Bourbaki

§ 5. Homotopie et revêtements (cas des espaces localement connexes par arcs)

1. Condition homotopique de relèvement des applications continues

Proposition 1 01ZL

Soit B un espace topologique et soit (E,p)(E, p) un revêtement de B. Soit Y un espace topologique et soit f:Y→Bf: Y\rightarrow B une application continue. Soient y∈y\in Y,x∈,x\in E,b∈,b\in B des points tels que f(y)=p(x)=bf(y) =p(x) =b. Supposons l’espace Y connexe et localement connexe par arcs. Pour qu’il existe un relèvement continu g:Y→Eg: Y\rightarrow E de ff tel que g(y)=xg(y) =x, il faut et il suffit que l’image de l’homomorphisme π1(f,y):π1(Y,y)→π1(B,b)\pi_1(f, y):\pi_1(Y, y)\rightarrow \pi_1(B, b) soit contenue dans l’image de l’homomorphisme π1(p,x):π1(E,x)→π1(B,b)\pi_1(p, x):\pi_1(E, x)\rightarrow \pi_1(B, b).

La condition est nécessaire sans hypothèse sur l’espace Y. En effet, si un tel relèvement gg existe, on a π1(f,y)=π1(p,x)∘π1(g,y)\pi_1(f, y) =\pi_1(p, x)\circ \pi_1(g, y).

Démontrons qu’elle est suffisante. Notons s:Λb(B)→Λx(E)s: \Lambda_b(B)\rightarrow \Lambda_x(E) l’homéomorphisme réciproque de l’homéomorphisme c↦p∘c(c\mapsto p\circ c(III, p. 302, cor. 2 de la prop. 3) et soit φ:Λy(Y)→Λx(E)\varphi : \Lambda_y(Y)\rightarrow \Lambda_x(E) l’application d↦d\mapsto s(f∘d)s(f\circ d). L’application φ\varphi est continue (I, p. 132, lemme).

Soient dd et d′∈Λy(Y)d'\in \Lambda_y(Y) des chemins d’origine yy ayant le même terme ; démontrons que les chemins φ(d)\varphi (d) et φ(d′)\varphi (d') ont même terme. Posons c=f∘d,c′=f∘d′c=f\circ d,c'=f\circ d'. Comme le chemin d∗d′‾d*\overline{d'} est un lacet dans Y en yy, le chemin c∗c′‾c*\overline{c'} est un lacet dans B en bb et sa classe appartient à l’image de l’homomorphisme π1(f,y)\pi_1(f, y), donc à l’image de l’homomorphisme π1(p,x)\pi_1(p, x) par hypothèse. D’après le cor. 2 de la prop. 4 (III, p. 303), le chemin s(c∗c′‾)s(c*\overline{c'}) est un lacet dans E en xx. Il en est de même du chemin s(c′∗c‾)s(c'*\overline{c}) qui, par unicité du relèvement des chemins, est égal à s(c∗c′‾)s(c*\overline{c'}). On a donc s(c′∗c‾)(12)=s(c′)(1)=s(c)(1)s(c'*\overline{c})(\frac{1}{2}) =s(c')(1) =s(c)(1), ce qu’on voulait démontrer.

Notons respectivement eE:Λx(E)→Ee_E: \Lambda_x(E)\rightarrow E et eY:Λy(Y)→Ye_Y: \Lambda_y(Y)\rightarrow Y les applications terme. Comme l’espace Y est supposé connexe et localement connexe par arcs, l’application eYe_Y est surjective et ouverte (III, p. 262, prop. 10). D’après l’alinéa précédent, il existe une unique application g:Y→Eg: Y\rightarrow E telle que eE∘φ=g∘eYe_E\circ \varphi =g\circ e_Y. Elle est continue, car l’application eYe_Y stricte ( I, p. 18, exemple 2).

Vérifions enfin que l’application gg relève l’application ff et que g(y)=xg(y) =x. Tout point zz de Y est le terme d’un chemin cc d’origine yy. Le chemin φ(c)\varphi (c) est un relèvement de f∘cf\circ c d’origine xx et de terme le point g(z)g(z). On a donc p(g(z))=f(z)p(g(z)) =f(z). Pour z=yz=y et c=eyc=e_y, on a φ(ey)=ex\varphi (e_y) =e_x, d’où g(y)=xg(y) =x.

Corollaire 1 01ZM

Soit B un espace topologique connexe et localement connexe par arcs, et soit bb un point de B. Pour qu’un revêtement (E,p)(E, p) de B soit trivialisable, il faut et il suffit que, pour tout point xx de la fibre EbE_b, l’homomorphisme π1(p,x)\pi_1(p, x) soit bijectif.

Rappelons que l’homomorphisme π1(p,x)\pi_1(p, x) est injectif (III, p. 303, cor. 1 de la prop. 4). L’énoncé résulte donc de la prop. 1 et de I, p. 81, cor. 4 de la prop. 6.

Remarque 01ZN

Soit B un espace topologique localement connexe par arcs, soit bb un point de B et soit V un voisinage ouvert et connexe de bb tel que l’homomorphisme de π1(V,b)\pi_1(V, b) dans π1(B,b)\pi_1(B, b) ait pour image le sous-groupe réduit à l’élément neutre. D’après le cor. 1, tout revêtement de B est trivialisable au-dessus de V, et a fortiori au-dessus de toute partie de B contenue dans V.

Corollaire 2 01ZO

Soit B un espace topologique connexe et localement connexe par arcs. Si, pour un point bb de B, le groupe π1(B,b)\pi_1(B, b) est réduit à l’élément neutre, l’espace B est simplement connexe.

En effet, il résulte du corollaire 1 que, sous ces hypothèses, tout revêtement de B est trivialisable.

