§ 6. Relations d’équivalence
En principe, nous cesserons désormais d’utiliser des lettres italiques grasses pour désigner des assemblages indéterminés; le contexte permettra au lecteur de discerner sans peine les assertions qui s’appliquent à des lettres ou des relations indéterminées.
1. Définition d’une relation d’équivalence
Soit une relation, et étant des lettres distinctes. On dit que la relation est symétrique (par rapport aux lettres et ) si l’on a . S’il en est ainsi, en substituant à et deux lettres , distinctes entre elles et distinctes de toutes les lettres figurant dans , puis en substituant et à et respectivement, on voit que l’on a ; donc et sont équivalentes.
Soit une lettre ne figurant pas dans . On dit que la relation est transitive (par rapport aux lettres et ) si l’on a .
Exemple 03IX
La relation est symétrique et transitive. La relation est transitive, mais non symétrique. La relation est symétrique, mais non transitive.
Si est à la fois symétrique et transitive, on dit que est une relation d'équivalence (par rapport aux lettres et ). Dans ce cas, la notation (mod ) est parfois employée comme synonyme de ; elle se lit « x est équivalent à y modulo R (ou suivant R) ». Si est une relation d'équivalence, on a
Soient une relation, un terme. On dit que la relation est réflexive dans (par rapport aux lettres et ne figurant pas dans ) si la relation est équivalente à . S'il n'y a pas de confusion possible sur , on dit simplement, par abus de langage, que est réflexive.
On appelle relation d'équivalence dans une relation d'équivalence réflexive dans . Si est une relation d'équivalence dans , on a
On appelle équivalence dans un ensemble une correspondance admettant pour ensemble d'arrivée et pour ensemble de départ, et dont le graphe est tel que la relation soit une relation d'équivalence dans .
Exemples* 1) La relation est une relation d'équivalence qui n'admet pas de graphe, car la première projection de ce graphe serait l'ensemble de tous les objets. 2) La relation « et » est une relation d'équivalence dans dont le graphe est la diagonale de . 3) La relation « il existe une bijection de sur » est une relation d'équivalence qui n'admet pas de graphe (cf. III, p. 30). 4) La relation « et » est un relation d'équivalence dans dont le graphe est . 5) Supposons . La relation
6) \* La relation « et et est divisible par 4 » est une relation d'équivalence dans .
Proposition 1 03QH
Pour qu'une correspondance entre et soit une équivalence dans , il faut et il suffit que les conditions suivantes soient vérifiées : a) est l'ensemble de définition de ; b) on a ; c) on a .
Cité par 1
Cité par § 6. Relations d’équivalence
Soient une correspondance entre et , et son graphe. Si est une équivalence dans , on a pour tout , donc est l'ensemble de définition de . La relation est équivalente à , donc à , de sorte que , donc . Les relations et entraînent , ce qui montre que ; par ailleurs, la relation entraîne , donc de sorte que ; on a donc , et par suite .
Réciproquement, supposons les conditions vérifiées. La relation est symétrique en vertu de en transitive en vertu de ; c'est donc une relation d'équivalence, et il résulte de que c'est une relation d'équivalence dans .
2. Classes d'équivalence; ensemble quotient
Soient une fonction, son ensemble de définition, son graphe. La relation « et et » est une relation d'équivalence dans ; nous dirons que cette relation est la relation d'équivalence associée à . Elle est équivalente à la relation , c'est-à-dire à
Nous allons maintenant montrer que toute relation d'équivalence dans un ensemble est du type précédent. Soit en effet le graphe de . Pour tout , l'ensemble (non vide) s'appelle la classe d'équivalence de suivant : c'est donc l'ensemble des tels que ; tout ensemble qui peut se mettre sous la forme pour un est appelé une classe d'équivalence (suivant ). Un élément d'une classe d'équivalence est encore appelé un représentant de cette classe. L'ensemble des classes d'équivalence suivant (c'est-à-dire l'ensemble des objets de la forme , pour ) s'appelle l'ensemble quotient de par et se désigne par ; l'application () dont l'ensemble de définition est et l'ensemble d'arrivée , s'appelle l'application canonique de sur . On a alors le critère suivant:
C55. Soient une relation d'équivalence dans un ensemble , et l'application canonique de sur . On a
En effet (avec les notations précédentes), soient et des éléments de tels que . On a d’abord et ; montrons que . Puisque , on a (II, p. 41, prop. 1) . Par ailleurs, on a aussi , d’où et par suite , c’est-à-dire . Réciproquement, si , on a , d’où , ce qui démontre le critère.
