Bourbaki

§ 3. Sous-espaces invariants

L’objectif de ce numéro est l’étude de certains sous-espaces invariants par translation dans les espaces L1(G)L^1(G), L2(G)L^2(G) et L∞(G)L^{\infty}(G).

1. Le cas de l’espace hilbertien L2(G)L^2(G)

Pour toute partie mesurable M de G^\widehat{G}, on note EME_M l’ensemble des f∈f\in L2(G)L^2(G) telles que la transformation de Fourier FG(f)\mathscr{F}_G(f) est nulle presque partout sur G^\widehat{G}. Soit φM\varphi_M la fonction caractéristique de M. L’espace EME_M est le noyau de l’application linéaire continue f↦φMFG(f)f\mapsto \varphi_M\mathscr{F}_G(f) de L2(G)L^2(G) dans L2(G^)L^2(\widehat{G}), et c’est donc un sous-espace fermé de L2(G)L^2(G).

Proposition 1 02N3

a) Soit M une partie mesurable de G^\widehat{G}. Pour tout x∈Gx\in G, l’espace EME_M est stable par l’application f↦εx∗ff\mapsto \varepsilon_x*f;

b) Soient M et N des parties mesurables de G^\widehat{G}. On a EM=ENE_M= E_N si et seulement si M et N sont égales à un ensemble localement négligeable près;

c) Tout sous-espace de L2(G)L^2(G) stable par les applications f↦εx∗ff\mapsto \varepsilon_x*f pour tout x∈Gx\in G est de la forme EME_M pour une partie mesurable M de G^\widehat{G}.

Ce résultat sera démontré ultérieurement (cf. V, à paraître).

2. Idéaux fermés de L1(G)L^1(G)

La cotransformation de Fourier sur l’algèbre de Banach L1(G)L^1(G) s’identifie avec la transformation de Gelfand de L1(G)L^1(G) (II, p. 209). Avec cette identification, rappelons que si I est un idéal de L1(G)L^1(G), on note V(I) l’ensemble fermé dans G^\widehat{G} des caractères χ∈G^\chi \in \widehat{G} tels que, pour toute fonction f∈If\in I, la cotransformation de Fourier de ff s’annule en χ(\chi (cf. I, p. 30). Pour toute partie M de G^\widehat{G}, on note Υ(M) l’idéal fermé des f∈L1(G)f\in L^1(G) telles que F‾G(f)\overline{\mathscr{F}}_G(f) s’annule sur M (I, p. 30).

D’après la prop. 2 de II, p. 219, l’algèbre de Banach L1(G)L^1(G) est régulière. D’après § 5 de I, p. 88 on en déduit donc les propriétés suivantes de la transformation et de la cotransformation de Fourier :

1) Si F est une partie fermée de G^\widehat{G} et K une partie compacte de G^\widehat{G} telles que F∩K=∅F\cap K =\emptyset, il existe une fonction f∈L1(G)f\in L^1(G) telle que FG(f)\mathscr{F}_G(f) soit égale à 0 sur F et à 1 sur K (I, p. 88, prop. 1 ; pour ce fait et les suivants, on passe de la cotransformation de Fourier à la transformation de Fourier par le biais de la formule (8) de II, p. 207).

2) Soit M une partie fermée de G^\widehat{G}. L’ensemble des idéaux I de L1(G)L^1(G) tels que V(I) = M a pour plus grand élément Υ(M) et pour plus petit élément l’ensemble des f∈L1(G)f\in L^1(G) dont la cotransformation de Fourier est à support compact disjoint de M (I, p. 91, prop. 4).

3) Soient I un idéal de L1(G)L^1(G), et g:G^→Cg:\widehat{G}\rightarrow \mathbf{C} une fonction continue. On suppose que pour tout χ∈G^\chi \in \widehat{G}, il existe une fonction fχ∈If_{\chi}\in I telle que gg soit égale à FG(fχ)\mathscr{F}_G(f_{\chi}) au voisinage de χ\chi. On suppose en outre qu’il existe une fonction f∞∈If_{\infty}\in I telle que gg soit égale à FG(f∞)\mathscr{F}_G(f_{\infty}) dans le complémentaire d’une partie compacte de G^\widehat{G}, cette dernière condition étant toujours satisfaite si G est discret. Alors il existe une fonction f∈If\in I telle que g=FG(f)g=\mathscr{F}_G(f) (I, p. 91, cor. 2).