Corollaire 3 01ZP

Soit

E′f′{E'}^{f'} E

p′pp'p

B′f{B'}^f B

un carré cartésien. Supposons que E soit un revêtement de B et que l’espace B′B' soit connexe et localement connexe par arcs. Soient b′b' un point de B′B' et b=f(b′)b=f(b'). Pour que (E′,p′)(E', p') soit un revêtement trivialisable de B′B', il faut et il suffit que, pour tout point xx de la fibre EbE_b, l’image de π1(p,x)\pi_1(p, x) contienne l’image de π1(f,b)\pi_1(f, b).

Cela résulte de la prop. 1 et de I, p. 81, cor. 5 de la prop. 6.

2. Opérations du groupe de Poincaré et morphismes de revêtements

Soit B un espace topologique connexe et localement connexe par arcs et soit bb un point de B.

Soit E un revêtement de B. Comme l’espace B est supposé connexe, la fibre EbE_b n’est pas vide si E n’est pas vide (I, p. 74, prop. 4). D’après l’assertion a) du théorème 1 de III, p. 305, le revêtement E est connexe et non vide si et seulement si le groupe π1(B,b)\pi_1(B, b) opère transitivement sur EbE_b.

Proposition 2 01ZQ

Soient E et E′E' des revêtements de B.

a) Soit f:E→E′f: E\rightarrow E' un B-morphisme. L’application fb:Eb→Eb′f_b: E_b\rightarrow E'_b déduite de ff est compatible avec les opérations de π1(B,b)\pi_1(B, b) sur EbE_b et Eb′E'_b respectivement. Elle est bijective si et seulement si ff est un isomorphisme.

b) L’application f↦fbf\mapsto f_b est une bijection de l’ensemble CB(E;E′)\mathscr{C}_B(E; E') des B-morphismes de E dans E′E' sur l’ensemble Fπ1(B,b)(Eb;Eb′)\mathscr{F}_{\pi_1(B,b)}(E_b; E'_b) des π1(B,b)\pi_1(B, b)-morphismes de EbE_b dans Eb′E'_b.

Si ff est un B-morphisme de E dans E′E', l’application fb:Eb→Eb′f_b: E_b\rightarrow E'_b est un π1(B,b)\pi_1(B, b)-morphisme (cf. III, p. 305). De plus, deux B-morphismes de E dans E′E' qui coïncident sur la fibre EbE_b sont égaux (I, p. 80, cor. 3 de la prop. 6).

Soit φ:Eb→Eb′\varphi : E_b\rightarrow E'_b un morphisme de π1(B,b)\pi_1(B, b)-ensembles ; démontrons qu’il existe un B-morphisme ff de E dans E′E' tel que fb=φf_b=\varphi. On peut supposer les espaces E et E′E' connexes et non vides, de sorte que EbE_b et Eb′E'_b sont des π1(B,b)\pi_1(B, b)-ensembles homogènes. Soit xx un point de EbE_b; son fixateur G est l’image de l’application π1(p,x)\pi_1(p, x) (III, p. 305, théorème 1). Comme l’application φ\varphi est un π1(B,b)\pi_1(B, b)-morphisme, le groupe G fixe le point x′=φ(x)x'=\varphi (x) de Eb′E'_b, donc est contenu dans l’image de l’application π1(p′,x′)\pi_1(p', x'). D’après la prop. 1 de III, p. 308, il existe un B-morphisme ff de E dans E′E' tel que f(x)=x′f(x) =x'. Les applications fbf_b et φ\varphi sont des π1(B,b)\pi_1(B, b)-morphismes du π1(B,b)\pi_1(B, b)-ensemble homogène EbE_b dans Eb′E'_b qui coïncident au point xx; elles sont donc égales.

Si f:E→E′f: E\rightarrow E' est un B-isomorphisme, l’application fb:Eb→Eb′f_b: E_b\rightarrow E'_b est bijective. Inversement, supposons l’application fbf_b bijective et soit g:E′→g: E'\rightarrow E un B-morphisme tel que gb=(fb)−1g_b= (f_b)^{-1}. Le B-morphisme g∘f:E→Eg\circ f: E\rightarrow E induit sur EbE_b l’application identique ; il résulte donc de la proposition que g∘f=g\circ f= IdE_E. De même, f∘g=f\circ g= IdE′_{E'}, ce qui prouve que ff est un B-isomorphisme.

Corollaire 1 01ZR

Les revêtements E et E′E' sont isomorphes si et seulement si les π1(B,b)\pi_1(B, b)-ensembles EbE_b et Eb′E'_b sont isomorphes.

Corollaire 2 01ZS

Soient (E,p)(E, p) et (E′,p′)(E', p') des revêtements connexes de B. Soient xx un point de EbE_b et x′x' un point de Eb′E'_b. Pour qu’il existe un B-morphisme g:E→E′g: E\rightarrow E' tel que g(x)=x′g(x) =x', il faut et il suffit que l’on ait p∗(π1(E,x))⊂p∗′(π1(E′,x′))p_*(\pi_1(E, x))\subset p'_*(\pi_1(E', x')). Un tel morphisme est alors unique et est un isomorphisme si et seulement si les sous-groupes p∗(π1(E,x))p_*(\pi_1(E, x)) et p∗′(π1(E′,x′))p'_*(\pi_1(E', x')) de π1(B,b)\pi_1(B, b) sont égaux.

