§ 2. Anneaux de cohen
Dans tout ce paragraphe, désigne un nombre premier.
1. -anneaux
Définition 1
On dit qu’un anneau est un -anneau si l’idéal de est maximal, et si est séparé et complet pour la topologie -adique.
Soit un anneau ; si est nilpotent et si l’idéal de est maximal, est un -anneau, car la topologie -adique de est discrète. Plus particulièrement, tout corps de caractéristique est un -anneau.
Proposition 1
Soit un -anneau.
a) L’anneau est local, d’idéal maximal .
b) Supposons nilpotent. Soit le plus petit entier positif tel que . Les idéaux de sont de la forme avec et l’on a lorsque et sont deux entiers distincts vérifiant . Le -module est de longueur .
c) Supposons que ne soit pas nilpotent. Alors est un anneau de valuation discrète dont le corps résiduel est de caractéristique , et le corps des fractions de caractéristique . Les idéaux de la forme , avec , sont deux à deux distincts ; ils forment tous les idéaux non nuls de . Le -module n’est pas de longueur finie.
L’assertion a) résulte de la prop. 19 de III, , no 13.
On a par hypothèse. Soit dans ; il existe un entier tel que , ; il existe donc un élément de tel que ; comme n’appartient pas à , est inversible.
Supposons que ne soit pas nilpotent. Si et sont deux éléments non nuls de , il existe deux entiers , et deux éléments inversibles , de tels que , . On a alors , donc est intègre. Comme est un anneau local, mais n’est pas un corps et que l’idéal maximal de est principal, est un anneau de valuation discrète (VI, , no 6, prop. 9). Les idéaux non nuls de sont alors de la forme d’après loc. cit., prop. 8, et sont deux à deux distincts. En particulier, l’anneau n’est pas artinien, donc le -module n’est pas de longueur finie. Le corps résiduel de est de caractéristique . Soit la caractéristique du corps des fractions de . On a , d’où . Par ailleurs, si était non nulle, on aurait donc serait de caractéristique , ce qui est absurde. Ceci prouve c).
Supposons que soit nilpotent. Soit le plus petit entier positif tel que . On a une suite d’idéaux
(E)
Si est un entier tel que et , on en déduit
contrairement à l’hypothèse . Donc les éléments de la suite (E) sont deux à deux distincts. Soit un idéal de et soit le plus petit entier positif tel que . Soit un élément non nul de ; on a vu que est de la forme avec et inversible dans . On a donc , d’où , et finalement . En conclusion, on a . La suite (E) est alors une suite de Jordan-Hölder du -module , qui est de longueur .
Corollaire 1
Si le -anneau est intègre, c’est un anneau de valuation discrète, ou un corps de caractéristique .
Supposons intègre. Si est nilpotent, on a , et est un idéal maximal de , donc est un corps de caractéristique . Si n’est pas nilpotent, alors est un anneau de valuation discrète d’après la prop. 1, c).
Corollaire 2
Soient un -anneau et un idéal de distinct de . L’anneau est un -anneau.
On peut supposer . Il existe alors un entier tel que ; l’idéal de est maximal et l’on a , donc est un -anneau.
Soit un -anneau. On appelle longueur de , et l’on note , la borne supérieure dans de l’ensemble des entiers tels que . Lorsque est finie, c’est la longueur du -module , et lorsque est égale à , le -module n’est pas de longueur finie (prop. 1).
Exemple 1
Pour tout entier , l’anneau est un -anneau de longueur . L’anneau des entiers -adiques est un -anneau de longueur infinie.
Exemple 2
Soit un corps parfait de caractéristique . D’après la prop. 8 du § 1, no 8, l’anneau des vecteurs de Witt est un -anneau de longueur infinie. L’application induit par passage au quotient un isomorphisme de sur le corps (loc. cit., prop. 7). Pour tout entier , l’anneau
Proposition 2
Soient et deux -anneaux et un homomorphisme de dans . Soit l’homomorphisme de dans déduit de par passage aux quotients.
a) On a et est injectif si et seulement si l’on a .
b) Pour que soit surjectif, il faut et il suffit que soit un isomorphisme.
c) Pour que soit un isomorphisme, il faut et il suffit que soit un isomorphisme et qu’on ait .
