Bourbaki

§ 4. Théorie de la descente

1. Données de descente

Soient X et Y des espaces topologiques et soit f:X→Yf: X\rightarrow Y une application continue. Soit (Z,p)(Z, p) un X-espace.

Définition 1 0227

On appelle donnée de descente relative à ff sur le X-espace (Z,p)(Z, p) une application continue τ:Z×YX→Z\tau : Z\times_YX\rightarrow Z vérifiant les deux propriétés suivantes :

(i) Pour tout couple (x,x′)∈X×YX(x, x')\in X\times_YX, l’application z↦τ(z,x′)z\mapsto \tau (z, x') induit par restriction une bijection τx,x′\tau_{x,x'} de ZxZ_x sur Zx′Z_{x'};

(ii) Pour tout triplet (x,x′,x′′)(x, x', x'') de points de X tels que f(x)=f(x) = f(x′)=f(x′′)f(x') =f(x''), on a

τx,x′′=τx′,x′′∘τx,x′ \tau_{x,x''}=\tau_{x',x''}\circ \tau_{x,x'}

Si τ\tau est une donnée de descente sur (Z,p)(Z, p), la famille (τx,x′)(\tau_{x,x'}), pour (x,x′)∈X×YX(x, x')\in X\times_YX, est ainsi une loi d’opération (à droite) du groupoïde X×YXX\times_YX sur le X-espace (Z,p)(Z, p) (II, p. 167). En particulier, on a τx,x=\tau_{x,x}= IdZx_{Z_x} pour tout x∈Xx\in X, ce qui s’écrit aussi τ(z,p(z))=z\tau (z, p(z)) =z pour tout z∈Zz\in Z. Inversement, étant donnée une loi d’opération (à droite) du groupoïde X×YXX\times_YX sur (Z,p)(Z, p), l’application de Z×YXZ\times_YX dans Z définie par (z,x)↦z⋅(p(z),x)(z, x)\mapsto z\cdot (p(z), x) vérifie les relations (i) et (ii) de la définition.

Soient X et Y des espaces topologiques, f:X→Yf: X\rightarrow Y une application continue et soit (Z,p)(Z, p) un X-espace. Si τ\tau est une donnée de descente relative à ff sur (Z,p)(Z, p), la relation Rτ(z1,z2)R_{\tau}(z_1, z_2) définie par « f(p(z1))=f(p(z_1)) = f(p(z2))f(p(z_2)) et τ(z1,p(z2))=z2\tau (z_1, p(z_2)) =z_2 » est la relation d’équivalence dans Z déduite de l’opération du groupoïde X×YXX\times_YX définie par τ\tau; elle est compatible avec l’application f∘pf\circ p. On dit que c’est la relation d’équivalence associée à la donnée de descente τ\tau. La bijection canonique (z1,z2)↦(z1,p(z2))(z_1, z_2)\mapsto (z_1, p(z_2)) du graphe Γ de la relation d’équivalence RτR_{\tau} sur Z×YXZ\times_YX est un homéomorphisme, l’homéomorphisme réciproque applique un élément (z1,x2)∈Z×YX(z_1, x_2)\in Z\times_YX sur (z1,τ(z1,x2))(z_1, \tau (z_1, x_2)).

Inversement, soit R une relation d’équivalence dans Z compatible avec l’application f∘p:Z→Yf\circ p: Z\rightarrow Y et soit Γ le graphe de R. Supposons de plus que l’application p2:(z1,z2)↦(z1,p(z2))p_2: (z_1, z_2)\mapsto (z_1, p(z_2)) définisse un homéo-morphisme de Γ sur Z×YXZ\times_YX. L’application τ:Z×YX→Z\tau : Z\times_YX\rightarrow Z donnée par pr2∘p2−1_2\circ p^{-1}_2 est continue ; c’est une donnée de descente relative à ff sur (Z,p)(Z, p) et la relation R est la relation d’équivalence associée à τ\tau.

Exemple 1 0228

Soient X et Y des espaces topologiques, soit f:X→Yf: X\rightarrow Y une application continue et soit (T,q)(T, q) un Y-espace. Posons Z=X×YTZ = X\times_YT. L’application τ\tau de Z×YXZ\times_YX dans Z qui, à ((x,t),x′)((x, t), x') associe (x′,t)(x', t), est une donnée de descente relative à ff sur le X-espace (X×YT(X\times_YT, pr1)_1), appelée donnée de descente canonique. Pour z1=(x1,t1)z_1= (x_1, t_1) et z2=(x2,t2)∈Zz_2= (x_2, t_2)\in Z, la relation Rτ{z1,z2}R_{\tau}\{z_1, z_2\} équivaut à t1=t2t_1=t_2.

Exemple 2 0229

Soient Y un espace topologique, (Vi)i∈I(V_i)_{i\in I} une famille de parties de Y, et pour tout i∈Ii\in I, soit (Zi,pi)(Z_i, p_i) un ViV_i-espace. Notons X l’espace topologique somme de la famille (Vi)i∈I(V_i)_{i\in I} et (Z,p)(Z, p) le X-espace somme de la famille (Zi)i∈I(Z_i)_{i\in I}. Soit f:X→Yf: X\rightarrow Y l’application canonique.

L’espace X×YXX\times_YX s’identifie alors à l’espace somme de la famille (Vi∩(V_i\cap Vj)(i,j)∈I×I(V_j)_{(i,j)\in I\times I}(I, p. 4, exemple 5). Soit τ\tau une donnée de descente relative à ff sur (Z,p)(Z, p). Pour tout couple (i,j)∈I×I(i, j)\in I\times I, on définit une application continue τi,j:pi−1(Vi∩Vj)→pj−1(Vi∩Vj)\tau_{i,j}:\overset{-1}{p_{i}}(V_i\cap V_j)\rightarrow \overset{-1}{p_{j}}(V_i\cap V_j) par z↦τ(z,(pi(z),j))z\mapsto \tau (z,(p_i(z), j)). La famille (τi,j)(\tau_{i,j}) vérifie les propriétés suivantes :

(i) Pour tout i∈Ii\in I, on a τi,i=\tau_{i,i}= IdZi_{Z_i};

(ii) Pour tout couple (i,j)∈I×I,τi,j(i, j)\in I\times I,\tau_{i,j} est un isomorphisme de (Vi∩Vj)(V_i\cap V_j)-espaces ;

(iii) Pour tout triplet (i,j,k)∈I×I×I(i, j, k)\in I\times I\times I et tout z∈pi−1(Vi∩Vj∩Vk)z\in \overset{-1}{p_{i}}(V_i\cap V_j\cap V_k), on a τj,k(τi,j(z))=τi,k(z)\tau_{j,k}(\tau_{i,j}(z)) =\tau_{i,k}(z).

Inversement, toute famille (τi,j)(\tau_{i,j}) possédant les propriétés ci-dessus provient d’une unique donnée de descente relative à ff sur (Z,p)(Z, p).

2. Données de descente effectives

Soient X et Y des espaces topologiques, f:X→Yf: X\rightarrow Y une application continue et (Z,p)(Z, p) un X-espace. Soit τ\tau une donnée de descente relative à ff sur (Z,p)(Z, p), soit RτR_{\tau} la relation d’équivalence associée et soit g:Z→Z/Rτg: Z\rightarrow Z/R_{\tau} l’application canonique. Comme la relation RτR_{\tau} est compatible avec l’application f∘pf\circ p, il existe une unique application continue q:Z/Rτ→Yq: Z/R_{\tau}\rightarrow Y telle que le diagramme

Z gZ/Rτ^gZ/R_{\tau}

pq(1) pq \tag{1}

X f^f Y

soit un carré commutatif. Le Y-espace (Z/Rτ,q)(Z/R_{\tau}, q) est appelé l’espace quotient de (Z,p)(Z, p) par la donnée de descente τ\tau. Notons h:Z→X×Yh: Z\rightarrow X\times_Y (Z/Rτ)(Z/R_{\tau}) l’application définie par h(z)=(p(z),g(z))h(z) = (p(z), g(z)) pour z∈Zz\in Z. Elle est continue. Soit (x,u)∈X×Y(Z/Rτ)(x, u)\in X\times_Y(Z/R_{\tau}) et soit z∈Zz\in Z tel que g(z)=ug(z) =u; on a (z,x)∈Z×YX(z, x)\in Z\times_YX et le point z′=τ(z,x)z'=\tau (z, x) est l’unique élément de Z tel que h(z′)=(x,u)h(z') = (x, u) ; par suite, l’application hh est bijective.

On dit que la donnée de descente τ\tau relative à ff sur (Z,p)(Z, p) est effective si le diagramme (1) est un carré cartésien, c’est-à-dire si la bijection continue hh est un homéomorphisme. Pour que la donnée de descente τ\tau soit effective, il faut et il suffit que les ensembles p−1(U)∩V\overset{-1}{p}(U)\cap V, où U est une partie ouverte de X et V une partie ouverte de Z saturée pour RτR_{\tau}, constituent une base de la topologie de Z. En particulier, la condition, pour une donnée de descente relative à ff, d’être effective est de nature locale dans Y.

