Bourbaki

§ 3. Groupoïde de Poincaré

1. Groupoïde de Poincaré

Définition 1 01YE

Soit X un espace topologique, soient c0c_0 et c1c_1 des chemins dans X et σ:I×I→X\sigma :\mathbf{I}\times \mathbf{I}\rightarrow X une homotopie reliant c0c_0 à c1c_1. On dit que σ\sigma est une homotopie stricte si les applications s↦σ(0,s)s\mapsto \sigma (0, s) et s↦σ(1,s)s\mapsto \sigma (1, s) sont constantes.

On dit que des chemins c0c_0 et c1c_1 dans X sont strictement homotopes s’il existe une homotopie stricte reliant c0c_0 à c1c_1.

Deux chemins strictement homotopes ont même origine et même terme.

Exemple 01YF

Soit cc un chemin dans X et soit φ:I→I\varphi :\mathbf{I}\rightarrow \mathbf{I} une application continue telle que φ(0)=0\varphi (0) = 0 et φ(1)=1\varphi (1) = 1. Les chemins cc et c∘φc\circ \varphi sont strictement homotopes. En effet, l’application σ:I×I→X\sigma :\mathbf{I}\times \mathbf{I}\rightarrow X définie par σ(t,s)=c((1−s)t+sφ(t))\sigma (t, s) =c((1-s)t+s\varphi (t)) est une homotopie stricte reliant cc à c∘φc\circ \varphi.

Soit X un espace topologique. Rappelons (cf. III, p. 257) que Λ(X) désigne l’espace topologique Cc(I;X)\mathscr{C}_c(\mathbf{I}; X) des chemins de X et que pour xx, y∈Xy\in X, Λx,y(X)\Lambda_{x,y}(X) est le sous-espace de Λ(X) formé des chemins d’origine xx et de terme yy. La famille des ensembles Λx,y(X)\Lambda_{x,y}(X), pour x,y∈Xx,y\in X, est une partition de l’espace des chemins de X. Par la bijection canonique (III, p. 257, remarque 2) de C(I×I;X)\mathscr{C}(\mathbf{I}\times \mathbf{I}; X) sur C(I;Λ(X))\mathscr{C}(\mathbf{I}; \Lambda (X)), les homotopies strictes correspondent aux chemins c:I→Λ(X)c:\mathbf{I}\rightarrow \Lambda (X) dont l’image est contenue dans un sous-espace de la forme Λx,y(X)\Lambda_{x,y}(X). La relation « les chemins c0c_0 et c1c_1 sont strictement homotopes » est donc une relation d’équivalence dans Λ(X) (III, p. 259, prop. 5) et les classes d’équivalence pour cette relation sont les composantes connexes par arcs des sous-espaces Λx,y(X)\Lambda_{x,y}(X) de l’espace des chemins de X. On note ϖx,y(X)\varpi_{x,y}(X) l’ensemble π0(Λx,y(X))\pi_0(\Lambda_{x,y}(X)) et on appelle classe de chemins reliant xx à yy tout élément de ϖx,y(X)\varpi_{x,y}(X).

Définition 2 01YG

On appelle espace des lacets de X, et on note Ω(X),le sous-espace de Λ(X) constitué des lacets (III, p. 256, déf. 1) dans X.

On note Ωx(X)\Omega_x(X) l’ensemble Λx,x(X)\Lambda_{x,x}(X). Les éléments de Ωx(X)\Omega_x(X) sont appelés les lacets dans X en xx et les éléments de ϖx,x(X)\varpi_{x,x}(X) sont appelés classes de lacets dans X en xx. L’application ex:I→Xe_x:\mathbf{I}\rightarrow X constante d’image xx est un lacet, appelé le lacet constant en xx; sa classe d’homotopie stricte est notée εx\varepsilon_x. L’application x↦exx\mapsto e_x de X dans Λ(X) est continue (III, p. 257, prop. 1).

Soit X un espace topologique et soient x,y,zx,y,z des points de X. Par passage aux composantes connexes par arcs, on déduit de l’application continue c↦c‾c\mapsto \overline{c} de Λx,y(X)\Lambda_{x,y}(X) dans Λy,x(X)\Lambda_{y,x}(X) (III, p. 258, corollaire) une application de ϖx,y(X)\varpi_{x,y}(X) dans ϖy,x(X)\varpi_{y,x}(X) que l’on note γ↦γ‾\gamma \mapsto \overline{\gamma}. Si γ∈\gamma \in ϖx,y(X),γ‾\varpi_{x,y}(X),\overline{\gamma} s’appelle l’inverse de la classe de chemins γ\gamma.

De même, si l’on identifie les ensembles π0(Λx,y(X))×π0(Λy,z(X))\pi_0(\Lambda_{x,y}(X))\times \pi_0(\Lambda_{y,z}(X)) et π0(Λx,y(X)×Λy,z(X))\pi_0(\Lambda_{x,y}(X)\times \Lambda_{y,z}(X)) (III, p. 260, prop. 6), on déduit de l’application continue (c,d)↦c∗d(c, d)\mapsto c*d de Λx,y(X)×Λy,z(X)\Lambda_{x,y}(X)\times \Lambda_{y,z}(X) dans Λx,z(X)\Lambda_{x,z}(X) (III, p. 258, corollaire), par passage aux composantes connexes par arcs, une application Cx,y,z:ϖx,y(X)×ϖy,z(X)→ϖx,z(X)C_{x,y,z}:\varpi_{x,y}(X)\times \varpi_{y,z}(X)\rightarrow \varpi_{x,z}(X). Pour γ∈ϖx,y(X)\gamma \in \varpi_{x,y}(X) et δ∈ϖy,z(X)\delta \in \varpi_{y,z}(X), on note γδ\gamma \delta la classe d’homotopie stricte Cx,y,z(γ,δ)C_{x,y,z}(\gamma , \delta ). On l’appelle la composée des classes de chemins juxtaposables γ\gamma et δ\delta.

