Bourbaki

Appendice 1

Applications polynomiales et topologie de Zariski

Dans cet appendice, k est supposé infini.

1. Topologie de Zariski

Soit V un espace vectoriel de dimension finie. On note AVA_V l’algèbre des fonctions polynomiales sur V à valeurs dans kk (A, IV, § 5, n° 10, déf. 4). C’est une algèbre graduée; sa composante de degré 1 est le dual V∗V^* de V, et l’injection de V∗V^* dans AVA_V se prolonge en un isomorphisme de l’algèbre symétrique S(V∗)S(V^*) sur AVA_V (Λ, IV, § 5, n° 11, Rem. 2).

Si (e1,…,en)(e_1, \ldots, e_n) est une base de V, et (X1,…,Xn)(X_1, \ldots, X_n) une suite d’indéterminées, l’application de k[X1,…,Xn]k[X_1, \ldots, X_n] dans AVA_V qui transforme tout élément ff de k[X1,…,Xn]k[X_1, \ldots, X_n] en la fonction

∑i=1nλiei↦f(λ1,…,λn) \sum_{i=1}^n \lambda_i e_i \mapsto f(\lambda_1, \ldots, \lambda_n)

est un isomorphisme d’algèbres (A, IV, § 5, n° 10, cor. à la prop. 19).

Proposition 1 00XC

Soit H l’ensemble des homomorphismes d’algèbres de AVA_V dans kk. Pour tout x∈Vx \in V, soit hxh_x l’homomorphisme f↦f(x)f \mapsto f(x) de AVA_V dans kk. Alors l’application x↦hxx \mapsto h_x est une bijection de V sur H.

En effet, soit H′H' l’ensemble des homomorphismes d’algèbres de k[X1,…,Xn]k[X_1, \ldots, X_n] dans kk. L’application χ↦(χ(X1),…,χ(Xn))\chi \mapsto (\chi(X_1), \ldots, \chi(X_n)) est évidemment une bijection de H′H' sur knk^n.

Corollaire 00XD

Pour tout x∈Vx \in V, soit mx=Ker(hx)m_x = \mathrm{Ker}(h_x). Alors l’application x↦mxx \mapsto m_x est une bijection de V sur l’ensemble des idéaux mm de AVA_V tels que AV/m=kA_V/m = k.

Un sous-ensemble F de V sera dit fermé s’il existe une famille (fi)i∈I(f_i)_{i \in I} d’éléments de AVA_V telle que

x∈F⇔x∈V et fi(x)=0 pour tout i∈I. x \in F \Leftrightarrow x \in V \text{ et } f_i(x) = 0 \text{ pour tout } i \in I.

Il est clair que ∅\emptyset et V sont fermés, et que toute intersection d’ensembles fermés est fermée. Si F est défini par l’annulation des fif_i et F′F' par celle des fj′f_j', F∪F′F \cup F' est défini par l’annulation des fifj′f_i f_j', donc est fermé. Il existe donc une topologie sur V telle que les ensembles fermés pour cette topologie soient exactement les ensembles fermés au sens précédent. Cette topologie s’appelle la topologie de Zariski de V. Pour tout f∈AVf \in A_V, nous noterons VfV_f l’ensemble des x∈Vx \in V tels que f(x) \neq 0 ; c'est une partie ouverte de V. Il est clair que les VfV_f forment une base de la topologie de Zariski. (Si kk est un corps topologique, la topologie canonique de V est plus fine que la topologie de Zariski.)

L'application x↦mxx \mapsto m_x du cor. de la prop. 1 peut être considérée comme une application ε\varepsilon de V dans le spectre premier Spec(AV)\mathrm{Spec}(A_V) de AVA_V (AC, II, § 4, n° 3, déf. 4). Il est immédiat que la topologie de Zariski est l'image réciproque par ε\varepsilon de la topologie de Spec(AV)\mathrm{Spec}(A_V).

Proposition 2 00XE

L'espace vectoriel V, muni de la topologie de Zariski, est un espace noethérien irréductible. En particulier, toute partie ouverte non vide de V est dense.

Puisque AVA_V est noethérien, Spec(AV)\mathrm{Spec}(A_V) est noethérien (AC, II, § 4, n° 3, cor. 7 de la prop. 11), et tout sous-espace d'un espace noethérien est noethérien (loc. cit., n° 2, prop. 8). Avec les notations du cor. de la prop. 1, l'intersection des mxm_x est {0}\{0\}, et {0}\{0\} est un idéal premier de AVA_V; donc V est irréductible (loc. cit., n° 3, prop. 14).

