§ 4. Homotopies
1. Définition des homotopies
Définition 1 01U3
Soient G un groupoïde, H un carquois, et des morphismes de carquois de H dans G. Une homotopie reliant à est une application de l’ensemble des sommets de H dans l’ensemble des flèches de G possédant les propriétés suivantes :
(i) Pour tout sommet de H, la flèche a pour origine et pour terme ;
(ii) Pour toute flèche de H, d’origine et de terme , on a .
On dit que et sont homotopes s’il existe une homotopie reliant à .
Soit G un groupoïde, soit H un carquois et soient des morphismes de carquois de H dans G. L’application est une homotopie reliant à . Si est une homotopie reliant à , l’application est une homotopie reliant à . Soient et des homotopies reliant à et à respectivement. Pour tout sommet de H, les flèches et sont composables. L’application est une homotopie reliant à .
Il en résulte que la relation « est homotope à » est une relation d’équivalence dans l’ensemble des morphismes de carquois de H dans G.
Soient G un groupoïde, H un carquois et des morphismes de carquois de H dans G qui sont homotopes. D’après la condition (i) de la définition 1, pour tout sommet de H, les sommets et appartiennent à une même orbite de G.
Supposons de plus que H soit un groupoïde et soit une homotopie reliant à . Les applications Orb( ) et Orb() déduites de et par passage aux orbites sont donc égales. Pour tout sommet de H et toute flèche , on a Int(), d’après la condition (ii) de la définition 1. Autrement dit, l’homomorphisme est égal à Int(). En particulier, si l’homomorphisme est injectif (resp. bijectif, resp. surjectif), il en est de même de l’homomorphisme .
Remarque 1 01U4
Soient G, des groupoïdes, H, des carquois, soient un morphisme de carquois et un morphisme de groupoïdes. Si des morphismes de carquois de H dans G sont homotopes, les morphismes de carquois et de dans sont homotopes. Plus précisément, si est une homotopie reliant à , l’application Fl() Som() est une homotopie reliant à .
Remarque 2 01U5
Soit G un groupoïde, soit H un carquois et soient des morphismes de carquois de H dans G. Notons le morphisme canonique de H dans Grp(H), soient et les morphismes de groupoïdes de Grp(H) dans G tels que et .
Rappelons que Som(H) = Som(Grp(H)).
Une homotopie Som(H) Fl(G) reliant à est une homotopie reliant à .
2. Homotopismes de groupoïdes
Dans ce n, nous utiliserons la notation pour exprimer que deux morphismes de groupoïdes et sont homotopes.
Définition 2 01U6
Soient G, des groupoïdes et soit un morphisme de G dans . On appelle inverse à homotopie près de un morphisme de groupoïdes de dans G tel que les morphismes et soient respectivement homotopes à Id et à Id. On dit que est un homotopisme s’il existe un inverse de à homotopie près.
Un isomorphisme de groupoïdes est un homotopisme.
Soient G et des groupoïdes. Soient des morphismes de groupoïdes de G dans qui sont homotopes. Si est un homotopisme, il en est de même de . En effet, si désigne un inverse de à homotopie près, on a Id et Id, ce qui démontre que est inverse à homotopie près de .
Soient G, des groupoïdes et soient , des morphismes de groupoïdes. Alors, des conditions suivantes :
(i) est inverse à homotopie près de ;
(ii) est inverse à homotopie près de ;
(iii) est inverse à homotopie près de ; deux quelconques entraînent la troisième. En effet, supposons d’abord que (i) et (ii) soient satisfaites ; on a alors
Id Id
et, de même, Id, d’où (iii). Si (i) et (iii) sont satisfaites,
Id
et
Id,
d’où la condition (ii). La démonstration que les conditions (ii) et (iii) entraînent la condition (i) est analogue.
En particulier, si deux des morphismes sont des homotopismes, il en est de même du troisième.
