§ 2. Groupes de Poincaré des espaces délaçables
1. Propriétés des homomorphismes
Soient A et B des espaces topologiques, soit un revêtement de A, soit un revêtement de B, soient et des applications continues telles que . Soit un point de A et soit . Pour tout et tout , on a , d’après la relation (3), III, p. 304. Si le diagramme
E
A B
est un carré cartésien, l’application induit une bijection de sur . L’opération de dans la fibre est alors la composée de l’opération du groupe dans et de l’homomorphisme de dans .
Proposition 1 020S
Soient A un espace topologique délaçable, B un espace topologique localement connexe par arcs et soit une application continue. Soient un point de A et . Supposons que tout revêtement de A soit isomorphe à l’image réciproque par d’un revêtement de B. Alors, l’homomorphisme est injectif.
Comme l’espace A est délaçable, il existe un revêtement E de A dont la fibre est un -ensemble principal homogène (IV, p. 342, théorème 1). Par hypothèse, cette opération se déduit par l’homomorphisme d’une opération de sur . Ceci implique l’injectivité de l’homomorphisme .
Proposition 2 020T
Soient A un espace topologique connexe et localement connexe par arcs, B un espace topologique délaçable, et soit une application continue. Soient un point de A et . Les assertions suivantes sont équivalentes :
(i) L’homomorphisme est surjectif.
(ii) Pour tout couple de revêtements de B, l’application
qui, à un B-morphisme , associe le A-morphisme
est bijective.
Au moyen de l’homomorphisme , tout -ensemble est muni d’une structure de -ensemble. La condition (i) est alors équivalente à la condition (i) suivante :
(i) Pour tout couple de -ensembles, tout -morphisme de F dans est un -morphisme.
En effet, si l’homomorphisme est surjectif, tout -morphisme de -ensembles est un -morphisme. Inversement, prenons un -ensemble F réduit à un point et posons . L’application de F dans dont l’image est est un -morphisme mais n’est pas un -morphisme si n’est pas réduit à un point, c’est-à-dire si n’est pas surjectif.
Comme l’espace B est délaçable, tout -ensemble est isomorphe au -ensemble , où E est un revêtement de B (IV, p. 344, remarque 1). L’équivalence de (i) et (ii) résulte donc de la prop. 2 de III, p. 310.
Proposition 3 020U
Soit B un espace topologique délaçable et soit A un sous-espace connexe et localement connexe par arcs de B (par exemple une partie ouverte et connexe). Soit un point de A. Les propriétés suivantes sont équivalentes :
(i) Tout revêtement de B est trivialisable au-dessus de A.
(ii) L’image de l’homomorphisme de dans déduit de l’injection canonique est réduite à l’élément neutre.
L’implication (ii)(i) résulte du corollaire 3 (III, p. 309).
Inversement, supposons que tout revêtement de B soit trivialisable au-dessus de A. C’est en particulier le cas du revêtement simplement connexe par arcs (IV, p. 342, th. 1), si bien que l’homomorphisme est trivial (III, p. 309, cor. 3 de la prop. 1).
2. Applications relativement connexes
Définition 1 020V
Soient X et Y des espaces topologiques et soit une application continue de X dans Y. On dit que l’application est relativement connexe si tout point de Y possède un système fondamental
de voisinages constitué d’ensembles V tels que soit connexe et non vide.
Soit une application continue ; pour que soit relativement connexe, il faut et il suffit que tout point de Y possède un voisinage V tel que l’application déduite de soit relativement connexe.
Soient X et Y des espaces topologiques et soit une application continue relativement connexe. L’image de est dense dans Y. Pour toute partie ouverte de Y, l’application est relativement connexe.
