Bourbaki

§ 6. Relations d’équivalence

En principe, nous cesserons désormais d’utiliser des lettres italiques grasses pour désigner des assemblages indéterminés; le contexte permettra au lecteur de discerner sans peine les assertions qui s’appliquent à des lettres ou des relations indéterminées.

1. Définition d’une relation d’équivalence

Soit R{x,y}R \{ x, y \} une relation, xx et yy étant des lettres distinctes. On dit que la relation RR est symétrique (par rapport aux lettres xx et yy) si l’on a R{x,y}⇒R{y,x}R \{ x, y \} \Rightarrow R \{ y, x \}. S’il en est ainsi, en substituant à xx et yy deux lettres x′,y′x', y', distinctes entre elles et distinctes de toutes les lettres figurant dans RR, puis en substituant yy et xx à x′x' et y′y' respectivement, on voit que l’on a R{y,x′}⇒R{x,y′}R \{ y, x' \} \Rightarrow R \{ x, y' \}; donc R{x,y}R \{ x, y \} et R{y,x}R \{ y, x \} sont équivalentes.

Soit zz une lettre ne figurant pas dans RR. On dit que la relation RR est transitive (par rapport aux lettres xx et yy) si l’on a (R{x,y} et R{y,z})⇒R{x,z}(R \{ x, y \} \text{ et } R \{ y, z \}) \Rightarrow R \{ x, z \}.

Exemple 03IX

La relation x=yx = y est symétrique et transitive. La relation X⊂YX \subset Y est transitive, mais non symétrique. La relation X∩Y=∅X \cap Y = \varnothing est symétrique, mais non transitive.

Si R{x,y}R\{x, y\} est à la fois symétrique et transitive, on dit que R{x,y}R\{x, y\} est une relation d'équivalence (par rapport aux lettres xx et yy). Dans ce cas, la notation x≡yx \equiv y (mod RR) est parfois employée comme synonyme de R{x,y}R\{x, y\}; elle se lit « x est équivalent à y modulo R (ou suivant R) ». Si RR est une relation d'équivalence, on a

R{x,y}⇒(R{x,x} et R{y,y}), R\{x, y\} \Rightarrow (R\{x, x\} \text{ et } R\{y, y\}),
car R{x,y}R\{x, y\} entraîne R{y,x}R\{y, x\}, et (R{x,y} et R{y,x})(R\{x, y\} \text{ et } R\{y, x\}) entraîne (R{x,x} et R{y,y})(R\{x, x\} \text{ et } R\{y, y\}), en vertu des définitions.

Soient R{x,y}R\{x, y\} une relation, EE un terme. On dit que la relation RR est réflexive dans EE (par rapport aux lettres xx et yy ne figurant pas dans EE) si la relation R{x,x}R\{x, x\} est équivalente à x∈Ex \in E. S'il n'y a pas de confusion possible sur EE, on dit simplement, par abus de langage, que RR est réflexive.

On appelle relation d'équivalence dans EE une relation d'équivalence réflexive dans EE. Si R{x,y}R\{x, y\} est une relation d'équivalence dans EE, on a

R{x,y}⇒((x,y)∈E×E), R\{x, y\} \Rightarrow ((x, y) \in E \times E),
donc RR admet un graphe (par rapport aux lettres xx et yy). Réciproquement, supposons que la relation d'équivalence R{x,y}R\{x, y\} admette un graphe GG; remarquons que la relation R{x,x}R\{x, x\} est équivalente à la relation (∃y)R{x,y}(\exists y)R\{x, y\}; en effet, elle entraîne cette dernière (I, p. 33, schéma S5), et d'autre part, comme R{x,y}R\{x, y\} entraîne R{x,x}R\{x, x\}, (∃y)R{x,y}(\exists y)R\{x, y\} entraîne (∃y)R{x,x}(\exists y)R\{x, x\}, donc aussi R{x,x}R\{x, x\}. On voit donc que R{x,x}R\{x, x\} est équivalente à x∈pr1Gx \in \mathrm{pr}_1 G, de sorte que RR est une relation d'équivalence dans pr1G\mathrm{pr}_1 G.

On appelle équivalence dans un ensemble EE une correspondance admettant EE pour ensemble d'arrivée et pour ensemble de départ, et dont le graphe FF est tel que la relation (x,y)∈F(x, y) \in F soit une relation d'équivalence dans EE.

