Bourbaki

§ 2. Anneaux de cohen

Dans tout ce paragraphe, pp désigne un nombre premier.

1. pp-anneaux

Définition 1

On dit qu’un anneau CC est un pp-anneau si l’idéal pCpC de CC est maximal, et si CC est séparé et complet pour la topologie pCpC-adique.

Soit CC un anneau ; si p1Cp1_C est nilpotent et si l’idéal pCpC de CC est maximal, CC est un pp-anneau, car la topologie pCpC-adique de CC est discrète. Plus particulièrement, tout corps de caractéristique pp est un pp-anneau.

Proposition 1

Soit CC un pp-anneau.

a) L’anneau CC est local, d’idéal maximal pCpC.

b) Supposons p1Cp1_C nilpotent. Soit dd le plus petit entier positif tel que pd1C=0p^d1_C = 0. Les idéaux de CC sont de la forme pkCp^kC avec 0≤k≤d0 \leq k \leq d et l’on a pkC≠plCp^kC \neq p^lC lorsque kk et ll sont deux entiers distincts vérifiant 0≤k≤d,0≤l≤d0 \leq k \leq d, 0 \leq l \leq d. Le CC-module CC est de longueur dd.

c) Supposons que p1Cp1_C ne soit pas nilpotent. Alors CC est un anneau de valuation discrète dont le corps résiduel est de caractéristique pp, et le corps des fractions de caractéristique 00. Les idéaux de la forme pnCp^nC, avec n∈Nn \in \mathbf{N}, sont deux à deux distincts ; ils forment tous les idéaux non nuls de CC. Le CC-module CC n’est pas de longueur finie.

L’assertion a) résulte de la prop. 19 de III, §2§ 2, no 13.

On a ⋂n⩾0pnC={0}\bigcap_{n \geqslant 0} p^n C = \{0\} par hypothèse. Soit x≠0x \neq 0 dans CC; il existe un entier n⩾0n \geqslant 0 tel que x∈pnCx \in p^n C, x∉pn+1Cx \notin p^{n+1} C; il existe donc un élément yy de CC tel que x=pnyx = p^n y; comme yy n’appartient pas à pCpC, yy est inversible.

Supposons que p1Cp 1_C ne soit pas nilpotent. Si xx et x′x' sont deux éléments non nuls de CC, il existe deux entiers n⩾0n \geqslant 0, n′⩾0n' \geqslant 0 et deux éléments inversibles yy, y′y' de CC tels que x=pnyx = p^n y, x′=pn′y′x' = p^{n'} y'. On a alors xx′=pn+n′yy′≠0xx' = p^{n+n'} yy' \neq 0, donc CC est intègre. Comme CC est un anneau local, mais n’est pas un corps et que l’idéal maximal mC=pCm_C = pC de CC est principal, CC est un anneau de valuation discrète (VI, §3§ 3, no 6, prop. 9). Les idéaux non nuls de CC sont alors de la forme pnCp^n C d’après loc. cit., prop. 8, et sont deux à deux distincts. En particulier, l’anneau CC n’est pas artinien, donc le CC-module CC n’est pas de longueur finie. Le corps résiduel C/pCC/pC de CC est de caractéristique pp. Soit qq la caractéristique du corps des fractions de CC. On a p1C≠0p 1_C \neq 0, d’où p≠qp \neq q. Par ailleurs, si qq était non nulle, on aurait q1C=0q 1_C = 0 donc C/pCC/pC serait de caractéristique q≠pq \neq p, ce qui est absurde. Ceci prouve c).

Supposons que p1Cp 1_C soit nilpotent. Soit dd le plus petit entier positif tel que pd1C=0p^d 1_C = 0. On a une suite d’idéaux

(E)

C⊃pC⊃p2C⊃...⊃pd−1C⊃pdC={0}. C \supset pC \supset p^2 C \supset ... \supset p^{d-1} C \supset p^d C = \{0\} .

Si kk est un entier tel que 0⩽k<d0 \leqslant k < d et pkC=pk+1Cp^k C = p^{k+1} C, on en déduit

pd−k−1pkC=pd−k−1pk+1C={0} p^{d-k-1} p^k C = p^{d-k-1} p^{k+1} C = \{0\}

contrairement à l’hypothèse pd−11C≠0p^{d-1} 1_C \neq 0. Donc les éléments de la suite (E) sont deux à deux distincts. Soit aa un idéal de CC et soit kk le plus petit entier positif tel que a⊃pkCa \supset p^k C. Soit xx un élément non nul de aa; on a vu que xx est de la forme pmup^m u avec m⩾0m \geqslant 0 et uu inversible dans CC. On a donc pmC⊂ap^m C \subset a, d’où m⩾km \geqslant k, et finalement x∈pkCx \in p^k C. En conclusion, on a a=pkCa = p^k C. La suite (E) est alors une suite de Jordan-Hölder du CC-module CC, qui est de longueur dd.

Corollaire 1

Si le pp-anneau CC est intègre, c’est un anneau de valuation discrète, ou un corps de caractéristique pp.

Supposons CC intègre. Si p1Cp 1_C est nilpotent, on a p1C=0p 1_C = 0, et {0}\{0\} est un idéal maximal de CC, donc CC est un corps de caractéristique pp. Si p1Cp 1_C n’est pas nilpotent, alors CC est un anneau de valuation discrète d’après la prop. 1, c).

Corollaire 2

Soient CC un pp-anneau et aa un idéal de CC distinct de CC. L’anneau C/aC/a est un pp-anneau.

On peut supposer a≠{0}a \neq \{0\}. Il existe alors un entier i⩾1i \geqslant 1 tel que a=piCa = p^i C; l’idéal pC/apC/a de C/aC/a est maximal et l’on a pi1C/a=0p^i 1_{C/a} = 0, donc C/aC/a est un pp-anneau.

Soit CC un pp-anneau. On appelle longueur de CC, et l’on note l(C)l(C), la borne supérieure dans R‾\overline{\mathbf{R}} de l’ensemble des entiers n⩾1n \geqslant 1 tels que pn−11C≠0p^{n-1} 1_C \neq 0. Lorsque l(C)l(C) est finie, c’est la longueur du CC-module CC, et lorsque l(C)l(C) est égale à +∞+ \infty, le CC-module CC n’est pas de longueur finie (prop. 1).