On a γ‾‾=γ\overline{\overline{\gamma}}=\gamma et γδ‾=δγ\overline{\gamma \delta}=\delta \gamma.

Proposition 1 01YH

Soit X un espace topologique, soient x,y,z,ux,y,z,u des points de X et soient γ1∈ϖx,y(X),γ2∈ϖy,z(X),γ3∈ϖz,u(X)\gamma_1\in \varpi_{x,y}(X),\gamma_2\in \varpi_{y,z}(X),\gamma_3\in \varpi_{z,u}(X) des classes de chemins. On a

εxγ1=γ1εy=γ1(1) \varepsilon_x\gamma_1=\gamma_1\varepsilon_y=\gamma_1 \tag{1}
γ1γ‾1=εx,γ‾1γ1=εy(2) \gamma_1\overline{\gamma}_1=\varepsilon_x,\overline{\gamma}_1\gamma_1=\varepsilon_y \tag{2}
(γ1γ2)γ3=γ1(γ2γ3)(3) (\gamma_1\gamma_2)\gamma_3=\gamma_1(\gamma_2\gamma_3) \tag{3}

Soient c1∈Λx,y(X),c2∈Λy,z(X),c3∈Λz,u(X)c_1\in \Lambda_{x,y}(X),c_2\in \Lambda_{y,z}(X),c_3\in \Lambda_{z,u}(X) des représentants de γ1,γ2\gamma_1,\gamma_2 et γ3\gamma_3 respectivement. Soit φ:I→I\varphi :\mathbf{I}\rightarrow \mathbf{I} la fonction définie par

t/2t/2 pour 0⩽t⩽1/20\leqslant t\leqslant 1/2,

(4) φ(t)=t−1/4\varphi (t) =t-1/4 pour 1/2⩽t⩽3/41/2\leqslant t\leqslant 3/4,

2t−12t-1 pour 3/4⩽t⩽13/4\leqslant t\leqslant 1.

La fonction φ\varphi est affine sur chacun des trois intervalles [0,1/2][0,1/2], [1/2,3/4][1/2,3/4] et [3/4,1][3/4,1]; elle est donc continue. On a φ(0)=0\varphi (0) = 0 et φ(1)=1\varphi (1) = 1. Il résulte de la formule (1) de III, p. 256 définissant la juxtaposition des chemins que

c1∗(c2∗c3)=((c1∗c2)∗c3)∘φ c_1*(c_2*c_3) = ((c_1*c_2)*c_3)\circ \varphi

D’après l’exemple de III, p. 289, les chemins c1∗(c2∗c3)c_1*(c_2*c_3) et (c1∗c2)∗c3(c_1*c_2)*c_3 sont strictement homotopes, d’où l’égalité (3).

De même, la fonction ψ:I→I\psi :\mathbf{I}\rightarrow \mathbf{I} définie par

2t2t pour 0⩽t⩽1/20\leqslant t\leqslant 1/2,

ψ(t)=(5) \psi (t) = \tag{5}

1 pour 1/2⩽t⩽11/2\leqslant t\leqslant 1

est continue et vérifie ψ(0)=0,ψ(1)=1\psi (0) = 0,\psi (1) = 1. L’égalité γ1εy=γ1\gamma_1\varepsilon_y=\gamma_1 résulte alors de ce que

c1∗ey=c1∘ψ c_1*e_y=c_1\circ \psi

et l’égalité εxγ1=γ1\varepsilon_x\gamma_1=\gamma_1 se démontre de même, d’où (1).

L’application σ:I×I→X\sigma :\mathbf{I}\times \mathbf{I}\rightarrow X définie par

c1(2ts)c_1(2ts) pour 0⩽t⩽1/20\leqslant t\leqslant 1/2,

σ(t,s)=(6) \sigma (t, s) = \tag{6}

c1(2(1−t)s)c_1(2(1-t)s) pour 1/2⩽t⩽11/2\leqslant t\leqslant 1

est continue ; c’est une homotopie stricte reliant le chemin exe_x au chemin c1∗c1‾c_1*\overline{c_1}, d’où la première égalité de (2). La seconde résulte de la première et du fait que, pour tout chemin cc, on a c=c‾‾c=\overline{\overline{c}}.

Remarque 1 01YI

Soit X un espace topologique. Soit nn un entier ⩾1\geqslant 1 et soit (c1,...,cn)(c_1, . . . , c_n) une suite de chemins dans X telle que cic_i et ci+1c_{i+1} soient juxtaposables pour 1⩽i⩽n−11\leqslant i\leqslant n-1 (une telle suite est appelée suite de chemins juxtaposables). Notons cc le chemin

c1∗(c2∗(⋯∗(cn−1∗cn)...)) c_1*(c_2*(\cdots *(c_{n-1}*c_n). . .))

et c′c' le chemin défini par c′(t)=ci(nt−i+1)c'(t) =c_i(nt-i+ 1) pour 1⩽i⩽n1\leqslant i\leqslant n et t∈[i−1n,in]t\in [\frac{i-1}{n},\frac{i}{n}]. Les chemins cc et c′c' ont même image et sont strictement homotopes : l’un est le composé de l’autre avec un homéomorphisme de I\mathbf{I} laissant fixes 0 et 1 (cf. III, p. 289, exemple). On notera parfois c1∗c2∗⋯∗cnc_1*c_2* \cdots *c_n le chemin c′c'.

