§ 2. Homotopie et chemins
1. Chemins
Définition 1 01WN
Soit X un espace topologique. On appelle chemin dans X toute application continue de dans X. Le point est appelé l’ origine, le point le terme du chemin . On appelle lacet dans X un chemin dans X dont l’origine est égale au terme.
Soient et des points de X. On dit qu’un chemin dans X relie à si est son origine et son terme.
Définition 2 01WO
Soit X un espace topologique. On dit que des chemins et dans X sont juxtaposables si l’on a . On appelle alors chemin juxtaposé de et le chemin défini par la formule :
pour ,
pour .
Son origine est l’origine de , son terme celle de .
Soit un chemin dans X ; on appelle chemin opposé à et on note le chemin défini par pour .
l’on aSi etsont deux chemins juxtaposables dans. Pour tout chemin dans X, on aXet le sont, et
Remarque 1 01WP
Soit X un espace topologique et soit P un espace topologique réduit à un point. Identifions à par la projection pr. L’ensemble des homotopies entre applications (nécessairement continues) de P dans X s’identifie alors à l’ensemble des chemins dans X. À une homotopie reliant l’application constante d’image à l’application constante d’image correspond un chemin d’origine et de terme . Les identifications précédentes sont compatibles avec les notions de juxtaposition et de passage à l’opposé (cf. III, p. 230).
Remarque 2 01WQ
Soient X et Y des espaces topologiques. L’application canonique
associe à toute homotopie reliant deux applications et de X dans Y un chemin d’origine , de terme , dans l’espace . Si X est un espace localement compact, cette application canonique est bijective (TG, X, p. 28, théorème 3).
Soit X un espace topologique. On appelle espace des chemins de X, et on note Λ(X), l’espace topologique dont les éléments sont les chemins dans X et dont la topologie est celle de la convergence compacte (cf. TG, X, p. 27). Si est un point de X, on note le sous-espace de Λ(X) formé des chemins d’origine . Si est un second point de X, on note le sous-espace de Λ(X) formé des chemins d’origine et de terme .
Proposition 1 01WR
Soient X et Z des espaces topologiques. Pour qu’une application de Z dans l’espace des chemins soit continue, il faut et il suffit que l’application soit une application continue de dans X. En particulier, l’application de dans X est continue.
L’espace topologique étant localement compact, la proposition résulte de TG, X, p. 28, th. 3.
On note et on appelle application origine l’application de Λ(X) dans X ; on note et on appelle application terme l’application de Λ(X) dans X. Les applications et sont continues (TG, X, p. 27, remarque 1). Les couples de chemins juxtaposables dans X sont les éléments du produit fibré des X-espaces et .
Proposition 2 01WS
Soit X un espace topologique. L’application qui à un chemin associe le chemin opposé est un homéomorphisme de Λ(X) sur lui-même. La juxtaposition des chemins est un homéomorphisme de l’espace sur Λ(X).
L’application est un homéomorphisme de l’espace sur lui-même ; la première assertion en résulte.
Notons C le produit fibré . Notons Λ(X) l’application et X l’application . Les restrictions de l’application à et sont continues en vertu de la formule (1) et de la prop. 1. L’application est donc continue (TG, I, p. 19, prop. 4), ainsi que l’application (prop. 1). On a et , donc est injective.
Soit un chemin dans X ; pour , posons
et .
Les applications et ainsi définies sont des chemins juxtaposables dans X et l’on a . En outre, les applications et sont des applications continues de l’espace Λ(X) dans lui-même (prop. 1). Il en résulte que l’application est un homéomorphisme.
Corollaire 01WT
Soit X un espace topologique et soient des points de X. Les applications de dans et de dans sont continues.
2. Espaces connexes par arcs
Définition 3 01WU
Un espace topologique X est dit connexe par arcs si pour tout couple de points de X, il existe un chemin d’origine et de terme .
Exemple 1 01WV
Tout intervalle de , toute partie convexe d’un espace numérique ou, plus généralement, d’un espace vectoriel topologique sur est connexe par arcs.
Proposition 3 01WW
L’image par une application continue d’un espace connexe par arcs est connexe par arcs.
Soient X un espace connexe par arcs, une application continue. Soient et deux points de ; soient et des points de X tels que et . Il existe un chemin dans X dont l’origine est et le terme . Alors, est un chemin dans d’origine et de terme .
Proposition 4 01WX
Un espace topologique connexe par arcs est connexe.
Comme tout intervalle de est connexe, l’image d’un chemin est connexe (TG, I, p. 82, prop. 4). L’espace vide est connexe. Puisqu’un espace connexe par arcs non vide est réunion des images des chemins issus de l’un de ses points, il est connexe (TG, I, p. 81, prop. 2).
Compte tenu de l’identification (III, p. 256, remarque 1) des chemins dans X aux homotopies entre applications d’un espace topologique P réduit à un point dans X, la proposition 1 de III, p. 230 entraîne :
Proposition 5 01WY
Dans un espace topologique, la relation « il existe un chemin d’origine et de terme » est une relation d’équivalence.
On appelle composantes connexes par arcs d’un espace topologique X les classes d’équivalence pour la relation ci-dessus. Une composante connexe par arcs est un espace connexe par arcs. Soit un point de X. La composante connexe par arcs de est la réunion des sous-espaces connexes par arcs de X contenant . C’est aussi la réunion des images des chemins d’origine dans X.
Exemple 2 01WZ
La réunion d’une famille d’ensembles connexes par arcs, dont l’intersection n’est pas vide, est connexe par arcs (cf. TG, I, p. 81, prop. 2).
Exemple 3 01X0
Une partie d’un espace numérique (ou, plus généralement, un espace vectoriel topologique sur ) qui est étoilée en un de ses points est connexe par arcs.
Soit X un espace topologique. On désigne par l’ensemble des composantes connexes par arcs de X. Soit P un espace topologique réduit à un point. L’application de X dans [P; X] qui, à tout point de X, associe la classe d’homotopie de l’application d’image , définit par passage au quotient une bijection, dite canonique, de sur [P; X]. On a . Pour qu’un espace topologique non vide soit connexe par arcs, il faut et il suffit que soit un ensemble à un élément.
Soient X et Y des espaces topologiques et une application continue. L’image de toute composante connexe par arcs C de X est connexe par arcs (III, p. 258, prop. 3), donc contenue dans une composante connexe par arcs de Y. On note l’application qui, à une composante connexe par arcs C de X, associe l’unique composante connexe par arcs de Y telle que . Si l’on identifie et à [P; X] et [P; Y] respectivement, l’application s’identifie à l’application de [P; X] dans [P; Y]. En particulier, si et sont des applications homotopes de X dans Y, on a (III, p. 230, prop. 2).
Soit Z un espace topologique et soit Z une application continue ; on a . En particulier, si Z = X et si et sont des homéotopies réciproques l’une de l’autre à homotopie près, on a (Id) Id et (Id) Id, ce qui prouve que et sont des bijections réciproques l’une de l’autre. Un espace homéotope à un espace connexe par arcs est donc lui-même connexe par arcs. En particulier, un espace homéotope à un point est connexe par arcs.
Proposition 6 01X1
Soit une famille d’espaces topologiques. L’application
(pr))
est bijective. En particulier, l’espace produit d’une famille d’espaces connexes par arcs est connexe par arcs.
Cela résulte de la proposition 3 de III, p. 231 où l’on prend pour X un espace réduit à un point.