Exemple 1

Pour tout entier n⩾1n \geqslant 1, l’anneau Z/pnZ\mathbf{Z}/p^n\mathbf{Z} est un pp-anneau de longueur nn. L’anneau Zp\mathbf{Z}_p des entiers pp-adiques est un pp-anneau de longueur infinie.

Exemple 2

Soit KK un corps parfait de caractéristique pp. D’après la prop. 8 du § 1, no 8, l’anneau W(K)W(K) des vecteurs de Witt est un pp-anneau de longueur infinie. L’application (an)n∈N↦a0(a_n)_{n \in \mathbf{N}} \mapsto a_0 induit par passage au quotient un isomorphisme de W(K)/pW(K)W(K)/pW(K) sur le corps KK (loc. cit., prop. 7). Pour tout entier n⩾1n \geqslant 1, l’anneau

Wn(K)=W(K)/pnW(K) W_n(K) = W(K)/p^nW(K)
est un pp-anneau de longueur nn.

Proposition 2

Soient CC et C′C' deux pp-anneaux et uu un homomorphisme de CC dans C′C'. Soit vv l’homomorphisme de κC=C/pC\kappa_C = C/pC dans κC′=C′/pC′\kappa_{C'} = C'/pC' déduit de uu par passage aux quotients.

a) On a l(C)⩾l(C′)l(C) \geqslant l(C') et uu est injectif si et seulement si l’on a l(C)=l(C′)l(C) = l(C').

b) Pour que uu soit surjectif, il faut et il suffit que vv soit un isomorphisme.

c) Pour que uu soit un isomorphisme, il faut et il suffit que vv soit un isomorphisme et qu’on ait l(C)=l(C′)l(C) = l(C').

Soit n⩾1n \geqslant 1 un entier. On a u(pn−11C)=pn−11C′u(p^{n-1}1_C) = p^{n-1}1_{C'}, donc la relation pn−11C′≠0p^{n-1}1_{C'} \neq 0 entraîne pn−11C≠0p^{n-1}1_C \neq 0 et lui est équivalente si uu est injectif. On a donc l(C′)⩽l(C)l(C') \leqslant l(C) avec égalité si uu est injectif. Si uu n’est pas injectif, il existe un entier i<l(C)i < l(C) tel que le noyau de uu soit l’idéal piCp^iC de CC; on a alors pi1C′=0p^i1_{C'} = 0, d’où l(C′)⩽il(C') \leqslant i. Ceci prouve a).

Comme κC\kappa_C et κC′\kappa_{C'} sont des corps, l’homomorphisme vv est injectif. Si uu est surjectif, il en est de même de vv qui est donc un isomorphisme. Réciproquement, supposons vv surjectif. Alors pour tout entier n⩾0n \geqslant 0, l’application vn:pnC/pn+1C→pnC′/pn+1C′v_n : p^nC/p^{n+1}C \to p^nC'/p^{n+1}C' déduite de uu est surjective. Comme CC est complet pour la filtration pCpC-adique et C′C' séparé pour la filtration pC′pC'-adique, uu est surjectif d’après le cor. 2 du th. 1 de III, § 2, no 8. Ceci prouve b).

Enfin, c) résulte de a) et b).

Proposition 3

Soit (Cn,πn,m)(C_n, \pi_{n,m}) un système projectif d’anneaux relatif à l’ensemble d’indices N\mathbf{N}. On suppose que CnC_n est un pp-anneau pour tout n∈Nn \in \mathbf{N} et que les homomorphismes πn,m\pi_{n,m} sont surjectifs. Alors C=lim←⁡CnC = \varprojlim C_n est un pp-anneau, et pour tout n∈Nn \in \mathbf{N}, l’homomorphisme canonique πn:C→Cn\pi_n : C \to C_n est surjectif et induit un isomorphisme de κC\kappa_C sur κCn\kappa_{C_n}.

Comme les applications πn,m\pi_{n,m} sont surjectives, il en est de même des applications πn\pi_n (E, III, p. 58, prop. 5). Montrons que CC est un pp-anneau. Soit dnd_n la longueur de CnC_n. D’après la prop. 2, a), la suite des éléments dnd_n de N∪{+∞}\mathbf{N} \cup \{ + \infty \} est croissante ; si elle est stationnaire, il existe un entier n0n_0 tel que πn,m\pi_{n,m} soit un isomorphisme de CmC_m sur CnC_n lorsque n0⩽n⩽mn_0 \leqslant n \leqslant m, de sorte que CC, isomorphe à Cn0C_{n_0}, est un pp-anneau.

Il suffit donc de considérer le cas où chaque dnd_n est fini, et où la suite (dn)(d_n) tend vers +∞+ \infty. Munissons l’anneau CC de la filtration triviale (III, § 2, no 1, exemple 5). Pour n∈Nn \in \mathbf{N}, soit InI_n le noyau de πn\pi_n; posons In=CI_n = C si n<0n < 0. Notons EE le CC-module CC muni de la filtration (In)n∈Z(I_n)_{n \in \mathbf{Z}}. Il est séparé et complet, car la topologie T\mathscr{T} définie par la filtration (In)n∈Z(I_n)_{n \in \mathbf{Z}} est la topologie limite projective des topologies discrètes sur les CnC_n.

Soit k un entier ⩾1\geqslant 1. On a pkC⊂lim←⁡(pkCn)p^k C \subset \varprojlim (p^k C_n) (E, III, p. 55, formule (9)). Réciproquement, si x=(xn)n∈N∈lim←⁡(pkCn)x = (x_n)_{n \in \mathbf{N}} \in \varprojlim (p^k C_n) et si on pose Xn={y∈C∣πn(pky)=xn}X_n = \{ y \in C | \pi_n(p^k y) = x_n \}, la suite (Xn)n∈N(X_n)_{n \in \mathbf{N}} est une suite décroissante de parties affines fermées non vides de E. Comme E/InE/I_n est un C-module artinien, l’intersection des XnX_n est non vide (III, § 2, no 7, prop. 7); pour tout z∈⋂n∈NXnz \in \bigcap_{n \in \mathbf{N}} X_n, on a pkz=xp^k z = x. Nous avons donc prouvé qu’on a pkC=lim←⁡pkCnp^k C = \varprojlim p^k C_n pour tout entier k⩾1k \geqslant 1. En particulier l’idéal pkCp^k C de C est fermé pour la topologie T\mathscr{T}. Sur C, la topologie pp-adique est plus fine que la topologie T\mathscr{T} car on a pdnC⊂Inp^{d_n} C \subset I_n. Il résulte alors de TG, III, p. 26, cor. 1 à la prop. 10, que C est séparé et complet pour la topologie pCpC-adique. En outre on a pC=lim←⁡pCn=π0−1(pC0)pC = \varprojlim pC_n = \pi_0^{-1}(pC_0) et donc l’homomorphisme surjectif de C/pCC/pC dans C0/pC0C_0/pC_0 déduit de π0\pi_0 est un isomorphisme. Ceci montre que l’idéal pCpC de C est maximal et par suite que C est un pp-anneau. La dernière assertion de la prop. 3 résulte de la prop. 2, b).