Il existe un unique graphe orienté ϖ(X)\varpi (X) dont l’ensemble des sommets est X et dont l’ensemble des flèches reliant un point xx à un point yy est ϖx,y(X)\varpi_{x,y}(X), et dans lequel les applications Cx,y,zC_{x,y,z} définissent une loi de composition. D’après la proposition 1,ϖ(X)1,\varpi (X) est un groupoïde (II, p. 162, déf. 4). Pour tout x∈Xx\in X, l’élément neutre en le sommet xx de ce groupoïde est la classe du lacet constant d’image xx. L’inverse d’une flèche γ\gamma est la flèche γ‾\overline{\gamma} que nous noterons aussi γ−1\gamma^{-1}. En particulier, la loi de composition Cx,x,xC_{x,x,x} munit, pour tout x∈Xx\in X, l’ensemble ϖx,x(X)\varpi_{x,x}(X) d’une structure de groupe ; on note ce groupe π1(X,x)\pi_1(X, x).

Définition 3 01YJ

Soit X un espace topologique. Le groupoïde ϖ(X)\varpi (X) est appelé groupoïde de Poincaré, ou groupoïde fondamental, de l’espace X. Soit xx un point de X ; le groupe π1(X,x)\pi_1(X, x) des classes de lacets en xx est appelé groupe de Poincaré, ou groupe fondamental, de l’espace X au point xx.

Soit U\mathscr{U} un ensemble de parties de X dont les intérieurs recouvrent X. Les classes de chemins dans X dont l’image est contenue dans une des parties appartenant à U\mathscr{U} engendrent le groupoïde ϖ(X)\varpi (X) (lemme 4 de III, p. 272).

Les orbites du groupoïde ϖ(X)\varpi (X) (II, p. 162) coïncident avec les composantes connexes par arcs de l’espace X. En particulier (loc. cit.), on a :

Proposition 2 01YK

Soit X un espace topologique.

a) Si l’espace X est connexe par arcs, les groupes π1(X,x)\pi_1(X, x) et π1(X,y)\pi_1(X, y) sont isomorphes pour tous points xx et yy de X.

b) Soit xx un point de X ; les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) Le groupe π1(X,x)\pi_1(X, x) est trivial ;

(ii) Deux chemins d’origine xx dans X qui ont le même terme

sont strictement homotopes ;

(iii) Tout lacet d’origine xx dans X est strictement homotope

au lacet constant d’image xx.

Plus précisément, soit X un espace topologique connexe par arcs et soient xx et yy des points de X. Pour tout élément δ\delta de ϖx,y(X)\varpi_{x,y}(X), l’application uδ:γ↦δγδ−1u_{\delta}:\gamma \mapsto \delta \gamma \delta^{-1} de π1(X,y)\pi_1(X, y) dans π1(X,x)\pi_1(X, x) est un isomorphisme de groupes dont l’isomorphisme réciproque est uδ−1u_{\delta^{-1}}. Pour δ∈ϖx,y(X)\delta \in \varpi_{x,y}(X) et γ∈π1(X,y)\gamma \in \pi_1(X, y), on pose δγ=uδ(γ)^{\delta}\gamma =u_{\delta}(\gamma ). Lorsque x=yx=y, on a δγ=^{\delta}\gamma = Int(δ\delta )(γ)(\gamma ), i.e. uδ=u_{\delta}= Int(δ\delta ).

Soient x,y,zx,y,z des points de X. Pour δ∈ϖx,y(X)\delta \in \varpi_{x,y}(X) et η∈ϖy,z(X)\eta \in \varpi_{y,z}(X), on a uδη=uδ∘uηu_{\delta \eta}=u_{\delta}\circ u_{\eta}, ce qui s’écrit aussi δηγ=δ(ηγ)^{\delta \eta}\gamma =^{\delta}(^{\eta}\gamma ) pour γ∈π1(X,z)\gamma \in \pi_1(X, z).

Soient x,yx,y des points de X et soient δ,δ′\delta ,\delta ' des éléments de ϖx,y(X)\varpi_{x,y}(X). On a

(7) uδ′=uδ∘u_{\delta'}=u_{\delta}\circ Int(δ−1δ′\delta^{-1}\delta ') == Int(δ′δ−1\delta '\delta^{-1})∘uδ\circ u_{\delta}.

Remarque 2 01YL

Soit X un espace topologique et soit C une composante connexe par arcs de X. Si xx et yy sont des points de C, l’espace topologique Λx,y(C)\Lambda_{x,y}(C) s’identifie à l’espace topologique Λx,y(X)\Lambda_{x,y}(X), de sorte que l’ensemble ϖx,y(C)\varpi_{x,y}(C) s’identifie à l’ensemble ϖx,y(X)\varpi_{x,y}(X). Ainsi, le groupoïde fondamental ϖ(C)\varpi (C) s’identifie au sous-groupoïde plein de ϖ(X)\varpi (X) ayant C pour ensemble de points. En particulier, pour tout point xx de C, le groupe π1(C,x)\pi_1(C, x) s’identifie au groupe π1(X,x)\pi_1(X, x).

