Bourbaki

§ 3. Groupes de Poincaré des groupes topologiques

1. Prolongement des homomorphismes locaux de groupes

Définition 1 021M

Étant donnés un groupe topologique G et un groupe G′G', on appelle homomorphisme local de G dans G′G' une application ff d’un voisinage V de l’élément neutre de G dans G′G' telle que, pour tout couple de points x,yx,y de V tels que xy∈Vxy\in V, on ait f(xy)=f(x)f(y)f(xy) =f(x)f(y).

Si G′G' est un groupe topologique et si ff est une application continue, on dit que ff est un homomorphisme local continu (ou morphisme local de groupes topologiques).

Si G et G′G' sont des groupes topologiques, on a défini (TG, III, p. 6, déf. 2) la notion d’isomorphisme local de G à G′G'. Un isomorphisme local de G à G′G' est un homéomorphisme ff d’un voisinage V de l’élément neutre de G sur un voisinage V′V' de l’élément neutre de G′G' tel que ff et l’application réciproque de ff soient des homomorphismes locaux.

Proposition 1 021N

Soient G et G′G' des groupes topologiques et soit p:G→G′p: G\rightarrow G' un homomorphisme de groupes. Pour que pp fasse de G un revêtement de G′G', il faut et il suffit que la restriction de pp à un voisinage convenable de l’élément neutre de G soit un isomorphisme local de G à G′G'.

La condition est nécessaire d’après la proposition 3 de TG, III, p. 6. Inversement, supposons que pp induise un homéomorphisme d’un voisinage ouvert V de l’élément neutre ee de G sur un voisinage V′V' de l’élément neutre de G′G'. L’application pp est alors continue (TG, III, p. 15, prop. 23) et ouverte (TG, III, p. 16, prop. 24). L’image H de pp est un sous-groupe de G′G' contenant V, donc ouvert et fermé dans G′G' (TG, III, p. 7, corollaire). Soit N le noyau de pp; on a N∩V={e}N\cap V =\{e\}, donc N est discret (loc. cit., prop. 5). Par suite, pp fait de G un revêtement de H, principal de groupe N (I, p. 100, cor. 3 du th. 1). Comme H est ouvert et fermé dans G′G', le G′G'-espace (G,p)(G, p) est un revêtement.

Proposition 2 021O

Soit G un groupe topologique connexe, soit G′G' un groupe et soit f:V→G′f: V\rightarrow G' un homomorphisme local de G dans G′G', où V est un voisinage connexe de l’élément neutre de G. Il existe alors un groupe topologique connexe H, un morphisme de groupes topologiques p:H→Gp: H\rightarrow G tel que (H,p)(H, p) soit un revêtement de G et un homomorphisme de groupes φ:H→G′\varphi : H\rightarrow G' tel que l’ensemble des y∈p−1(V)y\in \overset{-1}{p}(V) vérifiant f(p(y))=φ(y)f(p(y)) =\varphi (y) soit un voisinage de l’élément neutre dans H.

Si G′G' est un groupe topologique et si l’application ff est continue, un tel homomorphisme φ\varphi est continu.

Lemme 1 021P

Soit G un groupe topologique et soit V un voisinage connexe de l’élément neutre ee de G. Pour tout voisinage U de ee dans G et tout x∈Vx\in V, il existe un entier n∈Nn\in \mathbf{N} et des éléments u1,...,unu_1, . . . , u_n dans U tels que u1...un=xu_1. . . u_n=x et u1...uk∈Vu_1. . . u_k\in V pour tout entier kk tel que 1⩽k⩽n1\leqslant k\leqslant n.

On peut supposer que U est ouvert et contenu dans V. Notons A l’ensemble des x∈Vx\in V satisfaisant la condition du lemme. Si x∈Ax\in A et si y∈xU∩Vy\in xU\cap V, alors y∈Ay\in A, d’où AU ∩V⊂A\cap V\subset A ; cela montre que A est ouvert dans V. Soit x∈Vx\in V tel que xU−1∩A=∅̸xU^{-1}\cap A=\not\emptyset; on a alors x∈x\in AU∩V\cap V, donc x∈Ax\in A. Par conséquent, si x∈Vx\in V et x∉A,xU−1∩A=∅x\notin A,xU^{-1}\cap A =\emptyset et A est fermé dans V. Comme e∈Ae\in A et que V est connexe, il en résulte que A = V.

Démontrons maintenant la proposition. Notons jj l’application g↦g\mapsto (g,f(g))(g, f(g)) de V dans G×G′G\times G' et soit H le sous-groupe de G×G′G\times G' engendré par j(V)j(V).

Soit U un voisinage de ee dans G, contenu dans V. Soit x∈Vx\in V ; d’après le lemme 1, il existe u1,...,un∈Uu_1, . . . , u_n\in U tels que x=u1...unx=u_1. . . u_n et tels que u1...uk∈Vu_1. . . u_k\in V pour tout entier kk tel que 1⩽k⩽n1\leqslant k\leqslant n. Par récurrence, on a f(u1...uk)=f(u1)...f(uk)f(u_1. . . u_k) =f(u_1). . . f(u_k) pour tout entier k,1⩽k⩽nk,1\leqslant k\leqslant n. En particulier, j(x)j(x) appartient au sous-groupe engendré par j(U)j(U). Il en résulte que H est engendré par j(U)j(U).

Soit B\mathscr{B} l’ensemble des parties de H de la forme j(U)j(U), où U est un voisinage de ee dans V. Montrons qu’il existe une unique topologie sur H, compatible avec sa structure de groupe, pour laquelle B\mathscr{B} est une base du filtre des voisinages de l’élément neutre. Pour cela, il suffit de démontrer que l’ensemble B\mathscr{B} satisfait aux conditions (GVI′'_I), (GVII′'_{II}) et (GVIII′'_{III}) de III, p. 4.

Soit donc U un voisinage de ee dans G, contenu dans V ; il existe un voisinage U′U' de ee tel que U′⋅U′⊂UU'\cdot U'\subset U. Pour tout couple x,yx, y de points de U′U', on a xy∈Vxy\in V et f(xy)=f(x)f(y)f(xy) =f(x)f(y). Par suite, j(U′)∈Bj(U')\in \mathscr{B} et j(U′)⋅j(U′)⊂j(U)j(U')\cdot j(U')\subset j(U). Cela montre que la condition (GVI′'_I) est vérifiée.

