§ 3. Groupoïdes
1. Catégories
Définition 1 01SZ
Soit C un carquois. Notons J l’ensemble des couples de flèches de C tels que . Une loi de composition dans C est une application Fl(C) telle que, pour tout couple , l’origine de la flèche soit celle de et son terme celle de .
Soit C un carquois muni d’une loi de composition . Deux flèches et telles que sont dites composables ; la flèche s’appelle leur composée, ou leur produit, et se note souvent , voire .
Pour tout sommet de C, l’ensemble = Fl, muni de l’application déduite de par passage aux sous-ensembles, est un magma (A, I, p. 1, déf. 1).
On dit qu’une famille de flèches de C, indexée par un ensemble fini non vide totalement ordonné I, est composable si, pour tout couple d’éléments consécutifs de I, les flèches et sont composables. On définit le produit d’une telle famille par récurrence sur le cardinal de I de la façon suivante (cf. A, I, p. 3) :
(i) si I a un seul élément ;
(ii) si I a au moins deux éléments et si est le plus petit élément de I, on pose .
La loi de composition est dite associative si l’on a pour tout triplet composable de flèches de C. Lorsque la loi est associative, le produit d’une suite de flèches composables, où est un entier , se note .
Soit un sommet de C. On dit qu’une flèche est un élément neutre de en si l’on a pour toute flèche d’origine et pour toute flèche de terme . Il existe au plus un élément neutre de en si et en sont deux, on a . Lorsqu’un tel élément neutre existe, on le note souvent ; c’est alors un élément neutre du magma (A, I, p. 12).
Définition 2 01T0
Une catégorie est un carquois muni d’une loi de composition associative pour laquelle il existe en chaque sommet un élément neutre.
Exemple 1 01T1
Soit C un carquois. Notons Ch(C) l’ensemble des chemins dans C et Ch(C) Som(C) Ch(C) Som(C) les applications qui, à un chemin, associent son origine et son terme. Le quadruplet (Som(C), Ch(C)) est un carquois. Munissons-le de la loi de composition définie par la juxtaposition des chemins. Cette loi de composition est associative ; pour tout sommet de C, le lacet constant d’origine est un élément neutre en . Ainsi, est une catégorie. On dit que c’est la catégorie des chemins du carquois C.
Exemple 2 01T2
Soit Σ une espèce de structure dans une théorie plus forte que la théorie des ensembles et soit un terme de vérifiant les conditions (MO), (MO) et (MO) de E, IV, p. 11. Soit S un ensemble ; on suppose que tout élément de S est un couple , où est un ensemble et une structure d’espèce Σ sur . Soit F l’ensemble des applications telles qu’il existe et dans S de sorte que soit un -morphisme de , muni de la structure , dans , muni de la structure ; on pose alors et . Muni de la loi de composition donnée par , le carquois est une catégorie. Dans ce contexte, les éléments de S sont plutôt appelés objets.
Soit C une catégorie.
Pour tout sommet de C, l’ensemble , muni de la loi de composition , est un monoïde d’élément neutre .
On dit qu’une flèche de C est inversible s’il existe une flèche de C telle que et telle que et soient des éléments neutres en et respectivement. Une telle flèche est unique (si et , on a ) et est appelée inverse de ; l’inverse d’une flèche inversible est notée .
2. Foncteurs
Définition 3 01T3
Soient C et des catégories. On appelle foncteur de C dans un morphisme de carquois tel que pour tout couple de flèches composables de C.
Soient C et des catégories et soit un foncteur. Soient une flèche de C son origine et son terme ; alors, est une flèche de d’origine et de terme .
Soient C, des catégories et soient et des foncteurs. Alors, est un foncteur.
Soit C une catégorie. Alors le morphisme de carquois Id est un foncteur.
Soit un foncteur. Pour que soit un isomorphisme, il faut et il suffit que les applications Som( ) et Fl( ) soient bijectives.
Ainsi, si l’on appelle structure de catégorie sur des ensembles S et F la donnée d’une structure de carquois sur ces ensembles et d’une loi de composition associative pour laquelle il existe en chaque sommet un élément neutre, on peut prendre les foncteurs pour morphismes de la structure de catégorie (E, IV, p. 11).
3. Groupoïdes
Définition 4 01T4
Un groupoïde est une catégorie dont chaque flèche est inversible.
Soit G un groupoïde et soit un sommet de G. Le monoïde est un groupe, que l’on note et qu’on appelle le groupe d’isotropie de G en .
Soient des sommets de G et soit une flèche reliant à . L’application est un isomorphisme de groupes de dans , que l’on note Int(). Si et sont des flèches composables de G, on a Int() Int() Int() ; l’inverse de l’isomorphisme Int() est l’isomorphisme Int().