3. Espaces localement connexes par arcs
Définition 4 01X2
Un espace topologique est dit localement connexe par arcs si chacun de ses points possède un système fondamental de voisinages connexes par arcs.
Proposition 7 01X3
Un espace topologique localement connexe par arcs est localement connexe. Ses composantes connexes coïncident avec ses composantes connexes par arcs. En particulier, si un espace topologique localement connexe par arcs est connexe, il est connexe par arcs.
La première assertion résulte de la prop. 4. Démontrons la seconde assertion. Soit X un espace topologique localement connexe par arcs et soit C une composante connexe par arcs de X. Tout point de C possède un voisinage connexe par arcs, donc contenu dans C ; par suite, C est une partie ouverte de X. Les composantes connexes par arcs formant une partition de X, une telle composante est aussi fermée. Comme elle est connexe (III, p. 258, prop. 4), c’est une composante connexe (TG, I, p. 83). La troisième assertion résulte de la seconde.
Remarquons ainsi qu’il n’y a pas d’ambiguïté à dire qu’un espace topologique est connexe et localement connexe par arcs.
Corollaire 1 01X4
Tout ouvert connexe d’un espace topologique localement connexe par arcs est connexe par arcs.
Corollaire 2 01X5
Soit B un espace topologique localement connexe par arcs et soit E un B-espace étalé. L’espace E est localement connexe par arcs. S’il est connexe, il est connexe par arcs.
La première assertion découle aussitôt de la déf. 4 et de la définition d’une application étale (I, p. 28, déf. 2). La seconde s’en déduit par la prop. 7.
Pour qu’un espace topologique X soit localement connexe par arcs, il faut et il suffit que toute composante connexe par arcs d’un ensemble ouvert de X soit un ensemble ouvert de X (cf. I, p. 85, démonstration de la prop. 11). Si l’espace X est localement connexe par arcs, tout point de X possède donc un système fondamental de voisinages ouverts connexes par arcs.
Proposition 8 01X6
Tout espace quotient d’un espace localement connexe par arcs est localement connexe par arcs.
Soit X un espace localement connexe par arcs, soit R une relation d’équivalence dans X et soit l’application canonique. Il suffit de démontrer que les composantes connexes par arcs d’un ouvert de sont ouvertes. Soit ainsi A une partie ouverte de et soit C une composante connexe par arcs de A. Soit , et soit K la composante connexe par arcs de dans . L’ensemble est connexe par arcs (III, p. 258, prop. 3), contenu dans A et contient ; on a donc , d’où . Cela prouve que est réunion de composantes connexes par arcs de . Comme X est localement connexe par arcs et que est ouvert dans X est ouvert dans X. Par suite, C est ouvert dans . Cela démontre la proposition.
Proposition 9 01X7
Le produit d’une famille d’espaces localement connexes par arcs, connexes à l’exception d’un nombre fini d’entre eux, est localement connexe par arcs.
Soit une famille d’espaces localement connexes par arcs qui soient connexes, à l’exception d’un nombre fini d’entre eux. Soit un point de l’espace produit X = . Par hypothèse, un système fondamental de voisinages de dans X est constitué des ensembles de la forme où, pour tout , est un voisinage connexe par arcs de dans et où sauf pour un ensemble fini d’indices (TG, I, p. 24). Ces ensembles étant connexes par arcs (III, p. 260, prop. 6), X est localement connexe par arcs.
Corollaire 01X8
Toute partie ouverte d’un espace numérique est localement connexe par arcs.
Tout point de possède une base de voisinages formée d’intervalles ; par suite, est localement connexe par arcs. D’après la proposition 9, l’espace numérique est localement connexe par arcs, pour tout entier . En outre, un ouvert d’un espace topologique localement connexe par arcs est encore connexe par arcs, d’où le corollaire.
Exemple 01X9
Soit G le sous-groupe de formé des matrices carrées d’ordre dont le déterminant est strictement positif. Le groupe G est connexe et localement connexe par arcs.
D’après A, III, p. 104, prop. 17, le groupe est engendré par les éléments (pour tels que et ). Les applications de dans sont continues, leurs images sont des parties connexes de ; comme elles contiennent toutes la matrice identité , leur réunion est connexe (TG, I, p. 81, prop. 2). Par suite, le groupe est connexe (TG, III, p. 8, prop. 7). Soit A le sous-groupe de G formé des matrices de la forme diag(1 ), avec ; il est connexe et l’on a . Il en résulte que le groupe G est connexe. Comme c’est l’image réciproque de par l’application déterminant de dans , c’est un ouvert de ; il est donc localement connexe par arcs (corollaire ci-dessus), ainsi que connexe par arcs (III, p. 261, corollaire 1).
Proposition 10 01XA
Soit X un espace topologique. L’application de dans , qui à un chemin dans X associe le couple , est continue. Si l’espace X est localement connexe par arcs, cette application est ouverte.
Nous savons déjà que les applications origine et terme de Λ(X) dans X sont continues (III, p. 257), d’où la première assertion.
Lemme 01XB
Soit un chemin et soit W un voisinage de dans l’espace . Il existe un nombre réel , un voisinage de et un voisinage de dans X ayant les propriétés suivantes : on a , et tout chemin tel que
pour ,
(2) pour ,
pour ,
appartient à W.
Par définition de la topologie de la convergence compacte (TG, X, p. 26, déf. 1), il existe un ensemble fini J, une famille d’ensembles ouverts dans X et une famille de parties compactes de tels que l’ensemble des chemins vérifiant pour tout indice soit un voisinage de contenu dans W. Notons alors (resp. ) l’ensemble des indices tels que (resp. ); posons et .
Comme l’application est continue, il existe un nombre réel tel que pour tout et pour tout . Soit alors un chemin satisfaisant aux conditions (2). Démontrons que . Soit et soit . Si appartient à . Si ; par le choix de , on a , donc . De même, si , on a et . Ainsi, et appartient à , donc à W.
Démontrons maintenant la seconde assertion de la prop. 10. Supposons l’espace X localement connexe par arcs. Soit un chemin dans X et soit W un voisinage de dans . Soient et comme dans le lemme. Soient et des voisinages connexes par arcs de et contenus dans et respectivement. Il existe un nombre réel tel que et tel que . Soient et ; soit un chemin d’origine et de terme dans et soit un chemin d’origine et de terme dans . Posons
pour ,
pour ,
pour .
On définit ainsi un chemin reliant à et satisfaisant aux conditions (2). Cela prouve que l’image de W dans par l’application contient le voisinage de , d’où la proposition.
Corollaire 01XC
Soit X un espace topologique localement connexe par arcs et soit un point de X. L’application de dans X est ouverte.
D’après la proposition, l’application définie par est ouverte et l’on a . Par suite, l’application déduite de est ouverte (TG, I, p. 30, prop. 2), ainsi que sa composée avec la seconde projection pr.
4. Liens entre connexité et connexité par arcs
Un espace connexe par arcs est connexe (III, p. 258, prop. 4). Il existe des espaces connexes, même localement connexes, qui ne sont pas connexes par arcs (cf. III, p. 331, exerc. 2 et 4). Cependant :
Proposition 11 01XD
Un espace topologique connexe et localement connexe, dont la topologie peut être définie par une distance pour laquelle il est complet, est connexe par arcs.
Soit X un espace topologique. Appelons train dans X toute suite finie non vide de parties ouvertes connexes de X telles que pour . On dit que est la longueur du train T et que les sont ses wagons. Si X est muni d’une distance compatible avec sa topologie, on appelle largeur du train T le maximum des diamètres de ses wagons. On dit que le train joint un point à un point si appartient au premier et au dernier wagon. On appelle raffinement de T tout couple formé d’un train et d’une application strictement croissante telle que et pour et .
