Bourbaki

§ 8. Algèbres de fonctions continues sur un espace compact

Dans ce paragraphe, le corps de base est C\mathbf{C}.

1. Sous-algèbres de l’algèbre des fonctions continues sur un espace compact

Soient X un espace topologique compact et B une sous-algèbre unifère de C(X)\mathscr{C}(X). On note ev l’application x↦x\mapsto evx_x de X dans X(B)\mathsf{X}(B) telle que evx(f)=f(x)_x(f) =f(x) pour tout f∈Bf\in B. On désigne par jj l’injection de B dans C(X)\mathscr{C}(X), ainsi X(j)=\mathsf{X}(j) = ev.

Proposition 1 02H4

Soit f↦∥f∥Bf\mapsto \|f\|_B une norme munissant B d’une structure d’algèbre de Banach.

a) L’application jj est de norme ⩽1\leqslant 1 dans L(B;C(X))\mathscr{L}(B;\mathscr{C}(X)) ;

b) Le radical de l’algèbre B est nul ;

c) L’application ev est continue de X dans X(B)\mathsf{X}(B) ;

d) Si B sépare les points de X, alors l’application ev est un homéo-morphisme de X sur une partie fermée de X(B)\mathsf{X}(B).

On peut identifier X à X(C(X))\mathsf{X}(\mathscr{C}(X)) et GC(X)\mathscr{G}_{\mathscr{C}(X)} à l’application identique (exemple 1 de I, p. 36). L’application ev s’identifie alors à X(j)\mathsf{X}(j), ce qui démontre c).

Pour toute fonction f∈Bf\in B et tout x∈Xx\in X, on a GB(f\mathscr{G}_B(f)(evx_x) =f(x)=f(x), d’où

∥f∥C(X)=\|f\|_{\mathscr{C}(X)}= supx∈X∣GB(f_{x\in X}|\mathscr{G}_B(f)(evx_x)∣⩽ϱB(f)⩽∥f∥B|\leqslant \varrho_B(f)\leqslant \|f\|_B,

(cf. prop. 7 de I, p. 38, a)) ce qui entraîne a). De plus, ceci montre que la transformation de Gelfand de B est injective, d’où b) (prop. 8 de I, p. 38). Si B sépare les points de X, alors l’application ev est injective, d’où d) puisque X est compact.

On s’intéresse maintenant à la surjectivité de l’application ev.

Proposition 2 02H5

Soit f↦∥f∥Bf\mapsto \|f\|_B une norme telle que (B,∥⋅∥B)(B,\|\cdot \|_B) est une algèbre de Banach.

a) Si l’application ev est surjective, alors l’algèbre B est une sous-algèbre pleine de C(X)\mathscr{C}(X) ;

b) Supposons que B est une sous-algèbre pleine de C(X)\mathscr{C}(X), et qu’il existe un élément a∈Ba\in B tel que l’ensemble des éléments f(a)f(a), où ff parcourt l’ensemble des fonctions rationnelles sur C\mathbf{C} sans pôle sur SpB(a)_B(a), est dense dans B. Alors l’application ev est surjective ;

c) Si B est une sous-algèbre involutive pleine de C(X)\mathscr{C}(X), alors l’application ev est surjective.

L’assertion a) résulte de la prop. 10 de I, p. 40, et l’assertion b) de la prop. 11 de I, p. 41, puisque la sous-algèbre pleine de B engendrée par aa est l’ensemble des éléments f(a)f(a), où ff parcourt l’ensemble des fonctions rationnelles sur C\mathbf{C} sans pôle sur SpB(a)_B(a) (lemme I, p. 6 et prop. 6 de I, p. 37, b)).