Un morphisme de groupoïdes est un morphisme de catégories. De plus, est un isomorphisme de groupoïdes si et seulement si c’est un isomorphisme de catégories.
Soit un morphisme de groupoïdes. Pour tout sommet de G, l’application de dans est un homomorphisme de groupes que l’on note . On a en particulier .
Pour toute flèche de G est l’inverse de . Si est une flèche de G reliant un sommet à un sommet , on a ainsi, pour tout élément , la relation Int()(Int()).
4. Orbites d’un groupoïde
Soit G un groupoïde. Les composantes connexes du carquois sous-jacent à G sont appelées orbites de G. L’ensemble des orbites de G est noté Orb(G); si est un morphisme de groupoïdes, l’application déduite de par passage aux composantes connexes des graphes associés est en général notée Orb( ) et appelée l’application déduite de par passage aux orbites.
Un groupoïde qui a exactement une orbite est dit transitif . Si G est un groupoïde transitif, les groupes , pour Som(G), sont isomorphes. On dit que le groupoïde G est simplement transitif s’il est transitif et si, de plus, les groupes d’isotropie sont tous réduits à leur élément neutre.
Proposition 1 01T5
Soit G un groupoïde. La relation « il existe une flèche de G reliant à » est une relation d’équivalence dans l’ensemble des sommets de G dont les classes d’équivalence sont les orbites de G.
Soient des sommets de G. On a ; si , ; si et , on a . Cela montre que la relation indiquée est réflexive, symétrique et transitive ; c’est donc une relation d’équivalence. La seconde assertion résulte alors de la définition des composantes connexes d’un carquois.
5. Exemples de groupoïdes
1) Soit G un groupe. Notons le carquois dont l’ensemble des sommets est réduit à un élément et dont l’ensemble des flèches est G. Muni de la loi de composition induite par celle de G est un groupoïde, appelé groupoïde associé au groupe G.
2) Soit X un ensemble. Soit G le carquois , pr, pr ; définissons une loi de composition dans G en posant , si sont des éléments de X. Cette loi est associative ; pour tout , est l’élément neutre en ; l’inverse de la flèche est la flèche . Le groupoïde ainsi défini est appelé groupoïde des couples de l’ensemble X. Si X n’est pas vide, il est simplement transitif.
3) Soient X et S des ensembles et soit une application. Pour , on note . Pour et dans S, soit l’ensemble des bijections de dans et soit G l’ensemble somme des ensembles . Soient et les applications de G dans S telles que et pour tout élément . Le quadruplet est un carquois. Munissons-le de la loi de composition définie par si et , où sont des points de S. C’est un groupoïde ; on le note et on l’appelle le groupoïde des permutations de X relativement à .
4) Soit une famille de groupoïdes. Notons G le carquois produit de la famille des carquois sous-jacents ; pour tout , soit pr le morphisme de carquois canonique. Il existe une unique loi de composition dans G pour laquelle G est un groupoïde et telle que, pour tout , pr soit un morphisme de groupoïdes. Soient et des flèches de G ; elles sont composables si et seulement si les flèches et sont composables, pour . On a alors .
Le carquois G, muni de cette loi de composition, est appelé le groupoïde produit de la famille . Il vérifie la propriété universelle suivante : pour tout groupoïde et toute famille , où est un morphisme de groupoïdes de dans , il existe un unique morphisme de groupoïdes tel que pr pour tout .
5) Soit un système inductif de groupoïdes, indexé par un ensemble préordonné filtrant à droite , les étant des morphismes de groupoïdes. Soit G le carquois dont l’ensemble des sommets est lim Som(G), l’ensemble des flèches est lim Fl(G), les applications origine et terme étant les applications lim et lim respectivement. Les lois de composition des induisent une loi de composition dans G qui en fait un groupoïde (cf. A, I, p. 114). Les applications canoniques Som(G) Som(G) et Fl(G) Fl(G) définissent un morphisme de groupoïdes de dans G. Si sont des éléments de I tels que , on a . Le groupoïde G est appelé la limite inductive de la famille des groupoïdes et est noté lim. Il vérifie la propriété universelle suivante : pour tout groupoïde H et toute famille , où, pour est un morphisme de groupoïdes, telle que pour tout couple d’éléments de I tels que , il existe un unique morphisme de groupoïdes tel que .
Pour l’existence d’un groupoïde vérifiant cette propriété universelle lorsque l’on ne suppose pas que l’ensemble I est filtrant à droite, cf. II, p. 228, exerc. 3.
6. Sous-groupoïdes
Définition 5 01T6
Soit C une catégorie. Une sous-catégorie de C est un sous-carquois D de C satisfaisant aux conditions suivantes :
(i) Pour tout sommet de D est une flèche de D ;
(ii) Pour tout couple composable de flèches de C appartenant à D, le produit est une flèche de D;
Soit C une catégorie et soit D une sous-catégorie de D; muni de la loi de composition déduite de celle de C par passage aux sous-ensembles, D est une catégorie.