2. Anneaux de Cohen

Définition 2

Soit A un anneau local séparé et complet, dont le corps résiduel est de caractéristique p. On appelle sous-anneau de Cohen de A un sous-anneau C de A qui est un pp-anneau tel que A=mA+CA = m_A + C (i.e. A/mA=C/(mA∩C)A/m_A = C/(m_A \cap C)).

Si C est un sous-anneau de Cohen de A, l’idéal mA∩Cm_A \cap C de C est maximal, donc égal à pCpC. L’application canonique de κC=C/pC\kappa_C = C/pC sur κA=A/mA\kappa_A = A/m_A est donc un isomorphisme de corps.

Exemple

Soit C un pp-anneau. L’anneau de séries formelles A=C[[T1,...,Tn]]A = C[[T_1, ..., T_n]] est un anneau noethérien, local, séparé et complet, dont l’idéal maximal est engendré par la suite (p,T1,...,Tn)(p, T_1, ..., T_n). Il est immédiat que C est un sous-anneau de Cohen de A. Ceci s’applique en particulier lorsque C est égal à Zp\mathbf{Z}_p, à Z/pnZ\mathbf{Z}/p^n \mathbf{Z} ou à un corps de caractéristique pp.

Théorème 1

Soit A un anneau local, séparé et complet, dont le corps résiduel k est de caractéristique p. Soit π\pi l’application canonique de A sur k, et soit S une partie de A, telle que π\pi induise une bijection de S sur une p-base de k (A, V, p. 95). a) Il existe un sous-anneau de Cohen C de A contenant S, et un seul. b) Le sous-anneau C de A est fermé, et la topologie pCpC-adique de C est induite par la topologie mAm_A-adique de A. c) Tout sous-anneau fermé A′A' de A, contenant S, et tel que A=A′+mAA = A' + m_A, contient C.

A) Cas particulier : mAm_A nilpotent

Soit n un entier positif tel que mAn+1={0}m_A^{n+1} = \{0\}. Si Φn\Phi_n est le n-ième polynôme de Witt (§1§ 1, no 1), l’application u:[a0,...,an]↦Φn(a0,...,an)u : [a_0, ..., a_n] \mapsto \Phi_n(a_0, ..., a_n) est un homomorphisme d’anneaux de Wn+1(A)W_{n+1}(A) dans A (§1§ 1, no 7). Soit BnB_n l’image de uu et soit CnC_n le sous-anneau de A engendré par Bn∪SB_n \cup S.

Lemme 1

Soit A′A' un sous-anneau de AA contenant SS. Pour que A′A' contienne CnC_n, il faut et il suffit qu’on ait A′+mA=AA' + m_A = A.

On a pA⊂mApA \subset m_A et BnB_n se compose des éléments de la forme a0pn+pa1pn−1+⋯+pnana_0^{p^n} + pa_1^{p^{n-1}} + \cdots + p^n a_n avec a0,...,ana_0, ..., a_n dans AA. Par suite, on a π(Bn)=kpn\pi(B_n) = k^{p^n}, d’où π(Cn)=kpn[π(S)]\pi(C_n) = k^{p^n}[\pi(S)]. Mais comme π(S)\pi(S) est une pp-base de kk, on a k=kpn[π(S)]k = k^{p^n}[\pi(S)] (A, V, p. 96), d’où π(Cn)=k\pi(C_n) = k, c’est-à-dire Cn+mA=AC_n + m_A = A.

Soit A′A' un sous-anneau de AA contenant SS. Si A′A' contient CnC_n, on a

A′+mA⊃Cn+mA=A,d’ouˋA′+mA=A. A' + m_A \supset C_n + m_A = A, \quad \text{d’où} \quad A' + m_A = A.
Réciproquement, supposons qu’on ait A′+mA=AA' + m_A = A. Soient a0,...,ana_0, ..., a_n des éléments de AA; il existe par hypothèse des éléments a0′,...,an′a'_0, ..., a'_n de A′A' tels que ai≡ai′mod  mAa_i \equiv a'_i \mod m_A pour 0≤i≤n0 \leq i \leq n. D’après la prop. 1 du § 1, no 1 et l’hypothèse mAn+1={0}m_A^{n+1} = \{0\}, on a donc Φn(a0,...,an)=Φn(a0′,...,an′)∈A′\Phi_n(a_0, ..., a_n) = \Phi_n(a'_0, ..., a'_n) \in A', d’où Bn⊂A′B_n \subset A'. Comme CnC_n est l’anneau engendré par Bn∪SB_n \cup S, on a Cn⊂A′C_n \subset A'.

Dans l’ensemble SS des sous-anneaux A′A' de AA contenant SS et tels que A′+mA=AA' + m_A = A, il existe d’après le lemme 1 un plus petit élément CC, et l’on a Cn=CC_n = C pour tout entier n≥0n \geq 0 tel que mAn+1={0}m_A^{n+1} = \{0\}.

On a C+mA=AC + m_A = A par construction et p1Cp1_C est nilpotent. On a évidemment pC⊂C∩mApC \subset C \cap m_A et le lemme 2 qui suit montre donc que pCpC est un idéal maximal de CC et par suite que CC est un sous-anneau de Cohen de AA.

Lemme 2

On a C∩mA⊂pCC \cap m_A \subset pC.