Proposition 4 020W
Soient X et Y des espaces topologiques et soit une application continue relativement connexe.
a) Pour toute composante connexe U de X est une partie
connexe, ouverte et fermée de Y, et l’on a .
b) Pour toute composante connexe V de Y, il existe une composante connexe U de X telle que . L’application de U dans V déduite de par passage aux sous-ensembles est relativement connexe.
c) Les composantes connexes de X ( resp. de Y) sont ouvertes et fermées.
a) Soit V l’ensemble des qui possèdent un voisinage W tel que
soit connexe et rencontre U ; c’est un ouvert de Y. Il contient car est relativement connexe. Inversement, soit ; soit
W un voisinage de tel que soit connexe et rencontre U. Pour
tout voisinage de tel que soit connexe, n’est
pas vide, donc est connexe (TG, I, p. 81, prop. 2). Par
hypothèse, rencontre U ; on a donc et, a fortiori, . Cela démontre que ; par suite, . En particulier, l’ensemble est ouvert et fermé dans Y ; la prop. 1 (TG, I, p. 81) entraîne en outre qu’il est connexe.
Les arguments qui précèdent montrent de plus que ,
d’où l’égalité , l’autre inclusion étant évidente. En particulier, U est ouvert et fermé dans X.
b) Soit V la composante connexe d’un point de Y, soit W un
voisinage de tel que soit connexe et non vide et soit U la
composante connexe de X qui contient . Comme , il résulte de a) et de la définition de la composante connexe de que . Par suite, V est ouvert et fermé dans Y.
Corollaire 1 020X
Soient X et Y des espaces topologiques et soit une application continue et relativement connexe. Par passage aux composantes connexes, l’application induit une bijection de l’ensemble des composantes connexes de X sur l’ensemble des composantes connexes de Y.
Corollaire 2 020Y
Soient X et Y des espaces topologiques et soit Y une application continue. Pour que soit relativement connexe, il faut et il suffit que les trois propriétés suivantes soient satisfaites :
a) L’image est dense dans Y ;
b) L’espace Y est localement connexe ;
c) Pour tout ensemble ouvert et connexe V de Y, l’ensemble est connexe.
Supposons que l’application soit relativement connexe. La densité de dans Y résulte de la définition d’une application relativement
connexe. Soit V un ouvert de Y ; l’application V est relativement connexe. D’après la prop. 4, les composantes connexes de V sont ouvertes et fermées dans V. Il en résulte que Y est localement connexe (TG, I, p. 85, prop. 11). Pour démontrer l’assertion c), il suffit de démontrer que X est connexe si Y l’est. D’après le lemme, il existe
une composante connexe U de X telle que et , d’où U = X et X est connexe.
Inversement, supposons que les conditions a), b), c) sont vérifiées et montrons que est relativement connexe. Soit un point de Y ; puisque Y est localement connexe, admet un système fondamental de voisinages ouverts connexes. Si W est un tel voisinage, les conditions
c) et a) impliquent que est connexe et non vide. Par suite, l’application est relativement connexe.
Corollaire 3 020Z
Soient X et Y des espaces topologiques et soit une application continue et relativement connexe. Soit F un ensemble et soit une application localement constante. Il existe une unique application localement constante telle que .
La restriction de à toute composante connexe de X est constante. D’après le corollaire 1, il existe une application , constante sur chaque composante connexe de Y, telle que . L’application est localement constante, car les composantes connexes de Y sont ouvertes. L’unicité d’une telle application résulte de ce que est dense dans Y.
Exemple 1 0210
Soit X un espace topologique et soit R une relation d’équivalence dans X. Notons Y l’espace topologique quotient et l’application canonique. Supposons que les classes d’équivalences de R soient connexes. Alors, pour toute partie ouverte et
connexe V de Y, l’ensemble est connexe (TG, I, p. 23, corollaire 1 et p. 82, proposition 7). Si l’espace Y est localement connexe, l’application est ainsi relativement connexe.
Exemple 2 0211
Soit Y un espace topologique localement connexe par arcs et soit X une partie ouverte de Y. L’espace des chemins dans X s’identifie à un sous-espace de l’espace des chemins dans Y ; supposons qu’il soit dense. L’injection canonique de X dans Y est alors une application relativement connexe.
