§ 4. Théorie de la descente
1. Données de descente
Soient X et Y des espaces topologiques et soit une application continue. Soit un X-espace.
Définition 1 0227
On appelle donnée de descente relative à sur le X-espace une application continue vérifiant les deux propriétés suivantes :
(i) Pour tout couple , l’application induit par restriction une bijection de sur ;
(ii) Pour tout triplet de points de X tels que , on a
Si est une donnée de descente sur , la famille , pour , est ainsi une loi d’opération (à droite) du groupoïde sur le X-espace (II, p. 167). En particulier, on a Id pour tout , ce qui s’écrit aussi pour tout . Inversement, étant donnée une loi d’opération (à droite) du groupoïde sur , l’application de dans Z définie par vérifie les relations (i) et (ii) de la définition.
Soient X et Y des espaces topologiques, une application continue et soit un X-espace. Si est une donnée de descente relative à sur , la relation définie par « et » est la relation d’équivalence dans Z déduite de l’opération du groupoïde définie par ; elle est compatible avec l’application . On dit que c’est la relation d’équivalence associée à la donnée de descente . La bijection canonique du graphe Γ de la relation d’équivalence sur est un homéomorphisme, l’homéomorphisme réciproque applique un élément sur .
Inversement, soit R une relation d’équivalence dans Z compatible avec l’application et soit Γ le graphe de R. Supposons de plus que l’application définisse un homéo-morphisme de Γ sur . L’application donnée par pr est continue ; c’est une donnée de descente relative à sur et la relation R est la relation d’équivalence associée à .
Exemple 1 0228
Soient X et Y des espaces topologiques, soit une application continue et soit un Y-espace. Posons . L’application de dans Z qui, à associe , est une donnée de descente relative à sur le X-espace , pr, appelée donnée de descente canonique. Pour et , la relation équivaut à .
Exemple 2 0229
Soient Y un espace topologique, une famille de parties de Y, et pour tout , soit un -espace. Notons X l’espace topologique somme de la famille et le X-espace somme de la famille . Soit l’application canonique.
L’espace s’identifie alors à l’espace somme de la famille I, p. 4, exemple 5). Soit une donnée de descente relative à sur . Pour tout couple , on définit une application continue par . La famille vérifie les propriétés suivantes :
(i) Pour tout , on a Id;
(ii) Pour tout couple est un isomorphisme de -espaces ;
(iii) Pour tout triplet et tout , on a .
Inversement, toute famille possédant les propriétés ci-dessus provient d’une unique donnée de descente relative à sur .
2. Données de descente effectives
Soient X et Y des espaces topologiques, une application continue et un X-espace. Soit une donnée de descente relative à sur , soit la relation d’équivalence associée et soit l’application canonique. Comme la relation est compatible avec l’application , il existe une unique application continue telle que le diagramme
Z
X Y
soit un carré commutatif. Le Y-espace est appelé l’espace quotient de par la donnée de descente . Notons l’application définie par pour . Elle est continue. Soit et soit tel que ; on a et le point est l’unique élément de Z tel que ; par suite, l’application est bijective.
On dit que la donnée de descente relative à sur est effective si le diagramme (1) est un carré cartésien, c’est-à-dire si la bijection continue est un homéomorphisme. Pour que la donnée de descente soit effective, il faut et il suffit que les ensembles , où U est une partie ouverte de X et V une partie ouverte de Z saturée pour , constituent une base de la topologie de Z. En particulier, la condition, pour une donnée de descente relative à , d’être effective est de nature locale dans Y.
Exemple 1 022A
Soient X et Y des espaces topologiques et une application continue. Soit un Y-espace. Soit Z le X-espace , muni de l’application pr; notons sa donnée de descente canonique relative à (IV, p. 383, exemple 1). Les parties de Z de la forme , où V est une partie ouverte de T, sont ouvertes dans Z et saturées pour la relation loc. cit.). Par définition de la topologie produit, les ensembles pr, où U est ouvert dans X et V est ouvert dans T, forment une base de la topologie de . Par conséquent, la donnée de descente canonique sur un produit fibré est effective.
L’application canonique est injective et continue. Elle n’est toutefois pas forcément surjective, ni stricte (IV, p. 462, exerc. 1).
Exemple 2 022B
Reprenons les notations de l’exemple 2 (IV, p. 383). L’espace topologique est alors l’espace topologique obtenu par recollement des espaces le long des au moyen des bijections (TG, I, p. 16). Par suite, si pour tout , l’ensemble est ouvert (resp. fermé) dans Y, l’ensemble est ouvert (resp. fermé) dans et la restriction de à induit un homéomorphisme de sur (TG, I, p. 17, prop. 9). L’espace Z est l’espace somme des espaces ; l’espace est l’espace somme des espaces . L’application s’identifie à l’application somme des applications . C’est donc un homéomorphisme, ce qui démontre que la donnée de descente est effective.