Choisissons un entier m≥1m \geq 1 tel que mAm={0}m_A^m = \{0\}, d’où C=Cm=Cm−1C = C_m = C_{m-1}. Soit Λ\Lambda la partie de N(S)\mathbf{N}^{(S)} formée des familles à support fini d’entiers (αs)s∈S(\alpha_s)_{s \in S} satisfaisant à 0≤αs<pm0 \leq \alpha_s < p^m pour tout s∈Ss \in S. Comme BmB_m contient spm=Φm(s,0,...,0)s^{p^m} = \Phi_m(s, 0, ..., 0) pour tout s∈Ss \in S, les monômes Zα=∏s∈SsαsZ_\alpha = \prod_{s \in S} s^{\alpha_s}, où α\alpha parcourt Λ\Lambda, engendrent CmC_m comme BmB_m-module.

De plus, d’après la formule

Φm(a0,...,am)=a0pm+pΦm−1(a1,...,am), \Phi_m(a_0, ..., a_m) = a_0^{p^m} + p \Phi_{m-1}(a_1, ..., a_m),
tout élément de BmB_m est de la forme apm+pba^{p^m} + pb avec a∈Aa \in A et b∈Bm−1b \in B_{m-1}. Par suite tout élément de C=CmC = C_m est de la forme
x=∑α∈ΛcαpmZα+py x = \sum_{\alpha \in \Lambda} c_\alpha^{p^m} Z_\alpha + py
avec cα∈Ac_\alpha \in A pour tout α∈Λ\alpha \in \Lambda, et y∈Cm−1=Cy \in C_{m-1} = C. Si xx appartient à C∩mAC \cap m_A, on a π(x)=0\pi(x) = 0 d’où ∑α∈Λπ(cα)pmπ(Zα)=0\sum_{\alpha \in \Lambda} \pi(c_\alpha)^{p^m} \pi(Z_\alpha) = 0. Comme π(S)\pi(S) est une pp-base de kk, on a π(cα)=0\pi(c_\alpha) = 0 pour tout α∈Λ\alpha \in \Lambda d’après A, V, p. 96. On a alors cα∈mAc_\alpha \in m_A, d’où cαm=0c_\alpha^m = 0 et afortioria fortiori cαpm=0c_\alpha^{p^m} = 0. D’après (1), on a x=pyx = py, d’où le lemme 2.

On a pmC=mAm={0}p^m C = m_A^m = \{0\} pour mm assez grand et l’assertion b) est donc triviale. L’assertion c) résulte du lemme 1. Si C′C' est un sous-anneau de Cohen de AA contenant SS, on a C′⊃CC' \supset C d’après le lemme 1. Mais comme l’inclusion de CC dans C′C' induit un isomorphisme de κC\kappa_C sur κC′\kappa_{C'}, on a C=C′C = C' (no 1, prop. 2, b)), et ceci achève de prouver a).

B) Cas général

Pour tout entier n⩾0n \geqslant 0, notons AnA_n l’anneau local A/mAn+1A/m_A^{n+1}, mn=mA/mAn+1m_n = m_A/m_A^{n+1} son idéal maximal et πn\pi_n l’homomorphisme canonique de AA sur AnA_n. D’après A), il existe un unique sous-anneau de Cohen CnC_n de AnA_n contenant πn(S)\pi_n(S). Lorsque 0⩽n⩽m0 \leqslant n \leqslant m, on note πn,m\pi_{n,m} l’homomorphisme canonique de AmA_m sur AnA_n. D’après le cor. 2 de la prop. 1 du no 1, πn,m(Cm)\pi_{n,m}(C_m) est un pp-anneau ; on a πn,m(Cm)+mn=An\pi_{n,m}(C_m) + m_n = A_n, donc πn,m(Cm)\pi_{n,m}(C_m) est égal au sous-anneau de Cohen CnC_n de AnA_n. D’après la prop. 3 du no 1, le sous-anneau lim⁡Cn\lim C_n de lim⁡An\lim A_n est un pp-anneau. Posons C=⋂n∈Nπn−1(Cn)C = \bigcap_{n \in \mathbf{N}} \pi_n^{-1}(C_n). Comme CC est l’image réciproque de lim⁡Cn\lim C_n par l’isomorphisme a↦(πn(a))n∈Na \mapsto (\pi_n(a))_{n \in \mathbf{N}} de AA sur lim⁡An\lim A_n, c’est un sous-anneau fermé de AA, et un pp-anneau. On a πn(C)=Cn\pi_n(C) = C_n pour tout n∈Nn \in \mathbf{N} (no 1, prop. 3), et en particulier π0(C)=A0\pi_0(C) = A_0, c’est-à-dire π(C)=k\pi(C) = k. Donc CC est un sous-anneau de Cohen de AA.

Pour tout entier n⩾0n \geqslant 0, posons Jn=C∩mAnJ_n = C \cap m_A^n. Comme l’anneau local AA est séparé, on a ⋂n∈NJn={0}\bigcap_{n \in \mathbf{N}} J_n = \{0\}, et vu la structure des idéaux d’un pp-anneau (no 1, prop. 1), tout idéal de CC de la forme pkCp^kC contient l’un des JnJ_n. Réciproquement, JnJ_n contient pnCp^nC. Par suite, la topologie pCpC-adique de CC est induite par la topologie mAm_A-adique de AA. Ceci prouve b).

Soit A′A' un sous-anneau fermé de AA, contenant SS et tel que A′+mA=AA' + m_A = A. Comme A′A' est fermé, on a A′=⋂n∈Nπn−1(πn(A′))A' = \bigcap_{n \in \mathbf{N}} \pi_n^{-1}(\pi_n(A')). On a πn(A′)⊃πn(S)\pi_n(A') \supset \pi_n(S) et πn(A′)+mn=An\pi_n(A') + m_n = A_n, d’où πn(A′)⊃Cn\pi_n(A') \supset C_n d’après ce qu’on a vu en A). Finalement, on a πn−1(πn(A′))⊃πn−1(Cn)\pi_n^{-1}(\pi_n(A')) \supset \pi_n^{-1}(C_n) d’où A′⊃CA' \supset C. Ceci prouve c). On en déduit l’unicité d’un sous-anneau de Cohen comme en A).