Il suffit en effet de démontrer que, pour tout ouvert connexe et non vide V de Y, l’ensemble est connexe et non vide. L’espace est un ouvert non vide de ; il rencontre , ce qui prouve que . Soient et des points de . Comme est localement connexe par arcs, les points et ont des voisinages ouverts U et , connexes par arcs et contenus dans . Comme V est connexe par arcs (III, p. 260, prop. 7), il existe un chemin dans V qui relie à . Par l’hypothèse de densité et la définition de la topologie de la convergence compacte, il existe un chemin dans reliant un point de U à un point de . Il existe alors un chemin reliant à dans , ce qui prouve que l’ensemble est connexe.
Proposition 5 0212
Soient X et Y des espaces topologiques et soit Y une application continue et relativement connexe. Pour tout couple de revêtements de Y, l’application est bijective.
Soient le faisceau sur X des X-morphismes de dans et soit le faisceau sur Y des Y-morphismes de T dans I, p. 45, exemple 4). Pour tout ouvert U de Y, posons
. Les applications définissent un morphisme de faisceaux et il suffit de démontrer que est un isomorphisme de faisceaux.
Comme Y est localement connexe (IV, p. 354, cor. 2), les ensembles ouverts connexes au-dessus desquels T et sont trivialisables forment une base de la topologie de Y. D’après le corollaire 2 de I, p. 55, il suffit de démontrer que pour un tel ouvert U, l’application est bijective, ce qui nous permet de supposer que Y est connexe et que les revêtements T et sont les revêtements triviaux et où F et sont des ensembles munis de la topologie discrète. L’application identifie le X-espace à (resp. le X-espace à ). Comme l’espace X est connexe (IV, p. 354, cor. 2), les ensembles et s’identifient tous deux à l’ensemble des applications de F dans , et l’application s’identifie à l’application identique de . Cela conclut la démonstration.
Corollaire 1 0213
Soient X et Y des espaces topologiques et soit une application continue relativement connexe. Soient T et des revêtements de Y. Si les revêtements et de X sont isomorphes, les revêtements T et sont isomorphes.
Soient en effet et des X-isomorphismes réciproques l’un de l’autre. D’après la proposition 5, il existe des Y-morphismes et tels que et . On a alors Id, donc Id, car l’application est injective. De même, Id. Les revêtements T et sont donc isomorphes.
Corollaire 2 0214
Soient X et Y des espaces topologiques et soit une application continue et relativement connexe. Si l’espace X est simplement connexe, il en est de même de l’espace Y.
D’après le corollaire 1, tout revêtement de Y est en effet trivialisable.
Corollaire 3 0215
Soient X un espace topologique localement connexe par arcs, Y un espace topologique délaçable et soit Y une application continue relativement connexe. Pour tout point de X, l’homomorphisme est surjectif.
D’après IV, p. 353, prop. 4, on peut supposer que les espaces X et Y sont connexes. Le corollaire résulte alors de la proposition 5 et de la proposition 2 de IV, p. 352.
Proposition 6 0216
Soient X et Y des espaces topologiques et soit une application continue et relativement connexe. Supposons que tout point de Y possède un voisinage ouvert V dont l’image réciproque soit simplement connexe. Alors, pour tout revêtement Z de X, il existe un revêtement T de Y tel que soit X-isomorphe à Z.
Soit l’ensemble des ouverts de Y dont l’image réciproque dans X
est simplement connexe. Pour tout , le revêtement
de est trivialisable ; il existe ainsi un espace discret et un
isomorphisme de revêtements . Pour tout
couple d’ouverts appartenant à , l’application est relativement connexe. D’après la proposition 5 de IV, p. 356, il existe un unique isomorphisme de revêtements de , , tel que l’on ait pour tout et tout . Si V, sont des éléments de , on a pour tout et tout . Il existe alors un unique Y-espace T et, pour tout , un isomorphisme , tel que l’on ait pour tout couple d’ouverts appartenant à , tout et tout cf. TG, I, p. 16). L’espace T est en particulier un revêtement de Y. Il existe en outre une
unique application de sur Z dont la restriction à est donnée par et c’est un isomorphisme de X-espaces, d’où la proposition.