Tout sous-carquois plein de C est une sous-catégorie de C. L’intersection d’une famille de sous-catégories de C est une sous-catégorie de C.
Définition 6 01T7
Soit G un groupoïde. Un sous-groupoïde de G est une sous-catégorie H de G telle que l’inverse de toute flèche de G appartenant à H soit une flèche de H.
Soit G un groupoïde. Tout sous-groupoïde de G est un groupoïde. Tout sous-carquois plein de G est un sous-groupoïde de G. L’intersection d’une famille de sous-groupoïdes de G est un sous-groupoïde de G.
Soit H un sous-carquois de G. L’intersection des sous-groupoïdes de G dont H est un sous-carquois s’appelle le sous-groupoïde de G engendré par H. L’ensemble de ses sommets est égal à celui de H et ses orbites sont les composantes connexes de H.
Exemple 1 01T8
Soit X un ensemble ; notons le groupoïde des couples de X (II, p. 163, exemple 2). Soit R une relation d’équivalence dans X. Le sous-carquois du groupoïde dont l’ensemble des sommets est X et dont l’ensemble des flèches est le graphe de la relation d’équivalence R est un sous-groupoïde de . Ses orbites sont les classes d’équivalence de la relation R.
Inversement, tout sous-groupoïde de dont l’ensemble des sommets est X est de cette forme.
Soient X et S des ensembles et soit S une application. L’application définit une relation d’équivalence dans X (E, II, p. 41). On note le sous-groupoïde de défini par cette relation d’équivalence et on l’appelle le groupoïde des couples de .
Exemple 2 01T9
Soient G et des groupoïdes, soient et des morphismes de groupoïdes de G dans . L’égalisateur de et cf. II, p. 153) est un sous-groupoïde de G.
Exemple 3 01TA
Soient X un ensemble et Γ un groupe. Notons le carquois dont l’ensemble des sommets est X, l’ensemble des flèches est , les applications origine et terme étant respectivement pr et pr. Muni de la loi de composition , c’est un groupoïde. C’est d’ailleurs le groupoïde déduit par transport de structure du groupoïde , produit du groupoïde des couples et du groupoïde associé au groupe Γ (II, p. 163, exemple 1), au moyen de la bijection de dans .
Soit une opération (à droite) du groupe Γ sur X. Le graphe F de l’application , c’est-à-dire l’ensemble des triplets tels que , est l’ensemble des flèches d’un unique sous-groupoïde G de . Les orbites de ce groupoïde sont les orbites de Γ dans X ; si , le groupe d’isotropie de G en est l’ensemble des , où décrit le fixateur de dans Γ.
Inversement, tout sous-groupoïde G du groupoïde tel que l’application (pr, pr) de Fl(G) dans soit une bijection est de cette forme.
Exemple 4 01TB
Soit G un groupoïde, soit X un ensemble et soit Som(G) une application. Définissons un carquois de la façon suivante. L’ensemble Som(G) est l’ensemble X ; pour tout couple d’éléments de X, l’ensemble Fl est l’ensemble des triplets Fl(G) , où est un élément de Fl. Soient des éléments de X Fl et Fl des flèches de G, on pose . Cela définit une loi de composition dans le carquois qui en fait un groupoïde. On l’appelle groupoïde image réciproque du groupoïde G par l’application et on le note .
Le couple , où Fl() Fl(G) est l’application définie par est un morphisme de groupoïdes de dans G, appelé morphisme canonique.
Exemple 5 01TC
Soit un morphisme de groupoïdes. Soit H le sous-carquois de G d’ensemble de sommets Som(G) et dont l’ensemble des flèches est formé des Fl(G) tels que soit un élément neutre de . Pour tout Som(G). Pour tout Fl(H), donc Fl(H). De plus, si et sont des flèches composables de H, on a , donc est une flèche de H. Cela démontre que H est un sous-groupoïde de G. On l’appelle le noyau de et on le note Ker( ).
Exemple 6 01TD
Soit un morphisme de groupoïdes. Le carquois dont l’ensemble des sommets est (Som(G)) et dont l’ensemble des flèches est (Fl(G)) n’est en général pas un sous-groupoïde de . C’est néanmoins le cas si l’application Som( ) est injective (II, p. 225, exerc. 5).
7. Opérations d’un groupoïde
Soit G un groupoïde ; notons S l’ensemble de ses sommets. Soit X un ensemble et soit une application. Une opération (à droite) du groupoïde G sur l’ensemble X, relativement à , est un morphisme de groupoïdes de G dans le groupoïde des permutations de l’ensemble X relativement à II, p. 163) qui induit l’identité sur l’ensemble des sommets. En d’autres termes, est la donnée, pour tout couple de points de S et pour toute flèche reliant à , d’une application , telle que l’on ait, pour tout couple de flèches composables de G,
et telle que, pour tout soit l’identité de .