D’après III, p. 305, théorème 1, l’application de π1(B,b)\pi_1(B, b) sur EbE_b définie par γ↦x⋅γ\gamma \mapsto x\cdot \gamma induit par passage au quotient un isomorphisme du π1(B,b)\pi_1(B, b)-ensemble p∗(π1(E,x))\π1(B,b)p_*(\pi_1(E, x))\backslash \pi_1(B, b) sur EbE_b. De même, il existe un unique isomorphisme de π1(B,b)\pi_1(B, b)-ensembles de p∗(π1(E′,x′))\π1(B,b)p_*(\pi_1(E', x'))\backslash \pi_1(B, b) sur Eb′E'_b. D’après la proposition 2, il existe un B-morphisme g:E→E′g: E\rightarrow E' tel que g(x)=x′g(x) =x' si et seulement s’il existe un morphisme de π1(B,b)\pi_1(B, b)-ensembles de p∗(π1(E,x))\π1(B,b)p_*(\pi_1(E, x))\backslash \pi_1(B, b) sur p∗′(π1(E′,x′))\π1(B,b)p'_*(\pi_1(E', x'))\backslash \pi_1(B, b) qui envoie la classe p∗(π1(E,x))p_*(\pi_1(E, x)) sur la classe p∗′(π1(E′,x′))p'_*(\pi_1(E', x')). Un tel morphisme existe si et seulement si l’on a p∗(π1(E,x))⊂p∗′(π1(E′,x′))p_*(\pi_1(E, x))\subset p'_*(\pi_1(E', x')). Il est alors unique, car l’espace E est supposé connexe (I, p. 34, cor. 2 de la prop. 11). C’est un isomorphisme si et seulement si les sous-groupes p∗(π1(E,x))p_*(\pi_1(E, x)) et p∗′(π1(E′,x′))p'_*(\pi_1(E', x')) de π1(B,b)\pi_1(B, b) sont égaux.

Corollaire 3 01ZT

Soit (E,p)(E, p) un revêtement connexe de B et soit xx un point de la fibre EbE_b. Notons N le normalisateur de p∗(π1(E,x))p_*(\pi_1(E, x)) dans π1(B,b)\pi_1(B, b). Pour tout élément γ\gamma de N, il existe un unique B-automorphisme gg de E tel que g(x)=x⋅γg(x) =x\cdot \gamma, et l’application γ↦g\gamma \mapsto g définit par passage au quotient un isomorphisme de groupes de N/p∗(π1(E,x))N/p_*(\pi_1(E, x)) sur AutB(E)_B(E).

Soit γ∈π1(B,b)\gamma \in \pi_1(B, b) ; on a p∗(π1(E,x))=p_*(\pi_1(E, x)) = Int(γ\gamma )(p∗(π1(E,x⋅γ)))(p_*(\pi_1(E, x\cdot \gamma ))) (III, p. 305, théorème 1, c)). D’après le corollaire 2, pour qu’il existe un B-automorphisme gg de E tel que g(x)=x⋅γg(x) =x\cdot \gamma, il faut et il suffit que γ\gamma appartienne à N. Un tel isomorphisme est alors unique. Notons α:N→\alpha : N\rightarrow AutB(E)_B(E) l’application γ↦g\gamma \mapsto g ainsi définie.

Soient γ\gamma et γ′\gamma ' deux éléments de N. Posons g=α(γ),g′=α(γ′)g=\alpha (\gamma ),g'=\alpha (\gamma ') ; on a g(g′(x))=g(x⋅γ′)=g(x)⋅γ′=(x⋅γ)⋅γ′=x⋅(γγ′)g(g'(x)) =g(x\cdot \gamma ') =g(x)\cdot \gamma '= (x\cdot \gamma )\cdot \gamma '=x\cdot (\gamma \gamma ') d’après les relations (4), III, p. 305 et (1), p. 304. Par suite, α\alpha est un homomorphisme de groupes. Pour que α(γ)=\alpha (\gamma ) = IdE_E, il faut et il suffit que l’on ait x⋅γ=xx\cdot \gamma =x, en vertu de l’unicité de α(γ)\alpha (\gamma ), c’est-à-dire γ∈p∗(π1(E,x))\gamma \in p_*(\pi_1(E, x)) (III, p. 305, théorème 1, b)). Enfin, si gg est un B-automorphisme de E, il existe un chemin cc joignant xx à g(x)g(x) dans E (qui est connexe par arcs), et l’on a alors g(x)=x⋅γg(x) =x\cdot \gamma, où γ\gamma est la classe du chemin p∘cp\circ c. Cela prouve que l’homomorphisme α\alpha est surjectif.

Le groupe AutB(E)_B(E) opère sur la fibre EbE_b et s’identifie au groupe des automorphismes du π1(B,b)\pi_1(B, b)-ensemble (à droite) homogène Eb(E_b(cf. A, I, p. 56, prop. 5 et 6).

Corollaire 4 01ZU

Soit (E,p)(E, p) un revêtement connexe de B et soit xx un point de la fibre EbE_b. Pour que E soit un revêtement galoisien de B, il faut et il suffit que p∗(π1(E,x))p_*(\pi_1(E, x)) soit un sous-groupe distingué de π1(B,b)\pi_1(B, b). Le groupe AutB(E)_B(E) est alors isomorphe au groupe quotient π1(B,b)/p∗(π1(E,x))\pi_1(B, b)/p_*(\pi_1(E, x)).

Si p∗(π1(E,x))p_*(\pi_1(E, x)) est un sous-groupe distingué de π1(B,b)\pi_1(B, b), le groupe AutB(E)_B(E) opère transitivement sur la fibre EbE_b d’après le corollaire 3, de sorte que E est un revêtement galoisien de B (I, p. 102, th. 2). La réciproque est l’assertion d) du théorème 1 (III, p. 305). La dernière assertion résulte du corollaire 3.