Lemme 1 01XE
Soit X un espace métrique connexe et localement connexe, soient et des points de X et soit un nombre réel . Il existe dans X un train de largeur joignant à .
Plus précisément, tout train T joignant à possède un raffinement , où est un train de largeur joignant à .
La relation « il existe un train de largeur joignant à » est une relation d’équivalence entre et dans X. La classe d’équivalence d’un point contient tout voisinage ouvert connexe de de diamètre , et possède un tel voisinage puisque X est localement connexe. Les classes d’équivalence suivant cette relation sont donc ouvertes, et par suite aussi fermées. Il y en a au plus une, puisque X est connexe. Cela démontre la première assertion.
Soit un train dans X joignant à . Posons , et choisissons pour un point dans l’ensemble non vide . Pour , l’ensemble ouvert est connexe et localement connexe et sont deux de ses points ; il existe d’après l’alinéa précédent un train dans , de largeur , joignant à .
Posons . Pour , posons , où est l’unique couple d’entiers tel que et . Pour , posons . Alors est un train de largeur dans X joignant à , et est un raffinement de T.
Démontrons maintenant la proposition 11. Munissons l’espace connexe et localement connexe X d’une distance , compatible avec sa topologie, pour laquelle il est complet. Soient et des points de X. Le lemme 1 permet de construire par récurrence des suites et telles que, pour tout , soit un train de largeur joignant à et soit un raffinement de .
Nous pouvons choisir par récurrence, pour , une application strictement croissante telle que et , de telle sorte que . Définissons, pour , une partie de en posant
La suite est décroissante : en effet, pour tout entier , il existe un unique entier tel que , et l’on a
Soit . Pour tout , notons l’ensemble des tels que . L’ensemble est soit l’un des wagons, soit la réunion de deux wagons consécutifs du train ; c’est donc une partie non vide de X, de diamètre . La suite est décroissante. L’ensemble de ses termes est une base de filtre de Cauchy. Celle-ci converge vers un point puisque l’espace métrique X est complet.
Comme appartient à chacun des ensembles , on a ; on a de même . Soit et soit un entier . Le point possède dans un voisinage V de l’une des formes suivantes : , pour un entier tel que , ou . Suivant le cas, l’ensemble est contenu dans l’adhérence du premier wagon, de la réunion de deux wagons consécutifs, ou du dernier wagon du train . Il est donc de diamètre , et l’on a pour . Cela prouve que l’application X est continue. Ainsi est un chemin dans X reliant à , et X est connexe par arcs.
Corollaire 1 01XF
Un espace topologique localement connexe, dont la topologie peut être définie par une distance pour laquelle il est complet, est localement connexe par arcs.
Soit X un tel espace et soit U une partie ouverte et connexe de X. D’après le lemme 2 ci-dessous, il existe une distance sur U compatible avec sa topologie pour laquelle U est complet. Comme U est localement connexe, il résulte de la proposition 11 que U est connexe par arcs.
Lemme 2 01XG
Soit X un espace métrique complet et soit U une partie ouverte de X. Il existe une distance sur U compatible avec sa topologie pour laquelle U est complet.
Nous reprendrons les arguments de la démonstration de la prop. 2 de TG, IX, p. 57. Nous pouvons supposer U distinct de X. Soit V la partie du produit formée des points tels que ; le sous-espace V de est fermé et l’application de V dans U est un homéomorphisme (TG, IX, p. 13, prop. 3). Il existe sur une distance compatible avec sa topologie pour laquelle est complet (TG, IX, p. 15, cor. 2 et TG, II, p. 17, prop. 10). L’espace V est complet pour la distance induite par (TG, II, p. 16, prop. 8), d’où le lemme.
Corollaire 2 01XH
Un espace topologique localement compact, localement connexe et métrisable est localement connexe par arcs. S’il est connexe, il est connexe par arcs.
Il suffit de démontrer la première assertion (III, p. 260, prop. 7). Soit X un espace métrique localement compact et localement connexe. Les ensembles ouverts, connexes et relativement compacts de X constituent une base de la topologie de X. Soit U un tel ensemble ; comme U est un ouvert de son adhérence, laquelle est un espace métrique compact, donc complet, il existe d’après le lemme 2 une distance sur U compatible avec sa topologie pour laquelle U est complet. Il résulte de la prop. 11 de III, p. 264 que U est connexe par arcs, d’où le corollaire.
5. Applications continues par arcs
Définition 5 01XI
Soient X et Y des espaces topologiques. On dit qu’une application est continue par arcs si, pour tout chemin dans X, l’application est continue.
Remarque 01XJ
Supposons que l’espace X soit connexe par arcs. Soit un point de X. Pour que soit continue par arcs, il suffit que, pour tout chemin d’origine , l’application soit continue. Soit en effet un chemin quelconque dans X et soit un chemin dans X d’origine et de terme . Si l’application est continue, il en est de même de l’application car on a .
Une application continue est continue par arcs. La réciproque n’est pas toujours vraie ; les propositions 12 et 13 ci-dessous fournissent des critères permettant d’affirmer qu’une application continue par arcs est continue.
Proposition 12 01XK
Soient X et Y des espaces topologiques et soit une application. Supposons que l’espace X soit localement connexe par arcs et que tout point de X possède un système fondamental dénombrable de voisinages. Si l’application est continue par arcs, elle est continue.
D’après (TG, IX, p. 18), il suffit de démontrer que, pour tout point de X et toute suite de points de X qui tend vers , la suite tend vers . En supprimant éventuellement les premiers termes de la suite , on se ramène au cas où les termes de la suite appartiennent tous à un même voisinage connexe par arcs de dans X. D’après le lemme ci-dessous, il existe alors un chemin tel que et pour . Si l’application est continue par arcs, l’application est continue et l’élément est limite de la suite , c’est-à-dire de la suite , d’où le corollaire.
Lemme 01XL
Soit X un espace topologique connexe et localement connexe par arcs et soit un point de X. Supposons que le point possède un système fondamental dénombrable de voisinages. Alors, pour toute suite de points de X tendant vers , il existe un chemin dans X tel que et pour .
Soit un système fondamental de voisinages de . Posons et pour tout , soit un voisinage connexe par arcs de contenu dans .
Pour tout entier , notons le plus grand entier tel que pour tout . La suite est croissante par définition ; elle tend vers l’infini, car la suite tend vers . Pour tout entier , soit un chemin d’origine et de terme dans . Définissons une application en posant et si . On a pour tout . L’application est donc continue sur tout intervalle de la forme avec , donc sur l’intervalle . Si , le point appartient à ; l’application est donc continue en 0.
Proposition 13 01XM
Soit une application étale et séparée et soit une section de . Si l’espace B est localement connexe par arcs et si la section est continue par arcs, elle est continue.
Soit un point de B; démontrons que est continue au point . Comme est une application étale, il existe un voisinage V de et une section locale continue de définie dans V telle que (I, p. 33, prop. 9). Comme B est localement connexe par arcs, on peut supposer que V est connexe par arcs. Pour tout chemin dans V, d’origine , les applications et sont deux relèvements continus à B de l’application et l’on a . D’après le corollaire 1 de I, p. 34, on a et en particulier . Comme tout point de V est terme d’un chemin dans V d’origine , les applications et coïncident dans V. L’application est donc continue dans V.