Remarque 3 01YM

Soit X un espace topologique et soient x,y,zx,y,z des points de X. L’application (c,d)↦c∗d(c, d)\mapsto c*d de Λx,y(X)×Λy,z(X)\Lambda_{x,y}(X)\times \Lambda_{y,z}(X) dans Λx,z(X)\Lambda_{x,z}(X) est continue (III, p. 258, corollaire de la prop. 2). On prendra garde que l’application de composition ϖx,y(X)×ϖy,z(X)→ϖx,z(X)\varpi_{x,y}(X)\times \varpi_{y,z}(X)\rightarrow \varpi_{x,z}(X) qui s’en déduit n’est pas nécessairement continue lorsqu’on munit les ensembles ϖx,y(X),ϖy,z(X)\varpi_{x,y}(X),\varpi_{y,z}(X) et ϖx,z(X)\varpi_{x,z}(X) des topologies quotient (cf. TG, I, p. 35 et III, p. 259). Cependant, pour tout γ0∈ϖx,y(X)\gamma_0\in \varpi_{x,y}(X) et tout δ0∈ϖy,z(X)\delta_0\in \varpi_{y,z}(X), les applications partielles γ↦γδ0\gamma \mapsto \gamma \delta_0 de ϖx,y(X)\varpi_{x,y}(X) dans ϖx,z(X)\varpi_{x,z}(X) et δ↦γ0δ\delta \mapsto \gamma_0\delta de ϖy,z(X)\varpi_{y,z}(X) dans ϖx,z(X)\varpi_{x,z}(X) sont des homéomorphismes. En effet, soit c0∈Λx,y(X)c_0\in \Lambda_{x,y}(X) un chemin de classe γ0\gamma_0. L’application d↦c0∗dd\mapsto c_0*d est une application continue de Λy,z(X)\Lambda_{y,z}(X) dans Λx,z(X)\Lambda_{x,z}(X). L’application δ↦γ0δ\delta \mapsto \gamma_0\delta s’en déduit par passage aux quotients, donc est continue. Il en est de même de l’application δ′↦γ0−1δ′\delta '\mapsto \gamma_0^{-1}\delta ' de ϖx,z(X)\varpi_{x,z}(X) dans ϖy,z(X)\varpi_{y,z}(X). Ces deux applications étant réciproques l’une de l’autre, ce sont des homéomorphismes. On raisonne de façon analogue pour l’application γ↦γδ0\gamma \mapsto \gamma \delta_0. Voir aussi IV, p. 374.

2. Fonctorialité du groupoïde de Poincaré

Soient X, Y des espaces topologiques et soit f:X→Yf: X\rightarrow Y une application continue. L’application c↦f∘cc\mapsto f\circ c est une application continue, notée Λ(f)\Lambda (f), de Λ(X) = Cc(I;X)\mathscr{C}_c(\mathbf{I}; X) dans Λ(Y) = Cc(I;Y)\mathscr{C}_c(\mathbf{I}; Y) (I, p. 132, lemme). Elle définit par passage aux sous-ensembles des applications continues

Λx(f):Λx(X)→Λf(x)(Y) \Lambda_x(f): \Lambda_x(X)\rightarrow \Lambda_{f(x)}(Y)

pour x∈Xx\in X,

Λx,y(f):Λx,y(X)→Λf(x),f(y)(Y) \Lambda_{x,y}(f): \Lambda_{x,y}(X)\rightarrow \Lambda_{f(x),f(y)}(Y)

pour x,y∈Xx,y\in X et

Ω(f):Ω(X)→Ω(Y) \Omega (f): \Omega (X)\rightarrow \Omega (Y)

Pour x∈Xx\in X, l’application Λx,x(f)\Lambda_{x,x}(f) est aussi notée Ωx(f)\Omega_x(f). Par passage aux composantes connexes par arcs (III, p. 290), on déduit de l’application Λx,y(f)\Lambda_{x,y}(f) une application

ϖx,y(f):ϖx,y(X)→ϖf(x),f(y)(Y) \varpi_{x,y}(f):\varpi_{x,y}(X)\rightarrow \varpi_{f(x),f(y)}(Y)

Soient x,y,zx,y,z des points de X et soient c∈Λx,y(X),d∈Λy,z(X)c\in \Lambda_{x,y}(X),d\in \Lambda_{y,z}(X) des chemins ; par définition de la juxtaposition des chemins, on a

f∘(c∗d)=(f∘c)∗(f∘d) f\circ (c*d) = (f\circ c)*(f\circ d)

Par passage aux classes d’homotopie stricte, il en résulte la relation

ϖx,z(f)(γδ)=(ϖx,y(f)(γ))(ϖy,z(f)(δ)) \varpi_{x,z}(f)(\gamma \delta ) = (\varpi_{x,y}(f)(\gamma ))(\varpi_{y,z}(f)(\delta ))

pour tout γ∈ϖx,y(X)\gamma \in \varpi_{x,y}(X) et tout δ∈ϖy,z(X)\delta \in \varpi_{y,z}(X). Ainsi, l’application continue ff et les applications ϖx,y(f)\varpi_{x,y}(f), pour xx et y∈y\in X, définissent un morphisme du groupoïde ϖ(X)\varpi (X) dans le groupoïde ϖ(Y)\varpi (Y) (II, p. 161, déf. 3). On le note ϖ(f)\varpi (f) et on l’appelle le morphisme de groupoïdes de Poincaré déduit de l’application continue ff. En particulier, si xx est un point de X, l’application ϖx,x(f)\varpi_{x,x}(f) est un homomorphisme du groupe π1(X,x)\pi_1(X, x) dans le groupe π1(X,f(x))\pi_1(X, f(x)) ; cet homomorphisme se note aussi π1(f,x)\pi_1(f, x).

Remarque 1 01YN

L’homomorphisme ϖx,y(f)\varpi_{x,y}(f) est continu si l’on munit les ensembles ϖx,y(X)\varpi_{x,y}(X) et ϖf(x),f(y)(Y)\varpi_{f(x),f(y)}(Y) de la topologie quotient de la topologie de la convergence compacte sur Cc(I;X)\mathscr{C}_c(\mathbf{I}; X) et Cc(I;Y)\mathscr{C}_c(\mathbf{I}; Y).