Soit un entier. On a , donc la relation entraîne et lui est équivalente si est injectif. On a donc avec égalité si est injectif. Si n’est pas injectif, il existe un entier tel que le noyau de soit l’idéal de ; on a alors , d’où . Ceci prouve a).
Comme et sont des corps, l’homomorphisme est injectif. Si est surjectif, il en est de même de qui est donc un isomorphisme. Réciproquement, supposons surjectif. Alors pour tout entier , l’application déduite de est surjective. Comme est complet pour la filtration -adique et séparé pour la filtration -adique, est surjectif d’après le cor. 2 du th. 1 de III, § 2, no 8. Ceci prouve b).
Enfin, c) résulte de a) et b).
Proposition 3
Soit un système projectif d’anneaux relatif à l’ensemble d’indices . On suppose que est un -anneau pour tout et que les homomorphismes sont surjectifs. Alors est un -anneau, et pour tout , l’homomorphisme canonique est surjectif et induit un isomorphisme de sur .
Comme les applications sont surjectives, il en est de même des applications (E, III, p. 58, prop. 5). Montrons que est un -anneau. Soit la longueur de . D’après la prop. 2, a), la suite des éléments de est croissante ; si elle est stationnaire, il existe un entier tel que soit un isomorphisme de sur lorsque , de sorte que , isomorphe à , est un -anneau.
Il suffit donc de considérer le cas où chaque est fini, et où la suite tend vers . Munissons l’anneau de la filtration triviale (III, § 2, no 1, exemple 5). Pour , soit le noyau de ; posons si . Notons le -module muni de la filtration . Il est séparé et complet, car la topologie définie par la filtration est la topologie limite projective des topologies discrètes sur les .
Soit k un entier . On a (E, III, p. 55, formule (9)). Réciproquement, si et si on pose , la suite est une suite décroissante de parties affines fermées non vides de E. Comme est un C-module artinien, l’intersection des est non vide (III, § 2, no 7, prop. 7); pour tout , on a . Nous avons donc prouvé qu’on a pour tout entier . En particulier l’idéal de C est fermé pour la topologie . Sur C, la topologie -adique est plus fine que la topologie car on a . Il résulte alors de TG, III, p. 26, cor. 1 à la prop. 10, que C est séparé et complet pour la topologie -adique. En outre on a et donc l’homomorphisme surjectif de dans déduit de est un isomorphisme. Ceci montre que l’idéal de C est maximal et par suite que C est un -anneau. La dernière assertion de la prop. 3 résulte de la prop. 2, b).
2. Anneaux de Cohen
Définition 2
Soit A un anneau local séparé et complet, dont le corps résiduel est de caractéristique p. On appelle sous-anneau de Cohen de A un sous-anneau C de A qui est un -anneau tel que (i.e. ).
Si C est un sous-anneau de Cohen de A, l’idéal de C est maximal, donc égal à . L’application canonique de sur est donc un isomorphisme de corps.
Exemple
Soit C un -anneau. L’anneau de séries formelles est un anneau noethérien, local, séparé et complet, dont l’idéal maximal est engendré par la suite . Il est immédiat que C est un sous-anneau de Cohen de A. Ceci s’applique en particulier lorsque C est égal à , à ou à un corps de caractéristique .
Théorème 1
Soit A un anneau local, séparé et complet, dont le corps résiduel k est de caractéristique p. Soit l’application canonique de A sur k, et soit S une partie de A, telle que induise une bijection de S sur une p-base de k (A, V, p. 95). a) Il existe un sous-anneau de Cohen C de A contenant S, et un seul. b) Le sous-anneau C de A est fermé, et la topologie -adique de C est induite par la topologie -adique de A. c) Tout sous-anneau fermé de A, contenant S, et tel que , contient C.