Corollaire 0217
Soient X et Y des espaces topologiques délaçables et soit une application continue et relativement connexe. Supposons que tout point de Y possède un voisinage V dont l’image
réciproque soit simplement connexe. Alors, pour tout point de X, l’homomorphisme est bijectif.
On peut supposer les espaces X et Y connexes (IV, p. 353, prop. 4). D’après le corollaire 3 (IV, p. 357), l’homomorphisme est surjectif. La proposition 6 et la proposition 1 de IV, p. 351 entraînent qu’il est injectif.
Remarque 0218
Soit Y un espace topologique, soient X, et des sous-espaces de Y tels que . Supposons que l’injection canonique de X dans Y soit relativement connexe. Pour toute partie ouverte connexe V de Y, l’ensemble est connexe et dense dans V (IV, p. 354, cor. 2) ; par suite, l’ensemble est connexe (TG, I, p. 81, prop. 1). Cela démontre que l’injection canonique de dans est relativement connexe.
Soit V une partie ouverte de Y ; d’après ce qui précède, l’injection canonique de dans est relativement connexe. Si l’ensemble est simplement connexe, l’est aussi, en vertu du corollaire 2 de IV, p. 357. Par suite, si l’injection canonique de X dans Y satisfait aux hypothèses de la proposition 6, il en est de même de l’injection canonique de dans .
Exemple 0219
Soit Y une variété différentielle localement de dimension finie et soit Z une sous-variété fermée de Y (VAR, R, 5.8.3). Posons X = Y-Z.
a) Si la codimension de Z est au moins 2 en tout point, l’injection canonique de X dans Y est relativement connexe. Soit en effet un point de Z ; il existe un voisinage ouvert V de dans Y et un homéomorphisme de V sur un espace vectoriel E de dimension finie sur tel que soit un sous-espace vectoriel F de E dont la codimension est . L’ensemble E-F est connexe (TG, VI, p. 5, proposition 4), d’où l’assertion.
b) Supposons de plus que la codimension de Z soit au moins égale à 3 en tout point ; les hypothèses de la proposition 6 et de son corollaire sont alors satisfaites car, avec les notations de l’alinéa précédent, E-F est simplement connexe (I, p. 128, exemple 4).
Les variétés différentielles étant des espaces délaçables (IV, p. 347), les résultats de ce n admettent le cas particulier suivant.
Soient Y une variété différentielle localement de dimension finie, Z une sous-variété fermée de Y et l’injection canonique de Y-Z dans Y.
a) Si la codimension de Z dans Y est en tout point, la variété Y-Z est dense dans Y et l’application est surjective.
b) Si la codimension de Z dans Y est en tout point, l’application est bijective et, pour tout point de Y-Z, l’application est surjective.
c) Si la codimension de Z dans Y est en tout point, les applications et sont bijectives, pour tout point de Y-Z.
3. Présentation des groupes de Poincaré
Théorème 1 021A
Soit X un espace topologique compact délaçable et soit un point de X. Le groupe de Poincaré est de présentation finie.
La composante connexe par arcs de dans X est ouverte, fermée et est délaçable ; cela permet de supposer que l’espace X est connexe. Comme l’espace X est délaçable, le X-espace , muni de l’application terme, est un revêtement non vide et simplement connexe par arcs (IV, p. 342, th. 1). Le groupe G = Aut est isomorphe à ; il s’agit donc de démontrer que le groupe G est de présentation finie.
Comme X est compact, tout point de X possède un voisinage compact au-dessus duquel le revêtement E est trivialisable (TG, I, p. 65, corollaire). Comme X est localement connexe, tout possède un voisinage ouvert , connexe et contenu dans . Soit F une partie finie de X telle que les , pour , recouvrent X. Soit le cardinal de F.