Une section associée à l’application canonique de sur (II, p. 18, déf. 11) s’appelle plus brièvement une section de (pour la relation ).
Exemples
1) Soit la relation d’équivalence « et et » dans un ensemble ; la classe d’équivalence de est alors l’ensemble , et l’application canonique de sur est bijective.
2) Soient et deux ensembles tels que , et la relation d’équivalence dans associée à l’application de sur . Les classes d’équivalence pour sont les ensembles de la forme , où ; l’application est une bijection de sur .
Soit une relation d’équivalence dans un ensemble . L’ensemble quotient est une partie de , et l’application identique de est une partition de (II, p. 29); en effet, si est le graphe de , et si deux classes d’équivalences et ont un élément commun , on a et , donc , et par suite . En outre la relation
est équivalente à .
Réciproquement, soit une partition d’un ensemble en ensembles non vides; on vérifie aussitôt que la relation est une relation d’équivalence dans ; les classes d’équivalence suivant ne sont autres que les ensembles de la partition, et l’application est une bijection de sur . Toute partie de telle que, pour tout , l’ensemble soit réduit à un élément, s’appelle un système de représentants des classes d’équivalence suivant . On désigne aussi sous ce nom toute injection d’un ensemble dans , telle que l’image de par cette injection soit un système de représentants des classes d’équivalence suivant ; il en est ainsi, en particulier, de toute section de pour la relation .
3. Relations compatibles avec une relation d’équivalence
Soient une relation d’équivalence, et une relation. On dit que est compatible avec la relation d’équivalence (par rapport à ) si, désignant une lettre qui ne figure ni dans , ni dans , on a
Par exemple, il résulte de C43 (I, p. 39) que n’importe quelle relation P
C56. Soient R
En effet, soit . S’il existe un tel que P
On dit que la relation
est la relation déduite de P
4. Parties saturées
Soient R
Soit f l’application canonique de E sur E/R; si A est saturé pour R, la classe d’équivalence de tout élément , qui n’est autre que , est contenue dans A, donc on a ; comme par ailleurs , on a . Réciproquement, si , alors pour tout la classe d’équivalence K = de x pour R est un élément de , et comme , on a . On voit donc que les parties de E saturées pour R sont les parties A de E telles que . On peut dire aussi que ce sont les parties de E de la forme , où ; en effet, la relation entraîne , d’où .
Si est une famille de parties saturées de E, les ensembles et sont saturés (II, p. 25, prop. 3 et 4). Si est une partie saturée de E, il en est de même de (II, p. 27, prop. 6).
Soit maintenant A une partie quelconque de E. L’ensemble contient A et est saturé. Réciproquement, si une partie saturée A' de E contient A, on a , d'où . On peut donc dire que est « la plus petite » partie saturée de E contenant A (cf. III, p. 8); cet ensemble est appelé le saturé de A pour la relation R; il est immédiat que c'est la réunion des classes d'équivalence des éléments de A. Si est une famille de parties de E, le saturé de pour R, alors le saturé de est (II, p. 25, prop. 3).
5. Applications compatibles avec des relations d'équivalence
Soient R une relation d'équivalence dans un ensemble E, et une fonction dont l'ensemble de définition est E. On dit que est compatible avec la relation R si la relation est compatible (par rapport à x) avec la relation .
Il revient au même, comme on le voit aussitôt, de dire que la restriction de à toute classe d'équivalence est une application constante; on dit encore dans ce cas que est constante sur toute classe d'équivalence suivant R. Si g est l'application canonique de E sur E/R, cela signifie aussi que la relation entraîne ; par suite (II, p. 20, prop. 9), on a le critère suivant:
C57. Soient R une relation d'équivalence dans un ensemble E, et g l'application canonique de E sur E/R. Pour qu'une application f de E dans F soit compatible avec R, il faut et il suffit que f puisse se mettre sous la forme , h étant une application de E/R dans F. L'application h est uniquement déterminée par f; si s est une section associée à g, on a .