Démontrons c). Supposons donc que B est une sous-algèbre involutive pleine de C(X)\mathscr{C}(X). Pour démontrer que ev est surjective, il suffit de démontrer que pour tout χ∈X(B)\chi \in \mathsf{X}(B), il existe y∈Xy\in X tel que Ker(χ\chi ) == Ker(evy_y) (th. 2 de I, p. 30). Soit I = Ker(χ\chi ). C’est un idéal maximal de B. Soit Φ l’ensemble des x∈Xx\in X tels que f(x)=0f(x) = 0 pour tout f∈If\in I. Montrons que Φ n’est pas vide. Dans le cas contraire, puisque X est compact, il existerait un entier n⩾1n\geqslant 1, un recouvrement ouvert (V1,...,Vn)(V_1, . . . ,V_n) de X et, pour tout entier ii tel que 1⩽i⩽n1\leqslant i\leqslant n, une fonction fi∈If_i\in I telle que fi(x)≠0f_i(x)\not= 0 pour tout x∈Vix\in V_i. Comme l’algèbre B est une sous-algèbre involutive de C(X)\mathscr{C}(X), la fonction

f=∑i=1nfif‾i f=\sum_{i=1}^nf_i\overline{f}_i

appartiendrait à I. Or f(x)>0f(x)>0 pour tout x∈Xx\in X, et donc ff serait inversible dans C(X)\mathscr{C}(X). Puisque B est supposée être une sous-algèbre pleine de C(X)\mathscr{C}(X), la fonction f∈f\in I serait inversible dans B, ce qui ne peut être. Par conséquent, l’ensemble Φ n’est pas vide. Soit yy un élément de Φ; le noyau du caractère evy_y contient I, et est donc égal à I.

Exemple 02H6

Soient X=[0,1]X = [0,1] et n⩾0n\geqslant 0 un entier. Soit B l’algèbre des fonctions f:X→Cf: X\rightarrow \mathbf{C} admettant des dérivées continues sur [0,1][0,1] jusqu’à l’ordre nn, munie de la norme considérée dans l’exemple 4 de I, p. 18. Alors B est une sous-algèbre involutive pleine de C(X)\mathscr{C}(X) séparant les points de X, donc X(B)\mathsf{X}(B) s’identifie à X.

On considère la fonction logarithme comme définie sur R+\mathbf{R}_+ et à valeurs dans R∪{−∞}\mathbf{R}\cup \{-\infty \} en posant log(0) =−∞=-\infty.

Proposition 3 02H7

Soit X un espace compact. Soit B une sous-algèbre de Banach unifère de C(X)\mathscr{C}(X), munie de la norme induite, séparant les points de X. On identifie X à une partie fermée de X(B)\mathsf{X}(B) (prop. 1, d)).

a) Pour tout f∈Bf\in B, la transformée de Gelfand GB(f)\mathscr{G}_B(f) est une fonction continue dans X(B)\mathsf{X}(B) qui prolonge ff et vérifie ∥f∥=\|f\|= sup∣GB(f)∣|\mathscr{G}_B(f)|. En particulier, GB\mathscr{G}_B est un isomorphisme isométrique de B sur une sous-algèbre de Banach de C(X(B))\mathscr{C}(\mathsf{X}(B)) ;

b) Soit B∗B^* l’ensemble des éléments inversibles de B. Pour tout caractère χ∈X(B)\chi \in \mathsf{X}(B), il existe une mesure positive μ\mu de masse 1 sur X telle que, pour tout f∈B∗f\in B^*, on ait

log(∣χ(f)∣|\chi (f)|) =∫X=\int_X log(∣f∣|f|)dμd\mu.

De plus, pour tout f∈Bf\in B, on a

χ(f)=∫Xfdμ \chi (f) =\int_Xf d\mu

c) On suppose que tout élément de CR(X)\mathscr{C}_{\mathbf{R}}(X) est limite uniforme de parties réelles de fonctions appartenant à B. Alors, pour tout χ∈X(B)\chi \in \mathsf{X}(B), il existe une unique mesure μχ⩾0\mu_{\chi}\geqslant 0 sur X telle que, pour toute fonction f∈Bf\in B, on ait

χ(f)=∫Xfdμχ \chi (f) =\int_Xf d\mu_{\chi}

En outre, pour toute fonction f∈Bf\in B, on a

log(∣χ(f)∣|\chi (f)|)⩽∫X\leqslant \int_X log(∣f∣|f|)dμχd\mu_{\chi}; la fonction log∣f∣|f| étant bornée supérieurement, l’intégrale existe dans R∪{−∞}\mathbf{R}\cup \{-\infty \}.