Pour simplifier l’écriture, si x,y∈Xx,y\in X et γ∈ϖx,y(X)\gamma \in \varpi_{x,y}(X), on écrira parfois f∗(γ)f_*(\gamma ) l’élément ϖx,y(f)(γ)\varpi_{x,y}(f)(\gamma ) de ϖf(x),f(y)(Y)\varpi_{f(x),f(y)}(Y).

Soient X, Y, Z des espaces topologiques, soient f:X→Y,g:Y→Zf: X\rightarrow Y,g: Y\rightarrow Z des applications continues. Pour tout chemin cc dans X, on a (g∘f)∘c=(g\circ f)\circ c= g∘(f∘c)g\circ (f\circ c). Il en résulte que l’on a

ϖ(g∘f)=ϖ(g)∘ϖ(f) \varpi (g\circ f) =\varpi (g)\circ \varpi (f)

Soient X et Y des espaces topologiques, soient f0f_0 et f1f_1 des applications continues de X dans Y et soit σ:X×I→Y\sigma : X\times \mathbf{I}\rightarrow Y une homotopie reliant f0f_0 à f1f_1. L’application (c,t)↦c(t)(c, t)\mapsto c(t) de Cc(I;X)×I\mathscr{C}_c(\mathbf{I}; X)\times \mathbf{I} dans X (III, p. 257, prop. 1) étant continue, il en est de même de l’application de Cc(I;X)×I×I\mathscr{C}_c(\mathbf{I}; X)\times \mathbf{I}\times \mathbf{I} dans Y donnée par (c,t,s)↦σ(c(t),s)(c, t, s)\mapsto \sigma (c(t), s). Par suite, l’application Σ:(c,s)↦σ(c(⋅),s)\Sigma : (c, s)\mapsto \sigma (c(\cdot ), s) est une application continue de Cc(I;X)×I\mathscr{C}_c(\mathbf{I}; X)\times \mathbf{I} dans Cc(I;Y)\mathscr{C}_c(\mathbf{I}; Y) (loc. cit.). L’application Σ est une homotopie reliant l’application Λ(f0)\Lambda (f_0) à l’application Λ(f1)\Lambda (f_1). Par restriction aux espaces de lacets, l’application Σ induit une homotopie Ω(X)×I→Ω(Y)\Omega (X)\times \mathbf{I}\rightarrow \Omega (Y) reliant Ω(f0)\Omega (f_0) à Ω(f1)\Omega (f_1). Soit xx un point de X ; supposons que l’homotopie σ\sigma soit une homotopie pointée en xx et posons y=f0(x)=f1(x)y=f_0(x) =f_1(x). L’application Σ induit alors une application continue de Ωx(X)×I\Omega_x(X)\times \mathbf{I} dans Ωy(Y)\Omega_y(Y) qui est une homotopie pointée en exe_x, reliant l’application Ωx(f0)\Omega_x(f_0) à l’application Ωx(f1)\Omega_x(f_1).

Proposition 3 01YO

Soient X et Y des espaces topologiques, f0f_0 et f1f_1 des applications continues de X dans Y et soit σ:X×I→\sigma : X\times \mathbf{I}\rightarrow Y une homotopie reliant f0f_0 à f1f_1. Soit xx un point de X ; posons y0=f0(x)y_0=f_0(x), y1=f1(x)y_1=f_1(x) et notons δ∈ϖy0,y1(Y)\delta \in \varpi_{y_0,y_1}(Y) la classe du chemin dd défini par d(t)=σ(x,t)d(t) =\sigma (x, t) pour t∈It\in \mathbf{I}. Pour tout γ∈π1(X,x)\gamma \in \pi_1(X, x), on a (f1)∗(γ)=(f_1)_*(\gamma ) = δ−1((f0)∗(γ))δ\delta^{-1}((f_0)_*(\gamma ))\delta.

Soit cc un lacet de X en xx et soit γ\gamma sa classe d’homotopie stricte. Posons γ0=(f0)∗(γ)\gamma_0= (f_0)_*(\gamma ) et γ1=(f1)∗(γ)\gamma_1= (f_1)_*(\gamma ) ; ce sont les classes d’homotopie stricte de f0∘cf_0\circ c et f1∘cf_1\circ c. Pour (t,s)∈I×I(t, s)\in \mathbf{I}\times \mathbf{I}, posons φ(t,s)=σ(c(t),s)\varphi (t, s) =\sigma (c(t), s). Pour tout t∈It\in \mathbf{I}, on a φ(t,0)=(f0∘c)(t),φ(t,1)=(f1∘c)(t)\varphi (t,0) = (f_0\circ c)(t),\varphi (t,1) = (f_1\circ c)(t) et φ(0,t)=φ(1,t)=d(t)\varphi (0, t) =\varphi (1, t) =d(t). La relation γ0δ=δγ1\gamma_0\delta =\delta \gamma_1 résulte donc du lemme suivant.

Lemme 1 01YP

Soit Y un espace topologique et soit φ:I×I→Y\varphi :\mathbf{I}\times \mathbf{I}\rightarrow Y une application continue. Pour t∈It\in \mathbf{I}, posons c0(t)=φ(t,0),c1(t)=φ(t,1)c_0(t) =\varphi (t,0),c_1(t) =\varphi (t,1), d0(t)=φ(0,t)d_0(t) =\varphi (0, t) et d1(t)=φ(1,t)d_1(t) =\varphi (1, t). Les chemins c0∗d1c_0*d_1 et d0∗c1d_0*c_1 sont strictement homotopes.

