Bourbaki

§ 2. Groupes de Poincaré des espaces délaçables

1. Propriétés des homomorphismes π1(f,a)\pi_1(f, a)

Soient A et B des espaces topologiques, soit (E,p)(E, p) un revêtement de A, soit (E′,p′)(E', p') un revêtement de B, soient f:A→Bf: A\rightarrow B et g:E→E′g: E\rightarrow E' des applications continues telles que p′∘g=f∘pp'\circ g=f\circ p. Soit aa un point de A et soit b=f(a)b=f(a). Pour tout γ∈π1(A,a)\gamma \in \pi_1(A, a) et tout x∈Eax\in E_a, on a g(x⋅γ)=g(x)⋅f∗(γ)g(x\cdot \gamma ) =g(x)\cdot f_*(\gamma ), d’après la relation (3), III, p. 304. Si le diagramme

E gE′^gE'

pp′pp'

A f^f B

est un carré cartésien, l’application gg induit une bijection de EaE_a sur Eb′E'_b. L’opération de π1(A,a)\pi_1(A, a) dans la fibre EaE_a est alors la composée de l’opération du groupe π1(B,b)\pi_1(B, b) dans Eb′E'_b et de l’homomorphisme π1(f,a)\pi_1(f, a) de π1(A,a)\pi_1(A, a) dans π1(B,b)\pi_1(B, b).

Proposition 1 020S

Soient A un espace topologique délaçable, B un espace topologique localement connexe par arcs et soit f:A→Bf: A\rightarrow B une application continue. Soient aa un point de A et b=f(a)b=f(a). Supposons que tout revêtement de A soit isomorphe à l’image réciproque par ff d’un revêtement de B. Alors, l’homomorphisme π1(f,a):π1(A,a)→\pi_1(f, a):\pi_1(A, a)\rightarrow π1(B,b)\pi_1(B, b) est injectif.

Comme l’espace A est délaçable, il existe un revêtement E de A dont la fibre EaE_a est un π1(A,a)\pi_1(A, a)-ensemble principal homogène (IV, p. 342, théorème 1). Par hypothèse, cette opération se déduit par l’homomorphisme π1(f,a)\pi_1(f, a) d’une opération de π1(B,b)\pi_1(B, b) sur π1(A,a)\pi_1(A, a). Ceci implique l’injectivité de l’homomorphisme π1(f,a)\pi_1(f, a).

Proposition 2 020T

Soient A un espace topologique connexe et localement connexe par arcs, B un espace topologique délaçable, et soit f:A→Bf: A\rightarrow B une application continue. Soient aa un point de A et b=b= f(a)f(a). Les assertions suivantes sont équivalentes :

(i) L’homomorphisme π1(f,a):π1(A,a)→π1(B,b)\pi_1(f, a):\pi_1(A, a)\rightarrow \pi_1(B, b) est surjectif.

(ii) Pour tout couple (E,E′)(E,E') de revêtements de B, l’application

f∗:CB(E;E′)→CA(A×BE;A×BE′) f^*:\mathscr{C}_B(E; E')\rightarrow \mathscr{C}_A(A\times_BE; A\times_BE')

qui, à un B-morphisme g:E→E′g: E\rightarrow E', associe le A-morphisme

f∗(g):A×BE→A×BE′,(x,y)↦(x,g(y)) f^*(g): A\times_BE\rightarrow A\times_BE',(x, y)\mapsto (x, g(y))

est bijective.

Au moyen de l’homomorphisme π1(f,a)\pi_1(f, a), tout π1(B,b)\pi_1(B, b)-ensemble est muni d’une structure de π1(A,a)\pi_1(A, a)-ensemble. La condition (i) est alors équivalente à la condition (i′') suivante :

(i′') Pour tout couple (F,F′)(F,F') de π1(B,b)\pi_1(B, b)-ensembles, tout π1(A,a)\pi_1(A, a)-morphisme de F dans F′F' est un π1(B,b)\pi_1(B, b)-morphisme.

En effet, si l’homomorphisme π1(f,a)\pi_1(f, a) est surjectif, tout π1(A,a)\pi_1(A, a)-morphisme de π1(B,b)\pi_1(B, b)-ensembles est un π1(B,b)\pi_1(B, b)-morphisme. Inversement, prenons un π1(B,b)\pi_1(B, b)-ensemble F réduit à un point et posons F′=π1(B,b)/f∗(π1(A,a))F'=\pi_1(B, b)/f_*(\pi_1(A, a)). L’application de F dans F′F' dont l’image est f∗(π1(A,a))f_*(\pi_1(A, a)) est un π1(A,a)\pi_1(A, a)-morphisme mais n’est pas un π1(B,b)\pi_1(B, b)-morphisme si F′F' n’est pas réduit à un point, c’est-à-dire si π1(f,a)\pi_1(f, a) n’est pas surjectif.

Comme l’espace B est délaçable, tout π1(B,b)\pi_1(B, b)-ensemble est isomorphe au π1(B,b)\pi_1(B, b)-ensemble EbE_b, où E est un revêtement de B (IV, p. 344, remarque 1). L’équivalence de (i′') et (ii) résulte donc de la prop. 2 de III, p. 310.

Proposition 3 020U

Soit B un espace topologique délaçable et soit A un sous-espace connexe et localement connexe par arcs de B (par exemple une partie ouverte et connexe). Soit aa un point de A. Les propriétés suivantes sont équivalentes :

(i) Tout revêtement de B est trivialisable au-dessus de A.

(ii) L’image de l’homomorphisme de π1(A,a)\pi_1(A, a) dans π1(B,a)\pi_1(B, a) déduit de l’injection canonique est réduite à l’élément neutre.

L’implication (ii)⇒\Rightarrow(i) résulte du corollaire 3 (III, p. 309).

Inversement, supposons que tout revêtement de B soit trivialisable au-dessus de A. C’est en particulier le cas du revêtement simplement connexe par arcs (λa(B),εB)(\lambda_a(B), \varepsilon_B) (IV, p. 342, th. 1), si bien que l’homomorphisme π1(A,a)→π1(B,a)\pi_1(A, a)\rightarrow \pi_1(B, a) est trivial (III, p. 309, cor. 3 de la prop. 1).

2. Applications relativement connexes

Définition 1 020V

Soient X et Y des espaces topologiques et soit ff une application continue de X dans Y. On dit que l’application ff est relativement connexe si tout point de Y possède un système fondamental

de voisinages constitué d’ensembles V tels que f−1(V)\overset{-1}{f}(V) soit connexe et non vide.

Soit f:X→Yf: X\rightarrow Y une application continue ; pour que ff soit relativement connexe, il faut et il suffit que tout point de Y possède un voisinage V tel que l’application fV:f−1(V)→Vf_V:\overset{-1}{f}(V)\rightarrow V déduite de ff soit relativement connexe.

Soient X et Y des espaces topologiques et soit f:X→Yf: X\rightarrow Y une application continue relativement connexe. L’image de ff est dense dans Y. Pour toute partie ouverte de Y, l’application fV:f−1(V)→Vf_V:\overset{-1}{f}(V)\rightarrow V est relativement connexe.