Sans hypothèse particulière sur les parties , il n’est pas toujours vrai que la restriction de à induise un homéomorphisme de sur son image ; dans ce cas, la donnée de descente n’est pas effective (IV, p. 462, exerc. 2).
Proposition 1 022C
Soient X et Y des espaces topologiques, soit une application continue. Supposons que tout point de Y possède un voisinage au-dessus duquel il existe une section continue de l’application . Toute donnée de descente relative à sur un X-espace est alors effective.
Soit un X-espace et soit une donnée de descente relative à sur . L’assertion que est une donnée de descente effective est locale dans Y, ce qui permet de supposer que l’application possède une section continue . Notons et les applications canoniques et soit l’application donnée par . L’application est bijective et continue ; il suffit de montrer qu’elle est un homéomorphisme.
L’application de Z dans Z qui, à , associe est continue et applique tout élément de Z sur l’unique élément de Z qui lui est équivalent pour la relation et tel que appartienne à l’image de . Elle définit donc par passage au quotient une application continue qui est une section de l’application . En particulier, on a .
Pour tout , on a ; posons alors . L’application de dans Z ainsi définie est continue. Pour tout , on a
car est équivalent à pour la relation . Cela démontre que l’application est l’application identique de . Pour , on a alors et , d’où , par définition de la relation d’équivalence . On a donc et Id. L’application est donc un homéomorphisme, ce qu’il fallait démontrer.
Proposition 2 022D
Soit Y une application continue, soit un X-espace et soit une donnée de descente relative à sur Z. La relation d’équivalence est fermée si est propre ; elle est ouverte si est ouverte.
L’application X Z donnée par est un homéomorphisme, d’application réciproque . On a = pr, où pr Z est la seconde projection. Si est propre, pr est propre ; si est ouverte, pr est ouverte (I, p. 17, prop. 8). Il en résulte que est propre (resp. ouverte) si l’est. Le saturé d’une partie A de Z par la relation est l’image de par . Par suite, si est propre, le saturé d’une partie fermée est fermé ; si est ouverte, le saturé d’une partie ouverte est ouvert.
3. Descente de morphismes
Soient X et Y des espaces topologiques et soit une application continue de X dans Y. Soient et des X-espaces munis de données de descente relatives à , notées respectivement et . On dit qu’un X-morphisme est compatible avec les données de descente et si l’on a
pour tout . Il revient au même de dire que les images par de deux points équivalents suivant la relation sont équivalents suivant la relation . Un tel morphisme définit, par passage aux quotients, une application continue ; c’est un morphisme de Y-espaces.
Notons l’ensemble des X-morphismes de Z dans qui sont compatibles avec les données de descente et .
Proposition 3 022E
Soient X et Y des espaces topologiques et soit Y une application continue. Soient et des X-espaces munis de données de descente relatives à , notées respectivement et . Si la donnée de descente est effective, l’application est une bijection de sur .
Pour tout X-morphisme de Z dans compatible avec les données de descente, l’application est un Y-morphisme. Inversement, notons et les applications canoniques et soit un Y-morphisme. Les applications et sont des Y-morphismes. L’hypothèse que la donnée de descente est effective signifie que le diagramme
X Y
est un carré cartésien. Il existe donc une unique application continue telle que et . La première égalité signifie que est un X-morphisme, la seconde égalité signifie que est compatible avec les données de descente et que , d’où la proposition.
4. Descente : cas des espaces étalés
Soient X et Y des espaces topologiques et soit une application continue. Soient T et des Y-espaces ; munissons les X-espaces et de leurs données de descente canoniques et notons l’ensemble des X-morphismes de dans qui sont compatibles avec ces données de descente. Pour tout Y-morphisme , le X-morphisme de dans est compatible aux données de descente canoniques. On notera l’application ainsi définie.
Proposition 4 022F
Supposons que l’application soit stricte et surjective et que T soit un Y-espace étalé. Alors, l’application est bijective.
Notons (resp. ) la relation d’équivalence sur (resp. sur ) qui est associée à la donnée de descente canonique. Comme l’application est surjective, la projection pr est surjective et l’application canonique est bijective. En particulier, l’application est injective. Démontrons qu’elle est surjective. Soit un X-morphisme compatible avec les données de descente canoniques. Pour , on a donc , où est une application de T dans .
Par définition de , l’application pr est égale à pr, elle est donc continue. Comme l’application est surjective et stricte et que T est un Y-espace étalé, la projection pr est stricte (I, p. 32, remarque 3). D’après la proposition 9 de I, p. 18, l’application est donc continue. C’est un Y-morphisme tel que , ce qui démontre la proposition.