Lemme 1 02N4

L’espace des fonctions de L1(G)L^1(G) dont la transformée de Fourier est à support compact est dense dans L1(G)L^1(G).

Comme K(G^)\mathscr{K}(\widehat{G}) est dense dans L2(G^)L^2(\widehat{G}) et que la transformation de Fourier de L2(G)L^2(G) est une isométrie sur L2(G^)L^2(\widehat{G}) (th. 1 de II, p. 215), le sous-espace V de L2(G)L^2(G) formé des f∈L2(G)f\in L^2(G) telles que FG(f)∈K(G^)\mathscr{F}_G(f)\in \mathscr{K}(\widehat{G}) est dense dans L2(G)L^2(G).

Soit g∈L1(G)g\in L^1(G). Il existe g1,g2∈L2(G)g_1, g_2\in L^2(G) telles que g=g1g2g=g_1g_2 (on peut par exemple prendre g1=∣g∣1/2g_1=|g|^{1/2}, et g2(x)=0g_2(x) = 0 si g(x)=0,g2(x)=g(x) = 0,g_2(x) = g(x)/g1(x)g(x)/g_1(x) sinon). On déduit donc de ce qui précède que gg est limite d’une suite de fonctions de la forme h1h2h_1h_2, où h1h_1 et h2h_2 appartiennent à V. Or FG(h1h2)=FG(h1)∗FG(h2)\mathscr{F}_G(h_1h_2) =\mathscr{F}_G(h_1)*\mathscr{F}_G(h_2) (II, p. 223, prop. 14), et FG(h1)∗\mathscr{F}_G(h_1)* FG(h2)\mathscr{F}_G(h_2) appartient à K(G)\mathscr{K}(G). Le lemme en résulte.

Proposition 2 02N5

Soit I un idéal fermé de L1(G)L^1(G), et soit f∈L1(G)f\in L^1(G). Si F‾G(f)\overline{\mathscr{F}}_G(f) s’annule sur un voisinage de V(I), alors ff appartient à I.

Soit ε>0\varepsilon >0. Il existe une fonction g∈L1(G)g\in L^1(G) telle que ∥f−f∗g∥1<\|f-f*g\|_1< ε\varepsilon (prop. 8 de II, p. 211 (iv)). Soit h∈L1(G)h\in L^1(G) tel que le support de F‾G(h)\overline{\mathscr{F}}_G(h) est compact et ∥f∥1∥g−h∥1<ε\|f\|_1\|g-h\|_1< \varepsilon (lemme 1). On a

∥f−f∗h∥1⩽∥f−f∗g∥1+∥f∗(g−h)∥1<2ε \|f-f*h\|_1\leqslant \|f-f*g\|_1+\|f*(g-h)\|_1<2\varepsilon

D’après l’hypothèse sur ff, la fonction F‾G(f∗h)=F‾G(f)F‾G(h)\overline{\mathscr{F}}_G(f*h) =\overline{\mathscr{F}}_G(f)\overline{\mathscr{F}}_G(h) est à support compact disjoint de V(I), ce qui implique que f∗h∈If*h\in I (remarque 2 ci-dessus). Comme ε\varepsilon est arbitrairement petit, on a f∈f\in I = I.

Théorème 1 02N6

Soit I un idéal fermé de L1(G)L^1(G) distinct de L1(G)L^1(G). Il existe un caractère x^∈G^\widehat{x}\in \widehat{G} tel que FG(f)(x^)=0\mathscr{F}_G(f)(\widehat{x}) = 0 pour toute f∈If\in I.

Comme l’algèbre L1(G)L^1(G) est régulière (prop. 2 de II, p. 219) et sans radical (cor. de la prop. 22 de I, p. 126), et que l’ensemble des fonctions dont la cotransformée de Fourier est à support compact est dense dans L1(G)L^1(G) (lemme 1), le cor. 1 de I, p. 92 montre que l’idéal I est contenu dans un idéal maximal régulier de L1(G)L^1(G), c’est-à-dire dans le noyau d’un caractère y^\widehat{y} de L1(G)L^1(G) (th. 2 de I, p. 30) ; on peut alors prendre x^=y^−1(\widehat{x}=\widehat{y}^{-1}(cf. formule (8) de II, p. 207).