Soient et des opérations du groupoïde G sur un ensemble X, relativement à une application . Pour que l’on ait , il suffit qu’il existe un sous-carquois H de G, engendrant G, tel que pour tout Fl(H). En effet, l’ensemble des flèches de G telles que est l’ensemble des flèches d’un sous-groupoïde de G, d’ensemble de sommets S.
Soit G un groupoïde d’ensemble de sommets S, soit X un ensemble, soit une application et soit une opération de G sur X relativement à . Soit le sous-carquois de dont l’ensemble des sommets est X et dont l’ensemble des flèches est l’ensemble des triplets Fl(G) tels que . C’est un sous-groupoïde de .
Inversement, soit Γ un sous-groupoïde de ; supposons que l’application de Fl(Γ) dans Fl(G) soit injective et que son image soit l’ensemble des couples tels que . Il existe alors une unique opération du groupoïde G sur X telle que l’on ait .
Les orbites du groupoïde s’appellent les orbites de l’opération de G sur X. Par définition, ce sont les classes d’équivalence de la relation dans X donnée par si et et seulement s’il existe Fl(G) telle que .
Exemple 1 01TE
Soit G un groupe, soit le groupoïde associé à G (II, p. 163, exemple 1). Si X est un ensemble, une opération (à droite) du groupoïde sur X n’est autre qu’une opération (à droite) du groupe G sur X. En outre, les orbites de l’opération de coïncident avec celles du groupe G.
Exemple 2 01TF
Soit un groupoïde. Il existe une unique opération de G sur l’ensemble S, relativement à Id. Elle est donnée par si . Les orbites pour cette opération sont les orbites de G au sens défini p. 162.
Soit G un groupoïde, soit S l’ensemble de ses sommets, soit X un ensemble et soit une application. Soit une opération de G sur X relativement à . On dit que le groupoïde G opère sans monodromie sur X, si pour tout point et tout élément est l’identité de . Si le groupoïde G est transitif, il suffit qu’il en soit ainsi pour un point de S.
Soit un point de S et supposons que l’on ait Id pour tout . Soit un point de S appartenant à l’orbite de et soit une flèche de G reliant à . Pour tout , Int() est un élément de ; on a donc Id, si bien que Id. Soit un point de S appartenant à l’orbite de et soient des flèches de G reliant à ; alors est un lacet en , d’où Id et .
8. Sous-groupoïdes distingués ; quotients de groupoïdes
Définition 7 01TG
Soit G un groupoïde. On dit qu’un sous-groupoïde H de G est distingué si Som(H) = Som(G) et si pour tout couple de sommets de H et toute flèche , on a Int().
Soit G un groupoïde et soit H un sous-groupoïde de G dont l’ensemble des sommets est égal à Som(G). Pour vérifier que H est distingué, il suffit de démontrer que pour tout Som(G), tout Som(G) et tout . En effet, s’il en est ainsi, on a aussi pour toute flèche , c’est-à-dire , et, par suite, .
Soit G un groupoïde et soit H un sous-groupoïde distingué de G. Pour tout sommet de G, le sous-groupe de est un sous-groupe distingué de .
Soit un morphisme de groupoïdes. Le noyau de II, p. 166, exemple 5) est un sous-groupoïde distingué de G. En effet, soit une flèche dans G reliant à et soit Ker( ); on a alors , d’où l’inclusion Ker( ) Ker( ).
Soit G un groupoïde. Le groupoïde G et le sous-groupoïde de G dont l’ensemble des flèches est l’ensemble des éléments neutres de G sont des sous-groupoïdes distingués de G. L’intersection d’une famille de sous-groupoïdes distingués de G est un sous-groupoïde distingué de G. En particulier, pour toute partie Fl(G), il existe un plus petit sous-groupoïde distingué de G dont l’ensemble des flèches contient F. On l’appelle le sous-groupoïde distingué engendré par F.
Soit H un sous-groupoïde distingué de G. Soit la relation d’équivalence dans Fl(G) définie par si et seulement s’il existe des flèches et dans Fl(H) telles que . Si et sont des flèches de G équivalentes modulo , leurs origines (resp. leurs termes) appartiennent à la même orbite de H. Posons Fl(G) et notons et les applications de dans Orb(H) déduites de et par passage aux quotients. Notons le carquois (Orb(H)).
Lemme 01TH
Étant données des flèches composables et de , on peut choisir des représentants et de et dans Fl(G) qui soient composables. La classe modulo du produit ne dépend pas du choix de et .