Corollaire 01XN
Soit B un espace topologique, soient et deux B-espaces. On suppose que l’application est étale et séparée et que l’espace est localement connexe par arcs. Alors toute application continue par arcs telle que est continue.
L’application pr est étale et séparée (I, p. 31, prop. 8 et I, p. 27, prop. 4) et l’application en est une section continue par arcs. D’après la proposition 13, elle est continue, donc est continue.
6. Compléments sur les espaces topologiques compacts métrisables
Munissons l’ensemble à deux éléments de la topologie discrète et l’ensemble de la topologie produit. L’espace topologique est compact (TG, I, p. 63, th. 3), métrisable (TG, IX, p. 15, cor. 2), non vide, totalement discontinu (TG, I, p. 84, prop. 10) et n’a pas de point isolé.
Proposition 14 01XO
Tout espace topologique compact, métrisable, non vide, totalement discontinu et sans point isolé est homéomorphe à .
Soit X un tel espace topologique. Munissons-le d’une distance compatible avec sa topologie. Comme l’espace X est compact, il est complet pour cette distance (TG, II, p. 27, th. 1).
Lemme 3 01XP
Soit un nombre réel . Il existe un entier tel que, pour tout entier , X admette une partition formée de ensembles ouverts et fermés non vides de diamètre .
Tout point de X admet un voisinage ouvert et fermé de diamètre (TG, II, p. 32, corollaire de la prop. 6). Comme l’espace X est compact, il possède un recouvrement fini par de tels ensembles. Choisissons-en un, , pour lequel est minimal. On a puisque X n’est pas vide. Pour , notons l’intersection de et des pour . Alors est une partition de X, formée de ensembles ouverts et fermés non vides de diamètre .
Puisque X n’a pas de point isolé, toute partie V ouverte et fermée, non vide, de X contient au moins deux points. Comme en outre X est compact et totalement discontinu, V est réunion de deux parties ouvertes et fermées non vides disjointes (loc. cit.). Il en résulte, par récurrence, que pour tout entier , X admet une partition formée de ensembles ouverts et fermés non vides de diamètre .
Terminons maintenant la démonstration de la prop. 14. Tout sous-espace ouvert et fermé non vide de X est un espace métrique compact, totalement discontinu et sans point isolé. Le lemme 3 permet donc de construire par récurrence une suite d’ensembles finis et pour tout une application de l’ensemble dans l’ensemble des parties ouvertes et fermées non vides de X de diamètre , de manière que :
(i) Pour tout , il existe un entier tel que Card(J) ;
(ii) La famille soit une partition de X ;
(iii) Pour tout et tout , la famille soit une partition de .
Notons la projection canonique de sur . La suite C = est un crible (TG, IX, p. 63, déf. 8). L’espace topologique associé à ce crible (TG, IX, p. 63) s’identifie à l’espace topologique J, produit des espaces topologiques discrets . Le crible C et la suite d’applications définissent un criblage strict de l’espace métrique X (TG, IX, p. 63 et p. 64). L’application déduite de ce criblage est continue et bijective (TG, IX, p. 65). Comme l’espace topologique J est compact (TG, I, p. 63, th. 3) et que X est séparé, est un homéomorphisme (TG, I, p. 63, cor. 2). Comme est homéomorphe à pour tout , J est homéomorphe à (TG, I, p. 25, prop. 2).
Exemple 01XQ
Soit K l’ensemble triadique de Cantor (TG, IV, p. 9, exemple). Pour tout , posons et définissons une application de l’ensemble dans l’ensemble des intervalles fermés de de la manière suivante : on pose et ; pour tout et tout et sont respectivement le « tiers gauche » et le « tiers droit » de . Si est l’intervalle noté dans loc. cit., avec , c’est aussi l’intervalle , où . Pour et , posons . La famille est une partition de K formée d’ensembles fermés. Ces ensembles sont donc aussi ouverts dans K; ils sont non vides et de diamètre , car les extrémités des intervalles appartiennent à K. La suite , où est la projection canonique , est un crible, et l’espace topologique associé à ce crible s’identifie à . Le crible C et la suite d’applications définissent un criblage strict de l’espace métrique K. L’application déduite de ce criblage est un homéomorphisme, donné par la formule
Corollaire 01XR
Soit X un espace topologique métrisable, compact et non vide. Il existe une application continue et surjective de dans X.
Tout espace topologique compact et métrisable est homéomorphe à un sous-espace, nécessairement fermé, de l’espace topologique (TG, IX, p. 18, prop. 12 et p. 21, prop. 16). Soient donc A un sous-espace fermé de et un homéomorphisme de A sur X.
Posons K = et, pour K, posons ; on a . L’application ainsi définie est surjective (TG, IV, p. 42) et continue. En effet, si deux éléments et de K ont les mêmes coordonnées d’indice , on a . Notons l’application de dans ; elle est continue et surjective. L’espace topologique est compact (TG, I, p. 63, th. 3), métrisable (TG, IX, p. 15, cor. 2) et totalement discontinu (TG, I, p. 84, prop. 10) et il en est de même de son sous-espace fermé ; ce dernier est non vide puisque les applications et sont surjectives.
Alors, l’espace est homéomorphe à (prop. 14), puisque c’est un espace topologique compact, métrisable, totalement discontinu et sans point isolé et l’application de dans X est continue surjective.
7. Propriétés topologiques de l’image d’un chemin
Proposition 15 01XS
L’image d’un chemin dans un espace topologique séparé est un espace topologique compact, métrisable, connexe et localement connexe par arcs.
Soient X un espace topologique séparé et une application continue. Notons R la relation d’équivalence dans . L’espace topologique est séparé (TG, I, p. 63, cor. 1), l’espace est quasi-compact (TG, I, p. 62, th. 2), donc la bijection déduite de est un homéomorphisme (TG, I, p. 63, cor. 2). Par suite, l’espace est compact, métrisable (TG, IX, p. 22, prop. 17), connexe (TG, I, p. 82, prop. 6) et localement connexe par arcs (III, p. 261, prop. 8).
Théorème 1 (Hahn et Mazurkiewicz) 01XT
Tout espace topologique métrisable, compact, non vide, connexe et localement connexe, est homéo-morphe à un espace quotient du segment .
Lemme 4 01XU
Soit K un espace topologique compact et soit un ensemble d’ouverts de K recouvrant K. Il existe un entourage V de la structure uniforme de K (TG, II, p. 27, th. 1) tel que, pour tout , soit contenu dans l’un des ensembles appartenant à .
Pour tout point de K, il existe un entourage de la structure uniforme de K tel que soit contenu dans un des ensembles appartenant à . Soit un entourage de la structure uniforme de K tel que soit contenu dans . Les intérieurs des recouvrent K ; comme l’espace K est compact, il existe une partie finie F de K telle que la famille soit un recouvrement de K (TG, I, p. 59). Notons V l’intersection de la famille ; l’ensemble V est un entourage de la structure uniforme de K. Pour tout point , il existe un point tel que appartienne à . Par suite, l’ensemble
est contenu dans , donc dans un des ensembles appartenant à .
Lemme 5 01XV
Soient X et Y des espaces uniformes et une application de X dans Y. Soit un ensemble de parties fermées de X recouvrant X et possédant les propriétés suivantes :
(i) Il existe un ensemble qui rencontre tous les ensembles ;
(ii) Pour tout entourage U de la structure uniforme de X, il n’y a qu’un nombre fini d’ensembles qui ne sont pas petits d’ordre U ;
(iii) Pour tout entourage V de la structure uniforme de Y, il n’y a qu’un nombre fini d’ensembles tels que ne soit pas petit d’ordre V.