3. Opérations sans monodromie locale du groupoïde de Poincaré

Lemme 1 01ZV

Soit B un espace topologique localement connexe par arcs, soient p:E→Bp: E\rightarrow B et p′:E′→Bp': E'\rightarrow B des applications étales et séparées qui vérifient la propriété de relèvement des chemins (III, p. 302). Soit g:E→E′g: E\rightarrow E' une application telle que p′∘g=pp'\circ g=p. On suppose que gg est compatible avec les opérations canoniques du groupoïde ϖ(B)\varpi (B) sur E et E′E'. Alors, gg est continue.

Soit cc un chemin dans E ; posons c′=g∘cc'=g\circ c et démontrons que l’application c′c' est continue. Notons dd le chemin p∘cp\circ c dans B et, pour tout t∈It\in \mathbf{I}, notons dtd_t le chemin s↦d(st)s\mapsto d(st). Pour tout t∈It\in \mathbf{I}, on a c(t)=c(0)⋅dt(c(t) =c(0)\cdot d_t(III, p. 304, remarque 3), d’où c′(t)=c′(0)⋅dtc'(t) =c'(0)\cdot d_t d’après l’hypothèse faite sur gg, ce qui prouve que c′c' est un chemin relevant le chemin dd, d’après cette même remarque. Cela prouve que l’application gg est continue par arcs. Comme l’espace E est localement connexe par arcs (III, p. 261, cor. 2), l’application gg est continue (III, p. 269, corollaire de la prop. 13).

Soit B un espace topologique. Considérons une opération φ\varphi = (φa,b)(a,b)∈B×B(\varphi_{a,b})_{(a,b)\in B\times B} du groupoïde ϖ(B)\varpi (B) sur un ensemble E, relativement à une application p:E→Bp: E\rightarrow B. On dit que ϖ(B)\varpi (B) opère sans monodromie sur E (cf. II, p. 168) si pour tout b∈b\in B et toute classe de lacet γ∈π1(B,b)\gamma \in \pi_1(B, b), l’action de γ\gamma sur la fibre EbE_b est triviale. Si B est connexe par arcs, il suffit qu’il en soit ainsi pour un point de B (loc. cit.). Nous dirons que l’opération φ\varphi du groupoïde ϖ(B)\varpi (B) est sans monodromie locale si tout point de B possède un voisinage V tel que ϖ(V)\varpi (V) opère sans monodromie sur l’ensemble EVE_V = p−1(V)\overset{-1}{p}(V) relativement à l’application pV=p∣p−1(V)p_V=p|\overset{-1}{p}(V).

Remarque 01ZW

Soit B un espace topologique localement connexe par arcs et supposons que tout point bb de B possède un voisinage V tel que l’image de π1(V,b)\pi_1(V, b) dans π1(B,b)\pi_1(B, b) soit réduite à l’élément neutre (cf. IV, p. 340, déf. 2). Alors, toute opération du groupoïde ϖ(B)\varpi (B) est sans monodromie locale.

En effet, considérons un ensemble E, une application p:E→Bp: E\rightarrow B et une opération φ\varphi du groupoïde ϖ(B)\varpi (B) sur E relativement à pp. Soit aa un point de B et soit V un voisinage de aa tel que l’image de π1(V,a)\pi_1(V, a) dans π1(B,a)\pi_1(B, a) soit réduite à l’élément neutre. Soit U un voisinage connexe par arcs de aa contenu dans V. Soit bb un point de U et soit γ∈π1(U,b)\gamma \in \pi_1(U, b). Soit δ\delta la classe d’un chemin reliant aa à bb dans U. Alors, δγδ−1\delta \gamma \delta^{-1} est la classe d’un lacet en aa dans U ; son image dans π1(B,a)\pi_1(B, a) est donc triviale. On a ainsi φa,a(δγδ−1)=\varphi_{a,a}(\delta \gamma \delta^{-1}) = IdEa_{E_a}, d’où φb,b(γ)=\varphi_{b,b}(\gamma ) = IdEb_{E_b}. Cela démontre que l’opération de ϖ(U)\varpi (U) sur le U-espace EUE_U est sans monodromie. Par suite, l’opération φ\varphi est sans monodromie locale.

Proposition 3 01ZX

Soit B un espace topologique localement connexe par arcs et soit E un ensemble muni d’une opération sans monodromie locale φ\varphi du groupoïde ϖ(B)\varpi (B), relativement à une application p:E→Bp: E\rightarrow B. Il existe alors sur E une unique topologie pour laquelle les conditions suivantes sont satisfaites :

(i) L’ensemble E muni de cette topologie et de l’application pp est un revêtement de B;

(ii) L’opération canonique de ϖ(B)\varpi (B) sur ce revêtement est identique à l’opération φ\varphi.

L’unicité d’une telle topologie résulte du lemme 1 de III, p. 312, où l’on prend pour gg l’application identique de E. Pour démontrer son existence, on peut en outre supposer que B est connexe et non vide.

Supposons tout d’abord que l’opération φ=(φa,b)(a,b)∈B×B\varphi = (\varphi_{a,b})_{(a,b)\in B\times B} du groupoïde ϖ(B)\varpi (B) sur l’ensemble E, relativement à pp, soit sans monodromie.

Soit aa un point de B. Pour tout point b∈Bb\in B, il existe un chemin cc dans B joignant aa à bb. Si γ∈ϖa,b(B)\gamma \in \varpi_{a,b}(B) désigne la classe du chemin cc, la bijection φa,b(γ):Ea→Eb\varphi_{a,b}(\gamma ): E_a\rightarrow E_b est indépendante du chemin cc, car l’opération est sans monodromie ; on note fa,bf_{a,b} cette bijection. L’application Φa:B×Ea→\Phi_a: B\times E_a\rightarrow E définie par (b,x)↦fa,b(x)(b, x)\mapsto f_{a,b}(x) est une bijection ; la bijection réciproque associe à x∈Ex\in E le couple (p(x),fp(x),a(x))(p(x), f_{p(x),a}(x)). Munissons l’ensemble EaE_a de la topologie discrète, de sorte que le B-espace B×EaB\times E_a est un revêtement trivial de B. Par transport de structure, la bijection Φa\Phi_a munit E d’une topologie qui en fait un revêtement de B.