L’assertion a) résulte de l’identification de X avec un sous-espace fermé de X(B)\mathsf{X}(B) et des inégalités

∥f∥=\|f\|= supx∈X∣f(x)∣⩽_{x\in X}|f(x)|\leqslant supχ∈X(B)∣χ(f)∣=_{\chi\in\mathsf{X}(B)}|\chi (f)|= sup∣GB(f)∣=ϱB(f)⩽∥f∥|\mathscr{G}_B(f)|=\varrho_B(f)\leqslant \|f\|

pour tout f∈Bf\in B.

Soient χ∈X(B)\chi \in \mathsf{X}(B) et nn un entier positif. Soient λ1,...,λn∈R\lambda_1, . . . , \lambda_n\in \mathbf{R} et f1,...,fn∈B∗f_1, . . . , f_n\in B^*. On a alors

(1) ∑i=1nλi\sum_{i=1}^n\lambda_i log(∣χ(fi)∣|\chi (f_i)|)⩽\leqslant supx∈X(∑i=1nλi_{x\in X}(\sum_{i=1}^n\lambda_i log(∣fi(x)∣|f_i(x)|)).

En effet, par continuité, il suffit de prouver cette inégalité quand les nombres réels λi\lambda_i sont rationnels. Par réduction au même dénominateur, on se ramène au cas où λi∈Z\lambda_i\in \mathbf{Z} pour tout ii. L’inégalité s’écrit alors

log(∣χ(f1λ1⋯fnλn)∣|\chi (f_1^{\lambda_1}\cdots f_n^{\lambda_n})|)⩽\leqslant supx∈X_{x\in X} log(∣(f1λ1⋯fnλn)(x)∣|(f_1^{\lambda_1}\cdots f_n^{\lambda_n})(x)|),

et résulte du fait que ∥χ∥=1\|\chi \|= 1 (th. 1 de I, p. 29).

Soit B′B' le sous-espace vectoriel de CR(X)\mathscr{C}_{\mathbf{R}}(X) engendré par les fonctions log(∣f∣|f|) pour f∈B∗f\in B^*. La majoration (1) prouve qu’il existe une forme linéaire hh de norme ⩽\leqslant 1 sur B′B' telle que log(∣χ(f)∣|\chi (f)|) =h=h(log(∣f∣|f|)) pour tout f∈B∗f\in B^*. D’après le théorème de Hahn–Banach (EVT, II, p. 24, cor. 2), la forme linéaire hh se prolonge en une forme linéaire μ\mu de norme ⩽1\leqslant 1 sur CR(X)\mathscr{C}_{\mathbf{R}}(X), c’est–à–dire en une mesure réelle μ\mu sur X telle que ∥μ∥⩽1\|\mu\|\leqslant 1 (INT, III, §1, no5^o5). En prenant pour élément ff de B∗B^* la constante e=e= exp(1), on voit que 1=μ(1)1 =\mu(1). Donc, en écrivant μ=μ+−μ−\mu=\mu^+-\mu^- comme la différence de deux mesures positives étrangères (INT, III, §1, no6^o6, th. 3), il vient

1=μ+(1)−μ−(1)⩽μ+(1)+μ−(1)=∥μ∥⩽1 1 =\mu^+(1)-\mu^-(1)\leqslant \mu^+(1) +\mu^-(1) =\|\mu\|\leqslant 1

d’où μ=μ+⩾0\mu=\mu^+\geqslant 0 et ∥μ∥=1\|\mu\|= 1.