Proposition 1 01U7
Soient G, des groupoïdes, soit un morphisme de G dans , et soit A une partie de l’ensemble des sommets de G qui rencontre chaque orbite de G. Pour que soit un homotopisme, il faut et il suffit que les conditions suivantes soient satisfaites :
(i) l’application Orb( ) de Orb(G) dans Orb(G), déduite de par passage aux orbites, est bijective ;
(ii) pour tout , l’homomorphisme est bijectif.
Supposons d’abord que soit un homotopisme et soit un inverse de à homotopie près. Alors,
Orb( ) Orb( ) Orb( ) Orb(Id) Id,
car deux morphismes de groupoïdes homotopes induisent la même application par passage aux orbites. De même, Orb( ) Orb( ) Id. L’application Orb( ) est donc bijective, d’où l’assertion (i). On a aussi, pour tout sommet de G,
comme est homotope à Id, l’homomorphisme est bijectif (cf. p. 180), si bien que est injectif et est surjectif. En échangeant les rôles de et , on voit que est aussi surjectif, d’où la condition (ii).
Supposons maintenant que les conditions (i) et (ii) soient satisfaites et démontrons que est un homotopisme.
Traitons d’abord le cas où chaque orbite de est réduite à un point.
Pour chaque sommet de , choisissons un sommet de G appartenant à A et dont l’image par soit . C’est possible car l’application Orb( ) est surjective et que A rencontre chaque orbite de G. Soit une flèche de ; on a par hypothèse ; posons et . D’après la condition (ii), il existe une unique flèche dont l’image par soit . Le couple est un morphisme de groupoïdes de dans G. Démontrons que est inverse de à homotopie près. On a déjà Id par construction de .
Soit un sommet de G. Posons ; c’est un élément de A tel que . Puisque Orb( ) est injectif, appartient à l’orbite de dans G et il existe une flèche dans G reliant à . La flèche relie alors à et l’on a .
Montrons que l’application Som(G) Fl(G) ainsi définie est une homotopie qui relie à Id. La condition (i) de la définition 1 est satisfaite, par construction. Soient une flèche de G son origine et son terme. On a ; posons . Les flèches et appartiennent à et ont toutes deux pour image dans . Comme l’application est injective, on a . La condition (ii) de la définition 1 est ainsi satisfaite.
Démontrons maintenant la proposition 1 dans le cas général. Soit X une forêt orientée maximale de II, p. 157, prop. 1). Soit le groupoïde déduit de par contraction des flèches de X et soit le morphisme canonique. Le morphisme satisfait aux conditions de la prop. 1 (II, p. 170, remarque 1 et p. 178, cor. 2), et il en est donc de même du morphisme .
Comme les orbites de sont réduites à des points, il résulte du cas particulier déjà démontré que et sont des homotopismes, si bien que en est un également. Cela termine la démonstration de la proposition.
Corollaire 1 01U8
Soit G un groupoïde, soit A un ensemble et soit Som(G) une application. Si l’image de rencontre chaque orbite de G, le morphisme de groupoïdes canonique de dans G est un homotopisme.
Par définition du groupoïde image réciproque (II, p. 166, exemple 4), A est l’ensemble des sommets du groupoïde et l’on a Fl Fl pour tout couple d’éléments de A. Par ailleurs, on a Som( ) et Fl( ) induit l’application identique de Fl dans Fl. Par suite, l’application Orb( ) est bijective et l’homomorphisme est un isomorphisme, pour tout . Les hypothèses de la proposition 1 sont donc vérifiées.
Corollaire 2 01U9
Soit G un groupoïde, soit X une forêt orientée de G, soit le groupoïde déduit de G par contraction des flèches de X. Le morphisme canonique de G dans est un homotopisme.
Il résulte en effet de la remarque 1 de II, p. 170 et du corollaire 2 de II, p. 178 que les hypothèses de la proposition 1 sont vérifiées.
3. Cohomotopeur
Soit H un carquois, soit G un groupoïde et soient et des morphismes de carquois de H dans G.