Exemples* 1) La relation x=yx = y est une relation d'équivalence qui n'admet pas de graphe, car la première projection de ce graphe serait l'ensemble de tous les objets. 2) La relation « x=yx = y et x∈Ex \in E » est une relation d'équivalence dans EE dont le graphe est la diagonale de E×EE \times E. 3) La relation « il existe une bijection de XX sur YY » est une relation d'équivalence qui n'admet pas de graphe (cf. III, p. 30). 4) La relation « x∈Ex \in E et y∈Ey \in E » est un relation d'équivalence dans EE dont le graphe est E×EE \times E. 5) Supposons A⊂EA \subset E. La relation

(x∈E−A et y=x) ou (x∈A et y∈A) (x \in E - A \text{ et } y = x) \text{ ou } (x \in A \text{ et } y \in A)
est une relation d'équivalence dans EE.

6) \* La relation « x∈Zx \in \mathbf{Z} et y∈Zy \in \mathbf{Z} et x−yx - y est divisible par 4 » est une relation d'équivalence dans Z\mathbf{Z}.

Proposition 1 03QH

Pour qu'une correspondance Γ\Gamma entre XX et XX soit une équivalence dans XX, il faut et il suffit que les conditions suivantes soient vérifiées : a) XX est l'ensemble de définition de Γ\Gamma; b) on a Γ=Γ‾−1\Gamma = \overline{\Gamma}^{-1}; c) on a Γ′∘Γ=Γ\Gamma' \circ \Gamma = \Gamma.

Cité par 1

Cité par § 6. Relations d’équivalence

Soient Γ\Gamma une correspondance entre XX et XX, et GG son graphe. Si Γ\Gamma est une équivalence dans XX, on a (x,x)∈G(x, x) \in G pour tout x∈Xx \in X, donc XX est l'ensemble de définition de Γ\Gamma. La relation (x,y)∈G(x, y) \in G est équivalente à (y,x)∈G(y, x) \in G, donc à (x,y)∈G‾−1(x, y) \in \overline{G}^{-1}, de sorte que G=G‾−1G = \overline{G}^{-1}, donc Γ′=Γ‾−1\Gamma' = \overline{\Gamma}^{-1}. Les relations (x,y)∈G(x, y) \in G et (y,z)∈G(y, z) \in G entraînent (x,z)∈G(x, z) \in G, ce qui montre que G∘G⊂GG \circ G \subset G; par ailleurs, la relation (x,y)∈G(x, y) \in G entraîne (x,x)∈G(x, x) \in G, donc (x,y)∈G∘G(x, y) \in G \circ G de sorte que G⊂G∘GG \subset G \circ G; on a donc G=G∘GG = G \circ G, et par suite Γ=Γ∘Γ\Gamma = \Gamma \circ \Gamma.

Réciproquement, supposons les conditions a), b), c)a),\ b),\ c) vérifiées. La relation (x,y)∈G(x, y) \in G est symétrique en vertu de b)b) en transitive en vertu de c)c); c'est donc une relation d'équivalence, et il résulte de a)a) que c'est une relation d'équivalence dans XX.

2. Classes d'équivalence; ensemble quotient

Soient ff une fonction, EE son ensemble de définition, FF son graphe. La relation « x∈Ex \in E et y∈Ey \in E et f(x)=f(y)f(x) = f(y) » est une relation d'équivalence dans EE; nous dirons que cette relation est la relation d'équivalence associée à ff. Elle est équivalente à la relation (∃z)((x,z)∈F et (y,z)∈F)(\exists z)((x, z) \in F \text{ et } (y, z) \in F), c'est-à-dire à

(∃z)((x,z)∈F et (z,y)∈F‾−1); (\exists z)((x, z) \in F \text{ et } (z, y) \in \overline{F}^{-1});
son graphe est donc F‾−1∘F\overline{F}^{-1} \circ F.

Nous allons maintenant montrer que toute relation d'équivalence RR dans un ensemble EE est du type précédent. Soit en effet GG le graphe de RR. Pour tout x∈Ex \in E, l'ensemble (non vide) G(x)⊂EG(x) \subset E s'appelle la classe d'équivalence de xx suivant RR: c'est donc l'ensemble des y∈Ey \in E tels que R{x,y}R \{ x, y \}; tout ensemble qui peut se mettre sous la forme G(x)G(x) pour un x∈Ex \in E est appelé une classe d'équivalence (suivant RR). Un élément d'une classe d'équivalence est encore appelé un représentant de cette classe. L'ensemble des classes d'équivalence suivant RR (c'est-à-dire l'ensemble des objets de la forme G(x)G(x), pour x∈Ex \in E) s'appelle l'ensemble quotient de EE par RR et se désigne par E/RE/R; l'application x↦G(x)x \mapsto G(x) (x∈Ex \in E) dont l'ensemble de définition est EE et l'ensemble d'arrivée E/RE/R, s'appelle l'application canonique de EE sur E/RE/R. On a alors le critère suivant:

C55. Soient RR une relation d'équivalence dans un ensemble EE, et pp l'application canonique de EE sur E/RE/R. On a

R{x,y}⇔(p(x)=p(y)). R \{ x, y \} \Leftrightarrow (p(x) = p(y)).