Proposition 4 020W

Soient X et Y des espaces topologiques et soit f:X→Yf: X\rightarrow Y une application continue relativement connexe.

a) Pour toute composante connexe U de X,f(U)‾,\overline{f(U)} est une partie

connexe, ouverte et fermée de Y, et l’on a f−1(f(U))=U\overset{-1}{f}(f(U)) = U.

b) Pour toute composante connexe V de Y, il existe une composante connexe U de X telle que V=f(U)V =f(U). L’application de U dans V déduite de ff par passage aux sous-ensembles est relativement connexe.

c) Les composantes connexes de X ( resp. de Y) sont ouvertes et fermées.

a) Soit V l’ensemble des y∈Yy\in Y qui possèdent un voisinage W tel que

f−1(W)\overset{-1}{f}(W) soit connexe et rencontre U ; c’est un ouvert de Y. Il contient f(U)‾\overline{f(U)} car ff est relativement connexe. Inversement, soit y∈Vy\in V ; soit

W un voisinage de yy tel que f−1(W)\overset{-1}{f}(W) soit connexe et rencontre U. Pour

tout voisinage W′W' de yy tel que f−1(W′)\overset{-1}{f}(W') soit connexe, f−1(W∩W′)\overset{-1}{f}(W\cap W') n’est

pas vide, donc f−1(W∪W′)\overset{-1}{f}(W\cup W') est connexe (TG, I, p. 81, prop. 2). Par

hypothèse, f−1(W∪W′)\overset{-1}{f}(W\cup W') rencontre U ; on a donc f−1(W∪W′)⊂U\overset{-1}{f}(W\cup W')\subset U et, a fortiori, W′∩f(U)=∅̸W'\cap f(U)=\not\emptyset. Cela démontre que y∈f(U)‾y\in \overline{f(U)}; par suite, V=f(U)‾V =\overline{f(U)}. En particulier, l’ensemble f(U)‾\overline{f(U)} est ouvert et fermé dans Y ; la prop. 1 (TG, I, p. 81) entraîne en outre qu’il est connexe.

Les arguments qui précèdent montrent de plus que f−1(f(U))⊂U\overset{-1}{f}(f(U))\subset U,

d’où l’égalité f−1(f(U))=U\overset{-1}{f}(f(U)) = U, l’autre inclusion étant évidente. En particulier, U est ouvert et fermé dans X.

b) Soit V la composante connexe d’un point yy de Y, soit W un

voisinage de yy tel que f−1(W)\overset{-1}{f}(W) soit connexe et non vide et soit U la

composante connexe de X qui contient f−1(W)\overset{-1}{f}(W). Comme y∈f(U)‾y\in \overline{f(U)}, il résulte de a) et de la définition de la composante connexe de yy que V=f(U)‾V =\overline{f(U)}. Par suite, V est ouvert et fermé dans Y.

Corollaire 1 020X

Soient X et Y des espaces topologiques et soit f:X→Yf: X\rightarrow Y une application continue et relativement connexe. Par passage aux composantes connexes, l’application ff induit une bijection de l’ensemble des composantes connexes de X sur l’ensemble des composantes connexes de Y.

Corollaire 2 020Y

Soient X et Y des espaces topologiques et soit f:X→f: X\rightarrow Y une application continue. Pour que ff soit relativement connexe, il faut et il suffit que les trois propriétés suivantes soient satisfaites :

a) L’image f(X)f(X) est dense dans Y ;

b) L’espace Y est localement connexe ; −1-_1

c) Pour tout ensemble ouvert et connexe V de Y, l’ensemble f(V)f(V) est connexe.

Supposons que l’application ff soit relativement connexe. La densité de f(X)f(X) dans Y résulte de la définition d’une application relativement

connexe. Soit V un ouvert de Y ; l’application fV:f−1(V)→f_V:\overset{-1}{f}(V)\rightarrow V est relativement connexe. D’après la prop. 4, les composantes connexes de V sont ouvertes et fermées dans V. Il en résulte que Y est localement connexe (TG, I, p. 85, prop. 11). Pour démontrer l’assertion c), il suffit de démontrer que X est connexe si Y l’est. D’après le lemme, il existe

une composante connexe U de X telle que Y=f(U)‾Y =\overline{f(U)} et f−1(f(U))=U\overset{-1}{f}(f(U)) = U, d’où U = X et X est connexe.

Inversement, supposons que les conditions a), b), c) sont vérifiées et montrons que ff est relativement connexe. Soit yy un point de Y ; puisque Y est localement connexe, yy admet un système fondamental de voisinages ouverts connexes. Si W est un tel voisinage, les conditions

c) et a) impliquent que f−1(W)\overset{-1}{f}(W) est connexe et non vide. Par suite, l’application ff est relativement connexe.

Corollaire 3 020Z

Soient X et Y des espaces topologiques et soit f:X→Yf: X\rightarrow Y une application continue et relativement connexe. Soit F un ensemble et soit g:X→Fg: X\rightarrow F une application localement constante. Il existe une unique application localement constante h:Y→Fh: Y\rightarrow F telle que g=h∘fg=h\circ f.

La restriction de gg à toute composante connexe de X est constante. D’après le corollaire 1, il existe une application h:Y→Fh: Y\rightarrow F, constante sur chaque composante connexe de Y, telle que g=h∘fg=h\circ f. L’application hh est localement constante, car les composantes connexes de Y sont ouvertes. L’unicité d’une telle application résulte de ce que f(X)f(X) est dense dans Y.

Exemple 1 0210

Soit X un espace topologique et soit R une relation d’équivalence dans X. Notons Y l’espace topologique quotient X/RX/R et f:X→Yf: X\rightarrow Y l’application canonique. Supposons que les classes d’équivalences de R soient connexes. Alors, pour toute partie ouverte et

connexe V de Y, l’ensemble f−1(V)\overset{-1}{f}(V) est connexe (TG, I, p. 23, corollaire 1 et p. 82, proposition 7). Si l’espace Y est localement connexe, l’application ff est ainsi relativement connexe.

Exemple 2 0211

Soit Y un espace topologique localement connexe par arcs et soit X une partie ouverte de Y. L’espace Cc(I;X)\mathscr{C}_c(\mathbf{I}; X) des chemins dans X s’identifie à un sous-espace de l’espace Cc(I;Y)\mathscr{C}_c(\mathbf{I}; Y) des chemins dans Y ; supposons qu’il soit dense. L’injection canonique de X dans Y est alors une application relativement connexe.

Il suffit en effet de démontrer que, pour tout ouvert connexe et non vide V de Y, l’ensemble V∩XV\cap X est connexe et non vide. L’espace Cc(I;V)\mathscr{C}_c(\mathbf{I}; V) est un ouvert non vide de Cc(I;Y)\mathscr{C}_c(\mathbf{I}; Y) ; il rencontre Cc(I;X)\mathscr{C}_c(\mathbf{I}; X), ce qui prouve que V∩X=∅̸V\cap X=\not\emptyset. Soient xx et x′x' des points de V∩XV\cap X. Comme V∩XV\cap X est localement connexe par arcs, les points xx et x′x' ont des voisinages ouverts U et U′U', connexes par arcs et contenus dans V∩XV\cap X. Comme V est connexe par arcs (III, p. 260, prop. 7), il existe un chemin dans V qui relie xx à x′x'. Par l’hypothèse de densité et la définition de la topologie de la convergence compacte, il existe un chemin dans V∩XV\cap X reliant un point de U à un point de U′U'. Il existe alors un chemin reliant xx à x′x' dans V∩XV\cap X, ce qui prouve que l’ensemble V∩XV\cap X est connexe.

Proposition 5 0212

Soient X et Y des espaces topologiques et soit f:X→f: X\rightarrow Y une application continue et relativement connexe. Pour tout couple (T,T′)(T,T') de revêtements de Y, l’application f∗:CY(T;T′)→f^*:\mathscr{C}_Y(T; T')\rightarrow CX(X×YT;X×YT′)\mathscr{C}_X(X\times_YT; X\times_YT') est bijective.