On dit que h est l'application déduite de f par passage au quotient suivant R.
Soit une application d'un ensemble E dans un ensemble F, et soit . Soit R la relation d'équivalence associée à (II, p. 41); il est clair que est compatible avec R. En outre, l'application h déduite de par passage au quotient est une application injective de E/R dans F; en effet, si t et sont des classes d'équivalence suivant R, telles que , on a pour et , ce qui entraîne par définition de R. Soit k l'application de E/R sur A déduite de h par passage aux sous-ensembles E/R et A; k est donc bijective. Si j est l'injection canonique de A dans F et g l'application canonique de E sur E/R, on peut écrire ; cette relation est appelée décomposition canonique de f.
Soient une application d'un ensemble E dans un ensemble F, R une relation d'équivalence dans E, S une relation d'équivalence dans F. Soient u l'application canonique de E sur E/R, v l'application canonique de F sur F/S. On dit que est compatible avec les relations d'équivalence R et S si est compatible avec R; cela signifie que la relation entraîne . L'application h de E/R dans F/S déduite de par passage au quotient suivant R s’appelle alors l’application déduite de par passage aux quotients suivant et ; elle est caractérisée par la relation (fig. 3).
Fig. 3
6. Image réciproque d’une relation d’équivalence; relation d’équivalence induite
Soient une application d’un ensemble dans un ensemble , et une relation d’équivalence dans . Si est l’application canonique de sur , la relation d’équivalence associée à l’application de dans s’appelle l’image réciproque de par ; si est cette relation, est équivalente à ; les classes d’équivalence suivant sont les images réciproques par des classes d’équivalence suivant qui rencontrent .
En particulier, considérons une relation d’équivalence dans un ensemble , et soit une partie de ; l’image réciproque de par l’injection de dans s’appelle la relation d’équivalence induite par -dans , et se note .
Les classes d’équivalence suivant sont les traces sur des classes d’équivalence suivant qui rencontrent . L’injection est évidemment compatible avec les relations et ; l’application de dans déduite de par passage aux quotients suivant et est une application injective de dans : en effet, si est l’application canonique de sur , celle de sur , la relation , pour et , équivaut à , donc à . L’image est égale à ; si est l’application bijective de sur déduite de par passage aux sous-ensembles et , et son application réciproque sont dites canoniques.
7. Quotients de relations d’équivalence
Soient et deux relations d’équivalence, par rapport à deux lettres . Nous dirons que est plus fine que (ou que est moins fine que ) si la relation est vraie. Si et sont des relations d’équivalence dans un même ensemble , dire que est plus fine que signifie que le graphe de est contenu dans celui de , ou encore que toute classe d’équivalence suivant est contenue dans une classe d’équivalence suivant ; il revient au même de dire que toute classe d’équivalence suivant est saturée pour .
Exemple 1 03SF
La relation « et et » est plus fine que toute relation d’équivalence dans ; la relation « et » est moins fine que toute relation d’équivalence dans .
Exemple 2 03SG
\* La relation d'équivalence « et et est divisible par 4 » est plus fine que la relation d'équivalence « et et est divisible par 2 ».
Soient R et S deux relations d'équivalence dans un même ensemble E, telles que S soit plus fine que R. Soient f et g les applications canoniques de E sur E/R et de E sur E/S. La fonction f est compatible avec S; soit h la fonction déduite de f par passage au quotient suivant S; c'est une application de E/S sur E/R. La relation d'équivalence associée à h dans E/S s'appelle le quotient de R par S et se désigne par R/S; la relation (mod. R) est équivalente à (mod. R/S); les classes d'équivalence suivant R/S sont les images par g des classes d'équivalence suivant R. Soit la décomposition canonique (II, p. 44) de l'application h; est donc l'application canonique de E/S sur (E/S)/(R/S), j est l'application identique de E/R, et est une application bijective de (E/S)/(R/S) sur E/R. L'application et son application réciproque sont dites canoniques.