Pour tout f∈Bf\in B, on a exp(ff)∈B∗\in B^*, donc

∫XR(f)dμ=∫X\int_X\mathscr{R}(f)d\mu=\int_X log(∣|exp(ff)∣|)dμ=d\mu= log(∣χ|\chi(exp(ff))∣|)

= log(∣|exp(χ(f)\chi (f))∣|) =R(χ(f))=\mathscr{R}(\chi (f)),

où on a utilisé le cor. 1 de I, p. 66. En appliquant cette égalité à ifif, on en conclut que ∫Xfdμ=χ(f)\int_Xf d\mu=\chi (f). Ceci établit b).

Plaçons-nous dans les hypothèses de c). L’existence de μχ\mu_{\chi} résulte de b). D’autre part, on a μχ(R(f))=R(χ(f))\mu_{\chi}(\mathscr{R}(f)) =\mathscr{R}(\chi (f)) pour tout f∈Bf\in B. Puisque les parties réelles de fonctions f∈Bf\in B sont denses dans CR(X)\mathscr{C}_{\mathbf{R}}(X) par hypothèse, la mesure μχ\mu_{\chi} est déterminée de manière unique par χ\chi.

Soit f∈Bf\in B. Soit ε>0\varepsilon >0 un nombre réel. Il existe, par hypothèse, une fonction g∈Bg\in B telle que

(2) R(g)−ε⩽\mathscr{R}(g)-\varepsilon \leqslant log(∣f∣+ε|f|+\varepsilon )⩽R(g)+ε\leqslant \mathscr{R}(g) +\varepsilon.

Soit h=h= exp(gg)∈B∗\in B^*. D’après (2), on a

∣h∣e−ε⩽∣f∣+ε⩽∣h∣eε(3) |h|e^{-\varepsilon}\leqslant |f|+\varepsilon \leqslant |h|e^{\varepsilon} \tag{3}

La majoration implique ∣fh−1∣⩽eε|f h^{-1}|\leqslant e^{\varepsilon}, d’où ∣χ(fh−1)∣⩽eε|\chi (f h^{-1})|\leqslant e^{\varepsilon}, et par suite

(4) log(∣χ(f)∣|\chi (f)|)⩽\leqslant log(∣χ(h)∣|\chi (h)|) +ε=∫X+\varepsilon =\int_X log(∣h∣|h|)dμχ+εd\mu_{\chi}+\varepsilon.

La minoration dans (3) implique alors

log(∣χ(f)∣|\chi (f)|)⩽∫X\leqslant \int_X log (∣f∣+ε)dμχ+2ε(|f|+\varepsilon )d\mu_{\chi}+ 2\varepsilon.

En faisant tendre ε\varepsilon vers 0, on en déduit que

log(∣χ(f)∣|\chi (f)|)⩽∫X\leqslant \int_X log(∣f∣|f|)dμχd\mu_{\chi}.

Ceci finit la démonstration.

2. Fonctions continues sur un sous-ensemble compact de CΛ\mathbf{C}^{\Lambda}

Soient Λ un ensemble et X une partie compacte de CΛ\mathbf{C}^{\Lambda}. On note P(X) la sous-algèbre de Banach unifère de C(X)\mathscr{C}(X) formée des fonctions sur X qui sont limites uniformes sur X de fonctions polynômes sur CΛ\mathbf{C}^{\Lambda}. Les fonctions coordonnées zλ∣Xz_{\lambda}|X engendrent topologiquement P(X), et P(X) sépare les points de X. Soit Y l’enveloppe polynomialement convexe de X (déf. 4 de I, p. 45). Comme

supz∈Y∣p(z)∣=_{z\in Y}|p(z)|= supz∈X∣p(z)∣_{z\in X}|p(z)|

(cf. no7^o7 de I, p. 44) pour tout p∈C[(Xλ)λ∈Λ]p\in \mathbf{C}[(X_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda}], les suites de polynômes uniformément convergentes dans X se prolongent de manière unique en suites de polynômes uniformément convergentes dans Y. Il existe donc un unique isomorphisme isométrique de P(X) sur P(Y) qui, pour toute fonction coordonnée zλz_{\lambda} sur CΛ\mathbf{C}^{\Lambda}, transforme zλ∣Xz_{\lambda}|X en zλ∣Yz_{\lambda}|Y. Cet isomorphisme sera dit canonique.