Soient F\mathscr{F} le faisceau sur X des X-morphismes de X×YTX\times_YT dans X×YT′X\times_YT' et soit G\mathscr{G} le faisceau sur Y des Y-morphismes de T dans T′(T'(I, p. 45, exemple 4). Pour tout ouvert U de Y, posons φU=(fU)∗:G(U)→\varphi_U= (f_U)^*:\mathscr{G}(U)\rightarrow

F(f−1(U))\mathscr{F}(\overset{-1}{f}(U)). Les applications φU\varphi_U définissent un morphisme de faisceaux φ:G→φ∗(F)\varphi :\mathscr{G}\rightarrow \varphi_*(\mathscr{F}) et il suffit de démontrer que φ\varphi est un isomorphisme de faisceaux.

Comme Y est localement connexe (IV, p. 354, cor. 2), les ensembles ouverts connexes au-dessus desquels T et T′T' sont trivialisables forment une base de la topologie de Y. D’après le corollaire 2 de I, p. 55, il suffit de démontrer que pour un tel ouvert U, l’application φU\varphi_U est bijective, ce qui nous permet de supposer que Y est connexe et que les revêtements T et T′T' sont les revêtements triviaux Y×FY\times F et Y×F′Y\times F' où F et F′F' sont des ensembles munis de la topologie discrète. L’application (x,(y,t))↦(x,t)(x,(y, t))\mapsto (x, t) identifie le X-espace X×Y(Y×F)X\times_Y(Y\times F) à X×FX\times F (resp. le X-espace X×Y(Y×F′)X\times_Y(Y\times F') à X×F′X\times F'). Comme l’espace X est connexe (IV, p. 354, cor. 2), les ensembles CY(Y×F;Y×F′)\mathscr{C}_Y(Y\times F; Y\times F') et CX(X×F;X×F′)\mathscr{C}_X(X\times F; X\times F') s’identifient tous deux à l’ensemble F(F;F′)\mathscr{F}(F; F') des applications de F dans F′F', et l’application f∗f^* s’identifie à l’application identique de F(F;F′)\mathscr{F}(F; F'). Cela conclut la démonstration.

Corollaire 1 0213

Soient X et Y des espaces topologiques et soit f:X→Yf: X\rightarrow Y une application continue relativement connexe. Soient T et T′T' des revêtements de Y. Si les revêtements X×YTX\times_YT et X×YT′X\times_YT' de X sont isomorphes, les revêtements T et T′T' sont isomorphes.

Soient en effet h:X×YT→X×YT′h: X\times_YT\rightarrow X\times_YT' et h′:X×YT′→X×YTh': X\times_YT'\rightarrow X\times_YT des X-isomorphismes réciproques l’un de l’autre. D’après la proposition 5, il existe des Y-morphismes g:T→T′g: T\rightarrow T' et g′:T′→Tg': T'\rightarrow T tels que f∗(g)=hf^*(g) =h et f∗(g′)=h′f^*(g') =h'. On a alors f∗(g′∘g)=f∗(g′)∘f∗(g)=f^*(g'\circ g) =f^*(g')\circ f^*(g) = IdX×YT_{X\times_YT}, donc g′∘g=g'\circ g= IdT_T, car l’application f∗f^* est injective. De même, g∘g′=g\circ g'= IdT′_{T'}. Les revêtements T et T′T' sont donc isomorphes.

Corollaire 2 0214

Soient X et Y des espaces topologiques et soit f:X→Yf: X\rightarrow Y une application continue et relativement connexe. Si l’espace X est simplement connexe, il en est de même de l’espace Y.

D’après le corollaire 1, tout revêtement de Y est en effet trivialisable.

Corollaire 3 0215

Soient X un espace topologique localement connexe par arcs, Y un espace topologique délaçable et soit f:X→f: X\rightarrow Y une application continue relativement connexe. Pour tout point xx de X, l’homomorphisme π1(f,x):π1(X,x)→π1(Y,f(x))\pi_1(f, x):\pi_1(X, x)\rightarrow \pi_1(Y, f(x)) est surjectif.

D’après IV, p. 353, prop. 4, on peut supposer que les espaces X et Y sont connexes. Le corollaire résulte alors de la proposition 5 et de la proposition 2 de IV, p. 352.

Proposition 6 0216

Soient X et Y des espaces topologiques et soit f:X→Yf: X\rightarrow Y une application continue et relativement connexe. Supposons que tout point de Y possède un voisinage ouvert V dont l’image réciproque f−1(V)\overset{-1}{f}(V) soit simplement connexe. Alors, pour tout revêtement Z de X, il existe un revêtement T de Y tel que X×YTX\times_YT soit X-isomorphe à Z.

Soit U\mathscr{U} l’ensemble des ouverts de Y dont l’image réciproque dans X

est simplement connexe. Pour tout V∈UV\in \mathscr{U}, le revêtement f−1(V)×XZ\overset{-1}{f}(V)\times_XZ

de f−1(V)\overset{-1}{f}(V) est trivialisable ; il existe ainsi un espace discret FVF_V et un

isomorphisme de revêtements gV:f−1(V)×XZ→f−1(V)×FVg_V:\overset{-1}{f}(V)\times_XZ\rightarrow \overset{-1}{f}(V)\times F_V. Pour tout

couple (V,V′)(V,V') d’ouverts appartenant à U\mathscr{U}, l’application fV∩V′:f−1(V∩f_{V\cap V'}:\overset{-1}{f}(V\cap V′)→V∩V′V')\rightarrow V\cap V' est relativement connexe. D’après la proposition 5 de IV, p. 356, il existe un unique isomorphisme de revêtements de V∩V′V\cap V', hV′,V:(V∩V′)×FV→(V∩V′)×FV′h_{V',V}: (V\cap V')\times F_V\rightarrow (V\cap V')\times F_{V'}, tel que l’on ait f∗(hV′,V)(x,t)=f^*(h_{V',V})(x, t) = gV′(gV−1(x,t))g_{V'}(g_V^{-1}(x, t)) pour tout x∈V∩V′x\in V\cap V' et tout t∈FVt\in F_V. Si V, V′,V′′V',V'' sont des éléments de U\mathscr{U}, on a hV′′,V(x,t)=hV′′,V′(hV′,V(x,t))h_{V'',V}(x, t) =h_{V'',V'}(h_{V',V}(x, t)) pour tout x∈V∩V′∩V′′x\in V\cap V'\cap V'' et tout t∈FVt\in F_V. Il existe alors un unique Y-espace T et, pour tout V∈UV\in \mathscr{U}, un isomorphisme hV:TV→V×FVh_V: T_V\rightarrow V\times F_V, tel que l’on ait hV′,V(x,t)=hV′∘hV−1(x,t)h_{V',V}(x, t) =h_{V'}\circ h^{-1}_V(x, t) pour tout couple (V,V′)(V,V') d’ouverts appartenant à U\mathscr{U}, tout x∈V∩V′x\in V\cap V' et tout t∈FV(t\in F_V(cf. TG, I, p. 16). L’espace T est en particulier un revêtement de Y. Il existe en outre une

unique application de X×YTX\times_YT sur Z dont la restriction à f−1(V)×YT\overset{-1}{f}(V)\times_YT est donnée par gV−1∘f∗(hV)g^{-1}_V\circ f^*(h_V) et c’est un isomorphisme de X-espaces, d’où la proposition.

Corollaire 0217

Soient X et Y des espaces topologiques délaçables et soit f:X→Yf: X\rightarrow Y une application continue et relativement connexe. Supposons que tout point de Y possède un voisinage V dont l’image

réciproque f−1(V)\overset{-1}{f}(V) soit simplement connexe. Alors, pour tout point xx de X, l’homomorphisme π1(f,x):π1(X,x)→π1(Y,f(x))\pi_1(f, x):\pi_1(X, x)\rightarrow \pi_1(Y, f(x)) est bijectif.

On peut supposer les espaces X et Y connexes (IV, p. 353, prop. 4). D’après le corollaire 3 (IV, p. 357), l’homomorphisme π1(f,x)\pi_1(f, x) est surjectif. La proposition 6 et la proposition 1 de IV, p. 351 entraînent qu’il est injectif.