L’ensemble U′′=V∩U−1U''= V\cap U^{-1} est alors un voisinage de ee dans V et, pour x∈U′′x\in U'', on a x−1∈Ux^{-1}\in U et f(x−1)=f(x)−1f(x^{-1}) =f(x)^{-1}. Par suite, j(U′′)−1⊂j(U)j(U'')^{-1}\subset j(U), ce qui montre la condition (GVII′'_{II}).

Fixons enfin un voisinage U de ee dans V tel que U=U−1U = U^{-1} et U3⊂VU^3\subset V. Soit W un voisinage de ee dans U et soit h=(g,f(g))h= (g, f(g)) un élément de j(U)j(U). Il existe un voisinage W′W' de ee contenu dans W tel que gW′g−1⊂WgW'g^{-1}\subset W. Alors, j(W′)∈Bj(W')\in \mathscr{B} et hj(W′)h−1⊂j(W)hj(W')h^{-1}\subset j(W), car on a f(gxg−1)=f(g)f(x)f(g−1)f(gxg^{-1}) =f(g)f(x)f(g^{-1}), pour x∈W′x\in W'.

Soit h∈Hh\in H. Comme U est un voisinage de ee contenu dans V,j(U),j(U) engendre H ; puisque U est symétrique, il existe des éléments u1,...,unu_1, . . . , u_n dans U tels que h=j(u1)...j(un)h=j(u_1). . . j(u_n). Par récurrence sur nn, il existe un voisinage W′W' de ee contenu dans W tel que hj(W′)h−1⊂j(W)hj(W')h^{-1}\subset j(W). Par suite, la condition (GVIII′'_{III}) est vérifiée.

Munissons alors le groupe G de cette topologie.

Notons p:H→p: H\rightarrow G la restriction à H de la première projection G×G′→GG\times G'\rightarrow G. C’est un homomorphisme de groupes. Pour tout voisinage U de ee contenu dans V, l’ensemble p−1(U)\overset{-1}{p}(U) contient le voisinage j(U)j(U) de l’élément neutre de H, donc pp est un homomorphisme continu de groupes topologiques. Pour tout voisinage U de ee contenu dans V, on a p(j(U))=Up(j(U)) = U, donc pp est une application ouverte. Comme G est connexe, pp est surjective. Son noyau est discret car il ne rencontre j(V)j(V) qu’en l’élément neutre. Il résulte alors du corollaire 3 (I, p. 100) que le G-espace (H,p)(H, p) est un revêtement.

Soit φ\varphi la restriction à H de la seconde projection G×G′→G′G\times G'\rightarrow G'. Si g∈Vg\in V, on a (g,f(g))=j(g)∈j(V)(g, f(g)) =j(g)\in j(V) et φ(g,f(g))=f(g)\varphi (g, f(g)) =f(g), si bien que φ(y)=f(p(y))\varphi (y) =f(p(y)) pour y∈j(V)y\in j(V).

Supposons de plus que G′G' soit un groupe topologique et que l’application ff soit continue en ee. Alors, l’homomorphisme φ\varphi est continu en l’élément neutre de H, donc est continu (TG, III, p. 15, prop. 23).

Corollaire 1 021Q

Soit G un groupe topologique simplement connexe et soit G′G' un groupe. Soit V un voisinage connexe de l’élément neutre dans G et soit f:V→G′f: V\rightarrow G' un homomorphisme local. Il existe un unique homomorphisme de groupes h:G→G′h: G\rightarrow G' prolongeant ff. Si G′G' est un groupe topologique et si l’application ff est continue, l’homomorphisme hh est continu.

Le groupe G est connexe. Soient H,φ,\varphi et pp comme dans la proposition 2. Comme G est simplement connexe, H est un revêtement trivialisable de G (I, p. 124, déf. 3) ; comme H est connexe et non vide, l’application pp est un isomorphisme de groupes topologiques. Posons h=φ∘p−1h=\varphi \circ p^{-1}; l’application hh est un homomorphisme de groupes et il existe un voisinage ouvert U de l’élément neutre ee de G contenu dans V tel que f∣U=h∣Uf|U =h|U. Il résulte du lemme 1 que ff et hh coïncident sur V. Autrement dit, l’application hh prolonge l’application ff.

Si G′G' est un groupe topologique et si l’application ff est continue, l’homomorphisme φ\varphi est continu donc hh l’est aussi.

Démontrons l’unicité d’un tel prolongement. L’ensemble des points de G où coïncident deux homomorphismes de G dans G′G' est un sous-groupe de G. Comme le groupe G est connexe, tout sous-groupe de G contenant un voisinage de l’élément neutre est égal à G (TG, III, p. 8, prop. 6). L’unicité de hh en résulte.

Remarque 1 021R

Lorsque G=RG =\mathbf{R}, ce corollaire résulte de la proposition 6 de TG, V, p. 3.

Corollaire 2 021S

Deux groupes topologiques localement connexes et simplement connexes qui sont localement isomorphes sont isomorphes.

Soient G et G′G' des groupes topologiques localement connexes, soient V et V′V' des voisinages connexes de l’élément neutre de G et de G′G' respectivement et soit f:V→V′f: V\rightarrow V' un homéomorphisme qui est un isomorphisme local de G à G′G'. D’après le corollaire 1, il existe un unique homomorphisme de groupes continu φ:G→G′\varphi : G\rightarrow G' qui prolonge ff et un unique homomorphisme de groupes continu φ′:G′→\varphi ': G'\rightarrow G qui prolonge f−1f^{-1}. Les homomorphismes φ′∘φ\varphi '\circ \varphi et IdG_G coïncident sur un voisinage de ee dans G, donc sont égaux, car G est connexe. De même, φ∘φ′=\varphi \circ \varphi '= IdG′_{G'}, d’où le corollaire.

Corollaire 3 021T

Soit G un groupe topologique simplement connexe et soit V un voisinage connexe de l’élément neutre de G. On définit une présentation de G en prenant pour ensemble générateur l’ensemble V et pour ensemble r\mathbf{r} de relateurs la famille des xyz−1xyz^{-1}, où (x,y,z)(x, y, z) parcourt les triplets d’éléments de V tels que xy=zxy=z.