Alors, si la restriction de à chacun des ensembles est continue, est continue.
Soit un point de X. Démontrons que est continue en . Il existe un ensemble tel que . La restriction de à est continue (TG, I, p. 19, prop. 4). En remplaçant par , on se ramène au cas où .
Soit V un entourage de la structure uniforme de Y. Choisissons
un entourage de cette même structure uniforme tel que . Comme la restriction de à est continue, il existe un entourage U de la structure uniforme de X tel que pour tout . Soit un entourage de la structure uniforme de X
tel que . Notons A la réunion de , des ensembles qui ne sont pas petits d’ordre et de ceux tels que ne soit pas petit d’ordre . Par hypothèse, A est la réunion d’un nombre fini d’ensembles appartenant à , et la restriction de à A est continue (loc. cit.). Il existe donc un voisinage W de dans X, contenu dans , tel que pour . Pour conclure, il nous suffira de prouver que l’on a aussi pour tout point . Soit un tel point. Soit F un élément de tel que . Par définition de A, F est petit d’ordre et est petit d’ordre . Par hypothèse, F rencontre . Soit . On a puisque F est petit d’ordre et puisque W
est contenu dans , d’où et a fortiori . Mais alors, comme appartient à , on a . Par ailleurs est petit d’ordre , d’où . Il en résulte que l’on a
et finalement . Cela conclut la preuve du lemme 5.
Démontrons maintenant le théorème 1. Soit X un espace métrique compact non vide, connexe et localement connexe. Un tel espace est connexe par arcs et localement connexe par arcs (III, p. 267, corollaire 2). D’après le corollaire et l’exemple de III, p. 270, il existe une application continue et surjective de l’ensemble triadique de Cantor K (TG, IV, p. 9, exemple) dans X. Nous allons construire un prolongement continu de à , ce qui démontrera le théorème 1.
Soit un nombre réel . Les parties ouvertes et connexes par arcs de X de diamètre recouvrent X. Notons l’ensemble de leurs images réciproques par : c’est un ensemble d’ouverts de K recouvrant K. D’après le lemme 4 de III, p. 272, il existe un nombre réel tel que toute boule fermée de K de rayon soit contenue dans un élément de . En particulier, si et sont des points de K tels que , il existe un chemin dans X reliant à dont l’image est de diamètre .
L’alinéa précédent permet de construire par récurrence une suite strictement croissante d’entiers 0 possédant la propriété suivante : pour tout entier et tout couple de points de K tels que , il existe un chemin dans X reliant à dont l’image est de diamètre . Le complémentaire de K dans est la réunion d’une famille d’intervalles ouverts deux à deux disjoints, où parcourt l’ensemble des entiers et l’ensemble des entiers compris entre 1 et (TG, IV, p. 9, exemple). Considérons un de ces intervalles et écrivons-le . Les points et appartiennent à K et l’on a . On définit la fonction sur l’intervalle de la façon suivante : on choisit un chemin dans X reliant à , dont l’image soit de diamètre si , et l’on pose pour . La fonction ainsi définie prolonge . Elle est continue sur K ainsi que sur chacun des intervalles fermés . Ces derniers rencontrent K. De plus, pour tout nombre réel , il n’y a qu’un nombre fini d’intervalles de longueur , et il n’y a qu’un nombre fini d’intervalles dont les images par soient de diamètre . D’après le lemme 5, l’application est continue.
8. Caractérisations de l’intervalle
Lemme 6 01XW
Soit D un ensemble totalement ordonné dénombrable, non réduit à un élément, possédant un plus petit et un plus grand élément. On suppose que D est sans trou (E, III, p. 73, exerc. 19), c’està-dire que tout intervalle ouvert , où et sont des éléments de D tels que , est non vide. Il existe alors un isomorphisme d’ensembles ordonnés de sur D.
Soient le plus petit élément et le plus grand élément de D. Par hypothèse, on a et pour tout . L’ensemble D est totalement ordonné, n’est pas vide et n’a pas de plus petit élément ; il est donc infini (E, III, p. 34, cor. 1 de la prop. 3). Les ensembles et D, infinis et dénombrables, sont équipotents à .
Choisissons des bijections et de sur et D respectivement, telles que . Il existe une unique application strictement croissante possédant les propriétés suivantes : on a et ; pour , on a , où est le plus petit entier naturel pour lequel l’application de dans D qui coïncide avec dans et applique sur est strictement croissante. Ces propriétés définissent en effet par récurrence sur , l’existence de l’entier étant assurée par le fait que D est sans trou.
Comme l’application est strictement croissante et que est totalement ordonné, définit un isomorphisme d’ensembles ordonnés de sur son image (E, III, p. 14, prop. 11). Il nous reste à démontrer que est surjective. Pour cela, démontrons par récurrence que appartient à l’image de pour tout .
On a et . Supposons que l’on ait et que, pour , il existe tel que . On a et , car est injective. Considérons le plus petit entier pour lequel n’appartient pas à et l’application de dans D qui coïncide avec dans et applique sur est strictement croissante ; un tel entier existe car est sans trou. Soit l’application de dans D qui coïncide avec dans et qui applique sur . Démontrons qu’elle est strictement croissante. Soit ; par définition de l’entier , il existe tel que , ou et , ou et . Supposons ; on a alors , d’où car est strictement croissante, puis ; en outre, . De même, si , il vient et . Comme est elle-même strictement croissante, il en résulte que l’application est strictement croissante.
Si est l’entier tel que , on a , par définition de . Si l’on avait , on aurait , d’où , car est injective, ce qui contredit la définition de . Ainsi, et , ce qui démontre que appartient à l’image de et termine par récurrence la démonstration de la surjectivité de .
Proposition 16 01XX
Soit E un ensemble totalement ordonné non réduit à un élément. On suppose que toute partie de E a une borne supérieure et qu’il existe une partie dénombrable de E qui rencontre tout intervalle ouvert , où et sont des éléments de E tels que . Il existe alors un isomorphisme d’ensembles ordonnés de sur E.
Comme et E ont chacun une borne supérieure dans E, E a un plus petit élément et un plus grand élément . Ceux-ci sont distincts puisque E n’est pas réduit à un élément. Soit une partie dénombrable de E qui rencontre tout intervalle ouvert de E de la forme , avec . Posons . L’ensemble D est totalement ordonné et sans trou. D’après le lemme 6, il existe un isomorphisme d’ensembles ordonnés de sur D.
Pour tout , soit la borne supérieure de dans E. Pour tout , soit la borne supérieure de dans . Les applications et ainsi définies sont croissantes, coïncide avec dans et coïncide avec dans D.
On a donc pour tout . Soit . Si l’on avait , l’intervalle contiendrait un point de D et les relations contrediraient le fait que est croissante. De même, on n’a pas . On a donc , ce qui démontre que est l’application identique de E. On démontre de même que est l’application identique de . Ainsi, et sont des isomorphismes d’ensembles ordonnés réciproques l’un de l’autre.
Remarque 01XY
Soit E un ensemble totalement ordonné. L’ensemble des intervalles ouverts de E (limités ou non) est stable par intersection finie. C’est une base d’une topologie sur E (TG, I, p. 91, exerc. 5). La topologie est identique à la topologie induite sur par celle de . Il s’ensuit que, dans la prop. 16, tout isomorphisme d’ensembles ordonnés de sur E est un homéomorphisme de sur l’espace topologique obtenu en munissant E de la topologie .