Considérons inversement une relation d'équivalence quelconque T dans l'ensemble E/S, et soit R la relation d'équivalence dans E, image réciproque par g de la relation T (II, p. 45); comme la relation (mod. R) est équivalente à (mod. T), on voit que T est équivalente à R/S.
8. Produit de deux relations d'équivalence
Soient R et R' deux relations d'équivalence. Désignons par S la relation
on vérifie aisément que S est une relation d'équivalence, que l'on appelle produit de R et R' et qu'on désigne par R R'. Supposons que R soit une relation d'équivalence dans un ensemble E, et R' une relation d'équivalence dans un ensemble E'. La relation S est alors équivalente à
c'est-à-dire à , donc à ; il en résulte que R R' est une relation d'équivalence dans E E'. Si est un élément de E E', la relation S est équivalente à
si G et G' sont les graphes de R et R', cette relation est encore équivalente à . Toute classe d'équivalence suivant R R' est donc le produit d'une classe d'équivalence suivant R et d'une classe d'équivalence suivant R', et réciproquement.
Soient f et f' les applications canoniques de E sur E/R et de E' sur E'/R', et soit l'extension canonique de f et f' aux ensembles produits (II, p. 21); on a donc pour . L'image réciproque par d'une élément de n'est autre que le produit de la classe d'équivalence suivant et de la classe d'équivalence suivant ; il en résulte que la relation d'équivalence associée à est équivalente à . L'application peut donc se mettre sous la forme , où est l'application canonique de sur et où est une application bijective de sur ; cette application et son application réciproque sont dites canoniques.
Remarque 03IY
Soit une relation où ne figurent pas les lettres et ; on dit que est compatible avec les relations d'équivalence et (par rapport à et ) si la relation et et entraîne . Soit la relation et ; il revient au même de dire que est compatible (par rapport à ) avec la relation d'équivalence , produit de et de .
9. Classes d'objets équivalents
Soit une relation d'équivalence ne possédant pas nécessairement de graphe. Il est immédiat que si sont trois lettres distinctes, la relation entraîne , donc aussi la relation . Compte tenu du schéma S7 (I, p. 38) on voit que, si on pose , la relation implique . Notons d'autre part que, par définition, n'est autre que la relation , donc (II, p. 40) est équivalente à . On en conclut que la relation et et est équivalente à ; en effet, elle entraîne, par S6 (I, p. 38) la relation
donc aussi et et finalement par transitivité et symétrie; comme on sait d'autre part que entraîne et , notre assertion est démontrée. On dit que le terme est la classe d'objets équivalents à (pour la relation ).
Supposons maintenant que soit un terme ne contenant pas , tel que la relation
(1)
soit vraie. Alors, la relation et est collectivisante en . On peut en effet supposer que implique ; il suffit de remplacer par l'ensemble des tels que (en observant que entraîne ). Soit alors l'ensemble des objets de la forme pour (II, p. 6). Supposons que soit vraie; alors il existe tel que l'on ait , donc . On dit que est l'ensemble des classes d'objets équivalents suivant , et pour tout tel que est l'*unique* élément tel que l'on ait .
Sous les mêmes hypothèses, soit un terme tel que entraîne . Alors la relation et est aussi collectivisante en , car , étant équivalente à , entraîne , et par suite, si est l'ensemble des objets de la forme pour , entraîne . Si est la fonction (), on voit donc que la relation entraîne .
En particulier, si est une relation d'équivalence dans un ensemble , on peut prendre pour la classe d'équivalence de x suivant R (II, p. 41), et la fonction est alors une bijection de sur l'ensemble quotient , ce qui justifie la terminologie introduite.
\* Exemple. — Soit la relation d'équivalence « et sont deux espaces vectoriels de même dimension finie sur », qui n'admet pas de graphe. Elle vérifie la condition (1) en prenant pour l'ensemble des sous-espaces vectoriels de , ou le sous-ensemble de formé des (), où on convient que est réduit au point 0 de , et pour est la somme des premiers composants de la somme directe .*
Exercises
Exercices
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