Remarque 0218

Soit Y un espace topologique, soient X, X′X' et Y′Y' des sous-espaces de Y tels que X⊂X′⊂Y′⊂YX\subset X'\subset Y'\subset Y. Supposons que l’injection canonique de X dans Y soit relativement connexe. Pour toute partie ouverte connexe V de Y, l’ensemble V∩XV\cap X est connexe et dense dans V (IV, p. 354, cor. 2) ; par suite, l’ensemble V∩X′V\cap X' est connexe (TG, I, p. 81, prop. 1). Cela démontre que l’injection canonique de X′X' dans Y′Y' est relativement connexe.

Soit V une partie ouverte de Y ; d’après ce qui précède, l’injection canonique de V∩XV\cap X dans V∩X′V\cap X' est relativement connexe. Si l’ensemble V∩XV\cap X est simplement connexe, V∩X′V\cap X' l’est aussi, en vertu du corollaire 2 de IV, p. 357. Par suite, si l’injection canonique de X dans Y satisfait aux hypothèses de la proposition 6, il en est de même de l’injection canonique de X′X' dans Y′Y'.

Exemple 0219

Soit Y une variété différentielle localement de dimension finie et soit Z une sous-variété fermée de Y (VAR, R, 5.8.3). Posons X = Y-Z.

a) Si la codimension de Z est au moins 2 en tout point, l’injection canonique de X dans Y est relativement connexe. Soit en effet zz un point de Z ; il existe un voisinage ouvert V de zz dans Y et un homéomorphisme φ\varphi de V sur un espace vectoriel E de dimension finie sur R\mathbf{R} tel que φ(V∩Z)\varphi (V\cap Z) soit un sous-espace vectoriel F de E dont la codimension est ⩾2\geqslant 2. L’ensemble E-F est connexe (TG, VI, p. 5, proposition 4), d’où l’assertion.

b) Supposons de plus que la codimension de Z soit au moins égale à 3 en tout point ; les hypothèses de la proposition 6 et de son corollaire sont alors satisfaites car, avec les notations de l’alinéa précédent, E-F est simplement connexe (I, p. 128, exemple 4).

Les variétés différentielles étant des espaces délaçables (IV, p. 347), les résultats de ce no^o admettent le cas particulier suivant.

Soient Y une variété différentielle localement de dimension finie, Z une sous-variété fermée de Y et ii l’injection canonique de Y-Z dans Y.

a) Si la codimension de Z dans Y est ⩾1\geqslant 1 en tout point, la variété Y-Z est dense dans Y et l’application π0(i)\pi_0(i) est surjective.

b) Si la codimension de Z dans Y est ⩾2\geqslant 2 en tout point, l’application π0(i)\pi_0(i) est bijective et, pour tout point xx de Y-Z, l’application π1(i,x)\pi_1(i, x) est surjective.

c) Si la codimension de Z dans Y est ⩾3\geqslant 3 en tout point, les applications π0(i)\pi_0(i) et π1(i,x)\pi_1(i, x) sont bijectives, pour tout point xx de Y-Z.

3. Présentation des groupes de Poincaré

Théorème 1 021A

Soit X un espace topologique compact délaçable et soit xx un point de X. Le groupe de Poincaré π1(X,x)\pi_1(X, x) est de présentation finie.

La composante connexe par arcs de xx dans X est ouverte, fermée et est délaçable ; cela permet de supposer que l’espace X est connexe. Comme l’espace X est délaçable, le X-espace E=λx(X)E =\lambda_x(X), muni de l’application terme, est un revêtement non vide et simplement connexe par arcs (IV, p. 342, th. 1). Le groupe G = AutX(E)_X(E) est isomorphe à π1(X,x)\pi_1(X, x) ; il s’agit donc de démontrer que le groupe G est de présentation finie.

Comme X est compact, tout point xx de X possède un voisinage compact KxK_x au-dessus duquel le revêtement E est trivialisable (TG, I, p. 65, corollaire). Comme X est localement connexe, tout x∈Xx\in X possède un voisinage ouvert WxW_x, connexe et contenu dans KxK_x. Soit F une partie finie de X telle que les WxW_x, pour x∈Fx\in F, recouvrent X. Soit nn le cardinal de F.

Montrons par récurrence qu’il existe, pour tout entier kk tel que 1 ⩽k⩽n\leqslant k\leqslant n, une partie A de cardinal kk contenue dans F et, pour x∈Ax\in A, une section sxs_x de pp au-dessus de KxK_x, telles que la réunion des sx(Wx)s_x(W_x), pour x∈Ax\in A, soit une partie connexe de E. L’assertion est vraie pour k=1k= 1. Supposons-la vraie pour un entier kk tel que 1⩽k<n1\leqslant k < n et démontrons qu’elle est vraie pour k+1k+ 1. Soit A une partie de F de cardinal kk et, pour tout x∈Ax\in A, soit sxs_x une section de E au-dessus de KxK_x, telles que ⋃x∈Asx(Wx)\bigcup_{x\in A}s_x(W_x) soit connexe. Les ouverts ⋃x∈AWx\bigcup_{x\in A}W_x et ⋃x∈F−AWx\bigcup_{x\in F-A}W_x ne sont pas vides et recouvrent X ; leur intersection n’est donc pas vide, car X est connexe. Il existe ainsi x∈A,y∈F−Ax\in A,y\in F-A et z∈Wx∩Wyz\in W_x\cap W_y. Posons A′=A∪{y}A'= A\cup \{y\} et choisissons une section sys_y de E au-dessus de KyK_y telle que sy(z)=sx(z)s_y(z) =s_x(z). Les ouverts connexes ⋃p∈Asp(Wp)\bigcup_{p\in A}s_p(W_p) et sy(Wy)s_y(W_y) ne sont pas vides et ont un point commun ; leur réunion est donc connexe. Cela démontre l’assertion pour k+1k+ 1. Par récurrence, elle est donc vraie pour tout entier k∈{1,...,n}k\in \{1, . . . , n\}.

Appliquons ce qui précède à k=nk=n; il existe alors, pour tout x∈Fx\in F, une section sxs_x de E au-dessus de KxK_x, de sorte que U=⋃x∈Fsx(Wx)U =\bigcup_{x\in F}s_x(W_x) soit un ouvert connexe de E. On a p(U)=Xp(U) = X. Comme le groupe G opère transitivement dans chaque fibre du revêtement E, on a GU = E.

L’adhérence de U est contenue dans ⋃x∈Fsx(Kx)\bigcup_{x\in F}s_x(K_x) donc est compacte. L’opération de G dans E est propre (I, p. 96, cor. 1), donc l’ensemble des couples (g,x)∈G×E(g, x)\in G\times E tels que x∈U‾x\in \overline{U} et gx∈U‾gx\in \overline{U} est une partie compacte de G×EG\times E (TG, I, p. 77, prop. 6). Il s’ensuit que l’ensemble des g∈Gg\in G tels que U‾∩gU‾=∅̸\overline{U}\cap g\overline{U}=\not\emptyset est compact. Comme il est discret, il est fini. A fortiori, l’ensemble des g∈Gg\in G tels que U∩gU=∅̸U\cap gU=\not\emptyset est fini. Le théorème découle ainsi de la prop. 10 de I, p. 136.

4. Compléments sur les espaces polonais

Lemme 1 021B

Soit X un espace topologique et soit A une partie de X. Pour que A soit maigre, il faut et il suffit qu’il existe un recouvrement ouvert (Ui)i∈I(U_i)_{i\in I} de X tel que A∩UiA\cap U_i soit maigre dans UiU_i pour tout i∈Ii\in I.