Montrons par récurrence qu’il existe, pour tout entier tel que 1 , une partie A de cardinal contenue dans F et, pour , une section de au-dessus de , telles que la réunion des , pour , soit une partie connexe de E. L’assertion est vraie pour . Supposons-la vraie pour un entier tel que et démontrons qu’elle est vraie pour . Soit A une partie de F de cardinal et, pour tout , soit une section de E au-dessus de , telles que soit connexe. Les ouverts et ne sont pas vides et recouvrent X ; leur intersection n’est donc pas vide, car X est connexe. Il existe ainsi et . Posons et choisissons une section de E au-dessus de telle que . Les ouverts connexes et ne sont pas vides et ont un point commun ; leur réunion est donc connexe. Cela démontre l’assertion pour . Par récurrence, elle est donc vraie pour tout entier .
Appliquons ce qui précède à ; il existe alors, pour tout , une section de E au-dessus de , de sorte que soit un ouvert connexe de E. On a . Comme le groupe G opère transitivement dans chaque fibre du revêtement E, on a GU = E.
L’adhérence de U est contenue dans donc est compacte. L’opération de G dans E est propre (I, p. 96, cor. 1), donc l’ensemble des couples tels que et est une partie compacte de (TG, I, p. 77, prop. 6). Il s’ensuit que l’ensemble des tels que est compact. Comme il est discret, il est fini. A fortiori, l’ensemble des tels que est fini. Le théorème découle ainsi de la prop. 10 de I, p. 136.
4. Compléments sur les espaces polonais
Lemme 1 021B
Soit X un espace topologique et soit A une partie de X. Pour que A soit maigre, il faut et il suffit qu’il existe un recouvrement ouvert de X tel que soit maigre dans pour tout .
Soit l’ensemble des parties ouvertes U de X telles que soit maigre. L’ensemble des parties de formées d’ouverts deux à deux disjoints, ordonné par l’inclusion, est inductif. Soit un élément maximal ; il en existe d’après E, III, p. 20, th. 2.
Soit O la réunion des ouverts de X appartenant à . Pour tout ouvert , soit une suite de parties rares de U dont soit la réunion. Pour tout entier , la réunion des parties , pour U parcourant , est rare relativement à O (TG, IX, p. 52, prop. 1). D’après TG, IX, p. 53, prop. 2, est une partie rare de X, car O est ouvert dans X. Par conséquent, l’ensemble , égal à la réunion des , est une partie maigre de X.
Soit F le complémentaire de O. C’est une partie fermée de X ; démontrons qu’elle est d’intérieur vide. Dans le cas contraire, soit un point intérieur de F. Par hypothèse, il existe un voisinage ouvert V de , qu’on peut supposer contenu dans F, tel que soit maigre. Alors V est disjoint des ouverts de X appartenant à et est un ensemble d’ouverts deux à deux disjoints appartenant à , ce qui contredit la maximalité de . La relation
entraîne alors que A est maigre, ce qu’il fallait démontrer.
Soit X un espace topologique.
Rappelons (TG, IX, p. 69) qu’une partie A de X est dite approchable s’il existe un ouvert U de X tel que et soient maigres dans X. L’ensemble des parties approchables de X est une tribu qui contient la tribu borélienne (TG, IX, p. 69, lemme 8 et sa démonstration). Une partie maigre est approchable.
Pour toute partie A de X, soit D(A) l’ensemble des points tels que pour tout voisinage V de ne soit pas maigre. On pose aussi .
Lemme 2 021C
Soit X un espace topologique et soit A une partie de X.
a) L’ensemble D(A) est fermé dans X ; son complémentaire est le plus grand ouvert U de X tel que soit un ensemble maigre.
b) Pour que A soit maigre, il faut et il suffit que D(A) soit vide.
c) L’ensemble est approchable.
d) Pour tout ensemble approchable B de X contenant A, est maigre.