Soient et des représentants arbitraires de et dans Fl(G). Le terme de et l’origine de appartiennent à une même orbite de H, donc peuvent être reliées par une flèche de H (II, p. 162, prop. 1). Les flèches et sont alors des représentants de et dans F qui sont composables dans G. Cela prouve la première assertion.
Soient maintenant d’une part, et d’autre part, des représentants de et qui sont composables dans G. Par hypothèse, il existe des flèches dans H telles que l’on ait et . On a alors et . Comme H est un sous-groupoïde distingué de G, la flèche est une flèche de H. Il en est donc de même de la flèche , ce qui démontre que et sont équivalentes modulo .
En vertu de ce lemme, il existe une unique loi de composition dans le carquois telle que, pour tout couple de flèches composables, soit la classe modulo du produit , pour tout couple de flèches composables de G tel que soit la classe de et celle de . Muni de cette loi de composition, est un groupoïde. Soient Som(G) Som(G) et Fl(G) Fl(G) les surjections canoniques. Le couple , est un morphisme de groupoïdes de G dans dont le noyau est le sous-groupoïde distingué H.
Définition 8 01TI
On dit que est le groupoïde quotient de G par H et que est le morphisme canonique.
Remarque 1 01TJ
L’application Som() définit, par passage aux quotients, une bijection de l’ensemble des orbites de G sur l’ensemble des orbites de . En particulier, G est transitif si et seulement si l’est.
Remarque 2 01TK
Soient et des sommets de G. L’application de dans déduite de est surjective. Soit en effet une flèche de reliant à ; c’est la classe modulo d’une flèche de G. L’origine de appartient à l’orbite de dans H ; il existe donc une flèche dans H reliant à . De même, il existe une flèche dans H qui relie à . Alors, est un élement de dont la classe modulo est .
Proposition 2 01TL
Soit un sommet de G. L’homomorphisme de groupes déduit de par passage aux groupes d’isotropie est surjectif ; son noyau est .
L’homomorphisme est surjectif en vertu de la remarque précédente. Son noyau contient par construction du groupoïde . Soit un élément de tel que . Cela signifie que et sont équivalents modulo ; il existe alors des flèches et de H telles que . Nécessairement, et appartiennent à , d’où .
Proposition 3 01TM
Soit G un groupoïde, soit H un sous-groupoïde distingué de G et soit le morphisme canonique. Soit un morphisme de groupoïdes tel que Ker( ). Il existe un unique morphisme de groupoïdes tel que .
On dit que est le morphisme de groupoïdes déduit de par passage au quotient.
L’unicité d’un tel morphisme est évidente, car les applications Som() et Fl() sont surjectives.
Soient et des sommets de G. S’ils sont dans la même orbite de H, il existe une flèche reliant à dans H et l’on a . En particulier, . Par suite, l’application Som( ) définit, par passage au quotient, une application Orb(H) Som(G). Soient et des flèches dans G. Si et sont équivalentes modulo , il existe des flèches et dans H telles que = . Par suite, puisque et sont des éléments neutres. L’application Fl( ) définit donc, par passage au quotient, une application Fl(G) Fl(G).
Soient et des flèches de G qui sont composables ; notons et leurs classes dans Fl(G). On a .
Le couple est un morphisme de groupoïdes de dans et l’on a .
9. Groupoïde des classes de chemins d’un graphe
Soit G un graphe. Notons la catégorie des chemins du carquois sous-jacent à G (II, p. 160, exemple 1). Considérons la relation d’équivalence la plus fine dans Ch(G) telle que l’on ait :
(i) Pour tout couple de sommets de G et toute flèche dans G reliant à , les chemins et sont équivalents modulo ;
(ii) Si et sont des couples de chemins juxtaposables dans G tels que et , les chemins et sont équivalents modulo .
Deux chemins équivalents modulo ont même origine et même terme. Les applications et de Ch(G) dans Som(G) définissent, par passage au quotient, des applications et de Ch(G) dans Som(G). Notons le carquois (Som(G), Ch(G)). Le couple formé de l’identité de Som(G) et de la projection canonique de Ch(G) sur Ch(G) est un morphisme de carquois de dans . La juxtaposition des chemins dans Ch(G) définit, par passage aux quotients, une loi de composition dans .
Proposition 4 01TN
Muni de cette loi de composition, est un groupoïde.
Par construction, on a la relation , pour tout couple de chemins juxtaposables dans G. Toute flèche de est de la forme , où est un chemin dans G. Cela entraîne que la loi de composition de est associative et que est un élément neutre en , pour tout sommet de . Il reste à démontrer que toute flèche de est inversible. Soit un chemin dans G et démontrons par récurrence sur la longueur de que l’on a . Cette égalité est vraie si est de longueur 0. Si est de longueur , on peut écrire , avec de longueur 1 et de longueur . Alors, et l’on a
par définition de la relation .