Démontrons que l’opération canonique de ϖ(B)\varpi (B) sur E est identique à l’opération φ\varphi. Soient xx un point de EaE_a et bb un point de B. Soit cc un chemin dans B qui joint le point aa au point bb; l’application t↦Φa(c(t),x)t\mapsto \Phi_a(c(t), x) est alors un chemin dans E qui joint le point xx au point Φa(b,x)=fa,b(x)\Phi_a(b, x) =f_{a,b}(x). Si γ∈ϖa,b(B)\gamma \in \varpi_{a,b}(B) désigne la classe du chemin cc, on a ainsi x⋅γ=fa,b(x)x\cdot \gamma =f_{a,b}(x). Cela démontre que l’opération canonique de ϖ(B)\varpi (B) sur le revêtement E et l’opération φ\varphi coïncident sur les classes de chemins d’origine aa. Comme ces classes engendrent le groupoïde ϖ(B)\varpi (B), les deux opérations sont égales.

Traitons maintenant le cas général. Soit B\mathscr{B} l’ensemble des parties ouvertes V de E telles que ϖ(V)\varpi (V) opère sans monodromie sur p−1(V)\overset{-1}{p}(V). Par hypothèse, les éléments de B\mathscr{B} recouvrent B. D’après ce qui précède, il existe pour tout V∈BV\in \mathscr{B}, une unique topologie sur l’ensemble p−1(V)\overset{-1}{p}(V) telle que (p−1(V),pV)(\overset{-1}{p}(V), p_V) soit un revêtement de V et que l’opération canonique de ϖ(V)\varpi (V) sur ce revêtement coïncide avec l’opération induite par φ\varphi.

Soient V et V′∈BV'\in \mathscr{B}. La topologie de p−1(V∩V′)\overset{-1}{p}(V\cap V') induite par la topologie de p−1(V)\overset{-1}{p}(V) (resp. de p−1(V′)\overset{-1}{p}(V')) définie ci-dessus en fait un revêtement de V∩V′V\cap V' sur lequel l’opération canonique de ϖ(V∩V′)\varpi (V\cap V') est induite par l’opération φ\varphi. Ces topologies coïncident donc avec celle de p−1(V∩V′)\overset{-1}{p}(V\cap V'). Il existe alors une unique topologie sur E induisant sur chaque p−1(V)\overset{-1}{p}(V) la topologie précédemment définie (cf. I, § 2, p. 16).

Lorsque E est muni de cette topologie, l’application pp est continue et le B-espace E est un revêtement. L’opération canonique de ϖ(B)\varpi (B) sur ce revêtement coïncide avec l’opération φ\varphi sur les classes de chemins dont l’image est contenue dans un des ouverts de B\mathscr{B}. D’après le lemme 4 de III, p. 272, ces classes engendrent le groupoïde ϖ(B)\varpi (B). Il en résulte que ces deux opérations sont égales (II, p. 167).

Corollaire 01ZY

Soit B un espace topologique connexe et localement connexe par arcs, soit (E,p)(E, p) un B-espace dont la projection pp est étale, séparée et possède la propriété de relèvement des chemins. Si l’opération canonique de ϖ(B)\varpi (B) sur l’ensemble E, relativement à pp, est sans monodromie locale, alors E est un revêtement de B.

Munissons E de l’opération canonique de ϖ(B)\varpi (B) définie par le relèvement des chemins (III, p. 303, no3^o3). Il existe une topologie sur E pour laquelle les conditions (i) et (ii) de la prop. 3 sont satisfaites. Cette topologie coïncide avec la topologie donnée sur E d’après le lemme 1 de III, p. 312.

4. Topologie admissible des groupes de Poincaré

Soit B un espace topologique et soit aa un point de B. On dit qu’un sous-groupe H de π1(B,a)\pi_1(B, a) est admissible si tout point bb de B a un voisinage V tel que l’on ait γi∗(δ)γ−1∈H\gamma i_*(\delta )\gamma^{-1}\in H pour tout γ∈ϖa,b(B)\gamma \in \varpi_{a,b}(B) et tout δ∈π1(V,b)\delta \in \pi_1(V, b), où i:V→i: V\rightarrow B est l’injection canonique. Si H est un sous-groupe distingué de π1(B,a)\pi_1(B, a), il suffit, pour que H soit admissible, que cette condition soit vérifiée pour une classe de chemins γ∈ϖa,b(B)\gamma \in \varpi_{a,b}(B).

Proposition 4 01ZZ

Il existe une unique topologie sur π1(B,a)\pi_1(B, a), compatible avec sa structure de groupe, pour laquelle les sous-groupes distingués admissibles de π1(B,a)\pi_1(B, a) forment un système fondamental de voisinages de l’élément neutre. Pour cette topologie, les sous-groupes ouverts sont exactement les sous-groupes admissibles.

Les faits suivants résultent de la définition d’un sous-groupe admissible :

a) Le groupe π1(B,a)\pi_1(B, a) est admissible ;

b) Un sous-groupe contenant un sous-groupe admissible est admissible ;

c) L’intersection d’une famille finie de sous-groupes admissibles est admissible ;

d) Pour tout sous-groupe admissible H de π1(B,a)\pi_1(B, a) l’intersection des sous-groupes γHγ−1\gamma H\gamma^{-1}, lorsque γ\gamma parcourt π1(B,a)\pi_1(B, a), est admissible. En particulier, l’ensemble des sous-groupes distingués admissibles est une base de filtre formée de sous-groupes de π1(B,a)\pi_1(B, a) vérifiant l’axiome (GVIII′'_{III}) de III, p. 4, d’où la première partie de la proposition d’après TG, III, p. 5, exemple. La seconde partie est alors immédiate (cf. TG, III, p. 7, corollaire de la prop. 4).