Notons cc le chemin dans I×I\mathbf{I}\times \mathbf{I} obtenu en juxtaposant les chemins t↦(t,0)t\mapsto (t,0) et t↦(1,t)t\mapsto (1, t) ; notons dd le chemin dans I×I\mathbf{I}\times \mathbf{I} obtenu en juxtaposant les chemins t↦(0,t)t\mapsto (0, t) et t↦(t,1)t\mapsto (t,1). Les chemins cc et dd ont même origine (0,0)(0,0) et même terme (1,1)(1,1). L’application (t,s)↦(t, s)\mapsto (1−s)c(t)+sd(t)(1-s)c(t)+sd(t) de I×I\mathbf{I}\times \mathbf{I} dans I×I\mathbf{I}\times \mathbf{I} est une homotopie stricte reliant cc à dd. On a c0∗d1=φ∘cc_0*d_1=\varphi \circ c et d0∗c1=φ∘dd_0*c_1=\varphi \circ d; ces deux chemins sont donc strictement homotopes.

Corollaire 1 01YQ

Soient X et Y des espaces topologiques et soit xx un point de X. Soient f0f_0 et f1f_1 des applications continues de X dans Y. S’il existe une homotopie pointée en xx reliant f0f_0 à f1f_1, on a π1(f0,x)=\pi_1(f_0, x) = π1(f1,x)\pi_1(f_1, x).

Soit σ\sigma une homotopie pointée en xx reliant f0f_0 à f1f_1. Avec les notations de la prop. 3,δ3,\delta est la classe d’un chemin constant d’image f0(x)=f_0(x) = f1(x)f_1(x). L’assertion en résulte.

Corollaire 2 01YR

Soient X et Y des espaces topologiques et soit f:X→f: X\rightarrow Y une homéotopie. Pour tout point xx de X, l’homomorphisme

π1(f,x):π1(X,x)→π1(Y,f(x)) \pi_1(f, x):\pi_1(X, x)\rightarrow \pi_1(Y, f(x))

est un isomorphisme.

Soit gg une application continue de Y dans X, réciproque à homotopie près de ff. Soit xx un point de X. Il résulte de la prop. 3 appliquée aux applications homotopes IdX_X et g∘f:X→Xg\circ f: X\rightarrow X que l’application π1(g∘f,x)\pi_1(g\circ f, x) est un isomorphisme du groupe π1(X,x)\pi_1(X, x) sur le groupe π1(X,g∘f(x))\pi_1(X, g\circ f(x)). Puisque

π1(g∘f,x)=π1(g,f(x))∘π1(f,x) \pi_1(g\circ f, x) =\pi_1(g, f(x))\circ \pi_1(f, x)

l’homomorphisme π1(f,x)\pi_1(f, x) est injectif et l’homomorphisme π1(g,f(x))\pi_1(g, f(x)) est surjectif. Comme l’application gg est aussi une homéotopie, l’homomorphisme π1(g,f(x))\pi_1(g, f(x)) est injectif ; c’est donc un isomorphisme. Par suite, π1(f,x)\pi_1(f, x) est un isomorphisme.

Exemple 01YS

Soit G un groupe topologique, soit ee son élément neutre. Pour tout point gg de G, les translations à gauche et à droite, x↦gxx\mapsto gx et x↦xgx\mapsto xg, sont des homéomorphismes de G sur lui-même (TG, III, p. 2) qui appliquent ee sur gg. D’après le corollaire 2, elles induisent des isomorphismes de π1(G,e)\pi_1(G, e) sur π1(G,g)\pi_1(G, g). Ces isomorphismes ne sont pas nécessairement égaux (IV, p. 459, exerc. 1).

Corollaire 3 01YT

Soit X un espace topologique homéotope à un point. Pour tout point xx de X, le groupe π1(X,x)\pi_1(X, x) est réduit à l’élément neutre.

Le cor. 3 s’applique en particulier quand X est l’espace numérique à nn dimensions Rn\mathbf{R}^n et plus généralement quand X est une partie de l’espace Rn\mathbf{R}^n qui est étoilée (III, p. 234) par rapport à un de ses points.

Proposition 4 01YU

Soit X l’espace produit d’une famille (Xj)j∈J(X_j)_{j\in J} d’espaces topologiques. Le morphisme du groupoïde ϖ(X)\varpi (X) dans le produit des groupoïdes ϖ(Xj)\varpi (X_j), pour j∈Jj\in J, défini par la famille de morphismes (ϖ(\varpi(prj_j))j∈J_{j\in J} est un isomorphisme.

Notons φ\varphi ce morphisme de groupoïdes. L’application qui s’en déduit par passage aux sommets est l’application identique X→∏jXjX\rightarrow \prod_jX_j. Soient x=(xj)x= (x_j) et y=(yj)y= (y_j) deux points de X. Notons φx,y\varphi_{x,y} l’application de ϖx,y(X)\varpi_{x,y}(X) dans ∏jϖxj,yj(Xj)\prod_j\varpi_{x_j,y_j}(X_j) déduite de φ\varphi. Si pour tout j∈J,cj:I→j\in J,c_j:\mathbf{I}\rightarrow XjX_j est un chemin reliant xjx_j à yjy_j, l’application t↦(cj(t))t\mapsto (c_j(t)) est un chemin dans X reliant xx à yy (TG, I, p. 25, prop. 1). Cela prouve que φx,y\varphi_{x,y} est surjective. Soient cc et dd deux chemins dans X reliant xx à yy. Supposons qu’il existe pour tout j∈Jj\in J une homotopie stricte σj:I×I→Xj\sigma_j:\mathbf{I}\times \mathbf{I}\rightarrow X_j reliant prj∘c_j\circ c à prj∘d_j\circ d. Alors, l’application (t,s)↦(σj(t,s))(t, s)\mapsto (\sigma_j(t, s)) de I×I\mathbf{I}\times \mathbf{I} dans X est une homotopie stricte reliant cc à d(d(loc. cit.). Cela prouve que φx,y\varphi_{x,y} est injective.