En appliquant cette égalité au chemin , on voit que . Ainsi, est inversible, d’inverse .
Les classes d’équivalence de la relation s’appellent les classes de chemins dans le graphe G ; le groupoïde s’appelle le groupoïde des classes de chemins du graphe G. Il a même ensemble de sommets que G et ses orbites sont les composantes connexes du graphe G.
Notons l’application qui, à une flèche de G, associe la classe du chemin de G. Le couple = (Id) est un morphisme, dit canonique, de carquois de G dans . Son image engendre ; pour toute flèche de G, on a .
Soient G et des graphes, soit un morphisme de graphes. Notons et les morphismes canoniques. Si est un chemin dans G, la classe du chemin ne dépend que de la classe de . On définit ainsi par passage aux classes d’équivalence un morphisme de carquois tel que . C’est un morphisme de groupoïdes.
Proposition 5 01TO
Soit G un graphe ; notons le morphisme canonique de carquois de G dans . Soit un morphisme de carquois de G dans un groupoïde tel que pour toute flèche de G. Il existe alors un unique morphisme de groupoïdes de dans tel que .
On définit une application Ch(G) Fl(G) en posant, pour tout chemin dans G. Pour tout couple de chemins juxtaposables dans G, on a . L’application est compatible avec la relation d’équivalence définie ci-dessus, d’où, par passage au quotient, une application Ch(G) Fl(G). Posons alors (Som( )). C’est un morphisme de groupoïdes de dans tel que .
Soit un morphisme de groupoïdes de dans tel que . L’égalisateur de et est un sous-groupoïde de qui contient . Il est donc égal à , car est engendré par , et l’on a .
Corollaire 1 01TP
Dans un graphe, toute classe de chemins contient un unique chemin sans aller-retour.
Soit G un graphe. Notons le morphisme de carquois canonique.
L’existence, pour tout chemin de G, d’un chemin équivalent qui soit sans aller-retour est immédiate par récurrence sur la longueur de (cf. II, p. 157).
Soit A une orientation de G et soit le groupoïde associé au groupe libre F(A) construit sur A (II, p. 163, exemple 1). Soit le morphisme de carquois de G dans tel que, pour tout soit l’élément de F(A) et soit l’élément de F(A). Soit l’unique morphisme de groupoïdes de dans tel que .
Soient des chemins sans aller-retour équivalents modulo . Ils ont même source et même but. Pour démontrer qu’ils sont égaux, il suffit de démontrer que les suites et de leurs flèches sont égales. L’image par de la classe commune de et est égale à et à . Or les termes des suites et appartiennent au sous-ensemble de F(A) et deux éléments consécutifs de ces suites ne sont pas inverses l’un de l’autre. D’après A, I, p. 84, prop. 7, ces deux suites sont égales. Il en résulte que les suites et sont égales, et donc que , d’où l’unicité.
Corollaire 2 01TQ
Le morphisme canonique de G dans est injectif.
Cela résulte aussitôt du corollaire 1.
Corollaire 3 01TR
Soit un sous-graphe de G. Le morphisme de dans déduit de l’injection de dans G est injectif.
Notons le morphisme d’inclusion de dans G et le morphisme de dans qui s’en déduit. Les applications Som() et Som() coïncident. En outre, si est un chemin sans aller-retour dans , le chemin est un chemin sans aller-retour dans G. L’assertion résulte donc du corollaire 1.
Corollaire 4 01TS
Un graphe non vide G est un arbre si et seulement si le groupoïde est simplement transitif.
Soit un point de G. D’après le corollaire 1, les propriétés suivantes sont équivalentes :
(i) Le groupe d’isotropie de en est réduit à l’élément neutre ;
(ii) Le seul lacet de G d’origine qui soit sans aller-retour est le lacet constant d’origine .
Le groupoïde est simplement transitif si et seulement s’il est transitif et s’il possède la propriété (i) pour tout . Le graphe G est un arbre si et seulement s’il est connexe et possède la propriété (ii) pour tout point . Comme les orbites de s’identifient aux composantes connexes de G, le corollaire en résulte.
10. Groupoïdes libres
Définition 9 01TT
Soit C un carquois. On appelle groupoïde libre construit sur C, et on note Grp(C), le groupoïde des classes de chemins du graphe associé à C.
L’ensemble des sommets de Grp(C) est égal à celui des sommets de C; les orbites de Grp(C) sont les composantes connexes de C.
Soit C un carquois non vide. D’après le corollaire 4, p. 174, le graphe associé à C est un arbre si et seulement si le groupoïde libre Grp(C) construit sur C est simplement transitif.
Le composé des morphismes de carquois canoniques et est un morphisme de carquois de C dans Grp(C) qu’on appelle l morphisme canonique de C dans Grp(C). Notons-le . Pour tout sommet de C, on a . Si est une flèche de C est la classe du chemin de . Le morphisme est injectif (II, p. 174, cor. 2) et son image engendre le groupoïde Grp(C).
