§ 4. Homotopie et revêtements
1. Homotopie et revêtements
Proposition 1 01Z5
Soit B un espace topologique et soit E un revêtement de B. Soit un espace topologique et soient et des applications continues de dans B. Si les applications et sont homotopes, les revêtements et de sont isomorphes.
Soit une homotopie reliant à . Notons et les applications et de dans . Si , on a et les revêtements et de sont donc isomorphes (I, p. 15). Comme l’espace topologique est localement connexe et simplement connexe (I, p. 127, corollaire), les revêtements et de sont isomorphes (I, p. 130, cor. 1 de la prop. 8).
Corollaire 01Z6
Un espace topologique homéotope à un espace topologique simplement connexe est simplement connexe.
Soient B et des espaces topologiques, soit une homéo-topie et soit une application continue, réciproque à homotopie près de . Soit E un revêtement de B. Comme est homotope à l’application identique de B, le revêtement B est isomorphe au revêtement (prop. 1). Si l’espace est simplement connexe, le revêtement est trivialisable. Par suite, le revêtement E est trivialisable. Cela prouve que l’espace B est simplement connexe.
Remarque 01Z7
Soit G un groupe topologique discret. Avec les notations de la proposition, supposons que E soit un revêtement principal de groupe G. Les revêtements et sont alors des revêtements principaux isomorphes (I, p. 131, remarque).
Proposition 2 (Relèvement des homotopies) 01Z8
Soit B un espace topologique et soit E un revêtement de B. Soit un espace topologique et soient et des applications continues de dans B. Soit une homotopie reliant à . Soit un relèvement continu de à E. Il existe une unique application continue E relevant qui est une homotopie d’origine . Son terme est un relèvement continu de à E.
Cela résulte du corollaire 3 de la prop. 8 de I, p. 130, appliqué à l’espace topologique simplement connexe et localement connexe .
2. Relèvement des chemins
Proposition 3 01Z9
Soit B un espace topologique et soit un revêtement. Notons l’application . Notons ( resp. ) l’application définie par . Alors, le diagramme
E
B est un carré cartésien.
L’espace topologique est localement connexe, localement compact et simplement connexe. La proposition résulte ainsi de la prop. 9 de I, p. 131, appliquée avec et .
Corollaire 1 01ZA
L’application est un revêtement.
Cela résulte de I, p. 71, cor. 2 de la prop. 1.
Corollaire 2 (Relèvement des chemins) 01ZB
Soit un revêtement, soit un point de E et . L’application est un homéomorphisme de l’espace des chemins dans E d’origine sur l’espace des chemins dans B d’origine .
Avec les notations de la proposition 3, on a et . Le corollaire résulte alors de I, p. 10, cor. de la prop. 4.
On dira qu’une application continue vérifie la propriété de relèvement des chemins si, pour tout chemin B et tout point de E relevant , il existe un chemin dans E d’origine qui relève . Un tel chemin est alors unique si est étale et séparée (I, p. 34, cor. 1 de la prop. 11). Soient E un revêtement et sa projection ; l’application est étale, séparée et possède la propriété de relèvement des chemins (corollaire 2). Pour une réciproque partielle, cf. III, p. 315, corollaire.
Proposition 4 01ZC
Soit une application étale et séparée qui vérifie la propriété de relèvement des chemins. Soient et des points de B et soit un point de E tel que . Soient et deux chemins strictement homotopes reliant à dans B. Les chemins d’origine dans E qui relèvent respectivement et ont même terme et sont strictement homotopes.
Soit B une homotopie stricte reliant à . Pour , soit l’unique chemin d’origine dans E qui relève le chemin . Pour , posons ; on a . L’application est constante sur ; par construction, elle est continue sur pour tout . Elle est donc continue, d’après I, p. 37, cor. 1 du th. 1. En particulier, l’application de dans donnée par est un relèvement continu du chemin constant d’image ; elle est donc constante. Cela prouve que l’application est une homotopie stricte reliant à .
Corollaire 1 01ZD
Soit B un espace topologique et soit E un revêtement de B ; notons sa projection. Pour tout couple de points de E, l’application est injective. En particulier, pour tout point de E, l’homomorphisme est injectif.
Corollaire 2 01ZE
Soit B un espace topologique et soit E un revêtement de B ; notons sa projection. Soit un point de E, posons . Pour que la classe dans d’un lacet de B en appartienne au sous-groupe image de l’homomorphisme , il faut et il suffit que le chemin d’origine relevant soit un lacet de E en .
La condition est évidemment suffisante. Inversement, soit un lacet de E en . Posons et supposons que les lacets et soient strictement homotopes. D’après la prop. 4, le chemin a même terme que le chemin . C’est donc un lacet en .
Corollaire 3 01ZF
Soit B un espace topologique et soient et des revêtements de B. Notons leur B-espace produit et soit un point de E. L’image de l’homomorphisme est l’intersection des images des homomorphismes et .
Soit un lacet de B en et, pour , soit le chemin d’origine dans relevant . Le B-espace est un revêtement de B (I, p. 72, cor. 3 de la prop. 2) et le chemin est l’unique chemin d’origine dans E qui relève . Pour que soit un lacet, il faut et il suffit que et le soient. Le corollaire 3 résulte ainsi du corollaire 2.