Corollaire 01YV

Soit x=(xj)j∈Jx= (x_j)_{j\in J} un point de X. L’application

π1(X,x)→∏j∈Jπ1(Xj,xj) \pi_1(X, x)\rightarrow \prod_{j\in J}\pi_1(X_j, x_j)

déduite des applications π1\pi_1(prj,xj_j, x_j) est un isomorphisme de groupes.

Cet isomorphisme est dit canonique. Dans la suite, nous identifierons souvent π1(X,x)\pi_1(X, x) à ∏j∈Jπ1(Xj,xj)\prod_{j\in J}\pi_1(X_j, x_j) au moyen de cet isomorphisme.

Remarque 2 01YW

Soit (Xj)j∈J(X_j)_{j\in J} une famille d’espaces topologiques. Notons X l’espace topologique produit ∏j∈JXj\prod_{j\in J}X_j et soit x=(xj)x= (x_j) un point de X.

Pour tout i∈Ji\in J, soit ui:Xi→Xu_i: X_i\rightarrow X l’application telle que, pour z∈Xiz\in X_i, pri∘ui(z)=z_i\circ u_i(z) =z et, pour tout j∈Jj\in J distinct de ii, prj∘ui(z)=_j\circ u_i(z) = xjx_j. L’application uiu_i est continue et l’application π1(ui,xi)\pi_1(u_i, x_i) s’identifie à l’injection canonique du facteur π1(Xi,xi)\pi_1(X_i, x_i) dans le groupe produit de la famille (π1(Xj,xj))j∈J((\pi_1(X_j, x_j))_{j\in J}(cf. A, I, p. 45).

Supposons que l’ensemble J soit fini et, pour tout j∈Jj\in J, soit γj\gamma_j un élément de π1(Xj,xj)\pi_1(X_j, x_j). L’élément (γj)(\gamma_j) de π1(X,x)\pi_1(X, x) est le composé des classes de lacets (uj)∗(γj),j∈J(u_j)_*(\gamma_j),j\in J, ces classes étant deux à deux permutables.

Remarque 3 01YX

Soit (Xj)j∈J(X_j)_{j\in J} une famille d’espaces topologiques. Notons X l’espace topologique produit ∏j∈JXj\prod_{j\in J}X_j et soit x=(xj)x= (x_j) un point de X.

Munissons les ensembles π1(X,x)\pi_1(X, x) et π1(Xj,xj)\pi_1(X_j, x_j) de la topologie quotient de la topologie de la convergence compacte sur les espaces Λx(X)\Lambda_x(X) et Λxj(Xj)\Lambda_{x_j}(X_j). L’isomorphisme π1(X,x)→∏j∈Jπ1(Xj,xj)\pi_1(X, x)\rightarrow \prod_{j\in J}\pi_1(X_j, x_j) est alors un homéomorphisme. Il est continu (III, p. 294, remarque 1). La topologie de la convergence compacte sur Λ(X) est engendrée par les parties de la forme T(K,U)\mathbf{T}(K,U), où K est une partie compacte de I\mathbf{I} et U un ouvert de X. Pour j∈Jj\in J, soit UjU_j un ouvert de XjX_j, tels que ∏j∈JUj⊂U\prod_{j\in J}U_j\subset U. Alors (prj_j)∗(T(K,U))_*(\mathbf{T}(K,U)) contient T(K,Uj)\mathbf{T}(K,U_j). Cela montre que les applications (prj_j)∗:Λx(X)→Λxj(Xj)_*: \Lambda_x(X)\rightarrow \Lambda_{x_j}(X_j) sont ouvertes, et les applications π1\pi_1(prj,xj_j, x_j) sont aussi ouvertes. Comme elles sont surjectives, l’application π1(X,x)→∏j∈Jπ1(Xj,xj)\pi_1(X, x)\rightarrow \prod_{j\in J}\pi_1(X_j, x_j) est ouverte (TG, I, p. 34, prop. 8). Étant continue et bijective, c’est un homéomorphisme (TG, I, p. 30, exemple 2).

Proposition 5 01YY

Soit X un espace topologique et soit (Ai)i∈I(A_i)_{i\in I} une famille croissante de parties de X, indexée par un ensemble ordonné filtrant I, telle que toute partie quasi-compacte de X soit contenue dans l’un des AiA_i. Le morphisme de groupoïdes canonique

ρ:\rho : lim⟶i∈Iϖ(Ai)→ϖ(X)\longrightarrow_{i\in I}\varpi (A_i)\rightarrow \varpi (X),

déduit des injections canoniques de AiA_i dans X, est un isomorphisme.

Si i⩽ji\leqslant j, notons ρj,i\rho_{j,i} le morphisme de groupoïdes ϖ(Ai)→ϖ(Aj)\varpi (A_i)\rightarrow \varpi (A_j) déduit de l’injection de AiA_i dans AjA_j. Comme l’application déduite de ρj,i\rho_{j,i} par passage aux sommets est l’injection Ai→AjA_i\rightarrow A_j et que les AiA_i recouvrent X, l’application déduite de ρ\rho par passage aux sommets est bijective.

Soient aa et bb des points de X et soit cc un chemin reliant aa à bb dans X. L’image de cc est une partie quasi-compacte de X (TG, I, p. 62, th. 2), car I\mathbf{I} est compact. Il existe donc un élément i∈Ii\in I tel que l’image de cc soit contenue dans AiA_i. Par suite, l’application déduite de ρ\rho par passage aux ensembles de flèches est surjective.