Soit un morphisme de carquois. Notons (resp. ) le morphisme canonique de C dans Grp(C) (resp. de dans Grp(C)). Le morphisme est l’unique morphisme de groupoïdes de Grp(C) dans Grp(C) tel que .
Proposition 6 01TU
Soit C un carquois, soit G un groupoïde et soit un morphisme de carquois de C dans G. Il existe un unique morphisme de groupoïdes de Grp(C) dans G tel que .
Soit le morphisme de carquois de dans G tel que pour tout sommet de C et pour toute flèche de C et tout . On a . D’après la proposition 5, p. 173, il existe un morphisme de Grp(C) dans G tel que . On a alors . Comme dans la démonstration de la prop. 5, l’unicité de résulte de ce que engendre le groupoïde Grp(C).
Sous les hypothèses de la prop. 6, on dit parfois que est le morphisme de groupoïdes de Grp(C) dans G prolongeant le morphisme de carquois .
Exemple 01TV
Soit C un carquois ayant un unique sommet et soit A l’ensemble de ses flèches. Le groupoïde Grp(C) est alors le groupoïde associé au groupe libre F(A) construit sur A. En effet, il possède un unique sommet et il résulte immédiatement de la prop. 6 que l’application canonique de A dans Grp(C) déduite du morphisme canonique de C dans Grp(C) vérifie la propriété universelle des groupes libres (A, I, p. 85, prop. 8).
11. Contraction de flèches d’un groupoïde
Soit G un groupoïde et soit F une partie de l’ensemble des flèches de G. Soit H le sous-groupoïde distingué de G engendré par F. Le groupoïde est appelé groupoïde déduit de G par contraction de l’ensemble de flèches F et est noté . Si désigne le morphisme canonique de G dans , on a et pour toute flèche .
Ce morphisme vérifie la propriété universelle suivante.
Proposition 7 01TW
Pour tout morphisme de groupoïdes qui applique toute flèche appartenant à F sur un élément neutre de , il existe un unique morphisme de groupoïdes tel que .
Le noyau de est un sous-groupoïde distingué de G et l’ensemble de ses flèches contient F. Par définition, H est le plus petit sous-groupoïde distingué de G dont l’ensemble des flèches contient F; il est donc contenu dans le noyau de . La proposition résulte alors de II, p. 170, prop. 3.
Notons Γ le sous-carquois de G d’ensemble de sommets Som(G) et d’ensemble de flèches F. Les orbites de H s’identifient aux composantes connexes du carquois Γ. Par définition du quotient d’un groupoïde par un sous-groupoïde distingué, l’ensemble des sommets de s’identifie à l’ensemble des composantes connexes de Γ ; autrement dit, c’est l’ensemble quotient de Som(G) par la relation d’équivalence la plus fine telle que soit équivalent à pour toute flèche .
L’application induit, par passage aux quotients, une bijection de l’ensemble des orbites de G sur l’ensemble des orbites de (II, p. 170, remarque 1).
Le but de ce n est de calculer les homomorphismes déduits de par passage aux groupes d’isotropie, ce qui revient, d’après la prop. 2 (II, p. 170), à calculer les groupes d’isotropie du sous-groupoïde H.
Proposition 8 01TX
Soit le morphisme canonique du groupoïde libre Grp(Γ) dans G qui prolonge le morphisme injectif canonique de Γ dans G. Soit un sommet de G et soit A l’orbite de dans G. Pour tout , soit une flèche de G reliant à . Le groupe d’isotropie est le sous-groupe distingué de engendré par les éléments Int(), où parcourt l’ensemble A et parcourt les éléments de Grp(Γ).
Si et sont des sommets de G appartenant à la même orbite, avec , fixons en outre une flèche de G qui relie à . Pour tout point de G, soit le sous-groupe distingué de engendré par les éléments Int(), où parcourt l’orbite de dans G et parcourt le groupe Grp(Γ). Pour tout et tout , on a . Soit Som(G). On a (Grp(Γ)), par définition de . Par définition du groupoïde H est une flèche de H pour toute flèche de Grp(Γ) ; par suite, (Grp(Γ)) est contenu dans . Comme H est un sous-groupoïde distingué de G, on a alors
Int() Int() Int()
pour tout Som(G), puis .
Soient et des sommets de Γ. Posons si et n’appartiennent pas à une même composante connexe de Γ. Dans le cas contraire, soient et des classes de chemins reliant à dans le graphe associé à Γ. Soit un sommet de G appartenant à l’orbite de et soit un élément de Grp(Γ); dans le groupe , on a l’égalité :
La flèche est la classe d’un lacet en dans le carquois Γ, donc appartient à , de même que la flèche . Comme appartient à et que est un sous-groupe distingué de , il en résulte que appartient à . Par conséquent, . Par symétrie, on a . Cela entraîne que cet ensemble ne dépend pas des choix de et ; on le note .