Exemple 1 022A

Soient X et Y des espaces topologiques et f:X→Yf: X\rightarrow Y une application continue. Soit (T,q)(T, q) un Y-espace. Soit Z le X-espace X×YTX\times_YT, muni de l’application pr1_1; notons τ\tau sa donnée de descente canonique relative à ff (IV, p. 383, exemple 1). Les parties de Z de la forme X×YVX\times_YV, où V est une partie ouverte de T, sont ouvertes dans Z et saturées pour la relation Rτ(R_{\tau}(loc. cit.). Par définition de la topologie produit, les ensembles U×YU\times_Y pr2−1(V)^{-1}_2(V), où U est ouvert dans X et V est ouvert dans T, forment une base de la topologie de X×YZX\times_YZ. Par conséquent, la donnée de descente canonique sur un produit fibré X×YTX\times_YT est effective.

L’application canonique Z/Rτ→TZ/R_{\tau}\rightarrow T est injective et continue. Elle n’est toutefois pas forcément surjective, ni stricte (IV, p. 462, exerc. 1).

Exemple 2 022B

Reprenons les notations de l’exemple 2 (IV, p. 383). L’espace topologique Z/RτZ/R_{\tau} est alors l’espace topologique obtenu par recollement des espaces ZiZ_i le long des pi−1(Vi∩Vj)\overset{-1}{p_{i}}(V_i\cap V_j) au moyen des bijections τi,j\tau_{i,j} (TG, I, p. 16). Par suite, si pour tout i∈Ii\in I, l’ensemble ViV_i est ouvert (resp. fermé) dans Y, l’ensemble g(Zi)g(Z_i) est ouvert (resp. fermé) dans Z/RτZ/R_{\tau} et la restriction de gg à ZiZ_i induit un homéomorphisme de ZiZ_i sur g(Zi)g(Z_i) (TG, I, p. 17, prop. 9). L’espace Z est l’espace somme des espaces ZiZ_i; l’espace X×Y(Z/Rτ)X\times_Y(Z/R_{\tau}) est l’espace somme des espaces Vi×YV_i\times_Y (Z/Rτ)=g(Zi)(Z/R_{\tau}) =g(Z_i). L’application hh s’identifie à l’application somme des applications g∣Zi:Zi→g(Zi)g|Z_i: Z_i\rightarrow g(Z_i). C’est donc un homéomorphisme, ce qui démontre que la donnée de descente τ\tau est effective.

Sans hypothèse particulière sur les parties ViV_i, il n’est pas toujours vrai que la restriction de gg à ZiZ_i induise un homéomorphisme de ZiZ_i sur son image ; dans ce cas, la donnée de descente τ\tau n’est pas effective (IV, p. 462, exerc. 2).

Proposition 1 022C

Soient X et Y des espaces topologiques, soit f:X→Yf: X\rightarrow Y une application continue. Supposons que tout point de Y possède un voisinage au-dessus duquel il existe une section continue de l’application ff. Toute donnée de descente relative à ff sur un X-espace est alors effective.

Soit (Z,p)(Z, p) un X-espace et soit τ\tau une donnée de descente relative à ff sur (Z,p)(Z, p). L’assertion que τ\tau est une donnée de descente effective est locale dans Y, ce qui permet de supposer que l’application ff possède une section continue ss. Notons g:Z→Z/Rτg: Z\rightarrow Z/R_{\tau} et q:Z/Rτ→Yq: Z/R_{\tau}\rightarrow Y les applications canoniques et soit h:Z→X×Y(Z/Rτ)h: Z\rightarrow X\times_Y(Z/R_{\tau}) l’application donnée par z↦(p(z),g(z))z\mapsto (p(z), g(z)). L’application hh est bijective et continue ; il suffit de montrer qu’elle est un homéomorphisme.

L’application de Z dans Z qui, à zz, associe τ(z,s(f(p(z))))\tau (z, s(f(p(z)))) est continue et applique tout élément de Z sur l’unique élément z′z' de Z qui lui est équivalent pour la relation RτR_{\tau} et tel que p(z′)p(z') appartienne à l’image de ss. Elle définit donc par passage au quotient une application continue t:Z/Rτ→Zt: Z/R_{\tau}\rightarrow Z qui est une section de l’application gg. En particulier, on a f∘p∘t=q∘g∘t=qf\circ p\circ t=q\circ g\circ t=q.

Pour tout (x,u)∈X×Y(Z/Rτ)(x, u)\in X\times_Y(Z/R_{\tau}), on a f(p(t(u)))=f(x)f(p(t(u))) =f(x) ; posons alors h′(x,u)=τ(t(u),x)h'(x, u) =\tau (t(u), x). L’application h′h' de X×Y(Z/Rτ)X\times_Y(Z/R_{\tau}) dans Z ainsi définie est continue. Pour tout (x,u)∈X×Y(Z/Rτ)(x, u)\in X\times_Y(Z/R_{\tau}), on a

h(h′(x,u))=(p(h′(x,u)),g(h′(x,u))) h(h'(x, u)) = (p(h'(x, u)), g(h'(x, u)))
=(p(τ(t(u),x)),g(τ(t(u),x))) = (p(\tau (t(u), x)), g(\tau (t(u), x)))
=(x,u) = (x, u)

car τ(t(u),x)\tau (t(u), x) est équivalent à t(u)t(u) pour la relation RτR_{\tau}. Cela démontre que l’application h∘h′h\circ h' est l’application identique de X×Y(Z/Rτ)X\times_Y(Z/R_{\tau}). Pour z∈Zz\in Z, on a alors t(g(z))=τ(z,s(f(p(z)))t(g(z)) =\tau (z, s(f(p(z))) et f(p(t(g(z))))=f(p(z))f(p(t(g(z)))) =f(p(z)), d’où z=τ(t(g(z)),p(z))z=\tau (t(g(z)), p(z)), par définition de la relation d’équivalence RτR_{\tau}. On a donc h′(h(z))=zh'(h(z)) =z et h′∘h=h'\circ h= IdZ_Z. L’application hh est donc un homéomorphisme, ce qu’il fallait démontrer.

Proposition 2 022D

Soit f:X→f: X\rightarrow Y une application continue, soit (Z,p)(Z, p) un X-espace et soit τ\tau une donnée de descente relative à ff sur Z. La relation d’équivalence RτR_{\tau} est fermée si ff est propre ; elle est ouverte si ff est ouverte.

L’application τ~:Z×YX→\widetilde{\tau}: Z\times_YX\rightarrow X ×Y\times_Y Z donnée par (z,x)↦(z, x)\mapsto (p(z),τ(z,x))(p(z), \tau (z, x)) est un homéomorphisme, d’application réciproque (x,z)↦(τ(z,x),p(z))(x, z)\mapsto (\tau (z, x), p(z)). On a τ\tau = pr2∘τ~_2\circ \widetilde{\tau}, où pr2:X×YZ→_2: X\times_YZ\rightarrow Z est la seconde projection. Si ff est propre, pr2_2 est propre ; si ff est ouverte, pr2_2 est ouverte (I, p. 17, prop. 8). Il en résulte que τ\tau est propre (resp. ouverte) si ff l’est. Le saturé d’une partie A de Z par la relation RτR_{\tau} est l’image de A×YXA\times_YX par τ\tau. Par suite, si ff est propre, le saturé d’une partie fermée est fermé ; si ff est ouverte, le saturé d’une partie ouverte est ouvert.

3. Descente de morphismes

Soient X et Y des espaces topologiques et soit ff une application continue de X dans Y. Soient (Z,p)(Z, p) et (Z′,p′)(Z', p') des X-espaces munis de données de descente relatives à ff, notées respectivement τ\tau et τ′\tau '. On dit qu’un X-morphisme φ:Z→Z′\varphi : Z\rightarrow Z' est compatible avec les données de descente τ\tau et τ′\tau ' si l’on a

τ′(φ(z),x)=φ(τ(z,x)) \tau '(\varphi (z), x) =\varphi (\tau (z, x))

pour tout (z,x)∈Z×YX(z, x)\in Z\times_YX. Il revient au même de dire que les images par φ\varphi de deux points équivalents suivant la relation RτR_{\tau} sont équivalents suivant la relation Rτ′R_{\tau'}. Un tel morphisme φ\varphi définit, par passage aux quotients, une application continue φ‾:Z/Rτ→Z′/Rτ′\overline{\varphi}: Z/R_{\tau}\rightarrow Z'/R_{\tau'}; c’est un morphisme de Y-espaces.

Notons Cτ,τ′(Z;Z′)\mathscr{C}_{\tau ,\tau'}(Z; Z') l’ensemble des X-morphismes de Z dans Z′Z' qui sont compatibles avec les données de descente τ\tau et τ′\tau '.

Proposition 3 022E

Soient X et Y des espaces topologiques et soit f:X→f: X\rightarrow Y une application continue. Soient (Z,p)(Z, p) et (Z′,p′)(Z', p') des X-espaces munis de données de descente relatives à ff, notées respectivement τ\tau et τ′\tau '. Si la donnée de descente τ′\tau ' est effective, l’application φ↦φ‾\varphi \mapsto \overline{\varphi} est une bijection de Cτ,τ′(Z;Z′)\mathscr{C}_{\tau ,\tau'}(Z; Z') sur CY(Z/Rτ;Z′/Rτ′)\mathscr{C}_Y(Z/R_{\tau}; Z'/R_{\tau'}).