En effet (avec les notations précédentes), soient xx et yy des éléments de EE tels que (x,y)∈G(x, y) \in G. On a d’abord x∈Ex \in E et y∈Ey \in E; montrons que G(x)=G(y)G(x) = G(y). Puisque y∈G(x)y \in G(x), on a (II, p. 41, prop. 1) G(y)⊂(G∘G)(x)=G(x)G(y) \subset (G \circ G)(x) = G(x). Par ailleurs, on a aussi (y,x)∈G(y, x) \in G, d’où G(x)⊂G(y)G(x) \subset G(y) et par suite G(x)=G(y)G(x) = G(y), c’est-à-dire p(x)=p(y)p(x) = p(y). Réciproquement, si G(x)=G(y)G(x) = G(y), on a y∈G(y)=G(x)y \in G(y) = G(x), d’où (x,y)∈G(x, y) \in G, ce qui démontre le critère.

Une section associée à l’application canonique pp de EE sur E/RE/R (II, p. 18, déf. 11) s’appelle plus brièvement une section de EE (pour la relation RR).

Exemples

1) Soit RR la relation d’équivalence « x∈Ex \in E et y∈Ey \in E et x=yx = y » dans un ensemble EE; la classe d’équivalence de x∈Ex \in E est alors l’ensemble {x}\{x\}, et l’application canonique x↦{x}x \mapsto \{x\} de EE sur E/RE/R est bijective.

2) Soient EE et FF deux ensembles tels que F≠∅F \neq \varnothing, et RR la relation d’équivalence dans E×FE \times F associée à l’application pr1\mathrm{pr}_1 de E×FE \times F sur EE. Les classes d’équivalence pour RR sont les ensembles de la forme {x}×F\{x\} \times F, où x∈Ex \in E; l’application x↦{x}×Fx \mapsto \{x\} \times F est une bijection de EE sur (E×F)/R(E \times F)/R.

Soit RR une relation d’équivalence dans un ensemble EE. L’ensemble quotient E/RE/R est une partie de P(E)\mathfrak{P}(E), et l’application identique de E/RE/R est une partition de EE (II, p. 29); en effet, si GG est le graphe de RR, et si deux classes d’équivalences G(x)G(x) et G(y)G(y) ont un élément commun zz, on a R{x,z}R\{x, z\} et R{z,y}R\{z, y\}, donc R{x,y}R\{x, y\}, et par suite G(x)=G(y)G(x) = G(y). En outre la relation

(∃X)(X∈E/R et x∈X et y∈X) (\exists X)(X \in E/R \text{ et } x \in X \text{ et } y \in X)

est équivalente à R{x,y}R\{x, y\}.

Réciproquement, soit (Xt)t∈I(X_t)_{t \in I} une partition d’un ensemble EE en ensembles non vides; on vérifie aussitôt que la relation (∃t)(t∈I et x∈Xt et y∈Xt)(\exists t)(t \in I \text{ et } x \in X_t \text{ et } y \in X_t) est une relation d’équivalence RR dans EE; les classes d’équivalence suivant RR ne sont autres que les ensembles XtX_t de la partition, et l’application t↦Xtt \mapsto X_t est une bijection de II sur E/RE/R. Toute partie SS de EE telle que, pour tout t∈It \in I, l’ensemble S∩XtS \cap X_t soit réduit à un élément, s’appelle un système de représentants des classes d’équivalence suivant RR. On désigne aussi sous ce nom toute injection d’un ensemble KK dans EE, telle que l’image de KK par cette injection soit un système de représentants des classes d’équivalence suivant RR; il en est ainsi, en particulier, de toute section de EE pour la relation RR.

3. Relations compatibles avec une relation d’équivalence

Soient R{x,x′}R\{x, x'\} une relation d’équivalence, et P{x}P\{x\} une relation. On dit que P{x}P\{x\} est compatible avec la relation d’équivalence R{x,x′}R\{x, x'\} (par rapport à xx) si, yy désignant une lettre qui ne figure ni dans PP, ni dans RR, on a

(P{x} et R{x,y})⇒P{y}. (P\{x\} \text{ et } R\{x, y\}) \Rightarrow P\{y\}.

Par exemple, il résulte de C43 (I, p. 39) que n’importe quelle relation P

xx
est compatible avec la relation d’équivalence x=x′x = x'.