A) Cas particulier : nilpotent
Soit n un entier positif tel que . Si est le n-ième polynôme de Witt (, no 1), l’application est un homomorphisme d’anneaux de dans A (, no 7). Soit l’image de et soit le sous-anneau de A engendré par .
Lemme 1
Soit un sous-anneau de contenant . Pour que contienne , il faut et il suffit qu’on ait .
On a et se compose des éléments de la forme avec dans . Par suite, on a , d’où . Mais comme est une -base de , on a (A, V, p. 96), d’où , c’est-à-dire .
Soit un sous-anneau de contenant . Si contient , on a
Dans l’ensemble des sous-anneaux de contenant et tels que , il existe d’après le lemme 1 un plus petit élément , et l’on a pour tout entier tel que .
On a par construction et est nilpotent. On a évidemment et le lemme 2 qui suit montre donc que est un idéal maximal de et par suite que est un sous-anneau de Cohen de .
Lemme 2
On a .
Choisissons un entier tel que , d’où . Soit la partie de formée des familles à support fini d’entiers satisfaisant à pour tout . Comme contient pour tout , les monômes , où parcourt , engendrent comme -module.
De plus, d’après la formule
On a pour assez grand et l’assertion b) est donc triviale. L’assertion c) résulte du lemme 1. Si est un sous-anneau de Cohen de contenant , on a d’après le lemme 1. Mais comme l’inclusion de dans induit un isomorphisme de sur , on a (no 1, prop. 2, b)), et ceci achève de prouver a).
B) Cas général
Pour tout entier , notons l’anneau local , son idéal maximal et l’homomorphisme canonique de sur . D’après A), il existe un unique sous-anneau de Cohen de contenant . Lorsque , on note l’homomorphisme canonique de sur . D’après le cor. 2 de la prop. 1 du no 1, est un -anneau ; on a , donc est égal au sous-anneau de Cohen de . D’après la prop. 3 du no 1, le sous-anneau de est un -anneau. Posons . Comme est l’image réciproque de par l’isomorphisme de sur , c’est un sous-anneau fermé de , et un -anneau. On a pour tout (no 1, prop. 3), et en particulier , c’est-à-dire . Donc est un sous-anneau de Cohen de .
Pour tout entier , posons . Comme l’anneau local est séparé, on a , et vu la structure des idéaux d’un -anneau (no 1, prop. 1), tout idéal de de la forme contient l’un des . Réciproquement, contient . Par suite, la topologie -adique de est induite par la topologie -adique de . Ceci prouve b).
Soit un sous-anneau fermé de , contenant et tel que . Comme est fermé, on a . On a et , d’où d’après ce qu’on a vu en A). Finalement, on a d’où . Ceci prouve c). On en déduit l’unicité d’un sous-anneau de Cohen comme en A).
Remarque
Supposons que ne soit pas nilpotent (ceci a lieu en particulier lorsque est un anneau intègre dont le corps des fractions est de caractéristique 0). Alors est un anneau de valuation discrète dont le corps des fractions est de caractéristique 0.
3. Existence et unicité des -anneaux
Proposition 4
Soient et deux -anneaux tels que , (resp. ) l’homomorphisme canonique de (resp. ) sur (resp. ). Soit (resp. ) une famille d’éléments de (resp. ) dont l’image par (resp. ) soit une -base de (resp. ). Soit un isomorphisme de sur tel que pour tout . Il existe alors un unique homomorphisme de dans , tel que et pour tout . Il est surjectif. Si , c’est un isomorphisme.
Prouvons l’existence de . Soit le sous-anneau de formé des couples tels que . L’application est un homomorphisme surjectif d’anneaux de A sur . Son noyau , égal à est donc un idéal maximal de A. Le sous-espace topologique A de est fermé dans , donc complet, et la topologie induite sur A par celle de est la topologie -adique. Par suite A est un anneau local séparé et complet d’idéal maximal (III, § 2, no 13, prop. 19). Pour tout , on a par hypothèse ; si est la classe de modulo , la famille est une -base du corps . D’après le th. 1 du no 2, il existe un sous-anneau de Cohen de A, et un seul, contenant pour tout . On a . La restriction à de la projection de sur C est un homomorphisme qui induit un isomorphisme de sur . D’après la prop. 2, c) du no 2, est un isomorphisme de sur C. On voit de même que la restriction à de la projection de sur est un homomorphisme surjectif de dans . Par suite, est le graphe d’un homomorphisme surjectif de C sur , et l’on a évidemment , pour tout . En outre, si , est un isomorphisme.
Prouvons l’unicité de . Soit un homomorphisme de C dans tel que et pour tout , et soit le graphe de . Il est immédiat que est un sous-anneau de Cohen de A, contenant pour tout , d’où (th. 1 du no 2) et finalement .
Proposition 5
Soit k un corps de caractéristique p, et soit n un entier , ou . Il existe un p-anneau de longueur n dont le corps résiduel est isomorphe à k.
L’anneau des vecteurs de Witt à coefficients dans k est un anneau local intègre séparé et complet, dont le corps résiduel est isomorphe à k (, no 8, prop. 8), et on a (loc. cit., formule (52)). Soit C un sous-anneau de Cohen de (no 2, th. 1). Alors C est un p-anneau de longueur dont le corps résiduel est isomorphe à k, et, si n est un entier , le quotient est un p-anneau de longueur n dont le corps résiduel est isomorphe à k.
Remarque 1
Soient n un entier et S une p-base de k. On peut montrer que le sous-anneau de engendré par et par les éléments (), est un p-anneau de longueur n dont le corps résiduel est isomorphe à k (cf. p. 72, exerc. 10).
Remarque 2
Le lecteur trouvera en Appendice une démonstration de la prop. 5 qui n’utilise ni les résultats du , ni le théorème d’existence de sous-anneaux de Cohen (no 2, th. 1).
Corollaire
Soit C un p-anneau de longueur finie n. Il existe un p-anneau de longueur infinie tel que C soit isomorphe à .
D’après la prop. 5, il existe un p-anneau de longueur infinie tel que soit isomorphe à . Alors est un p-anneau de longueur n, et le corps est isomorphe à , donc à . D’après la prop. 4, les anneaux C et sont donc isomorphes.
4. Représentants multiplicatifs
Proposition 6
Soit C un p-anneau, dont le corps résiduel k soit parfait. Supposons C de longueur finie n (resp. infinie). Il existe un unique isomorphisme (resp. ) qui induise par passage aux quotients l’application identique de k.
Comme (resp. ) est un p-anneau de corps résiduel k, et de longueur n (resp. de longueur infinie) (n° 1, exemple 2), et que est une p-base du corps parfait k, la prop. 6 est un cas particulier de la prop. 4 du n° 3.
Théorème 2
Soient A un anneau local séparé et complet, k son corps résiduel et l’homomorphisme canonique de A sur k. On suppose que k est un corps parfait de caractéristique p.
a) Il existe un unique homomorphisme d’anneaux tel que pour dans W(k).
b) L’homomorphisme u est continu lorsqu’on munit W(k) de la topologie -adique, et l’image de u est l’unique sous-anneau de Cohen de A.
D’après le th. 1 du n° 2, il existe un unique sous-anneau de Cohen de A ; notons-le C. Soit u un homomorphisme de W(k) dans A tel que pour tout dans W(k) ; il est immédiat que l’image de u est un sous-anneau de Cohen de A, donc égal à C. L’existence et l’unicité de u résultent alors de la prop. 6. La topologie -adique de C est induite par la topologie -adique de A (n° 2, th. 1, b)), d’où la continuité de u.
Pour une construction directe de u, voir p. 70, exerc. 6.
Proposition 7
Conservons les hypothèses et notations du th. 2. Il existe une unique partie multiplicative S de A telle que induise une bijection de S sur k. Pour qu’un élément a de A appartienne à S, il faut et il suffit que pour tout , il existe un élément de A tel que . L’ensemble S est l’ensemble des éléments de la forme .
Prouvons tout d’abord l’unicité de S. Soit S une partie multiplicative de A, telle que induise une bijection de S sur k. Soit T l’ensemble des éléments de A qui sont des puissances -ièmes pour tout .
a) On a : Soient et ; comme le corps k est parfait, il existe un élément de k tel que ; comme on a , il existe un élément de S tel que . On a alors d’où puisque la restriction de à S est injective.
b) La restriction de à T est injective : soient a et b deux éléments de T tels que . Soit ; il existe deux éléments et de A tels que . On a alors , d’où , c’est-à-dire mod. . D’après le lemme 1 du § 1, n° 1, on a mod. c’est-à-dire mod. . Comme n est arbitraire, on a .
Les propriétés a) et b) ci-dessus, jointes à la formule , entraînent la relation , d’où l’unicité.
Prouvons maintenant l’existence de S. Avec les notations du th. 2, posons , c’est-à-dire (§ 1, n° 6)
(2)
(3)
Il est clair que l’application est l’application identique de . Donc l’image S de satisfait aux conditions de la prop. 7.
Les éléments de S sont souvent appelés les représentants multiplicatifs (ou de Teichmüller) de A.
Remarque 1
Conservons les hypothèses et notations précédentes. On a
Remarque 2
Soient A un anneau local séparé et complet, son corps résiduel et l’homomorphisme canonique de A sur . On peut montrer qu’il existe une partie multiplicative S de A (non unique en général) telle que induise une bijection de S sur (cf. p. 72, exerc. 11).
Exemple 1
Soit un corps parfait de caractéristique . Les représentants multiplicatifs de l’anneau sont les vecteurs de Witt pour .
Exemple 2
Soit A un anneau local intègre, séparé et complet. On suppose que le corps résiduel de A est fini, à éléments, donc parfait de caractéristique . On a pour tout , d’où pour tout représentant multiplicatif s. Il en résulte que l’ensemble des représentants multiplicatifs se compose de 0 et des racines -ièmes de l’unité dans le corps des fractions de A. Si le corps des fractions de A est localement compact, l’existence des représentants multiplicatifs découle aussi de VI, § 9, n° 2, prop. 3 (cf. aussi VI, § 9, exerc. 5).
Exemple 3
Plus particulièrement, considérons le cas . Alors les représentants multiplicatifs sont 0 et les racines -ièmes de l’unité dans le corps des fractions de .
5. Structure des anneaux locaux noethériens complets
Soient et des anneaux locaux noethériens complets et soit un homomorphisme local de dans , induisant par passage aux quotients un isomorphisme de sur . Soit une suite engendrant l’idéal de , et soient des éléments de . Posons .
Lemme 3
a) Il existe un unique homomorphisme qui prolonge et applique sur pour .
b) Pour que soit surjectif, il faut et il suffit que la suite engendre l’idéal de , ou encore que les classes de ces éléments modulo engendrent comme espace vectoriel sur le corps .
c) Pour que fasse de une -algèbre finie, il faut et il suffit que la suite engendre un idéal de définition de (la topologie -adique de) .
Notons l’idéal de l’anneau engendré par . Tout homomorphisme de dans qui prolonge et tel que applique dans , donc est continu lorsqu’on munit de la topologie -adique. L’existence et l’unicité de résultent alors de A, IV, p. 26, prop. 4.
L’anneau est un anneau local noethérien complet (III, § 2, no 10, cor. 6 du th. 2 et no 6, prop. 6), dont l’idéal maximal est engendré par . On a donc et définit un homomorphisme gr de dans . Or l’anneau est engendré par et , gr induit un isomorphisme de sur , et les classes modulo des éléments engendrent comme espace vectoriel sur ; de plus est surjectif si et seulement si gr est surjectif (III, § 2, no 8, cor. 2 du th. 1). Ceci prouve .