Proposition 4 02H8

Soit X un espace compact. Soit B une sous-algèbre de Banach unifère de C(X)\mathscr{C}(X), munie de la norme induite, séparant les points de X. On identifie X à une partie fermée de X(B)\mathsf{X}(B) (prop. 1 de I, p. 142, d)). Soit (xλ)λ∈Λ(x_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda} une famille d’éléments de B engendrant topologiquement l’algèbre unifère B. On considère le diagramme commutatif

←i \leftarrow_i

X →X(B)\rightarrow \mathsf{X}(B)

→←φ→←φ′ \rightarrow \leftarrow_{\varphi}\rightarrow \leftarrow_{\varphi'}
Λ←jΛ _{\Lambda}\leftarrow_{j\Lambda}

SpC(X)((xλ))→_{\mathscr{C}(X)}((x_{\lambda}))\rightarrow SpB((xλ))_B((x_{\lambda}))

où φ\varphi et φ′\varphi ' sont les applications définies par la famille (xλ)λ∈Λ((x_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda}(cf. no6^o6 de I, p. 41), et ii et jj sont les injections canoniques. Alors :

a) Les applications φ\varphi et φ′\varphi ' sont des homéomorphismes ;

b) Le spectre simultané SpBΛ((xλ))^{\Lambda}_B((x_{\lambda})) est l’enveloppe polynomialement convexe de SpC(X)Λ((xλ))^{\Lambda}_{\mathscr{C}(X)}((x_{\lambda})) ;

c) L’application φ\varphi transforme C(X)\mathscr{C}(X) en C\mathscr{C}(SpC(X)Λ((xλ))^{\Lambda}_{\mathscr{C}(X)}((x_{\lambda}))) et B en P(SpC(X)Λ((xλ))^{\Lambda}_{\mathscr{C}(X)}((x_{\lambda}))) ;

d) L’application φ′\varphi ' transforme GB(B)\mathscr{G}_B(B) en P(SpBΛ((xλ))^{\Lambda}_B((x_{\lambda}))) ;

e) Les applications φ\varphi et φ′\varphi ' transforment GB\mathscr{G}_B en l’isomorphisme canonique de P(SpC(X)Λ((xλ))^{\Lambda}_{\mathscr{C}(X)}((x_{\lambda}))) sur P(SpBΛ((xλ))^{\Lambda}_B((x_{\lambda}))).

Les applications φ\varphi et φ′\varphi ' sont continues et surjectives (no6^o6 de I, p. 41). L’application φ′\varphi ' est un homéomorphisme d’après l’assertion a) de la prop. 12 de I, p. 43, et ii est injective, donc φ\varphi est injective. Donc φ\varphi et φ′\varphi ' sont des homéomorphismes.

Soit X1X_1 = SpC(X)Λ((xλ))^{\Lambda}_{\mathscr{C}(X)}((x_{\lambda})). L’enveloppe polynomialement convexe de X1X_1 est Y1=Y_1= SpBΛ((xλ))^{\Lambda}_B((x_{\lambda})) d’après la prop. 14 de I, p. 46.

Pour tout λ∈Λ\lambda \in \Lambda, notons zλz_{\lambda} la fonction coordonnée correspondante sur CΛ\mathbf{C}^{\Lambda}. L’application φ\varphi transforme xλx_{\lambda} en zλ∣X1z_{\lambda}|X_1, et φ′\varphi ' transforme GB(xλ)\mathscr{G}_B(x_{\lambda}) en zλ∣Y1z_{\lambda}|Y_1. Donc φ\varphi transforme B en P(X1)P(X_1), et φ′\varphi ' transforme GB(B)\mathscr{G}_B(B) en P(Y1)P(Y_1). Finalement, φ\varphi et φ′\varphi ' transforment GB\mathscr{G}_B en l’isomorphisme canonique de P(X1)P(X_1) sur P(Y1)P(Y_1).