Soit O\mathscr{O} l’ensemble des parties ouvertes U de X telles que A∩UA\cap U soit maigre. L’ensemble des parties de O\mathscr{O} formées d’ouverts deux à deux disjoints, ordonné par l’inclusion, est inductif. Soit U\mathfrak{U} un élément maximal ; il en existe d’après E, III, p. 20, th. 2.

Soit O la réunion des ouverts de X appartenant à U\mathfrak{U}. Pour tout ouvert U∈UU\in \mathfrak{U}, soit (BU,n)(B_{U,n}) une suite de parties rares de U dont A∩UA\cap U soit la réunion. Pour tout entier nn, la réunion BnB_n des parties BU,nB_{U,n}, pour U parcourant U\mathfrak{U}, est rare relativement à O (TG, IX, p. 52, prop. 1). D’après TG, IX, p. 53, prop. 2, BnB_n est une partie rare de X, car O est ouvert dans X. Par conséquent, l’ensemble A∩OA\cap O, égal à la réunion des BnB_n, est une partie maigre de X.

Soit F le complémentaire de O. C’est une partie fermée de X ; démontrons qu’elle est d’intérieur vide. Dans le cas contraire, soit xx un point intérieur de F. Par hypothèse, il existe un voisinage ouvert V de xx, qu’on peut supposer contenu dans F, tel que A∩VA\cap V soit maigre. Alors V est disjoint des ouverts de X appartenant à U\mathfrak{U} et U∪{V}\mathfrak{U}\cup \{V\} est un ensemble d’ouverts deux à deux disjoints appartenant à O\mathscr{O}, ce qui contredit la maximalité de U\mathfrak{U}. La relation

A=(A∩F)∪(A∩O) A = (A\cap F)\cup (A\cap O)

entraîne alors que A est maigre, ce qu’il fallait démontrer.

Soit X un espace topologique.

Rappelons (TG, IX, p. 69) qu’une partie A de X est dite approchable s’il existe un ouvert U de X tel que U∩∁AU\cap \complement A et A∩∁UA\cap \complement U soient maigres dans X. L’ensemble des parties approchables de X est une tribu qui contient la tribu borélienne (TG, IX, p. 69, lemme 8 et sa démonstration). Une partie maigre est approchable.

Pour toute partie A de X, soit D(A) l’ensemble des points x∈Xx\in X tels que pour tout voisinage V de x,A∩Vx,A\cap V ne soit pas maigre. On pose aussi D∗(A)=A∪D(A)D^*(A) = A\cup D(A).

Lemme 2 021C

Soit X un espace topologique et soit A une partie de X.

a) L’ensemble D(A) est fermé dans X ; son complémentaire est le plus grand ouvert U de X tel que A∩UA\cap U soit un ensemble maigre.

b) Pour que A soit maigre, il faut et il suffit que D(A) soit vide.

c) L’ensemble D∗(A)D^*(A) est approchable.

d) Pour tout ensemble approchable B de X contenant A, D∗(A)∩D^*(A)\cap ∁B\complement B est maigre.

Soit U la réunion des ouverts V de X tels que A∩VA\cap V soit maigre. Pour qu’un point xx appartienne à U, il faut et il suffit qu’il possède un voisinage V tel que A∩VA\cap V soit maigre. On a ainsi U=∁D(A)U =\complement D(A) et D(A) est donc une partie fermée de X. Par construction, le sous-espace U possède un recouvrement par des parties ouvertes dont l’intersection avec A est maigre. D’après le lemme 1, appliqué à l’espace topologique U et au sous-ensemble A∩UA\cap U, A∩UA\cap U est maigre dans U, donc aussi dans X. Cela démontre l’assertion a), car, par construction, tout ouvert V de X tel que A∩VA\cap V soit maigre est contenu dans U.

L’assertion b) en découle immédiatement.

c) On a D∗(A)=A∪D(A)=(A∩U)∪D(A)D^*(A) = A\cup D(A) = (A\cap U)\cup D(A). L’ensemble D(A) est fermé, donc approchable (IV, p. 361) ; la partie maigre A∩UA\cap U l’est aussi. Par suite, D∗(A)D^*(A) est approchable (loc. cit.).

d) Soit B une partie approchable de X qui contient A. Son complémentaire ∁B\complement B est alors une partie approchable de X (loc. cit.) et il existe donc un ouvert V de X tel que V∩BV\cap B et ∁V∩∁B\complement V\cap \complement B soient maigres. Comme A⊂BA\subset B, V∩AV\cap A est encore maigre, d’où V⊂UV\subset U. Puisque ∁U∩∁B\complement U\cap \complement B est contenu dans ∁V∩∁B\complement V\cap \complement B, c’est aussi une partie maigre de X. Finalement, les inclusions

D∗(A)∩∁B=((A∩U)∩∁B)∪(∁U∩∁B)⊂(A∩U)∪(∁U∩∁B) D^*(A)\cap \complement B =((A\cap U)\cap \complement B)\cup (\complement U\cap \complement B)\subset (A\cap U)\cup (\complement U\cap \complement B)

démontrent que D∗(A)∩∁BD^*(A)\cap \complement B est une partie maigre de X.

Remarque 1 021D

Soit G un groupe topologique et soit A une partie maigre de G. Supposons que A contienne un ouvert non vide U de G et soit yy un point de U. Alors, U est maigre et pour tout x∈G,xy−1Ux\in G,xy^{-1}U est un voisinage de xx dans G. Par suite, tout point de G possède un voisinage maigre, donc G est maigre (IV, p. 360, lemme 1).

Inversement, si G n’est pas maigre, toute partie maigre est d’intérieur vide et G est un espace de Baire. Comme un espace de Baire n’est pas maigre, cela démontre l’assertion suivante : Pour qu’un groupe topologique soit un espace de Baire, il faut et il suffit qu’il ne soit pas maigre.

Proposition 7 021E

Soit X un espace séparé. Tout sous-espace souslinien (TG, IX, p. 59, déf. 2) de X est approchable.

Soit S un sous-espace souslinien de X. Par définition, il existe un espace métrique complet de type dénombrable P et une application continue et surjective gg de P dans S. D’après TG, IX, p. 64, lemme 3, il existe un criblage C=(Cn,pn,φn)n∈NC = (C_n, p_n, \varphi_n)_{n\in\mathbf{N}} de l’espace métrique P.

Pour tout entier nn et tout c∈Cnc\in C_n, notons Fn(c)F_n(c) l’image de l’ensemble φn(c)\varphi_n(c) par gg; posons aussi Fn∗(c)=D∗(Fn(c))F^*_n(c) = D^*(F_n(c)) et

Gn(c)=Fn∗(c)∩∁⋃c′∈pn−1(c)Fn+1∗(c′)(1) G_n(c) = F^*_n(c)\cap \complement \bigcup_{c'\in\overset{-1}{p_{n}}(c)}F^*_{n+1}(c') \tag{1}

Pour tout c∈Cn,Fn∗(c)c\in C_n,F^*_n(c) est approchable (IV, p. 361, lemme 2, c)). Comme Cn+1C_{n+1} est dénombrable, la réunion des parties approchables Fn+1∗(c′)F^*_{n+1}(c'), pour c′c' parcourant pn−1(c)\overset{-1}{p_{n}}(c), est encore une partie approchable de X. Elle contient la réunion des Fn+1(c′)F_{n+1}(c') qui est égale à Fn(c)F_n(c). Par suite (loc. cit., d)), Gn(c)G_n(c) est une partie maigre de X. La réunion G des parties Gn(c)G_n(c), pour n∈Nn\in \mathbf{N} et c∈Cnc\in C_n, est donc une partie maigre de X.