C56. Soient R

x,x′x, x'
une relation d’équivalence dans un ensemble E, P
xx
une relation où ne figure pas la lettre x′x', compatible (par rapport à x) avec la relation d’équivalence R
x,x′x, x'
; alors, si t ne figure pas dans P
xx
, la relation « t∈E/Rt \in E/R et (∃x)(x∈t et P[x])(\exists x)(x \in t \text{ et } P[x]) » est équivalente à la relation « t∈E/Rt \in E/R et (∀x)((x∈t)⇒P[x])(\forall x)((x \in t) \Rightarrow P[x]) ».

En effet, soit t∈E/Rt \in E/R. S’il existe un a∈ta \in t tel que P

aa
, alors, pour tout x∈tx \in t, on a R
a,xa, x
, donc P
xx
. Donc (∃x)(x∈t et P[x])(\exists x)(x \in t \text{ et } P[x]) entraîne (∀x)((x∈t)⇒P[x])(\forall x)((x \in t) \Rightarrow P[x]). La réciproque est évidente, puisque t∈E/Rt \in E/R implique t≠∅t \neq \varnothing.

On dit que la relation

t∈E/R et (∃x)(x∈t et P[x]) t \in E/R \text{ et } (\exists x)(x \in t \text{ et } P[x])

est la relation déduite de P

xx
par passage au quotient (par rapport à x) pour la relation R. Si on désigne cette relation par P
tt
, et si f est l’application canonique de E sur E/R, la relation (y∈E et P[f(y)])(y \in E \text{ et } P[f(y)]) (où y ne figure pas dans P
xx
) est équivalente à (y∈E et P[y])(y \in E \text{ et } P[y]) comme on le vérifie aussitôt.

4. Parties saturées

Soient R

x,yx, y
une relation d’équivalence dans un ensemble E, et A une partie de E. On dit que A est saturée pour R si la relation x∈Ax \in A est compatible (par rapport à x) avec R
x,yx, y
; il revient au même de dire que, pour tout x∈Ax \in A, la classe d’équivalence de x est contenue dans A. En d’autres termes, pour qu’un ensemble soit saturé pour R, il faut et il suffit qu’il soit réunion d’un ensemble de classes d’équivalence suivant R.

Soit f l’application canonique de E sur E/R; si A est saturé pour R, la classe d’équivalence de tout élément x∈Ax \in A, qui n’est autre que f−1⟨{f(x)}⟩f^{-1}\langle\{f(x)\}\rangle, est contenue dans A, donc on a f−1⟨f⟨A⟩⟩⊂Af^{-1}\langle f\langle A\rangle \rangle \subset A; comme par ailleurs A⊂f−1⟨f⟨A⟩⟩A \subset f^{-1}\langle f\langle A\rangle \rangle, on a A=f−1⟨f⟨A⟩⟩A = f^{-1}\langle f\langle A\rangle \rangle. Réciproquement, si A=f−1⟨f⟨A⟩⟩A = f^{-1}\langle f\langle A\rangle \rangle, alors pour tout x∈Ax \in A la classe d’équivalence K = f(x)f(x) de x pour R est un élément de f⟨A⟩f\langle A\rangle, et comme K=f−1⟨{K}⟩K = f^{-1}\langle\{K\}\rangle, on a K⊂f−1⟨f⟨A⟩⟩=AK \subset f^{-1}\langle f\langle A\rangle \rangle = A. On voit donc que les parties de E saturées pour R sont les parties A de E telles que A=f−1⟨f⟨A⟩⟩A = f^{-1}\langle f\langle A\rangle \rangle. On peut dire aussi que ce sont les parties de E de la forme f−1⟨B⟩f^{-1}\langle B \rangle, où B⊂E/RB \subset E/R; en effet, la relation A=f−1⟨B⟩A = f^{-1}\langle B \rangle entraîne B=f⟨A⟩B = f\langle A \rangle, d’où A=f−1⟨f⟨A⟩⟩A = f^{-1}\langle f\langle A\rangle \rangle.

Si (Xi)i∈I(X_i)_{i \in I} est une famille de parties saturées de E, les ensembles ⋃i∈IXi\bigcup_{i \in I} X_i et ⋂i∈IXi\bigcap_{i \in I} X_i sont saturés (II, p. 25, prop. 3 et 4). Si A=f−1⟨B⟩A = f^{-1}\langle B \rangle est une partie saturée de E, il en est de même de CEA=f−1⟨E/R⟩−f−1⟨B⟩\mathscr{C}_E A = f^{-1}\langle E/R \rangle - f^{-1}\langle B \rangle (II, p. 27, prop. 6).

