Bourbaki

§ 1. Sous-groupes et groupes quotients de Rn\mathbf{R}^n

Sur l’ensemble Rn\mathbf{R}^n, nous aurons à considérer, dans ce paragraphe, d’une part sa structure de groupe topologique (additif), d’autre part sa structure d’*espace vectoriel* par rapport au corps R\mathbf{R} (VI, p. 2). Étant donnée une partie A de Rn\mathbf{R}^n, nous envisagerons, tantôt le sous-groupe de Rn\mathbf{R}^n engendré par A (ensemble des combinaisons linéaires de points de A, à coefficients entiers), tantôt le sous-espace vectoriel engendré par A (ensemble des combinaisons linéaires de points de A, à coefficients réels) ; on aura soin de ne pas confondre ces deux notions. Conformément aux définitions données en Algèbre (A, II, p. 97), nous appellerons rang de A la dimension du sous-espace vectoriel V engendré par A ; dire que A est de rang pp équivaut donc à dire qu’il existe pp points xi∈A\mathbf{x}_i \in A, formant un système libre par rapport au corps R\mathbf{R} (autrement dit, la relation ∑itixi=0\sum_i t_i \mathbf{x}_i = 0, où les tit_i sont réels, entraîne ti=0t_i = 0 pour tout ii), et engendrant le R\mathbf{R}-espace vectoriel V (ce qui veut dire que tout point de V est combinaison linéaire à coefficients réels des xi\mathbf{x}_i).

Dans ce qui suit interviendra aussi la notion de système de points de Rn\mathbf{R}^n libre par rapport au corps Q\mathbf{Q} des nombres rationnels ; un tel système est une partie finie (xi)(\mathbf{x}_i) de Rn\mathbf{R}^n telle que la relation ∑irixi=0\sum_i r_i \mathbf{x}_i = 0, où les rir_i sont rationnels (ou entiers, ce qui revient au même), entraîne ri=0r_i = 0 pour tout ii. On aura soin de ne pas confondre cette notion et celle de système libre par rapport à R\mathbf{R}; tout système libre par rapport à R\mathbf{R} est libre par rapport à Q\mathbf{Q}, mais la réciproque est inexacte ; par exemple, les nombres 1 et 2\sqrt{2} forment dans R\mathbf{R} un système libre par rapport à Q\mathbf{Q}, mais non un système libre par rapport à R\mathbf{R}; lorsque nous parlerons de système libre sans préciser, il s’agira toujours de système libre par rapport à R\mathbf{R}. Il faut donc bien distinguer, sur Rn\mathbf{R}^n, la structure d’espace vectoriel par rapport à R\mathbf{R} de la structure d’espace vectoriel par rapport à Q\mathbf{Q}; en particulier, le sous-espace vectoriel par rapport à Q\mathbf{Q} engendré par une partie A de Rn\mathbf{R}^n, est l’ensemble U des combinaisons linéaires de points de AA, à coefficients rationnels; il est contenu dans le sous-espace vectoriel VV (par rapport à R\mathbf{R}) engendré par AA, mais en est en général distinct. La dimension de UU (par rapport à Q\mathbf{Q}) est appelé le rang rationnel de AA; il est au moins égal au rang de AA défini ci-dessus (dimension de VV par rapport à R\mathbf{R}); il peut être infini si AA est un ensemble infini, alors que le rang d’une partie non vide de Rn\mathbf{R}^n est toujours ≤n\leq n; en particulier, le rang rationnel d’une partie non dénombrable de Rn\mathbf{R}^n est toujours infini, puisqu’un espace vectoriel de dimension finie sur le corps Q\mathbf{Q} est dénombrable.

Nous allons, dans ce paragraphe, déterminer tout d’abord la structure des sous-groupes fermés du groupe additif Rn\mathbf{R}^n.

1. Sous-groupes discrets de Rn\mathbf{R}^n

On a vu (V, p. 1, prop. 1) que les seuls sous-groupes fermés de R\mathbf{R}, distincts de R\mathbf{R}, sont les sous-groupes discrets de R\mathbf{R}, engendrés par un seul élément. Nous allons commencer par étudier les sous-groupes discrets de Rn\mathbf{R}^n.

Tout d’abord, le sous-groupe de Rn\mathbf{R}^n engendré par pp vecteurs (p≤np \leq n) de la base canonique (VI, p. 3) de Rn\mathbf{R}^n, est un groupe discret isomorphe au groupe produit Zp\mathbf{Z}^p de pp groupes identiques à Z\mathbf{Z}. Plus généralement, considérons le sous-groupe GG engendré par pp points aia_i (1≤i≤p1 \leq i \leq p) formant un système libre; il existe une application linéaire bijective de Rn\mathbf{R}^n sur lui-même transformant aia_i en eie_i (1≤i≤p1 \leq i \leq p); une telle application étant un automorphisme du groupe topologique Rn\mathbf{R}^n, GG est un groupe topologique isomorphe au sous-groupe engendré par les eie_i (1≤i≤p1 \leq i \leq p), et c’est par suite un sous-groupe discret de rang pp isomorphe à Zp\mathbf{Z}^p.

La structure du groupe Zp\mathbf{Z}^p, et par suite du groupe GG, a été étudiée en Algèbre (A, VII, §§ 3 et 4); rappelons les principaux résultats de cette étude. Les bases de GG par rapport à l’anneau Z\mathbf{Z} sont les systèmes de pp points bi=∑j=1prijajb_i = \sum_{j=1}^p r_{ij} a_j, où les rijr_{ij} sont des entiers tels que le déterminant det⁡(rij)\det(r_{ij}) soit égal à +1+1 ou à −1-1. Tout sous-groupe HH de GG est discret et de rang q≤pq \leq p; en outre, pour un sous-groupe donné HH de rang qq, il existe un système libre de pp points bib_i (1≤i≤p1 \leq i \leq p) engendrant GG, et un système de qq points cic_i (1≤i≤q1 \leq i \leq q) engendrant HH, tels que, pour 1≤i≤q1 \leq i \leq q, on ait ci=eibic_i = e_i b_i, où les eie_i sont des entiers (les facteurs invariants de HH par rapport à GG) tels que ei+1≡0e_{i+1} \equiv 0 (mod. eie_i) pour 1≤i≤q−11 \leq i \leq q-1. Le groupe quotient G/HG/H est un groupe discret, isomorphe au produit Zp−q×F\mathbf{Z}^{p-q} \times F, où FF est un groupe abélien fini, produit direct de qq groupes cycliques d’ordres respectifs ℓ1,ℓ2,…,ℓq\ell_1, \ell_2, \ldots, \ell_q.