La topologie sur le groupe π1(B,a)\pi_1(B, a) caractérisée dans la proposition 4 est appelée la topologie admissible.

Remarque 1 0200

Si B0B_0 désigne la composante connexe par arcs de aa dans B, l’isomorphisme canonique π1(B0,a)→π1(B,a)\pi_1(B_0, a)\rightarrow \pi_1(B, a) est un isomorphisme de groupes topologiques lorsque ces groupes sont munis de la topologie admissible.

Remarque 2 0201

Soit B un espace topologique. Soient bb et b′b' des points de B qui appartiennent à la même composante connexe par arcs et soit γ\gamma un élément de ϖb,b′(B)\varpi_{b,b'}(B). Il résulte de la définition d’un sous-groupe admissible que, pour tout sous-groupe admissible H de π1(B,b′)\pi_1(B, b'), le sous-groupe γHγ−1\gamma H\gamma^{-1} de π1(B,b)\pi_1(B, b) est admissible. Par suite, l’isomorphisme uγ:δ↦γδγ−1u_{\gamma}:\delta \mapsto \gamma \delta \gamma^{-1} de π1(B,b′)\pi_1(B, b') sur π1(B,b)\pi_1(B, b) (cf. III, p. 292) est un homéo-morphisme lorsqu’on munit ces groupes des topologies admissibles.

Remarque 3 0202

Soient A et B des espaces topologiques, soit aa un point de A et soit f:A→Bf: A\rightarrow B une application continue. Posons b=f(a)b=f(a). Si H est un sous-groupe admissible de π1(B,b)\pi_1(B, b), son image réciproque par l’homomorphisme π1(f,a)\pi_1(f, a) est un sous-groupe admissible de π1(A,a)\pi_1(A, a). Par conséquent, l’homomorphisme de groupes π1(f,a):π1(A,a)→π1(B,b)\pi_1(f, a):\pi_1(A, a)\rightarrow \pi_1(B, b) est continu, lorsque ces groupes sont munis de la topologie admissible.

Proposition 5 0203

Soit B un espace topologique localement connexe par arcs et soit aa un point de B. Pour qu’un sous-groupe H de π1(B,a)\pi_1(B, a) soit admissible, il faut et il suffit qu’il existe un revêtement (E,p)(E, p) de B et un point x∈Eax\in E_a tel que H=p∗(π1(E,x))H =p_*(\pi_1(E, x)).

Soit (E,p)(E, p) un revêtement de B et soit xx un point de EaE_a; posons H=p∗(π1(E,x))H =p_*(\pi_1(E, x)) et montrons que c’est un sous-groupe admissible de π1(B,a)\pi_1(B, a). Soit bb un point de B et soit V un voisinage de bb tel que EV=E_V= (p−1(V),pV)(\overset{-1}{p}(V), p_V) soit un revêtement trivialisable de V. Soit γ∈ϖa,b(B)\gamma \in \varpi_{a,b}(B) ; nous allons démontrer que pour tout élément δ∈π1(V,b)\delta \in \pi_1(V, b), la classe de chemins γδγ−1\gamma \delta \gamma^{-1} appartient à H.

D’après III, p. 301, prop. 3, il existe une unique classe d’homotopie stricte γ′\gamma ' de chemin d’origine xx dans E telle que p∗(γ′)=γp_*(\gamma ') =\gamma Soit yy le terme de γ′\gamma '; on a p(y)=b(p(y) =b(III, p. 302, prop. 4). Soit alors δ′\delta ' l’unique classe de chemin d’origine yy dans E telle que p∗(δ′)=δp_*(\delta ') =\delta. Comme EVE_V est trivialisable, δ′\delta ' est la classe d’un lacet en yy. Alors, γ′δ′(γ′)−1\gamma '\delta '(\gamma ')^{-1} est la classe d’un lacet en aa dans E dont l’image par p∗p_* est la classe γδγ−1\gamma \delta \gamma^{-1}, ce qu’il fallait démontrer.

Inversement, soit H un sous-groupe admissible de π1(B,a)\pi_1(B, a). Soit λa(B)\lambda_a(B) le quotient de l’espace Λa(B)\Lambda_a(B) des chemins d’origine aa pour la relation d’homotopie stricte ; comme deux chemins strictement homotopes ont même terme, l’application terme e:Λa(B)→Be: \Lambda_a(B)\rightarrow B définit par passage au quotient une application ε:λa(B)→B\varepsilon :\lambda_a(B)\rightarrow B. La composition des classes de chemins munit l’ensemble λa(B)\lambda_a(B) d’une action à gauche du groupe π1(B,a)\pi_1(B, a). Munissons-le de l’action du groupe H déduite par restriction et notons H\λa(B)H\backslash \lambda_a(B) l’ensemble de ses orbites.

L’application ε:λa(B)→B\varepsilon :\lambda_a(B)\rightarrow B induit, par passage au quotient, une application q:H\λa(B)→Bq: H\backslash \lambda_a(B)\rightarrow B. La composition des classes de chemins munit l’ensemble H\λa(B)H\backslash \lambda_a(B) d’une opération à droite du groupoïde ϖ(B)\varpi (B) relativement à l’application qq.

