Bourbaki

§ 3. Groupoïdes

1. Catégories

Définition 1 01SZ

Soit C un carquois. Notons J l’ensemble des couples (f,g)(f, g) de flèches de C tels que t(f)=o(g)t(f) =o(g). Une loi de composition dans C est une application m:J→m: J\rightarrow Fl(C) telle que, pour tout couple (f,g)∈J(f, g)\in J, l’origine de la flèche m(f,g)m(f, g) soit celle de ff et son terme celle de gg.

Soit C un carquois muni d’une loi de composition mm. Deux flèches ff et gg telles que t(f)=o(g)t(f) =o(g) sont dites composables ; la flèche m(f,g)m(f, g) s’appelle leur composée, ou leur produit, et se note souvent f⋅gf\cdot g, voire fgf g.

Pour tout sommet aa de C, l’ensemble Ca,aC_{a,a} = Fla,a(C)_{a,a}(C), muni de l’application déduite de mm par passage aux sous-ensembles, est un magma (A, I, p. 1, déf. 1).

On dit qu’une famille (fi)i∈I(f_i)_{i\in I} de flèches de C, indexée par un ensemble fini non vide totalement ordonné I, est composable si, pour tout couple (i,j)(i, j) d’éléments consécutifs de I, les flèches fif_i et fjf_j sont composables. On définit le produit ∏i∈Ifi\prod_{i\in I}f_i d’une telle famille par récurrence sur le cardinal de I de la façon suivante (cf. A, I, p. 3) :

(i) si I a un seul élément ω,∏i∈Ifi=fω\omega ,\prod_{i\in I}f_i=f_{\omega};

(ii) si I a au moins deux éléments et si ω\omega est le plus petit élément de I, on pose ∏i∈Ifi=fω⋅∏i∈I−{ω}fi\prod_{i\in I}f_i=f_{\omega}\cdot \prod_{i\in I-\{\omega\}}f_i.

La loi de composition mm est dite associative si l’on a f⋅(g⋅h)=f\cdot (g\cdot h) = (f⋅g)⋅h(f\cdot g)\cdot h pour tout triplet (f,g,h)(f, g, h) composable de flèches de C. Lorsque la loi mm est associative, le produit d’une suite (f1,...,fn)(f_1, . . . , f_n) de nn flèches composables, où nn est un entier ⩾1\geqslant 1, se note f1f2...fnf_1f_2. . . f_n.

Soit aa un sommet de C. On dit qu’une flèche e∈Ca,ae\in C_{a,a} est un élément neutre de mm en aa si l’on a ef=fef=f pour toute flèche ff d’origine aa et ge=gge=g pour toute flèche gg de terme aa. Il existe au plus un élément neutre de mm en a:a: si ee et e′e' en sont deux, on a e′=ee′=ee'=ee'=e. Lorsqu’un tel élément neutre existe, on le note souvent eae_a; c’est alors un élément neutre du magma Ca,aC_{a,a} (A, I, p. 12).

Définition 2 01T0

Une catégorie est un carquois muni d’une loi de composition associative pour laquelle il existe en chaque sommet un élément neutre.

Exemple 1 01T1

Soit C un carquois. Notons Ch(C) l’ensemble des chemins dans C et o:o: Ch(C) →\rightarrow Som(C),t:,t: Ch(C) →\rightarrow Som(C) les applications qui, à un chemin, associent son origine et son terme. Le quadruplet ΩC=\Omega_C= (Som(C), Ch(C),o,t, o, t) est un carquois. Munissons-le de la loi de composition définie par la juxtaposition des chemins. Cette loi de composition est associative ; pour tout sommet aa de C, le lacet constant ea=(a)e_a= (a) d’origine aa est un élément neutre en aa. Ainsi, ΩC\Omega_C est une catégorie. On dit que c’est la catégorie des chemins du carquois C.

Exemple 2 01T2

Soit Σ une espèce de structure dans une théorie T\mathscr{T} plus forte que la théorie des ensembles et soit σ(x,y,s,u)\sigma (x, y, s, u) un terme de T\mathscr{T} vérifiant les conditions (MOI_I), (MOII_{II}) et (MOIII_{III}) de E, IV, p. 11. Soit S un ensemble ; on suppose que tout élément de S est un couple (x,s)(x, s), où xx est un ensemble et ss une structure d’espèce Σ sur xx. Soit F l’ensemble des applications ff telles qu’il existe (x,s)(x, s) et (y,t)(y, t) dans S de sorte que ff soit un σ\sigma-morphisme de xx, muni de la structure ss, dans yy, muni de la structure tt; on pose alors o(f)=(x,s)o(f) = (x, s) et t(f)=(y,t)t(f) = (y, t). Muni de la loi de composition donnée par m(f,g)=g∘fm(f, g) =g\circ f, le carquois (S,F,o,t)(S,F, o, t) est une catégorie. Dans ce contexte, les éléments de S sont plutôt appelés objets.

Soit C une catégorie.

Pour tout sommet aa de C, l’ensemble Ca,aC_{a,a}, muni de la loi de composition (f,g)↦fg(f, g)\mapsto f g, est un monoïde d’élément neutre eae_a.

On dit qu’une flèche ff de C est inversible s’il existe une flèche gg de C telle que o(g)=t(f),t(g)=o(f)o(g) =t(f),t(g) =o(f) et telle que fgf g et gfgf soient des éléments neutres en o(f)o(f) et t(f)t(f) respectivement. Une telle flèche gg est unique (si fg=eo(f)f g=e_{o(f)} et g′f=et(f)g'f=e_{t(f)}, on a g=et(f)g=(g′f)g=g=e_{t(f)}g= (g'f)g= g′(fg)=g′eo(f)=g′g'(f g) =g'e_{o(f)}=g') et est appelée inverse de ff; l’inverse d’une flèche inversible ff est notée f−1f^{-1}.

2. Foncteurs

Définition 3 01T3

Soient C et C′C' des catégories. On appelle foncteur de C dans C′C' un morphisme de carquois φ:C→C′\varphi : C\rightarrow C' tel que φ(fg)=\varphi (f g) = φ(f)φ(g)\varphi (f)\varphi (g) pour tout couple (f,g)(f, g) de flèches composables de C.

Soient C et C′C' des catégories et soit φ:C→C′\varphi : C\rightarrow C' un foncteur. Soient ff une flèche de C,a,a son origine et bb son terme ; alors, φ(f)\varphi (f) est une flèche de C′C' d’origine φ(a)\varphi (a) et de terme φ(b)\varphi (b).

Soient C, C′,C′′C',C'' des catégories et soient φ:C→C′\varphi : C\rightarrow C' et φ′:C′→C′′\varphi ': C'\rightarrow C'' des foncteurs. Alors, φ′∘φ\varphi '\circ \varphi est un foncteur.

Soit C une catégorie. Alors le morphisme de carquois IdC_C est un foncteur.

Soit φ:C→C′\varphi : C\rightarrow C' un foncteur. Pour que φ\varphi soit un isomorphisme, il faut et il suffit que les applications Som(φ\varphi ) et Fl(φ\varphi ) soient bijectives.

Ainsi, si l’on appelle structure de catégorie sur des ensembles S et F la donnée d’une structure de carquois sur ces ensembles et d’une loi de composition associative pour laquelle il existe en chaque sommet un élément neutre, on peut prendre les foncteurs pour morphismes de la structure de catégorie (E, IV, p. 11).

3. Groupoïdes

Définition 4 01T4

Un groupoïde est une catégorie dont chaque flèche est inversible.

Soit G un groupoïde et soit aa un sommet de G. Le monoïde Ga,aG_{a,a} est un groupe, que l’on note GaG_a et qu’on appelle le groupe d’isotropie de G en aa.

Soient a,ba,b des sommets de G et soit f∈Ga,bf\in G_{a,b} une flèche reliant aa à bb. L’application g↦fgf−1g\mapsto f gf^{-1} est un isomorphisme de groupes de GbG_b dans GaG_a, que l’on note Int(ff). Si ff et f′f' sont des flèches composables de G, on a Int(ff′f f') == Int(ff)∘\circ Int(f′f') ; l’inverse de l’isomorphisme Int(ff) est l’isomorphisme Int(f−1f^{-1}).

Un morphisme de groupoïdes φ:G→G′\varphi : G\rightarrow G' est un morphisme de catégories. De plus, φ\varphi est un isomorphisme de groupoïdes si et seulement si c’est un isomorphisme de catégories.

Soit φ:G→G′\varphi : G\rightarrow G' un morphisme de groupoïdes. Pour tout sommet aa de G, l’application f↦φ(f)f\mapsto \varphi (f) de GaG_a dans (G′)φ(a)(G')_{\varphi(a)} est un homomorphisme de groupes que l’on note φa\varphi_a. On a en particulier φ(ea)=eφ(a)\varphi (e_a) =e_{\varphi(a)}.

Pour toute flèche ff de G,φ(f−1),\varphi (f^{-1}) est l’inverse de φ(f)\varphi (f). Si ff est une flèche de G reliant un sommet aa à un sommet bb, on a ainsi, pour tout élément g∈Gbg\in G_b, la relation Int(φ(f)\varphi (f))(φ(g))=φ(\varphi (g)) =\varphi(Int(ff)(g)(g)).

4. Orbites d’un groupoïde

Soit G un groupoïde. Les composantes connexes du carquois sous-jacent à G sont appelées orbites de G. L’ensemble des orbites de G est noté Orb(G); si φ:G→G′\varphi : G\rightarrow G' est un morphisme de groupoïdes, l’application π0(φ)\pi_0(\varphi ) déduite de φ\varphi par passage aux composantes connexes des graphes associés est en général notée Orb(φ\varphi ) et appelée l’application déduite de φ\varphi par passage aux orbites.

Un groupoïde qui a exactement une orbite est dit transitif . Si G est un groupoïde transitif, les groupes GaG_a, pour a∈a\in Som(G), sont isomorphes. On dit que le groupoïde G est simplement transitif s’il est transitif et si, de plus, les groupes d’isotropie GaG_a sont tous réduits à leur élément neutre.

Proposition 1 01T5

Soit G un groupoïde. La relation « il existe une flèche de G reliant aa à bb » est une relation d’équivalence dans l’ensemble des sommets de G dont les classes d’équivalence sont les orbites de G.

Soient a,b,ca,b,c des sommets de G. On a ea∈Ga,ae_a\in G_{a,a}; si f∈Ga,bf\in G_{a,b}, f−1∈Gb,af^{-1}\in G_{b,a}; si f∈Ga,bf\in G_{a,b} et g∈Gb,cg\in G_{b,c}, on a fg∈Ga,cf g\in G_{a,c}. Cela montre que la relation indiquée est réflexive, symétrique et transitive ; c’est donc une relation d’équivalence. La seconde assertion résulte alors de la définition des composantes connexes d’un carquois.

5. Exemples de groupoïdes

1) Soit G un groupe. Notons G\mathscr{G} le carquois dont l’ensemble des sommets est réduit à un élément et dont l’ensemble des flèches est G. Muni de la loi de composition induite par celle de G,G,\mathscr{G} est un groupoïde, appelé groupoïde associé au groupe G.

2) Soit X un ensemble. Soit G le carquois (X,X×X(X,X\times X, pr1_1, pr2)_2) ; définissons une loi de composition dans G en posant (x,x′)⋅(x′,x′′)=(x,x′′)(x, x')\cdot (x', x'') = (x, x''), si x,x′,x′′x, x', x'' sont des éléments de X. Cette loi est associative ; pour tout x∈Xx\in X, (x,x)(x, x) est l’élément neutre en xx; l’inverse de la flèche (x,x′)(x, x') est la flèche (x′,x)(x', x). Le groupoïde ainsi défini est appelé groupoïde des couples de l’ensemble X. Si X n’est pas vide, il est simplement transitif.

3) Soient X et S des ensembles et soit p:X→Sp: X\rightarrow S une application. Pour a∈Sa\in S, on note Xa=p−1(a)X_a=\overset{-1}{p}(a). Pour aa et bb dans S, soit Ga,bG_{a,b} l’ensemble B(Xa;Xb)\mathscr{B}(X_a; X_b) des bijections de XaX_a dans XbX_b et soit G l’ensemble somme des ensembles Ga,bG_{a,b}. Soient oo et tt les applications de G dans S telles que o(f)=ao(f) =a et t(f)=bt(f) =b pour tout élément f∈Ga,bf\in G_{a,b}. Le quadruplet (S,G,o,t)(S,G, o, t) est un carquois. Munissons-le de la loi de composition définie par m(f,g)=g∘fm(f, g) =g\circ f si f∈B(Xa;Xb)f\in \mathscr{B}(X_a; X_b) et g∈B(Xb;Xc)g\in \mathscr{B}(X_b; X_c), où a,b,ca, b, c sont des points de S. C’est un groupoïde ; on le note B(X,p)\mathscr{B}(X, p) et on l’appelle le groupoïde des permutations de X relativement à pp.

4) Soit (Gi)i∈I(G_i)_{i\in I} une famille de groupoïdes. Notons G le carquois produit de la famille des carquois sous-jacents ; pour tout i∈Ii\in I, soit pri:G→Gi_i: G\rightarrow G_i le morphisme de carquois canonique. Il existe une unique loi de composition dans G pour laquelle G est un groupoïde et telle que, pour tout i∈Ii\in I, pri_i soit un morphisme de groupoïdes. Soient f=(fi)i∈If= (f_i)_{i\in I} et g=(gi)i∈Ig= (g_i)_{i\in I} des flèches de G ; elles sont composables si et seulement si les flèches fif_i et gig_i sont composables, pour i∈Ii\in I. On a alors fg=(figi)i∈If g= (f_ig_i)_{i\in I}.

Le carquois G, muni de cette loi de composition, est appelé le groupoïde produit de la famille (Gi)i∈I(G_i)_{i\in I}. Il vérifie la propriété universelle suivante : pour tout groupoïde G′G' et toute famille (φi)i∈I(\varphi_i)_{i\in I}, où φi\varphi_i est un morphisme de groupoïdes de G′G' dans GiG_i, il existe un unique morphisme de groupoïdes φ:G′→G\varphi : G'\rightarrow G tel que φi=\varphi_i= pri∘φ_i\circ \varphi pour tout i∈Ii\in I.

5) Soit ((Gi)i∈I,(φi,j)i≺j)((G_i)_{i\in I},(\varphi_{i,j})_{i\prec j}) un système inductif de groupoïdes, indexé par un ensemble préordonné filtrant à droite (I,≺)(I,\prec ), les φi,j\varphi_{i,j} étant des morphismes de groupoïdes. Soit G le carquois dont l’ensemble des sommets est lim⟶i\longrightarrow_i Som(Gi_i), l’ensemble des flèches est lim⟶i\longrightarrow_i Fl(Gi_i), les applications origine et terme étant les applications lim⟶ioGi\longrightarrow_io_{G_i} et lim⟶itGi\longrightarrow_it_{G_i} respectivement. Les lois de composition des GiG_i induisent une loi de composition dans G qui en fait un groupoïde (cf. A, I, p. 114). Les applications canoniques Som(Gi_i)→\rightarrow Som(G) et Fl(Gi_i)→\rightarrow Fl(G) définissent un morphisme de groupoïdes φi\varphi_i de GiG_i dans G. Si i,ji,j sont des éléments de I tels que i≺ji\prec j, on a φj∘φi,j=φi\varphi_j\circ \varphi_{i,j}=\varphi_i. Le groupoïde G est appelé la limite inductive de la famille des groupoïdes GiG_i et est noté lim⟶iGi\longrightarrow_iG_i. Il vérifie la propriété universelle suivante : pour tout groupoïde H et toute famille (ψi)i∈I(\psi_i)_{i\in I}, où, pour i∈I,ψi:Gi→Hi\in I,\psi_i: G_i\rightarrow H est un morphisme de groupoïdes, telle que ψj∘φi,j=ψi\psi_j\circ \varphi_{i,j}=\psi_i pour tout couple (i,j)(i, j) d’éléments de I tels que i≺ji\prec j, il existe un unique morphisme de groupoïdes ψ:G→H\psi : G\rightarrow H tel que ψi=ψ∘φi\psi_i=\psi \circ \varphi_i.

Pour l’existence d’un groupoïde vérifiant cette propriété universelle lorsque l’on ne suppose pas que l’ensemble I est filtrant à droite, cf. II, p. 228, exerc. 3.

6. Sous-groupoïdes

Définition 5 01T6

Soit C une catégorie. Une sous-catégorie de C est un sous-carquois D de C satisfaisant aux conditions suivantes :

(i) Pour tout sommet aa de D,ea,e_a est une flèche de D ;

(ii) Pour tout couple composable (f,g)(f, g) de flèches de C appartenant à D, le produit fgf g est une flèche de D;

Soit C une catégorie et soit D une sous-catégorie de D; muni de la loi de composition déduite de celle de C par passage aux sous-ensembles, D est une catégorie.

Tout sous-carquois plein de C est une sous-catégorie de C. L’intersection d’une famille de sous-catégories de C est une sous-catégorie de C.

Définition 6 01T7

Soit G un groupoïde. Un sous-groupoïde de G est une sous-catégorie H de G telle que l’inverse de toute flèche de G appartenant à H soit une flèche de H.

Soit G un groupoïde. Tout sous-groupoïde de G est un groupoïde. Tout sous-carquois plein de G est un sous-groupoïde de G. L’intersection d’une famille de sous-groupoïdes de G est un sous-groupoïde de G.

Soit H un sous-carquois de G. L’intersection des sous-groupoïdes de G dont H est un sous-carquois s’appelle le sous-groupoïde de G engendré par H. L’ensemble de ses sommets est égal à celui de H et ses orbites sont les composantes connexes de H.

Exemple 1 01T8

Soit X un ensemble ; notons X×XX\times X le groupoïde des couples de X (II, p. 163, exemple 2). Soit R une relation d’équivalence dans X. Le sous-carquois du groupoïde X×XX\times X dont l’ensemble des sommets est X et dont l’ensemble des flèches est le graphe de la relation d’équivalence R est un sous-groupoïde de X×XX\times X. Ses orbites sont les classes d’équivalence de la relation R.

Inversement, tout sous-groupoïde de X×XX\times X dont l’ensemble des sommets est X est de cette forme.

Soient X et S des ensembles et soit p:X→p: X\rightarrow S une application. L’application pp définit une relation d’équivalence dans X (E, II, p. 41). On note X×SXX\times_SX le sous-groupoïde de X×XX\times X défini par cette relation d’équivalence et on l’appelle le groupoïde des couples de (X,p)(X, p).

Exemple 2 01T9

Soient G et G′G' des groupoïdes, soient φ\varphi et ψ\psi des morphismes de groupoïdes de G dans G′G'. L’égalisateur de φ\varphi et ψ(\psi (cf. II, p. 153) est un sous-groupoïde de G.

Exemple 3 01TA

Soient X un ensemble et Γ un groupe. Notons X×Γ×XX\times \Gamma \times X le carquois dont l’ensemble des sommets est X, l’ensemble des flèches est X×Γ×XX\times \Gamma \times X, les applications origine et terme étant respectivement pr1_1 et pr3_3. Muni de la loi de composition (x,γ,x′)⋅(x′,γ′,x′′)=(x,γγ′,x′′)(x, \gamma , x')\cdot (x', \gamma ', x'') = (x, \gamma \gamma ', x''), c’est un groupoïde. C’est d’ailleurs le groupoïde déduit par transport de structure du groupoïde (X×X)×Γ(X\times X)\times \Gamma, produit du groupoïde des couples X×XX\times X et du groupoïde associé au groupe Γ (II, p. 163, exemple 1), au moyen de la bijection (x,x′,γ)↦(x,γ,x′)(x, x', \gamma )\mapsto (x, \gamma , x') de X×X×ΓX\times X\times \Gamma dans X×Γ×XX\times \Gamma \times X.

Soit m:X×Γ→Xm: X\times \Gamma \rightarrow X une opération (à droite) du groupe Γ sur X. Le graphe F de l’application mm, c’est-à-dire l’ensemble des triplets (x,γ,x′)∈X×Γ×X(x, \gamma , x')\in X\times \Gamma \times X tels que x′=xγx'=x\gamma, est l’ensemble des flèches d’un unique sous-groupoïde G de X×Γ×XX\times \Gamma \times X. Les orbites de ce groupoïde sont les orbites de Γ dans X ; si x∈Xx\in X, le groupe d’isotropie de G en xx est l’ensemble des (x,γ,x)(x, \gamma , x), où γ\gamma décrit le fixateur de xx dans Γ.

Inversement, tout sous-groupoïde G du groupoïde X×Γ×XX\times \Gamma \times X tel que l’application (pr1_1, pr2_2) de Fl(G) dans X×ΓX\times \Gamma soit une bijection est de cette forme.

Exemple 4 01TB

Soit G un groupoïde, soit X un ensemble et soit φ:X→\varphi : X\rightarrow Som(G) une application. Définissons un carquois G′G' de la façon suivante. L’ensemble Som(G′') est l’ensemble X ; pour tout couple (x,y)(x, y) d’éléments de X, l’ensemble Flx,y(G′)_{x,y}(G') est l’ensemble des triplets (x,f,y)∈X×(x, f, y)\in X\times Fl(G) ×X\times X, où ff est un élément de Flφ(x),φ(y)(G)_{\varphi(x),\varphi(y)}(G). Soient x,y,zx,y,z des éléments de X,f∈,f\in Flφ(x),φ(y)(G)_{\varphi(x),\varphi(y)}(G) et g∈g\in Flφ(y),φ(z)(G)_{\varphi(y),\varphi(z)}(G) des flèches de G, on pose (x,f,y)⋅(y,g,z)=(x,fg,z)(x, f, y)\cdot (y, g, z) = (x, f g, z). Cela définit une loi de composition dans le carquois G′G' qui en fait un groupoïde. On l’appelle groupoïde image réciproque du groupoïde G par l’application φ\varphi et on le note φ∗(G)\varphi^*(G).

Le couple (φ,ψ)(\varphi , \psi ), où ψ:\psi : Fl(φ∗(G)\varphi^*(G))→\rightarrow Fl(G) est l’application définie par (x,f,y)↦f(x, f, y)\mapsto f est un morphisme de groupoïdes de φ∗(G)\varphi^*(G) dans G, appelé morphisme canonique.

Exemple 5 01TC

Soit φ:G→G′\varphi : G\rightarrow G' un morphisme de groupoïdes. Soit H le sous-carquois de G d’ensemble de sommets Som(G) et dont l’ensemble des flèches est formé des f∈f\in Fl(G) tels que φ(f)\varphi (f) soit un élément neutre de G′G'. Pour tout a∈a\in Som(G),ea∈Ha,a,e_a\in H_{a,a}. Pour tout f∈f\in Fl(H), φ(f−1)=φ(f)−1\varphi (f^{-1}) =\varphi (f)^{-1} donc f−1∈f^{-1}\in Fl(H). De plus, si ff et gg sont des flèches composables de H, on a φ(fg)=φ(f)φ(g)=et(φ(f))eo(φ(g))=\varphi (f g) =\varphi (f)\varphi (g) =e_{t(\varphi(f))}e_{o(\varphi(g))}= et(φ(f))e_{t(\varphi(f))}, donc fgf g est une flèche de H. Cela démontre que H est un sous-groupoïde de G. On l’appelle le noyau de φ\varphi et on le note Ker(φ\varphi ).

Exemple 6 01TD

Soit φ:G→G′\varphi : G\rightarrow G' un morphisme de groupoïdes. Le carquois φ(G)\varphi (G) dont l’ensemble des sommets est φ\varphi(Som(G)) et dont l’ensemble des flèches est φ\varphi(Fl(G)) n’est en général pas un sous-groupoïde de G′G'. C’est néanmoins le cas si l’application Som(φ\varphi ) est injective (II, p. 225, exerc. 5).

7. Opérations d’un groupoïde

Soit G un groupoïde ; notons S l’ensemble de ses sommets. Soit X un ensemble et soit p:X→Sp: X\rightarrow S une application. Une opération (à droite) φ\varphi du groupoïde G sur l’ensemble X, relativement à pp, est un morphisme de groupoïdes φ\varphi de G dans le groupoïde B(X,p)\mathscr{B}(X, p) des permutations de l’ensemble X relativement à p(p(II, p. 163) qui induit l’identité sur l’ensemble des sommets. En d’autres termes, φ\varphi est la donnée, pour tout couple (a,b)(a, b) de points de S et pour toute flèche g∈Gg\in G reliant aa à bb, d’une application φ(g):Xa→Xb\varphi (g): X_a\rightarrow X_b, telle que l’on ait, pour tout couple (f,g)(f, g) de flèches composables de G,

φ(fg)=φ(g)∘φ(f) \varphi (f g) =\varphi (g)\circ \varphi (f)

et telle que, pour tout a∈S,φ(ea)a\in S,\varphi (e_a) soit l’identité de XaX_a.

Soient φ\varphi et φ′\varphi ' des opérations du groupoïde G sur un ensemble X, relativement à une application p:X→Sp: X\rightarrow S. Pour que l’on ait φ=φ′\varphi =\varphi ', il suffit qu’il existe un sous-carquois H de G, engendrant G, tel que φ(f)=φ′(f)\varphi (f) =\varphi '(f) pour tout f∈f\in Fl(H). En effet, l’ensemble des flèches ff de G telles que φ(f)=φ′(f)\varphi (f) =\varphi '(f) est l’ensemble des flèches d’un sous-groupoïde de G, d’ensemble de sommets S.

Soit G un groupoïde d’ensemble de sommets S, soit X un ensemble, soit p:X→Sp: X\rightarrow S une application et soit φ\varphi une opération de G sur X relativement à pp. Soit GφG_{\varphi} le sous-carquois de p∗(G)p^*(G) dont l’ensemble des sommets est X et dont l’ensemble des flèches est l’ensemble des triplets (x,f,y)∈X×(x, f, y)\in X\times Fl(G) ×X\times X tels que φ(f)(x)=y\varphi (f)(x) =y. C’est un sous-groupoïde de p∗(G)p^*(G).

Inversement, soit Γ un sous-groupoïde de p∗(G)p^*(G); supposons que l’application (x,f,y)↦(x,f)(x, f, y)\mapsto (x, f) de Fl(Γ) dans X×X\times Fl(G) soit injective et que son image soit l’ensemble des couples (x,f)(x, f) tels que p(x)=o(f)p(x) =o(f). Il existe alors une unique opération φ\varphi du groupoïde G sur X telle que l’on ait Γ=Gφ\Gamma = G_{\varphi}.

Les orbites du groupoïde GφG_{\varphi} s’appellent les orbites de l’opération de G sur X. Par définition, ce sont les classes d’équivalence de la relation dans X donnée par R{x,y}R\{x, y\} si et et seulement s’il existe f∈f\in Fl(G) telle que φ(f)(x)=y\varphi (f)(x) =y.

Exemple 1 01TE

Soit G un groupe, soit G\mathscr{G} le groupoïde associé à G (II, p. 163, exemple 1). Si X est un ensemble, une opération (à droite) du groupoïde G\mathscr{G} sur X n’est autre qu’une opération (à droite) du groupe G sur X. En outre, les orbites de l’opération de G\mathscr{G} coïncident avec celles du groupe G.

Exemple 2 01TF

Soit G=(S,F,o,t)G = (S,F, o, t) un groupoïde. Il existe une unique opération de G sur l’ensemble S, relativement à IdS_S. Elle est donnée par φ(f)(a)=b\varphi (f)(a) =b si f∈Ga,bf\in G_{a,b}. Les orbites pour cette opération sont les orbites de G au sens défini p. 162.

Soit G un groupoïde, soit S l’ensemble de ses sommets, soit X un ensemble et soit p:X→Sp: X\rightarrow S une application. Soit φ\varphi une opération de G sur X relativement à pp. On dit que le groupoïde G opère sans monodromie sur X, si pour tout point a∈Sa\in S et tout élément f∈Ga,φ(f)f\in G_a,\varphi (f) est l’identité de XaX_a. Si le groupoïde G est transitif, il suffit qu’il en soit ainsi pour un point de S.

Soit aa un point de S et supposons que l’on ait φ(f)=\varphi (f) = IdXa_{X_a} pour tout f∈Gaf\in G_a. Soit bb un point de S appartenant à l’orbite de aa et soit gg une flèche de G reliant aa à bb. Pour tout f∈Gbf\in G_b, Int(gg)(f)=gfg−1(f) =gf g^{-1} est un élément de GaG_a; on a donc IdXa=φ(gfg−1)=φ(g)φ(f)φ(g)−1_{X_a}=\varphi (gf g^{-1}) =\varphi (g)\varphi (f)\varphi (g)^{-1}, si bien que φ(f)=\varphi (f) = IdXb_{X_b}. Soit bb un point de S appartenant à l’orbite de aa et soient g,g′g,g' des flèches de G reliant aa à bb; alors g′g−1g'g^{-1} est un lacet en aa, d’où φ(g′g−1)=\varphi (g'g^{-1}) = IdXa_{X_a} et φ(g)=φ(g′)\varphi (g) =\varphi (g').

8. Sous-groupoïdes distingués ; quotients de groupoïdes

Définition 7 01TG

Soit G un groupoïde. On dit qu’un sous-groupoïde H de G est distingué si Som(H) = Som(G) et si pour tout couple (a,b)(a, b) de sommets de H et toute flèche f∈Ga,bf\in G_{a,b}, on a Int(ff)(Hb)=Ha(H_b) = H_a.

Soit G un groupoïde et soit H un sous-groupoïde de G dont l’ensemble des sommets est égal à Som(G). Pour vérifier que H est distingué, il suffit de démontrer que fHbf−1⊂HafH_bf^{-1}\subset H_a pour tout a∈a\in Som(G), tout b∈b\in Som(G) et tout f∈Ga,bf\in G_{a,b}. En effet, s’il en est ainsi, on a aussi f−1Haf⊂Hbf^{-1}H_af\subset H_b pour toute flèche f∈Gb,af\in G_{b,a}, c’est-à-dire Ha⊂fHbf−1H_a\subset fH_bf^{-1}, et, par suite, fHbf−1=HafH_bf^{-1}= H_a.

Soit G un groupoïde et soit H un sous-groupoïde distingué de G. Pour tout sommet aa de G, le sous-groupe HaH_a de GaG_a est un sous-groupe distingué de GaG_a.

Soit φ:G→G′\varphi : G\rightarrow G' un morphisme de groupoïdes. Le noyau de φ(\varphi (II, p. 166, exemple 5) est un sous-groupoïde distingué de G. En effet, soit ff une flèche dans G reliant aa à bb et soit g∈g\in Ker(φ\varphi )b_b; on a alors φ(fgf−1)=φ(f)φ(g)φ(f−1)=φ(f)eφ(b)φ(f)−1=eφ(a)\varphi (f gf^{-1}) =\varphi (f)\varphi (g)\varphi (f^{-1}) =\varphi (f)e_{\varphi(b)}\varphi (f)^{-1}=e_{\varphi(a)}, d’où l’inclusion ffKer(φ\varphi )bf−1⊂_bf^{-1}\subset Ker(φ\varphi )a_a.

Soit G un groupoïde. Le groupoïde G et le sous-groupoïde de G dont l’ensemble des flèches est l’ensemble des éléments neutres de G sont des sous-groupoïdes distingués de G. L’intersection d’une famille de sous-groupoïdes distingués de G est un sous-groupoïde distingué de G. En particulier, pour toute partie F⊂F\subset Fl(G), il existe un plus petit sous-groupoïde distingué de G dont l’ensemble des flèches contient F. On l’appelle le sous-groupoïde distingué engendré par F.

Soit H un sous-groupoïde distingué de G. Soit R\mathscr{R} la relation d’équivalence dans Fl(G) définie par R{f,g}\mathscr{R}\{f, g\} si et seulement s’il existe des flèches xx et yy dans Fl(H) telles que f=xgyf=xgy. Si ff et gg sont des flèches de G équivalentes modulo R\mathscr{R}, leurs origines (resp. leurs termes) appartiennent à la même orbite de H. Posons F′=F'= Fl(G)/R/\mathscr{R} et notons o′o' et t′t' les applications de F′F' dans Orb(H) déduites de oo et tt par passage aux quotients. Notons G/HG/H le carquois (Orb(H),F′,o′,t′,F', o', t').

Lemme 01TH

Étant données des flèches composables uu et vv de G/HG/H, on peut choisir des représentants ff et gg de uu et vv dans Fl(G) qui soient composables. La classe modulo R\mathscr{R} du produit fgf g ne dépend pas du choix de ff et gg.

Soient ff et gg des représentants arbitraires de uu et vv dans Fl(G). Le terme de ff et l’origine de gg appartiennent à une même orbite de H, donc peuvent être reliées par une flèche xx de H (II, p. 162, prop. 1). Les flèches fxf x et gg sont alors des représentants de uu et vv dans F qui sont composables dans G. Cela prouve la première assertion.

Soient maintenant f,gf,g d’une part, et f′,g′f',g' d’autre part, des représentants de uu et vv qui sont composables dans G. Par hypothèse, il existe des flèches x,y,z,tx,y,z,t dans H telles que l’on ait f′=xfyf'=xf y et g′=zgtg'=zgt. On a alors yz∈Ht(f)yz\in H_{t(f)} et f′g′=xfyzgt=xf(yz)f−1fgtf'g'=xf yzgt=xf(yz)f^{-1}f gt. Comme H est un sous-groupoïde distingué de G, la flèche f(yz)f−1f(yz)f^{-1} est une flèche de H. Il en est donc de même de la flèche xf(yz)f−1xf(yz)f^{-1}, ce qui démontre que f′g′f'g' et fgf g sont équivalentes modulo R\mathscr{R}.

En vertu de ce lemme, il existe une unique loi de composition mm dans le carquois G/HG/H telle que, pour tout couple (u,v)(u, v) de flèches composables, m(u,v)m(u, v) soit la classe modulo R\mathscr{R} du produit fgf g, pour tout couple (f,g)(f, g) de flèches composables de G tel que uu soit la classe de ff et vv celle de gg. Muni de cette loi de composition, G/HG/H est un groupoïde. Soient p1:p_1: Som(G) →\rightarrow Som(G/H/H) et p2:p_2: Fl(G) →\rightarrow Fl(G/H/H) les surjections canoniques. Le couple p=(p1,p2)p= (p_1, p_2), est un morphisme de groupoïdes de G dans G/HG/H dont le noyau est le sous-groupoïde distingué H.

Définition 8 01TI

On dit que G/HG/H est le groupoïde quotient de G par H et que p:G→G/Hp: G\rightarrow G/H est le morphisme canonique.

Remarque 1 01TJ

L’application Som(pp) définit, par passage aux quotients, une bijection de l’ensemble des orbites de G sur l’ensemble des orbites de G/HG/H. En particulier, G est transitif si et seulement si G/HG/H l’est.

Remarque 2 01TK

Soient aa et bb des sommets de G. L’application de Ga,bG_{a,b} dans (G/H)p(a),p(b)(G/H)_{p(a),p(b)} déduite de pp est surjective. Soit en effet uu une flèche de G/HG/H reliant p(a)p(a) à p(b)p(b) ; c’est la classe modulo R\mathscr{R} d’une flèche ff de G. L’origine o(f)o(f) de ff appartient à l’orbite de aa dans H ; il existe donc une flèche xx dans H reliant aa à o(f)o(f). De même, il existe une flèche yy dans H qui relie t(f)t(f) à bb. Alors, f′=xfyf'=xf y est un élement de Ga,bG_{a,b} dont la classe modulo R\mathscr{R} est uu.

Proposition 2 01TL

Soit aa un sommet de G. L’homomorphisme de groupes pa:Ga→(G/H)p(a)p_a: G_a\rightarrow (G/H)_{p(a)} déduit de pp par passage aux groupes d’isotropie est surjectif ; son noyau est HaH_a.

L’homomorphisme pap_a est surjectif en vertu de la remarque précédente. Son noyau contient HaH_a par construction du groupoïde G/HG/H. Soit ff un élément de GaG_a tel que pa(f)=ep(a)p_a(f) =e_{p(a)}. Cela signifie que ff et eae_a sont équivalents modulo R\mathscr{R}; il existe alors des flèches xx et yy de H telles que f=xeayf=xe_ay. Nécessairement, xx et yy appartiennent à HaH_a, d’où f∈Haf\in H_a.

Proposition 3 01TM

Soit G un groupoïde, soit H un sous-groupoïde distingué de G et soit p:G→G/Hp: G\rightarrow G/H le morphisme canonique. Soit φ:G→G′\varphi : G\rightarrow G' un morphisme de groupoïdes tel que H⊂H\subset Ker(φ\varphi ). Il existe un unique morphisme de groupoïdes φ‾:G/H→G′\overline{\varphi}: G/H\rightarrow G' tel que φ‾∘p=φ\overline{\varphi}\circ p=\varphi.

On dit que φ‾\overline{\varphi} est le morphisme de groupoïdes déduit de φ\varphi par passage au quotient.

L’unicité d’un tel morphisme est évidente, car les applications Som(pp) et Fl(pp) sont surjectives.

Soient aa et bb des sommets de G. S’ils sont dans la même orbite de H, il existe une flèche ff reliant aa à bb dans H et l’on a φ(f)=eφ(a)\varphi (f) =e_{\varphi(a)}. En particulier, φ(a)=φ(b)\varphi (a) =\varphi (b). Par suite, l’application Som(φ\varphi ) définit, par passage au quotient, une application φ‾1:\overline{\varphi}_1: Orb(H) →\rightarrow Som(G′'). Soient ff et gg des flèches dans G. Si ff et gg sont équivalentes modulo R\mathscr{R}, il existe des flèches xx et yy dans H telles que ff = xgyxgy. Par suite, φ(f)=φ(x)φ(g)φ(y)=φ(g)\varphi (f) =\varphi (x)\varphi (g)\varphi (y) =\varphi (g) puisque φ(x)\varphi (x) et φ(y)\varphi (y) sont des éléments neutres. L’application Fl(φ\varphi ) définit donc, par passage au quotient, une application φ‾2:\overline{\varphi}_2: Fl(G)/R→/\mathscr{R}\rightarrow Fl(G′').

Soient ff et gg des flèches de G qui sont composables ; notons uu et vv leurs classes dans Fl(G/H/H). On a φ‾2(uv)=φ(fg)=φ(f)φ(g)=\overline{\varphi}_2(uv) =\varphi (f g) =\varphi (f)\varphi (g) = φ‾2(u)φ‾2(v)\overline{\varphi}_2(u)\overline{\varphi}_2(v).

Le couple φ‾=(φ‾1,φ2)\overline{\varphi}= (\overline{\varphi}_1, \varphi_2) est un morphisme de groupoïdes de G/HG/H dans G′G' et l’on a φ‾∘p=φ\overline{\varphi}\circ p=\varphi.

9. Groupoïde des classes de chemins d’un graphe

Soit G un graphe. Notons ΩG\Omega_G la catégorie des chemins du carquois sous-jacent à G (II, p. 160, exemple 1). Considérons la relation d’équivalence R\mathscr{R} la plus fine dans Ch(G) telle que l’on ait :

(i) Pour tout couple (a,b)(a, b) de sommets de G et toute flèche ff dans G reliant aa à bb, les chemins (a,f,b,f‾,a)(a, f, b,\overline{f}, a) et eae_a sont équivalents modulo R\mathscr{R};

(ii) Si (c,d)(c, d) et (c′,d′)(c', d') sont des couples de chemins juxtaposables dans G tels que R{c,c′}\mathscr{R}\{c, c'\} et R{d,d′}\mathscr{R}\{d, d'\}, les chemins c∗dc*d et c′∗d′c'*d' sont équivalents modulo R\mathscr{R}.

Deux chemins équivalents modulo R\mathscr{R} ont même origine et même terme. Les applications oo et tt de Ch(G) dans Som(G) définissent, par passage au quotient, des applications o′o' et t′t' de Ch(G)/R/\mathscr{R} dans Som(G). Notons ϖG\varpi_G le carquois (Som(G), Ch(G)/R,o′,t′/\mathscr{R}, o', t'). Le couple φ\varphi formé de l’identité de Som(G) et de la projection canonique de Ch(G) sur Ch(G)/R/\mathscr{R} est un morphisme de carquois de ΩG\Omega_G dans ϖG\varpi_G. La juxtaposition des chemins dans Ch(G) définit, par passage aux quotients, une loi de composition dans ϖG\varpi_G.

Proposition 4 01TN

Muni de cette loi de composition, ϖG\varpi_G est un groupoïde.

Par construction, on a la relation φ(cc′)=φ(c)φ(c′)\varphi (cc') =\varphi (c)\varphi (c'), pour tout couple de chemins (c,c′)(c, c') juxtaposables dans G. Toute flèche de ϖG\varpi_G est de la forme φ(c)\varphi (c), où cc est un chemin dans G. Cela entraîne que la loi de composition de ϖG\varpi_G est associative et que φ(ea)\varphi (e_a) est un élément neutre en aa, pour tout sommet aa de ϖG\varpi_G. Il reste à démontrer que toute flèche de ϖG\varpi_G est inversible. Soit cc un chemin dans G et démontrons par récurrence sur la longueur de cc que l’on a φ(c)φ(c‾)=φ(eo(c))\varphi (c)\varphi (\overline{c}) =\varphi (e_{o(c)}). Cette égalité est vraie si cc est de longueur 0. Si cc est de longueur n⩾1n\geqslant 1, on peut écrire c=c1c2c=c_1c_2, avec c1c_1 de longueur 1 et c2c_2 de longueur n−1n-1. Alors, c‾=c2‾c1‾\overline{c}=\overline{c_2}\overline{c_1} et l’on a

φ(c)φ(c‾)=φ(c1)φ(c2)φ(c2‾)φ(c1‾)=φ(c1)φ(eo(c2))φ(c1‾)=φ(c1)φ(c1‾) \varphi (c)\varphi (\overline{c}) =\varphi (c_1)\varphi (c_2)\varphi (\overline{c_2})\varphi (\overline{c_1}) =\varphi (c_1)\varphi (e_{o(c_2)})\varphi (\overline{c_1}) =\varphi (c_1)\varphi (\overline{c_1})
=φ(c1c1‾)=φ(eo(c1)) =\varphi (c_1\overline{c_1}) =\varphi (e_{o(c_1)})

par définition de la relation R\mathscr{R}.

En appliquant cette égalité au chemin c‾\overline{c}, on voit que φ(c‾)φ(c)=\varphi (\overline{c})\varphi (c) = φ(et(c))\varphi (e_{t(c)}). Ainsi, φ(c)\varphi (c) est inversible, d’inverse φ(c‾)\varphi (\overline{c}).

Les classes d’équivalence de la relation R\mathscr{R} s’appellent les classes de chemins dans le graphe G ; le groupoïde ϖG\varpi_G s’appelle le groupoïde des classes de chemins du graphe G. Il a même ensemble de sommets que G et ses orbites sont les composantes connexes du graphe G.

Notons vv l’application qui, à une flèche ff de G, associe la classe du chemin (o(f),f,t(f))(o(f), f, t(f)) de G. Le couple jj = (IdSom(G),v_{Som(G)}, v) est un morphisme, dit canonique, de carquois de G dans ϖG\varpi_G. Son image engendre ϖG\varpi_G; pour toute flèche ff de G, on a j(f‾)=j(f)−1j(\overline{f}) =j(f)^{-1}.

Soient G et G′G' des graphes, soit φ:G→G′\varphi : G\rightarrow G' un morphisme de graphes. Notons j:G→ϖGj: G\rightarrow \varpi_G et j′:G′→ϖG′j': G'\rightarrow \varpi_{G'} les morphismes canoniques. Si c=(a0,f1,a1,...,an)c= (a_0, f_1, a_1, . . . , a_n) est un chemin dans G, la classe du chemin φ(c)=(φ(a0),φ(f1),φ(a1),...,φ(an))\varphi (c) = (\varphi (a_0), \varphi (f_1), \varphi (a_1), . . . , \varphi (a_n)) ne dépend que de la classe de cc. On définit ainsi par passage aux classes d’équivalence un morphisme de carquois ϖ(φ):ϖG→ϖG′\varpi (\varphi ):\varpi_G\rightarrow \varpi_{G'} tel que ϖ(φ)∘j=j′∘φ\varpi (\varphi )\circ j=j'\circ \varphi. C’est un morphisme de groupoïdes.

Proposition 5 01TO

Soit G un graphe ; notons jj le morphisme canonique de carquois de G dans ϖG\varpi_G. Soit φ\varphi un morphisme de carquois de G dans un groupoïde G′G' tel que φ(f‾)=φ(f)−1\varphi (\overline{f}) =\varphi (f)^{-1} pour toute flèche ff de G. Il existe alors un unique morphisme de groupoïdes φ′\varphi ' de ϖG\varpi_G dans G′G' tel que φ′∘j=φ\varphi '\circ j=\varphi.

On définit une application u:u: Ch(G) →\rightarrow Fl(G′') en posant, pour tout chemin c=(a0,f1,a1,...,fn,an)c= (a_0, f_1, a_1, . . . , f_n, a_n) dans G,u(c)=ea0φ(f1)...φ(fn),u(c) =e_{a_0}\varphi (f_1). . . \varphi (f_n). Pour tout couple (c,c′)(c, c') de chemins juxtaposables dans G, on a u(cc′)=u(cc') = u(c)u(c′)u(c)u(c'). L’application uu est compatible avec la relation d’équivalence R\mathscr{R} définie ci-dessus, d’où, par passage au quotient, une application u′:u': Ch(G)/R→/\mathscr{R}\rightarrow Fl(G′'). Posons alors φ′=\varphi '= (Som(φ\varphi ),u′, u'). C’est un morphisme de groupoïdes de ϖG\varpi_G dans G′G' tel que φ′∘j=φ\varphi '\circ j=\varphi.

Soit ψ\psi un morphisme de groupoïdes de ϖG\varpi_G dans G′G' tel que ψ∘j=φ\psi \circ j=\varphi. L’égalisateur de φ′\varphi ' et ψ\psi est un sous-groupoïde de ϖG\varpi_G qui contient j(G)j(G). Il est donc égal à ϖG\varpi_G, car ϖG\varpi_G est engendré par j(G)j(G), et l’on a ψ=φ′\psi =\varphi '.

Corollaire 1 01TP

Dans un graphe, toute classe de chemins contient un unique chemin sans aller-retour.

Soit G un graphe. Notons j:G→ϖGj: G\rightarrow \varpi_G le morphisme de carquois canonique.

L’existence, pour tout chemin cc de G, d’un chemin équivalent qui soit sans aller-retour est immédiate par récurrence sur la longueur de cc (cf. II, p. 157).

Soit A une orientation de G et soit G′G' le groupoïde associé au groupe libre F(A) construit sur A (II, p. 163, exemple 1). Soit ψ\psi le morphisme de carquois de G dans G′G' tel que, pour tout f∈A,ψ(f)f\in A,\psi (f) soit l’élément ff de F(A) et ψ(f‾)\psi (\overline{f}) soit l’élément f−1f^{-1} de F(A). Soit ψ′\psi ' l’unique morphisme de groupoïdes de ϖG\varpi_G dans G′G' tel que ψ′∘j=ψ\psi '\circ j=\psi.

Soient c,c′c,c' des chemins sans aller-retour équivalents modulo R\mathscr{R}. Ils ont même source et même but. Pour démontrer qu’ils sont égaux, il suffit de démontrer que les suites (f1,...,fn)(f_1, . . . , f_n) et (g1,...,gm)(g_1, . . . , g_m) de leurs flèches sont égales. L’image par ψ′\psi ' de la classe commune de cc et c′c' est égale à ψ(f1)...ψ(fn)\psi (f_1). . . \psi (f_n) et à ψ(g1)...ψ(gm)\psi (g_1). . . \psi (g_m). Or les termes des suites (ψ(f1),...,ψ(fn))(\psi (f_1), . . . , \psi (f_n)) et (ψ(g1),...,ψ(gm))(\psi (g_1), . . . , \psi (g_m)) appartiennent au sous-ensemble A∪A−1A\cup A^{-1} de F(A) et deux éléments consécutifs de ces suites ne sont pas inverses l’un de l’autre. D’après A, I, p. 84, prop. 7, ces deux suites sont égales. Il en résulte que les suites (f1,...,fn)(f_1, . . . , f_n) et (g1,...,gm)(g_1, . . . , g_m) sont égales, et donc que c=c′c=c', d’où l’unicité.

Corollaire 2 01TQ

Le morphisme canonique de G dans ϖG\varpi_G est injectif.

Cela résulte aussitôt du corollaire 1.

Corollaire 3 01TR

Soit G′G' un sous-graphe de G. Le morphisme de ϖG′\varpi_{G'} dans ϖG\varpi_G déduit de l’injection de G′G' dans G est injectif.

Notons ii le morphisme d’inclusion de G′G' dans G et ϖ(i)\varpi (i) le morphisme de ϖG′\varpi_{G'} dans ϖG\varpi_G qui s’en déduit. Les applications Som(ii) et Som(ϖ(i)\varpi (i)) coïncident. En outre, si cc est un chemin sans aller-retour dans G′G', le chemin i(c)i(c) est un chemin sans aller-retour dans G. L’assertion résulte donc du corollaire 1.

Corollaire 4 01TS

Un graphe non vide G est un arbre si et seulement si le groupoïde ϖG\varpi_G est simplement transitif.

Soit aa un point de G. D’après le corollaire 1, les propriétés suivantes sont équivalentes :

(i) Le groupe d’isotropie de ϖG\varpi_G en aa est réduit à l’élément neutre ;

(ii) Le seul lacet de G d’origine aa qui soit sans aller-retour est le lacet constant d’origine aa.

Le groupoïde ϖG\varpi_G est simplement transitif si et seulement s’il est transitif et s’il possède la propriété (i) pour tout aa. Le graphe G est un arbre si et seulement s’il est connexe et possède la propriété (ii) pour tout point aa. Comme les orbites de ϖG\varpi_G s’identifient aux composantes connexes de G, le corollaire en résulte.

10. Groupoïdes libres

Définition 9 01TT

Soit C un carquois. On appelle groupoïde libre construit sur C, et on note Grp(C), le groupoïde ϖC~\varpi_{\widetilde{C}} des classes de chemins du graphe C~\widetilde{C} associé à C.

L’ensemble des sommets de Grp(C) est égal à celui des sommets de C; les orbites de Grp(C) sont les composantes connexes de C.

Soit C un carquois non vide. D’après le corollaire 4, p. 174, le graphe C~\widetilde{C} associé à C est un arbre si et seulement si le groupoïde libre Grp(C) construit sur C est simplement transitif.

Le composé des morphismes de carquois canoniques i:C→C~i: C\rightarrow \widetilde{C} et j:C~→ϖCj:\widetilde{C}\rightarrow \varpi_C est un morphisme de carquois de C dans Grp(C) qu’on appelle le~\widetilde{e} morphisme canonique de C dans Grp(C). Notons-le θ\theta. Pour tout sommet aa de C, on a θ(a)=a\theta (a) =a. Si ff est une flèche de C,θ(f),\theta (f) est la classe du chemin (o(f),(f,1),t(f))(o(f),(f,1), t(f)) de C~\widetilde{C}. Le morphisme θ\theta est injectif (II, p. 174, cor. 2) et son image engendre le groupoïde Grp(C).

Soit φ:C→C′\varphi : C\rightarrow C' un morphisme de carquois. Notons θC\theta_C (resp. θC′\theta_{C'}) le morphisme canonique de C dans Grp(C) (resp. de C′C' dans Grp(C′')). Le morphisme ϖ(φ~)\varpi (\widetilde{\varphi}) est l’unique morphisme de groupoïdes ψ\psi de Grp(C) dans Grp(C′') tel que ψ∘θC=θC′∘φ\psi \circ \theta_C=\theta_{C'}\circ \varphi.

Proposition 6 01TU

Soit C un carquois, soit G un groupoïde et soit φ\varphi un morphisme de carquois de C dans G. Il existe un unique morphisme de groupoïdes φ′\varphi ' de Grp(C) dans G tel que φ′∘θC=φ\varphi '\circ \theta_C=\varphi.

Soit ψ\psi le morphisme de carquois de C~\widetilde{C} dans G tel que ψ(a)=φ(a)\psi (a) =\varphi (a) pour tout sommet aa de C et ψ(f,ε)=φ(f)ε\psi (f, \varepsilon ) =\varphi (f)^{\varepsilon} pour toute flèche ff de C et tout ε∈{−1,1}\varepsilon \in \{-1,1\}. On a ψ∘i=φ\psi \circ i=\varphi. D’après la proposition 5, p. 173, il existe un morphisme φ′\varphi ' de Grp(C) =ϖC=\varpi_C dans G tel que φ′∘j=ψ\varphi '\circ j=\psi. On a alors φ′∘θC=φ′∘j∘i=ψ∘i=~φ\varphi '\circ \theta_C=\varphi '\circ j\circ i=\psi \circ i\widetilde{=}\varphi. Comme dans la démonstration de la prop. 5, l’unicité de φ′\varphi ' résulte de ce que θC(C)\theta_C(C) engendre le groupoïde Grp(C).

Sous les hypothèses de la prop. 6, on dit parfois que φ′\varphi ' est le morphisme de groupoïdes de Grp(C) dans G prolongeant le morphisme de carquois φ\varphi.

Exemple 01TV

Soit C un carquois ayant un unique sommet ss et soit A l’ensemble de ses flèches. Le groupoïde Grp(C) est alors le groupoïde associé au groupe libre F(A) construit sur A. En effet, il possède un unique sommet ss et il résulte immédiatement de la prop. 6 que l’application canonique de A dans Grp(C)s_s déduite du morphisme canonique de C dans Grp(C) vérifie la propriété universelle des groupes libres (A, I, p. 85, prop. 8).

11. Contraction de flèches d’un groupoïde

Soit G un groupoïde et soit F une partie de l’ensemble des flèches de G. Soit H le sous-groupoïde distingué de G engendré par F. Le groupoïde G/HG/H est appelé groupoïde déduit de G par contraction de l’ensemble de flèches F et est noté G/FG/F. Si pp désigne le morphisme canonique de G dans G/FG/F, on a p(o(f))=p(t(f))p(o(f)) =p(t(f)) et p(f)=ep(o(f))p(f) =e_{p(o(f))} pour toute flèche f∈Ff\in F.

Ce morphisme vérifie la propriété universelle suivante.

Proposition 7 01TW

Pour tout morphisme de groupoïdes φ:G→G′\varphi : G\rightarrow G' qui applique toute flèche appartenant à F sur un élément neutre de G′G', il existe un unique morphisme de groupoïdes φ′:G/F→G′\varphi ': G/F\rightarrow G' tel que φ′∘p=φ\varphi '\circ p=\varphi.

Le noyau de φ\varphi est un sous-groupoïde distingué de G et l’ensemble de ses flèches contient F. Par définition, H est le plus petit sous-groupoïde distingué de G dont l’ensemble des flèches contient F; il est donc contenu dans le noyau de φ\varphi. La proposition résulte alors de II, p. 170, prop. 3.

Notons Γ le sous-carquois de G d’ensemble de sommets Som(G) et d’ensemble de flèches F. Les orbites de H s’identifient aux composantes connexes du carquois Γ. Par définition du quotient d’un groupoïde par un sous-groupoïde distingué, l’ensemble des sommets de G/FG/F s’identifie à l’ensemble des composantes connexes de Γ ; autrement dit, c’est l’ensemble quotient de Som(G) par la relation d’équivalence la plus fine telle que o(f)o(f) soit équivalent à t(f)t(f) pour toute flèche f∈Ff\in F.

L’application pp induit, par passage aux quotients, une bijection de l’ensemble des orbites de G sur l’ensemble des orbites de G/FG/F (II, p. 170, remarque 1).

Le but de ce no^o est de calculer les homomorphismes déduits de pp par passage aux groupes d’isotropie, ce qui revient, d’après la prop. 2 (II, p. 170), à calculer les groupes d’isotropie du sous-groupoïde H.

Proposition 8 01TX

Soit δ\delta le morphisme canonique du groupoïde libre Grp(Γ) dans G qui prolonge le morphisme injectif canonique de Γ dans G. Soit aa un sommet de G et soit A l’orbite de aa dans G. Pour tout b∈Ab\in A, soit fabf_{ab} une flèche de G reliant aa à bb. Le groupe d’isotropie HaH_a est le sous-groupe distingué de GaG_a engendré par les éléments Int(fabf_{ab})(δ(c))(\delta (c)), où bb parcourt l’ensemble A et cc parcourt les éléments de Grp(Γ)b_b.

Si xx et yy sont des sommets de G appartenant à la même orbite, avec x=a̸x=\not a, fixons en outre une flèche fxyf_{xy} de G qui relie xx à yy. Pour tout point xx de G, soit NxN_x le sous-groupe distingué de GxG_x engendré par les éléments Int(fxyf_{xy})(δ(c))(\delta (c)), où yy parcourt l’orbite de xx dans G et cc parcourt le groupe Grp(Γ)y_y. Pour tout f∈Gxyf\in G_{xy} et tout g∈Nyg\in N_y, on a fgf−1∈Nxf gf^{-1}\in N_x. Soit x∈x\in Som(G). On a δ\delta(Grp(Γ)x_x)⊂Nx\subset N_x, par définition de NxN_x. Par définition du groupoïde H,δ(f),\delta (f) est une flèche de H pour toute flèche ff de Grp(Γ) ; par suite, δ\delta(Grp(Γ)x_x) est contenu dans HxH_x. Comme H est un sous-groupoïde distingué de G, on a alors

Int(fxyf_{xy})(δ(c))∈(\delta (c))\in Int(fxyf_{xy})(Ny)⊂(N_y)\subset Int(fxyf_{xy})(Hy)⊂Hx(H_y)\subset H_x

pour tout y∈y\in Som(G), puis Nx⊂HxN_x\subset H_x.

Soient xx et yy des sommets de Γ. Posons Nx,y=∅N_{x,y}=\emptyset si xx et yy n’appartiennent pas à une même composante connexe de Γ. Dans le cas contraire, soient cc et c′c' des classes de chemins reliant xx à yy dans le graphe Γ~\widetilde{\Gamma} associé à Γ. Soit zz un sommet de G appartenant à l’orbite de yy et soit ℓ\ell un élément de Grp(Γ)z_z; dans le groupe GxG_x, on a l’égalité :

δ(c)fyzδ(ℓ)fyz−1δ(c′)−1 \delta (c)f_{yz}\delta (\ell )f_{yz}^{-1}\delta (c')^{-1}
=δ(c)fyzfxz−1(fxzδ(ℓ)fxz−1)fxzfyz−1δ(c)−1δ(c(c′)−1) =\delta (c)f_{yz}f_{xz}^{-1}(f_{xz}\delta (\ell )f_{xz}^{-1})f_{xz}f_{yz}^{-1}\delta (c)^{-1}\delta (c(c')^{-1})

La flèche δ(c(c′)−1)\delta (c(c')^{-1}) est la classe d’un lacet en xx dans le carquois Γ, donc appartient à NxN_x, de même que la flèche fxzδ(ℓ)fxz−1f_{xz}\delta (\ell )f_{xz}^{-1}. Comme δ(c)fyzfxz−1\delta (c)f_{yz}f_{xz}^{-1} appartient à GxG_x et que NxN_x est un sous-groupe distingué de GxG_x, il en résulte que δ(c)fyzδ(ℓ)fyz−1δ(c′)−1\delta (c)f_{yz}\delta (\ell )f_{yz}^{-1}\delta (c')^{-1} appartient à NxN_x. Par conséquent, δ(c)Ny⊂Nxδ(c′)\delta (c)N_y\subset N_x\delta (c'). Par symétrie, on a δ(c)Ny=Nxδ(c′)\delta (c)N_y= N_x\delta (c'). Cela entraîne que cet ensemble ne dépend pas des choix de cc et c′c'; on le note Nx,yN_{x,y}.

Soit N le sous-carquois de G dont l’ensemble des sommets est Som(G) et dont l’ensemble des flèches reliant xx à yy est égal à Nx,yN_{x,y} pour tout couple (x,y)(x, y) de sommets de G. C’est un sous-groupoïde distingué de G dont l’ensemble des flèches contient F; par suite, H est un sous-groupoïde de N. En particulier, Ha⊂NaH_a\subset N_a, d’où l’égalité.

Corollaire 1 01TY

Supposons de plus que, pour toute flèche ff de F, on ait o(f)=t(f)o(f) =t(f). Alors, l’origine et le terme de tout chemin dans le carquois Γ coïncident. Soit aa un sommet de G et soit A son orbite dans G. Pour tout élément cc de F dont l’origine bb appartient à A, fixons une flèche fcf_c de G reliant aa à bb et posons κ(c)=\kappa (c) = Int(fcf_c)(δ(c))=(\delta (c)) = fcδ(c)fc−1f_c\delta (c)f_c^{-1}.

Le groupe HaH_a est alors le sous-groupe distingué de GaG_a engendré par les flèches κ(c)\kappa (c).

D’après la prop. 8, les flèches κ(c)\kappa (c) sont contenues dans le groupe HaH_a. Notons NaN_a le plus petit sous-groupe distingué de GaG_a qui les contient. D’après cette proposition, il suffit de démontrer que, pour tout sommet bb de G appartenant à A, toute flèche fabf_{ab} reliant aa à bb dans G et tout élément cc de Grp(Γ)b_b, Int(fabf_{ab})(δ(c))(\delta (c)) appartient à NaN_a. Comme l’origine et le terme de chaque élément de F sont égaux, un lacet en un sommet bb dans le graphe Γ~\widetilde{\Gamma} est de la forme (b,(f1,ε1),b,...,(fn,εn),b)(b,(f_1, \varepsilon_1), b, . . . ,(f_n, \varepsilon_n), b), où pour tout i∈{1,...,n},fii\in \{1, . . . , n\},f_i est un élément de F d’origine bb et εi∈{−1,1}\varepsilon_i\in \{-1,1\}. On a

Int(fabf_{ab})(δ(c))=fabfc−1κ(f1)ε1...κ(fn)εnfcfab−1(\delta (c)) =f_{ab}f_c^{-1}\kappa (f_1)^{\varepsilon_1}. . . \kappa (f_n)^{\varepsilon_n}f_cf_{ab}^{-1}.

Comme fabfc−1∈Gaf_{ab}f_c^{-1}\in G_a, il en résulte que Int(fabf_{ab})(δ(c))(\delta (c)) appartient à NaN_a.

Corollaire 2 01TZ

Si le graphe associé au carquois Γ est une forêt, l’homomorphisme pap_a de GaG_a dans (G/F)p(a)(G/F)_{p(a)} est bijectif, pour tout sommet aa de G.

En effet, sous cette hypothèse, on a Grp(Γ)b={eb}_b=\{e_b\} pour tout sommet bb de G (corollaire 1 de II, p. 173). Il résulte alors de la proposition 8 que, pour tout sommet aa de G, le groupe HaH_a est réduit à l’élément neutre.

12. Groupe de Poincaré d’un graphe

Soit G un graphe. Soit aa un sommet de G; le groupe d’isotropie en aa du groupoïde Grp(G) est appelé groupe de Poincaré de G en aa et est noté π1(G,a)\pi_1(G, a). Soit cc une classe de chemins dans G, soient aa son origine et bb son terme. L’application Int(cc):π1(G,b)→π1(G,a):\pi_1(G, b)\rightarrow \pi_1(G, a) définie par c′↦cc′c−1c'\mapsto cc'c^{-1} est un isomorphisme de groupes. Soit φ:G→H\varphi : G\rightarrow H un morphisme de graphes. Notons θG:G→\theta_G: G\rightarrow Grp(G) et θH:H→\theta_H: H\rightarrow Grp(H) les morphismes canoniques. Si φ‾\overline{\varphi} désigne l’unique morphisme de groupoïdes Grp(G) →\rightarrow Grp(H) tel que φ‾∘θG=θH∘φ\overline{\varphi}\circ \theta_G=\theta_H\circ \varphi, l’homomorphisme de groupes φ‾a:π1(G,a)→π1(H,φ(a))\overline{\varphi}_a:\pi_1(G, a)\rightarrow \pi_1(H, \varphi (a)) est noté π1(φ,a)\pi_1(\varphi , a).

Soit G un graphe connexe, soit S une orientation de G et soit A un arbre orienté maximal de G (II, p. 157, prop. 1). Étant donnés des sommets aa et bb de G, il existe une unique classe de chemins γa,b\gamma_{a,b} dans le graphe A~\widetilde{A} associé à A qui relie aa à b(b(II, p. 174, cor. 4 de la prop. 5). Si a,ba,b et cc sont des sommets de G, on a γa,bγb,c=γa,c\gamma_{a,b}\gamma_{b,c}=\gamma_{a,c}, ces deux classes de chemins étant égales à l’unique classe de chemins reliant aa à cc dans A~\widetilde{A}.

Proposition 9 01U0

Soit aa un sommet de G. Il existe un unique homomorphisme λ\lambda du groupe libre F(S-Fl(A)) dans π1(G,a)\pi_1(G, a) tel que

λ(f)=γa,o(f)⋅f⋅γt(f),a(1) \lambda (f) =\gamma_{a,o(f)}\cdot f\cdot \gamma_{t(f),a} \tag{1}

pour f∈Sf\in S - Fl(A). L’homomorphisme λ\lambda est un isomorphisme de groupes.

Notons L le groupe F(S-Fl(A)). L’existence et l’unicité de l’homomorphisme λ:L→π1(G,a)\lambda : L\rightarrow \pi_1(G, a) vérifiant les relations (1) résulte de A, I, p. 85, prop. 8. Soit L\mathscr{L} le groupoïde associé au groupe L (II, p. 163, exemple 1) ; notons ss son unique sommet. Il existe un unique morphisme de groupoïdes μ:\mu: Grp(G) →L\rightarrow \mathscr{L} tel que μ(θG(f))=f\mu(\theta_G(f)) =f pour toute flèche f∈f\in S-Fl(A) et μ(θG(f))=es\mu(\theta_G(f)) =e_s pour toute flèche f∈f\in Fl(A) (II, p. 173, prop. 5). Pour f∈f\in S-Fl(A), on a μ(θG(f))=f\mu(\theta_G(f)) =f; l’homomorphisme μa∘λ\mu_a\circ \lambda est donc l’isomorphisme identique du groupe L (A, I, p. 85, prop. 8). Il en résulte que λ\lambda est injectif.

Soit ϖG/A\varpi_G/A le groupoïde déduit de ϖG\varpi_G par contraction des flèches de A et soit p:ϖG→ϖG/Ap:\varpi_G\rightarrow \varpi_G/A le morphisme de groupoïdes canonique. Il est surjectif et l’homomorphisme de groupes pap_a déduit de pp par passage aux groupes d’isotropie est un isomorphisme (II, p. 178, cor. 2 de la prop. 8). Comme le graphe G est supposé connexe et que A en est un arbre maximal, le groupoïde ϖG/A\varpi_G/A possède un unique sommet (II, p. 176). En outre, ϖG\varpi_G est engendré par θG(G)\theta_G(G) ; par suite, ϖG/A\varpi_G/A est engendré par les lacets p(f)p(f), pour f∈Sf\in S, et le groupe (ϖG/A)p(a)(\varpi_G/A)_{p(a)} est engendré par les éléments de la forme p(θG(f))p(\theta_G(f)), pour f∈f\in S-Fl(A). L’homomorphisme pa∘λp_a\circ \lambda est donc surjectif. Par suite, λ\lambda est surjectif.

Remarque 1 01U1

L’homomorphisme μa\mu_a est l’isomorphisme réciproque de λ\lambda.

Remarque 2 01U2

Il existe un unique homomorphisme λ:\lambda : F(Fl(G)) →π1(G,a)\rightarrow \pi_1(G, a) défini par les relations (1) pour tout f∈f\in Fl(G). Il résulte de la proposition 8 que l’homomorphisme λ\lambda est surjectif et que son noyau est le plus petit sous-groupe distingué de F(Fl(G)) contenant les éléments ff, pour f∈f\in Fl(A), et les éléments f⋅f‾f\cdot \overline{f}, pour f∈f\in Fl(G).

Exercices

See the exercises for § 3.

Transcrit du volume imprimé. Non traduit.