Corollaire 1 (Théorème taubérien de Wiener)

Soit f∈L1(G)f\in L^1(G). Si la transformée de Fourier de ff ne s’annule pas, les fonctions f∗εx:g↦f(gx−1)f*\varepsilon_x:g\mapsto f(gx^{-1}), où xx parcourt G, forment un ensemble total dans L1(G)L^1(G) (EVT, I, p. 12, déf. 1).

Soit V le sous-espace vectoriel fermé de L1(G)L^1(G) engendré par les f∗εxf*\varepsilon_x. D’après INT, VIII, §4, cor. de la prop. 20, l’espace V est un idéal fermé de L1(G)L^1(G). D’après le th. 1 on a V=L1(G)V = L^1(G).

Définition 1 02N7

Soit gg une fonction complexe sur G et soit Φ un filtre sur G. On dit que gg est lentement oscillante suivant Φ si, pour tout ε>0\varepsilon >0, il existe un ensemble M∈ΦM\in \Phi et un voisinage V de ee dans G tels que

x∈Mx\in M et y∈V=⇒∣g(xy)−g(x)∣⩽εy\in V=\Rightarrow |g(xy)-g(x)|\leqslant \varepsilon.

Corollaire 2 02N8

Soit Φ un filtre sur G invariant par translation. Soit f∈L1(G)f\in L^1(G) telle que la transformée de Fourier de ff ne s’annule pas et telle que ∫Gf(x)dx=1\int_Gf(x)dx= 1. Soit g∈L∞(G)g\in L^{\infty}(G). On suppose que f∗gf*g a une limite finie α\alpha suivant Φ.

a) Pour toute fonction h∈L1(G)h\in L^1(G) telle que ∫Gh(x)dx=1\int_Gh(x)dx= 1, la limite de h∗gh*g suivant Φ est égale à α\alpha;

b) Supposons de plus que gg soit lentement oscillante suivant Φ. Alors gg tend vers α\alpha suivant Φ.

En remplaçant gg par g−αg-\alpha, on se ramène au cas où α=0\alpha = 0. Soit I l’ensemble des fonctions h∈L1(G)h\in L^1(G) telles que h∗gh*g tende vers 0 suivant Φ. L’ensemble I est un sous-espace vectoriel de L1(G)L^1(G) invariant par translation. C’est un espace fermé. En effet, soit h∈I‾h\in \overline{I}. Pour toute fonction h0∈L1(G)h_0\in L^1(G) et tout x∈Gx\in G, on a

∣(h∗g)(x)∣⩽∣((h−h0)∗g)(x)∣+∣(h0∗g)(x)∣ |(h*g)(x)|\leqslant |((h-h_0)*g)(x)|+|(h_0*g)(x)|
⩽∥h−h0∥1∥g∥∞+∣(h0∗g)(x)∣ \leqslant \|h-h_0\|_1\|g\|_{\infty}+|(h_0*g)(x)|

Pour tout ε>0\varepsilon >0, il existe h0∈Ih_0\in I telle que ∥h−h0∥1∥g∥∞<ε\|h-h_0\|_1\|g\|_{\infty}< \varepsilon. Soit M∈M\in Φ tel que ∣(h0∗g)(x)∣<ε|(h_0*g)(x)|< \varepsilon pour tout x∈Mx\in M. On a alors ∣(h∗g)(x)∣<2ε|(h*g)(x)|<2\varepsilon pour tout x∈Mx\in M, donc h∗gh*g converge vers 0 suivant Φ. Cela montre que h∈Ih\in I.

L’espace I est donc un idéal fermé de L1(G)L^1(G). On a f∈If\in I par hypothèse, donc I=L1(G)I = L^1(G) d’après le th. 1 puisque la transformée de Fourier de ff ne s’annule pas. Ceci implique a).