2. Applications polynomiales dominantes

Soient V, W des espaces vectoriels de dimension finie. Soit ff une application polynomiale de V dans W (A, IV, § 5, n° 10, déf. 4). Si ψ∈AW\psi \in A_W, on a ψ∘f∈AV\psi \circ f \in A_V (loc. cit., prop. 17). L'application ψ↦ψ∘f\psi \mapsto \psi \circ f est un homomorphisme de AWA_W dans AVA_V, dit associé à f. Son noyau est formé des fonctions ψ∈AW\psi \in A_W qui sont nulles sur f(V)f(V) (donc aussi sur l'*adhérence* de f(V)f(V) pour la topologie de Zariski).

Définition 1 00XF

Une application polynomiale f:V→Wf : V \to W est dite dominante si l'homomorphisme de AWA_W dans AVA_V associé à ff est injectif.

Vu ce qui précède, ff est dominante si et seulement si f(V)f(V) est dense dans W pour la topologie de Zariski.

Proposition 3 00XG

Supposons k algébriquement clos. Soit f:V→Wf : V \to W une application polynomiale dominante. L'image par ff de toute partie ouverte dense de V contient une partie ouverte dense de W.

Il suffit de prouver que, pour tout élément non nul φ\varphi de AVA_V, f(Vφ)f(V_\varphi) contient une partie ouverte dense de W. Identifions AWA_W à une sous-algèbre de AVA_V grâce à l'homomorphisme associé à ff. Il existe un élément non nul ψ\psi de AWA_W tel que tout homomorphisme w:AV→kw : A_V \to k n'annulant pas ψ\psi se prolonge en un homomorphisme v:AV→kv : A_V \to k n'annulant pas φ\varphi (AC, V, § 3, n° 1, cor. 3 du th. 1). Or un tel ww (resp. un tel vv) s'identifie à un élément de WψW_\psi (resp. de VφV_\varphi) et dire que vv prolonge ww signifie que f(v)=wf(v) = w. On a donc Wψ⊂f(Vφ)W_\psi \subset f(V_\varphi).

C.Q.F.D.

Soient f:V→Wf : V \to W une application polynomiale, et x0∈Vx_0 \in V. L’application h↦f(x0+h)h \mapsto f(x_0 + h) de VV dans WW est polynomiale. Décomposons-la en somme finie d’applications polynomiales homogènes :

f(x0+h)=f(x0)+D1(h)+D2(h)+⋯ f(x_0 + h) = f(x_0) + D_1(h) + D_2(h) + \cdots

où Di:V→WD_i : V \to W est homogène de degré ii (A, IV, § 5, n° 10, prop. 19). L’application linéaire D1D_1 s’appelle l’application linéaire tangente à ff en x0x_0. On la note Df(x0)Df(x_0).

Proposition 4 00XH

Soit f:V→Wf : V \to W une application polynomiale. Supposons qu’il existe x0∈Vx_0 \in V tel que (Df)(x0)(Df)(x_0) soit surjective. Alors ff est dominante.

Quitte à effectuer une translation sur VV et une autre sur WW, on peut supposer que x0=0x_0 = 0 et que f(x0)=0f(x_0) = 0. La décomposition de ff en somme d’éléments homogènes s’écrit alors

f=f1+f2+⋯avecdeg⁡fi=i, f = f_1 + f_2 + \cdots \quad \text{avec} \quad \deg f_i = i,

et l’application linéaire f1f_1 est surjective par hypothèse. Supposons que ff ne soit pas dominante. Il existe alors un élément non nul ψ\psi de AWA_W tel que ψ∘f=0\psi \circ f = 0. Soit ψ=ψm+ψm+1+⋯\psi = \psi_m + \psi_{m+1} + \cdots la décomposition de ψ\psi en éléments homogènes, avec deg⁡ψi=i\deg \psi_i = i et ψm≠0\psi_m \neq 0. Alors

0=ψ∘f=ψm∘f+ψm+1∘f+⋯=ψm∘f1+ρ \begin{align*} 0 &= \psi \circ f = \psi_m \circ f + \psi_{m+1} \circ f + \cdots \\ &= \psi_m \circ f_1 + \rho \end{align*}

où ρ\rho est une somme d’applications polynomiales homogènes de degrés >m> m. On en déduit que ψm∘f1=0\psi_m \circ f_1 = 0. Puisque f1f_1 est surjective, on a ψm=0\psi_m = 0, ce qui est absurde.

Corollaire 00XI

Si kk est algébriquement clos et si ff vérifie les hypothèses de la prop. 4, l’image par ff de toute partie ouverte dense de VV contient une partie ouverte dense de WW.

Cela résulte des prop. 3 et 4.

Exercices

On note VV un espace vectoriel de dimension finie sur kk.

See the exercises for Appendix 1.

Transcribed from the printed volume. Not translated.