a,→[]a, \rightarrow[ de I est la trace de l’intervalle illimité ]a,→[]a, \rightarrow[ de R\mathbf{R}. On peut donc se borner au cas où I=RI = \mathbf{R}; mais alors, la proposition résulte de la prop. 3, car tout voisinage d’un point x∈Rx \in \mathbf{R} contient un intervalle ouvert ]x−a,x+a[]x - a, x + a[.

Remarque

Si A est une partie partout dense de R\mathbf{R}, la topologie de R\mathbf{R} est encore engendrée par l’ensemble des intervalles ouverts dont les extrémités appartiennent à A. En effet, si ]x−a,x+a[]x - a, x + a[ est un intervalle ouvert contenant x, il existe deux points y,zy, z de A tels que x−a<y<x<z<x+ax - a < y < x < z < x + a; donc ]y,z[]y, z[ contient x et est contenu dans ]x−a,x+a[]x - a, x + a[. Ce raisonnement montre même que les intervalles considérés forment une base (I, p. 5) de la topologie de R\mathbf{R}. En particulier, si on prend A=QA = \mathbf{Q}, on voit que la topologie de R\mathbf{R} a une base dénombrable.

5. Longueur d’un intervalle

Définition 3

On appelle longueur d’un intervalle borné d’origine a et d’extrémité b, le nombre réel positif b−ab - a*.

Tout intervalle borné contenant plus d’un point a donc une longueur >0> 0. Si a≤ba \leq b, les quatre intervalles [a,b][a, b], ]a,b[]a, b[, [a,b[[a, b[, ]a,b]]a, b] ont même longueur. Un intervalle d’extrémités a+ca + c et b+cb + c a même longueur que l’intervalle d’extrémités aa et bb: en d’autres termes, la longueur d’un intervalle est invariante par translation.

Si a≤c≤d≤ba \leq c \leq d \leq b, on a d−c≤b−ad - c \leq b - a; donc, si un intervalle borné I est contenu dans un intervalle borné I’, la longueur de I est inférieure à celle de I’.

Si n intervalles ouverts, I1,I2,…,InI_1, I_2, \ldots, I_n sans point commun deux à deux, sont contenus dans l’intervalle (a,b)(a, b) (a<ba < b), on voit aisément, par récurrence sur n, que, si Ik=]ck,dk[I_k = ]c_k, d_k[, il existe une permutation σ\sigma des indices kk (1≤k≤n1 \leq k \leq n) telle que l’on ait dσ(k)≤cσ(k+1)d_{\sigma(k)} \leq c_{\sigma(k+1)} pour 1≤k≤n−11 \leq k \leq n - 1. Il en résulte immédiatement que la somme des longueurs des intervalles IkI_k est au plus égale à la longueur de (a,b)(a, b); elle ne peut lui être égale que si cσ(1)=a,dσ(n)=bc_{\sigma(1)} = a, d_{\sigma(n)} = b et dσ(k)=cσ(k+1)d_{\sigma(k)} = c_{\sigma(k+1)} pour 1≤k≤n−11 \leq k \leq n - 1.

6. Structure uniforme additive de R\mathbf{R}

Le groupe R\mathbf{R} étant totalement ordonné, les fonctions x+,x−x^+, x^- et ∣x∣|x| sont définies dans R\mathbf{R} de la même manière que dans Q\mathbf{Q} et satisfont à toutes les relations rappelées ci-dessus pour Q\mathbf{Q}, notamment aux relations (1) à (7) (IV, p. 1 et 2). Soit aa un nombre réel >0> 0, et UaU_a l’ensemble des couples (x,y)∈R×R(x, y) \in \mathbf{R} \times \mathbf{R} tels que ∣x−y∣<a|x - y| < a; lorsque aa parcourt l’ensemble des nombres réels >0> 0 (ou seulement l’ensemble des nombres 1/n1/n), les ensembles UaU_a forment un système fondamental d’entourages de la structure uniforme du groupe additif R\mathbf{R} de la droite numérique (dite encore structure uniforme additive de la droite numérique).

Les fonctions ∣x∣|x|, x+x^+ et x−x^- sont uniformément continues dans R\mathbf{R}, les fonctions sup⁡(x,y)\sup(x, y) et inf⁡(x,y)\inf(x, y) uniformément continues dans R×R\mathbf{R} \times \mathbf{R}; ces fonctions sont donc identiques à celles qu’on obtient en prolongeant par continuité les fonctions de même nom définies dans Q\mathbf{Q} et dans Q×Q\mathbf{Q} \times \mathbf{Q} respectivement.

Exercices

See the exercises for § 1.

Transcribed from the printed volume. Not translated.