Corollaire 01XZ
Soit R une relation d’équivalence dans . Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) Toute classe d’équivalence suivant R est un intervalle fermé de , distinct de ;
(ii) Il existe une application croissante et surjective telle que R soit la relation d’équivalence associée à .
Une telle application , lorsqu’elle existe, est continue et définit par passage au quotient un homéomorphisme de sur .
Nous noterons la surjection canonique.
Supposons la condition (i) satisfaite. Pour A et B des classes d’équivalence suivant R, écrivons si l’on a pour tout et tout . Dans , la relation « A = B ou » est une relation d’ordre. En effet, elle est réflexive ; elle est antisymétrique car on ne peut avoir simultanément et ; elle est transitive car les relations et entraînent . Si A et B sont des éléments distincts de , ce sont des intervalles fermés de , disjoints, et l’on a alors soit , soit . Muni de la relation d’ordre ainsi définie, est donc totalement ordonné. L’application est croissante.
L’ensemble n’est pas réduit à un élément, en vertu de (i).
Soit F une partie de . Démontrons que F possède une borne supérieure dans . Posons ; notons la borne supérieure de dans et A la classe d’équivalence de suivant R. Comme majore dans , A majore F dans . Inversement, soit un majorant de F ; posons sup(B). Tout élément de est alors majoré par . On a donc . Comme les classes d’équivalence suivant R sont des intervalles fermés, appartient à A et à B. On a par suite . Cela démontre que A est la borne supérieure de F.
Soient A et B des éléments de tels que . Soit la borne supérieure de A et la borne inférieure de B. Comme et , on a . La classe d’équivalence suivant R d’un élément quelconque de est un élément de l’intervalle de . Comme rencontre , son image par rencontre .
Nous avons ainsi démontré que l’ensemble totalement ordonné satisfait aux hypothèses de la prop. 16. Il existe donc un isomorphisme d’ensembles ordonnés . L’application est une application surjective et croissante de sur et la relation d’équivalence associée à est la relation R ; cela démontre que la condition (ii) est satisfaite.
Supposons inversement que la condition (ii) soit satisfaite. Soit une application croissante et surjective telle que R soit la relation d’équivalence associée à .
Soit un point de . L’ensemble est un intervalle de , car l’application est croissante. Comme est surjective, A n’est ni vide, ni égal à . Soit la borne supérieure de A dans . On a . Si , il existe et tel que puisque est surjective. Comme est croissante et que majore tout élément de A et on a , ce qui contredit l’hypothèse que est la borne supérieure de A. On a donc , c’est-à-dire . On démontre de même que A contient sa borne inférieure. L’ensemble A est donc un intervalle fermé de , distinct de . Cela démontre que la condition (i) est satisfaite.
Démontrons maintenant que l’application est continue. Il suffit pour cela de démontrer que, pour tout , les ensembles et sont ouverts. Soit la borne supérieure de ; on a . Si vérifie , on a nécessairement ; inversement, si , on a et puisque est la borne supérieure de . On a par conséquent , ce qui démontre que l’image réciproque par de l’intervalle est ouverte. On démontre de même que celle de est ouverte. Il s’ensuit que l’application est continue.
L’application déduite de par passage au quotient est alors continue et bijective. Comme est compact, est quasi-compact (TG, I, p. 62, th. 2) et est un homéomorphisme (TG, I, p. 63, cor. 2).
Proposition 17 01Y0
Soit X un espace topologique connexe et compact. Soit un point de X, soit U une partie ouverte et fermée non vide de X .
a) L’adhérence de U dans X est égale à et est connexe.
b) Soit un point de X distinct de , soit une partie ouverte et fermée non vide de X . Si et que , on a . Inversement, si et que X , on a .
c) Il existe un point de U tel que X soit connexe.
Démontrons l’assertion a). Notons V le complémentaire de U dans X . Comme U est fermé dans X , V est ouvert dans X et a fortiori dans X. On a donc . De même, U est une partie ouverte de X. Comme X est connexe, U n’est pas fermé dans X, d’où l’égalité . On a de même .
Soient F et G des parties fermées disjointes de telles que . Supposons que et démontrons que F est vide ; on raisonnerait de même si . L’ensemble est une partie fermée de X, disjointe de F, et l’on a . Comme X est connexe et que G n’est pas vide, F est vide. Cela démontre que est connexe.
Démontrons b). Supposons que et que . D’après l’assertion a), on a et . Comme et , les parties U et ont un point commun. Toujours d’après a), est une partie connexe de X ; comme elle est contenue dans X et qu’elle en rencontre la partie ouverte et fermée U, on a , ce qu’il fallait démontrer. La seconde assertion découle de la première en considérant les complémentaires dans X de et respectivement.
Démontrons enfin l’assertion c). Supposons par l’absurde que, pour tout , l’ensemble X ne soit pas connexe et choisissons des parties et , ouvertes et fermées dans X , disjointes et non vides, telles que X et . D’après l’assertion b), appliquée aux parties ouvertes et fermées U, de X et X respectivement, on a pour tout . Soient et des points de U tels que ; on a donc . Toujours d’après l’assertion b), appliquée aux parties ouvertes et fermées et de X et X , la relation entraîne la relation . Par suite, les relations et sont équivalentes.
L’ensemble des parties S de U telles que est de caractère fini (E, III, p. 34), car l’espace X est compact. D’après E, III, p. 35, th. 1, il existe une partie maximale S de U telle que ne soit pas vide. Soit un point de C. Pour tout élément de S, on a , d’où puis . Par conséquent, on a puis, par maximalité de S, . Pour tout tel que , on a aussi et . Par maximalité de S, , donc , ce qui contredit l’hypothèse que est une partie ouverte et fermée non vide de X .
Corollaire 01Y1
Soit X un espace topologique compact connexe, soit N l’ensemble des points de X dont le complémentaire est connexe. L’ensemble X est l’unique partie connexe et compacte de X qui contient N.
Soit S une partie connexe et compacte de X telle que . Supposons que S et soit . Par hypothèse, X n’est pas connexe ; il existe donc des parties U et V ouvertes et fermées de X , disjointes et non vides, telles que X . On peut supposer que . On a et et ces espaces sont connexes (III, p. 278, prop. 17, a)). D’après l’assertion c) de cette proposition, il existe tel que X soit connexe, ce qui contredit les inclusions .
Lemme 7 01Y2
Soit T un espace topologique localement connexe. Soit un ensemble filtrant croissant de parties ouvertes de T, de réunion T. Pour et , notons la composante connexe de dans U si et posons si . Pour tout est la composante connexe de dans T.
Pour , posons . On a . Les ensembles sont ouverts et connexes et il en est de même de car on a si (TG, I, p. 81, prop. 2). Soient des points de T tels que . Soit un point de ; soit tel que et soit tel que . Comme est filtrant croissant, il existe qui contient . Alors, , donc . Plus généralement, on a pour tout tel que , donc . Cela démontre que les ensembles de la forme forment une partition de T en sous-ensembles ouverts connexes. Par suite, pour tout , est la composante connexe de dans T.
Théorème 2 01Y3
Soit X un espace topologique connexe compact possédant une partie dénombrable partout dense. Soient des points distincts de X. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) Il existe un homéomorphisme tel que et ;
(ii) Tout sous-ensemble connexe de X qui contient est égal à X ;
(iii) L’espace X est localement connexe et tout sous-ensemble connexe et compact de X qui contient est égal à X ;
(iv) Pour tout , l’espace X n’est pas connexe.
L’assertion (i) entraîne toutes les autres.