Remarque

Supposons que p1Ap1_A ne soit pas nilpotent (ceci a lieu en particulier lorsque AA est un anneau intègre dont le corps des fractions est de caractéristique 0). Alors CC est un anneau de valuation discrète dont le corps des fractions est de caractéristique 0.

3. Existence et unicité des pp-anneaux

Proposition 4

Soient CC et C′C' deux pp-anneaux tels que l(C)⩾l(C′)l(C) \geqslant l(C'), π\pi (resp. π′\pi') l’homomorphisme canonique de CC (resp. C′C') sur κC\kappa_C (resp. κC′\kappa_{C'}). Soit (xλ)λ∈Λ(x_\lambda)_{\lambda \in \Lambda} (resp. (xλ′)λ∈Λ(x'_\lambda)_{\lambda \in \Lambda}) une famille d’éléments de CC (resp. C′C') dont l’image par π\pi (resp. π′\pi') soit une pp-base de κC\kappa_C (resp. κC′\kappa_{C'}). Soit vv un isomorphisme de κC\kappa_C sur κC′\kappa_{C'} tel que v(π(xλ))=π′(xλ′)v(\pi(x_\lambda)) = \pi'(x'_\lambda) pour tout λ∈Λ\lambda \in \Lambda. Il existe alors un unique homomorphisme uu de CC dans C′C', tel que v∘π=π′∘uv \circ \pi = \pi' \circ u et u(xλ)=xλ′u(x_\lambda) = x'_\lambda pour tout λ∈Λ\lambda \in \Lambda. Il est surjectif. Si l(C)=l(C′)l(C) = l(C'), c’est un isomorphisme.

Prouvons l’existence de uu. Soit AA le sous-anneau de C×C′C \times C' formé des couples (x,x′)(x, x') tels que v(π(x))=π′(x′)v(\pi(x)) = \pi'(x'). L’application (x,x′)↦π(x)(x, x') \mapsto \pi(x) est un homomorphisme surjectif d’anneaux de A sur κC\kappa_C. Son noyau mm, égal à pC×pC′pC \times pC' est donc un idéal maximal de A. Le sous-espace topologique A de C×C′C \times C' est fermé dans C×C′C \times C', donc complet, et la topologie induite sur A par celle de C×C′C \times C' est la topologie mm-adique. Par suite A est un anneau local séparé et complet d’idéal maximal mm (III, § 2, no 13, prop. 19). Pour tout λ∈Λ\lambda \in \Lambda, on a (xλ,xλ′)∈A(x_\lambda, x'_\lambda) \in A par hypothèse ; si ξλ\xi_\lambda est la classe de (xλ,xλ′)(x_\lambda, x'_\lambda) modulo mm, la famille (ξλ)λ∈Λ(\xi_\lambda)_{\lambda \in \Lambda} est une pp-base du corps A/mA/m. D’après le th. 1 du no 2, il existe un sous-anneau de Cohen C′′C'' de A, et un seul, contenant (xλ,xλ′)(x_\lambda, x'_\lambda) pour tout λ∈Λ\lambda \in \Lambda. On a l(C′′)=l(C)≥l(C′)l(C'') = l(C) \geq l(C'). La restriction à C′′C'' de la projection de C×C′C \times C' sur C est un homomorphisme h:C′′→Ch : C'' \to C qui induit un isomorphisme de κC′′\kappa_{C''} sur κC\kappa_C. D’après la prop. 2, c) du no 2, hh est un isomorphisme de C′′C'' sur C. On voit de même que la restriction h′h' à C′′C'' de la projection de C×C′C \times C' sur C′C' est un homomorphisme surjectif de C′′C'' dans C′C'. Par suite, C′′C'' est le graphe d’un homomorphisme surjectif u=h′∘h−1u = h' \circ h^{-1} de C sur C′C', et l’on a évidemment v∘π=π′∘uv \circ \pi = \pi' \circ u, u(xλ)=xλ′u(x_\lambda) = x'_\lambda pour tout λ∈Λ\lambda \in \Lambda. En outre, si l(C)=l(C′)l(C) = l(C'), uu est un isomorphisme.

Prouvons l’unicité de uu. Soit u1u_1 un homomorphisme de C dans C′C' tel que v∘π=π′∘u1v \circ \pi = \pi' \circ u_1 et u1(xλ)=xλ′u_1(x_\lambda) = x'_\lambda pour tout λ∈Λ\lambda \in \Lambda, et soit C1C_1 le graphe de u1u_1. Il est immédiat que C1C_1 est un sous-anneau de Cohen de A, contenant (xλ,xλ′)(x_\lambda, x'_\lambda) pour tout λ∈Λ\lambda \in \Lambda, d’où C1=C′′C_1 = C'' (th. 1 du no 2) et finalement u1=uu_1 = u.

Proposition 5

Soit k un corps de caractéristique p, et soit n un entier ≥1\geq 1, ou +∞+ \infty. Il existe un p-anneau de longueur n dont le corps résiduel est isomorphe à k.

L’anneau W(k)W(k) des vecteurs de Witt à coefficients dans k est un anneau local intègre séparé et complet, dont le corps résiduel est isomorphe à k (§1§ 1, no 8, prop. 8), et on a p⋅1W(k)≠0p \cdot 1_{W(k)} \neq 0 (loc. cit., formule (52)). Soit C un sous-anneau de Cohen de W(k)W(k) (no 2, th. 1). Alors C est un p-anneau de longueur +∞+ \infty dont le corps résiduel est isomorphe à k, et, si n est un entier ≥1\geq 1, le quotient C/pnCC/p^nC est un p-anneau de longueur n dont le corps résiduel est isomorphe à k.

Remarque 1

Soient n un entier ≥1\geq 1 et S une p-base de k. On peut montrer que le sous-anneau de Wn(k)W_n(k) engendré par Wn(kpn)W_n(k^{p^n}) et par les éléments [ξ,0,...,0][\xi, 0, ..., 0] (ξ∈S\xi \in S), est un p-anneau de longueur n dont le corps résiduel est isomorphe à k (cf. p. 72, exerc. 10).

Remarque 2

Le lecteur trouvera en Appendice une démonstration de la prop. 5 qui n’utilise ni les résultats du §1§ 1, ni le théorème d’existence de sous-anneaux de Cohen (no 2, th. 1).