Soit F(V,r)F(V,\mathbf{r}) le groupe quotient du groupe libre F(V) par le plus petit sous-groupe distingué contenant les éléments xyz−1xyz^{-1}, où (x,y,z)∈V×(x, y, z)\in V\times V×VV\times V et xy=zxy=z (A, I, p. 86). Notons f:V→F(V,r)f: V\rightarrow F(V,\mathbf{r}) et g:F(V,r)→Gg: F(V,\mathbf{r})\rightarrow G les applications canoniques. Par construction, l’application ff est un homomorphisme local de G dans F(V,r)F(V,\mathbf{r}). D’après le corollaire 1, il existe un unique homomorphisme de groupes f‾:G→F(V,r)\overline{f}: G\rightarrow F(V,\mathbf{r}) prolongeant ff. Comme le groupe F(V,r)F(V,\mathbf{r}) est engendré par f(V)f(V), l’homomorphisme f‾\overline{f} est surjectif. Pour x∈Vx\in V, on a g(f‾(x))=g(f(x))=xg(\overline{f}(x)) =g(f(x)) =x; comme V engendre G,g∘f‾=,g\circ \overline{f}= IdG_G, ce qui démontre que f‾\overline{f} est injectif. C’est donc un isomorphisme.

2. Espaces de Hopf

Définition 2 021U

On appelle espace de Hopf un espace topologique pointé (X,e)(X, e) muni d’une loi de composition continue m:X×X→Xm: X\times X\rightarrow X telle que

(i) m(e,e)=em(e, e) =e;

(ii) il existe des homotopies pointées en ee reliant les applications x↦m(x,e)x\mapsto m(x, e) et x↦m(e,x)x\mapsto m(e, x) à l’application IdX_X.

On exprime parfois les propriétés (i) et (ii) en disant que ee est un élément neutre à homotopie près pour la loi de composition mm.

On notera qu’il peut exister plusieurs éléments neutres à homotopie près pour une loi de composition continue mm sur un espace topologique X. Par exemple, pour X=RX =\mathbf{R} et m(x,y)=(x+y)/2m(x, y) = (x+y)/2, tout x∈Rx\in \mathbf{R} est élément neutre à homotopie près.

Exemple 1 021V

Soient G un groupe topologique et mm sa loi de composition. L’élément neutre ee de G est élément neutre à homotopie près et (G,e)(G, e) est un espace de Hopf.

Exemple 2 021W

Soient X un espace topologique et xx un point de X. Muni de la juxtaposition des lacets en xx, l’espace pointé (Ωx(X),ex)(\Omega_x(X), e_x) est un espace de Hopf. En effet, on a d’abord ex∗ex=exe_x*e_x=e_x. D’autre part, soit ψ:I→I\psi :\mathbf{I}\rightarrow \mathbf{I} la fonction définie par ψ(t)=2t\psi (t) = 2t pour 0⩽t⩽120\leqslant t\leqslant \frac{1}{2} et ψ(t)=1\psi (t) = 1 pour 12⩽t⩽1\frac{1}{2}\leqslant t\leqslant 1 (cf. III, p. 291) et soit σ:I×I→I\sigma :\mathbf{I}\times \mathbf{I}\rightarrow \mathbf{I} une homotopie stricte reliant ψ\psi à IdI(_{\mathbf{I}}(III, p. 289, exemple). Alors, pour tout lacet c∈Ωx(X)c\in \Omega_x(X), l’application c∘σ:I×I→Xc\circ \sigma :\mathbf{I}\times \mathbf{I}\rightarrow X est une homotopie stricte reliant c∗exc*e_x à cc dans Ωx(X)\Omega_x(X).

Soit τ\tau l’application Ωx(X)×I→Ωx(X)\Omega_x(X)\times \mathbf{I}\rightarrow \Omega_x(X) définie par τ(c,s)(t)=\tau (c, s)(t) = c∘σ(s,t)c\circ \sigma (s, t). Démontrons que τ\tau est continue. D’après la proposition 1 de III, p. 257, il suffit de montrer que l’application (c,s,t)↦c(σ(s,t))(c, s, t)\mapsto c(\sigma (s, t)) de Ωx(X)×I×I\Omega_x(X)\times \mathbf{I}\times \mathbf{I} dans X est continue, soit encore puisque I×I\mathbf{I}\times \mathbf{I} est compact, que l’application c↦c∘σc\mapsto c\circ \sigma de Cc(I;X)\mathscr{C}_c(\mathbf{I}; X) dans Cc(I×I;X)\mathscr{C}_c(\mathbf{I}\times \mathbf{I}; X) est continue. Cette dernière assertion résulte alors du lemme, I, p. 132, b). Par suite, l’application τ\tau est une homotopie reliant l’application c↦c∗exc\mapsto c*e_x à l’application identique de Ωx(X)\Omega_x(X). On a τ(ex,s)(t)=x\tau (e_x, s)(t) =x pour tous s,t∈Is,t\in \mathbf{I}, donc τ\tau est une homotopie pointée en exe_x. On raisonne de même pour l’application c↦ex∗cc\mapsto e_x*c.

Proposition 3 021X

Soient (X,e)(X, e) un espace de Hopf et m:X×X→Xm: X\times X\rightarrow X sa loi de composition. Pour tous lacets c,c′c,c' de X en ee, on a :

c′∗c∼c∗c′∼m∘(c,c′) c'*c\sim c*c'\sim m\circ (c, c')

où ∼\sim désigne la relation d’homotopie stricte. La loi de composition du groupe π1(X,e)\pi_1(X, e) est l’homomorphisme composé de l’isomorphisme canonique π1(X,e)×π1(X,e)→π1(X×X,(e,e))\pi_1(X, e)\times \pi_1(X, e)\rightarrow \pi_1(X\times X,(e, e)) (III, p. 297, corollaire) et de l’homomorphisme π1(m,(e,e))\pi_1(m,(e, e)) de π1(X×X,(e,e))\pi_1(X\times X,(e, e)) dans π1(X,e)\pi_1(X, e). Le groupe π1(X,e)\pi_1(X, e) est commutatif.