Nous allons maintenant montrer que les sous-groupes discrets de Rn\mathbf{R}^n que nous venons de considérer sont les seuls.

Proposition 1

Soient* GG un sous-groupe discret de Rn\mathbf{R}^n, de rang pp, (ai)1≤i≤p(a_i)_{1 \leq i \leq p} un système libre de pp points de GG, PP le parallélétope fermé de centre 00, construit sur les vecteurs aia_i (VI, p. 3); alors l’ensemble G∩PG \cap P est fini et engendre GG, et tout point de GG est une combinaison linéaire des aia_i à coefficients rationnels.

En effet, G∩PG \cap P est compact et discret, donc fini. Soit xx un point quelconque de GG; il est égal à une combinaison linéaire ∑i=1ptiai\sum_{i=1}^p t_i a_i à coefficients réels des aia_i. Pour tout entier m>0m > 0, considérons le point

zm=mx−∑i=1p[mti]ai=∑i=1p(mti−[mti])ai1; z_m = m x - \sum_{i=1}^p [m t_i] a_i = \sum_{i=1}^p (m t_i - [m t_i]) a_i^1;

il appartient à GG, et comme 0≤mti−[mti]<10 \leq m t_i - [m t_i] < 1, il est contenu dans PP. On en déduit tout d’abord que x=z1+∑i=1p[ti]aix = z_1 + \sum_{i=1}^p [t_i] a_i, donc GG est engendré par G∩PG \cap P. D’autre part, comme G∩PG \cap P est fini, il existe deux entiers distincts h,kh, k tels que zh=zkz_h = z_k, ce qui entraîne (h−k)ti=[hti]−[kti](h - k) t_i = [h t_i] - [k t_i] pour 1≤i≤p1 \leq i \leq p; donc les tit_i sont rationnels.

Corollaire

Soient (ai)1≤i≤p(a_i)_{1 \leq i \leq p} un système libre de pp points de Rn\mathbf{R}^n et b=∑i=1ptiaib = \sum_{i=1}^p t_i a_i une combinaison linéaire à coefficients réels des aia_i. Pour que le sous-groupe GG de Rn\mathbf{R}^n engendré par les p+1p + 1 points aia_i (1≤i≤p1 \leq i \leq p) et bb soit discret, il faut et il suffit que les nombres tit_i soient rationnels.

La prop. 1 montre que la condition est nécessaire. Elle est suffisante, car si elle est remplie, on peut écrire ti=mi/dt_i = m_i / d, où dd et les mim_i sont entiers (1≤i≤p1 \leq i \leq p); bb est donc combinaison linéaire à coefficients entiers des pp points (1/d)ai(1/d) a_i, d’où résulte que GG est un sous-groupe du groupe discret engendré par ces pp points, et par suite est lui-même discret.

On peut encore exprimer le résultat de la prop. 1 de la façon suivante: si qq points xix_i (1≤i≤q1 \leq i \leq q) d’un sous-groupe discret GG de Rn\mathbf{R}^n forment un système lié par rapport à R\mathbf{R}, ils forment aussi un système lié par rapport à Q\mathbf{Q}. On en conclut aussitôt que le rang rationnel d’un sous-groupe discret de Rn\mathbf{R}^n est égal à son rang.

Le corollaire de la prop. 1, appliqué au cas où les aia_i sont les nn vecteurs eie_i de la base canonique, donne la proposition suivante:

Proposition 2 (Kronecker)

Soient θ1,θ2,…,θn\theta_1, \theta_2, \ldots, \theta_n des nombres réels. Les conditions suivantes sont équivalentes: a) pour tout ε>0\varepsilon > 0, il existe un entier qq et nn entiers pip_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n) tels que

∣qθi−pi∣≤εpour 1≤i≤n, |q \theta_i - p_i| \leq \varepsilon \quad \text{pour } 1 \leq i \leq n,
un au moins des premiers membres de ces inégalités n’étant pas nul; b) l’un au moins des θi\theta_i est irrationnel.

1 On rappelle (IV, p. 41) que pour tout nombre réel xx, [x][x] est la partie entière de xx, c’est-à-dire le plus grand entier rationnel qui soit ≤x\leq x.

Théorème 1

Tout sous-groupe discret* G de Rn\mathbf{R}^n, de rang égal à p, est engendré par un système libre de p points.

D’après les propriétés des groupes isomorphes à Zp\mathbf{Z}^p rappelées plus haut, il suffira de montrer que G est sous-groupe d’un groupe discret engendré par un système libre de p points. Or, comme G est de rang p, il existe un système libre de p points ai\mathbf{a}_i (1≤i≤p1 \leq i \leq p) de G tel que tout x∈G\mathbf{x} \in G soit égal à une combinaison linéaire ∑i=1ptiai\sum_{i=1}^p t_i \mathbf{a}_i à coefficients réels des ai\mathbf{a}_i; G étant discret, la prop. 1 (VII, p. 2) montre que les tit_i sont rationnels et que G est engendré par un nombre fini de points; ces points étant combinaisons linéaires des ai\mathbf{a}_i à coefficients rationnels, il existe un entier d tel qu’ils soient combinaisons linéaires à coefficients entiers des p points (1/d)ai=ai′(1/d)\mathbf{a}_i = \mathbf{a}'_i; il en résulte que G est un sous-groupe du groupe engendré par les ai′\mathbf{a}'_i.