Corollaire 022G
Soient X et Y des espaces topologiques et soit une application stricte et surjective. Soient T et des Y-espaces étalés. S’il existe un X-isomorphisme qui est compatible aux données de descente canoniques, les Y-espaces T et sont isomorphes.
Soit un X-isomorphisme d’espaces étalés. D’après la proposition 4, il existe un unique morphisme de Y-espaces tel que . Comme est surjective, l’application est bijective. Il résulte alors du cor. 2 de I, p. 30 que est un isomorphisme, car les Y-espaces T et sont étalés.
Proposition 5 022H
Soient X et Y des espaces topologiques et soit une application continue. Supposons que l’application soit propre et séparée, ou bien ouverte. Toute donnée de descente relative à sur un X-espace étalé est effective. En outre, si est surjective, l’espace quotient est un Y-espace étalé.
Soit un X-espace étalé et soit une donnée de descente relative à sur . Notons la relation d’équivalence dans Z associée à , soit la surjection canonique et notons l’application de Z dans définie par . Elle est continue et bijective ; démontrons que c’est un homéomorphisme.
a) Supposons d’abord que l’application soit ouverte.
Soit un point de Z ; posons . Comme est étale, il existe un voisinage U de dans X et une section continue de au-dessus de U telle que . L’application est étale, et les applications de dans définies par et en sont des sections continues au-dessus de . Comme elles coïncident en tout point de de la forme , elles coïncident alors sur un voisinage ouvert V de contenu dans . Soit un voisinage de dans X tel que soit contenu dans V. Soit un point de ; soit tel que . On a donc , d’où et .
Comme l’application est ouverte (IV, p. 386, prop. 2), l’ensemble est une partie ouverte de sur laquelle l’application est égale à l’application continue pr. L’application est donc un homéomorphisme.
b) Supposons maintenant que l’application soit propre et séparée.
Soit un point de Z; posons et . L’application donnée par est une section de au-dessus de .
L’ensemble est compact (TG, I, p. 75, th. 1 et I, p. 26, remarque 2) et deux points distincts de possèdent des voisinages disjoints dans X, car est séparée (I, p. 25, prop. 1). D’après le théo-rème 2 de I, p. 37, il existe donc un voisinage de dans X et une section de au-dessus de qui prolonge . L’ensemble est un ouvert de Z, car est étale (I, p. 30, cor. 3), et contient le saturé de l’ensemble pour la relation . L’application est fermée (IV, p. 386, prop. 2). Il existe alors un ouvert V de tel que soit un voisinage de contenu dans (I, p. 75, lemme).
Soit alors et soit l’unique point de Z tel que ; par définition, on a . Puisque , on a . Cela montre que la restriction de à l’ouvert de est égale à pr. Par suite, est un homéomorphisme.
Nous avons ainsi montré que la donnée de descente est effective. L’application est universellement stricte (I, p. 20, corollaire). Sous l’hypothèse que est surjective, il résulte alors de la prop. 8 de I, p. 31 que est étale.
5. Descente : cas des revêtements
Soient X, Y des espaces topologiques et soit une application continue surjective. Soit un revêtement de X et soit une donnée de descente relative à sur Z.
Si est propre et séparée (resp. si est ouverte), la donnée de descente est effective et le Y-espace est un espace étalé (IV, p. 389, prop. 5). C’est même un revêtement de Y si possède une section continue au voisinage de chaque point (I, p. 72, prop. 3) ou si Z est un revêtement localement fini de X (I, p. 77, cor. 4). Ce numéro est consacré à mettre en évidence d’autres conditions sous lesquelles est un revêtement de Y.
Démontrons au préalable un lemme.
Lemme 1 022I
Soient B, des espaces topologiques et soit une application continue. Si le carré fibré est localement connexe, l’espace topologique est localement connexe.
Soit un point de et soit V un voisinage de . Supposons que le carré fibré soit localement connexe et soit W un voisinage connexe de dans qui est contenu dans . Posons U = pr. L’ensemble U est contenu dans V, et est connexe puisque l’image d’un ensemble connexe par une application continue est connexe. Si désigne la diagonale de , l’application pr est un homéomorphisme. Comme U contient pr et que est un voisinage de dans , U est un voisinage de dans . Cela prouve le lemme.
Proposition 6 022J
Soit
E
B
un carré cartésien. On suppose que l’application est propre, séparée et surjective, et on fait l’une des hypothèses suivantes :
(i) Les fibres de sont localement connexes et le carré fibré est localement connexe.
(ii) Les fibres de sont finies, la diagonale de est ouverte dans et est un espace localement connexe.
Alors, si est un revêtement, est un revêtement.