Soit μ:π1(X,e)×π1(X,e)→π1(X,e)\mu:\pi_1(X, e)\times \pi_1(X, e)\rightarrow \pi_1(X, e) l’homomorphisme de groupes composé de l’isomorphisme canonique de π1(X,e)×π1(X,e)\pi_1(X, e)\times \pi_1(X, e) sur π1(X×\pi_1(X\times X,(e,e))X,(e, e)) et de l’homomorphisme π1(m,(e,e))\pi_1(m,(e, e)). Il s’agit de démontrer que l’on a

μ(γ,γ′)=γγ′=γ′γ(1) \mu(\gamma , \gamma ') =\gamma \gamma '=\gamma '\gamma \tag{1}

pour tous γ,γ′∈π1(X,e)\gamma ,\gamma '\in \pi_1(X, e). Compte tenu de la remarque 2 de III, p. 297, on a :

μ(γ,γ′)=μ(γ,εe)μ(εe,γ′)=μ(εe,γ′)μ(γ,εe)(2) \mu(\gamma , \gamma ') =\mu(\gamma , \varepsilon_e)\mu(\varepsilon_e, \gamma ') =\mu(\varepsilon_e, \gamma ')\mu(\gamma , \varepsilon_e) \tag{2}

Soit c∈Ωe(X)c\in \Omega_e(X) un lacet de classe γ\gamma, notons m1:X→Xm_1: X\rightarrow X l’application définie par m1(x)=m(x,e)m_1(x) =m(x, e) ; alors, μ(γ,εe)\mu(\gamma , \varepsilon_e) est la classe de m1∘cm_1\circ c. Par définition d’un espace de Hopf, les applications pointées en e,m1e,m_1 et IdX_X, ont même classe d’homotopie pointée en ee. Par suite, les lacets en e,m1∘ce,m_1\circ c et cc sont strictement homotopes (III, p. 296, cor. 1 de la prop. 3) et l’on a μ(γ,εe)=γ\mu(\gamma , \varepsilon_e) =\gamma. On démontre de façon analogue que l’on a μ(εe,γ′)=γ′\mu(\varepsilon_e, \gamma ') =\gamma '. La relation (1) résulte alors de la relation (2).

Remarque 021Y

Soit (X,e)(X, e) un espace de Hopf. D’après la prop. 3, l’application de composition des classes de chemins, π1(X,e)×π1(X,e)→\pi_1(X, e)\times \pi_1(X, e)\rightarrow π1(X,e)\pi_1(X, e) est continue si π1(X,e)\pi_1(X, e) est muni de la topologie quotient de la topologie de la convergence compacte sur Λe(X)\Lambda_e(X). C’est en effet la composée de l’isomorphisme continu π1(X,e)×π1(X,e)→π1(X×X,(e,e))\pi_1(X, e)\times \pi_1(X, e)\rightarrow \pi_1(X\times X,(e, e)) (III, p. 298, remarque 3) et de l’application continue m∗:π1(X×X,(e,e))→m_*:\pi_1(X\times X,(e, e))\rightarrow π1(X,e)\pi_1(X, e) (III, p. 294, remarque 1).

3. Groupe de Poincaré des groupes topologiques

Si G est un groupe topologique, pour tout g∈Gg\in G, la translation à gauche x↦gxx\mapsto gx est un homéomorphisme de G sur lui-même (TG, III, p. 2) et elle induit un isomorphisme de π1(G,e)\pi_1(G, e) sur π1(G,g)\pi_1(G, g).

Soit G un groupe topologique, soit ee son élément neutre et notons G0G_0 la composante connexe par arcs de ee dans G. Notons R la relation d’équivalence dans G dont les classes d’équivalence sont les composantes connexes par arcs de G et soit p:G→π0(G)p: G\rightarrow \pi_0(G) l’application canonique. Puisque toute translation, à gauche ou à droite, est un homéomorphisme de G, la relation R est compatible à gauche et à droite avec la loi de groupe de G. D’après le th. 2 de A, I, p. 35, le groupe G0G_0 est un sous-groupe distingué de G, le groupe quotient G/G0G/G_0 est égal à π0(G)\pi_0(G) muni de la loi de composition quotient de celle de G et l’application pp est un homomorphisme de groupes.

On appelle groupe de Poincaré de G, et on note π1(G)\pi_1(G), le groupe π1(G,e)\pi_1(G, e). L’injection canonique de G0G_0 dans G induit un isomorphisme de π1(G0)\pi_1(G_0) sur π1(G)\pi_1(G) (III, p. 293, remarque 2).

Soit gg un élément de G ; la translation à droite δg:x↦xg\boldsymbol{\delta }_g:x\mapsto xg induit un isomorphisme (δg)∗:π1(G)→π1(G,g)(\boldsymbol{\delta }_g)_*:\pi_1(G)\rightarrow \pi_1(G, g). Supposons que gg appartienne à G0G_0 et soit bb un chemin reliant ee à gg. L’application σ:G×I→G\sigma : G\times \mathbf{I}\rightarrow G définie par σ(x,t)=xb(t)\sigma (x, t) =xb(t) est une homotopie reliant IdG_G à δg\boldsymbol{\delta }_g. D’après la prop. 3 de III, p. 295, on a donc, pour tout α∈π1(G)\alpha \in \pi_1(G), (δg)∗(α)=(\boldsymbol{\delta }_g)_*(\alpha ) = β−1αβ\beta^{-1}\alpha \beta, où β∈ϖe,g(G)\beta \in \varpi_{e,g}(G) est la classe du chemin bb. Si l’on désigne par γg\boldsymbol{\gamma }_g la translation à gauche, x↦gxx\mapsto gx, on a de même (γg)∗(α)=β−1αβ(\boldsymbol{\gamma }_g)_*(\alpha ) =\beta^{-1}\alpha \beta.

Pour tout g∈Gg\in G, l’application Int(gg):G→G: G\rightarrow G induit un automorphisme π1\pi_1(Int(gg)) de π1(G)\pi_1(G). On définit ainsi une loi d’opération de G sur π1(G)\pi_1(G). Pour tout g∈Gg\in G, on a π1\pi_1(Int(gg)) =(γg−1)∗∘(δg)∗= (\boldsymbol{\gamma }_{g^{-1}})_*\circ (\boldsymbol{\delta }_g)_*, si bien que le sous-groupe G0G_0 opère trivialement ; il en résulte une loi d’opération de π0(G)\pi_0(G) sur π1(G)\pi_1(G). Lorsque G est un groupe commutatif, cette opération est triviale, mais ce n’est pas toujours le cas (IV, p. 459, exerc. 1).