Soit maintenant A une partie quelconque de E. L’ensemble f−1⟨f⟨A⟩⟩f^{-1}\langle f\langle A\rangle \rangle contient A et est saturé. Réciproquement, si une partie saturée A' de E contient A, on a f⟨A′⟩⊃f⟨A⟩f\langle A'\rangle \supset f\langle A\rangle, d'où A′=f‾⟨f⟨A′⟩⟩⊃f‾⟨f⟨A⟩⟩A' = \overline{f}\langle f\langle A'\rangle\rangle \supset \overline{f}\langle f\langle A\rangle\rangle. On peut donc dire que f‾⟨f⟨A⟩⟩\overline{f}\langle f\langle A\rangle\rangle est « la plus petite » partie saturée de E contenant A (cf. III, p. 8); cet ensemble est appelé le saturé de A pour la relation R; il est immédiat que c'est la réunion des classes d'équivalence des éléments de A. Si (Xt)t∈I(X_t)_{t \in I} est une famille de parties de E, AtA_t le saturé de XtX_t pour R, alors le saturé de ⋃t∈IXt\bigcup_{t \in I} X_t est ⋃t∈IAt\bigcup_{t \in I} A_t (II, p. 25, prop. 3).

5. Applications compatibles avec des relations d'équivalence

Soient R une relation d'équivalence dans un ensemble E, et ff une fonction dont l'ensemble de définition est E. On dit que ff est compatible avec la relation R si la relation y=f(x)y = f(x) est compatible (par rapport à x) avec la relation R{x,x′}R\{x, x'\}.

Il revient au même, comme on le voit aussitôt, de dire que la restriction de ff à toute classe d'équivalence est une application constante; on dit encore dans ce cas que ff est constante sur toute classe d'équivalence suivant R. Si g est l'application canonique de E sur E/R, cela signifie aussi que la relation g(x)=g(x′)g(x) = g(x') entraîne f(x)=f(x′)f(x) = f(x'); par suite (II, p. 20, prop. 9), on a le critère suivant:

C57. Soient R une relation d'équivalence dans un ensemble E, et g l'application canonique de E sur E/R. Pour qu'une application f de E dans F soit compatible avec R, il faut et il suffit que f puisse se mettre sous la forme h∘gh \circ g, h étant une application de E/R dans F. L'application h est uniquement déterminée par f; si s est une section associée à g, on a h=f∘sh = f \circ s.

On dit que h est l'application déduite de f par passage au quotient suivant R.

Soit f∗f_* une application d'un ensemble E dans un ensemble F, et soit A=f⟨E⟩⊂FA = f\langle E\rangle \subset F. Soit R la relation d'équivalence associée à ff (II, p. 41); il est clair que ff est compatible avec R. En outre, l'application h déduite de ff par passage au quotient est une application injective de E/R dans F; en effet, si t et t′t' sont des classes d'équivalence suivant R, telles que h(t)=h(t′)h(t) = h(t'), on a f(x)=f(x′)f(x) = f(x') pour x∈tx \in t et x′∈t′x' \in t', ce qui entraîne t=t′t = t' par définition de R. Soit k l'application de E/R sur A déduite de h par passage aux sous-ensembles E/R et A; k est donc bijective. Si j est l'injection canonique de A dans F et g l'application canonique de E sur E/R, on peut écrire f=j∘k∘gf = j \circ k \circ g; cette relation est appelée décomposition canonique de f.

Soient ff une application d'un ensemble E dans un ensemble F, R une relation d'équivalence dans E, S une relation d'équivalence dans F. Soient u l'application canonique de E sur E/R, v l'application canonique de F sur F/S. On dit que ff est compatible avec les relations d'équivalence R et S si v∘fv \circ f est compatible avec R; cela signifie que la relation x≡x′(modR)x \equiv x' \pmod{R} entraîne f(x)≡f(x′)(modS)f(x) \equiv f(x') \pmod{S}. L'application h de E/R dans F/S déduite de v∘fv \circ f par passage au quotient suivant R s’appelle alors l’application déduite de ff par passage aux quotients suivant RR et SS; elle est caractérisée par la relation v∘f=h∘uv \circ f = h \circ u (fig. 3).

E→fFu↓v↓E/R→hF/S \begin{array}{ccc} E & \xrightarrow{f} & F \\ u \downarrow & & v \downarrow \\ E/R & \xrightarrow{h} & F/S \end{array}

Fig. 3

6. Image réciproque d’une relation d’équivalence; relation d’équivalence induite

Soient φ\varphi une application d’un ensemble EE dans un ensemble FF, et SS une relation d’équivalence dans FF. Si uu est l’application canonique de FF sur F/SF/S, la relation d’équivalence associée à l’application u∘φu \circ \varphi de EE dans F/SF/S s’appelle l’image réciproque de SS par φ\varphi; si RR est cette relation, R{x,y}R \{ x, y \} est équivalente à S{φ(x),φ(y)}S \{ \varphi(x), \varphi(y) \}; les classes d’équivalence suivant RR sont les images réciproques par φ\varphi des classes d’équivalence suivant SS qui rencontrent φ(E)\varphi(E).