Pour tout X-morphisme φ\varphi de Z dans Z′Z' compatible avec les données de descente, l’application φ‾\overline{\varphi} est un Y-morphisme. Inversement, notons g:Z→Z/Rτg: Z\rightarrow Z/R_{\tau} et g′:Z′→Z′/Rτ′g': Z'\rightarrow Z'/R_{\tau'} les applications canoniques et soit ψ:Z/Rτ→Z′/Rτ′\psi : Z/R_{\tau}\rightarrow Z'/R_{\tau'} un Y-morphisme. Les applications p:Z→Xp: Z\rightarrow X et ψ∘g:Z→Z′/Rτ′\psi \circ g: Z\rightarrow Z'/R_{\tau'} sont des Y-morphismes. L’hypothèse que la donnée de descente τ′\tau ' est effective signifie que le diagramme

Z′g′Z′/Rτ′ {Z'}^{g'}Z'/R_{\tau'}
p′q′p'q'

X f^f Y

est un carré cartésien. Il existe donc une unique application continue φ:Z→Z′\varphi : Z\rightarrow Z' telle que p′∘φ=pp'\circ \varphi =p et g′∘φ=ψ∘gg'\circ \varphi =\psi \circ g. La première égalité signifie que φ\varphi est un X-morphisme, la seconde égalité signifie que φ\varphi est compatible avec les données de descente et que φ‾=ψ\overline{\varphi}=\psi, d’où la proposition.

4. Descente : cas des espaces étalés

Soient X et Y des espaces topologiques et soit f:X→Yf: X\rightarrow Y une application continue. Soient T et T′T' des Y-espaces ; munissons les X-espaces X×YTX\times_YT et X×YT′X\times_YT' de leurs données de descente canoniques et notons Cf(X×YT;X×YT′)\mathscr{C}_f(X\times_YT; X\times_YT') l’ensemble des X-morphismes de X×YTX\times_YT dans X×YT′X\times_YT' qui sont compatibles avec ces données de descente. Pour tout Y-morphisme φ:T→T′\varphi : T\rightarrow T', le X-morphisme f∗(φ):(x,t)↦f^*(\varphi ): (x, t)\mapsto (x,φ(t))(x, \varphi (t)) de X×YTX\times_YT dans X×YT′X\times_YT' est compatible aux données de descente canoniques. On notera f∗:CY(T;T′)→Cf(X×YT;X×YT′)f^*:\mathscr{C}_Y(T; T')\rightarrow \mathscr{C}_f(X\times_YT; X\times_YT') l’application ainsi définie.

Proposition 4 022F

Supposons que l’application ff soit stricte et surjective et que T soit un Y-espace étalé. Alors, l’application f∗:CY(T;T′)→Cf(X×YT;X×YT′)f^*:\mathscr{C}_Y(T; T')\rightarrow \mathscr{C}_f(X\times_YT; X\times_YT') est bijective.

Notons τ\tau (resp. τ′\tau ') la relation d’équivalence sur X×YTX\times_YT (resp. sur X×YT′X\times_YT') qui est associée à la donnée de descente canonique. Comme l’application ff est surjective, la projection pr2:X×YT→T_2: X\times_YT\rightarrow T est surjective et l’application canonique (X×YT)/Rτ→T(X\times_YT)/R_{\tau}\rightarrow T est bijective. En particulier, l’application f∗f^* est injective. Démontrons qu’elle est surjective. Soit φ:X×YT→X×YT′\varphi : X\times_YT\rightarrow X\times_YT' un X-morphisme compatible avec les données de descente canoniques. Pour (x,t)∈X×YT(x, t)\in X\times_YT, on a donc φ(x,t)=(x,φ(t))\varphi (x, t) = (x, \varphi (t)), où φ‾\overline{\varphi} est une application de T dans T′T'.

Par définition de φ‾\overline{\varphi}, l’application φ‾∘\overline{\varphi}\circ pr2:X×YT→T′_2: X\times_YT\rightarrow T' est égale à pr2∘φ_2\circ \varphi, elle est donc continue. Comme l’application ff est surjective et stricte et que T est un Y-espace étalé, la projection pr2:X×YT→T_2: X\times_YT\rightarrow T est stricte (I, p. 32, remarque 3). D’après la proposition 9 de I, p. 18, l’application φ‾\overline{\varphi} est donc continue. C’est un Y-morphisme tel que f∗(φ‾)=φf^*(\overline{\varphi}) =\varphi, ce qui démontre la proposition.

Corollaire 022G

Soient X et Y des espaces topologiques et soit f:X→Yf: X\rightarrow Y une application stricte et surjective. Soient T et T′T' des Y-espaces étalés. S’il existe un X-isomorphisme X×YT→X×YT′X\times_YT\rightarrow X\times_YT' qui est compatible aux données de descente canoniques, les Y-espaces T et T′T' sont isomorphes.

Soit ψ:X×YT→X×YT′\psi : X\times_YT\rightarrow X\times_YT' un X-isomorphisme d’espaces étalés. D’après la proposition 4, il existe un unique morphisme de Y-espaces φ:T→T′\varphi : T\rightarrow T' tel que ψ=f∗(φ)\psi =f^*(\varphi ). Comme ff est surjective, l’application φ\varphi est bijective. Il résulte alors du cor. 2 de I, p. 30 que φ\varphi est un isomorphisme, car les Y-espaces T et T′T' sont étalés.

Proposition 5 022H

Soient X et Y des espaces topologiques et soit f:X→Yf: X\rightarrow Y une application continue. Supposons que l’application ff soit propre et séparée, ou bien ouverte. Toute donnée de descente relative à ff sur un X-espace étalé est effective. En outre, si ff est surjective, l’espace quotient est un Y-espace étalé.

Soit (Z,p)(Z, p) un X-espace étalé et soit τ\tau une donnée de descente relative à ff sur (Z,p)(Z, p). Notons RτR_{\tau} la relation d’équivalence dans Z associée à τ\tau, soit g:Z→Z/Rτg: Z\rightarrow Z/R_{\tau} la surjection canonique et notons hh l’application de Z dans X×Y(Z/Rτ)X\times_Y(Z/R_{\tau}) définie par z↦(p(z),g(z))z\mapsto (p(z), g(z)). Elle est continue et bijective ; démontrons que c’est un homéomorphisme.

a) Supposons d’abord que l’application ff soit ouverte.

Soit z0z_0 un point de Z ; posons x0=p(z0)x_0=p(z_0). Comme pp est étale, il existe un voisinage U de x0x_0 dans X et une section continue s:U→Zs: U\rightarrow Z de pp au-dessus de U telle que s(x0)=z0s(x_0) =z_0. L’application p×p:Z×YZ→p\times p: Z\times_YZ\rightarrow X×YXX\times_YX est étale, et les applications de U×YUU\times_YU dans Z×YZZ\times_YZ définies par (x,x′)↦(s(x),s(x′))(x, x')\mapsto (s(x), s(x')) et (x,x′)↦(s(x),τ(s(x),x′))(x, x')\mapsto (s(x), \tau (s(x), x')) en sont des sections continues au-dessus de U×YYU\times_YY. Comme elles coïncident en tout point de U×YUU\times_YU de la forme (x,x)(x, x), elles coïncident alors sur un voisinage ouvert V de ΔU\Delta_U contenu dans U×YUU\times_YU. Soit U0U_0 un voisinage de x0x_0 dans X tel que U0×YU0U_0\times_YU_0 soit contenu dans V. Soit (x,u)(x, u) un point de U0×Yg(s(U0))U_0\times_Yg(s(U_0)) ; soit x′∈U0x'\in U_0 tel que u=g(s(x′))u=g(s(x')). On a donc s(x)=τ(s(x′),x)s(x) =\tau (s(x'), x), d’où Rτ{s(x),s(x′)}R_{\tau}\{s(x), s(x')\} et (x,u)=(x,g(s(x′)))=(x, u) = (x, g(s(x'))) = (x,g(s(x)))=h(s(x))(x, g(s(x))) =h(s(x)).

Comme l’application gg est ouverte (IV, p. 386, prop. 2), l’ensemble U0×Yg(s(U0))U_0\times_Yg(s(U_0)) est une partie ouverte de X×Y(Z/Rτ)X\times_Y(Z/R_{\tau}) sur laquelle l’application h−1h^{-1} est égale à l’application continue s∘s\circ pr1_1. L’application hh est donc un homéomorphisme.

b) Supposons maintenant que l’application ff soit propre et séparée.

Soit z0z_0 un point de Z; posons x0=p(z0)x_0=p(z_0) et y0=f(x0)y_0=f(x_0). L’application ss donnée par x↦τ(z0,x)x\mapsto \tau (z_0, x) est une section de pp au-dessus de f−1(y0)\overset{-1}{f}(y_0).

L’ensemble f−1(y0)\overset{-1}{f}(y_0) est compact (TG, I, p. 75, th. 1 et I, p. 26, remarque 2) et deux points distincts de f−1(y0)\overset{-1}{f}(y_0) possèdent des voisinages disjoints dans X, car ff est séparée (I, p. 25, prop. 1). D’après le théo-rème 2 de I, p. 37, il existe donc un voisinage U0U_0 de f−1(y0)\overset{-1}{f}(y_0) dans X et une section s0s_0 de pp au-dessus de U0U_0 qui prolonge ss. L’ensemble s0(U0)s_0(U_0) est un ouvert de Z, car pp est étale (I, p. 30, cor. 3), et contient le saturé de l’ensemble {z0}\{z_0\} pour la relation RτR_{\tau}. L’application gg est fermée (IV, p. 386, prop. 2). Il existe alors un ouvert V de Z/RτZ/R_{\tau} tel que W=g−1(V)∩p−1(U0)W =\overset{-1}{g}(V)\cap \overset{-1}{p}(U_0) soit un voisinage de z0z_0 contenu dans s0(U0)s_0(U_0) (I, p. 75, lemme).