4. Revêtements des groupes topologiques

Proposition 4 021Z

Soit (X,e)(X, e) un espace de Hopf (IV, p. 373, définition 2) et soit m:X×X→Xm: X\times X\rightarrow X sa loi de composition. On suppose l’espace X connexe et localement connexe par arcs. Soit X′X' un revêtement connexe de X ; notons pp sa projection et soit e′e' un point de la fibre Xe′X'_e.

a) Le revêtement X′X' est galoisien et le groupe de ses automorphismes est commutatif.

b) Il existe une loi de composition continue m′:X′×X′→X′m': X'\times X'\rightarrow X' et une seule telle que l’on ait p∘m′=m∘(p,p)p\circ m'=m\circ (p, p) et m′(e′,e′)=e′m'(e', e') =e'. Muni de cette loi de composition, l’espace pointé (X′,e′)(X', e') est un espace de Hopf.

c) Munie de la loi de composition induite par m′m', la fibre Xe′X'_e est un groupe d’élément neutre e′e'. L’application de π1(X,x)\pi_1(X, x) dans Xe′X'_e donnée par γ↦e′⋅γ\gamma \mapsto e'\cdot \gamma est un homorphisme de groupes surjectif de noyau p∗(π1(X′,e′))p_*(\pi_1(X', e')). L’application g↦g(e′)g\mapsto g(e') est un isomorphisme du groupe AutX(X′)_X(X') sur le groupe Xe′X'_e.

a) Le groupe π1(X,e)\pi_1(X, e) est commutatif (prop. 3). Comme le revêtement X′X' de X est connexe, c’est alors un revêtement galoisien et le groupe AutX(X′)_X(X') est isomorphe au groupe quotient π1(X,e)/p∗(π1(X′,e′))\pi_1(X, e)/p_*(\pi_1(X', e')) (III, p. 312, corollaire 4 de la proposition 2) ; ce groupe est commutatif.

b) Notons q:X′×X′→Xq: X'\times X'\rightarrow X l’application m∘(p,p)m\circ (p, p). L’application m′m' requise est un relèvement continu de qq à X′X' tel que m′(e′,e′)=e′m'(e', e') =e'. L’espace X′×X′X'\times X' est localement connexe par arcs ; il suffit donc, pour démontrer l’existence d’un tel relèvement continu, de vérifier que q∗(π1(X′×X′,(e′,e′)))q_*(\pi_1(X'\times X',(e', e'))) est contenu dans p∗(π1(X′,e′))p_*(\pi_1(X', e')) (III, p. 308, prop. 1). D’après la prop. 3, l’application π1(m,(e,e))\pi_1(m,(e, e)) s’identifie à la loi de composition du groupe π1(X,e)\pi_1(X, e) lorsqu’on identifie π1(X×X,(e,e))\pi_1(X\times X,(e, e)) à π1(X,e)×π1(X,e)\pi_1(X, e)\times \pi_1(X, e). Le groupe q∗(π1(X′×X′,(e′,e′)))q_*(\pi_1(X'\times X',(e', e'))) est donc égal au groupe p∗(π1(X′,e′))p_*(\pi_1(X', e')), d’où l’existence de m′m'. Comme X′×X′X'\times X' est connexe, l’unicité de m′m' résulte de I, p. 34, corollaire 1 de la prop. 11.

Démontrons que l’application m′m' munit l’espace pointé (X′,e′)(X', e') d’une structure d’espace de Hopf. Soit m1:X→Xm_1: X\rightarrow X l’application g↦m(g,e)g\mapsto m(g, e) et soit σ1:X×I→X\sigma_1: X\times \mathbf{I}\rightarrow X une homotopie pointée en xx reliant m1m_1 à IdX_X. Posons τ=σ1∘(p\tau =\sigma_1\circ (p, IdI):X′×I→X_{\mathbf{I}}): X'\times \mathbf{I}\rightarrow X. L’application m1′:X′→X′m'_1: X'\rightarrow X' définie par h↦m′(h,e′)h\mapsto m'(h, e') relève l’application τ(⋅,0)\tau (\cdot ,0); soit τ′:X′×I→X′\tau ': X'\times \mathbf{I}\rightarrow X' le relèvement de τ\tau qui est une homotopie d’origine m1′(m'_1(III, p. 301, prop. 2). L’application t↦τ′(e′,t)t\mapsto \tau '(e', t) est un relèvement à X′X' de l’application constante t↦et\mapsto e; comme τ′(e′,0)=e′\tau '(e',0) =e', on a donc τ′(e′,t)=e′\tau '(e', t) =e' pour tout t∈It\in \mathbf{I}. L’application τ′(⋅,1)\tau '(\cdot ,1) est alors un relèvement à X′X' de l’application pp qui applique e′e' sur e′e'. Comme X′X' est connexe, IdX′_{X'} est l’unique X-morphisme de X′X' dans lui-même qui fixe le point e′e'; on a donc τ′(⋅,1)=\tau '(\cdot ,1) = IdX′_{X'}. Cela montre que τ′\tau ' est une homotopie pointée en e′e' qui relie l’application m1′m'_1 à l’application IdX′_{X'}. De même, il existe une homotopie pointée en e′e' reliant l’application m2′:h↦m′(e′,h)m'_2:h\mapsto m'(e', h) à l’application IdX′_{X'}. Ceci prouve que l’espace pointé (X′,e′)(X', e'), muni de la loi de composition m′m', est un espace de Hopf.

c) Comme X′X' est un revêtement connexe de X, l’application orbitale de e′e' induite par l’opération de π1(X,e)\pi_1(X, e) sur Xe′X'_e est surjective et induit une bijection de π1(X,e)/p∗(π1(X′,e′))\pi_1(X, e)/p_*(\pi_1(X', e')) sur Xe′(X'_e(III, p. 305, théorème 1).