Soit U la réunion des ouverts V de X tels que soit maigre. Pour qu’un point appartienne à U, il faut et il suffit qu’il possède un voisinage V tel que soit maigre. On a ainsi et D(A) est donc une partie fermée de X. Par construction, le sous-espace U possède un recouvrement par des parties ouvertes dont l’intersection avec A est maigre. D’après le lemme 1, appliqué à l’espace topologique U et au sous-ensemble , est maigre dans U, donc aussi dans X. Cela démontre l’assertion a), car, par construction, tout ouvert V de X tel que soit maigre est contenu dans U.
L’assertion b) en découle immédiatement.
c) On a . L’ensemble D(A) est fermé, donc approchable (IV, p. 361) ; la partie maigre l’est aussi. Par suite, est approchable (loc. cit.).
d) Soit B une partie approchable de X qui contient A. Son complémentaire est alors une partie approchable de X (loc. cit.) et il existe donc un ouvert V de X tel que et soient maigres. Comme , est encore maigre, d’où . Puisque est contenu dans , c’est aussi une partie maigre de X. Finalement, les inclusions
démontrent que est une partie maigre de X.
Remarque 1 021D
Soit G un groupe topologique et soit A une partie maigre de G. Supposons que A contienne un ouvert non vide U de G et soit un point de U. Alors, U est maigre et pour tout est un voisinage de dans G. Par suite, tout point de G possède un voisinage maigre, donc G est maigre (IV, p. 360, lemme 1).
Inversement, si G n’est pas maigre, toute partie maigre est d’intérieur vide et G est un espace de Baire. Comme un espace de Baire n’est pas maigre, cela démontre l’assertion suivante : Pour qu’un groupe topologique soit un espace de Baire, il faut et il suffit qu’il ne soit pas maigre.
Proposition 7 021E
Soit X un espace séparé. Tout sous-espace souslinien (TG, IX, p. 59, déf. 2) de X est approchable.
Soit S un sous-espace souslinien de X. Par définition, il existe un espace métrique complet de type dénombrable P et une application continue et surjective de P dans S. D’après TG, IX, p. 64, lemme 3, il existe un criblage de l’espace métrique P.
Pour tout entier et tout , notons l’image de l’ensemble par ; posons aussi et
Pour tout est approchable (IV, p. 361, lemme 2, c)). Comme est dénombrable, la réunion des parties approchables , pour parcourant , est encore une partie approchable de X. Elle contient la réunion des qui est égale à . Par suite (loc. cit., d)), est une partie maigre de X. La réunion G des parties , pour et , est donc une partie maigre de X.
Soit et soit un élément de ; démontrons que . Puisque et que , il existe tel que , d’après la relation (1). Par récurrence, il existe un élément de tel que, pour tout entier , on ait et .
Les parties forment une base d’un filtre de Cauchy dans P; ce filtre converge vers un point de P, puisque P est complet. L’image de ce filtre par est un filtre F sur X, de base l’ensemble des pour , qui converge vers . Comme est contenu dans et que appartient à chacun des est un point adhérent à F, donc car l’espace X est séparé (TG, I, p. 52, prop. 1). Le point appartient à , donc à . Par suite, .
Par conséquent, l’ensemble - est contenu dans G. C’est ainsi une partie maigre de X, donc aussi une partie approchable. Puisque - - et que est approchable, est approchable, car les parties approchables de X forment une tribu. Comme est dénombrable, l’ensemble S qui est la réunion des , pour , est encore approchable.
5. Relations d’équivalence maigres dans les espaces polonais
Lemme 3 021F
Soit une famille finie d’ouverts non vides d’un espace topologique X et soit O une partie ouverte et dense de . Il existe une famille d’ouverts non vides de X tels que pour tout et tels que pour tout couple d’éléments distincts de I.
Pour tout couple d’éléments distincts de I, l’ensemble des familles tels que est un ouvert dense de . L’intersection Ω de ces ouverts, lorsque parcourt l’ensemble fini des couples d’éléments distincts de I est donc un ouvert dense de . Par suite, est un ouvert non vide de , donc contient un ouvert de de la forme , où pour tout , est une partie ouverte, non vide, de . Cela démontre le lemme.