Soit c0∈C0c_0\in C_0 et soit xx un élément de F0∗(c0)∩∁GF^*_0(c_0)\cap \complement G ; démontrons que x∈F0(c0)x\in F_0(c_0). Puisque x∉G0(c0)x\notin G_0(c_0) et que x∈F0∗(c0)x\in F^*_0(c_0), il existe c1∈p0−1(c0)c_1\in \overset{-1}{p_{0}}(c_0) tel que x∈F1∗(c1)x\in F^*_1(c_1), d’après la relation (1). Par récurrence, il existe un élément c=(cn)nc= (c_n)_n de ∏nCn\prod_nC_n tel que, pour tout entier n∈Nn\in \mathbf{N}, on ait x∈Fn∗(cn)x\in F^*_n(c_n) et pn(cn+1)=cnp_n(c_{n+1}) =c_n.

Les parties φn(cn)\varphi_n(c_n) forment une base d’un filtre de Cauchy dans P; ce filtre converge vers un point pp de P, puisque P est complet. L’image de ce filtre par gg est un filtre F sur X, de base l’ensemble des Fn(cn)F_n(c_n) pour n∈Nn\in \mathbf{N}, qui converge vers g(p)g(p). Comme Fn∗(cn)F^*_n(c_n) est contenu dans Fn(cn)‾\overline{F_n(c_n)} et que xx appartient à chacun des Fn(cn),xF_n(c_n),x est un point adhérent à F, donc x=g(p)x=g(p) car l’espace X est séparé (TG, I, p. 52, prop. 1). Le point pp appartient à φ1(c1)‾\overline{\varphi_1(c_1)}, donc à φ0(c0)\varphi_0(c_0). Par suite, x∈F0(c0)x\in F_0(c_0).

Par conséquent, l’ensemble F0∗(c0)F^*_0(c_0) - F0(c0)F_0(c_0) est contenu dans G. C’est ainsi une partie maigre de X, donc aussi une partie approchable. Puisque F0(c0)=F0∗(c0)F_0(c_0) = F^*_0(c_0) - (F0∗(c0)(F^*_0(c_0) - F0(c0))F_0(c_0)) et que F0∗(c0)F^*_0(c_0) est approchable, F0(c0)F_0(c_0) est approchable, car les parties approchables de X forment une tribu. Comme C0C_0 est dénombrable, l’ensemble S qui est la réunion des F0(c0)F_0(c_0), pour c0∈C0c_0\in C_0, est encore approchable.

5. Relations d’équivalence maigres dans les espaces polonais

Lemme 3 021F

Soit (Ui)i∈I(U_i)_{i\in I} une famille finie d’ouverts non vides d’un espace topologique X et soit O une partie ouverte et dense de X×XX\times X. Il existe une famille (Vi)i∈I(V_i)_{i\in I} d’ouverts non vides de X tels que Vi⊂UiV_i\subset U_i pour tout i∈Ii\in I et tels que Vi×Vi′⊂OV_i\times V_{i'}\subset O pour tout couple (i,i′)(i, i') d’éléments distincts de I.

Pour tout couple (j1,j2)(j_1, j_2) d’éléments distincts de I, l’ensemble des familles (xi)∈XI(x_i)\in X^I tels que (xj1,xj2)∈O(x_{j_1}, x_{j_2})\in O est un ouvert dense de XIX^I. L’intersection Ω de ces ouverts, lorsque (j1,j2)(j_1, j_2) parcourt l’ensemble fini des couples d’éléments distincts de I est donc un ouvert dense de XIX^I. Par suite, Ω∩∏i∈IUi\Omega \cap \prod_{i\in I}U_i est un ouvert non vide de XIX^I, donc contient un ouvert de XIX^I de la forme ∏i∈IVi\prod_{i\in I}V_i, où pour tout i∈Ii\in I, ViV_i est une partie ouverte, non vide, de UiU_i. Cela démontre le lemme.

Proposition 8 021G

Soit P un espace topologique polonais non vide et soit R une relation d’équivalence dans P dont le graphe est une partie maigre de P×PP\times P. Il existe une application continue injective de l’ensemble {0,1}N\{0,1\}^{\mathbf{N}}, muni de la topologie produit des topologies discrètes, dans P dont l’image rencontre chaque classe d’équivalence suivant R en au plus un point.

Munissons l’espace P d’une distance dd compatible avec sa topologie pour laquelle il est complet. Soit (An)n∈N(A_n)_{n\in\mathbf{N}} une suite croissante de parties fermées de P×PP\times P, d’intérieurs vides, telles que le graphe ΓR\Gamma_R de la relation R soit contenue dans la réunion des AnA_n.

Soit O\mathscr{O} l’ensemble des parties ouvertes non vides de P. Nous allons construire par récurrence une suite (fn)n∈N(f_n)_{n\in\mathbf{N}}, où pour tout n,fnn,f_n est une application de {0,1}n\{0,1\}^n dans O\mathscr{O}, vérifiant les propriétés suivantes :

(i) Pour tout n⩾1n\geqslant 1, tout x∈{0,1}n−1x\in \{0,1\}^{n-1} et tout t∈{0,1}t\in \{0,1\}, l’adhérence de l’ouvert fn(x,t)f_n(x, t) est contenue dans fn−1(x)f_{n-1}(x) ;

(ii) Pour tout x∈{0,1}nx\in \{0,1\}^n, on a diam(fn(x)f_n(x))⩽2−n\leqslant 2^{-n};

(iii) Pour tout n⩾1n\geqslant 1 et tout couple (x,x′)(x, x') d’éléments distincts de {0,1}n,fn(x)×fn(x′)\{0,1\}^n,f_n(x)\times f_n(x') ne rencontre pas An−1A_{n-1}.

On choisit un ouvert non vide U de X de diamètre ⩽1\leqslant 1 et on définit f0f_0 comme l’application constante d’image {U}\{U\}. Supposons les applications f0,...,fnf_0, . . . , f_n construites.

Soit p:{0,1}n+1→{0,1}np:\{0,1\}^{n+1}\rightarrow \{0,1\}^n l’application définie par p(x0,...,xn)=p(x_0, . . . , x_n) = (x0,...,xn−1)(x_0, . . . , x_{n-1}). D’après le lemme 3 ci-dessus, appliqué à la famille des ouverts (fn(p(x)))(f_n(p(x))) pour x∈{0,1}n+1x\in \{0,1\}^{n+1} et à l’ouvert dense ∁An\complement A_n de P×PP\times P, il existe une famille (g(x))x∈{0,1}n+1(g(x))_{x\in \{0,1\}^{n+1}} d’ouverts non vides de P telle que g(x)⊂fn(p(x))g(x)\subset f_n(p(x)) pour tout xx et telle que (g(x)×g(x′))∩An(g(x)\times g(x'))\cap A_n soit vide pour tout couple (x,x′)(x, x') d’éléments distincts de {0,1}n+1\{0,1\}^{n+1}. On définit alors l’application fn+1f_{n+1} en choisissant, pour chaque élément x∈{0,1}n+1x\in \{0,1\}^{n+1}, une partie ouverte et non vide de g(x)g(x) dont le diamètre est ⩽2−n−1\leqslant 2^{-n-1} et dont l’adhérence est contenue dans g(x)g(x).