Soient cc et dd des lacets de X en ee, soient γ\gamma et δ∈π1(X,e)\delta \in \pi_1(X, e) leurs classes. Soient c′c' et d′d' les chemins d’origine e′e' dans X′X' qui relèvent cc et dd. On a e′⋅γ=c′(1)e'\cdot \gamma =c'(1) et e′⋅δ=d′(1)e'\cdot \delta =d'(1) (III, p. 304). D’après la proposition 3 de IV, p. 374, le lacet m∘(c,d)m\circ (c, d) est strictement homotope au lacet c∗dc*d; on a donc e′⋅(γδ)=e′⋅(m∘(c,d))e'\cdot (\gamma \delta ) =e'\cdot (m\circ (c, d)). Or, le chemin m′∘(c′,d′)m'\circ (c', d') est un relèvement d’origine e′e' du chemin m∘(c,d)m\circ (c, d) ; on a donc

e′⋅(γδ)=m′(c′(1),d′(1))=m′(e′⋅γ,e′⋅δ) e'\cdot (\gamma \delta ) =m'(c'(1), d'(1)) =m'(e'\cdot \gamma , e'\cdot \delta )

L’application γ↦e′⋅γ\gamma \mapsto e'\cdot \gamma est donc un homomorphisme de π1(X,e)\pi_1(X, e) dans l’ensemble Xe′X'_e muni de la loi de composition induite par m′m'. Par suite, Xe′X'_e est un groupe pour la loi de composition induite par m′m' et l’application orbitale de e′e' est un isomorphisme du groupe quotient sur π1(X,e)/p∗(π1(X′,e′))\pi_1(X, e)/p_*(\pi_1(X', e')) sur Xe′X'_e.

La dernière partie de l’assertion c) résulte alors du corollaire 3 de III, p. 311.

Proposition 5 0220

Conservons les notations et les hypothèses de la proposition 4.

a) Si mm est une loi de composition associative ( resp. commutative), il en est de même de m′m'.

b) Si ee est élément neutre à droite ( resp. à gauche) pour la loi mm, alors e′e' est élément neutre à droite ( resp. à gauche) pour la loi m′m'.

c) Si X est un groupe topologique, mm sa loi de composition et ee son élément neutre, la loi de composition m′m' munit X′X' d’une structure de groupe compatible avec la topologie de X′X' dont e′e' est l’élément neutre. L’application p:X′→Xp: X'\rightarrow X est un homomorphisme de groupes dont le noyau est discret et contenu dans le centre de X′X'.

a) Supposons que la loi mm est associative. Alors les applications de X′×X′×X′X'\times X'\times X' dans X qui appliquent (h1,h2,h3)(h_1, h_2, h_3) sur m(p(h1),m(p(h2),p(h3)))m(p(h_1), m(p(h_2), p(h_3))) et m(m(p(h1),p(h2)),p(h3))m(m(p(h_1), p(h_2)), p(h_3)) respectivement sont égales. Les applications (h1,h2,h3)↦m′(h1,m′(h2,h3))(h_1, h_2, h_3)\mapsto m'(h_1, m'(h_2, h_3)) et (h1,h2,h3)↦m′(m′(h1,h2),h3)(h_1, h_2, h_3)\mapsto m'(m'(h_1, h_2), h_3) de X′×X′×X′X'\times X'\times X' dans X′X' en sont des relèvements continus qui coïncident au point (e′,e′,e′)(e', e', e'). Comme X′×X′×X′X'\times X'\times X' est connexe, elles sont égales (I, p. 34, cor. 1 de la prop. 11), ce qui montre que la loi m′m' est associative.

Supposons maintenant la loi mm commutative ; les applications (h1,h2)↦m′(h1,h2)(h_1, h_2)\mapsto m'(h_1, h_2) et (h1,h2)↦m′(h2,h1)(h_1, h_2)\mapsto m'(h_2, h_1) sont des relèvements continus à X′X' de l’application (h1,h2)↦m(p(h1),p(h2))(h_1, h_2)\mapsto m(p(h_1), p(h_2)) qui coïn-cident au point (e′,e′)(e', e'). Comme X′×X′X'\times X' est connexe, elles sont égales (loc. cit.) et la loi m′m' est commutative.

Si ee est élément neutre à droite (resp. à gauche) pour la loi mm, l’application h↦m′(h,e′)h\mapsto m'(h, e') (resp. h↦m′(e′,h)h\mapsto m'(e', h)) de X′X' dans X′X' est un X-morphisme de revêtements qui coïncide avec IdX′_{X'} au point e′e', donc en tout point de X′X', puisque X′X' est connexe (loc. cit.), d’où b).

Démontrons enfin c). Supposons que X soit un groupe topologique. D’après ce qui précède, la loi m′m' est associative et e′e' en est un élément neutre. Notons i:X→Xi: X\rightarrow X l’application g↦g−1g\mapsto g^{-1}. Elle est continue (TG, III, p. 1) et l’homomorphisme π1(i,e):π1(X,e)→π1(X,e)\pi_1(i, e):\pi_1(X, e)\rightarrow \pi_1(X, e) n’est autre que l’application γ↦γ−1(\gamma \mapsto \gamma^{-1}(IV, p. 374, prop. 3). Par suite, le sous-groupe (i∘p)∗(π1(X′,e′))(i\circ p)_*(\pi_1(X', e')) est égal à p∗(π1(X′,e′))p_*(\pi_1(X', e')). D’après la prop. 1 de III, p. 308, il existe donc une application continue i′:X′→X′i': X'\rightarrow X' telle que p∘i′=i∘pp\circ i'=i\circ p et i′(e′)=e′i'(e') =e'. Les applications h↦m′(h,i′(h))h\mapsto m'(h, i'(h)) et h↦h\mapsto m′(i′(h),h)m'(i'(h), h) de X′X' dans X′X' sont des relèvements à X′X' de l’application constante d’image ee de X′X' dans X. Elles sont donc constantes et leur image est e′=m′(e′,e′)e'=m'(e', e'). Ainsi, tout élément hh de X′X' est inversible, d’inverse i′(h)i'(h), ce qui montre que X′X', muni de la loi de composition m′m', est un groupe. Par construction de la loi m′m', l’application p:X′→Xp: X'\rightarrow X est un homomorphisme de groupes. Comme les applications m′m' et i′i' sont continues, la structure de groupe de X′X' est compatible avec sa topologie (TG, III, p. 1). La fibre p−1(e)\overset{-1}{p}(e) est un sous-groupe discret de X′X' qui est contenu dans le centre de X′(X'(I, p. 100, cor. 3) et X est isomorphe au groupe topologique quotient X′/p−1(e)X'/\overset{-1}{p}(e).

Corollaire 0221

Soit G un groupe topologique connexe et localement connexe par arcs. Soit G′G' un revêtement connexe de G, soit pp sa projection et soit e′e' un élément de la fibre N de l’élément neutre ee de G. Munissons G′G' de l’unique loi de composition continue m′:G′×G′→G′m': G'\times G'\rightarrow G' telle que p∘m′=m∘(p,p)p\circ m'=m\circ (p, p) et m′(e′,e′)=e′m'(e', e') =e'. Si i:N→G′i: N\rightarrow G' désigne l’injection canonique, (G′,p,i)(G', p, i) est une extension centrale de G par N (A, I, p. 63).