On peut démontrer le th. 1 sans faire appel à la théorie des facteurs invariants (cf. VII, p. 19, exerc. 1). Les sous-groupes discrets de Rn\mathbf{R}^n qui sont de rang n sont encore appelés des réseaux dans Rn\mathbf{R}^n.

2. Sous-groupes fermés de Rn\mathbf{R}^n

Nous connaissons déjà deux sortes de sous-groupes fermés de Rn\mathbf{R}^n; d’une part, les sous-espaces vectoriels de Rn\mathbf{R}^n, qui sont isomorphes aux groupes Rp\mathbf{R}^p (p≤np \leq n); d’autre part, les sous-groupes discrets (III, p. 7, prop. 5), qui sont isomorphes aux groupes Zq\mathbf{Z}^q (q≤nq \leq n) comme nous venons de le voir. Nous allons déterminer la structure d’un sous-groupe fermé quelconque de Rn\mathbf{R}^n en montrant qu’un tel sous-groupe est isomorphe à un produit de la forme Rp×Zq\mathbf{R}^p \times \mathbf{Z}^q (0≤p+q≤n0 \leq p + q \leq n).

Nous nous appuierons sur la proposition suivante:

Proposition 3

Tout sous-groupe fermé non discret de* Rn\mathbf{R}^n contient une droite passant par 0.

En effet, soit (xp)p∈N(\mathbf{x}_p)_{p \in \mathbf{N}} une suite infinie de points de G, tels que xp≠0\mathbf{x}_p \neq 0 et lim⁡p→∞xp=0\lim_{p \to \infty} \mathbf{x}_p = 0; une telle suite existe d’après l’hypothèse. Soit P un cube ouvert de centre 0 contenant les xp\mathbf{x}_p. Désignons par kpk_p le plus grand les entiers h>0h > 0 tels que hxp∈Ph \mathbf{x}_p \in P (comme P est un pavé borné et xp≠0\mathbf{x}_p \neq 0, l’existence de kpk_p résulte de l’axiome d’Archimède). Les points kpxpk_p \mathbf{x}_p appartiennent à l’ensemble compact P‾\overline{P}; la suite (kpxp)p∈N(k_p \mathbf{x}_p)_{p \in \mathbf{N}} a donc une valeur d’adhérence a∈P‾\mathbf{a} \in \overline{P}. D’ailleurs, si ∥kpxp−a∥≤ε\|k_p \mathbf{x}_p - \mathbf{a}\| \leq \varepsilon, on a ∥(kp+1)xp−a∥≤ε+∥xp∥\|(k_p + 1) \mathbf{x}_p - \mathbf{a}\| \leq \varepsilon + \|\mathbf{x}_p\|, et comme lim⁡p→∞xp=0\lim_{p \to \infty} \mathbf{x}_p = 0, a\mathbf{a} est aussi valeur d’adhérence de la suite ((kp+1)xp)((k_p + 1) \mathbf{x}_p), dont les points appartiennent à l’ensemble fermé CP\mathscr{C} P, d’après la définition de kpk_p; on a donc a∈P‾∩CP\mathbf{a} \in \overline{P} \cap \mathscr{C} P (frontière de P, fig. 5), ce qui entraîne a≠0\mathbf{a} \neq 0; en outre, comme G est fermé, a∈G\mathbf{a} \in G. Soit alors t un nombre réel quelconque; comme ∣tkp−[tkp]∣<1|t k_p - [t k_p]| < 1 la relation ∥kpxp−a∥≤ε\|k_p x_p - a\| \leq \varepsilon entraîne ∥[(tkp)xp−ta∥≤∣t∣ε+∥xp∥\|[(tk_p)x_p - ta\| \leq |t|\varepsilon + \|x_p\|; comme lim⁡p→∞xp=0\lim_{p \to \infty} x_p = 0, tata est valeur d’adhérence de la suite [tkp]xp[tk_p]x_p; les points de cette suite appartenant à GG, on a ta∈Gta \in G, puisque GG est fermé. La proposition est ainsi démontrée.

!Figure 5 Figure 5

!Figure 6 Figure 6

Théorème 2

Soit GG un sous-groupe fermé de Rn\mathbf{R}^n, de rang rr (0≤r≤n0 \leq r \leq n); il existe un plus grand sous-espace vectoriel VV contenu dans GG; pour tout espace vectoriel WW supplémentaire de VV, W∩GW \cap G est discret, et GG est somme directe de VV et de W∩GW \cap G.

Démontrons d’abord l’existence de VV en prouvant que la réunion des droites contenues dans GG et passant par 00 est un sous-espace vectoriel: en effet, le sous-espace vectoriel engendré par la réunion de ces droites est identique au sous-groupe engendré par cette réunion. Le groupe GG est somme directe de VV et de W∩GW \cap G, car pour tout x∈Gx \in G, on a x=y+zx = y + z, avec y∈Vy \in V, z∈Wz \in W; comme V⊂GV \subset G, on a z=x−y∈Gz = x - y \in G, donc z∈W∩Gz \in W \cap G. Reste à prouver que W∩GW \cap G est discret; cela résulte de la prop. 3 (VII, p. 4), car W∩GW \cap G est un sous-groupe fermé, et ne contient aucune droite, en vertu de la définition de VV.

D’une manière imagée, lorsque G≠VG \neq V, on peut dire que GG est la réunion d’une infinité dénombrable de variétés linéaires parallèles à VV, passant par les points du groupe discret W∩GW \cap G (fig. 6).

Si pp est la dimension du sous-espace vectoriel VV, on a p≤rp \leq r, et W∩GW \cap G est un sous-groupe discret de rang r−pr - p.