Plaçons-nous dans les hypothèses de b). Soit ε>0\varepsilon >0. Puisque gg est lentement oscillante suivant Φ, il existe M∈ΦM\in \Phi et un voisinage compact V de ee tels que

x∈Mx\in M et y∈V=⇒∣g(y−1x)−g(x)∣⩽εy\in V =\Rightarrow |g(y^{-1}x)-g(x)|\leqslant \varepsilon.

Soient φ\varphi la fonction caractéristique de V et μ=∫φ(x)dx\mu=\int\varphi (x)dx. Pour tout x∈Gx\in G, on a

1μ(φ∗g)(x)=1μ∫Vg(y−1x)dy=g(x)+1μ∫V(g(y−1x)−g(x))dy \frac{1}{\mu}(\varphi *g)(x) =\frac{1}{\mu}\int_Vg(y^{-1}x)dy=g(x) +\frac{1}{\mu}\int_V(g(y^{-1}x)-g(x))dy

Donc pour tout x∈Mx\in M, on a

∣1μ(φ∗g)(x)−g(x)∣⩽ε |\frac{1}{\mu}(\varphi *g)(x)-g(x)|\leqslant \varepsilon

Comme, d’après a), la limite de φ∗g\varphi *g selon Φ est nulle, on a lim supΦ∣g∣⩽ε_{\Phi}|g|\leqslant \varepsilon. Puisque ε\varepsilon est arbitraire, on conclut que la limite de gg selon Φ est nulle, ce qui prouve b).

Lemme 2 02N9

Soit K une partie compacte de G. Pour tout η>0\eta >0, il existe une fonction j∈L1(G)j\in L^1(G) telle que :

√ \surd

a) ∥j∥1⩽\|j\|_1\leqslant 2 ;

b) la fonction FG(j)\mathscr{F}_G(j) est égale à 1 au voisinage de l’élément neutre de G^\widehat{G};

c) pour tout x∈Kx\in K, on a ∥j−j∗εx∥1⩽η\|j-j*\varepsilon_x\|_1\leqslant \eta.

L’ensemble U1U_1 des éléments x^∈G^\widehat{x}\in \widehat{G} tels que

∣⟨x^,x⟩−1∣⩽η4 |\langle \widehat{x}, x\rangle -1|\leqslant \frac{\eta}{4}

pour tout x∈x\in K est un voisinage de ee dans G^\widehat{G}. Soit U ⊂U1\subset U_1 un voisinage ouvert, symétrique, et intégrable pour la mesure de Haar m=dx^m=d\widehat{x} de G^\widehat{G} duale de la mesure dxdx. Soit V⊂UV\subset U un voisinage compact symétrique de ee tel que m(V)⩾12m(U)m(V)\geqslant \frac{1}{2}m(U). Notons φU\varphi_U (resp. φV\varphi_V) la fonction caractéristique de U (resp. de V). Puisque φU\varphi_U appartient à L2(G)L^2(G), il existe u∈L2(G)u\in L^2(G) telle que φU=FG(u)\varphi_U=\mathscr{F}_G(u) (th. 1 de II, p. 215). De même, il existe une fonction v∈L2(G)v\in L^2(G) telle que φV=FG(v)\varphi_V=\mathscr{F}_G(v). Nous allons montrer que la fonction j=1m(V)uvj=\frac{1}{m(V)}uv vérifie les propriétés demandées. On a j∈L1(G)j\in L^1(G).

a) D’après le théorème de Plancherel et la condition m(V)⩾12m(U)m(V)\geqslant \frac{1}{2}m(U), on a

∥j∥1⩽∥u∥2∥v∥2m(V)=∥FG(u)∥2∥FG(v)∥2m(V)=√mm(U)(V)m(V)‾⩽√2‾ \|j\|_1\leqslant \frac{\|u\|_2\|v\|_2}{m(V)}=\frac{\|\mathscr{F}_G(u)\|_2\|\mathscr{F}_G(v)\|_2}{m(V)}=\surd\overline{mm(U)(V)m(V)}\leqslant \surd \overline{2}

b) Il existe un voisinage W de ee dans G^\widehat{G} tel que WV ⊂U\subset U (TG, II, p. 31, prop. 4). Pour tout x^∈W\widehat{x}\in W, on a x^V⊂U\widehat{x}V\subset U, et la prop. 14 de II, p. 223 implique