En particulier, considérons une relation d’équivalence RR dans un ensemble EE, et soit AA une partie de EE; l’image réciproque de RR par l’injection jj de AA dans EE s’appelle la relation d’équivalence induite par RR-dans AA, et se note RAR_A.

Les classes d’équivalence suivant RAR_A sont les traces sur AA des classes d’équivalence suivant RR qui rencontrent AA. L’injection jj est évidemment compatible avec les relations RAR_A et RR; l’application hh de A/RAA/R_A dans E/RE/R déduite de jj par passage aux quotients suivant RAR_A et RR est une application injective de A/RAA/R_A dans E/RE/R: en effet, si ff est l’application canonique de EE sur E/RE/R, gg celle de AA sur A/RAA/R_A, la relation h(g(x))=h(g(x′))h(g(x)) = h(g(x')), pour x∈Ax \in A et x′∈Ax' \in A, équivaut à f(x)=f(x′)f(x) = f(x'), donc à g(x)=g(x′)g(x) = g(x'). L’image h(A/RA)h(A/R_A) est égale à f(A)f(A); si kk est l’application bijective de A/RAA/R_A sur f(A)f(A) déduite de hh par passage aux sous-ensembles A/RAA/R_A et f(A)f(A), kk et son application réciproque sont dites canoniques.

7. Quotients de relations d’équivalence

Soient RR et SS deux relations d’équivalence, par rapport à deux lettres x,yx, y. Nous dirons que SS est plus fine que RR (ou que RR est moins fine que SS) si la relation S⇒RS \Rightarrow R est vraie. Si RR et SS sont des relations d’équivalence dans un même ensemble EE, dire que SS est plus fine que RR signifie que le graphe de SS est contenu dans celui de RR, ou encore que toute classe d’équivalence suivant SS est contenue dans une classe d’équivalence suivant RR; il revient au même de dire que toute classe d’équivalence suivant RR est saturée pour SS.

Exemple 1 03SF

La relation « x∈Ex \in E et y∈Ey \in E et x=yx = y » est plus fine que toute relation d’équivalence dans EE; la relation « x∈Ex \in E et y∈Ey \in E » est moins fine que toute relation d’équivalence dans EE.

Exemple 2 03SG

\* La relation d'équivalence « x∈Zx \in \mathbf{Z} et y∈Zy \in \mathbf{Z} et x−yx - y est divisible par 4 » est plus fine que la relation d'équivalence « x∈Zx \in \mathbf{Z} et y∈Zy \in \mathbf{Z} et x−yx - y est divisible par 2 ».

Soient R et S deux relations d'équivalence dans un même ensemble E, telles que S soit plus fine que R. Soient f et g les applications canoniques de E sur E/R et de E sur E/S. La fonction f est compatible avec S; soit h la fonction déduite de f par passage au quotient suivant S; c'est une application de E/S sur E/R. La relation d'équivalence associée à h dans E/S s'appelle le quotient de R par S et se désigne par R/S; la relation x≡yx \equiv y (mod. R) est équivalente à g(x)≡g(y)g(x) \equiv g(y) (mod. R/S); les classes d'équivalence suivant R/S sont les images par g des classes d'équivalence suivant R. Soit h=j∘h2∘h1h = j \circ h_2 \circ h_1 la décomposition canonique (II, p. 44) de l'application h; h1h_1 est donc l'application canonique de E/S sur (E/S)/(R/S), j est l'application identique de E/R, et h2h_2 est une application bijective de (E/S)/(R/S) sur E/R. L'application h2h_2 et son application réciproque sont dites canoniques.

Considérons inversement une relation d'équivalence quelconque T dans l'ensemble E/S, et soit R la relation d'équivalence dans E, image réciproque par g de la relation T (II, p. 45); comme la relation x≡yx \equiv y (mod. R) est équivalente à g(x)≡g(y)g(x) \equiv g(y) (mod. T), on voit que T est équivalente à R/S.

8. Produit de deux relations d'équivalence

Soient R{x,y}\{x, y\} et R'{x′,y′}\{x', y'\} deux relations d'équivalence. Désignons par S{u,v}\{u, v\} la relation

(∃x)(∃y)(∃x′)(∃y′)(u=(x,x′) et v=(y,y′) et R{x,y} et R′{x′,y′}); (\exists x)(\exists y)(\exists x')(\exists y')(u = (x, x') \text{ et } v = (y, y') \text{ et } R\{x, y\} \text{ et } R'\{x', y'\});

on vérifie aisément que S{u,v}\{u, v\} est une relation d'équivalence, que l'on appelle produit de R et R' et qu'on désigne par R ×\times R'. Supposons que R soit une relation d'équivalence dans un ensemble E, et R' une relation d'équivalence dans un ensemble E'. La relation S{u,u}\{u, u\} est alors équivalente à