Corollaire 1

Il existe une base (ai)1≤i≤n(a_i)_{1 \leq i \leq n} de Rn\mathbf{R}^n, telle que ai∈Ga_i \in G pour 1≤i≤r1 \leq i \leq r, ai∈Va_i \in V pour 1≤i≤p1 \leq i \leq p, et que GG soit identique à l’ensemble des points*

∑i=1ptiai+∑j=p+1rnjaj, \sum_{i=1}^{p} t_i a_i + \sum_{j=p+1}^{r} n_j a_j,
où les tit_i prennent toutes les valeurs réelles, les njn_j toutes les valeurs entières. Cela résulte du th. 2, et du th. 1 de VII, p. 4 appliqué au groupe discret W∩GW \cap G.

Corollaire 2

Il existe un automorphisme de Rn\mathbf{R}^n qui applique GG sur le groupe G′G', isomorphe à Rp×Zr−p\mathbf{R}^p \times \mathbf{Z}^{r-p}, somme directe du sous-espace vectoriel engendré par e1,e2,…,epe_1, e_2, \ldots, e_p et du sous-groupe additif (discret) engendré par ep+1,ep+2,…,ere_{p+1}, e_{p+2}, \ldots, e_r.

C’est une conséquence immédiate du cor. 1.

Le cor. 2 du th. 2 montre qu’un sous-groupe fermé GG de Rn\mathbf{R}^n est entièrement déterminé, à isomorphisme près, par la donnée de deux entiers ⩾0\geqslant 0: son rang que nous noterons r(G)r(G), et la dimension du plus grand sous-espace vectoriel contenu dans GG, nombre que nous noterons d(G)d(G) et appellerons dimension du sous-groupe GG; les seules conditions que doivent remplir ces deux entiers sont les inégalités 0⩽d(G)⩽r(G)⩽n0 \leqslant d(G) \leqslant r(G) \leqslant n.

3. Sous-groupes associés

Soit GG un sous-groupe quelconque (fermé ou non) de Rn\mathbf{R}^n. Considérons l’ensemble G∗G^* des points u=(ui)u = (u_i) de Rn\mathbf{R}^n tels que, pour tout point x=(xi)∈Gx = (x_i) \in G, le nombre (u∣x)=∑i=1nuixi(u \mid x) = \sum_{i=1}^n u_i x_i soit un entier. Il est immédiat que G∗G^* est un sous-groupe de Rn\mathbf{R}^n; on dit que c’est le sous-groupe associé à GG. Si GG et HH sont deux sous-groupes de Rn\mathbf{R}^n tels que H⊂GH \subset G, il est clair que G∗⊂H∗G^* \subset H^*.

Proposition 4

Le sous-groupe* G∗G^* associé à un sous-groupe GG de Rn\mathbf{R}^n est fermé, et on a (G‾)∗=G∗(\overline{G})^* = G^*.

En effet, si pour tout x∈Gx \in G, on pose fx(u)=(u∣x)f_x(u) = (u \mid x), fxf_x est une forme linéaire, donc continue; comme G∗G^* est l’intersection des ensembles fx−1(Z)f_x^{-1}(\mathbf{Z}) lorsque xx parcourt GG, et que chacun de ces ensembles est fermé, G∗G^* est fermé. D’autre part, si u∈G∗u \in G^*, on a (u∣x)∈Z(u \mid x) \in \mathbf{Z} pour tout x∈Gx \in G, donc, puisque Z\mathbf{Z} est fermé dans R\mathbf{R}, (u∣y)∈Z(u \mid y) \in \mathbf{Z} pour tout point yy adhérent à GG; autrement dit, u∈(G‾)∗u \in (\overline{G})^*; comme d’autre part (G‾)∗⊂G∗(\overline{G})^* \subset G^*, on a (G‾)∗=G∗(\overline{G})^* = G^*.

Étudions la structure de G∗G^* lorsque GG est fermé. D’après VII, p. 5, cor. 1, il existe une base (ai)1⩽i⩽n(a_i)_{1 \leqslant i \leqslant n} de Rn\mathbf{R}^n, telle que GG soit identique à l’ensemble des points x=∑i=1ptiai+∑j=p+1p+qnjajx = \sum_{i=1}^p t_i a_i + \sum_{j=p+1}^{p+q} n_j a_j, où les tit_i prennent toutes les valeurs réelles, les njn_j toutes les valeurs entières. Pour que (u∣x)(u \mid x) soit entier pour tous ces points xx, il faut et il suffit que (u∣ai)=0(u \mid a_i) = 0 pour 1⩽i⩽p1 \leqslant i \leqslant p, et que (u∣ai)(u \mid a_i) soit entier pour p+1⩽i⩽p+qp+1 \leqslant i \leqslant p+q. Désignons par (ai′)1⩽i⩽n(a'_i)_{1 \leqslant i \leqslant n} la base de Rn\mathbf{R}^n telle que (ai′∣aj)=0(a'_i \mid a_j) = 0 pour i≠ji \neq j, (ai′∣ai)=1(a'_i \mid a_i) = 1 pour tout ii (A, IX, §1, n° 6); si l’on pose u=∑i=1nuiaiu = \sum_{i=1}^n u_i a_i, on voit que les points u∈G∗u \in G^* sont caractérisés par les conditions: ui=0u_i = 0 pour 1⩽i⩽p1 \leqslant i \leqslant p, et uu entier pour p+1⩽i⩽p+qp+1 \leqslant i \leqslant p+q; donc G∗G^* est somme directe du sous-espace vectoriel WW ayant pour base les ai′a'_i d’indice tel que p+q+1⩽i⩽np+q+1 \leqslant i \leqslant n, et du sous-groupe discret engendré par les ai′a'_i d’indice tel que p+1⩽i⩽p+qp+1 \leqslant i \leqslant p+q.

Autrement dit: Proposition 5. — *Pour tout sous-groupe fermé G de Rn\mathbf{R}^n, on a r(G∗)=n−d(G)r(G^*) = n - d(G), et d(G∗)=n−r(G)d(G^*) = n - r(G).

Appliquons le même raisonnement à G∗G^*; en remarquant que la base duale de (ai′)(\mathbf{a}_i') est (ai)(\mathbf{a}_i), on voit que:

Proposition 6

Pour tout sous-groupe G de Rn\mathbf{R}^n, on a (G∗)∗=G‾(G^*)^* = \overline{G}.

Corollaire

Pour qu’un point x\mathbf{x} soit adhérent à un sous-groupe G de Rn\mathbf{R}^n, il faut et il suffit que (u∣x)(\mathbf{u} \mid \mathbf{x}) soit entier pour tout u∈Rn\mathbf{u} \in \mathbf{R}^n tel que (u∣y)(\mathbf{u} \mid \mathbf{y}) soit entier pour tout y∈G\mathbf{y} \in G.

Appliquons cette caractérisation des points adhérents à un sous-groupe G, au cas du sous-groupe G engendré par les nn vecteurs ej\mathbf{e}_j de la base canonique (1≤j≤n)(1 \leq j \leq n), et par un nombre quelconque mm de points ai\mathbf{a}_i (1≤i≤m)(1 \leq i \leq m) de Rn\mathbf{R}^n. Dire que (u∣ej)(\mathbf{u} \mid \mathbf{e}_j) est entier pour 1≤j≤n1 \leq j \leq n signifie que les nn coordonnées de u\mathbf{u} sont entières; donc:

Proposition 7 (Kronecker). — Soient ai=(aji)\mathbf{a}_i = (a_{ji}) (1≤i≤m,1≤j≤n)(1 \leq i \leq m, 1 \leq j \leq n) m points de Rn\mathbf{R}^n, b=(bj)\mathbf{b} = (b_j) (1≤j≤n)(1 \leq j \leq n) un point de Rn\mathbf{R}^n. Afin que, pour tout ε>0\varepsilon > 0, il existe m entiers qiq_i (1≤i≤m)(1 \leq i \leq m) et n entiers pjp_j (1≤j≤n)(1 \leq j \leq n) tels que

∣q1a1j+q2a2j+⋯+qmamj−pj−bj∣≤εpour 1≤j≤n, |q_1 a_{1j} + q_2 a_{2j} + \cdots + q_m a_{mj} - p_j - b_j| \leq \varepsilon \quad \text{pour } 1 \leq j \leq n,
il faut et il suffit que, pour toute suite finie (rj)(r_j) (1≤j≤n)(1 \leq j \leq n) de n entiers telle que les m nombres ∑j=1naijrj\sum_{j=1}^n a_{ij} r_j (1≤i≤m)(1 \leq i \leq m) soient tous entiers, le nombre ∑j=1nbjrj\sum_{j=1}^n b_j r_j soit aussi entier.

Corollaire 1

Afin que, pour tout x=(xj)\mathbf{x} = (x_j) (1≤j≤n)(1 \leq j \leq n) et tout ε>0\varepsilon > 0, il existe m entiers qiq_i (1≤i≤m)(1 \leq i \leq m) et n entiers pjp_j (1≤j≤n)(1 \leq j \leq n) tels que*

∣q1a1j+q2a2j+⋯+qmamj−pj−xj∣≤εpour 1≤j≤n, |q_1 a_{1j} + q_2 a_{2j} + \cdots + q_m a_{mj} - p_j - x_j| \leq \varepsilon \quad \text{pour } 1 \leq j \leq n,
*il faut et il suffit qu’il n’existe aucune suite finie (rj)(r_j) de n entiers non tous nuls, telle que chacun des m nombres ∑j=1naijrj\sum_{j=1}^n a_{ij} r_j soit entier.

En effet, si G est dense dans Rn\mathbf{R}^n, c’est-à-dire si G‾=Rn\overline{G} = \mathbf{R}^n, G∗G^* est réduit à 0, et réciproquement.

En particulier, pour m=1m = 1:

Corollaire 2

Soient θ1,θ2,…,θn\theta_1, \theta_2, \ldots, \theta_n n nombres réels. Afin que, quels que soient les n nombres réels x1,x2,…,xnx_1, x_2, \ldots, x_n et le nombre ε>0\varepsilon > 0, il existe un entier q et n entiers pjp_j tels que*

∣qθj−pj−xj∣≤εpour 1≤j≤n, |q \theta_j - p_j - x_j| \leq \varepsilon \quad \text{pour } 1 \leq j \leq n,
*il faut et il suffit qu’il n’existe aucune relation de la forme ∑j=1nrjθj=h\sum_{j=1}^n r_j \theta_j = h, où les rjr_j sont n entiers non tous nuls, et h un entier (condition qui entraîne, en particulier, que les θj\theta_j, ainsi que les rapports θj/θk\theta_j / \theta_k pour j≠kj \neq k, doivent être irrationnels).

On peut interpréter ce résultat de la façon suivante: pour tout entier q∈Zq \in \mathbf{Z}, désignons par xq\mathbf{x}_q le point de coordonnées qθj−[qθj]q\theta_j - [q\theta_j] (1≤j≤n1 \leq j \leq n); alors le cor. 2 donne une condition nécessaire et suffisante pour que l’ensemble des xq\mathbf{x}_q soit dense dans le cube produit des intervalles (0,1)(0, 1) des espaces facteurs de Rn\mathbf{R}^n.

Proposition 8

Quels que soient les sous-groupes fermés* G1,G2G_1, G_2 de Rn\mathbf{R}^n, on a

(G1+G2)∗=G1∗∩G2∗, (G_1 + G_2)^* = G_1^* \cap G_2^*,
et
(G1∩G2)∗=G1∗+G2∗‾. (G_1 \cap G_2)^* = \overline{G_1^* + G_2^*}.

En effet, pour que (u∣x+y)(\mathbf{u} \mid \mathbf{x} + \mathbf{y}) soit entier quels que soient x∈G1\mathbf{x} \in G_1 et y∈G2\mathbf{y} \in G_2, il faut et il suffit que (u∣x)(\mathbf{u} \mid \mathbf{x}) soit entier pour tout x∈G1\mathbf{x} \in G_1 et que (u∣y)(\mathbf{u} \mid \mathbf{y}) soit entier pour tout y∈G2\mathbf{y} \in G_2, en raison de la relation (u∣x+y)=(u∣x)+(u∣y)(\mathbf{u} \mid \mathbf{x} + \mathbf{y}) = (\mathbf{u} \mid \mathbf{x}) + (\mathbf{u} \mid \mathbf{y}); on a donc (G1+G2)∗=G1∗∩G2∗(G_1 + G_2)^* = G_1^* \cap G_2^* pour tout couple de sous-groupes G1,G2G_1, G_2 de Rn\mathbf{R}^n. Si maintenant on suppose G1G_1 et G2G_2 fermés, on a (G1∗+G2∗)∗=G1∩G2(G_1^* + G_2^*)^* = G_1 \cap G_2 d’après la prop. 6 (VII, p. 7), d’où, en prenant les groupes associés, et appliquant de nouveau la prop. 6, (G1∩G2)∗=G1∗+G2∗‾(G_1 \cap G_2)^* = \overline{G_1^* + G_2^*}.

Remarque

Soient G1,G2G_1, G_2 deux réseaux de Rn\mathbf{R}^n (n° 1) tels que G2⊂G1G_2 \subset G_1; alors (VII, p. 7, prop. 5) G1∗G_1^* et G2∗G_2^* sont des réseaux de Rn\mathbf{R}^n tels que G1∗⊂G2∗G_1^* \subset G_2^*. On a vu (VII, p. 2, prop. 1) qu’il existe un entier m>0m > 0 tel que mG1⊂G2mG_1 \subset G_2. Pour x∈G1\mathbf{x} \in G_1 et u∈G2∗\mathbf{u} \in G_2^*, on a donc m(u∣x)∈Zm(\mathbf{u} \mid \mathbf{x}) \in \mathbf{Z}, donc (u∣x)∈Q(\mathbf{u} \mid \mathbf{x}) \in \mathbf{Q}. En outre, si x∈G2\mathbf{x} \in G_2 et u∈G2∗\mathbf{u} \in G_2^*, ou si x∈G1\mathbf{x} \in G_1 et u∈G1∗\mathbf{u} \in G_1^*, on a par définition (u∣x)∈Z(\mathbf{u} \mid \mathbf{x}) \in \mathbf{Z}. On en déduit que, par passage aux quotients, l’application Z\mathbf{Z}-bilinéaire (x,u)→(u∣x)(\mathbf{x}, \mathbf{u}) \to (\mathbf{u} \mid \mathbf{x}) de G1×G2∗G_1 \times G_2^* dans Q\mathbf{Q} définit une application Z\mathbf{Z}-bilinéaire B de (G1/G2)×(G2∗/G1∗)(G_1/G_2) \times (G_2^*/G_1^*) dans Q/Z\mathbf{Q}/\mathbf{Z}. En outre, il est clair que si x‾0∈G1/G2\overline{\mathbf{x}}_0 \in G_1/G_2 (resp. u‾0∈G2∗/G1∗\overline{\mathbf{u}}_0 \in G_2^*/G_1^*) est tel que, pour tout u‾∈G2∗/G1∗\overline{\mathbf{u}} \in G_2^*/G_1^* (resp. pour tout x‾∈G1/G2\overline{\mathbf{x}} \in G_1/G_2), on ait B(x‾0,u‾)=0B(\overline{\mathbf{x}}_0, \overline{\mathbf{u}}) = 0 (resp. B(x‾,u‾0)=0B(\overline{\mathbf{x}}, \overline{\mathbf{u}}_0) = 0) on a nécessairement x‾0=0\overline{\mathbf{x}}_0 = 0 (resp. u‾0=0\overline{\mathbf{u}}_0 = 0). On en conclut qu’il existe une bijection Z\mathbf{Z}-linéaire hh de G2∗/G1∗G_2^*/G_1^* sur D(G1/G2)D(G_1/G_2) (avec les notations de A, VII, § 4, n° 8) telle que ⟨x‾,h(u‾)⟩=B(x‾,u‾)\langle \overline{\mathbf{x}}, h(\overline{\mathbf{u}}) \rangle = B(\overline{\mathbf{x}}, \overline{\mathbf{u}}) pour x‾∈G1/G2\overline{\mathbf{x}} \in G_1/G_2 et u‾∈G2∗/G1∗\overline{\mathbf{u}} \in G_2^*/G_1^* (loc. cit.); en particulier, les groupes finis G1/G2G_1/G_2 et G2∗/G1∗G_2^*/G_1^* sont isomorphes.

4. Groupes quotients séparés de Rn\mathbf{R}^n

Tout groupe quotient séparé de Rn\mathbf{R}^n est de la forme Rn/H\mathbf{R}^n/H, où HH est un sous-groupe fermé de Rn\mathbf{R}^n (III, p. 13, prop. 18). D’après le cor. 2 de VII, p. 6, il existe un automorphisme ff de Rn\mathbf{R}^n transformant HH en un sous-groupe H′H', somme directe d’un sous-espace vectoriel engendré par pp des vecteurs ei\mathbf{e}_i de la base canonique, et du groupe discret engendré par qq des n−pn - p vecteurs ei\mathbf{e}_i restants (0≤p+q≤n0 \leq p + q \leq n). Par passage aux quotients, ff donne un isomorphisme de Rn/H\mathbf{R}^n/H sur Rn/H′\mathbf{R}^n/H' (III, p. 17, Remarque 3); or, Rn/H′\mathbf{R}^n/H' est isomorphe à Rn−p−q×Tq\mathbf{R}^{n-p-q} \times \mathbf{T}^q (III, p. 18, corollaire). Donc:

Proposition 9

Tout groupe quotient séparé de* Rn\mathbf{R}^n est isomorphe à un groupe produit Rh×Tk\mathbf{R}^h \times \mathbf{T}^k (0≤h+k≤n0 \leq h + k \leq n).

L’espace produit TnT^n (et, par abus de langage, le groupe topologique TnT^n) est appelé tore à n dimensions; d’après la prop. 4 de V, p. 2, c’est un espace compact, connexe et localement connexe.

En outre, si on désigne par C un cube fermé de côté 1 dans Rn\mathbf{R}^n, TnT^n est homéomorphe à l’espace quotient de C par la relation d’équivalence: « quel que soit i, xi≡yi(mod1)x_i \equiv y_i \pmod{1} » entre les points x=(xi)\mathbf{x} = (x_i) et y=(yi)\mathbf{y} = (y_i) de C. De façon plus imagée on dit que TnT^n provient du cube C par « identification des faces opposées ».

Proposition 10

Le groupe topologique TnT^n est localement isomorphe à Rn\mathbf{R}^n.* En effet, Tn=(R/Z)nT^n = (\mathbf{R}/\mathbf{Z})^n est isomorphe à Rn/Zn\mathbf{R}^n/\mathbf{Z}^n (III, p. 18, corollaire) et Zn\mathbf{Z}^n est un sous-groupe discret de Rn\mathbf{R}^n d’où la conclusion (III, p. 13, prop. 19).

Il en résulte que les groupes Rp×Tn−p\mathbf{R}^p \times T^{n-p} sont localement isomorphes à Rn\mathbf{R}^n pour 0≤p≤n0 \leq p \leq n; nous verrons dans VII, p. 13, que ce sont les seuls groupes connexes ayant cette propriété.

Proposition 11

Tout sous-groupe fermé de T\mathbf{T}, distinct de T\mathbf{T}, est un groupe cyclique fini. Pour tout entier n>0n > 0, T\mathbf{T} contient un sous-groupe d’ordre nn et un seul, qui est l’ensemble des éléments de T\mathbf{T} dont l’ordre divise nn. Tout groupe quotient séparé de T\mathbf{T}, non réduit à l’élément neutre, est isomorphe à T\mathbf{T}.

Soit f:R→Tf : \mathbf{R} \to \mathbf{T} l’homomorphisme canonique. Les sous-groupes fermés de T\mathbf{T} sont les f(H)f(H), où H est un sous-groupe fermé de R\mathbf{R} contenant Z\mathbf{Z}. D’après VII, p. 5, cor. 1 du th. 2, on a soit H=RH = \mathbf{R}, c’est-à-dire f(H)=Tf(H) = \mathbf{T}, soit H=(1/n)ZH = (1/n)\mathbf{Z}, où nn est un entier >0> 0, auquel cas f(H)f(H) est cyclique d’ordre nn et est l’ensemble des éléments de T\mathbf{T} dont l’ordre divise nn. La dernière assertion résulte de l’existence d’un isomorphisme de R/H\mathbf{R}/H sur T/f(H)\mathbf{T}/f(H).

Il résulte notamment de ce qui précède que TnT^n et TmT^m ne peuvent être algébriquement isomorphes que si n=mn = m. En effet, TnT^n possède 2n−12^n - 1 points d’ordre 2 et 2n−1≠2m−12^n - 1 \neq 2^m - 1 si n≠mn \neq m.

Tout groupe quotient séparé de TnT^n est compact; il est donc isomorphe à un groupe quotient compact de Rn\mathbf{R}^n, donc à un groupe TkT^k, 0≤k≤n0 \leq k \leq n (VII, p. 8, prop. 9).

5. Sous-groupes et groupes quotients de TnT^n

Identifions TnT^n et Rn/Zn\mathbf{R}^n/\mathbf{Z}^n, et soit φ\varphi l’homomorphisme canonique de Rn\mathbf{R}^n sur Rn/Zn\mathbf{R}^n/\mathbf{Z}^n; tout sous-groupe de TnT^n est de la forme G=φ(H)G = \varphi(H), H étant un sous-groupe de Rn\mathbf{R}^n contenant Zn\mathbf{Z}^n (A, I, p. 37), et est isomorphe à H/ZnH/\mathbf{Z}^n (III, p. 14, prop. 20); pour que G soit fermé dans TnT^n, il faut et il suffit que H soit fermé dans Rn\mathbf{R}^n (I, p. 21). Pour chercher les sous-groupes fermés de TnT^n, nous sommes donc ramenés à déterminer les sous-groupes fermés H de Rn\mathbf{R}^n tels que H⊃ZnH \supset \mathbf{Z}^n; nous allons utiliser la prop. 6 de VII, p. 7, et déterminer d’abord le sous-groupe H∗H^* associé à un tel sous-groupe. Comme Zn\mathbf{Z}^n est son propre associé, on a H∗⊂ZnH^* \subset \mathbf{Z}^n; par suite (VII, p. 2), il existe une base (ai)(\mathbf{a}_i) (1≤i≤n1 \leq i \leq n) de Rn\mathbf{R}^n engendrant Zn\mathbf{Z}^n, et une base de H∗H^* (par rapport à l’anneau Z\mathbf{Z}) formée de pp points bi\mathbf{b}_i (1≤i≤p1 \leq i \leq p) tels que bi=eiai\mathbf{b}_i = e_i \mathbf{a}_i pour 1≤i≤p1 \leq i \leq p, les eie_i étant des entiers qui satisfont à ei+1≡0e_{i+1} \equiv 0 (mod. eie_i) pour 1≤i≤p−11 \leq i \leq p - 1. Soit (ai′)(\mathbf{a}'_i) la base duale de (ai)(\mathbf{a}_i); pour que u=∑i=1nuiai′\mathbf{u} = \sum_{i=1}^n u_i \mathbf{a}'_i appartienne à (H∗)∗=H(H^*)^* = H, il faut et il suffit que uieiu_i e_i soit entier pour 1≤i≤p1 \leq i \leq p; autrement dit, HH est somme directe du sous-espace vectoriel VV engendré par ap+1′,…,an′\mathbf{a}'_{p+1}, \ldots, \mathbf{a}'_n, et du sous-groupe discret KK engendré par les pp points (1/ei)ai′(1/e_i) \mathbf{a}'_i (1≤i≤p1 \leq i \leq p); d’autre part, Zn\mathbf{Z}^n est somme directe de V∩ZnV \cap \mathbf{Z}^n et de K∩ZnK \cap \mathbf{Z}^n, puisque les ai′\mathbf{a}'_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n) engendrent Zn\mathbf{Z}^n. Le groupe quotient H/ZnH/\mathbf{Z}^n est donc isomorphe à (V/(V∩Zn))×(K/(K∩Zn))(V/(V \cap \mathbf{Z}^n)) \times (K/(K \cap \mathbf{Z}^n)) (III, p. 18, corollaire); V/(V∩Zn)V/(V \cap \mathbf{Z}^n) est isomorphe à Tn−p\mathbf{T}^{n-p}, et K/(K∩Zn)K/(K \cap \mathbf{Z}^n) est un groupe fini, somme directe de pp groupes cycliques d’ordres respectifs eie_i (1≤i≤p1 \leq i \leq p) (VII, p. 2).

En résumé:

Proposition 12

Soient T un groupe topologique isomorphe à Tn\mathbf{T}^n et G un sous-groupe fermé de T. Il existe un isomorphisme de groupes topologiques f de T sur Tn\mathbf{T}^n et des sous-groupes fermés G1,…,GnG_1, \ldots, G_n de T tels que f(G)=G1×⋯×Gnf(G) = G_1 \times \cdots \times G_n.

Remarque

Il résulte notamment des prop. 11 et 12 qu’un sous-groupe fermé GG de Tn\mathbf{T}^n est le produit direct de sa composante neutre G0G^0, qui est isomorphe à un groupe Th\mathbf{T}^h (0≤h≤n0 \leq h \leq n), et d’un sous-groupe fini (qui est produit de n−hn - h sous-groupes cycliques, éventuellement réduits à l’élément neutre).

6. Fonctions périodiques

Définition 1

On dit qu’une fonction f, définie dans Rn\mathbf{R}^n, et prenant ses valeurs dans un ensemble quelconque E, est périodique s’il existe un point a≠0\mathbf{a} \neq 0 de Rn\mathbf{R}^n tel que

f(x+a)=f(x) f(\mathbf{x} + \mathbf{a}) = f(\mathbf{x})

quel que soit x∈Rn\mathbf{x} \in \mathbf{R}^n. Si f est périodique, tout point a∈Rn\mathbf{a} \in \mathbf{R}^n pour lequel la relation (1) est une identité en x\mathbf{x}, est appelé une période de f.

L’ensemble G des périodes d’une fonction périodique f est évidemment un sous-groupe (non réduit à 0 par hypothèse) du groupe additif Rn\mathbf{R}^n. Lorsque f est une application périodique continue de Rn\mathbf{R}^n dans un espace topologique séparé E, son groupe des périodes G est fermé. En effet, si GxG_x désigne l’ensemble des a∈Rn\mathbf{a} \in \mathbf{R}^n tels que f(x+a)=f(x)f(\mathbf{x} + \mathbf{a}) = f(\mathbf{x}) pour un point donné x∈Rn\mathbf{x} \in \mathbf{R}^n, G est l’intersection des GxG_x lorsque x\mathbf{x} parcourt Rn\mathbf{R}^n, et chacun des GxG_x est fermé (I, p. 53, prop. 2). Soit alors V le plus grand sous-espace vectoriel contenu dans G (VII, p. 5, th. 2); la fonction f est constante dans toute classe mod. V; si W désigne un sous-espace vectoriel supplémentaire de V, f est déterminée par sa restriction à W. Autrement dit (W étant un groupe topologique isomorphe à un Rp\mathbf{R}^p), l’étude des fonctions périodiques continues dans Rn\mathbf{R}^n se ramène à l’étude de celles de ces fonctions ff dont le groupe des périodes GG est discret; si ce groupe est de rang qq, on dit que ff est une fonction qq fois périodique, et tout système libre de qq points engendrant GG est appelé un système principal de périodes de ff.

Si (ai)(\mathbf{a}_i) et (bi)(\mathbf{b}_i) sont deux systèmes principaux de périodes de ff, on a vu (VII, p. 2) que chacun d’eux se déduit de l’autre par une transformation linéaire à coefficients entiers, de déterminant +1+1 ou −1-1.

Soit φ\varphi l’application canonique de Rn\mathbf{R}^n sur Rn/G\mathbf{R}^n/G; à toute application gg de Rn/G\mathbf{R}^n/G dans un ensemble EE correspond la fonction g˙=g∘φ\dot{g} = g \circ \varphi, qui est une application périodique de Rn\mathbf{R}^n dans EE, ayant un groupe de périodes qui contient GG; et réciproquement, toute application de Rn\mathbf{R}^n dans EE, admettant un groupe de périodes qui contient GG, est de cette forme, puisqu’elle est compatible avec la relation x≡yx \equiv y (mod. GG) (E, II, p. 44). On définit ainsi une application bijective g↦g˙g \mapsto \dot{g} de l’ensemble des applications de Rn/G\mathbf{R}^n/G dans EE, sur l’ensemble des applications de Rn\mathbf{R}^n dans EE dont le groupe de périodes contient GG. Pour que g˙\dot{g} soit continue (lorsque EE est un espace topologique) il faut et il suffit que gg le soit (I, p. 21, prop. 6).

Exercices

See the exercises for § 1.

Transcribed from the printed volume. Not translated.