Soit un point de X . Comme X contient , l’assertion (ii) entraîne que ce n’est pas une partie connexe de X, si bien que (ii) implique (iv).
Montrons que (iii) entraîne (iv). Supposons satisfaites les hypothèses de (iii). Soit et supposons que X soit connexe. Soit T l’espace X et soit l’ensemble des parties de T de la forme X-V, où V est un voisinage compact de . D’après le lemme 7, il existe un voisinage compact V de tel que et appartiennent à une même composante connexe de X-V. Ils appartiennent en particulier à une même composante connexe de ; celle-ci est un ensemble compact, connexe de X, distinct de X, ce qui contredit l’hypothèse (iii).
Il reste à démontrer que l’assertion (iv) implique la condition (i).
Soit un point de X et soient U, V des parties ouvertes et fermées, disjointes et non vides, de X, telles que X. D’après III, p. 278, prop. 17, c), il existe un point de U (resp. de V) dont le complémentaire dans X est connexe. Comme X n’admet que deux tels points, et , l’un d’eux, disons , est contenu dans U et l’autre dans V. D’après loc. cit., une partie ouverte et fermée, non vide, de U, contient un point de , donc contient . Appliquant ceci à , il vient que . Par suite, U est connexe ; c’est la composante connexe de dans X. De même, V est la composante connexe de dans X .
Pour tout , notons ainsi et les composantes connexes de et dans X . D’après ce qui précède, elles sont ouvertes et fermées dans X , disjointes, et leur réunion est égale à X .
Notons la relation dans X définie de la façon suivante : d’une part, et pour tout , d’autre part, si et appartiennent à X , alors si . Pour et dans X , les parties et , ont en commun le point , la relation équivaut en fait à l’assertion III, p. 278, prop. 17, b)). Il en résulte que la relation est une relation d’ordre dans X.
Soient et des points de X tels que l’on n’ait pas . Nécessairement, et , et . Si ou , on a . Supposons alors que et sont distincts de et . Comme les parties et ont en commun le point , on a l’inclusion loc. cit.), d’où, prenant les adhérences des complémentaires, et, a fortiori, . La relation dans l’espace X est donc une relation d’ordre total. Pour tout , on a de plus et ; pour , on a . Lorsque parcourent les points de X , les ensembles , les ensembles et les ensembles forment une base d’une topologie sur X. Notons l’espace topologique correspondant et l’application identique de X. Comme, pour tout , les ensembles et sont ouverts dans X, l’application est continue.
L’espace est séparé. En effet, soient et des points distincts de tels que . Les parties et sont des voisinages ouverts de et ; s’ils ont un point commun , et sont alors des voisinages ouverts disjoints de et . Comme X est compact, l’application est donc un homéomorphisme (TG, I, p. 63, cor. 2).
Par suite, l’image par d’une partie dénombrable partout dense de X rencontre chaque intervalle ouvert non vide de l’ensemble ordonné . Il résulte alors de la prop. 16 de III, p. 276 qu’il existe un isomorphisme de l’ensemble ordonné sur . D’après la remarque qui suit cette proposition, cet isomorphisme est un homéomorphisme de sur l’espace topologique . L’application est alors un homéomorphisme de sur X qui applique 0 sur et 1 sur .
9. Chemins injectifs
Proposition 18 01Y4
Soit X un espace topologique séparé. Soient et des points distincts de X qui appartiennent à la même composante connexe par arcs de X. Il existe un chemin injectif reliant à dans X.
Soit un chemin reliant à dans X. Soit l’ensemble des parties ouvertes U de telles que pour toute composante connexe de U.
Lemme 8 01Y5
L’ensemble , ordonné par inclusion, est inductif.
Soit une partie totalement ordonnée de . Démontrons que la réunion V des ensembles appartenant à est un élément de , c’est-àdire que, pour toute composante connexe de V, on a .
Soit un point de . Soit l’ensemble des tels que ; pour un tel U, notons la composante connexe de dans U. On a si U et sont des éléments de tels que . Comme la réunion pour des est égale à d’après le lemme 7 de III, p. 280, on a lim et lim , où les limites sont prises suivant l’ensemble filtrant . Comme l’application est continue et que l’espace topologique X est séparé, les égalités pour tout entraînent que , ce qu’il fallait démontrer.
En vertu de E, III, p. 20, th. 2, il existe une partie ouverte U appartenant à qui est maximale pour la relation d’inclusion.
Soit l’application définie de la façon suivante. Si , on pose ; sinon, notant la composante connexe de dans U, on pose , de sorte que l’application est constante d’image .
La prop. 18 résulte du lemme suivant.
Lemme 9 01Y6
Il existe une application continue, croissante et surjective et un chemin injectif reliant à tels que .
Démontrons d’abord que l’application est continue. Soit un point de . Si est constante au voisinage de , donc continue en . Supposons et soit W un voisinage ouvert de dans X. Soit V un intervalle ouvert dans contenant tel que ; il en existe puisque est continue en . Démontrons que . Soit ; si , on a , donc . Supposons alors et soit la composante connexe de dans U. Observons que ne contient pas . Par suite, si , on a d’où et . On démontre de même que si . Ainsi, est continue en .
Soient et des points de tels que et . Démontrons que . Posons ; c’est une partie ouverte de .
Si appartient à U, notons la borne inférieure dans de la composante connexe de dans U ; posons si n’appartient pas à U. De même, si appartient à U, notons la borne supérieure dans de la composante connexe de dans U ; posons si n’appartient pas à U. Alors, est une composante connexe de et l’on a . Comme les composantes connexes de distinctes de sont des composantes connexes de U, l’ouvert est un élément de . Puisque U est un élément maximal de pour la relation d’inclusion, on a et est contenu dans U. Cela démontre que est constante sur l’intervalle . Les fibres de sont donc des intervalles de , et ces intervalles sont fermés car est continue.
Notons R la relation d’équivalence associée à et la surjection canonique de sur . Il existe une unique application continue de dans X telle que ; cette application est injective. D’après le corollaire, III, p. 276, de la prop. 16, il existe une application , croissante, continue et surjective, telle que R soit la relation d’équivalence associée à . Comme l’espace est compact et que l’espace X est séparé, l’application est fermée, donc stricte (I, p. 18, exemple 2). Elle définit par passage au quotient un homéomorphisme de sur . Alors, l’application de dans X est un chemin injectif d’origine et de terme .
10. Relèvement de chemins
Théorème 3 01Y7
Soit I un intervalle de et soit X un espace topologique non vide et séparé. Soit une application continue, ouverte et propre dont les fibres sont totalement discontinues (TG, I, p. 83). L’application est surjective. Pour tout point de X, elle possède une section continue telle que .
L’ensemble est une partie ouverte, fermée (TG, I, p. 72, prop. 1), non vide de I. Comme I est connexe, on a ; l’application est donc surjective.
Pour tout couple tel que , notons l’ensemble des couples tels que et appartiennent à une même composante connexe de .
Lemme 10 01Y8
Soient des points de I tels que .
a) L’ensemble est fermé dans .
b) On a pr et pr.
c) Soit tel que . Si appartient à et appartient à , alors appartient à .
L’ensemble est compact (TG, I, p. 77, prop. 7). Par suite, pour qu’un couple appartienne à , il faut et il suffit que toute partie ouverte et fermée de qui contient contienne (TG, II, p. 32, prop. 6).
Posons . Pour toute partie ouverte et fermée U de Y, l’ensemble est fermé dans . L’intersection de ces ensembles est égale à , d’où a).