3. Opérations du groupoïde de Poincaré dans les revêtements
Soit B un espace topologique et soit B une application étale et séparée qui vérifie la propriété de relèvement des chemins (III, p. 302) ; c’est le cas si l’application fait de E un revêtement de B (loc. cit.). Soient et des points de B et soit un chemin dans B reliant à . Pour tout point de la fibre , notons le terme du chemin d’origine dans E qui relève . Le point appartient à la fibre et ne dépend que de la classe du chemin III, p. 302, prop. 4) ; on écrira ainsi au lieu de .
Si est le chemin constant en , on a car le chemin constant d’origine relève .
Soit un autre point de B et soit . Pour tout point de , on a :
En effet, notons le relèvement d’origine de et le relèvement de d’origine . Les chemins et sont juxtaposables et est le chemin d’origine relevant .
Notons l’application telle que, pour et , on ait
Pour tout et tout , il résulte de la relation (1) que l’on a
La famille définit donc une loi d’opération à droite du groupoïde sur l’ensemble E relativement à l’application B (II, p. 167). On l’appelle l’opération canonique du groupoïde associée à l’application . L’application définit une loi d’opération à droite du groupe sur la fibre de E. Cette opération est appelée opération canonique de sur la fibre .
Remarque 01ZG
Soient et deux points de B un point de un chemin dans B et le chemin dans E d’origine qui relève . Pour tout , notons le chemin ; le chemin dans E d’origine relevant est le chemin dont le terme est le point . On a donc pour tout .
Soit un espace topologique et soit une application étale et séparée qui vérifie la propriété de relèvement des chemins. Soient et des applications continues telles que . Pour et , on a :
En effet, soit un chemin dans B dont est la classe d’homotopie stricte, notons le chemin dans E d’origine qui relève ; le chemin est alors le relèvement d’origine de dans .
En particulier, pour et Id, on a
Soient et des applications étales et séparées qui vérifient la propriété de relèvement des chemins. Soit un point de B. Si est un B-morphisme, l’application est un -morphisme.
Théorème 1 01ZH
Soit B un espace topologique, soit un revêtement de B, soit un point de B et soit un point de la fibre .
a) L’orbite de pour l’opération canonique du groupe est l’intersection de et de la composante connexe par arcs de dans E. En particulier, si l’espace E est connexe par arcs, cette opération est transitive.
b) Le fixateur (A, I, p. 51) de est le sous-groupe de .
c) Pour tout , on a Int( ) .
d) Si l’espace B est connexe et que le revêtement E est galoisien, le sous-groupe est distingué dans .
L’assertion a) est immédiate. L’assertion b) résulte du cor. 2 de la prop. 4 (III, p. 303). L’assertion c) résulte de b) et de la proposition 2 de A, I, p. 52. Supposons enfin que B soit connexe et que E soit un revêtement galoisien de B. Pour tout , il existe un B-automorphisme de E tel que I, p. 102, th. 2, c)). On a , d’où . L’assertion d) résulte donc de c).
4. Cas des revêtements associés à un revêtement principal
Soit B un espace topologique, soit G un groupe topologique discret et soit E un revêtement de B, principal de groupe G. Notons la projection du B-espace E. Soit un point de B et soit un point de .
Proposition 5 01ZI
L’application de dans G qui, à , associe l’unique élément de G tel que , est un homomorphisme de groupes, de noyau le sous-groupe de . Si E est connexe, cet homomorphisme est surjectif.
Pour tout , on a Int().
Soit E un revêtement de B, principal de groupe G, soit un point de et notons la projection de E. Pour tout , l’application est un B-automorphisme de E. On a donc, pour tout , tout et tout , la relation cf. III, p. 305, relation (4)). Par suite, pour , on a
ce qui prouve que est un homomorphisme de groupes.
Son noyau est le fixateur de pour l’opération canonique de , donc est égal à d’après le théorème 1 de III, p. 305. L’application est une bijection de G sur . L’image de l’homomorphisme est donc l’ensemble des tels que appartienne à l’orbite de pour cette opération. Si E est connexe, opère transitivement sur loc. cit.) et l’homomorphisme est surjectif.
Soit ; pour tout , on a
d’où . Cela termine la preuve de la proposition.
Exemple 1 01ZJ
Soit F un ensemble discret muni d’une opération de G et soit le revêtement de B associé. Notons le B-morphisme canonique. C’est un morphisme de revêtements. Pour tout et tout , on a alors
(5)
Si l’on identifie F à par l’application bijective , il en résulte que l’opération à droite Aut(X) est la composée de l’homomorphisme , de l’antihomomorphisme de G dans lui-même et de l’homomorphisme Aut(F) déduit de l’opération de G sur F.
Exemple 2 01ZK
Soit H un groupe topologique discret, soit un morphisme de groupes. Munissons H de l’opération à gauche de G donnée par , pour et . Soit le revêtement associé ; c’est un revêtement principal de groupe H (I, p. 107, exemple 6). Notons l’application canonique et posons . On a .
En effet, soit un lacet en dans B, soit sa classe dans et soit ; on a donc . Soit un chemin d’origine dans E ; alors, est un chemin d’origine dans qui relève le chemin dans B, si bien que
ce qui démontre que .
Exercices
See the exercises for § 4.