Proposition 8 021G
Soit P un espace topologique polonais non vide et soit R une relation d’équivalence dans P dont le graphe est une partie maigre de . Il existe une application continue injective de l’ensemble , muni de la topologie produit des topologies discrètes, dans P dont l’image rencontre chaque classe d’équivalence suivant R en au plus un point.
Munissons l’espace P d’une distance compatible avec sa topologie pour laquelle il est complet. Soit une suite croissante de parties fermées de , d’intérieurs vides, telles que le graphe de la relation R soit contenue dans la réunion des .
Soit l’ensemble des parties ouvertes non vides de P. Nous allons construire par récurrence une suite , où pour tout est une application de dans , vérifiant les propriétés suivantes :
(i) Pour tout , tout et tout , l’adhérence de l’ouvert est contenue dans ;
(ii) Pour tout , on a diam();
(iii) Pour tout et tout couple d’éléments distincts de ne rencontre pas .
On choisit un ouvert non vide U de X de diamètre et on définit comme l’application constante d’image . Supposons les applications construites.
Soit l’application définie par . D’après le lemme 3 ci-dessus, appliqué à la famille des ouverts pour et à l’ouvert dense de , il existe une famille d’ouverts non vides de P telle que pour tout et telle que soit vide pour tout couple d’éléments distincts de . On définit alors l’application en choisissant, pour chaque élément , une partie ouverte et non vide de dont le diamètre est et dont l’adhérence est contenue dans .
Pour tout élément de , la suite d’ensembles est une suite décroissante de parties ouvertes de X dont chacune contient l’adhérence de la suivante et dont le diamètre tend vers 0 ; l’intersection de cette suite d’ensembles est donc réduite à un point (TG, II, p. 15) que l’on note . Si deux points de vérifient pour , on a . Par conséquent, l’application est continue. Soient et des éléments distincts de . Pour tel que , l’ouvert est disjoint de , par définition de , donc le couple n’appartient pas à . Il en résulte que et ne sont pas équivalents pour la relation R. Par conséquent, est injective et son image rencontre chaque classe d’équivalence suivant R en au plus un point. La proposition est ainsi démontrée.
6. Cardinal des groupes de Poincaré
Proposition 9 021H
Soit X un espace topologique délaçable et soit une base de la topologie de X. Pour tout point de X, le cardinal du groupe est majoré par sup(Card(), Card()). En particulier, le groupe de Poincaré d’un espace métrique de type dénombrable et délaçable est dénombrable.
En effet, l’espace muni de l’application terme est un revêtement connexe de X dont la fibre en est . L’assertion résulte alors de I, p. 40, th. 3.
Lemme 4 021I
Soit X un espace de Baire, soit G un groupe topologique opérant continûment dans X et soit B une partie approchable de X qui n’est pas maigre. L’ensemble des points tels que est un voisinage de l’élement neutre de G.
Comme B est approchable, est aussi approchable, car l’ensemble des parties approchables de X est une tribu. Il existe donc une partie ouverte U de X telle que et soient maigres dans X.
Soient V un voisinage de l’élément neutre de G et W un ouvert non vide de X contenu dans U tels que . Pour tout , n’est pas vide.
Soit tel que soit vide. Les relations
entraînent que est maigre dans X. Comme c’est une partie ouverte et que X est un espace de Baire, elle est vide. On a donc , d’où le lemme.
Théorème 2 (Shelah[^1]) 021J
Soit X un espace polonais connexe et localement connexe par arcs et soit un point de X. Si X n’est pas délaçable, le groupe a la puissance du continu.
Soit une distance définissant la topologie de X pour laquelle il est complet. Supposons que X n’est pas délaçable. Il existe alors un point et, pour tout entier , un lacet en dans X dont l’image est de diamètre et dont la classe dans n’est pas triviale.
Notons K l’ensemble et munissons-le de la topologie produit, l’espace étant muni de la topologie discrète. Pour tout élément de K, soit l’application de dans X définie par et, pour si et sinon. On a . L’application est continue en tout point . Elle l’est aussi en 0 car si . L’application est donc un lacet dans X en .