Comme l’application est universellement stricte (I, p. 20, corollaire), l’application est étale (I, p. 31, prop. 8) et séparée (I, p. 27, prop. 4). Nous supposerons, ce qui est loisible, que .
Soit un point de B ; il s’agit de démontrer que le point possède un voisinage W tel que le W-espace soit un revêtement
trivialisable. Posons = et notons = . L’application définie par est un -isomorphisme (I, p. 9, prop. 4), donc est un revêtement trivialisable de et est une trivialisation de ce revêtement.
Démontrons qu’il existe un voisinage de dans et une trivialisation continue du revêtement qui prolonge . Sous l’hypothèse (ii), est fini et ses points possèdent des voisinages ouverts deux à deux disjoints au-dessus desquels le revêtement est trivialisable, d’où l’assertion dans ce cas. Sous l’hypothèse (i), est localement connexe, de même que IV, p. 390, lemme 1) ; comme l’application est propre et séparée, est compact et deux points distincts possèdent des voisinages disjoints dans , si bien que le couple satisfait la propriété (PCV) ( I, p. 37, lemme 1). L’assertion résulte donc du cor. 2 de I, p. 90.
Comme est propre, il existe un voisinage V de dans B tel que contienne (lemme, I, p. 75). On peut ainsi supposer que
Munissons les -espaces et de leurs données de descente canoniques relatives à . Nous allons montrer que, quitte à diminuer V et , l’isomorphisme de -espaces que nous venons de définir est compatible aux données de descentes, c’est-à-dire que l’on a si et . Notons l’application pr.
Posons ; considérons-le comme un -espace au moyen de la première projection. L’application de dans est un isomorphisme de -espaces ; cela montre que est un revêtement de .
Pour , 2, définissons une application en posant ; ce sont des trivialisations du revêtement . Soit l’ensemble des points au-dessus desquels ces trivialisations et coïncident ; il contient , ainsi que la diagonale . Démontrons que est un voisinage de . Sous l’hypothèse (i), cela résulte du cor. 2 de I, p. 80, car est localement connexe. Sous l’hypothèse (ii), contient un voisinage de dans , car cet ensemble est localement connexe (loc. cit.). Comme est ouvert dans est un voisinage de dans .
Comme est propre, l’application canonique de dans B est propre, car c’est la composée de la projection pr et de l’application .
D’après le lemme de I, p. 75, il existe un voisinage W de dans V
tel que soit contenu dans ; posons , c’est une partie de et l’isomorphisme d’espaces étalés est compatible aux données de descente canoniques relatives à l’application . Il résulte du corollaire (IV, p. 388) que les W-espaces étalés et sont isomorphes. En particulier, est un revêtement trivialisable, d’où la proposition.
Corollaire 1 022K
Soient E et B des espaces topologiques, une application continue et un recouvrement fermé localement fini de B tel que pour tout couple , l’intersection soit un espace localement connexe. Alors, pour que le B-espace soit un revêtement, il faut et il suffit que, pour tout , le -espace soit un revêtement de .
La condition est nécessaire (cf. I, p. 69). Inversement, notons l’espace topologique somme de la famille et l’application canonique. L’application est fermée (TG, I, p. 6, prop. 4), séparée (I, p. 27, remarque 5), à fibres finies, donc propre (TG, I, p. 75, th. 1), elle est aussi surjective. La diagonale , étant égale à , est ouverte dans . Enfin, l’espace est homéomorphe à l’espace somme de la famille , , ; il est donc localement connexe. L’hypothèse (ii) de la proposition 6 est satisfaite. Si pour tout est un revêtement de est alors un revêtement de , donc E est un revêtement de B.
Corollaire 2 022L
Soient X et Y des espaces topologiques et soit une application propre, séparée et surjective. On fait de plus l’une des hypothèses suivantes :
(i) Les fibres de , ainsi que l’espace , sont localement connexes ;
(ii) Les fibres de sont finies, la diagonale de est ouverte dans et l’espace est localement connexe. Alors, toute donnée de descente relative à sur un revêtement de X est effective, et l’espace quotient est un revêtement de Y.
Soit Z un revêtement de X et soit une donnée de descente relative à sur Z. D’après la proposition 5 (IV, p. 389), la donnée de descente est effective, autrement dit le carré
Z
X Y
est un carré cartésien. Les hypothèses de la proposition 6 (IV, p. 391) sont alors satisfaites. Par conséquent, est un revêtement de Y.
Proposition 7 022M
Soient X et Y des espaces topologiques et soit une application continue et surjective. Supposons que l’espace Y soit délaçable et que l’application soit ouverte et possède la propriété de relèvement des chemins. Alors, toute donnée de descente relative à sur un revêtement de X est effective, et l’espace quotient est un revêtement de Y.