5. Revêtement universel d’un groupe topologique délaçable

Soit G un groupe topologique localement connexe par arcs. Les translations de G sont des homéomorphismes (TG, III, p. 2). Pour que l’espace G soit délaçable (IV, p. 340, déf. 2), il faut et il suffit que G possède la propriété suivante :

Il existe un voisinage V de l’élément neutre ee de G tel que l’image de l’homomorphisme de π1(V,e)\pi_1(V, e) dans π1(G,e)\pi_1(G, e) déduit de l’injection canonique soit réduite à l’élément neutre.

Proposition 6 0222

Soit G un groupe topologique connexe et délaçable. Il existe un groupe topologique G~\widetilde{G}, d’élément neutre e~\widetilde{e}, et un homomorphisme continu p:G~→Gp:\widetilde{G}\rightarrow G qui vérifie les assertions suivantes :

a) L’espace G~\widetilde{G} est simplement connexe et simplement connexe par arcs. Muni de l’application pp, l’espace pointé (G~,e~)(\widetilde{G},\widetilde{e}) est un revêtement universel de l’espace pointé (G,e)(G, e).

b) Le noyau N de pp est un sous-groupe discret de G~\widetilde{G}, contenu dans le centre de G~\widetilde{G}. L’homomorphisme N→N\rightarrow AutG(G~)_G(\widetilde{G}) qui, à n∈Nn\in N, associe la translation à droite dans G~\widetilde{G}, est un isomorphisme de groupes. L’homomorphisme de π1(G)\pi_1(G) dans N qui, à γ∈π1(G)\gamma \in \pi_1(G), associe l’unique élément nn de N tel que e~⋅γ=n\widetilde{e}\cdot \gamma =n, est un isomorphisme de groupes.

c) Si G′G' est un groupe topologique, d’élément neutre e′e' et si p′:G′→p': G'\rightarrow G est un homomorphisme de groupes qui fait de G′G' un revêtement de G, l’unique application continue u:G~→G′u:\widetilde{G}\rightarrow G' telle que u(e~)=e′u(\widetilde{e}) =e' et p′∘u=pp'\circ u=p est un homomorphisme de groupes. Muni de l’application u,(G~,e~)u,(\widetilde{G},\widetilde{e}) est un revêtement universel de (G′,e′)(G', e').

D’après IV, p. 342, théorème 1, il existe un revêtement (G~,p)(\widetilde{G}, p) de G, simplement connexe et simplement connexe par arcs, galoisien de groupe π1(G)∘\pi_1(G)^{\circ}, et un point e~\widetilde{e} de p−1(e)\overset{-1}{p}(e) tel que le revêtement pointé (G~,e~)(\widetilde{G},\widetilde{e}) soit un revêtement universel de (G,e)(G, e).

D’après IV, p. 375, prop. 4 et IV, p. 377, prop. 5, il existe sur l’espace G~\widetilde{G} une unique structure de groupe compatible avec sa topologie pour laquelle pp soit un homomorphisme de groupes et e~\widetilde{e} un élément neutre. Il résulte de la prop. 4 que le groupe G~\widetilde{G} vérifie les assertions a) et b).

Démontrons l’assertion c). Soit G′G' un groupe topologique et soit p′:G′→Gp': G'\rightarrow G un homomorphisme de groupes qui fait de G′G' un revêtement de G. Soit e′e' l’élément neutre de G′G'. L’existence et l’unicité d’une application u:G~→G′u:\widetilde{G}\rightarrow G' telle que p=p′∘up=p'\circ u et u(e~)=e′u(\widetilde{e}) =e' résultent de ce que (G~,e~)(\widetilde{G},\widetilde{e}) est un revêtement universel de l’espace pointé (G,e)(G, e). Comme les applications pp et p′p' sont des homomorphismes de groupes surjectifs, uu est un homomorphisme de groupes. Muni de l’application u,G~u,\widetilde{G} est un revêtement de G′(G'(I, p. 81, prop. 7), donc (G~,e~)(\widetilde{G},\widetilde{e}) est un revêtement universel de (G′,e′)(G', e') (IV, p. 345, cor. 2 du th. 1).

Sous les hypothèses de la proposition, on dira, par abus, que G~\widetilde{G} est un revêtement universel de G.

Exemple 0223

La proposition 6 s’applique notamment lorsque G est un groupe de Lie connexe sur R\mathbf{R} ou C\mathbf{C}. Il existe alors sur G~\widetilde{G} une unique structure de variété analytique telle que la projection p:G~→Gp:\widetilde{G}\rightarrow G soit un morphisme étale de variétés analytiques (VAR R, §1, 5.8.2, p. 48). Pour cette structure de variété, G~\widetilde{G} est un groupe de Lie (LIE, III, p. 113, corollaire).

Scholie 0224

Soit G un groupe topologique connexe et délaçable, soit ee son élément neutre. Soit G~\widetilde{G} un groupe topologique simplement connexe par arcs, d’élément neutre e~\widetilde{e}, et p:G~→Gp:\widetilde{G}\rightarrow G un homomorphisme de groupes qui fait de G~\widetilde{G} un revêtement universel de G. Notons N le noyau de pp.

La translation à droite δh\boldsymbol{\delta }_h (resp. à gauche) par un élément h∈Nh\in N est un G-automorphisme du revêtement principal G~\widetilde{G} et l’application h↦δhh\mapsto \boldsymbol{\delta }_h est un isomorphisme du groupe N sur le groupe des automorphismes de ce revêtement principal.

Pour tout sous-groupe K de N, l’application p′:G~/K→p':\widetilde{G}/K\rightarrow G déduite de pp est un revêtement galoisien de G, et AutG(G/K)_G(G/K) s’identifie au groupe N/KN/K. Lorsqu’on identifie comme ci-dessus les groupes N et π1(G)\pi_1(G), le groupe p∗′(π1(G~/K))p'_*(\pi_1(\widetilde{G}/K)) s’identifie au sous-groupe K de N. En outre, G~\widetilde{G} est un revêtement de G~/K\widetilde{G}/K, car G est localement connexe (I, p. 81, prop. 7).