Si et sont des éléments de K tels que , alors pour tout et si . Il en résulte que l’application de K dans l’espace est continue, lorsqu’on munit l’espace de la topologie de la convergence compacte.
Notons l’ensemble des couples tels que soit strictement homotope à . C’est le graphe d’une relation d’équivalence R dans K.
Lemme 5 021K
L’ensemble Γ est une partie maigre de .
Notons Z l’espace . La topologie de l’espace est définie par la distance donnée par sup et il est complet pour cette distance (TG, X, p. 20, corollaire et TG, X, p. 9, cor. 1) ; d’après TG, X, p. 24, th. 1, cette topologie est de type dénombrable. L’espace est donc un espace polonais. Il en est de même de l’espace Z, car K est un espace polonais (TG, IX, p. 57, prop. 1).
Soit H le sous-ensemble de Z formé des triplets tels que soit une homotopie stricte reliant à . Les applications de Z dans données par et sont continues, pour tout , car l’application de K dans est continue, de même que les applications de dans X.
Par définition, H est l’intersection des ensembles et , pour , où désigne la diagonale de X. Cela démontre que H est une partie fermée de Z.
Par suite, H est un espace polonais. Soit la projection canonique ; on a par définition. Comme est séparé, Γ est un sous-ensemble souslinien de (TG, IX, p. 59, déf. 2). D’après IV, p. 362, prop. 7, c’est une partie approchable de .
Supposons que Γ ne soit pas maigre. L’espace est un espace topologique compact donc un espace de Baire (TG, IX, p. 55, th. 1). Munissons le groupe des permutations de l’ensemble de la topologie discrète ; faisons opérer diagonalement le groupe topologique produit dans . Le groupe G opère alors continûment dans par l’application . D’après le lemme 4, l’ensemble V des éléments tels que est un voisinage de l’élément neutre de G.
Soit ; soit . Comme , on a ; comme , si bien que . Nous avons ainsi démontré que, pour tout , il existe tel que et soient équivalents pour R.
Pour , désignons par l’élément de G dont tous les termes sont égaux à sauf celui d’indice qui est égal à l’élément non trivial de . Il existe un entier tel que appartienne à V ; soit alors tel que et soient équivalents pour R. Cela entraîne que les lacets et sont strictement homotopes. Par construction, ces lacets coïncident sur les intervalles et ; sur l’intervalle , l’un est l’application constante d’image et l’autre est l’application . Il en résulte que est strictement homotope au lacet constant d’image , d’où une contradiction. Le lemme 5 est ainsi démontré.
Terminons maintenant la démonstration du théorème 2. D’après la prop. 8, il existe une application continue injective de dans K dont l’image rencontre toute classe d’équivalence suivant R en au plus un point. Si et sont des éléments distincts de , les lacets et ne sont pas strictement homotopes dans X et l’application donnée par est injective. En particulier, Card() Card() Card(). Comme X est un espace topologique métrisable de type dénombrable, il en est de même de (TG, X, p. 24, th. 1). Par suite, est homéomorphe à un sous-espace de (TG, IX, p. 18, prop. 12) et
Card(Ω) Card([0) Card()
= Card() Card().
A fortiori, Card() Card(). Il résulte alors du cor. 2 de E, III, p. 25, que a la puissance du continu, ce qu’il fallait démontrer.
Exemple 021L
Soit P l’espace topologique réunion des cercles de centre passant par l’origine du plan , pour 1 (III, p. 336, exerc. 6). Le groupe de Poincaré de P a la puissance du continu (III, p. 338, exerc. 9).
Exercices
See the exercises for § 2.
[^1]: Voir « Can the fundamental (homotopy) group of a space be the rationals ? », Proc. Amer. Math. Soc. 103 (1988), no. 2, p. 627–632. La preuve qui suit est basée sur l’article de J. Pawlikowski, « The fundamental group of a compact metric space », Proc. Amer. Math. Soc. 126 (1998), no. 10, p. 3083–3087.