Soit . Notons l’ensemble des voisinages ouverts et fermés de dans Y. L’application de Y dans déduite de par passage aux sous-espaces est ouverte et propre (I, p. 17, prop. 8), donc aussi fermée. Il en résulte que, pour tout ensemble U appartenant à est une partie ouverte et fermée non vide de ; comme l’intervalle est connexe, on a et en particulier . Par suite, est une famille filtrante décroissante de parties fermées non vides de l’espace compact . L’intersection de cette famille n’est pas vide (TG, I, p. 59) ; soit un de ses éléments. On a . Nous avons démontré la relation pr. La relation pr s’en déduit en remplaçant , I par , .
Sous les hypothèses de c), le couple appartient à , l’ensemble est contenu dans une partie connexe C de et l’ensemble est contenu dans une partie connexe de . Alors, est une partie connexe de (TG, I, p. 81, prop. 2) et contient , d’où la relation .
Revenons à la démonstration du th. 3. Chaque fibre de l’application est compacte (TG, I, p. 77, prop. 7). D’après le théorème de Tychonoff (TG, I, p. 63, th. 3), l’espace produit est compact. Soit l’ensemble des éléments de K tels que soit égal à et que l’on ait pour tout couple d’éléments de I tels que . Le théorème 3 résulte du lemme suivant.
Lemme 11 01Y9
a) L’ensemble n’est pas vide.
b) Soit un élément de . L’application de I dans X est une section continue de telle que .
Pour toute partie finie S de I contenant le point , notons l’ensemble des éléments de K satisfaisant la relation et les relations pour tout couple d’éléments de S tels que . Les ensembles sont fermés dans K (lemme 10, a)) et forment une famille filtrante décroissante de parties de K, d’intersection . Pour démontrer que n’est pas vide, il suffit de démontrer que, pour toute partie finie S de I contenant le point , l’ensemble n’est pas vide (TG, I, p. 59).
Soit S une telle partie ; ordonnons ses éléments en une suite strictement croissante et notons l’entier tel que . Posons . Le lemme 10, b), permet de construire par récurrence des éléments , pour , et par récurrence descendante des éléments pour , de sorte que l’on ait pour tout entier tel que . D’après le lemme 10, c), on a pour tout couple d’éléments de S tels que . Comme l’application est surjective, nous pouvons choisir pour tout un élément . La famille ainsi construite appartient à , donc n’est pas vide.
Démontrons b). Par définition de est une section de telle que . Soit ; démontrons la continuité de au point . Soit U un voisinage ouvert de dans X. Comme est un espace compact (TG, I, p. 77, prop. 7) et totalement discontinu, possède dans un voisinage ouvert et fermé C, contenu dans U (TG, II, p. 32, corollaire). Les ensembles C et sont fermés dans , donc compacts, et ils sont disjoints. Puisque X est séparé, ils possèdent dans X des voisinages ouverts et disjoints V et (TG, I, p. 61, prop. 3). L’ensemble est un voisinage ouvert de la fibre dans X ; comme l’application est fermée (TG, I, p. 72, prop. 1), contient un ensemble de la forme , où est un intervalle ouvert contenant I, p. 75, lemme). Posons . L’ensemble W est ouvert dans ; il est aussi fermé dans puisque l’on a . Soit . L’intervalle fermé de I d’extrémités et est contenu dans J. Par hypothèse, appartient à si et appartient à si . Il existe donc une partie connexe de contenant . Par suite, le point appartient à toute partie ouverte et fermée de qui contient , donc en particulier à W; a fortiori, appartient à U. On a donc , ce qui démontre la continuité de au point .
Corollaire 01YA
Soient X et B des espaces topologiques et une application continue, ouverte, propre et séparée dont les fibres sont totalement discontinues. Soit I un intervalle de , soit une application continue, soit un point de I et soit un point de X tel que . Il existe une application continue telle que et .
Posons et notons I et X les projections canoniques. L’application est continue, ouverte, propre et séparée (I, p. 17, prop. 8 et p. 27, prop. 4). Comme l’espace I est séparé, l’espace est séparé (I, p. 26, remarque 3). Les fibres de sont totalement discontinues ( I, p. 10, corollaire, a)). D’après le th. 3, il existe une section continue de qui prend en la valeur . L’application de I dans X est continue, on a et , d’où le corollaire.
Théorème 4 01YB
Soit X un espace topologique, soit G un groupe discret opérant proprement dans X et soit l’application canonique. Soit I un intervalle de , soit une application continue, soit un point de I et soit un point de X tel que . Il existe une application continue telle que et .
Traitons d’abord le cas où I est un intervalle fermé borné de .
D’après TG, III, p. 29, prop. 3, l’espace X est séparé.
Soit un point de et soit tel que . Le stabilisateur de est un sous-groupe fini de G ; de plus, il existe des voisinages de dans X et de dans tels que soit stable par si et induise un homéomorphisme de sur (TG, III, p. 32, proposition 8). De plus, pour tout induit un homéomorphisme de sur . Comme I est compact, il existe des entiers et tels que et une suite finie d’éléments de I tels que , et tels que, pour tout soit contenu dans un ouvert de construit comme ci-dessus.
Soit l’unique élément de tel que . Soit l’application canonique de sur ; par passage au quotient, l’application induit un homéomorphisme de sur tel que . L’application est propre (TG, III, p. 29, prop. 3), ouverte (TG, I, p. 31, exemple 1) et séparée, car X est séparé. Ses fibres sont totalement discontinues, car elles sont finies. D’après le corollaire, III, p. 286, il existe une application continue telle que .
On construit de même, par récurrence sur l’entier , un point , une application continue dont l’image est contenue dans telle que et telle que si .
De manière analogue, on construit par récurrence décroissante sur l’entier un point , une application continue dont l’image est contenue dans telle que et telle que si .
Il existe une unique application X qui coïncide avec dans pour . Elle est continue (TG, I, p. 19, prop. 4). C’est un relèvement continu de à X tel que .
Cela prouve le théorème lorsque I est compact. Dans le cas général, il existe des suites et telles que soit stationnaire de limite inf(I), soit stationnaire de limite sup(I), et telle que (resp. ) soit constante si I possède un plus petit (resp. un plus grand) élément. D’après ce qui précède, il existe pour tout entier un relèvement continu de à X, un relèvement continu de à X tels que . Il existe une unique application qui coïncide avec dans et avec dans , pour tout . Elle est continue (loc. cit.) et c’est un relèvement continu de à X tel que . Le théorème est ainsi démontré.
Exemple 1 01YC
Soit X un espace topologique séparé et soit G un groupe fini, muni de la topologie discrète, qui opère continûment dans X. L’opération est alors propre (TG, III, p. 28, prop. 2). L’assertion du théorème 4 découle alors directement du corollaire du théorème 3.
Exemple 2 01YD
Soit un entier . Notons l’ensemble des polynômes unitaires de degré , muni de la topologie pour laquelle l’application est un homéo-morphisme de sur . L’application de dans définie par est continue. Le groupe symétrique opère sur par permutation des facteurs et définit par passage au quotient un homéomorphisme de sur (TG, VIII, p. 22, prop. 1, I, p. 23, cor. 1 et TG, VIII, p. 20). On en déduit donc l’énoncé suivant :
Soit I un intervalle de , soit une suite d’applications continues de I dans , soit un point de I et soit une suite de nombres complexes telle que l’on ait . Il existe une suite d’applications continues de I dans telle que l’on ait pour et pour tout .
Exercices
See the exercises for § 2.