FG(j)(x^)=1m(V)(FG(u)∗FG(v))(x^) \mathscr{F}_G(j)(\widehat{x}) =\frac{1}{m(V)}(\mathscr{F}_G(u)*\mathscr{F}_G(v))(\widehat{x})
=1m(V)∫G^φU(y^)φV(y^−1x^)dm(y^) =\frac{1}{m(V)}\int_{\widehat{G}}\varphi_U(\widehat{y})\varphi_V(\widehat{y}^{-1}\widehat{x})dm(\widehat{y})
=m(U∩x^V−1)m(V)=m(x^V)m(V)=1 =\frac{m(U \cap\widehat{x}V^{-1})}{m(V)}=\frac{m(\widehat{x}V)}{m(V)}= 1

puisque V est symétrique.

c) Si x∈Kx\in K, on a

∥u−u∗εx∥22=∫G^∣FG(u)(x^)(1−⟨x,x^⟩)∣∣2dm(x^)⩽m(U)(η4)2 \|u-u*\varepsilon_x\|^2_2=\int_{\widehat{G}}|\mathscr{F}_G(u)(\widehat{x})(1- \langle x,\widehat{x}\rangle )||^2dm(\widehat{x})\leqslant m(U)(\frac{\eta}{4})^2

puisque U⊂U1U\subset U_1, et de même ∥v−v∗εx∥22⩽m(V)(η4)2\|v-v*\varepsilon_x\|^2_2\leqslant m(V)(\frac{\eta}{4})^2. Donc

∥j−j∗εx∥1=1m(V)∥u(v−v∗εx)+(v∗εx)(u−u∗εx)∥1 \|j-j*\varepsilon_x\|_1=\frac{1}{m(V)}\|u(v-v*\varepsilon_x) + (v*\varepsilon_x)(u-u*\varepsilon_x)\|_1
⩽η4m(V)(∥u∥2√m(V)+∥v∥2√m(U)‾) \leqslant \frac{\eta}{4m(V)}(\|u\|_2\surd m(V) +\|v\|_2\surd\overline{m(U)})
=η√m2m(U)(V)m(V)‾<η =\eta \surd\overline{m2m(U)(V)m(V)}< \eta

Proposition 3 02NA

L’algèbre L1(G)L^1(G) vérifie la condition de Ditkin (I, p. 92, déf. 2).

Soit χ\chi un caractère de L1(G)L^1(G). Distinguons deux cas suivant que χ\chi est nul ou non. Si χ\chi est nul, il faut vérifier que pour toute fonction f∈L1(G)f\in L^1(G), il existe une suite (fn)n⩾1(f_n)_{n\geqslant 1} dans L1(G)L^1(G) telle que F(fn)\mathscr{F}(f_n) s’annule hors d’une partie compacte de G^\widehat{G} et telle que fn∗ff_n*f tende vers ff dans L1(G)L^1(G). L’existence d’une telle suite résulte du lemme 1 ci-dessus et de la prop. 8 de II, p. 211.

Supposons maintenant que χ\chi est non nul, donc χ∈X(L1(G))=G^\chi \in \mathsf{X}(L^1(G)) =\widehat{G} (prop. 1 de II, p. 202). Soit f∈L1(G)f\in L^1(G) telle que GL1(G)(f)(χ)=\mathscr{G}_{L^1(G)}(f)(\chi ) = F‾(f)(χ)=0\overline{\mathscr{F}}(f)(\chi ) = 0. Il s’agit de prouver l’existence d’une suite (fn)n⩾1(f_n)_{n\geqslant 1} dans L1(G)L^1(G) telle que f∗fnf*f_n converge vers ff dans L1(G)L^1(G) et telle que F‾(fn)\overline{\mathscr{F}}(f_n) s’annule au voisinage de χ\chi. On peut supposer que ∥f∥1=1\|f\|_1= 1. Par translation dans G^\widehat{G}, on se ramène au cas où χ=e\chi =e.