(∃x)(∃x′)(u=(x,x′) et R{x,x′} et R′{x′,x′}) (\exists x)(\exists x')(u = (x, x') \text{ et } R\{x, x'\} \text{ et } R'\{x', x'\})

c'est-à-dire à (∃x)(∃x′)(u=(x,x′) et x∈E et x′∈E′)(\exists x)(\exists x')(u = (x, x') \text{ et } x \in E \text{ et } x' \in E'), donc à u∈E×E′u \in E \times E'; il en résulte que R ×\times R' est une relation d'équivalence dans E ×\times E'. Si u=(x,x′)u = (x, x') est un élément de E ×\times E', la relation S{u,v}\{u, v\} est équivalente à

(∃y)(∃y′)(v=(y,y′) et R{x,y} et R′{x′,y′}); (\exists y)(\exists y')(v = (y, y') \text{ et } R\{x, y\} \text{ et } R'\{x', y'\});

si G et G' sont les graphes de R et R', cette relation est encore équivalente à v∈G(x)×G′(x′)v \in G(x) \times G'(x'). Toute classe d'équivalence suivant R ×\times R' est donc le produit d'une classe d'équivalence suivant R et d'une classe d'équivalence suivant R', et réciproquement.

Soient f et f' les applications canoniques de E sur E/R et de E' sur E'/R', et soit f×f′f \times f' l'extension canonique de f et f' aux ensembles produits (II, p. 21); on a donc (f×f′)(x,x′)=(f(x),f′(x′))(f \times f')(x, x') = (f(x), f'(x')) pour (x,x′)∈E×E′(x, x') \in E \times E'. L'image réciproque par f×f′f \times f' d'une élément (u,u′)(u, u') de (E/R)×(E′/R′)(E/R) \times (E'/R') n'est autre que le produit u×u′u \times u' de la classe d'équivalence uu suivant RR et de la classe d'équivalence u′u' suivant R′R'; il en résulte que la relation d'équivalence associée à f×f′f \times f' est équivalente à R×R′R \times R'. L'application f×f′f \times f' peut donc se mettre sous la forme h∘gh \circ g, où gg est l'application canonique de E×E′E \times E' sur (E×E′)/(R×R′)(E \times E')/(R \times R') et où hh est une application bijective de (E×E′)/(R×R′)(E \times E')/(R \times R') sur (E/R)×(E′/R′)(E/R) \times (E'/R'); cette application et son application réciproque sont dites canoniques.

Remarque 03IY

Soit P{x,x′}P\{x, x'\} une relation où ne figurent pas les lettres yy et y′y'; on dit que PP est compatible avec les relations d'équivalence R{x,y}R\{x, y\} et R′{x′,y′}R'\{x', y'\} (par rapport à xx et x′x') si la relation (P{x,x′}(P\{x, x'\} et R{x,y}R\{x, y\} et R′{x′,y′})R'\{x', y'\}) entraîne P{y,y′}P\{y, y'\}. Soit Q{u}Q\{u\} la relation (∃x)(∃x′)(u=(x,x′))(\exists x)(\exists x')(u = (x, x')) et P{x,x′}P\{x, x'\}; il revient au même de dire que Q{u}Q\{u\} est compatible (par rapport à uu) avec la relation d'équivalence S{u,v}S\{u, v\}, produit de RR et de R′R'.

9. Classes d'objets équivalents

Soit R{x,y}R\{x, y\} une relation d'équivalence ne possédant pas nécessairement de graphe. Il est immédiat que si x,x′,yx, x', y sont trois lettres distinctes, la relation R{x,x′}R\{x, x'\} entraîne R{x,y}⇔R{x′,y}R\{x, y\} \Leftrightarrow R\{x', y\}, donc aussi la relation (∀y)(R{x,y}⇔R{x′,y})(\forall y)(R\{x, y\} \Leftrightarrow R\{x', y\}). Compte tenu du schéma S7 (I, p. 38) on voit que, si on pose θ{x}=τy(R{x,y})\theta\{x\} = \tau_y(R\{x, y\}), la relation R{x,x′}R\{x, x'\} implique θ{x}=θ{x′}\theta\{x\} = \theta\{x'\}. Notons d'autre part que, par définition, R{x,θ{x}}R\{x, \theta\{x\}\} n'est autre que la relation (∃y)R{x,y}(\exists y)R\{x, y\}, donc (II, p. 40) est équivalente à R{x,x′}R\{x, x'\}. On en conclut que la relation (R{x,x}(R\{x, x\} et R{x′,x′}R\{x', x'\} et θ{x}=θ{x′})\theta\{x\} = \theta\{x'\}) est équivalente à R{x,x′}R\{x, x'\}; en effet, elle entraîne, par S6 (I, p. 38) la relation