Pour tout élément x=(xn)n∈Nx= (x_n)_{n\in\mathbf{N}} de {0,1}N\{0,1\}^{\mathbf{N}}, la suite d’ensembles (fn(x0,...,xn−1))n∈N(f_n(x_0, . . . , x_{n-1}))_{n\in\mathbf{N}} est une suite décroissante de parties ouvertes de X dont chacune contient l’adhérence de la suivante et dont le diamètre tend vers 0 ; l’intersection de cette suite d’ensembles est donc réduite à un point (TG, II, p. 15) que l’on note f(x)f(x). Si deux points x,x′x,x' de {0,1}N\{0,1\}^{\mathbf{N}} vérifient xi=xi′x_i=x'_i pour i⩽ni\leqslant n, on a d(f(x),f(x′))⩽2−nd(f(x), f(x'))\leqslant 2^{-n}. Par conséquent, l’application f:{0,1}N→Pf:\{0,1\}^{\mathbf{N}}\rightarrow P est continue. Soient xx et x′x' des éléments distincts de {0,1}N\{0,1\}^{\mathbf{N}}. Pour n∈Nn\in \mathbf{N} tel que (x0,...,xn)≠(x_0, . . . , x_n)=\not (x0′,...,xn′)(x'_0, . . . , x'_n), l’ouvert fn+1(x0,...,xn)×fn+1(x0′,...,xn′)f_{n+1}(x_0, . . . , x_n)\times f_{n+1}(x'_0, . . . , x'_n) est disjoint de AnA_n, par définition de fn+1f_{n+1}, donc le couple (f(x),f(x′))(f(x), f(x')) n’appartient pas à AnA_n. Il en résulte que f(x)f(x) et f(x′)f(x') ne sont pas équivalents pour la relation R. Par conséquent, ff est injective et son image rencontre chaque classe d’équivalence suivant R en au plus un point. La proposition est ainsi démontrée.

6. Cardinal des groupes de Poincaré

Proposition 9 021H

Soit X un espace topologique délaçable et soit W\mathscr{W} une base de la topologie de X. Pour tout point xx de X, le cardinal du groupe π1(X,x)\pi_1(X, x) est majoré par sup(Card(W\mathscr{W}), Card(N\mathbf{N})). En particulier, le groupe de Poincaré d’un espace métrique de type dénombrable et délaçable est dénombrable.

En effet, l’espace λx(X)\lambda_x(X) muni de l’application terme est un revêtement connexe de X dont la fibre en xx est π1(X,x)\pi_1(X, x). L’assertion résulte alors de I, p. 40, th. 3.

Lemme 4 021I

Soit X un espace de Baire, soit G un groupe topologique opérant continûment dans X et soit B une partie approchable de X qui n’est pas maigre. L’ensemble des points g∈Gg\in G tels que B∩gB=∅̸B\cap gB=\not\emptyset est un voisinage de l’élement neutre de G.

Comme B est approchable, ∁B\complement B est aussi approchable, car l’ensemble des parties approchables de X est une tribu. Il existe donc une partie ouverte U de X telle que U∩∁BU\cap \complement B et B∩∁UB\cap \complement U soient maigres dans X.

Soient V un voisinage de l’élément neutre de G et W un ouvert non vide de X contenu dans U tels que V⋅W⊂UV\cdot W\subset U. Pour tout g∈Vg\in V, U∩gUU\cap gU n’est pas vide.

Soit g∈Gg\in G tel que B∩gBB\cap gB soit vide. Les relations

U∩gU=(U∩gU)∩∁(B∩gB) U\cap gU = (U\cap gU)\cap \complement (B\cap gB)
=(U∩gU)∩(∁B∪g∁B) = (U\cap gU)\cap (\complement B\cup g\complement B)
=(U∩gU∩∁B)∪(U∩gU∩g∁B) = (U\cap gU\cap \complement B)\cup (U\cap gU\cap g\complement B)
⊂(U∩∁B)∪g(U∩∁B) \subset (U\cap \complement B)\cup g(U\cap \complement B)

entraînent que U∩gUU\cap gU est maigre dans X. Comme c’est une partie ouverte et que X est un espace de Baire, elle est vide. On a donc g∉Vg\notin V, d’où le lemme.

Théorème 2 (Shelah[^1]) 021J

Soit X un espace polonais connexe et localement connexe par arcs et soit xx un point de X. Si X n’est pas délaçable, le groupe π1(X,x)\pi_1(X, x) a la puissance du continu.

Soit dd une distance définissant la topologie de X pour laquelle il est complet. Supposons que X n’est pas délaçable. Il existe alors un point a∈Xa\in X et, pour tout entier n⩾0n\geqslant 0, un lacet cnc_n en aa dans X dont l’image est de diamètre ⩽2−n\leqslant 2^{-n} et dont la classe dans π1(X,a)\pi_1(X, a) n’est pas triviale.

Notons K l’ensemble {0,1}N\{0,1\}^{\mathbf{N}} et munissons-le de la topologie produit, l’espace {0,1}\{0,1\} étant muni de la topologie discrète. Pour tout élément ε=(εn)\varepsilon = (\varepsilon_n) de K, soit cεc_{\varepsilon} l’application de I\mathbf{I} dans X définie par cε(0)=ac_{\varepsilon}(0) =a et, pour 2−n−1⩽t⩽2−n,cε(t)=cn(2n+1t−1)2^{-n-1}\leqslant t\leqslant 2^{-n},c_{\varepsilon}(t) =c_n(2^{n+1}t-1) si εn=1\varepsilon_n= 1 et cε(t)=ac_{\varepsilon}(t) =a sinon. On a cε(0)=cε(1)=ac_{\varepsilon}(0) =c_{\varepsilon}(1) =a. L’application cεc_{\varepsilon} est continue en tout point t∈]0,1]t\in ]0,1]. Elle l’est aussi en 0 car d(a,cε(t))⩽2−nd(a, c_{\varepsilon}(t))\leqslant 2^{-n} si t∈[0,2−n]t\in [0,2^{-n}]. L’application cεc_{\varepsilon} est donc un lacet dans X en aa.

Si ε\varepsilon et ε′\varepsilon ' sont des éléments de K tels que (ε0,...,εn)=(ε0′,...,εn′)(\varepsilon_0, . . . , \varepsilon_n) = (\varepsilon '_0, . . . , \varepsilon '_n), alors cε(t)=cε′(t)c_{\varepsilon}(t) =c_{\varepsilon'}(t) pour tout t∈[2−n−1,1]t\in [2^{-n-1},1] et d(cε(t),cε′(t))⩽d(c_{\varepsilon}(t), c_{\varepsilon'}(t))\leqslant d(a,cε(t))+d(a,cε′(t))⩽2−nd(a, c_{\varepsilon}(t)) +d(a, c_{\varepsilon'}(t))\leqslant 2^{-n} si t∈[0,2−n−1]t\in [0,2^{-n-1}]. Il en résulte que l’application ε↦cε\varepsilon \mapsto c_{\varepsilon} de K dans l’espace Ωa(X)\Omega_a(X) est continue, lorsqu’on munit l’espace Ωa(X)\Omega_a(X) de la topologie de la convergence compacte.

Notons Γ⊂K×K\Gamma \subset K\times K l’ensemble des couples (ε,ε′)(\varepsilon , \varepsilon ') tels que cεc_{\varepsilon} soit strictement homotope à cε′c_{\varepsilon'}. C’est le graphe d’une relation d’équivalence R dans K.

Lemme 5 021K

L’ensemble Γ est une partie maigre de K×KK\times K.

Notons Z l’espace K×K×Cc(I×I;X)K\times K\times \mathscr{C}_c(\mathbf{I}\times \mathbf{I}; X). La topologie de l’espace Cc(I×I;X)\mathscr{C}_c(\mathbf{I}\times \mathbf{I}; X) est définie par la distance δ\delta donnée par δ(h,h′)=\delta (h, h') = supu∈I×Id(h(u),h′(u))_{u\in\mathbf{I}\times\mathbf{I}}d(h(u), h'(u)) et il est complet pour cette distance (TG, X, p. 20, corollaire et TG, X, p. 9, cor. 1) ; d’après TG, X, p. 24, th. 1, cette topologie est de type dénombrable. L’espace Cc(I×I;X)\mathscr{C}_c(\mathbf{I}\times \mathbf{I}; X) est donc un espace polonais. Il en est de même de l’espace Z, car K est un espace polonais (TG, IX, p. 57, prop. 1).