Soit KnK_n une partie compacte de G telle que

∫G−Kn∣f(x)∣dx⩽1n \int_{G-K_n}|f(x)|dx\leqslant \frac{1}{n}

Soit un∈L1(G)u_n\in L^1(G) une fonction ⩾0\geqslant 0 telle que ∥un∥1=1\|u_n\|_1= 1 et

∥f−f∗un∥1⩽1n \|f-f*u_n\|_1\leqslant \frac{1}{n}

(cf. prop. 8 de II, p. 211, (iii)). D’après le lemme√\surd 2, il existe une fonction jnj_n dans L1(G)L^1(G) telle que ∥jn∥1⩽2‾\|j_n\|_1\leqslant \overline{2}, dont la cotransformée de Fourier vaut 1 au voisinage de ee, et de plus telle que ∥jn−jn∗εx∥1⩽n−1\|j_n-j_n*\varepsilon_x\|_1\leqslant n^{-1} pour tout x∈Knx\in K_n. On pose

fn=un−jn∗un f_n=u_n-j_n*u_n

Nous allons montrer que la suite (fn)n⩾1(f_n)_{n\geqslant 1} possède les propriétés requises. Tout d’abord, on a

F(fn)=F(un)−F(jn)F(un)=(1−F(jn))F(un) \mathscr{F}(f_n) =\mathscr{F}(u_n)-\mathscr{F}(j_n)\mathscr{F}(u_n) = (1-\mathscr{F}(j_n))\mathscr{F}(u_n)

donc la transformée de Fourier de fnf_n s’annule au voisinage de χ=e\chi =e. D’autre part,

1

∥f∗fn−f∥1⩽∥f∗un−f∥1+∥f∗jn∥1∥un∥1⩽+∥f∗jn∥1 \|f*f_n-f\|_1\leqslant \|f*u_n-f\|_1+\|f*j_n\|_1\|u_n\|_1\leqslant +\|f*j_n\|_1
n n

Or, pour presque tout y∈Gy\in G, on a

(f∗jn)(y)=∫Gf(x)jn(x−1y)dx=∫Gf(x)(jn(x−1y)−jn(y))dx (f*j_n)(y) =\int_Gf(x)j_n(x^{-1}y)dx=\int_Gf(x)(j_n(x^{-1}y)-j_n(y))dx

puisque, par hypothèse, on a F(f)(e)=∫Gf(x)dx=0\mathscr{F}(f)(e) =\int_Gf(x)dx= 0. D’où

∥f∗jn∥1⩽∫G∣f(x)∣∥jn∗εx−jn∥1dx \|f*j_n\|_1\leqslant \int_G|f(x)| \|j_n*\varepsilon_x-j_n\|_1dx
=∫∣f(x)∣∥jn∗εx−jn∥1dx =\int|f(x)| \|j_n*\varepsilon_x-j_n\|_1dx
+∫Kn∣f(x)∣∥jn∗εx−jn∥1dx +\int^{K_n}|f(x)| \|j_n*\varepsilon_x-j_n\|_1dx
G−KnG-K_n

1∫∫1\int\int 5 ⩽∣f(x)∣dx+4∣f(x)∣dx⩽\leqslant |f(x)|dx+ 4|f(x)|dx\leqslant.

nKnG−Knnn_{K_n}G-K_{_n}n

Finalement, ∥f∗fn−f∥1⩽6n−1\|f*f_n-f\|_1\leqslant 6n^{-1} et donc f∗fnf*f_n converge dans ff dans L1(G)L^1(G), comme désiré.

Appliquant la prop. 5, on obtient alors le résultat suivant :

Théorème 2 02NB

Soit I un idéal fermé de L1(G)L^1(G) tel que la frontière de V(I) ne contienne aucun ensemble parfait non vide. Alors I est l’ensemble des fonctions f∈L1(G)f\in L^1(G) telles que F(f)\mathscr{F}(f) s’annule sur V(I).

Pour un idéal fermé quelconque de L1(G)L^1(G), la conclusion du th. 2 est en général inexacte (cf. exerc. 12 de II, p. 314). Plus précisément, on peut montrer que, si G est non compact, il existe un idéal fermé de L1(G)L^1(G) qui n’est pas auto-adjoint (voir par exemple W. Rudin, Fourier analysis on groups, Interscience tracts in pure and applied mathematics, theorem 7.7.1.)

Corollaire 02NC

Si un idéal fermé I de L1(G)L^1(G) est contenu dans un seul idéal régulier maximal, alors I est lui-même régulier maximal.