Corollaire

Soit C un p-anneau de longueur finie n. Il existe un p-anneau C′C' de longueur infinie tel que C soit isomorphe à C′/pnC′C'/p^nC'.

D’après la prop. 5, il existe un p-anneau C′C' de longueur infinie tel que κC′\kappa_{C'} soit isomorphe à κC\kappa_C. Alors C′/pnC′=Cn′C'/p^nC' = C'_n est un p-anneau de longueur n, et le corps κCn′\kappa_{C'_n} est isomorphe à κC′\kappa_{C'}, donc à κC\kappa_C. D’après la prop. 4, les anneaux C et Cn′C'_n sont donc isomorphes.

4. Représentants multiplicatifs

Proposition 6

Soit C un p-anneau, dont le corps résiduel k soit parfait. Supposons C de longueur finie n (resp. infinie). Il existe un unique isomorphisme u:Wn(k)→Cu : W_n(k) \to C (resp. u:W(k)→Cu : W(k) \to C) qui induise par passage aux quotients l’application identique de k.

Comme Wn(k)W_n(k) (resp. W(k)W(k)) est un p-anneau de corps résiduel k, et de longueur n (resp. de longueur infinie) (n° 1, exemple 2), et que ∅\varnothing est une p-base du corps parfait k, la prop. 6 est un cas particulier de la prop. 4 du n° 3.

Théorème 2

Soient A un anneau local séparé et complet, k son corps résiduel et π\pi l’homomorphisme canonique de A sur k. On suppose que k est un corps parfait de caractéristique p.

a) Il existe un unique homomorphisme d’anneaux u:W(k)→Au : W(k) \to A tel que π(u(a))=a0\pi(u(a)) = a_0 pour a=(an)n∈Na = (a_n)_{n \in \mathbf{N}} dans W(k).

b) L’homomorphisme u est continu lorsqu’on munit W(k) de la topologie pW(k)pW(k)-adique, et l’image de u est l’unique sous-anneau de Cohen de A.

D’après le th. 1 du n° 2, il existe un unique sous-anneau de Cohen de A ; notons-le C. Soit u un homomorphisme de W(k) dans A tel que π(u(a))=a0\pi(u(a)) = a_0 pour tout a=(an)n∈Na = (a_n)_{n \in \mathbf{N}} dans W(k) ; il est immédiat que l’image de u est un sous-anneau de Cohen de A, donc égal à C. L’existence et l’unicité de u résultent alors de la prop. 6. La topologie pCpC-adique de C est induite par la topologie mAm_A-adique de A (n° 2, th. 1, b)), d’où la continuité de u.

Pour une construction directe de u, voir p. 70, exerc. 6.

Proposition 7

Conservons les hypothèses et notations du th. 2. Il existe une unique partie multiplicative S de A telle que π\pi induise une bijection de S sur k. Pour qu’un élément a de A appartienne à S, il faut et il suffit que pour tout n∈Nn \in \mathbf{N}, il existe un élément ana_n de A tel que a=anpna = a_n^{p^n}. L’ensemble S est l’ensemble des éléments de la forme u(x,0,0,...)u(x, 0, 0, ...).

Prouvons tout d’abord l’unicité de S. Soit S une partie multiplicative de A, telle que π\pi induise une bijection de S sur k. Soit T l’ensemble des éléments de A qui sont des puissances pnp^n-ièmes pour tout n∈Nn \in \mathbf{N}.

a) On a S⊂TS \subset T : Soient a∈Sa \in S et n∈Nn \in \mathbf{N}; comme le corps k est parfait, il existe un élément xnx_n de k tel que xnpn=π(a)x_n^{p^n} = \pi(a); comme on a π(S)=k\pi(S) = k, il existe un élément ana_n de S tel que xn=π(an)x_n = \pi(a_n). On a alors π(anpn)=π(a)\pi(a_n^{p^n}) = \pi(a) d’où anpn=aa_n^{p^n} = a puisque la restriction de π\pi à S est injective.

b) La restriction de π\pi à T est injective : soient a et b deux éléments de T tels que π(a)=π(b)\pi(a) = \pi(b). Soit n∈Nn \in \mathbf{N}; il existe deux éléments ana_n et bnb_n de A tels que a=anpn,b=bnpna = a_n^{p^n}, b = b_n^{p^n}. On a alors π(an)pn=π(bn)pn\pi(a_n)^{p^n} = \pi(b_n)^{p^n}, d’où π(an)=π(bn)\pi(a_n) = \pi(b_n), c’est-à-dire an≡bna_n \equiv b_n mod. mAm_A. D’après le lemme 1 du § 1, n° 1, on a anpn≡bnpna_n^{p^n} \equiv b_n^{p^n} mod. mAn+1m_A^{n+1} c’est-à-dire a≡ba \equiv b mod. mAn+1m_A^{n+1}. Comme n est arbitraire, on a a=ba = b.

Les propriétés a) et b) ci-dessus, jointes à la formule π(S)=k\pi(S) = k, entraînent la relation S=TS = T, d’où l’unicité.

Prouvons maintenant l’existence de S. Avec les notations du th. 2, posons φ=u∘τk\varphi = u \circ \tau_k, c’est-à-dire (§ 1, n° 6)

(2)

φ(x)=u(x,0,0,...) \varphi(x) = u(x, 0, 0, ...)
pour tout x∈kx \in k. D’après la prop. 4 de loc. cit., on a

(3)

φ(1)=1,φ(xy)=φ(x)φ(y) pour x,y dans k. \varphi(1) = 1,\quad \varphi(xy) = \varphi(x) \varphi(y) \text{ pour } x, y \text{ dans } k.

Il est clair que l’application π∘φ\pi \circ \varphi est l’application identique de kk. Donc l’image S de φ\varphi satisfait aux conditions de la prop. 7.

Les éléments de S sont souvent appelés les représentants multiplicatifs (ou de Teichmüller) de A.