Soit alors (x,u)∈U0×YV(x, u)\in U_0\times_YV et soit zz l’unique point de Z tel que h(z)=(x,u)h(z) = (x, u) ; par définition, on a z∈Wz\in W. Puisque W⊂s0(U0)W\subset s_0(U_0), on a z=s0(p(x))z=s_0(p(x)). Cela montre que la restriction de h−1h^{-1} à l’ouvert U0×YVU_0\times_YV de X×Y(Z/Rτ)X\times_Y(Z/R_{\tau}) est égale à s0∘p∘s_0\circ p\circ pr1_1. Par suite, hh est un homéomorphisme.

Nous avons ainsi montré que la donnée de descente τ\tau est effective. L’application ff est universellement stricte (I, p. 20, corollaire). Sous l’hypothèse que ff est surjective, il résulte alors de la prop. 8 de I, p. 31 que q:Z/Rτ→Yq: Z/R_{\tau}\rightarrow Y est étale.

5. Descente : cas des revêtements

Soient X, Y des espaces topologiques et soit f:X→Yf: X\rightarrow Y une application continue surjective. Soit (Z,p)(Z, p) un revêtement de X et soit τ\tau une donnée de descente relative à ff sur Z.

Si ff est propre et séparée (resp. si ff est ouverte), la donnée de descente τ\tau est effective et le Y-espace Z/RτZ/R_{\tau} est un espace étalé (IV, p. 389, prop. 5). C’est même un revêtement de Y si ff possède une section continue au voisinage de chaque point (I, p. 72, prop. 3) ou si Z est un revêtement localement fini de X (I, p. 77, cor. 4). Ce numéro est consacré à mettre en évidence d’autres conditions sous lesquelles Z/RτZ/R_{\tau} est un revêtement de Y.

Démontrons au préalable un lemme.

Lemme 1 022I

Soient B, B′B' des espaces topologiques et soit f:B′→Bf: B'\rightarrow B une application continue. Si le carré fibré B′×BB′B'\times_BB' est localement connexe, l’espace topologique B′B' est localement connexe.

Soit aa un point de B′B' et soit V un voisinage de aa. Supposons que le carré fibré B′×BB′B'\times_BB' soit localement connexe et soit W un voisinage connexe de (a,a)(a, a) dans B′×BB′B'\times_BB' qui est contenu dans V×VV\times V. Posons U = pr1(W)_1(W). L’ensemble U est contenu dans V, et est connexe puisque l’image d’un ensemble connexe par une application continue est connexe. Si ΔB′\Delta_{B'} désigne la diagonale de B′×BB′B'\times_BB', l’application pr1∣ΔB′:ΔB′→B′_1|\Delta_{B'}: \Delta_{B'}\rightarrow B' est un homéomorphisme. Comme U contient pr1(W∩ΔB′)_1(W\cap \Delta_{B'}) et que W∩ΔB′W\cap \Delta_{B'} est un voisinage de (a,a)(a, a) dans ΔB′\Delta_{B'}, U est un voisinage de aa dans B′B'. Cela prouve le lemme.

Proposition 6 022J

Soit

E′f′{E'}^{f'} E

p′pp'p

B′f{B'}^f B

un carré cartésien. On suppose que l’application ff est propre, séparée et surjective, et on fait l’une des hypothèses suivantes :

(i) Les fibres de ff sont localement connexes et le carré fibré B′×BB′B'\times_BB' est localement connexe.

(ii) Les fibres de ff sont finies, la diagonale ΔB′\Delta_{B'} de B′×BB′B'\times_BB' est ouverte dans B′×BB′B'\times_BB' et B′×BB′−ΔB′B'\times_BB'-\Delta_{B'} est un espace localement connexe.

Alors, si (E′,p′)(E', p') est un revêtement, (E,p)(E, p) est un revêtement.

Comme l’application ff est universellement stricte (I, p. 20, corollaire), l’application pp est étale (I, p. 31, prop. 8) et séparée (I, p. 27, prop. 4). Nous supposerons, ce qui est loisible, que E′=B′×BEE'= B'\times_BE.

Soit aa un point de B ; il s’agit de démontrer que le point aa possède un voisinage W tel que le W-espace (EW,pW)(E_W, p_W) soit un revêtement

trivialisable. Posons Ba′B'_a = f−1(a)\overset{-1}{f}(a) et notons Ea′E'_a = (−p′1)(Ea)(^-{p'}^1)(E_a). L’application ta:Ea′→Ba′×Eat_a: E'_a\rightarrow B'_a\times E_a définie par ta(y)=(p′(y),f′(y))t_a(y) = (p'(y), f'(y)) est un Ba′B'_a-isomorphisme (I, p. 9, prop. 4), donc Ea′E'_a est un revêtement trivialisable de Ba′B'_a et tat_a est une trivialisation de ce revêtement.

Démontrons qu’il existe un voisinage V′V' de Ba′B'_a dans B′B' et une trivialisation continue tt du revêtement (EV′′,pV′)(E'_{V'}, p_{V'}) qui prolonge tat_a. Sous l’hypothèse (ii), Ba′B'_a est fini et ses points possèdent des voisinages ouverts deux à deux disjoints au-dessus desquels le revêtement E′E' est trivialisable, d’où l’assertion dans ce cas. Sous l’hypothèse (i), Ba′B'_a est localement connexe, de même que B′(B'(IV, p. 390, lemme 1) ; comme l’application ff est propre et séparée, Ba′B'_a est compact et deux points distincts possèdent des voisinages disjoints dans B′B', si bien que le couple (B′,Ba′)(B',B'_a) satisfait la propriété (PCV) ( I, p. 37, lemme 1). L’assertion résulte donc du cor. 2 de I, p. 90.

Comme ff est propre, il existe un voisinage V de aa dans B tel que V′V' contienne f−1(V)\overset{-1}{f}(V) (lemme, I, p. 75). On peut ainsi supposer que

V′=f−1(V) V'=\overset{-1}{f}(V)

Munissons les V′V'-espaces V′×EaV'\times E_a et EV′′=V′×BEE'_{V'}= V'\times_BE de leurs données de descente canoniques relatives à fV:V′→Vf_V: V'\rightarrow V. Nous allons montrer que, quitte à diminuer V et V′V', l’isomorphisme de V′V'-espaces t:EV′′→t: E'_{V'}\rightarrow V′×EaV'\times E_a que nous venons de définir est compatible aux données de descentes, c’est-à-dire que l’on a t(b1′,x)=t(b2′,x)t(b'_1, x) =t(b'_2, x) si (b1′,b2′)∈V′×VV′(b'_1, b'_2)\in V'\times_VV' et x∈Ef(b1′)x\in E_{f(b'_1)}. Notons t~\widetilde{t} l’application pr2∘t:EV′′→Ea_2\circ t: E'_{V'}\rightarrow E_a.

Posons V′′=V′×VV′V''= V'\times_VV'; considérons-le comme un V′V'-espace au moyen de la première projection. L’application ((b1′,b2′),x)↦((b1′,b2′),(b1′,x))((b'_1, b'_2), x)\mapsto ((b'_1, b'_2),(b'_1, x)) de V′′×VEV''\times_VE dans V′′×V′E′V''\times_{V'}E' est un isomorphisme de V′′V''-espaces ; cela montre que V′′×VEV''\times_VE est un revêtement de V′′V''.

Pour i=1i= 1, 2, définissons une application ui:V′′×VE→V′′×Eau_i: V''\times_VE\rightarrow V''\times E_a en posant ui(b1′,b2′,x)=(b1′,b2′,t~(bi′,x))u_i(b'_1, b'_2, x) = (b'_1, b'_2,\widetilde{t}(b'_i, x)); ce sont des trivialisations du revêtement V′′×VEV''\times_VE. Soit W′′W'' l’ensemble des points w∈V′′w\in V'' au-dessus desquels ces trivialisations u1u_1 et u2u_2 coïncident ; il contient Ba′×Ba′B'_a\times B'_a, ainsi que la diagonale ΔV′\Delta_{V'}. Démontrons que W′′W'' est un voisinage de Ba′×Ba′B'_a\times B'_a. Sous l’hypothèse (i), cela résulte du cor. 2 de I, p. 80, car B′×B′B'\times B' est localement connexe. Sous l’hypothèse (ii), W′′W'' contient un voisinage de (Ba′×Ba′)−ΔBa′(B'_a\times B'_a)-\Delta_{B'_a} dans (B′×BB′)−ΔB′(B'\times_BB')-\Delta_{B'}, car cet ensemble est localement connexe (loc. cit.). Comme ΔV′\Delta_{V'} est ouvert dans B′×BB′,W′′B'\times_BB',W'' est un voisinage de Ba′×Ba′B'_a\times B'_a dans V′′V''.

Comme ff est propre, l’application canonique f′′f'' de B′×BB′B'\times_BB' dans B est propre, car c’est la composée de la projection pr1:B′×BB′→B′_1: B'\times_BB'\rightarrow B' et de l’application ff.

D’après le lemme de I, p. 75, il existe un voisinage W de aa dans V

tel que (f′′−1)(W)(f\overset{-1}{''})(W) soit contenu dans W′′W''; posons W′=(f−1′)(W)W'=(\overset{-1}{f}')(W), c’est une partie de V′V' et l’isomorphisme d’espaces étalés t:EW′′→W′×Eat: E'_{W'}\rightarrow W'\times E_a est compatible aux données de descente canoniques relatives à l’application fW:W′→Wf_W: W'\rightarrow W. Il résulte du corollaire (IV, p. 388) que les W-espaces étalés EWE_W et W×EaW\times E_a sont isomorphes. En particulier, EWE_W est un revêtement trivialisable, d’où la proposition.