3. Sous-espaces invariants faiblement fermés de L∞(G)L^{\infty}(G)

Dans ce numéro, on identifie L∞(G)L^{\infty}(G) au dual de L1(G)L^1(G), et on le munit de la topologie faible σ(L∞(G),L1(G))\sigma (L^{\infty}(G),L^1(G)). On note (f,g)↦⟨f,g⟩(f, g)\mapsto \langle f, g\rangle l’application bilinéaire définissant cette dualité pour f∈L1(G)f\in L^1(G) et g∈L∞(G)g\in L^{\infty}(G).

L’application W↦W∘W\mapsto W^{\circ} est une bijection de l’ensemble des sous-espaces vectoriels faiblement fermés de L∞(G)L^{\infty}(G) sur l’ensemble des sous-espaces vectoriels fermés de L1(G)L^1(G) (EVT, II, p. 55, prop. 10).

D’autre part, si f∈L1(G)f\in L^1(G) et x∈Gx\in G, l’endomorphisme g↦f∗gg\mapsto f*g (resp. g↦εx∗gg\mapsto \varepsilon_x*g) de l’espace de Banach L1(G)L^1(G) a pour transposé l’endomorphisme h↦fˇ∗hh\mapsto \check{f}*h (resp. h↦εx−1∗hh\mapsto \varepsilon_{x^{-1}}*h) de l’espace de Banach L∞(G)L^{\infty}(G) (INT, VIII, §4, no3^o3, exemple 6). Pour qu’un sous-espace vectoriel fermé de L1(G)L^1(G) soit un idéal de L1(G)L^1(G), il faut et il suffit qu’il soit invariant par les translations de G. Donc, pour qu’un sous-espace vectoriel faiblement fermé de L∞(G)L^{\infty}(G) soit stable par convolution avec les éléments de L1(G)L^1(G), il faut et il suffit qu’il soit invariant par les translations de G.

Soit W un sous-espace vectoriel faiblement fermé de L∞(G)L^{\infty}(G). Supposons W (donc aussi W∘W^{\circ}) invariant par les translations de G. Soit f∈f\in L1(G)L^1(G). Pour tout g∈L∞(G)g\in L^{\infty}(G), on a (fˇ∗g)(x)=⟨εx∗f,g⟩=⟨f,εx−1∗g⟩(\check{f}*g)(x) =\langle \varepsilon_x*f, g\rangle =\langle f, \varepsilon_{x^{-1}}*g\rangle. Donc, pour que ff appartienne à W∘W^{\circ}, il faut et il suffit que fˇ∗g=0\check{f}*g= 0 pour tout g∈Wg\in W.

Si W est un sous-espace vectoriel de L∞(G)L^{\infty}(G) faiblement fermé et invariant par translation, nous noterons A(W) l’ensemble des caractères χ∈G^\chi \in \widehat{G} qui appartiennent à W. C’est une partie fermée de G^\widehat{G}. Si F est une partie fermée de G^\widehat{G}, nous noterons Y(F) le sous-espace vectoriel faiblement fermé de L∞(G)L^{\infty}(G) engendré par les éléments de F; comme toute translation de G transforme chaque caractère en une fonction proportionnelle à ce caractère, l’espace Y(F) est invariant par translation.

Soit W un sous-espace faiblement fermé de L∞(G)L^{\infty}(G) invariant par les translations de G. D’après le théorème des bipolaires (EVT, II, p. 48, th. 1), un caractère χ\chi appartient à W si et seulement si il appartient à (W∘)∘(W^{\circ})^{\circ}; ce dernier espace est l’ensemble des fonctions g∈L∞(G)g\in L^{\infty}(G) telles que ⟨f,g⟩=0\langle f, g\rangle = 0 pour f∈W∘f\in W^{\circ}. On a ⟨f,χ⟩=F‾(f)(χ)\langle f, \chi \rangle =\overline{\mathscr{F}}(f)(\chi ), et donc

A(W)=V(W∘) A(W) = V(W^{\circ})

Similairement, une fonction f∈L1(G)f\in L^1(G) appartient à Y(F)∘Y(F)^{\circ} si et seulement ⟨f,χ⟩=0\langle f, \chi \rangle = 0 pour tout χ∈F\chi \in F, ce qui équivaut à F‾(f)(χ)=0\overline{\mathscr{F}}(f)(\chi ) = 0 pour χ∈F\chi \in F, c’est-à-dire à f∈Υ(F)f\in \Upsilon (F). Donc (loc. cit.) on a

Y(F)=Υ(F)∘ Y(F) = \Upsilon (F)^{\circ}

Les relations V(Υ(F)) = F (I, p. 13 et I, p. 30) et Υ(V(I))⊃I\Upsilon (V(I))\supset I, combinées avec le théorème des bipolaires (EVT, II, p. 48, th. 1), entraînent alors

A(Y(F))=F,Y(A(W))⊂W A(Y(F)) = F,Y(A(W))\subset W

Proposition 4 02ND

Soit W un sous-espace vectoriel faiblement fermé de L∞(G)L^{\infty}(G) invariant par translation et non nul. Alors W contient au moins un caractère de G.

On a vu que A(W)=V(W∘)A(W) = V(W^{\circ}). Comme W≠0W\not= 0, on a W∘≠L1(G)W^{\circ}\not= L^1(G), et alors V(W∘)V(W^{\circ}) est non vide d’après le th. 1 de II, p. 252.

Proposition 5 02NE

Soit W un sous-espace vectoriel faiblement fermé de L∞(G)L^{\infty}(G) invariant par translation.

a) Quel que soit le voisinage U de A(W) dans G^\widehat{G}, toute fonction de W est limite faible de combinaisons linéaires de caractères appartenant à U ;

b) Si la frontière de A(W) ne contient aucun ensemble parfait non vide, toute fonction de W est limite faible de combinaisons linéaires de caractères appartenant à W.

Pour prouver a), il suffit par le théorème des bipolaires de montrer que si ff est une fonction de L1(G)L^1(G) orthogonale aux éléments de U, alors ff est orthogonale à W. Or, la cotransformée de Fourier F‾(f)\overline{\mathscr{F}}(f) s’annule alors sur le voisinage U de A(W)=V(W∘)A(W) = V(W^{\circ}), de sorte que la prop. 2 de II, p. 252 montre effectivement que f∈W∘f\in W^{\circ}. L’assertion b) s’établit de manière analogue, en employant le th. 2 de II, p. 257 au lieu de la prop. 2 de II, p. 252.

Exercices

Dans tous les exercices du chapitre II, on identifie le dual de Rn\mathbf{R}^n (resp. de (R/Z)n(\mathbf{R}/\mathbf{Z})^n, de Zn\mathbf{Z}^n) avec Rn\mathbf{R}^n (resp. avec Zn\mathbf{Z}^n, avec (R/Z)n(\mathbf{R}/\mathbf{Z})^n) suivant le corollaire 3 de II, p. 236. Pour xx et yy dans Rn\mathbf{R}^n, on note x⋅y=∑ixiyix\cdot y=\sum_ix_iy_i. On note T=R/Z\mathbf{T}=\mathbf{R}/\mathbf{Z}, et on munit T\mathbf{T} de sa structure de groupe de Lie réel (LIE, III, p. 105, prop. 11). On notera souvent f^\widehat{f} la transformée de Fourier d’une fonction ff.

Pour tout nombre réel tt non nul, on note s(tt) =t/∣t∣=t/|t|, et on pose s(0) = 0 (fonction signe).

Si E est un espace vectoriel topologique et (xh)h∈Z(x_h)_{h\in\mathbf{Z}} une famille d’éléments de E, on dit que la série de terme général xhx_h converge symétriquement dans E vers x∈Ex\in E si la suite (sn)n⩾1(s_n)_{n\geqslant 1} définie par

sn=∑−n⩽h⩽nxh s_n=\sum_{-n\leqslant h\leqslant n}x_h

converge vers xx dans E.

On appelle mesure de probabilité sur un espace topologique localement compact X une mesure positive de masse totale 1. On note P(X)\mathscr{P}(X) l’ensemble des mesures de probabilité sur X.

Sauf mention du contraire, G désigne un groupe topologique localement compact commutatif.

Exercices

See the exercises for § 3.

Transcribed from the printed volume. Not translated.