Inversement, tout revêtement connexe non vide E de G est G-isomorphe à un revêtement de ce type (I, p. 113, th. 3 et I, p. 111, prop. 10). Considérons en effet un point xx de la fibre EeE_e et soit ff l’unique homomorphisme de G~\widetilde{G} dans E qui applique e~\widetilde{e} sur xx. Muni de f,G~f,\widetilde{G} est un revêtement galoisien de E ; le sous-groupe AutE(G~)_E(\widetilde{G}) de AutG(G~)_G(\widetilde{G}) s’identifie à f−1(x)f^{-1}(x) qui est donc un sous-groupe de N. Par suite, ff induit un G-isomorphisme de G~/f−1(x)\widetilde{G}/f^{-1}(x) sur E. Par transport de structure, il en résulte une structure de groupe topologique sur E pour laquelle xx est élément neutre et pour laquelle l’application ff est un homomorphisme surjectif. La projection du G-espace E est alors un homomorphisme de groupes et la loi de composition de E est donc la loi de composition définie par la prop. 4 de IV, p. 375.

Soient (E,q)(E, q) et (E′,q′)(E', q') des revêtements connexes de G, soient xx un point de EeE_e et x′x' un point de Ee′E'_e. Pour qu’il existe un G-morphisme de E dans E′E', il faut et il suffit que p∗(π1(E,x))p_*(\pi_1(E, x)) soit contenu dans p∗′(π1(E′,x′))p'_*(\pi_1(E', x')). Si cette condition est satisfaite, il existe alors un unique G-morphisme f:E→E′f: E\rightarrow E' tel que g(x)=x′(g(x) =x'(III, p. 311, cor. 2 de la prop. 1). Si l’on munit E et E′E' des lois de composition de groupes pour lesquelles qq et q′q' sont des homomorphismes et xx et x′x' des éléments neutres, l’application gg est un homomorphisme de groupes. En effet, gg s’identifie à l’homomorphisme canonique G~/p∗(π1(E,x))→\widetilde{G}/p_*(\pi_1(E, x))\rightarrow G~/p∗′(π1(E′,x′))\widetilde{G}/p'_*(\pi_1(E', x')).

Proposition 7 0225

Pour que deux groupes topologiques connexes et délaçables soient localement isomorphes, il faut et il suffit que leurs revêtements universels soient des groupes topologiques isomorphes.

Un groupe topologique connexe et délaçable est localement isomorphe à son revêtement universel (IV, p. 369, prop. 1) ; la condition est donc suffisante. Elle est nécessaire d’après le corollaire 2 de la proposition 2 (IV, p. 372), car le revêtement universel d’un groupe topologique connexe et délaçable est simplement connexe (IV, p. 379, prop. 6).

Proposition 8 0226

Soit G un groupe topologique connexe et délaçable et soit G~\widetilde{G} un revêtement universel de G. Soit V un voisinage ouvert connexe de l’élément neutre ee de G tel que l’image de l’homomorphisme canonique de π1(V⋅V,e)\pi_1(V\cdot V, e) dans π1(G,e)\pi_1(G, e) soit réduite à l’élément neutre. Notons F(V,r)F(V,\mathbf{r}) le groupe défini par l’ensemble générateur V et par l’ensemble r\mathbf{r} des relateurs xyz−1xyz^{-1}, où (x,y,z)(x, y, z) parcourt l’ensemble des éléments de V×V×VV\times V\times V tels que xy=zxy=z. Notons j:V→F(V,r)j: V\rightarrow F(V,\mathbf{r}) l’application canonique.

Il existe un unique isomorphisme ff du groupe F(V,r)F(V,\mathbf{r}) sur G~\widetilde{G} tel que f∘jf\circ j soit un relèvement à G~\widetilde{G} de l’injection canonique de V dans G.

L’ensemble V⋅VV\cdot V est connexe et ouvert, donc localement connexe par arcs. Soit pp la projection de G~\widetilde{G}. Il existe une section continue ss de pp au-dessus de V⋅VV\cdot V telle que s(e)=e~s(e) =\widetilde{e}, où e~\widetilde{e} désigne l’élément neutre de G~(\widetilde{G}(III, p. 308, prop. 1). Posons V~=s(V)\widetilde{V} =s(V) ; l’ensemble V~\widetilde{V} est un voisinage ouvert connexe de e~\widetilde{e} dans G~\widetilde{G} et ss est un homéomorphisme de V⋅VV\cdot V sur V~⋅V~\widetilde{V}\cdot \widetilde{V}. Les applications (x,y)↦s(x)s(y)(x, y)\mapsto s(x)s(y) et (x,y)↦s(xy)(x, y)\mapsto s(xy) sont des relèvements à G~\widetilde{G} de l’application (x,y)↦xy(x, y)\mapsto xy de V×VV\times V dans G qui coïncident en (e,e)(e, e) ; comme V×VV\times V est connexe, elles coïncident sur V×VV\times V (I, p. 34, cor. 1). En outre, si (x~,y~,z~)∈V~×V~×V~(\widetilde{x},\widetilde{y},\widetilde{z})\in \widetilde{V}\times \widetilde{V}\times \widetilde{V}, les conditions x~y~=z~\widetilde{x}\widetilde{y}=\widetilde{z} et p(x~)p(y~)=p(z~)p(\widetilde{x})p(\widetilde{y}) =p(\widetilde{z}) sont équivalentes. L’existence d’un isomorphisme f:F(V,r)→G~f: F(V,\mathbf{r})\rightarrow \widetilde{G} résulte alors du corollaire 3 (IV, p. 372) de la proposition 2.

Soit gg un isomorphisme de F(V,r)F(V,\mathbf{r}) vérifiant les conditions de la proposition. L’égalité e⋅e=ee\cdot e=e entraîne que eee−1∈reee^{-1}\in \mathbf{r}, si bien que j(e)j(e) est l’élément neutre de F(V,r)F(V,\mathbf{r}). Comme V est connexe, g∘jg\circ j est l’unique relèvement continu à G~\widetilde{G} de l’injection canonique de V dans G. Par suite, ff et gg coïncident sur j(V)j(V). Comme j(V)j(V) engendre le groupe F(V,r)F(V,\mathbf{r}), f=gf=g.

Exercices

See the exercises for § 3.

Transcribed from the printed volume. Not translated.