Corollaire 1 022K

Soient E et B des espaces topologiques, p:E→Bp: E\rightarrow B une application continue et (Ai)i∈I(A_i)_{i\in I} un recouvrement fermé localement fini de B tel que pour tout couple (i,j)∈I×I,i=j̸(i, j)\in I\times I,i=\not j, l’intersection Ai∩AjA_i\cap A_j soit un espace localement connexe. Alors, pour que le B-espace (E,p)(E, p) soit un revêtement, il faut et il suffit que, pour tout i∈Ii\in I, le AiA_i-espace (p−1(Ai),pAi)(\overset{-1}{p}(A_i), p_{A_i}) soit un revêtement de AiA_i.

La condition est nécessaire (cf. I, p. 69). Inversement, notons B′B' l’espace topologique somme de la famille (Ai)i∈I(A_i)_{i\in I} et f:B′→Bf: B'\rightarrow B l’application canonique. L’application ff est fermée (TG, I, p. 6, prop. 4), séparée (I, p. 27, remarque 5), à fibres finies, donc propre (TG, I, p. 75, th. 1), elle est aussi surjective. La diagonale ΔB′\Delta_{B'}, étant égale à ⋃i∈IAi×BAi\bigcup_{i\in I}A_i\times_BA_i, est ouverte dans B′×BB′B'\times_BB'. Enfin, l’espace (B′×BB′)−ΔB′(B'\times_BB')-\Delta_{B'} est homéomorphe à l’espace somme de la famille (Ai∩Aj)(A_i\cap A_j), (i,j)∈I×I(i, j)\in I\times I, i=j̸i=\not j; il est donc localement connexe. L’hypothèse (ii) de la proposition 6 est satisfaite. Si pour tout i,p−1(Ai)i,\overset{-1}{p}(A_i) est un revêtement de Ai,E′A_i,E' est alors un revêtement de B′B', donc E est un revêtement de B.

Corollaire 2 022L

Soient X et Y des espaces topologiques et soit f:X→Yf: X\rightarrow Y une application propre, séparée et surjective. On fait de plus l’une des hypothèses suivantes :

(i) Les fibres de ff, ainsi que l’espace X×YXX\times_YX, sont localement connexes ;

(ii) Les fibres de ff sont finies, la diagonale ΔX\Delta_X de X×YXX\times_YX est ouverte dans X×YXX\times_YX et l’espace (X×YX)−ΔX(X\times_YX)-\Delta_X est localement connexe. Alors, toute donnée de descente relative à ff sur un revêtement de X est effective, et l’espace quotient est un revêtement de Y.

Soit Z un revêtement de X et soit τ\tau une donnée de descente relative à ff sur Z. D’après la proposition 5 (IV, p. 389), la donnée de descente τ\tau est effective, autrement dit le carré

Z Z/RτZ/R_{\tau}

X f^f Y

est un carré cartésien. Les hypothèses de la proposition 6 (IV, p. 391) sont alors satisfaites. Par conséquent, Z/RτZ/R_{\tau} est un revêtement de Y.

Proposition 7 022M

Soient X et Y des espaces topologiques et soit f:X→Yf: X\rightarrow Y une application continue et surjective. Supposons que l’espace Y soit délaçable et que l’application ff soit ouverte et possède la propriété de relèvement des chemins. Alors, toute donnée de descente relative à ff sur un revêtement de X est effective, et l’espace quotient est un revêtement de Y.

Soit (Z,p)(Z, p) un revêtement de X et soit τ\tau une donnée de descente relative à ff sur Z. Comme l’application ff est surjective et ouverte, il résulte de la prop. 5 de IV, p. 389, que la donnée de descente τ\tau est effective. Notons T=Y/RτT = Y/R_{\tau} le Y-espace quotient ; sa projection qq est étale (loc. cit.), elle est aussi séparée (I, p. 27, prop. 4).

Par hypothèse, l’application ff possède la propriété de relèvement des chemins, de même que l’application pp, car Z est un revêtement de X (III, p. 302, corollaire 2 de la prop. 3). Il en est par suite de même de l’application p∘fp\circ f, donc de l’application qq. Par conséquent (cf. IV, p. 341, remarque 2), T est un revêtement de Y. La proposition est ainsi démontrée.

Remarque 022N

Soient X et Y des espaces topologiques et soit f:X→Yf: X\rightarrow Y une application. Pour que toute donnée de descente relative à ff sur un revêtement de X soit effective, et que l’espace quotient soit un revêtement de Y, il est nécessaire que ff soit stricte et que f(X)f(X) soit une partie ouverte et fermée de X.

En effet, identifions le X-espace X à X×YYX\times_YY et munissons-le de sa donnée de descente canonique relative à ff. L’espace quotient s’identifie à f(X)f(X), muni de la topologie quotient de la topologie de X pour la relation d’équivalence définie par ff. Si c’est un revêtement de Y, l’espace f(X)f(X) s’identifie alors à une partie ouverte et fermée de Y et l’application ff est stricte.

6. Descente de groupoïdes

Soient X et Y des espaces topologiques et soit f:X→Yf: X\rightarrow Y une application continue. Notons p1p_1 et p2p_2 les deux projections de X×YXX\times_YX dans X, Coeg(ff) le groupoïde coégalisateur du couple (ϖ(p1),ϖ(p2))(\varpi (p_1), \varpi (p_2)) de morphismes de groupoïdes de ϖ(X×YX)\varpi (X\times_YX) dans ϖ(X)\varpi (X) et γ:ϖ(X)→\gamma :\varpi (X)\rightarrow Coeg(ff) le morphisme de groupoïdes canonique (II, p. 199, déf. 2). Comme f∘p1=f∘p2f\circ p_1=f\circ p_2, on a ϖ(f)∘ϖ(p1)=ϖ(f)∘ϖ(p2)\varpi (f)\circ \varpi (p_1) =\varpi (f)\circ \varpi (p_2). Il résulte alors de la propriété universelle des coégalisateurs (II, p. 199, prop. 3) qu’il existe un unique morphisme de groupoïdes ϖ′(f):\varpi '(f): Coeg(ff)→ϖ(Y)\rightarrow \varpi (Y) tel que ϖ(f)=ϖ′(f)∘γ\varpi (f) =\varpi '(f)\circ \gamma.

L’ensemble des sommets de Coeg(ff) est l’ensemble quotient de l’ensemble X = Som(ϖ(X)\varpi (X)) par la relation d’équivalence définie par f(f(II, p. 200, remarque 1). On l’identifie à f(X)f(X).

Proposition 8 022O

Soient X et Y des espaces topologiques non vides et soit ff une application continue de X dans Y. On suppose que l’espace X est localement connexe par arcs, que l’espace Y est connexe et que l’application ff est stricte et surjective. Alors, le groupoïde Coeg(ff) est transitif.

Soit Γ le carquois dont l’ensemble des sommets est X et dont l’ensemble des flèches est l’ensemble somme de Fl(ϖ(X)\varpi (X)) et de X×YXX\times_YX, les applications origine et terme étant celles de ϖ(X)\varpi (X) dans Fl(ϖ(X)\varpi (X)) et les applications p1p_1 et p2p_2 dans X×YXX\times_YX. D’après la définition de l’armature du couple (ϖ(\varpi(pr1_1),ϖ, \varpi(pr2_2)) (II, p. 185, déf. 3) et la remarque 2 de II, p. 200, l’ensemble des orbites de Coeg(ff) s’identifie à l’ensemble des composantes connexes du carquois Γ. Comme l’espace X n’est pas vide, il suffit de prouver que le graphe Γ est connexe.

Les composantes connexes de Γ sont saturées pour la relation d’équivalence « il existe un chemin joignant xx à x′x' », donc sont ouvertes dans X, car X est localement connexe par arcs. Elles sont alors également fermées. Elles sont aussi saturées pour la relation d’équivalence R définie par ff. Par hypothèse, l’application ff induit un homéomorphisme de X/RX/R sur Y, si bien que l’image par ff de toute composante connexe de Γ est une partie ouverte et fermée de Y, donc est égale à Y puisque l’espace Y est supposé connexe.

Soit C une composante connexe de Γ, soit xx un point de X. D’après ce qui précède, il existe un point x′∈Cx'\in C tel que f(x′)=f(x)f(x') =f(x). Par définition du carquois Γ, on a x′∈Cx'\in C. On a ainsi C = X et le carquois Γ est donc connexe.

Proposition 9 022P

Soient X et Y des espaces topologiques et soit ff une application continue de X dans Y. On suppose que l’espace X est localement connexe par arcs, que l’espace Y est délaçable et que l’application ff est stricte et surjective. Alors, le groupoïde ϖ(Y)\varpi (Y) est engendré par l’image de ϖ(X)\varpi (X) par ϖ(f)\varpi (f).

On peut supposer que les espaces X et Y sont non vides. Notons G le sous-groupoïde de ϖ(Y)\varpi (Y) engendré par l’image de ϖ(X)\varpi (X) par ϖ(f)\varpi (f). Comme l’application ff est surjective, l’ensemble des sommets de G est égal à Y. D’après la prop. 8, Coeg(ff) est un groupoïde transitif. Comme ϖ′(f)\varpi '(f) induit l’identité sur les sommets, l’image de Coeg(ff) par ϖ′(f)\varpi '(f) est un sous-groupoïde transitif de ϖ(Y)\varpi (Y). L’image de ϖ(X)\varpi (X) par γ\gamma engendre Coeg(ff) (II, p. 200, corollaire) ; comme on a ϖ(f)=\varpi (f) = ϖ′(f)∘γ\varpi '(f)\circ \gamma, le groupoïde G est transitif.