L’idéal de engendré par la suite n’est autre que . Puisque contient , est un anneau de Zariski pour la topologie -adique. L’anneau est artinien si et seulement si sa longueur en tant que -module est finie. Mais comme tout module simple sur est annulé par et que, par hypothèse, et sont isomorphes, cela se produit si et seulement si la dimension sur le corps de l’espace vectoriel est finie. Par IV, § 2, no 5, cor. 2 de la prop. 9, on voit donc que est un idéal de définition de si et seulement si la dimension de sur est finie. C’est bien le cas si est une -algèbre finie.
Supposons que soit un idéal de définition de . La topologie -adique du -module coïncide alors avec la topologie -adique de l’anneau , donc est séparée. Comme est un module de type fini sur , est un -module de type fini (III, § 2, no 3, exemple 3 et no 9, cor. 1 de la prop. 12). Ceci prouve .
Lemme 4
Supposons que l’anneau local noethérien C soit régulier, et que soit un système de coordonnées de C (VIII, § 5, no 1, déf. 1).
a) Si la suite est sécante pour A (VIII, § 3, no 2, déf. 1), l’homomorphisme est injectif.
b) Pour que v soit injectif et fasse de A une algèbre finie sur B, il faut et il suffit que soit une suite sécante maximale pour A. Alors A est de dimension .
Pour que la suite soit une suite sécante maximale pour A, il faut et il suffit qu’elle engendre un idéal de définition de A, et que A soit de dimension (VIII, § 3, no 2, th. 1). D’après le lemme 3, c), il revient au même de dire que A est une B-algèbre finie, et un anneau de dimension . Or C est un anneau intègre noethérien de dimension , donc est un anneau intègre noethérien de dimension (VIII, § 3, no 4, cor. 3 de la prop. 8). Si A est une B-algèbre finie, et si est le noyau de , on a (VIII, § 2, no 3, th. 1, c)) ; comme B est un anneau intègre de dimension finie, on a si (VIII, § 1, no 3, prop. 6, e)). Donc, si A est une B-algèbre finie, est injectif si et seulement si A est de dimension . Ceci prouve b).
Supposons que la suite d’éléments de soit sécante. On peut lui adjoindre (VIII, § 3, no 2, th. 1) des éléments de pour en faire une suite sécante maximale. D’après ce qui précède, il existe alors un homomorphisme injectif de qui prolonge et applique sur pour . Donc est injectif. Ceci prouve a).
Théorème 3
Soit A un anneau local, noethérien et complet dont le corps résiduel k soit de caractéristique p. Soit C un p-anneau de longueur infinie, dont le corps résiduel soit isomorphe à k (no 3, prop. 5).
a) Soit m la dimension de l’espace vectoriel sur le corps k. Il existe un idéal de l’anneau tel que A soit isomorphe à .
b) Soit d la dimension de A. Supposons que ne soit pas diviseur de 0 dans A. Alors il existe un sous-anneau de A isomorphe à et tel que A soit une algèbre finie sur .
Soit C’ un sous-anneau de Cohen de A (no 2, th. 1). Comme C est de longueur infinie, il existe un homomorphisme de C sur C’ (no 3, prop. 4). Par suite, il existe un homomorphisme local . Choisissons des éléments de dont les classes forment une base de l’espace vectoriel sur le corps k. On a , et le lemme 3, b) prouve l’existence d’un homomorphisme surjectif de dans A, prolongeant et appliquant sur pour . Ceci prouve a).
Supposons que ne soit pas diviseur de 0 dans A donc sécant pour A (VIII, § 3, no 2, prop. 3). Il existe alors (VIII, § 3, no 2, th. 1) des éléments de tels que la suite soit sécante maximale pour A. L’anneau local noethérien C est régulier, et est un système de coordonnées de C. L’assertion b) du th. 3 résulte alors du lemme 4, b).
Exercices
Dans les exercices du § 2, est un nombre premier fixé. Si est un idéal d’un anneau , on note l’idéal engendré par les éléments , où parcourt .
See the exercises for § 2.