Cette opération est sans monodromie locale. Soit en effet bb un point de B et soit V un voisinage de bb tel que γi∗(π1(V,b))γ−1⊂H\gamma i_*(\pi_1(V, b))\gamma^{-1}\subset H pour toute classe de chemins γ\gamma reliant aa à bb dans B, où ii désigne l’inclusion de V dans B. Comme B est localement connexe par arcs, on peut en outre supposer que V est connexe par arcs. Soit c∈Vc\in V, soit δ\delta la classe dans π1(B,c)\pi_1(B, c) d’un lacet en cc contenu dans V et soit δ′\delta ' un élément de λa(B)\lambda_a(B) tel que ε(δ′)=c\varepsilon (\delta ') =c. Soit δ′′\delta '' un élément de ϖc,b(V)\varpi_{c,b}(V) et posons γ=δ′δ′′\gamma =\delta '\delta ''. Par définition de V, l’élément δ′δ(δ′)−1=γ((δ′′)−1δδ′′)γ−1\delta '\delta (\delta ')^{-1}=\gamma ((\delta '')^{-1}\delta \delta '')\gamma^{-1} de π1(B,a)\pi_1(B, a) appartient à H. Alors, Hδ′⋅δ=Hδ′H\delta '\cdot \delta = H\delta '; cela démontre que π1(V,c)\pi_1(V, c) agit trivialement sur l’ensemble q−1(c)\overset{-1}{q}(c).

D’après III, p. 313, prop. 3, il existe une unique topologie sur H\λa(B)H\backslash \lambda_a(B) pour laquelle qq est continue et le B-espace (H\λa(B),q)(H\backslash \lambda_a(B), q) est un revêtement tel que l’opération canonique de ϖ(B)\varpi (B) sur ce revêtement soit l’opération définie ci-dessus. D’après l’assertion b) du théorème 1 de III, p. 305, le groupe q∗(π1(H\λa(B),H))q_*(\pi_1(H\backslash \lambda_a(B),H)) est égal à H.

Nous dirons qu’une opération du groupe π1(B,b)\pi_1(B, b) sur un ensemble X est admissible si le noyau de l’application canonique π1(B,b)→SX\pi_1(B, b)\rightarrow \mathfrak{S}_X est un sous-groupe ouvert de π1(B,b)\pi_1(B, b). Cela revient à dire que l’homomorphisme π1(B,b)→SX\pi_1(B, b)\rightarrow \mathfrak{S}_X est continu si le groupe SX\mathfrak{S}_X est muni de la topologie discrète. L’application π1(B,b)×X→X\pi_1(B, b)\times X\rightarrow X est alors continue, lorsque X est muni de la topologie discrète. Inversement, considérons une opération continue de π1(B,b)\pi_1(B, b) sur un espace discret X. Soit xx un point de X ; son fixateur est un sous-groupe ouvert H de π1(B,b)\pi_1(B, b) par hypothèse. Pour γ∈π1(B,b)\gamma \in \pi_1(B, b), le fixateur de γ⋅x\gamma \cdot x est le sous-groupe γHγ−1\gamma H\gamma^{-1}, de sorte que le sous-groupe de π1(B,b)\pi_1(B, b) fixant chaque élément de l’orbite de xx est l’intersection des sous-groupes γHγ−1\gamma H\gamma^{-1}, pour γ\gamma parcourant π1(B,b)\pi_1(B, b). C’est un sous-groupe ouvert car les sous-groupes ouverts distingués de π1(B,b)\pi_1(B, b) forment une base de sa topologie (III, p. 315, prop. 4). Cela entraîne qu’une opération continue de π1(B,b)\pi_1(B, b) sur un espace discret X est admissible si elle est transitive ou, plus généralement, si l’ensemble des orbites des éléments de X est fini.

Pour tout groupe discret G, tout revêtement E de B principal de groupe G et tout point x∈Ebx\in E_b, rappelons que l’application h(E,x)h_{(E,x)} de π1(B,b)\pi_1(B, b) dans G qui, à γ∈π1(B,b)\gamma \in \pi_1(B, b), associe l’unique élément g∈Gg\in G tel que x⋅g=x⋅γ−1x\cdot g=x\cdot \gamma^{-1} est un homomorphisme de groupes (III, p. 306, prop. 5).

Proposition 6 0204

Soit B un espace topologique et soit bb un point de B. Munissons le groupe π1(B,b)\pi_1(B, b) de la topologie admissible.

a) Pour tout groupe discret G, tout revêtement E de B, principal de groupe G et tout x∈Ebx\in E_b, l’homomorphisme h(E,x)h_{(E,x)} est un homomorphisme continu de groupes topologiques.

b) Pour tout revêtement E de B, l’opération canonique de π1(B,b)\pi_1(B, b) sur la fibre EbE_b est admissible.

Il suffit de démontrer la seconde assertion. Soit K l’ensemble des éléments k∈π1(B,b)k\in \pi_1(B, b) tels que x⋅k=xx\cdot k=x pour tout x∈Ebx\in E_b; démontrons que K est un sous-groupe admissible de π1(B,b)\pi_1(B, b).

Soit b′b' un point de B et soit V′V' un voisinage de b′b' dans B au-dessus duquel le revêtement E est trivialisable. Soit γ\gamma la classe d’un chemin cc reliant bb à b′b' dans B et soit c′c' l’unique chemin d’origine xx dans E qui relève cc. Pour tout δ∈π1(V′,b′)\delta \in \pi_1(V', b') et tout x′∈Eb′x'\in E_{b'}, on a x′⋅δ=x′x'\cdot \delta =x'. Par suite, pour x∈Ebx\in E_b et δ∈π1(V′,b′)\delta \in \pi_1(V', b'), on a

x⋅γδγ−1=((x⋅γ)⋅δ)⋅γ−1=(x⋅γ)⋅γ−1=x x\cdot \gamma \delta \gamma^{-1}= ((x\cdot \gamma )\cdot \delta )\cdot \gamma^{-1}= (x\cdot \gamma )\cdot \gamma^{-1}=x

si bien que γδγ−1\gamma \delta \gamma^{-1} appartient à K. Autrement dit, K est un sous-groupe admissible, d’où la proposition.

Proposition 7 0205

Soit B un espace topologique connexe et localement connexe par arcs et soit bb un point de B. Munissons le groupe π1(B,b)\pi_1(B, b) de la topologie admissible.

a) Soit G un groupe topologique discret. Pour tout homomorphisme continu f:π1(B,b)→f:\pi_1(B, b)\rightarrow G, il existe un revêtement E de B, principal de groupe G et un point xx de EbE_b tels que h(E,x)=fh_{(E,x)}=f.

b) Pour tout espace topologique discret F muni d’une opération à droite, admissible, du groupe π1(B,b)\pi_1(B, b), il existe un revêtement E de B tel que les π1(B,b)\pi_1(B, b)-ensembles F et EbE_b soient isomorphes.

Démontrons a). Soit ff un homomorphisme continu de π1(B,b)\pi_1(B, b) dans un groupe discret G. Son noyau est un sous-groupe ouvert distingué K de π1(B,b)\pi_1(B, b) ; notons H le groupe π1(B,b)/K\pi_1(B, b)/K et f‾:H→G\overline{f}: H\rightarrow G l’homomorphisme de groupes déduit de ff par passage au quotient. D’après III, p. 316, prop. 5, il existe un revêtement connexe E′E' de B tel que le sous-groupe K soit le fixateur de tout point de la fibre Eb′E'_b; le revêtement E′E' est principal de groupe H=π1(B,b)/KH =\pi_1(B, b)/K. Soit x′x' un point de Eb′E'_b; l’homomorphisme h(E′,x′):π1(B,b)→Hh_{(E',x')}:\pi_1(B, b)\rightarrow H est surjectif de noyau K (III, p. 306, prop. 5). Soit donc φ:H→G\varphi : H\rightarrow G l’unique homomorphisme de groupes tel que φ∘h(E′,x′)=f\varphi \circ h_{(E',x')}=f. Le revêtement associé E=E′×HGE = E'\times^HG de B est principal de groupe G et l’on a h(E,x)=φ∘h(E′,x′)=fh_{(E,x)}=\varphi \circ h_{(E',x')}=f (III, p. 307, exemple 2). Cela démontre l’assertion a).

Démontrons b). Soit F un ensemble muni d’une opération à droite, admissible, du groupe π1(B,b)\pi_1(B, b). Notons f:π1(B,b)→SFf:\pi_1(B, b)\rightarrow \mathfrak{S}_F cette opération et munissons le groupe SF\mathfrak{S}_F de la topologie discrète. D’après a), il existe un revêtement E de B, principal de groupe SF\mathfrak{S}_F, et un point x∈Ex\in E tels que l’homomorphisme h(E,x)h_{(E,x)} soit égal à ff. L’opération canonique du groupe π1(B,b)\pi_1(B, b) sur la fibre en bb du revêtement associé E×SFFE\times^{\mathfrak{S}_F}F de B s’identifie à l’opération de π1(B,b)\pi_1(B, b) sur F (III, p. 306, exemple 1).

Remarque 4 0206

La topologie admissible sur π1(B,b)\pi_1(B, b) est la topologie la moins fine pour laquelle l’opération de π1(B,b)\pi_1(B, b) sur EbE_b est continue pour tout revêtement connexe E de B (prop. 6 de III, p. 318 et prop. 7 de III, p. 318). Si E est un revêtement connexe de B et xx un point de la fibre EbE_b, l’application c′↦c′(1)c'\mapsto c'(1) de Λx(E)\Lambda_x(E) dans E est continue Par conséquent, l’application c↦x⋅cc\mapsto x\cdot c de Λb(B)\Lambda_b(B) dans E est continue (III, p. 302, cor. 2 de la prop. 3). Par restriction à Ωb(B)\Omega_b(B) et passage au quotient, on en déduit que l’application γ↦x⋅γ\gamma \mapsto x\cdot \gamma est continue lorsqu’on munit le groupe π1(B,b)\pi_1(B, b) de la topologie d’espace quotient de Ωb(B)\Omega_b(B). La topologie admissible sur π1(B,b)\pi_1(B, b) est donc moins fine que la topologie quotient de la topologie de la convergence compacte. Elle peut être strictement moins fine (III, p. 337, exerc. 7).

Remarque 5 0207

Soit B un espace topologique connexe et localement connexe par arcs, soit aa un point de B et soit H un sous-groupe de π1(B,a)\pi_1(B, a). D’après la remarque précédente, si H est admissible, il est aussi ouvert pour la topologie quotient de la topologie de la convergence compacte. Inversement, supposons que H soit un sous-groupe distingué de π1(B,a)\pi_1(B, a) qui est ouvert pour la topologie quotient de la topologie de la convergence compacte. Soit xx un point de B et soit γ∈ϖa,x(B)\gamma \in \varpi_{a,x}(B). Le sous-groupe γ−1Hγ\gamma^{-1}H\gamma de π1(B,x)\pi_1(B, x) est encore ouvert pour la topologie quotient de la topologie de la convergence compacte (III, p. 293, remarque 3). Il existe donc un voisinage V de xx dans B tel que γ−1Hγ\gamma^{-1}H\gamma contienne la classe de tout lacet en xx dont l’image est contenue dans V. On a ainsi γπ1(V,x)γ−1⊂H\gamma \pi_1(V, x)\gamma^{-1}\subset H; comme H est distingué, cela entraîne que H est un sous-groupe admissible de π1(B,a)\pi_1(B, a).

Exercices

See the exercises for § 5.

Transcribed from the printed volume. Not translated.