§ 3. Le corps des nombres réels
1. La multiplication dans
La topologie de la droite rationnelle est non seulement compatible avec la structure de groupe additif de , mais aussi avec sa structure de corps. En effet, la fonction est continue au point de , car pour tout entier , les relations entraînent ; d’autre part, pour tout nombre rationnel , la fonction est continue au point , car pour entier , la relation entraîne . Cela montre que est continue en tout point de (III, p. 49).
Pour montrer que est continue dans , on va établir, de façon plus précise, qu’elle est uniformément continue (pour la structure additive) dans le complémentaire d’un voisinage arbitraire V de 0. En effet, on a
il existe un entier tel que, pour tout , ; si et sont deux points de tels que , on a donc .
L’image par la fonction , de tout filtre de Cauchy sur (relatif à la structure uniforme additive) auquel 0 n’est pas adhérent, est encore un filtre de Cauchy (pour la structure uniforme additive). Donc (III, p. 56, prop. 7):
Proposition 1
Les fonctions xy et , définies respectivement dans et , se prolongent par continuité à et respectivement, et définissent sur une structure de corps topologique commutatif. Muni de cette structure, est appelé le corps des nombres réels.
Toutes les propriétés des corps topologiques établies dans III, p. 54 à 56, sont naturellement applicables; en particulier, toute fonction rationnelle de n variables réelles, à coefficients réels, est continue en tout point de où son dénominateur n’est pas nul.
2. Le groupe multiplicatif
On sait (III, p. 55) que la topologie induite sur par celle de la droite numérique est compatible avec la structure de groupe multiplicatif de ; comme est ouvert dans l’espace localement compact , est un groupe topologique localement compact (I, p. 66, prop. 13), donc complet (III, p. 22, cor. 1 ; cela résulte aussi de III, p. 56, prop. 8); bien entendu, cette dernière propriété se rapporte à la structure uniforme multiplicative de , et non à la structure uniforme induite sur par la structure uniforme additive de .
La fonction applique l’ensemble dans , donc elle applique dans (I, p. 9, th. 1); en d’autres termes, le produit de deux nombres réels positifs est positif. Les formules , montrent alors que le produit d’un nombre positif et d’un nombre négatif est négatif, et que le produit de deux nombres négatifs est positif; on en tire la relation
Si , on a , donc ; de même, si , ; si , . En particulier, si ; une somme de carrés de nombres réels ne peut être nulle que si chacun de ces nombres est nul.
Si et (resp. ), on a (resp. ); autrement dit, une homothétie de rapport conserve l’ordre dans ; comme , une homothétie de rapport change l’ordre de en l’ordre opposé.
Si , car ; si , on a , puis , c’est-à-dire ; l’application de l’ensemble des nombres réels sur lui-même est strictement décroissante.
On voit de même que la fonction est strictement décroissante dans , d’où résulte que la fonction est strictement décroissante dans chacun des intervalles et .
Il résulte de ce qui précède que est un sous-groupe du groupe multiplicatif ; en outre, la relation d’ordre est compatible avec la structure de groupe multiplicatif de , autrement dit ce dernier est un groupe totalement ordonné (A, VI, § 1).
Le fait que le produit de deux nombres réels positifs soit positif peut encore s’exprimer en disant que est un corps ordonné (A, VI, § 2); et on a vu en Algèbre (loc. cit.) que toutes les propriétés qui précèdent sont communes aux corps ordonnés.
Proposition 2
Le groupe multiplicatif des nombres réels est un groupe topologique isomorphe au produit de ses sous-groupes et .
Posons, pour , (signe de ); la fonction est un homomorphisme de sur ; on a , et cette décomposition de en un produit d’un élément de et d’un élément de est unique; donc la structure de groupe de est le produit de celles de et de . D’autre part, l’application est continue, et il en est de même de puisque ; d’où la proposition.
On étend la fonction à tout entier en posant .
On verra au chap. V (V, § 4, no 1, th. 1) que le groupe topologique est isomorphe au groupe additif , ce qui achèvera de déterminer la structure du groupe topologique .
3. Racines n-ièmes
Soit un entier quelconque; de la relation , on déduit, par récurrence sur , que ; autrement dit, la fonction est strictement croissante pour ; elle est évidemment continue en tout point, donc (IV, p. 9, th. 5) c’est un homéomorphisme de sur un intervalle ; d’autre part, comme entraîne , donc , n’est pas borné, et par suite .
On désigne par ou , et on appelle puissance ou racine n-ième de , la valeur pour de l’application réciproque de (pour , on dit racine carrée, racine cubique; pour , on écrit au lieu de ). Le nombre positif est donc défini comme l’unique solution positive de l’équation
En particulier, on voit qu’il existe un nombre réel tel que , alors qu’aucun nombre rationnel ne possède cette propriété; on retrouve donc de cette manière que la droite rationnelle n’est pas un espace complet.
L’application de sur lui-même est strictement croissante et continue. D’après (2), on a , et en outre
ce qui montre que est un automorphisme du groupe topologique .
Dans V, § 4, no 1, nous généraliserons ce résultat en obtenant tous les automorphismes du groupe multiplicatif .
Exercices
See the exercises for § 3.