Soit un revêtement de X et soit une donnée de descente relative à sur Z. Comme l’application est surjective et ouverte, il résulte de la prop. 5 de IV, p. 389, que la donnée de descente est effective. Notons le Y-espace quotient ; sa projection est étale (loc. cit.), elle est aussi séparée (I, p. 27, prop. 4).
Par hypothèse, l’application possède la propriété de relèvement des chemins, de même que l’application , car Z est un revêtement de X (III, p. 302, corollaire 2 de la prop. 3). Il en est par suite de même de l’application , donc de l’application . Par conséquent (cf. IV, p. 341, remarque 2), T est un revêtement de Y. La proposition est ainsi démontrée.
Remarque 022N
Soient X et Y des espaces topologiques et soit une application. Pour que toute donnée de descente relative à sur un revêtement de X soit effective, et que l’espace quotient soit un revêtement de Y, il est nécessaire que soit stricte et que soit une partie ouverte et fermée de X.
En effet, identifions le X-espace X à et munissons-le de sa donnée de descente canonique relative à . L’espace quotient s’identifie à , muni de la topologie quotient de la topologie de X pour la relation d’équivalence définie par . Si c’est un revêtement de Y, l’espace s’identifie alors à une partie ouverte et fermée de Y et l’application est stricte.
6. Descente de groupoïdes
Soient X et Y des espaces topologiques et soit une application continue. Notons et les deux projections de dans X, Coeg() le groupoïde coégalisateur du couple de morphismes de groupoïdes de dans et Coeg() le morphisme de groupoïdes canonique (II, p. 199, déf. 2). Comme , on a . Il résulte alors de la propriété universelle des coégalisateurs (II, p. 199, prop. 3) qu’il existe un unique morphisme de groupoïdes Coeg() tel que .
L’ensemble des sommets de Coeg() est l’ensemble quotient de l’ensemble X = Som() par la relation d’équivalence définie par II, p. 200, remarque 1). On l’identifie à .
Proposition 8 022O
Soient X et Y des espaces topologiques non vides et soit une application continue de X dans Y. On suppose que l’espace X est localement connexe par arcs, que l’espace Y est connexe et que l’application est stricte et surjective. Alors, le groupoïde Coeg() est transitif.
Soit Γ le carquois dont l’ensemble des sommets est X et dont l’ensemble des flèches est l’ensemble somme de Fl() et de , les applications origine et terme étant celles de dans Fl() et les applications et dans . D’après la définition de l’armature du couple (pr)(pr)) (II, p. 185, déf. 3) et la remarque 2 de II, p. 200, l’ensemble des orbites de Coeg() s’identifie à l’ensemble des composantes connexes du carquois Γ. Comme l’espace X n’est pas vide, il suffit de prouver que le graphe Γ est connexe.
Les composantes connexes de Γ sont saturées pour la relation d’équivalence « il existe un chemin joignant à », donc sont ouvertes dans X, car X est localement connexe par arcs. Elles sont alors également fermées. Elles sont aussi saturées pour la relation d’équivalence R définie par . Par hypothèse, l’application induit un homéomorphisme de sur Y, si bien que l’image par de toute composante connexe de Γ est une partie ouverte et fermée de Y, donc est égale à Y puisque l’espace Y est supposé connexe.
Soit C une composante connexe de Γ, soit un point de X. D’après ce qui précède, il existe un point tel que . Par définition du carquois Γ, on a . On a ainsi C = X et le carquois Γ est donc connexe.
Proposition 9 022P
Soient X et Y des espaces topologiques et soit une application continue de X dans Y. On suppose que l’espace X est localement connexe par arcs, que l’espace Y est délaçable et que l’application est stricte et surjective. Alors, le groupoïde est engendré par l’image de par .
On peut supposer que les espaces X et Y sont non vides. Notons G le sous-groupoïde de engendré par l’image de par . Comme l’application est surjective, l’ensemble des sommets de G est égal à Y. D’après la prop. 8, Coeg() est un groupoïde transitif. Comme induit l’identité sur les sommets, l’image de Coeg() par est un sous-groupoïde transitif de . L’image de par engendre Coeg() (II, p. 200, corollaire) ; comme on a , le groupoïde G est transitif.
Soit un point de Y et notons H le sous-groupe de . D’après le th. 1 de IV, p. 342, il existe un revêtement connexe de Y et un point de la fibre dont H soit le fixateur.
Si est un point de X, l’ensemble Fl n’est pas vide, car G est transitif. Pour Fl, le point est un point de la fibre , indépendant de puisque le groupe H, groupe d’isotropie de G en , fixe . Notons ce point ; notons l’application ainsi définie et l’application . Par construction, l’application est compatible avec les opérations canoniques de dans X et . Il résulte alors du lemme 1 de III, p. 312 que est continue. L’application est donc continue ; elle est en outre compatible à la relation d’équivalence définie par , car ne dépend que de . Puisque est stricte et surjective, il existe une unique application continue telle que , si bien que le revêtement T admet une section. Comme T est connexe, l’application est un homéomorphisme (I, p. 31, cor. 4 de la prop. 6) et l’on a , d’où . Comme G est transitif, il en résulte que .