(R{x,x} et R{x′,x′} et R{x′,θ{x}}⇔R{x′,θ{x′}}),(R\{x, x\} \text{ et } R\{x', x'\} \text{ et } R\{x', \theta\{x\}\} \Leftrightarrow R\{x', \theta\{x'\}\}),

donc aussi (R{x,θ{x}}(R\{x, \theta\{x\}\} et R{x′,θ{x′}})R\{x', \theta\{x'\}\}) et finalement R{x,x′}R\{x, x'\} par transitivité et symétrie; comme on sait d'autre part que R{x,x′}R\{x, x'\} entraîne (R{x,x}(R\{x, x\} et R{x′,x′})R\{x', x'\}), notre assertion est démontrée. On dit que le terme θ{x}\theta\{x\} est la classe d'objets équivalents à xx (pour la relation RR).

Supposons maintenant que TT soit un terme ne contenant pas xx, tel que la relation

(1)

(∀y)(R{y,y}⇒(∃x)(x∈T et R{x,y}))(\forall y)(R\{y, y\} \Rightarrow (\exists x)(x \in T \text{ et } R\{x, y\}))

soit vraie. Alors, la relation (∃x)(R{x,x}(\exists x)(R\{x, x\} et z=θ{x})z = \theta\{x\}) est collectivisante en zz. On peut en effet supposer que x∈Tx \in T implique R{x,x}R\{x, x\}; il suffit de remplacer TT par l'ensemble des x∈Tx \in T tels que R{x,x}R\{x, x\} (en observant que R{x,y}R\{x, y\} entraîne R{x,x}R\{x, x\}). Soit alors Θ\Theta l'ensemble des objets de la forme θ{x}\theta\{x\} pour x∈Tx \in T (II, p. 6). Supposons que R{y,y}R\{y, y\} soit vraie; alors il existe x∈Tx \in T tel que l'on ait R{x,y}R\{x, y\}, donc θ{y}=θ{x}∈Θ\theta\{y\} = \theta\{x\} \in \Theta. On dit que Θ\Theta est l'ensemble des classes d'objets équivalents suivant RR, et pour tout xx tel que R{x,x},θ{x}R\{x, x\}, \theta\{x\} est l'*unique* élément z∈Θz \in \Theta tel que l'on ait R{x,z}R\{x, z\}.

Sous les mêmes hypothèses, soit A{x}A\{x\} un terme tel que R{x,y}R\{x, y\} entraîne A{x}=A{y}A\{x\} = A\{y\}. Alors la relation (∃x)(R{x,x}(\exists x)(R\{x, x\} et z=A{x})z = A\{x\}) est aussi collectivisante en zz, car R{x,x}R\{x, x\}, étant équivalente à R{x,θ{x}}R\{x, \theta\{x\}\}, entraîne A{x}=A{θ{x}}A\{x\} = A\{\theta\{x\}\}, et par suite, si EE est l'ensemble des objets de la forme A{t}A\{t\} pour t∈Θt \in \Theta, R{x,x′}R\{x, x'\} entraîne A{x′}∈EA\{x'\} \in E. Si ff est la fonction t↦A{t}t \mapsto A\{t\} (t∈Θ,A{t}∈Et \in \Theta, A\{t\} \in E), on voit donc que la relation R{x,x′}R\{x, x'\} entraîne A{x′}=f(θ{x′})A\{x'\} = f(\theta\{x'\}).

En particulier, si RR est une relation d'équivalence dans un ensemble FF, on peut prendre pour A{x}A\{x\} la classe d'équivalence de x suivant R (II, p. 41), et la fonction ff est alors une bijection de Θ\Theta sur l'ensemble quotient F/RF/R, ce qui justifie la terminologie introduite.

\* Exemple. — Soit R{x,y}R\{x, y\} la relation d'équivalence « xx et yy sont deux espaces vectoriels de même dimension finie sur C\mathbf{C} », qui n'admet pas de graphe. Elle vérifie la condition (1) en prenant pour TT l'ensemble des sous-espaces vectoriels de C(N)\mathbf{C}^{(\mathbf{N})}, ou le sous-ensemble T′T' de TT formé des Cn\mathbf{C}^n (n∈Nn \in \mathbf{N}), où on convient que C0\mathbf{C}^0 est réduit au point 0 de C(N)\mathbf{C}^{(\mathbf{N})}, et Cn\mathbf{C}^n pour n>0n > 0 est la somme des nn premiers composants de la somme directe C(N)\mathbf{C}^{(\mathbf{N})}.*

Exercises

Exercices

See the exercises for § 6.

Transcrit de l’édition imprimée, 2006, Springer. Non traduit.