Corollaire 1 02H9

Soient Λ un ensemble et X une partie compacte de CΛ\mathbf{C}^{\Lambda}. On identifie X à une partie de X(P(X))\mathsf{X}(P(X)) (prop. 1 de I, p. 142, d)). Soit (zλ)λ∈Λ(z_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda} la famille des fonctions coordonnées sur CΛ\mathbf{C}^{\Lambda}.

a) L’application θ\theta de X(P(X))\mathsf{X}(P(X)) sur SpP(X)Λ((zλ))^{\Lambda}_{P(X)}((z_{\lambda})) définie par la famille (zλ)(z_{\lambda}) est un homéomorphisme de X(P(X))\mathsf{X}(P(X)) sur l’enveloppe polynomialement convexe Y de X. Sa restriction à X est l’application identique de X ;

b) Pour toute fonction f∈P(X)f\in P(X), l’homéomorphisme θ\theta transforme le prolongement GP(X)(f)\mathscr{G}_{P(X)}(f) de ff à X(P(X))\mathsf{X}(P(X)) en un prolongement f~\widetilde{f} de ff à Y. L’application f↦f~f\mapsto \widetilde{f} est l’isomorphisme canonique de P(X) sur P(Y).

Dans la prop. 4, prenons B = P(X) et xλ=zλx_{\lambda}=z_{\lambda}. Alors φ\varphi devient l’application identique et φ′\varphi ' devient l’application θ\theta. Les assertions du corollaire se réduisent alors à celles de loc. cit.

Corollaire 2 02HA

Soit Λ un ensemble et soit X⊂CΛX\subset \mathbf{C}^{\Lambda} un ensemble compact. Si X est connexe, alors son enveloppe polynomialement convexe est connexe.

Si X est connexe, les seuls idempotents de C(X)\mathscr{C}(X), donc de P(X), sont 0 et 1 (cor. de la prop. I, p. 79). Par conséquent, l’espace X(P(X))\mathsf{X}(P(X)) est connexe (loc. cit.) ; or cet ensemble est homémorphe à l’enveloppe polynomialement convexe de X (cor. 1, a)).

3. Fonctions continues sur un sous-ensemble compact de C

Lemme 1 02HB

Soit X un sous-ensemble compact du plan et soit O une composante connexe bornée de C−\mathbf{C}- X. La frontière de O est contenue dans X.

L’adhérence de l’ensemble O dans C−\mathbf{C}- X est égale à O‾∩(C−\overline{O}\cap (\mathbf{C}- X) où O‾\overline{O} est son adhérence dans C\mathbf{C}. Comme O est une composante connexe de C−\mathbf{C}- X, on a donc O‾∩(C−\overline{O}\cap (\mathbf{C}- X) = O, ce qui démontre bien que O‾−O⊂X\overline{O}-O\subset X.

Soit X une partie compacte de C\mathbf{C}. Soit O∞O_{\infty} la composante connexe non bornée de C−\mathbf{C}-X, et soit (Oi)i∈I(O_i)_{i\in I} la famille des composantes connexes bornées de C−\mathbf{C}- X, les parties OiO_i étant deux à deux distinctes.

Soit E une partie de C−\mathbf{C}- X. On note RE(X)R_E(X) l’adhérence dans C(X)\mathscr{C}(X) de l’ensemble des fonctions f∣Xf|X, où ff est une fonction rationnelle sur C\mathbf{C} dont tous les pôles appartiennent à E. L’algèbre RE(X)R_E(X) est une sous-algèbre de Banach unifère de C(X)\mathscr{C}(X) qui sépare les points de X. Soit zz la fonction identique sur X. La sous-algèbre fermée pleine de RE(X)R_E(X) engendrée par zz est égale à RE(X)R_E(X) (lemme 2 de I, p. 6). Les éléments de RE(X)R_E(X) sont holomorphes dans l’intérieur de X.