Soit y0y_0 un point de Y et notons H le sous-groupe Gy0G_{y_0} de π1(Y,y0)\pi_1(Y, y_0). D’après le th. 1 de IV, p. 342, il existe un revêtement connexe (T,p)(T, p) de Y et un point t0t_0 de la fibre Ty0T_{y_0} dont H soit le fixateur.

Si xx est un point de X, l’ensemble Fly0,f(x)(G)_{y_0,f(x)}(G) n’est pas vide, car G est transitif. Pour u∈u\in Fly0,f(x)(G)_{y_0,f(x)}(G), le point t0⋅ut_0\cdot u est un point de la fibre Tf(x)T_{f(x)}, indépendant de uu puisque le groupe H, groupe d’isotropie de G en y0y_0, fixe t0t_0. Notons σ(x)\sigma (x) ce point ; notons σ:X→T\sigma : X\rightarrow T l’application ainsi définie et s:X→X×YTs: X\rightarrow X\times_YT l’application x↦(x,σ(x))x\mapsto (x, \sigma (x)). Par construction, l’application ss est compatible avec les opérations canoniques de ϖ(X)\varpi (X) dans X et X×YTX\times_YT. Il résulte alors du lemme 1 de III, p. 312 que ss est continue. L’application σ\sigma est donc continue ; elle est en outre compatible à la relation d’équivalence définie par ff, car σ(x)\sigma (x) ne dépend que de f(x)f(x). Puisque ff est stricte et surjective, il existe une unique application continue σ‾:Y→T\overline{\sigma}: Y\rightarrow T telle que σ‾∘f=σ\overline{\sigma}\circ f=\sigma, si bien que le revêtement T admet une section. Comme T est connexe, l’application p:T→Yp: T\rightarrow Y est un homéomorphisme (I, p. 31, cor. 4 de la prop. 6) et l’on a H=π1(Y,y0)H =\pi_1(Y, y_0), d’où Gy0=π1(Y,y0)G_{y_0}=\pi_1(Y, y_0). Comme G est transitif, il en résulte que G=ϖ(Y)G =\varpi (Y).

Proposition 10 022Q

Soient X et Y des espaces topologiques et soit ff une application continue de X dans Y. On suppose que l’espace X est délaçable, que l’espace X×YXX\times_YX est localement connexe par arcs, et que toute donnée de descente relative à ff sur un revêtement de X est effective et l’espace quotient est un revêtement de Y. Alors, le morphisme de groupoïdes ϖ′(f)\varpi '(f) de Coeg(ff) dans ϖ(Y)\varpi (Y) est injectif.

Sous les hypothèses de la proposition, ff est stricte ( IV, p. 394, remarque) ; on peut en outre supposer qu’elle est surjective.

Lemme 2 022R

Conservons les notations et les hypothèses de la proposition. Soit T un ensemble muni d’une opération du groupoïde Coeg(ff) relativement à une application q:T→Yq: T\rightarrow Y. Il existe alors une unique topologie sur T pour laquelle qq fait de T un revêtement de Y de sorte que pour toute classe de chemin d’origine cc dans X et tout point tt de T, on ait t⋅γ(c)=t⋅f∗(c)t\cdot \gamma (c) =t\cdot f_*(c). En particulier, l’opération de Coeg(ff) sur T se factorise par une opération du groupoïde ϖ(Y)\varpi (Y).

L’unicité d’une telle topologie sur T résulte du lemme 1 (III, p. 312) ; démontrons son existence. Munissons l’ensemble X×YTX\times_YT d’une loi d’opération de ϖ(X)\varpi (X) en posant (x,t)⋅u=(x⋅u,t⋅γ(u))(x, t)\cdot u= (x\cdot u, t\cdot \gamma (u)) pour tout (x,t)∈X×YT(x, t)\in X\times_YT et toute flèche uu d’origine xx dans ϖ(X)\varpi (X). Comme l’espace X est délaçable, cette loi d’opération de ϖ(X)\varpi (X) est sans monodromie locale (III, p. 313, remarque). Il existe donc sur l’ensemble X×YTX\times_YT une unique topologie qui fasse du X-espace (X×YT(X\times_YT, pr1)_1) un revêtement de X et telle que l’opération canonique de ϖ(X)\varpi (X) dans ce revêtement coïncide avec l’opération donnée (III, p. 313, prop. 3). Notons (Z,p)(Z, p) ce revêtement. Montrons que l’application τ:((x1,t),x2)↦(x2,t)\tau : ((x_1, t), x_2)\mapsto (x_2, t) de Z×YXZ\times_YX dans Z est une donnée de descente sur Z relative à l’application ff. Il suffit de vérifier qu’elle est continue, les autres conditions de la définition 1 de IV, p. 382, étant évidentes.

L’application τ\tau est un relèvement de l’application pr2:Z×YX→X_2: Z\times_YX\rightarrow X au revêtement Z de X. Comme l’espace X×YXX\times_YX est localement connexe par arcs, l’espace Z×YXZ\times_YX, qui en est un revêtement, est aussi localement connexe par arcs. D’après le corollaire (III, p. 269), pour montrer que l’application τ\tau est continue, il suffit de démontrer qu’elle est continue par arcs.

Soit donc c~=((c,g),c′)\widetilde{c}= ((c, g), c') un chemin dans Z×YXZ\times_YX et montrons que l’application τ∘c~:t↦(c′(t),g(t))\tau \circ \widetilde{c}:t\mapsto (c'(t), g(t)) de I\mathbf{I} dans Z est continue. Pour tout s∈[0,1]s\in [0,1], notons csc_s et cs′c'_s les chemins dans X définis par t↦c(st)t\mapsto c(st) et t↦c′(st)t\mapsto c'(st). Pour tout s∈[0,1]s\in [0,1], on a ainsi c(s)=c(0)⋅[cs]c(s) =c(0)\cdot [c_s], c′(s)=c′(0)⋅[cs′]c'(s) =c'(0)\cdot [c'_s] et (c,g)(s)=(c(0),g(0))⋅[cs](c, g)(s) = (c(0), g(0))\cdot [c_s], où [u][u] désigne la classe d’homotopie stricte d’un chemin u(u(III, p. 304, remarque). L’application t↦(cs(t),cs′(t))t\mapsto (c_s(t), c'_s(t)) est un chemin dans X×YXX\times_YX ; par définition du coégalisateur Coeg(ff), on a donc γ([cs])=γ([cs′])\gamma ([c_s]) =\gamma ([c'_s]) et g(s)=g(0)⋅γ([cs])=g(s) =g(0)\cdot \gamma ([c_s]) = g(0)⋅γ([cs′])g(0)\cdot \gamma ([c'_s]). Par définition de l’opération de ϖ(X)\varpi (X) sur Z, on a donc

(τ∘c~)(s)=(c′(s),g(s))=(c′(0)⋅[cs′],g(0)⋅γ([cs′])) (\tau \circ \widetilde{c})(s) = (c'(s), g(s)) = (c'(0)\cdot [c'_s], g(0)\cdot \gamma ([c'_s]))
=(c′(0),g(0))⋅[cs′]=(τ∘c~)(0)⋅[cs′] = (c'(0), g(0))\cdot [c'_s] = (\tau \circ \widetilde{c})(0)\cdot [c'_s]

Cela montre que τ∘c~\tau \circ \widetilde{c} est un relèvement continu à Z du chemin c′(c'(loc. cit.). Par suite, l’application τ\tau est continue par arcs, donc continue ; c’est une donnée de descente relative à ff sur le X-espace Z.

Désignons par RτR_{\tau} la relation d’équivalence définie par la donnée de descente τ\tau. L’application ff étant surjective, l’application pr2:Z→T_2: Z\rightarrow T induit, par passage au quotient, une bijection de Z/RτZ/R_{\tau} sur T. Munissons T de la topologie déduite de celle de Z/RτZ/R_{\tau} par transport de structure, de sorte que (T,q)(T, q) est un Y-espace. Par hypothèse, T est donc un revêtement de Y et le diagramme

Z pr2^{pr_2} T

pqpq

X f^f Y

est un carré cartésien.

Soient (x,t)(x, t) un point de Z,c,c un chemin d’origine xx dans X et soit c~\widetilde{c} le relèvement continu de cc à Z d’origine (x,t)(x, t). Le chemin pr2∘c~_2\circ \widetilde{c} est le relèvement d’origine tt du chemin f∘cf\circ c de Y, de sorte que t⋅γ([c])=t\cdot \gamma ([c]) = t⋅[f∘c]=t⋅f∗([c])t\cdot [f\circ c] =t\cdot f_*([c]). Cela conclut la démonstration du lemme.