Proposition 10 022Q
Soient X et Y des espaces topologiques et soit une application continue de X dans Y. On suppose que l’espace X est délaçable, que l’espace est localement connexe par arcs, et que toute donnée de descente relative à sur un revêtement de X est effective et l’espace quotient est un revêtement de Y. Alors, le morphisme de groupoïdes de Coeg() dans est injectif.
Sous les hypothèses de la proposition, est stricte ( IV, p. 394, remarque) ; on peut en outre supposer qu’elle est surjective.
Lemme 2 022R
Conservons les notations et les hypothèses de la proposition. Soit T un ensemble muni d’une opération du groupoïde Coeg() relativement à une application . Il existe alors une unique topologie sur T pour laquelle fait de T un revêtement de Y de sorte que pour toute classe de chemin d’origine dans X et tout point de T, on ait . En particulier, l’opération de Coeg() sur T se factorise par une opération du groupoïde .
L’unicité d’une telle topologie sur T résulte du lemme 1 (III, p. 312) ; démontrons son existence. Munissons l’ensemble d’une loi d’opération de en posant pour tout et toute flèche d’origine dans . Comme l’espace X est délaçable, cette loi d’opération de est sans monodromie locale (III, p. 313, remarque). Il existe donc sur l’ensemble une unique topologie qui fasse du X-espace , pr un revêtement de X et telle que l’opération canonique de dans ce revêtement coïncide avec l’opération donnée (III, p. 313, prop. 3). Notons ce revêtement. Montrons que l’application de dans Z est une donnée de descente sur Z relative à l’application . Il suffit de vérifier qu’elle est continue, les autres conditions de la définition 1 de IV, p. 382, étant évidentes.
L’application est un relèvement de l’application pr au revêtement Z de X. Comme l’espace est localement connexe par arcs, l’espace , qui en est un revêtement, est aussi localement connexe par arcs. D’après le corollaire (III, p. 269), pour montrer que l’application est continue, il suffit de démontrer qu’elle est continue par arcs.
Soit donc un chemin dans et montrons que l’application de dans Z est continue. Pour tout , notons et les chemins dans X définis par et . Pour tout , on a ainsi , et , où désigne la classe d’homotopie stricte d’un chemin III, p. 304, remarque). L’application est un chemin dans ; par définition du coégalisateur Coeg(), on a donc et . Par définition de l’opération de sur Z, on a donc
Cela montre que est un relèvement continu à Z du chemin loc. cit.). Par suite, l’application est continue par arcs, donc continue ; c’est une donnée de descente relative à sur le X-espace Z.
Désignons par la relation d’équivalence définie par la donnée de descente . L’application étant surjective, l’application pr induit, par passage au quotient, une bijection de sur T. Munissons T de la topologie déduite de celle de par transport de structure, de sorte que est un Y-espace. Par hypothèse, T est donc un revêtement de Y et le diagramme
Z T
X Y
est un carré cartésien.
Soient un point de Z un chemin d’origine dans X et soit le relèvement continu de à Z d’origine . Le chemin pr est le relèvement d’origine du chemin de Y, de sorte que . Cela conclut la démonstration du lemme.
Démontrons maintenant la proposition. Soient et deux flèches de Coeg() dont les images dans sont égales. Le morphisme de groupoïdes étant l’identité sur les ensembles de sommets, les flèches et ont même origine et même terme. Notons l’origine de ; soit T l’ensemble des flèches de Coeg() d’origine et soit la restriction à T de l’application terme. Le groupoïde Coeg() opère par composition à droite sur l’ensemble T, relativement à . D’après le lemme 2, les actions de et sur T sont identiques. On a donc . Cela prouve que le morphisme de groupoïdes est injectif.
Théorème 1 022S
Soient X et Y des espaces topologiques, soit Y une application continue et surjective. Supposons que les espaces X et Y soient délaçables. Supposons enfin que l’une des propriétés suivantes soit satisfaite :
(i) L’application est propre, séparée, à fibres localement connexes, l’espace est localement connexe par arcs ;
(ii) L’application est propre, séparée, à fibres finies, la diagonale est ouverte dans et son complémentaire est localement connexe ;
(iii) L’application est ouverte et possède la propriété de relèvement des chemins. Alors, le morphisme de groupoïdes est un isomorphisme du groupoïde Coeg() sur le groupoïde de Poincaré .
Notons d’abord que sous ces hypothèses, l’application est surjective et stricte (I, p. 18, exemple 2). De plus, toute donnée de descente relative à sur un revêtement de X est effective, et l’espace quotient est un revêtement de Y ; cela résulte en effet de IV, p. 393, corollaire 2 de la prop. 4 sous les hypothèses (i) et (ii), et de la prop. 7 de IV, p. 394 sous l’hypothèse (iii). D’après la prop. 10, le morphisme de groupoïdes est donc injectif et son image est un sous-groupoïde de .
D’après la prop. 9 de IV, p. 395, cette image est égale à sous les hypothèses (i) et (ii), mais aussi sous l’hypothèse (iii) puisque le morphisme de groupoïdes est alors surjectif.
Par suite, est un isomorphisme.
Exemple 022T
Voici deux exemples où les hypothèses du théorème 1 sont satisfaites.
1) Soit Y un espace topologique délaçable. Soit un recouvrement localement fini de Y par des ensembles fermés. On suppose que, pour tout , l’espace est délaçable et que, pour tout couple , l’espace est localement connexe par arcs. On peut prendre pour X l’espace somme de la famille et pour l’application déduite de la famille des injections canoniques.
2) Soit G un groupe discret opérant proprement dans un espace topologique délaçable X, posons et soit l’application canonique. Elle est ouverte (TG, III, p. 10, lemme 2) et possède la propriété de relèvement des chemins en vertu du théorème 4 de III, p. 287. L’espace Y est délaçable d’après IV, p. 349, prop. 8, b). Par hypothèse, l’application de dans donnée par est propre, donc stricte (I, p. 18, exemple 2) et son image est . Il résulte alors de III, p. 261, prop. 8 que est localement connexe par arcs.
7. Descente par une application étale et surjective
Soient X et Y des espaces topologiques et soit une application continue de X dans Y. On conserve les notations du n précédent.
Théorème 2 022U
Supposons que tout point de Y possède un voisinage au-dessus duquel il existe une section continue de l’application . Le morphisme de groupoïdes de Coeg() dans est un isomorphisme.
Par hypothèse, il existe un recouvrement de Y par des ensembles ouverts et, pour tout , une section continue de .
Si est un chemin dans X, on notera sa classe d’homotopie stricte dans et l’image de dans Coeg() par le morphisme de groupoïdes . Si et sont deux chemins dans X et sont composables dans Coeg() si et seulement si les chemins et dans Y sont juxtaposables.
Soit un chemin dans Y. D’après le lemme 4 de III, p. 272, appliqué
à l’espace compact et au recouvrement () de , il existe un entier tel que, pour tout entier vérifiant , l’image de l’intervalle par soit contenue dans un ouvert . Pour tout entier , soit le chemin dans Y défini par ; on a (cf. III, p. 291, remarque 1), et est le chemin noté . Pour tout , notons le chemin dans X et posons . Comme pour tout , les chemins et sont juxtaposables, la suite est composable dans Coeg(). Par construction,
ce qui prouve que le morphisme de groupoïdes est surjectif.
Soient et des flèches de Coeg(). Comme le groupoïde Coeg() est engendré par l’image de (II, p. 200, corollaire), il existe des suites finies et de chemins dans X telles que l’on ait et . Les chemins dans Y sont alors juxtaposables et l’on a ; de même, .
Supposons que l’on ait . Il existe alors une homotopie stricte reliant à . D’après le lemme 4 de III, p. 272, appliqué à l’espace compact et au recouvrement de , il existe un entier tel que, pour tout couple d’entiers vérifiant et , l’image de par soit contenue dans un ouvert du recouvrement .
Tout chemin dans X est de la forme , où est le chemin . Quitte à remplacer les entiers et par leur produit , on peut donc supposer que .
Pour tout couple d’entiers de et tout couple , posons
Pour , posons aussi , , et . D’après le lemme 1 de III, p. 295, les chemins et sont strictement homotopes, d’où la relation
dans , pour tout couple . D’autre part, pour tout couple d’entiers , avec 2 et 1 , on a , d’où la relation
dans Coeg(). De même, pour tout couple d’entiers tels que et , on a
Pour , les chemins et coïncident. Par définition du coégalisateur Coeg(), on a donc . De même, pour tout . Par suite, on a les relations
D’après le lemme 3 ci-dessous, on a
Comme les chemins et sont constants, on a, pour et où et sont l’origine et le terme des flèches et de Coeg(). Il en résulte l’égalité
c’est-à-dire .
Lemme 3 022V
Soit G un groupoïde et soient des entiers . Pour tout couple d’entiers tels que et , soit un sommet de G ; pour tout couple tel que et , soit une flèche de G reliant à ; pour tout couple tel que et , soit une flèche de G reliant à .
On suppose que, pour tout couple d’entiers tels que et , les flèches et sont composables, de même que les flèches et , et que l’on a . Alors,
Traitons d’abord le cas particulier où et démontrons le résultat par récurrence sur . Si , l’assertion à démontrer est vérifiée par hypothèse ; supposons-la vérifiée pour ; on a alors
par l’hypothèse de récurrence, d’où la relation pour .
Démontrons maintenant le résultat par récurrence sur . Il est vrai pour d’après ce qui précède ; s’il est vrai pour , on a alors
D’après le cas , on a
d’où la relation voulue.
Exemple 1 022W
Le théorème s’applique lorsque l’application est étale et surjective.
Exemple 2 022X
Il s’applique aussi lorsque l’espace X est l’espace somme d’une famille de parties de Y dont les intérieurs recouvrent Y, et que est l’application déduite des injections canoniques de chacun des dans Y.
8. Groupoïde de Poincaré d’un espace quotient
Soit X un espace topologique muni d’une opération continue d’un groupe discret G ; posons et notons Y l’application canonique. Notons le groupoïde ; l’ensemble de ses sommets est G; pour , il existe une unique flèche reliant à si , et aucune sinon. Par passage aux groupoïdes fondamentaux, l’opération induit un morphisme de groupoïdes . Soit le coégalisateur des deux morphismes de groupoïdes et (pr) de dans ; notons le morphisme de groupoïdes canonique. On a pr, donc (pr). D’après la propriété universelle des coégalisateurs, il existe donc un unique morphisme de groupoïdes tel que l’on ait .
Théorème 3 022Y
Soit X un espace topologique délaçable et soit G un groupe discret opérant proprement dans X ; soit la surjection canonique. Le morphisme de groupoïdes canonique introduit ci-dessus est un isomorphisme.
Notons Coeg() le coégalisateur des deux morphismes de groupoïdes de dans induits par les projections pr et pr; soit Coeg() le morphisme de groupoïdes canonique. L’image de l’application , pr étant le sous-espace de , les deux morphismes de groupoïdes et (pr), de dans Coeg() sont égaux. D’après la propriété universelle de , il existe un unique morphisme de groupoïdes Coeg() tel que .
Notons aussi l’unique morphisme de groupoïdes de Coeg() dans tel que . D’après IV, p. 399, exemple 2, les hypothèses du th. 1 de IV, p. 398 sont vérifiées et le morphisme est un isomorphisme. Comme
on a . Ainsi, pour démontrer le théorème 3, il suffit de prouver que le morphisme est un isomorphisme.
Lemme 4 022Z
Pour tout chemin dans , on a .
Soit un tel chemin.
Soit , soit son fixateur dans G. D’après TG, III, p. 32, prop. 8, il existe un voisinage ouvert de dans X tel que = pour tout G - , et tel que l’application induise un homéomorphisme de sur un voisinage ouvert de dans Y. Comme X est délaçable et que la restriction à de l’application est ouverte et fermée, on peut en outre supposer que est connexe et que l’image de l’homomorphisme canonique est réduite à l’élément neutre. Les ouverts ainsi construits forment un recouvrement ouvert de Y. D’après le lemme 4 de III, p. 272, appliqué à l’espace compact et aux ouverts pour , il existe un entier tel que pour tout , il existe un point dans X tel que
soit contenu dans . Comme est aussi
contenu dans .
Pour ou 2 et pour , notons le chemin dans X défini par ; on a III, p. 291, remarque 1). Par suite, pour montrer que , il suffit de montrer que pour tout entier . Quitte à remplacer le chemin par le chemin , on suppose ainsi qu’il existe tel que .
L’image réciproque de par est la réunion disjointe des parties connexes , où parcourt un système de représentants dans G de . Pour ou 2, soit un élément de G tel que le point appartienne à . L’image du chemin est alors contenue dans . Par définition du groupoïde , on a , ce qui permet de supposer que les images des chemins et sont contenues dans et que .
Pour ou 1, soit un chemin dans reliant à et soit un élément de tel que . Les chemins et sont des lacets en dans . Ils sont donc strictement homotopes dans X au lacet constant en , car l’image de l’homomorphisme canonique est réduite à l’élément neutre. Leurs classes ont en particulier même image par le morphisme de groupoïdes , d’où
Puisque pour tout élément et tout chemin dans X, il en résulte l’égalité , ainsi qu’il fallait démontrer.
D’après le lemme, les deux morphismes de groupoïdes (pr) et (pr) de dans Coeg() sont égaux. D’après la propriété universelle du coégalisateur, il existe donc un unique morphisme de groupoïdes Coeg() tel que . Le morphisme est l’unique morphisme de groupoïdes de dans lui-même tel que ; on a donc = Id. De même, Id. Par suite, est un isomorphisme.
Exercices
See the exercises for § 4.