Soit i∈Ii\in I, soient aa et bb des points de AiA_i, soient c,c′c,c' des chemins reliant aa à bb dans AiA_i; soit hh une homotopie stricte reliant cc à c′c' dans X. Comme I×I\mathbf{I}\times \mathbf{I} est compact, h(I×I)h(\mathbf{I}\times \mathbf{I}) est une partie quasi-compacte de X (loc. cit.) et il existe un élément i∈Ii\in I tel que l’image de hh soit contenue dans AiA_i. Les chemins cc et c′c' sont strictement homotopes dans AiA_i; a fortiori, les classes de chemins [c][c] et [c′][c'] ont même image dans lim⟶ϖ(Ai)\longrightarrow \varpi (A_i). Par suite, ρ\rho est injectif.

Corollaire 01YZ

Soit aa un point de X et soit J l’ensemble des i∈Ii\in I tels que a∈Aia\in A_i. L’homomorphisme canonique

lim⟶i∈Jπ1(Ai,a)→π1(X,a)\longrightarrow_{i\in J}\pi_1(A_i, a)\rightarrow \pi_1(X, a)

est bijectif.

Remarque 4 01Z0

La proposition et son corollaire s’appliquent en particulier lorsque (Ai)i∈I(A_i)_{i\in I} est une famille croissante de parties de X indexée par un ensemble ordonné filtrant I telle que les intérieurs des AiA_i recouvrent X.

3. Lacets librement homotopes

Définition 4 01Z1

Soit X un espace topologique et soient cc et c′c' deux lacets dans X. On appelle homotopie libre reliant cc à c′c' une homotopie σ\sigma reliant cc à c′c' telle que σ(0,s)=σ(1,s)\sigma (0, s) =\sigma (1, s) pour tout s∈Is\in \mathbf{I}. On dit que cc est librement homotope à c′c' s’il existe une homotopie libre reliant cc à c′c'.

Les homotopies libres reliant cc à c′c' correspondent aux chemins reliant cc à c′c' dans l’espace Ω(X) des lacets de X. Par suite, la relation « cc est librement homotope à c′c' » est une relation d’équivalence dans Ω(X) dont les classes d’équivalence sont les composantes connexes par arcs de Ω(X).

Remarque 01Z2

Soit φ\varphi l’application canonique de R\mathbf{R} sur T=R/Z\mathbf{T}=\mathbf{R}/\mathbf{Z} (TG, V, p. 2). L’application f↦f∘φ∣If\mapsto f\circ \varphi |\mathbf{I} est un homéomorphisme de Cc(T;X)\mathscr{C}_c(\mathbf{T}; X) sur Ω(X), d’où, par passage aux composantes connexes par arcs, une bijection de l’ensemble [T;X][\mathbf{T}; X] (III, p. 230) sur l’ensemble des classes d’homotopie libre de lacets dans X.

Proposition 6 01Z3

Soit X un espace topologique connexe par arcs et soit xx un point de X.

a) Tout lacet dans X est librement homotope à un lacet en xx. Plus précisément, si cc est un lacet en yy et dd un chemin d’origine yy et de terme x,cx,c est librement homotope au lacet (d‾∗c)∗d(\overline{d}*c)*d en xx.

b) Deux lacets dans X en xx sont librement homotopes si et seulement si leurs classes d’homotopie stricte sont conjuguées dans le groupe π1(X,x)\pi_1(X, x).

Démontrons a). Pour tout s∈[0,1]s\in [0,1], notons dsd_s le chemin dans X défini par ds(t)=d(st)d_s(t) =d(st) pour t∈It\in \mathbf{I}; son origine est yy. Comme l’application (s,t)↦d(st)(s, t)\mapsto d(st) est continue, l’application s↦dss\mapsto d_s de I\mathbf{I} dans Cc(I;X)\mathscr{C}_c(\mathbf{I}; X) est continue (III, p. 257, prop. 1). L’application s↦(ds‾∗c)∗dss\mapsto (\overline{d_s}*c)*d_s est alors un chemin dans Ω(X) (III, p. 257, prop. 2) reliant (ey∗c)∗ey(e_y*c)*e_y à (d‾∗c)∗d(\overline{d}*c)*d, d’où a).

Soient cc et c′c' deux lacets dans X en xx. Si leurs classes d’homotopie stricte sont conjuguées dans π1(X,x)\pi_1(X, x), il existe un lacet dd en xx tel que c′c' soit strictement homotope au lacet (d‾∗c)∗d(\overline{d}*c)*d. Il résulte de a) que cc et c′c' sont librement homotopes. Réciproquement, supposons qu’il existe une homotopie libre φ\varphi reliant cc à c′c'. Posons d(t)=φ(0,t)d(t) =\varphi (0, t), on a aussi d(t)=φ(1,t)d(t) =\varphi (1, t) et dd est un lacet en xx. D’après le lemme 1 de III, p. 295, les lacets c∗dc*d et d∗c′d*c' sont strictement homotopes. Les classes d’homotopie stricte de cc et c′c' sont donc conjuguées dans π1(X,x)\pi_1(X, x).

Scholie 01Z4

Soit X un espace topologique connexe par arcs et soit xx un point de X. La proposition 6 permet de définir une bijection canonique de l’ensemble des classes d’homotopie libre de lacets dans X sur l’ensemble des classes de conjugaison dans π1(X,x)\pi_1(X, x).

Exercices

See the exercises for § 3.

Transcribed from the printed volume. Not translated.