Remarque 1

Conservons les hypothèses et notations précédentes. On a

a=∑n=0∞pnτk(anp−n)(a=(an)n∈N∈W(k)) a = \sum_{n=0}^{\infty} p^n \tau_k(a_n^{p^{-n}}) \quad (a = (a_n)_{n \in \mathbf{N}} \in \mathbf{W}(k))
d’après la prop. 7 du § 1, n° 8. On a donc (4)
u(a)=∑n=0∞pnφ(anp−n) u(a) = \sum_{n=0}^{\infty} p^n \varphi(a_n^{p^{-n}})
pour tout a=(an)n∈Na = (a_n)_{n \in \mathbf{N}} dans W(k)\mathbf{W}(k), car uu est continu (th. 2, b)). D’après la formule (4), l’unique sous-anneau de Cohen de A se compose des éléments de la forme ∑n=0∞pnsn\sum_{n=0}^{\infty} p^n s_n avec sn∈Ss_n \in S pour tout entier n≥0n \geq 0.

Remarque 2

Soient A un anneau local séparé et complet, kk son corps résiduel et π\pi l’homomorphisme canonique de A sur kk. On peut montrer qu’il existe une partie multiplicative S de A (non unique en général) telle que π\pi induise une bijection de S sur kk (cf. p. 72, exerc. 11).

Exemple 1

Soit kk un corps parfait de caractéristique pp. Les représentants multiplicatifs de l’anneau W(k)\mathbf{W}(k) sont les vecteurs de Witt τ(x)=(x,0,0,...)\tau(x) = (x, 0, 0, ...) pour x∈kx \in k.

Exemple 2

Soit A un anneau local intègre, séparé et complet. On suppose que le corps résiduel kk de A est fini, à q=pfq = p^f éléments, donc parfait de caractéristique pp. On a xq=xx^q = x pour tout x∈kx \in k, d’où sq=ss^q = s pour tout représentant multiplicatif s. Il en résulte que l’ensemble des représentants multiplicatifs se compose de 0 et des q−1q - 1 racines (q−1)(q - 1)-ièmes de l’unité dans le corps des fractions de A. Si le corps des fractions de A est localement compact, l’existence des représentants multiplicatifs découle aussi de VI, § 9, n° 2, prop. 3 (cf. aussi VI, § 9, exerc. 5).

Exemple 3

Plus particulièrement, considérons le cas A=ZpA = \mathbf{Z}_p. Alors les représentants multiplicatifs sont 0 et les racines (p−1)(p - 1)-ièmes de l’unité dans le corps des fractions Qp\mathbf{Q}_p de Zp\mathbf{Z}_p.

5. Structure des anneaux locaux noethériens complets

Soient AA et CC des anneaux locaux noethériens complets et soit uu un homomorphisme local de CC dans AA, induisant par passage aux quotients un isomorphisme de κC\kappa_C sur κA\kappa_A. Soit (p1,...,pm)(p_1, ..., p_m) une suite engendrant l’idéal mCm_C de CC, et soient t1,...,tnt_1, ..., t_n des éléments de mAm_A. Posons B=C[[T1,...,Tn]]B = C[[T_1, ..., T_n]].

Lemme 3

a) Il existe un unique homomorphisme v:B→Av : B \to A qui prolonge uu et applique TiT_i sur tit_i pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n.

b) Pour que vv soit surjectif, il faut et il suffit que la suite (u(p1),...,u(pm),t1,...,tn)(u(p_1), ..., u(p_m), t_1, ..., t_n) engendre l’idéal mAm_A de AA, ou encore que les classes de ces éléments modulo mA2m_A^2 engendrent mA/mA2m_A/m_A^2 comme espace vectoriel sur le corps κA\kappa_A.

c) Pour que vv fasse de AA une BB-algèbre finie, il faut et il suffit que la suite (u(p1),...,u(pm),t1,...,tn)(u(p_1), ..., u(p_m), t_1, ..., t_n) engendre un idéal de définition de (la topologie mAm_A-adique de) AA.

Notons nn l’idéal de l’anneau BB engendré par T1,...,TnT_1, ..., T_n. Tout homomorphisme vv de BB dans AA qui prolonge uu et tel que v(Ti)=tiv(T_i) = t_i applique nn dans mAm_A, donc est continu lorsqu’on munit BB de la topologie nn-adique. L’existence et l’unicité de vv résultent alors de A, IV, p. 26, prop. 4.

L’anneau B=C[[T1,...,Tn]]B = C[[T_1, ..., T_n]] est un anneau local noethérien complet (III, § 2, no 10, cor. 6 du th. 2 et no 6, prop. 6), dont l’idéal maximal mBm_B est engendré par p1,...,pm,T1,...,Tnp_1, ..., p_m, T_1, ..., T_n. On a donc v(mB)⊂mAv(m_B) \subset m_A et vv définit un homomorphisme gr(v)(v) de gr⁡(B)=⨁n=0∞mBn/mBn+1\operatorname{gr}(B) = \bigoplus_{n=0}^\infty m_B^n/m_B^{n+1} dans gr⁡(A)=⨁n=0∞mAn/mAn+1\operatorname{gr}(A) = \bigoplus_{n=0}^\infty m_A^n/m_A^{n+1}. Or l’anneau gr⁡(A)\operatorname{gr}(A) est engendré par A/mA=κAA/m_A = \kappa_A et mA/mA2m_A/m_A^2, gr(v)(v) induit un isomorphisme de κB=κC\kappa_B = \kappa_C sur κA\kappa_A, et les classes modulo mB2m_B^2 des éléments p1,...,pm,T1,...,Tnp_1, ..., p_m, T_1, ..., T_n engendrent mB/mB2m_B/m_B^2 comme espace vectoriel sur κB\kappa_B; de plus vv est surjectif si et seulement si gr(v)(v) est surjectif (III, § 2, no 8, cor. 2 du th. 1). Ceci prouve bb.

L’idéal de AA engendré par la suite (u(p1),...,u(pm),t1,...,tn)(u(p_1), ..., u(p_m), t_1, ..., t_n) n’est autre que v(mB)v(m_B) AA. Puisque mAm_A contient v(mB)v(m_B), AA est un anneau de Zariski pour la topologie v(mB)v(m_B) AA-adique. L’anneau A/v(mB)A/v(m_B) AA est artinien si et seulement si sa longueur en tant que AA-module est finie. Mais comme tout module simple sur AA est annulé par mAm_A et que, par hypothèse, A/mAA/m_A et B/mBB/m_B sont isomorphes, cela se produit si et seulement si la dimension sur le corps B/mBB/m_B de l’espace vectoriel A/v(mB)A/v(m_B) AA est finie. Par IV, § 2, no 5, cor. 2 de la prop. 9, on voit donc que v(mB)v(m_B) AA est un idéal de définition de AA si et seulement si la dimension de A/v(mB)A/v(m_B) AA sur B/mBB/m_B est finie. C’est bien le cas si AA est une BB-algèbre finie.

Supposons que v(mB)v(m_B) AA soit un idéal de définition de AA. La topologie mBm_B-adique du BB-module AA coïncide alors avec la topologie mAm_A-adique de l’anneau AA, donc est séparée. Comme A/v(mB)A/v(m_B) AA est un module de type fini sur B/mBB/m_B, AA est un BB-module de type fini (III, § 2, no 3, exemple 3 et no 9, cor. 1 de la prop. 12). Ceci prouve cc.

Lemme 4

Supposons que l’anneau local noethérien C soit régulier, et que (p1,...,pm)(p_1, ..., p_m) soit un système de coordonnées de C (VIII, § 5, no 1, déf. 1).

a) Si la suite (u(p1),...,u(pm),t1,...,tn)(u(p_1), ..., u(p_m), t_1, ..., t_n) est sécante pour A (VIII, § 3, no 2, déf. 1), l’homomorphisme v:B→Av : B \to A est injectif.

b) Pour que v soit injectif et fasse de A une algèbre finie sur B, il faut et il suffit que (u(p1),...,u(pm),t1,...,tn)(u(p_1), ..., u(p_m), t_1, ..., t_n) soit une suite sécante maximale pour A. Alors A est de dimension m+nm + n.

Pour que la suite (u(p1),...,u(pm),t1,...,tn)(u(p_1), ..., u(p_m), t_1, ..., t_n) soit une suite sécante maximale pour A, il faut et il suffit qu’elle engendre un idéal de définition de A, et que A soit de dimension m+nm + n (VIII, § 3, no 2, th. 1). D’après le lemme 3, c), il revient au même de dire que A est une B-algèbre finie, et un anneau de dimension m+nm + n. Or C est un anneau intègre noethérien de dimension mm, donc B=C[[T1,...,Tn]]B = C[[T_1, ..., T_n]] est un anneau intègre noethérien de dimension m+nm + n (VIII, § 3, no 4, cor. 3 de la prop. 8). Si A est une B-algèbre finie, et si aa est le noyau de vv, on a dim⁡(A)=dim⁡(B/a)\dim(A) = \dim(B/a) (VIII, § 2, no 3, th. 1, c)) ; comme B est un anneau intègre de dimension finie, on a dim⁡(B/a)<dim⁡(B)\dim(B/a) < \dim(B) si a≠{0}a \neq \{0\} (VIII, § 1, no 3, prop. 6, e)). Donc, si A est une B-algèbre finie, vv est injectif si et seulement si A est de dimension m+nm + n. Ceci prouve b).

Supposons que la suite (u(p1),...,u(pm),t1,...,tn)(u(p_1), ..., u(p_m), t_1, ..., t_n) d’éléments de mAm_A soit sécante. On peut lui adjoindre (VIII, § 3, no 2, th. 1) des éléments tn+1,...,tn+rt_{n+1}, ..., t_{n+r} de mAm_A pour en faire une suite sécante maximale. D’après ce qui précède, il existe alors un homomorphisme injectif ww de C[[T1,...,Tn,Tn+1,...,Tn+r]]=B[[Tn+1,...,Tn+r]]C[[T_1, ..., T_n, T_{n+1}, ..., T_{n+r}]] = B[[T_{n+1}, ..., T_{n+r}]] qui prolonge vv et applique Tn+jT_{n+j} sur tn+jt_{n+j} pour 1≤j≤r1 \leq j \leq r. Donc vv est injectif. Ceci prouve a).

Théorème 3

Soit A un anneau local, noethérien et complet dont le corps résiduel k soit de caractéristique p. Soit C un p-anneau de longueur infinie, dont le corps résiduel soit isomorphe à k (no 3, prop. 5).

a) Soit m la dimension de l’espace vectoriel mA/(mA2+pA)m_A/(m_A^2 + pA) sur le corps k. Il existe un idéal aa de l’anneau C[[T1,...,Tm]]C[[T_1, ..., T_m]] tel que A soit isomorphe à C[[T1,...,Tm]]/aC[[T_1, ..., T_m]]/a.

b) Soit d la dimension de A. Supposons que p1Ap1_A ne soit pas diviseur de 0 dans A. Alors il existe un sous-anneau A′A' de A isomorphe à C[[T1,...,Td−1]]C[[T_1, ..., T_{d-1}]] et tel que A soit une algèbre finie sur A′A'.

Soit C’ un sous-anneau de Cohen de A (no 2, th. 1). Comme C est de longueur infinie, il existe un homomorphisme de C sur C’ (no 3, prop. 4). Par suite, il existe un homomorphisme local u:C→Au : C \to A. Choisissons des éléments t1,...,tmt_1, ..., t_m de mAm_A dont les classes forment une base de l’espace vectoriel mA/(mA2+pA)m_A/(m_A^2 + pA) sur le corps k. On a u(p1C)=p1Au(p1_C) = p1_A, et le lemme 3, b) prouve l’existence d’un homomorphisme surjectif de C[[T1,...,Tm]]C[[T_1, ..., T_m]] dans A, prolongeant uu et appliquant TiT_i sur tit_i pour 1≤i≤m1 \leq i \leq m. Ceci prouve a).

Supposons que p1Ap1_A ne soit pas diviseur de 0 dans A donc sécant pour A (VIII, § 3, no 2, prop. 3). Il existe alors (VIII, § 3, no 2, th. 1) des éléments t1,...,td−1t_1, ..., t_{d-1} de mAm_A tels que la suite (p1A,t1,...,td−1)(p1_A, t_1, ..., t_{d-1}) soit sécante maximale pour A. L’anneau local noethérien C est régulier, et (p1C)(p1_C) est un système de coordonnées de C. L’assertion b) du th. 3 résulte alors du lemme 4, b).

Exercices

Dans les exercices du § 2, pp est un nombre premier fixé. Si aa est un idéal d’un anneau AA, on note apa^p l’idéal engendré par les éléments apa^p, où aa parcourt aa.

See the exercises for § 2.

Transcribed from the printed volume. Not translated.