Notons le carquois défini de la façon suivante : les sommets de sont ceux de G ; les flèches de sont les éléments de l’ensemble somme des ensembles Fl(G) et Som(H) ; l’application origine de coïncide avec celle de G dans Fl(G) et avec Som( ) dans Som(H) ; l’application terme de coïncide avec celle de G dans Fl(G) et avec Som( ) dans Som(H). Notons le morphisme de carquois de G dans défini par l’application identique de Som(G) et par l’injection canonique de Fl(G) dans Fl(G). Notons l’injection canonique Som(H) Fl(G).
Considérons le groupoïde libre Grp(G) construit sur II, p. 174, déf. 9) et notons le morphisme canonique de carquois de dans Grp(G). Désignons enfin par Coh( ) le groupoïde déduit de Grp(G) par contraction des lacets (en l’origine de )
pour tout couple de flèches composables de G, ainsi que des lacets (en )
pour dans Som(H) et Fl. Notons Grp(G) Coh( ) le morphisme canonique ; posons = et Fl().
Proposition 2 01UA
Le groupoïde Coh( ) est engendré par le sous-carquois dont l’ensemble des sommets est Som(G) et celui des flèches est la réunion des images des applications Fl( ) et .
Ce sous-carquois étant l’image du carquois par le morphisme de carquois , la proposition résulte aussitôt de la construction de Coh( ).
Proposition 3 01UB
Le morphisme de carquois est un morphisme de groupoïdes de G dans Coh( ) et l’application est une homotopie reliant à .
Le triplet (Coh( )) possède la propriété universelle suivante : si est un groupoïde, un morphisme de groupoïdes de G dans et Som(H) Fl(G) une homotopie reliant à , il existe un unique morphisme de groupoïdes Coh( ) tel que
(3) et Fl( ).
Compte tenu de la définition du groupoïde déduit par contraction de flèches, la contraction des lacets (1) entraîne que est un morphisme de groupoïdes, la contraction des lacets (2) que est une homotopie reliant à .
Soient comme dans l’énoncé. Soit le morphisme de carquois de dans tel que Som() soit égal à Som() et tel que Fl() coïncide avec Fl() dans Fl(G) et avec dans Som(H). Il existe un unique morphisme de groupoïdes Grp(G) tel que . Comme est un morphisme de groupoïdes et est une homotopie reliant à définit par passage au quotient un morphisme de groupoïdes de Coh( ) dans II, p. 170, prop. 3). Ce morphisme satisfait aux relations (3) et c’est le seul (II, p. 185, prop. 2).
Définition 3 01UC
Le groupoïde Coh( ) s’appelle le cohomotopeur du couple . On dit que est le morphisme canonique de G dans Coh( ) et que est l’homotopie canonique reliant à .
On appelle armature du couple le carquois dont l’ensemble des sommets est l’ensemble des orbites de G, l’ensemble des flèches est l’ensemble des composantes connexes de H et dont les applications origine et terme sont déduites de et par passage aux quotients.
Proposition 4 01UD
L’application Orb( ) Orb(G) Orb(Coh( )) est surjective, ses fibres sont les composantes connexes de l’armature du couple .
Le morphisme est le composé des morphismes , Grp(G) et Grp(G) Coh( ). L’application induit une bijection de l’ensemble des composantes connexes du carquois sur l’ensemble des orbites de Grp(G) et l’application Orb( ) Orb(Grp(G)) Orb(Coh( )) est bijective (II, p. 170, remarque 1). Il suffit donc de démontrer que l’application de Orb(G) dans déduite de est surjective et que ses fibres sont les composantes connexes de l’armature du couple . La surjectivité résulte de ce que l’application Som() est l’application identique. La relation d’équivalence dans Som(G) donnée par « et sont dans la même composante connexe de » est engendrée par les relations « il existe une flèche de G reliant à » et « il existe un sommet de H tel que et ». Cette relation d’équivalence est compatible avec l’application de Som(G) dans Orb(G) et la relation qui s’en déduit dans Orb(G) est engendrée par la relation « il existe une orbite de H telle que Orb( ) et Orb( ) ». C’est donc la relation « et sont dans la même composante connexe de l’armature du couple ».
Proposition 5 01UE
Soit un groupoïde, soient des morphismes de groupoïdes de Coh( ) dans et soit une application de Som(G) dans Fl(G). Pour que soit une homotopie reliant à , il faut et il suffit que les deux conditions suivantes soient satisfaites :
(i) L’application est une homotopie reliant à ;
(ii) Pour tout sommet de H, on a
Par définition, pour que soit une homotopie reliant à , il faut et il suffit que les deux conditions suivantes soient réalisées (rappelons que Som(G) = Som(Coh( ))) :
a) Pour tout sommet de Coh( ) relie à ;
b) Pour tout couple de sommets de Coh( ) et toute flèche Fl(Coh( )), on a .
D’après la prop. 2, il suffit de vérifier la condition b) lorsque appartient à l’image de Fl( ) ou à celle de , de sorte que b) équivaut à la conjonction des deux conditions c) et d) ci-dessous :
c) Pour Som(G), Som(G) et Fl, on a ;
d) Pour tout Som(H), on a . La condition (i) équivaut à la conjonction de a) et c), et la condition (ii) est la condition d), d’où le corollaire.
4. Comparaison de deux cohomotopeurs
Considérons un diagramme
H G
où H, , G, sont des groupoïdes et des morphismes de groupoïdes tels que et .
Notons le morphisme canonique de G dans le cohomotopeur Coh( ) et l’homotopie canonique reliant à ; définissons de façon analogue et . Alors, est un morphisme de groupoïdes de G dans Coh() et Som() est une homotopie reliant à , c’est-à-dire à . D’après la propriété universelle des cohomotopeurs (II, p. 185, prop. 3), il existe un unique morphisme de groupoïdes de Coh( ) dans Coh() tel que et Fl() Som(). Nous avons en particulier étendu le diagramme (4) en un diagramme
H G Coh( )
Coh()
dans lequel le second carré est commutatif.
Théorème 1 01UF
Faisons les hypothèses suivantes :
(i) le morphisme de groupoïdes est un homotopisme ;
(ii) l’application Orb() Orb(H) Orb(H), déduite de par passage aux orbites, est bijective ;
(iii) il existe dans chaque orbite de H un point tel que l’homomorphisme soit surjectif.
Alors, le morphisme de groupoïdes Coh( ) Coh() est un homotopisme.
Soit le groupoïde déduit de par contraction des flèches d’une forêt orientée maximale. Le morphisme canonique est un homotopisme (II, p. 184, corollaire 2 de la prop. 1). Les deux diagrammes
H G
et Id
donnent lieu à des morphismes de groupoïdes Coh( ) Coh() et Coh() Coh() ; on a . Il suffit donc de démontrer que et sont des homotopismes. Comme les applications Som() Som(G) Som(G) et Som() Som(G) Som(G) sont surjectives, il suffit par conséquent de démontrer le théorème sous l’hypothèse supplémentaire que l’application Som() est surjective, hypothèse que nous ferons dans toute la suite de la démonstration.
Démontrons successivement les assertions suivantes :
– L’application Orb() est bijective ;
– Pour tout sommet de G, l’homomorphisme est surjectif ;
– Pour tout sommet de G, l’homomorphisme est injectif.
a) Par hypothèse, l’application Orb() est bijective ; il en est de même de l’application Orb() d’après II, p. 182, prop. 1, car est un homotopisme. Le morphisme de carquois de l’armature du couple sur celle du couple défini par les applications Orb() et Orb() est donc un isomorphisme. En particulier, l’application qui s’en déduit par passage aux composantes connexes est bijective. La prop. 4 de II, p. 185 implique alors que l’application Orb() est bijective.
b) Soit une flèche de , notons son origine et son terme. Comme l’application Som() est surjective, il existe des sommets et dans G tels que et . Comme le morphisme est un homotopisme, il existe une flèche de G reliant à ainsi qu’un élément tel que II, p. 182, prop. 1), d’où . Cela démontre que l’application Fl() est surjective.
Démontrons alors que l’application Fl() est surjective. Son image contient celle de Fl(), car l’on a et l’application Fl() est surjective. Soit un sommet de ; soit un sommet de H tel que et soient dans la même orbite de et soit une flèche de reliant à . Alors,
car est une homotopie reliant à . La flèche appartient à l’image de Fl(), de même que les deux flèches et d’après ce qui précède. Il en résulte que la flèche appartient à l’image de Fl(), ce qui démontre que l’image de Fl() contient celle de . D’après la prop. 2 de II, p. 185, l’application Fl() est surjective.
Soit Coh(). Soit une flèche de Coh( ) telle que . Notons et l’origine et le terme de ; on a . Soit (resp. ) une flèche de G reliant à (resp. à ) dont l’image par est . Alors, est un élément de Coh( ) dont l’image par est . Par suite, pour tout sommet de G, l’homomorphisme est surjectif.
c) Démontrons que, pour tout sommet de G, l’homomorphisme est injectif. En considérant successivement les diagrammes
on est alors ramené à traiter les deux cas suivants : 1) On a et Id On a et Id.
1) Supposons que l’on a et Id.
Considérons un morphisme de groupoïdes qui est inverse de à homotopie près et une homotopie Som(G) Fl(G) reliant à Id. D’après la remarque 1 de II, p. 181, les applications et sont des homotopies reliant respectivement à et à . Par suite (cf. II, p. 180), l’application
Som(H) Fl(Coh( )),
est une homotopie reliant à . D’après la propriété universelle des cohomotopeurs (II, p. 185, prop. 3), il existe un unique morphisme de groupoïdes Coh() Coh( ) tel que et Fl().
H G Coh( )
Id
H Coh()
Id
H G Coh( ) .
On a en particulier
Comme est une homotopie reliant à Id est une homotopie reliant à . Comme Fl() Fl(), on a, pour tout sommet de H,
Fl(),
par définition de . D’après la prop. 5 de II, p. 186, appliquée aux morphismes de groupoïdes et Id, l’application est une homotopie reliant à Id. En particulier, est un homotopisme.
Pour tout sommet de G, l’homomorphisme de groupes est donc bijectif (II, p. 182, prop. 1). Il en résulte que l’homomorphisme est injectif, d’où le résultat dans le cas A).
2) Supposons que l’on a et Id.
Soit un sommet de . L’application Orb() étant surjective, il existe un sommet de H et une flèche de reliant à . Les flèches et relient respectivement à à et à , donc sont composables dans Coh( ). Posons
Vérifions que la flèche ainsi définie ne dépend pas des éléments et choisis. Soit un sommet de H et soit une flèche de reliant à . Puisque l’application Orb() est injective, les sommets et de H appartiennent à la même orbite et il existe une flèche Fl(H) reliant à . Alors, est un lacet en dans . D’après l’hypothèse (iii), il existe un sommet de H tel que l’homomorphisme soit surjectif et une flèche de H reliant à ; alors, Int() est un lacet en dans H, c’est donc l’image par d’un lacet en . Par conséquent, la flèche de H relie le sommet au sommet et vérifie . On a alors
puisque est une homotopie reliant à . Cela démontre l’indépendance annoncée.
Par construction, on a pour tout Som(H). Nous avons ainsi défini une application de Som(H) dans Fl(Coh( )). Soit une flèche de , notons son origine et son terme. Soit un sommet de H et une flèche de reliant à . Alors, est une flèche de qui relie à . Par définition de , on a ainsi
Cela prouve que est une homotopie qui relie à .
D’après la propriété universelle des cohomotopeurs, il existe un unique morphisme de groupoïdes Coh() Coh( ) tel que et = Fl(). On a et Fl() Fl() Som() par définition de . D’après la propriété universelle des cohomotopeurs, cela implique que l’on a Id. En particulier, pour tout Som(G), l’homomorphisme est injectif.
Il résulte alors de la prop. 1 de II, p. 182 que le morphisme est un homotopisme, d’où le théorème.
5. Groupes d’isotropie d’un cohomotopeur
Soient G et H des groupoïdes et soient des morphismes de groupoïdes de H dans G. Le but de ce n est de calculer les groupes d’isotropie du cohomotopeur Coh( ). On reprend les notations du n.
Notons l’armature du couple ; rappelons (II, p. 185, déf. 3) qu’il s’agit du carquois (Orb(G), Orb(H)), où et sont les applications de Orb(H) dans Orb(G) déduites des applications et par passage aux orbites.
Dans toute la suite de ce n, nous supposerons en outre que le carquois est connexe et non vide ; d’après II, p. 185, prop. 4, cela revient à supposer que le groupoïde Coh( ) est transitif, ou encore que le carquois est connexe et non vide (II, p. 185, prop. 2).
Définition 4 01UG
On appelle équipement de base du couple la donnée :
(i) Pour tout Orb(G), d’un sommet dans l’orbite de G;
(ii) Pour tout Orb(H), d’un sommet dans l’orbite de H ;
(iii) Pour tout Orb(H), de flèches et de G reliant respectivement à et à ;
(iv) D’un sous-carquois T de l’armature dont le graphe associé est un arbre maximal du graphe ;
(v) D’une orbite de G.
Choisissons un équipement de base du couple . On définit un morphisme de carquois de dans Grp(G) en posant pour Som(Γ) Orb(G) et
pour Fl(Γ) Orb(H). Nous noterons le composé de et du morphisme canonique de Grp(G) dans Coh( ) ; c’est un morphisme de carquois de dans Coh( ).
Pour Orb(G), notons Coh( ) l’homomorphisme de groupes déduit du morphisme Coh( ) par restriction aux groupes d’isotropie en .
Pour Orb(H), notons
Int()
et
Int(),
de sorte que l’on a, pour tout élément de ,
(6) et .
Pour tout sommet de , notons encore l’unique classe de chemins reliant à dans l’arbre ; on la considère comme une flèche de Grp(Γ). Notons alors la flèche de Coh( ) image de par le morphisme canonique de Grp(Γ) dans Coh( ) déduit de ; l’origine de est , son terme est .
Le morphisme de carquois , les homomorphismes de groupes (pour Orb(G)) et (pour Orb(H)), et les flèches dans Coh( ) (pour Orb(G)) seront dits déduits de l’équipement de base.
Si est une famille de groupes, on note leur produit libre ; l’image d’un élément par l’application canonique de dans sera notée , voire s’il n’y a pas de confusion possible. Si S est un ensemble, on note F(S) le groupe libre construit sur S (A, I, p. 84).
Proposition 6 01UH
Il existe un unique homomorphisme de groupes
F(Orb(H)) Coh( )
Orb(G)
tel que
(7) pour Orb(G) et ,
(8) pour Orb(H).
L’homomorphisme Λ est surjectif ; son noyau est le plus petit sous-groupe distingué de F(Orb(H)) contenant les éléments de Fl(T) et les éléments , pour Orb(H) et .
L’existence et l’unicité de l’homomorphisme Λ résulte de la propriété universelle des produits libres et des groupes libres (A, I, p. 85, prop. 8).
Notons A l’ensemble des pour Orb(G) et le sous-groupoïde plein de G dont l’ensemble des sommets est A. Pour tout Som(G), notons l’orbite de dans G et choisissons une flèche de G reliant à . Le couple formé de l’application de Som(G) dans A et de l’application qui à Fl associe l’élément de Fl est un morphisme de groupoïdes. Il résulte de la prop. 1 de II, p. 182 que est un homotopisme. Notons et , puis le morphisme canonique de Coh( ) dans Coh() ; c’est un homotopisme (II, p. 187, théorème 1).
Les orbites de sont les ensembles , pour , et l’injection induit une bijection de Orb(G) sur Orb(G) par laquelle nous identifierons ces deux ensembles. On définit un équipement de base du couple en posant pour Orb(G) pour Orb(H) et . Les homomorphismes de groupes et (pour Orb(H)), le morphisme de carquois , les flèches (pour Orb(G)), et donc l’homomorphisme de groupes , déduits de cet équipement de base sont les composés avec des homomorphismes correspondants , du morphisme de carquois , des flèches correspondantes et de l’homomorphisme Λ.
Soit B l’ensemble des pour Orb(H), soit le sous-groupoïde plein de H d’ensemble de sommets B ; notons l’injection canonique ; posons et . Le morphisme induit une bijection B Orb(H) par laquelle nous identifierons ces deux ensembles. On déduit encore du théorème 1 de II, p. 187 un homotopisme canonique Coh() Coh(). En outre, le couple est muni d’un équipement de base , de sorte que Orb(G), Orb(H)) soient les composés avec de .
On résume par le diagramme suivant les divers morphismes de groupoïdes introduits :
Coh()
(9) H Coh()
H G Coh( ) .
Pour démontrer la proposition, on peut donc supposer que A = Som(G) et B = Som(H), autrement dit que les applications canoniques Som(G) Orb(G) et Som(H) Orb(H) sont bijectives, hypothèses sous lesquelles nous nous placerons dans la suite de la démonstration.
Le carquois a alors pour ensemble de sommets A et pour flèches l’ensemble somme des ensembles , et de l’ensemble B. Les flèches de sont des lacets en ; si , la flèche relie à , les flèches et sont des lacets respectivement en et . Le carquois T sera identifié à un arbre orienté de ; c’en est un arbre orienté maximal car l’ensemble de ses sommets est égal à l’ensemble des sommets de II, p. 157, prop. 1). On posera . L’ensemble des flèches de l’armature du couple étant identifié à B, le morphisme de carquois Grp(G) associe à la flèche la classe de chemins dans le graphe .
Rappelons que désigne le morphisme canonique de carquois de dans Grp(G). Notons
Grp(G)
l’unique homomorphisme de groupes tel que l’on ait
si et ;
si .
On a ainsi , où désigne l’homomorphisme de groupes canonique de dans Grp(G) défini par l’arbre orienté maximal T (II, p. 179, prop. 9) et où est l’unique automorphisme du groupe tel que pour et , et pour . D’après la remarque 2 de II, p. 179, l’homomorphisme est surjectif et que son noyau est le plus petit sous-groupe distingué de qui contient les flèches de T.
Notons Grp(G) Coh( ) le morphisme de groupoïdes canonique. D’après II, p. 177, cor. 1 de la prop. 8, le morphisme de groupes de Grp(G) dans Coh( ) est surjectif, et son noyau est le plus petit sous-groupe distingué de Grp(G) qui contient les lacets Int(), pour et , et les lacets Int(), pour et .
Si désigne l’homomorphisme surjectif canonique, on a ainsi . Cette formule entraîne que l’homomorphisme Λ est surjectif ; il reste à déterminer son noyau.
Pour et , on note l’image de dans le groupe . Pour , on a alors
Int().
De même, pour et , la définition des homomorphismes et (formule (6) de II, p. 193) entraîne que l’on a
Int()
Par suite, le noyau de l’homomorphisme est le plus petit sous-groupe distingué de qui contient les éléments pour et , les éléments pour et , et les éléments , pour Fl(T).
Finalement, le noyau de l’homomorphisme Λ est le plus petit sous-groupe distingué de qui contient les images par des éléments précédents, autrement dit, les éléments , pour Fl(T), et les éléments , pour et . La proposition est ainsi démontrée.