On a en particulier R∅(X)=P(X)R_{\emptyset}(X) = P(X). On note R(X)=RC−X(X)R(X) = R_{\mathbf{C}-X}(X). On note I(E) l’ensemble des éléments i∈Ii\in I tels que E∩Oi=∅E\cap O_i=\emptyset, et

XE=X∪(⋃i∈I(E)Oi) X_E= X\cup (\bigcup_{i\in I(E)}O_i)

L’ensemble XEX_E est compact, car borné et fermé, son complémentaire dans C\mathbf{C} étant la réunion de l’ouvert O∞O_{\infty} et des ouverts OiO_i qui rencontrent E.

Proposition 5 02HC

Avec les notations ci-dessus :

a) L’application de restriction hh de RE(XE)R_E(X_E) dans RE(X)R_E(X) est un isomorphisme isométrique ;

b) L’algèbre RE(XE)R_E(X_E) est une sous-algèbre pleine de C(XE)\mathscr{C}(X_E) ;

c) Tout caractère de RE(XE)R_E(X_E) est de la forme f↦f(w)f\mapsto f(w), où ww est un élément de XEX_E;

d) L’application χ↦χ(z)\chi \mapsto \chi (z) est un homéomorphisme de X(RE(X))\mathsf{X}(R_E(X)) sur XEX_E;

e) Si E′E' est une partie de C−\mathbf{C}- X, on a RE(X)=RE′(X)R_E(X) = R_{E'}(X) si et seulement si XE=XE′X_E= X_{E'}, ce qui équivaut aussi à I(E)=I(E′)I(E) = I(E').

L’application de restriction hh de RE(XE)R_E(X_E) dans RE(X)R_E(X) est un morphisme d’algèbres de Banach tel que ∥h(f)∥⩽∥f∥\|h(f)\|\leqslant \|f\| pour toute fonction f∈RE(XE)f\in R_E(X_E). Soit f∈RE(XE)f\in R_E(X_E). Soit i∈I(E)i\in I(E). Puisque ff est holomorphe au voisinage de l’ouvert borné OiO_i, le principe du maximum (VAR, I, p. 29) implique qu’il existe un élément z0z_0 dans la frontière de OiO_i tel que ∣f(z0)∣=|f(z_0)|= supz∈Oi∣f(z)∣_{z\in O_i}|f(z)|. Comme la frontière de OiO_i est contenue dans X (lemme 1), on en déduit que supz∈Oi∣f(z)∣⩽∥h(f)∥_{z\in O_i}|f(z)|\leqslant \|h(f)\|. Puisque cette inégalité vaut pour tout i∈I(E)i\in I(E), il en résulte que ∥f∥⩽∥h(f)∥\|f\|\leqslant \|h(f)\|. Le morphisme hh est donc isométrique, et en particulier injectif. Démontrons maintenant qu’il est surjectif. Soit g∈RE(X)g\in R_E(X). Il existe une suite (fn)(f_n) de fonctions rationnelles dont les pôles appartiennent à E qui converge uniformément vers gg sur X. Les fn∣XEf_n|X_E sont des éléments de RE(XE)R_E(X_E). Puisque hh est isométrique, la suite (fn∣XE)(f_n|X_E) converge dans C(XE)\mathscr{C}(X_E). Si ff est sa limite, on a f∈RE(XE)f\in R_E(X_E) et g=f∣X=h(f)g=f|X =h(f). D’où a).