Démontrons maintenant la proposition. Soient uu et vv deux flèches de Coeg(ff) dont les images dans ϖ(Y)\varpi (Y) sont égales. Le morphisme de groupoïdes ϖ′(f)\varpi '(f) étant l’identité sur les ensembles de sommets, les flèches uu et vv ont même origine et même terme. Notons yy l’origine de uu; soit T l’ensemble des flèches de Coeg(ff) d’origine yy et soit q:T→Yq: T\rightarrow Y la restriction à T de l’application terme. Le groupoïde Coeg(ff) opère par composition à droite sur l’ensemble T, relativement à qq. D’après le lemme 2, les actions de uu et vv sur T sont identiques. On a donc u=u= ey⋅u=ey⋅v=ve_y\cdot u=e_y\cdot v=v. Cela prouve que le morphisme de groupoïdes ϖ′(f)\varpi '(f) est injectif.

Théorème 1 022S

Soient X et Y des espaces topologiques, soit f:X→f: X\rightarrow Y une application continue et surjective. Supposons que les espaces X et Y soient délaçables. Supposons enfin que l’une des propriétés suivantes soit satisfaite :

(i) L’application ff est propre, séparée, à fibres localement connexes, l’espace X×YXX\times_YX est localement connexe par arcs ;

(ii) L’application ff est propre, séparée, à fibres finies, la diagonale ΔX\Delta_X est ouverte dans X×YXX\times_YX et son complémentaire est localement connexe ;

(iii) L’application ff est ouverte et possède la propriété de relèvement des chemins. Alors, le morphisme de groupoïdes ϖ′(f)\varpi '(f) est un isomorphisme du groupoïde Coeg(ff) sur le groupoïde de Poincaré ϖ(Y)\varpi (Y).

Notons d’abord que sous ces hypothèses, l’application ff est surjective et stricte (I, p. 18, exemple 2). De plus, toute donnée de descente relative à ff sur un revêtement de X est effective, et l’espace quotient est un revêtement de Y ; cela résulte en effet de IV, p. 393, corollaire 2 de la prop. 4 sous les hypothèses (i) et (ii), et de la prop. 7 de IV, p. 394 sous l’hypothèse (iii). D’après la prop. 10, le morphisme de groupoïdes ϖ′(f)\varpi '(f) est donc injectif et son image est un sous-groupoïde de ϖ(Y)\varpi (Y).

D’après la prop. 9 de IV, p. 395, cette image est égale à ϖ(Y)\varpi (Y) sous les hypothèses (i) et (ii), mais aussi sous l’hypothèse (iii) puisque le morphisme de groupoïdes ϖ(f)\varpi (f) est alors surjectif.

Par suite, ϖ′(f)\varpi '(f) est un isomorphisme.

Exemple 022T

Voici deux exemples où les hypothèses du théorème 1 sont satisfaites.

1) Soit Y un espace topologique délaçable. Soit (Ai)i∈I(A_i)_{i\in I} un recouvrement localement fini de Y par des ensembles fermés. On suppose que, pour tout i∈Ii\in I, l’espace AiA_i est délaçable et que, pour tout couple (i,j)∈I×I(i, j)\in I\times I, l’espace Ai∩AjA_i\cap A_j est localement connexe par arcs. On peut prendre pour X l’espace somme de la famille (Ai)i∈I(A_i)_{i\in I} et pour f:X→Yf: X\rightarrow Y l’application déduite de la famille des injections canoniques.

2) Soit G un groupe discret opérant proprement dans un espace topologique délaçable X, posons Y=X/GY = X/G et soit f:X→Yf: X\rightarrow Y l’application canonique. Elle est ouverte (TG, III, p. 10, lemme 2) et possède la propriété de relèvement des chemins en vertu du théorème 4 de III, p. 287. L’espace Y est délaçable d’après IV, p. 349, prop. 8, b). Par hypothèse, l’application de G×XG\times X dans X×XX\times X donnée par (g,x)↦(g⋅x,x)(g, x)\mapsto (g\cdot x, x) est propre, donc stricte (I, p. 18, exemple 2) et son image est X×YXX\times_YX. Il résulte alors de III, p. 261, prop. 8 que X×YXX\times_YX est localement connexe par arcs.

7. Descente par une application étale et surjective

Soient X et Y des espaces topologiques et soit ff une application continue de X dans Y. On conserve les notations du no^o précédent.

Théorème 2 022U

Supposons que tout point de Y possède un voisinage au-dessus duquel il existe une section continue de l’application ff. Le morphisme de groupoïdes ϖ′(f)\varpi '(f) de Coeg(ff) dans ϖ(Y)\varpi (Y) est un isomorphisme.

Par hypothèse, il existe un recouvrement (Uj)j∈J(U_j)_{j\in J} de Y par des ensembles ouverts et, pour tout j∈Jj\in J, une section continue sjs_j de fUjf_{U_j}.

Si cc est un chemin dans X, on notera [c][c] sa classe d’homotopie stricte dans ϖ(X)\varpi (X) et {c}\{c\} l’image de [c][c] dans Coeg(ff) par le morphisme de groupoïdes ϖ′(f)\varpi '(f). Si cc et c′c' sont deux chemins dans X,{c},\{c\} et {c′}\{c'\} sont composables dans Coeg(ff) si et seulement si les chemins f∘cf\circ c et f∘c′f\circ c' dans Y sont juxtaposables.

Soit c′c' un chemin dans Y. D’après le lemme 4 de III, p. 272, appliqué

à l’espace compact I\mathbf{I} et au recouvrement ((−c′1)(Uj)(^-{c'}^1)(U_j))j∈J_{j\in J} de I\mathbf{I}, il existe un entier nn tel que, pour tout entier kk vérifiant 1⩽k⩽n1\leqslant k\leqslant n, l’image de l’intervalle [k−1n,kn][\frac{k-1}{n},\frac{k}{n}] par c′c' soit contenue dans un ouvert Uj(k)U_{j(k)}. Pour tout entier k,1⩽k⩽nk,1\leqslant k\leqslant n, soit ck′c'_k le chemin dans Y défini par s↦c′(k+s−1n)s\mapsto c'(\frac{k+s-1}{n}) ; on a [c′]=[c1′][c2′]...[cn′][c'] = [c'_1][c'_2]. . .[c'_n] (cf. III, p. 291, remarque 1), et c′c' est le chemin noté c1′∗c2′∗⋯∗cn′c'_1*c'_2* \cdots *c'_n. Pour tout k∈{1,...,n}k\in \{1, . . . , n\}, notons ckc_k le chemin sj(k)∘ck′s_{j(k)}\circ c'_k dans X et posons {ck}=γ([ck])\{c_k\}=\gamma ([c_k]). Comme pour tout kk, les chemins ck−1′=f∘ck−1c'_{k-1}=f\circ c_{k-1} et ck′=f∘ckc'_k=f\circ c_k sont juxtaposables, la suite ({c1},...,{cn})(\{c_1\}, . . . ,\{c_n\}) est composable dans Coeg(ff). Par construction,

ϖ′(f)({c1}...{cn})=ϖ′(f)({c1})...ϖ′(f)({cn}) \varpi '(f)(\{c_1\}. . .\{c_n\}) =\varpi '(f)(\{c_1\}). . . \varpi '(f)(\{c_n\})
=ϖ(f)([c1])...ϖ(f)([cn]) =\varpi (f)([c_1]). . . \varpi (f)([c_n])
=[f∘c1]...[f∘cn] = [f\circ c_1]. . .[f\circ c_n]
=[c1′]∗⋯∗[cn′]=[c′] = [c'_1]* \cdots *[c'_n] = [c']

ce qui prouve que le morphisme de groupoïdes ϖ′(f)\varpi '(f) est surjectif.

Soient uu et vv des flèches de Coeg(ff). Comme le groupoïde Coeg(ff) est engendré par l’image de ϖ(X)\varpi (X) (II, p. 200, corollaire), il existe des suites finies (c1,...,cn)(c_1, . . . , c_n) et (d1,...,dn)(d_1, . . . , d_n) de chemins dans X telles que l’on ait u={c1}...{cn}u=\{c_1\}. . .\{c_n\} et v={d1}...{dn}v=\{d_1\}. . .\{d_n\}. Les chemins (f∘c1,...,f∘cn)(f\circ c_1, . . . , f\circ c_n) dans Y sont alors juxtaposables et l’on a ϖ′(f)(u)=[(f∘c1)]...[(f∘\varpi '(f)(u) = [(f\circ c_1)]. . .[(f\circ cn)]c_n)]; de même, ϖ′(f)(v)=[(f∘d1)]...[(f∘dn)]\varpi '(f)(v) = [(f\circ d_1)]. . .[(f\circ d_n)].

Supposons que l’on ait ϖ′(f)(u)=ϖ′(f)(v)\varpi '(f)(u) =\varpi '(f)(v). Il existe alors une homotopie stricte σ\sigma reliant (f∘c1)∗⋯∗(f∘cn)(f\circ c_1)* \cdots *(f\circ c_n) à (f∘d1)∗⋯∗(f∘dn)(f\circ d_1)* \cdots *(f\circ d_n). D’après le lemme 4 de III, p. 272, appliqué à l’espace compact I×I\mathbf{I}\times \mathbf{I} et au recouvrement (σ−1(Ui))i∈I)(\overset{-1}{\sigma}(U_i))_{i\in I}) de I×I\mathbf{I}\times \mathbf{I}, il existe un entier m⩾1m\geqslant 1 tel que, pour tout couple d’entiers (j,k)(j, k) vérifiant 1⩽j⩽m1\leqslant j\leqslant m et 1⩽k⩽m1\leqslant k\leqslant m, l’image de [j−1m,jm]×[k−1m,km][\frac{j-1}{m},\frac{j}{m}]\times [\frac{k-1}{m},\frac{k}{m}] par σ\sigma soit contenue dans un ouvert Ui(j,k)U_{i(j,k)} du recouvrement (Ui)i∈I(U_i)_{i\in I}.