Soit N le sous-carquois de G dont l’ensemble des sommets est Som(G) et dont l’ensemble des flèches reliant à est égal à pour tout couple de sommets de G. C’est un sous-groupoïde distingué de G dont l’ensemble des flèches contient F; par suite, H est un sous-groupoïde de N. En particulier, , d’où l’égalité.
Corollaire 1 01TY
Supposons de plus que, pour toute flèche de F, on ait . Alors, l’origine et le terme de tout chemin dans le carquois Γ coïncident. Soit un sommet de G et soit A son orbite dans G. Pour tout élément de F dont l’origine appartient à A, fixons une flèche de G reliant à et posons Int() .
Le groupe est alors le sous-groupe distingué de engendré par les flèches .
D’après la prop. 8, les flèches sont contenues dans le groupe . Notons le plus petit sous-groupe distingué de qui les contient. D’après cette proposition, il suffit de démontrer que, pour tout sommet de G appartenant à A, toute flèche reliant à dans G et tout élément de Grp(Γ), Int() appartient à . Comme l’origine et le terme de chaque élément de F sont égaux, un lacet en un sommet dans le graphe est de la forme , où pour tout est un élément de F d’origine et . On a
Int().
Comme , il en résulte que Int() appartient à .
Corollaire 2 01TZ
Si le graphe associé au carquois Γ est une forêt, l’homomorphisme de dans est bijectif, pour tout sommet de G.
En effet, sous cette hypothèse, on a Grp(Γ) pour tout sommet de G (corollaire 1 de II, p. 173). Il résulte alors de la proposition 8 que, pour tout sommet de G, le groupe est réduit à l’élément neutre.
12. Groupe de Poincaré d’un graphe
Soit G un graphe. Soit un sommet de G; le groupe d’isotropie en du groupoïde Grp(G) est appelé groupe de Poincaré de G en et est noté . Soit une classe de chemins dans G, soient son origine et son terme. L’application Int() définie par est un isomorphisme de groupes. Soit un morphisme de graphes. Notons Grp(G) et Grp(H) les morphismes canoniques. Si désigne l’unique morphisme de groupoïdes Grp(G) Grp(H) tel que , l’homomorphisme de groupes est noté .
Soit G un graphe connexe, soit S une orientation de G et soit A un arbre orienté maximal de G (II, p. 157, prop. 1). Étant donnés des sommets et de G, il existe une unique classe de chemins dans le graphe associé à A qui relie à II, p. 174, cor. 4 de la prop. 5). Si et sont des sommets de G, on a , ces deux classes de chemins étant égales à l’unique classe de chemins reliant à dans .
Proposition 9 01U0
Soit un sommet de G. Il existe un unique homomorphisme du groupe libre F(S-Fl(A)) dans tel que
pour - Fl(A). L’homomorphisme est un isomorphisme de groupes.
Notons L le groupe F(S-Fl(A)). L’existence et l’unicité de l’homomorphisme vérifiant les relations (1) résulte de A, I, p. 85, prop. 8. Soit le groupoïde associé au groupe L (II, p. 163, exemple 1) ; notons son unique sommet. Il existe un unique morphisme de groupoïdes Grp(G) tel que pour toute flèche S-Fl(A) et pour toute flèche Fl(A) (II, p. 173, prop. 5). Pour S-Fl(A), on a ; l’homomorphisme est donc l’isomorphisme identique du groupe L (A, I, p. 85, prop. 8). Il en résulte que est injectif.
Soit le groupoïde déduit de par contraction des flèches de A et soit le morphisme de groupoïdes canonique. Il est surjectif et l’homomorphisme de groupes déduit de par passage aux groupes d’isotropie est un isomorphisme (II, p. 178, cor. 2 de la prop. 8). Comme le graphe G est supposé connexe et que A en est un arbre maximal, le groupoïde possède un unique sommet (II, p. 176). En outre, est engendré par ; par suite, est engendré par les lacets , pour , et le groupe est engendré par les éléments de la forme , pour S-Fl(A). L’homomorphisme est donc surjectif. Par suite, est surjectif.
Remarque 1 01U1
L’homomorphisme est l’isomorphisme réciproque de .
Remarque 2 01U2
Il existe un unique homomorphisme F(Fl(G)) défini par les relations (1) pour tout Fl(G). Il résulte de la proposition 8 que l’homomorphisme est surjectif et que son noyau est le plus petit sous-groupe distingué de F(Fl(G)) contenant les éléments , pour Fl(A), et les éléments , pour Fl(G).
Exercices
See the exercises for § 3.