Prouvons l’assertion d). Appliquons la prop. 3 de I, p. 144 à l’algèbre B=RE(X)B = R_E(X). L’assertion b) de loc. cit. implique que l’application qui à χ\chi associe χ(z)\chi (z) est un homéomorphisme de X(RE(X))\mathsf{X}(R_E(X)) dans SpRE(X)(z)_{R_E(X)}(z). Soit zEz_E l’application identique de XEX_E. D’après loc. cit., a), on a SpRE(X)(z)=_{R_E(X)}(z) = SpRE(XE)(zE)_{R_E(X_E)}(z_E). Il suffit donc de montrer que SpRE(XE)(zE)=XE_{R_E(X_E)}(z_E) = X_E. Le cor. de la prop. 6 de I, p. 28 démontre que SpRE(XE)(zE)_{R_E(X_E)}(z_E) est la réunion de SpC(XE)(zE)=XE_{\mathscr{C}(X_E)}(z_E) = X_E et de certaines composantes connexes bornées du complémentaire de XEX_E. Soit OiO_i l’une des composantes connexes bornées du complémentaire de XEX_E. L’intersection E∩OiE\cap O_i est donc non vide. Soit λ∈E∩Oi\lambda \in E\cap O_i; puisque (λ−zE)−1∈RE(XE)(\lambda -z_E)^{-1}\in R_E(X_E), on a λ∉\lambda \notin SpRE(XE)(zE)_{R_E(X_E)}(z_E). Ainsi, OiO_i n’est pas contenu dans SpRE(XE)(zE)_{R_E(X_E)}(z_E). Cela montre que SpRE(XE)(zE)=XE_{R_E(X_E)}(z_E) = X_E.

Cette égalité implique par ailleurs que SpRE(XE)(zE)=_{R_E(X_E)}(z_E) = SpC(XE)(zE)_{\mathscr{C}(X_E)}(z_E). Cela établit la condition (iii) de la prop. 11 de I, p. 41, appliquée à l’injection canonique de RE(XE)R_E(X_E) dans C(XE)\mathscr{C}(X_E) et à l’élément zEz_E. Les assertions b) et c) sont les conditions équivalentes (i) et (ii) de loc. cit.

L’assertion d) démontre que XE=XE′X_E= X_{E'} si RE(X)=RE′(X)R_E(X) = R_{E'}(X). Réciproquement, supposons que XE=XE′X_E= X_{E'}. En remplaçant E′E' par E∪E′E\cup E', on peut supposer que E⊂E′E\subset E'. D’après b), l’algèbre RE(XE)R_E(X_E) est une sous-algèbre fermée pleine de C(XE)\mathscr{C}(X_E), et donc aussi de RE′(XE)R_{E'}(X_E). Elle contient zEz_E, et donc RE(XE)=RE′(XE)R_E(X_E) = R_{E'}(X_E). Appliquant a), on en déduit que RE(X)=RE′(X)R_E(X) = R_{E'}(X). Finalement l’équivalence de XE=XE′X_E= X_{E'} et I(E)=I(E′)I(E) = I(E') est une conséquence des définitions.

Corollaire 1 02HD

Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) L’ensemble E rencontre toutes les composantes connexes bornées de C−\mathbf{C}- X ;

(ii) L’application χ↦χ(z)\chi \mapsto \chi (z) est un homéomorphisme de X(RE(X))\mathsf{X}(R_E(X)) sur X ;

(iii) On a RE(X)=R(X)R_E(X) = R(X).

Soit E′=C−E'=\mathbf{C}- X. Les conditions (i), (ii) et (iii) sont respectivement équivalentes à I(E)=I(E′)I(E) = I(E'), à XE=XE′X_E= X_{E'} (d’après la prop. 5, d)) et à RE(X)=RE′(X)R_E(X) = R_{E'}(X). Elles sont donc équivalentes entre elles d’après la prop. 5, e).

Le corollaire suivant précise le théorème de Runge (th. 3 de I, p. 69).

Corollaire 2 (Théorème de Runge) 02HE

Pour tout i∈Ii\in I, soit λi\lambda_i un point de OiO_i. Soit ff une fonction complexe holomorphe dans un voisinage ouvert de X. Alors f∣Xf|X est limite uniforme de restrictions à X de fractions rationnelles dont les pôles sont certains des λi\lambda_i.

Avec E={λi}i∈IE =\{\lambda_i\}_{i\in I}, l’hypothèse est la condition (i) du cor. 1. On a donc RE(X)=R(X)R_E(X) = R(X), et le th. 3 de I, p. 69 montre que R(X)=O(X)R(X) =\mathscr{O}(X).

Exercices

Tous les espaces de Banach et toutes les algèbres de Banach ci-dessous sont complexes.

See the exercises for § 8.

Transcribed from the printed volume. Not translated.