Soit H le sous-ensemble de Z formé des triplets (ε,ε′,h)(\varepsilon , \varepsilon ', h) tels que hh soit une homotopie stricte reliant cεc_{\varepsilon} à cε′c_{\varepsilon'}. Les applications de Z dans X2X^2 données par at:(ε,ε′,h)↦(cε(t),h(t,0)),bt:(ε,ε′,h)↦a_t: (\varepsilon , \varepsilon ', h)\mapsto (c_{\varepsilon}(t), h(t,0)),b_t: (\varepsilon , \varepsilon ', h)\mapsto (cε′(t),h(t,1))(c_{\varepsilon'}(t), h(t,1)) et ct:(ε,ε′,h)↦(h(0,t),h(1,t))c_t: (\varepsilon , \varepsilon ', h)\mapsto (h(0, t), h(1, t)) sont continues, pour tout t∈It\in \mathbf{I}, car l’application ε↦cε\varepsilon \mapsto c_{\varepsilon} de K dans Ωa(X)\Omega_a(X) est continue, de même que les applications h↦h(s,t)h\mapsto h(s, t) de Cc(I×I;X)\mathscr{C}_c(\mathbf{I}\times \mathbf{I}; X) dans X.

Par définition, H est l’intersection des ensembles at−1(ΔX),bt−1(ΔX)\overset{-1}{a_{t}}(\Delta_X),\overset{-1}{b_{t}}(\Delta_X) et ct−1((a,a))\overset{-1}{c_{t}}((a, a)), pour t∈It\in \mathbf{I}, où ΔX\Delta_X désigne la diagonale de X. Cela démontre que H est une partie fermée de Z.

Par suite, H est un espace polonais. Soit p:Z→K×Kp: Z\rightarrow K\times K la projection canonique ; on a Γ=p(H)\Gamma =p(H) par définition. Comme K×KK\times K est séparé, Γ est un sous-ensemble souslinien de K×KK\times K (TG, IX, p. 59, déf. 2). D’après IV, p. 362, prop. 7, c’est une partie approchable de K×KK\times K.

Supposons que Γ ne soit pas maigre. L’espace K×KK\times K est un espace topologique compact donc un espace de Baire (TG, IX, p. 55, th. 1). Munissons le groupe G0G_0 des permutations de l’ensemble {0,1}\{0,1\} de la topologie discrète ; faisons opérer diagonalement le groupe topologique produit G=G0NG = G^{\mathbf{N}}_0 dans K={0,1}NK =\{0,1\}^{\mathbf{N}}. Le groupe G opère alors continûment dans K×KK\times K par l’application (g,(x,y))↦(x,g⋅y)(g,(x, y))\mapsto (x, g\cdot y). D’après le lemme 4, l’ensemble V des éléments g∈Gg\in G tels que Γ∩g⋅Γ=∅̸\Gamma \cap g\cdot \Gamma =\not\emptyset est un voisinage de l’élément neutre de G.

Soit g∈Vg\in V ; soit (ε,ε′)∈Γ∩gΓ(\varepsilon , \varepsilon ')\in \Gamma \cap g\Gamma. Comme (ε,ε′)∈Γ(\varepsilon , \varepsilon ')\in \Gamma, on a R{ε,ε′}R\{\varepsilon , \varepsilon '\}; comme (ε,ε′)∈gΓ,g−1⋅(ε,ε′)=(ε,g−1ε′)∈Γ(\varepsilon , \varepsilon ')\in g\Gamma ,g^{-1}\cdot (\varepsilon , \varepsilon ') = (\varepsilon , g^{-1}\varepsilon ')\in \Gamma, si bien que R{ε,g−1ε′}R\{\varepsilon , g^{-1}\varepsilon '\}. Nous avons ainsi démontré que, pour tout g∈Vg\in V, il existe ε∈K\varepsilon \in K tel que ε\varepsilon et gεg\varepsilon soient équivalents pour R.

Pour m∈Nm\in \mathbf{N}, désignons par τm\tau_m l’élément de G dont tous les termes sont égaux à ee sauf celui d’indice mm qui est égal à l’élément non trivial τ\tau de G0G_0. Il existe un entier mm tel que τm\tau_m appartienne à V ; soit alors ε∈K\varepsilon \in K tel que ε\varepsilon et ε′=τm⋅ε\varepsilon '=\tau_m\cdot \varepsilon soient équivalents pour R. Cela entraîne que les lacets cεc_{\varepsilon} et cε′c_{\varepsilon'} sont strictement homotopes. Par construction, ces lacets coïncident sur les intervalles [0,2−m−1][0,2^{-m-1}] et [2−m,1][2^{-m},1] ; sur l’intervalle [2−m−1,2−m][2^{-m-1},2^{-m}], l’un est l’application constante d’image aa et l’autre est l’application t↦cm(2m+1t−1)t\mapsto c_m(2^{m+1}t-1). Il en résulte que cmc_m est strictement homotope au lacet constant d’image {a}\{a\}, d’où une contradiction. Le lemme 5 est ainsi démontré.

Terminons maintenant la démonstration du théorème 2. D’après la prop. 8, il existe une application continue injective γ\gamma de {0,1}N\{0,1\}^{\mathbf{N}} dans K dont l’image rencontre toute classe d’équivalence suivant R en au plus un point. Si kk et k′k' sont des éléments distincts de {0,1}N\{0,1\}^{\mathbf{N}}, les lacets cγ(k)c_{\gamma(k)} et cγ(k′)c_{\gamma(k')} ne sont pas strictement homotopes dans X et l’application {0,1}N→π1(X,a)\{0,1\}^{\mathbf{N}}\rightarrow \pi_1(X, a) donnée par k↦[cγ(k)]k\mapsto [c_{\gamma(k)}] est injective. En particulier, Card(π1(X,a)\pi_1(X, a))⩾\geqslant Card({0,1}N\{0,1\}^{\mathbf{N}}) == Card(P(N)\mathfrak{P}(\mathbf{N})). Comme X est un espace topologique métrisable de type dénombrable, il en est de même de Ωa(X)\Omega_a(X) (TG, X, p. 24, th. 1). Par suite, Ωa(X)\Omega_a(X) est homéomorphe à un sous-espace de [0,1]N[0,1]^{\mathbf{N}} (TG, IX, p. 18, prop. 12) et

Card(Ωa(X)_a(X))⩽\leqslant Card([0,1]N,1]^{\mathbf{N}}) == Card(P(N)N\mathfrak{P}(\mathbf{N})^{\mathbf{N}})

= Card(P(N×N)\mathfrak{P}(\mathbf{N}\times \mathbf{N})) == Card(P(N)\mathfrak{P}(\mathbf{N})).

A fortiori, Card(π1(X,a)\pi_1(X, a))⩽\leqslant Card(P(N)\mathfrak{P}(\mathbf{N})). Il résulte alors du cor. 2 de E, III, p. 25, que π1(X,a)\pi_1(X, a) a la puissance du continu, ce qu’il fallait démontrer.

Exemple 021L

Soit P l’espace topologique réunion des cercles de centre (2/n,0)(2/n,0) passant par l’origine du plan R2\mathbf{R}^2, pour n⩾n\geqslant 1 (III, p. 336, exerc. 6). Le groupe de Poincaré de P a la puissance du continu (III, p. 338, exerc. 9).

Exercices

See the exercises for § 2.

[^1]: Voir « Can the fundamental (homotopy) group of a space be the rationals ? », Proc. Amer. Math. Soc. 103 (1988), no. 2, p. 627–632. La preuve qui suit est basée sur l’article de J. Pawlikowski, « The fundamental group of a compact metric space », Proc. Amer. Math. Soc. 126 (1998), no. 10, p. 3083–3087.

Transcrit du volume imprimé. Non traduit.