Tout chemin cc dans X est de la forme c1∗⋯∗cmc_1* \cdots *c_m, où ckc_k est le chemin t↦c(k−1+tm)t\mapsto c(\frac{k-1+t}{m}). Quitte à remplacer les entiers mm et nn par leur produit mnmn, on peut donc supposer que m=nm=n.

Pour tout couple (j,k)(j, k) d’entiers de {1,...,n}\{1, . . . , n\} et tout couple (s,t)∈(s, t)\in I×I\mathbf{I}\times \mathbf{I}, posons

σj,k(s,t)=si(j,k)∘σ(s+j−1n,t+k−1n) \sigma_{j,k}(s, t) =s_{i(j,k)}\circ \sigma (\frac{s + j- 1}{n},\frac{t + k- 1}{n})

Pour t∈It\in \mathbf{I}, posons aussi hj,k0(t)=σj,k(t,0)h^0_{j,k}(t) =\sigma_{j,k}(t,0), hj,k1(t)=σj,k(t,1)h^1_{j,k}(t) =\sigma_{j,k}(t,1), vj,k0(t)=σj,k(0,t)v^0_{j,k}(t) =\sigma_{j,k}(0, t) et vj,k1(t)=σj,k(1,t)v_{j,k}^1(t) =\sigma_{j,k}(1, t). D’après le lemme 1 de III, p. 295, les chemins hj,k0∗vj,k1h^0_{j,k}*v_{j,k}^1 et vj,k0∗hj,k1v_{j,k}^0*h^1_{j,k} sont strictement homotopes, d’où la relation

[hj,k0][vj,k1]=[vj,k0][hj,k1](2) [h^0_{j,k}][v_{j,k}^1] = [v_{j,k}^0][h^1_{j,k}] \tag{2}

dans ϖ(X)\varpi (X), pour tout couple (j,k)∈{1,...,n}2(j, k)\in \{1, . . . , n\}^2. D’autre part, pour tout couple d’entiers (j,k)(j, k), avec 2 ⩽j⩽n\leqslant j\leqslant n et 1 ⩽k⩽n\leqslant k\leqslant n, on a f∘vj,k0=f∘vj−1,k1f\circ v_{j,k}^0=f\circ v_{j-1,k}^1, d’où la relation

{vj,k0}={vj−1,k1}(3) \{v^0_{j,k}\}=\{v_{j-1,k}^1\} \tag{3}

dans Coeg(ff). De même, pour tout couple d’entiers (j,k)(j, k) tels que 1⩽j⩽n1\leqslant j\leqslant n et 2⩽k⩽n2\leqslant k\leqslant n, on a

{hj,k0}={hj,k−11}(4) \{h^0_{j,k}\}=\{h^1_{j,k-1}\} \tag{4}

Pour j∈{1,...,n}j\in \{1, . . . , n\}, les chemins f∘cjf\circ c_j et f∘hj,10f\circ h^0_{j,1} coïncident. Par définition du coégalisateur Coeg(ff), on a donc {cj}={hj,10}\{c_j\}=\{h^0_{j,1}\}. De même, pour tout j∈{1,...,n},{dj}={hj,n1}j\in \{1, . . . , n\},\{d_j\}=\{h^1_{j,n}\}. Par suite, on a les relations

u={h1,10}...{hn,10},v={h1,n1}...{hn,n1} u=\{h^0_{1,1}\}. . .\{h^0_{n,1}\},v=\{h^1_{1,n}\}. . .\{h^1_{n,n}\}

D’après le lemme 3 ci-dessous, on a

{h1,10}...{h1,n0}{v1,n1}...{vn,n1}={v1,10}...{vn,10}{hn,11}...{hn,n1} \{h^0_{1,1}\}. . .\{h^0_{1,n}\}\{v_{1,n}^1\}. . .\{v^1_{n,n}\}=\{v_{1,1}^0\}. . .\{v_{n,1}^0\}\{h^1_{n,1}\}. . .\{h^1_{n,n}\}

Comme les chemins t↦σ(0,t)t\mapsto \sigma (0, t) et t↦σ(1,t)t\mapsto \sigma (1, t) sont constants, on a, pour 1⩽k⩽n,{v1,k0}=ea1\leqslant k\leqslant n,\{v^0_{1,k}\}=e_a et {vn,k1}=eb\{v^1_{n,k}\}=e_b où aa et b∈Yb\in Y sont l’origine et le terme des flèches uu et vv de Coeg(ff). Il en résulte l’égalité

{h1,10}...{h1,n0}={hn,10}...{hn,n1} \{h^0_{1,1}\}. . .\{h^0_{1,n}\}=\{h^0_{n,1}\}. . .\{h^1_{n,n}\}

c’est-à-dire u=vu=v.

Lemme 3 022V

Soit G un groupoïde et soient p,qp, q des entiers ⩾1\geqslant 1. Pour tout couple (j,k)(j, k) d’entiers tels que 0⩽j⩽p0\leqslant j\leqslant p et 0⩽k⩽q0\leqslant k\leqslant q, soit xj,kx_{j,k} un sommet de G ; pour tout couple (j,k)(j, k) tel que 1⩽j⩽p1\leqslant j\leqslant p et 0⩽k⩽q0\leqslant k\leqslant q, soit hj,kh_{j,k} une flèche de G reliant xj−1,kx_{j-1,k} à xj,kx_{j,k}; pour tout couple (j,k)(j, k) tel que 0⩽j⩽p0\leqslant j\leqslant p et 1⩽k⩽q1\leqslant k\leqslant q, soit vj,kv_{j,k} une flèche de G reliant xj,k−1x_{j,k-1} à xj,kx_{j,k}.

On suppose que, pour tout couple (j,k)(j, k) d’entiers tels que 1⩽j⩽p1\leqslant j\leqslant p et 1⩽k⩽q1\leqslant k\leqslant q, les flèches vj−1,kv_{j-1,k} et hj,kh_{j,k} sont composables, de même que les flèches hj,k−1h_{j,k-1} et vj,kv_{j,k}, et que l’on a vj−1,khj,k=hj,k−1vj,kv_{j-1,k}h_{j,k}=h_{j,k-1}v_{j,k}. Alors,

h1,0h2,0...hp,0vp,1vp,2...vp,q=v0,1v0,2...v0,qh1,qh2,q...hp,q h_{1,0}h_{2,0}. . . h_{p,0}v_{p,1}v_{p,2}. . . v_{p,q}=v_{0,1}v_{0,2}. . . v_{0,q}h_{1,q}h_{2,q}. . . h_{p,q}

Traitons d’abord le cas particulier où q=1q= 1 et démontrons le résultat par récurrence sur pp. Si p=1p= 1, l’assertion à démontrer est vérifiée par hypothèse ; supposons-la vérifiée pour p−1p-1 ; on a alors

h1,0h2,0...hp,0vp,1=h1,0h2,0...hp−1,0vp−1,1hp,1=v0,1h1,1...hp,1 h_{1,0}h_{2,0}. . . h_{p,0}v_{p,1}=h_{1,0}h_{2,0}. . . h_{p-1,0}v_{p-1,1}h_{p,1}=v_{0,1}h_{1,1}. . . h_{p,1}

par l’hypothèse de récurrence, d’où la relation pour pp.

Démontrons maintenant le résultat par récurrence sur qq. Il est vrai pour q=1q= 1 d’après ce qui précède ; s’il est vrai pour q−1q-1, on a alors

h1,0h2,0...hp,0vp,1vp,2...vp,q=v0,1v0,2...v0,q−1h1,q−1...hp,q−1vp,q h_{1,0}h_{2,0}. . . h_{p,0}v_{p,1}v_{p,2}. . . v_{p,q}=v_{0,1}v_{0,2}. . . v_{0,q-1}h_{1,q-1}. . . h_{p,q-1}v_{p,q}

D’après le cas q=1q= 1, on a

h1,q−1...hp,q−1vp,q=v0,qh1,q...hp,q h_{1,q-1}. . . h_{p,q-1}v_{p,q}=v_{0,q}h_{1,q}. . . h_{p,q}

d’où la relation voulue.

Exemple 1 022W

Le théorème s’applique lorsque l’application ff est étale et surjective.

Exemple 2 022X

Il s’applique aussi lorsque l’espace X est l’espace somme d’une famille (Vi)i∈I(V_i)_{i\in I} de parties de Y dont les intérieurs recouvrent Y, et que ff est l’application déduite des injections canoniques de chacun des ViV_i dans Y.

8. Groupoïde de Poincaré d’un espace quotient

Soit X un espace topologique muni d’une opération continue d’un groupe discret G ; posons Y=X/GY = X/G et notons f:X→f: X\rightarrow Y l’application canonique. Notons ∣G∣|G| le groupoïde ϖ(G)\varpi (G); l’ensemble de ses sommets est G; pour g,g′∈Gg, g'\in G, il existe une unique flèche reliant gg à g′g' si g′=g′g'=g', et aucune sinon. Par passage aux groupoïdes fondamentaux, l’opération m:G×X→Xm: G\times X\rightarrow X induit un morphisme de groupoïdes ϖ(m):∣G∣×ϖ(X)→ϖ(X)\varpi (m):|G| \times \varpi (X)\rightarrow \varpi (X). Soit ϖ(X)/G\varpi (X)/G le coégalisateur des deux morphismes de groupoïdes ϖ(m)\varpi (m) et ