§ 2. Homomorphismes continus de et de ses groupes quotients
1. Homomorphismes continus du groupe dans le groupe
Toute application linéaire de dans est évidemment un homomorphisme continu du groupe additif dans le groupe additif . Réciproquement:
Proposition 1
Tout homomorphisme continu du groupe additif dans le groupe additif est une application linéaire de dans .
Il suffit de montrer que, pour tout et tout , on a . Le raisonnement est le même que celui de la prop. 5 de V, p. 2 en remplaçant par et par .
2. Définition locale d’un homomorphisme continu de dans un groupe topologique
La prop. 6 de V, p. 3, se généralise à tous les groupes :
Proposition 2
Soit un parallélétope de tel que ; soit une application continue de dans un groupe topologique (noté multiplicativement), telle que pour tout couple de points tels que . Il existe alors un homomorphisme continu et un seul de dans qui prolonge .
Par le même raisonnement que dans la prop. 6 de V, p. 3, on prouve d’abord que l’homomorphisme prolongeant , s’il existe, est unique. D’autre part, le sous-groupe de , engendré par , est commutatif; en effet, si et sont deux points quelconques de , , et appartiennent à , donc on a , ce qui prouve que et sont permutables; il en est donc de même de et , ce qui montre que deux éléments quelconques de sont permutables.
Soient vecteurs non nuls contenus dans et proportionnels aux vecteurs de base de ce parallélétope; pour chaque indice , soit la droite passant par et , ensemble des points où parcourt . Soit l’ensemble des tels que ; est un intervalle contenant , et la fonction est définie et continue dans et satisfait à la relation
pour et . D’après la prop. 6 de V, p. 3, il existe un homomorphisme continu de dans qui prolonge . Comme est somme directe des sous-groupes , on définit un homomorphisme de dans le groupe commutatif en posant, pour tout , ; est un prolongement de , puisque, si , tous les composants de sur les appartiennent aussi à , d’après le choix des ; en outre, est continu dans , puisqu’il est continu sur chacune des droites , et que est fonction linéaire (donc continue) de .
Corollaire 1
Soient un voisinage de dans , une application continue de dans un groupe topologique , telle que pour tout couple de points tels que . Il existe un homomorphisme continu et un seul de dans , qui coïncide avec en tous les points d’un voisinage de .
Il suffit de prendre pour un pavé ouvert de centre , contenu dans , et de lui appliquer la prop. 2.
Nous verrons au chap. XI que cette propriété de s’étend à une catégorie plus générale de groupes topologiques, les groupes « simplement connexes ».
Corollaire 2
Soit un isomorphisme local de à un groupe topologique ; il existe un morphisme strict et un seul de sur un sous-groupe ouvert de , qui coïncide avec en tous les points d’un voisinage de .
En effet, soit l’homomorphisme continu de dans qui coïncide avec en tous les points d’un voisinage de ; contient par hypothèse un voisinage de l’élément neutre de , donc (III, p. 7, corollaire) est un sous-groupe ouvert de ; en outre, est un morphisme strict de sur , d’après III, p. 16, prop. 24.
Corollaire 3
Lorsque , et ne sont pas localement isomorphes.
Supposons et localement isomorphes. D’après le cor. 2 et la prop. 1 de VII, p. 11, il existe une application linéaire de sur qui est un isomorphisme local. Alors est injective, et par suite .
Soit un groupe topologique. Le corollaire précédent montre qu’il existe au plus un entier tel que soit localement isomorphe à .
Théorème 1
Soit un groupe topologique connexe, localement isomorphe à ; il est commutatif. Soit l’adhérence dans du sous-groupe de torsion de (A, II, p. 115). Alors est le plus grand sous-groupe compact de ; il est isomorphe à un tore (). De plus, il existe un sous-groupe fermé de , isomorphe à , tel que le groupe topologique soit le produit direct de ses sous-groupes et .
D’après le cor. 2 de la prop. 2, il existe un morphisme de dans , qui est un isomorphisme local, et qui se prolonge en un morphisme strict de sur un sous-groupe ouvert de . Comme est connexe, on a ; le noyau de est discret, puisque son intersection avec un voisinage convenable de 0 dans est réduite à 0. Soient le sous-espace vectoriel de engendré par , sa dimension, et un supplémentaire de . D’après le th. 1 de VII, p. 4, le sous-groupe de est isomorphe à ; le sous-groupe de est isomorphe à , et le groupe topologique est le produit direct de ses sous-groupes et (III, p. 18, cor. de la prop. 26). Soit la projection de sur , de noyau , associée à cette décomposition; si est un sous-groupe compact de , est un sous-groupe compact de (I, p. 63, cor. 1 du th. 2), donc est réduit à 0 (VII, p. 6, cor. 2 du th. 2); on a donc et est bien le plus-grand sous-groupe compact de . Enfin, tout élément de torsion de engendre un sous-groupe fini, donc appartient à d’après ce qui précède; le sous-groupe de torsion de est donc le sous-groupe de torsion de ; comme le sous-groupe de torsion de est , le groupe est l’adhérence de son sous-groupe de torsion, ce qui achève la démonstration.
Corollaire
Tout groupe connexe , localement isomorphe à , est isomorphe à un groupe ().
3. Homomorphismes continus de dans
Proposition 3
Tout homomorphisme continu de dans est de la forme , où est l’homomorphisme canonique de sur (identifié à ), et une application linéaire de dans .
Soit un homomorphisme continu de dans ; nous allons montrer qu’il existe une application linéaire de dans telle que les homomorphismes et coïncident en tous les points d’un voisinage de 0 dans ; la proposition à démontrer en résultera, d’après VII, p. 12, cor. 1. Or, soit un voisinage de 0 dans tel que , restreint à , soit un isomorphisme local de à ; soit l’isomorphisme local réciproque défini dans . Comme est continue, est un voisinage de 0 dans ; l’application restreinte à , est une application continue de dans , telle que
pour tout couple de points de tels que ; donc (VII, p. 12, cor. 1), cette application coïncide avec un homomorphisme continu bien déterminé de dans , en tous les points d’un voisinage de 0 dans ; d’après la prop. 1 de VII, p. 11, est d’ailleurs une application linéaire de dans ; pour tout , on a donc , ce qui achève la démonstration.
Remarque
Le même raisonnement montre, plus généralement, que si est un morphisme strict de dans un groupe , dont la restriction à un voisinage convenable de 0 est un isomorphisme local de à , tout homomorphisme continu de dans est de la forme , où est une application linéaire de dans .
Dans le cas où , la prop. 3 donne la suivante:
Proposition 4
Si est l’homomorphisme canonique de sur , tout homomorphisme continu de dans est de la forme où ; c’est un morphisme strict de sur si .
4. Automorphismes de
Soient un sous-groupe fermé de , l’homomorphisme canonique de sur le groupe quotient . Si est un homomorphisme continu de dans un groupe topologique , est un homomorphisme continu de dans , périodique, et ayant un groupe de périodes qui contient ; réciproquement, tout homomorphisme continu périodique de dans , dont le groupe de périodes contient , est de cette forme.
Dans le cas où , le groupe quotient est compact, donc tout homomorphisme continu de dans un groupe topologique est un morphisme strict de dans si est séparé (III, p. 16, Remarque 1), et est un morphisme strict de dans ; en outre, est un sous-groupe compact de , isomorphe à un groupe ().
On voit en particulier que le seul homomorphisme continu de dans un groupe est l’application identiquement nulle, puisque est le seul sous-groupe compact de .
Appliquons ce qui précède aux homomorphismes continus de dans un groupe ; si est un tel homomorphisme, l’homomorphisme canonique de sur , est un homomorphisme continu de dans ; donc (VII, p. 13, prop. 3), si est l’homomorphisme canonique de sur , il existe une application linéaire de dans telle que . Si , est l’élément neutre de , donc on a nécessairement , autrement dit, il faut que . Réciproquement, pour toute application linéaire de dans satisfaisant à cette condition, est un homomorphisme périodique continu de dans , dont le groupe de périodes contient ; il définit donc un homomorphisme continu de dans .
Cherchons à quelle condition est un isomorphisme de sur un sous-groupe de . Il faut d’abord que soit une application injective de dans ; sinon, le sous-espace vectoriel contiendrait des points arbitrairement voisins de 0, et en un tel point on aurait et , contrairement à l’hypothèse. Cette condition entraîne donc en premier lieu . L’image est alors un sous-groupe discret de rang du groupe ; les facteurs invariants de par rapport à (VII, p. 2 et A, VII, § 4, n° 2) doivent tous être égaux à un; sinon, il existerait un point et un entier tel que , et , donc , et contrairement à l’hypothèse. Réciproquement, si cette condition est remplie, est identique à , et est un isomorphisme de sur .
Si l’on applique ce raisonnement au cas où , on a la proposition suivante:
Proposition 5
Tout isomorphisme du groupe topologique* sur un de ses sous-groupes est un automorphisme de , qui s’obtient par passage aux quotients à partir d’une application linéaire de sur lui-même, qui, restreinte à , est un automorphisme de ce groupe.
Il revient au même de dire (VII, p. 2) que, si , les doivent être des entiers tels que le déterminant , soit égal à , ou à , autrement dit on doit avoir .
On peut aussi présenter ce résultat de la manière suivante: à chaque matrice , associons l’automorphisme de . L’application de dans le groupe des automorphismes du groupe topologique ainsi définie est un isomorphisme.
En particulier, pour :
Proposition 6
Les seuls isomorphismes du groupe topologique* sur un de ses sous-groupes sont l’application identique et la symétrie .
Exercices
See the exercises for § 2.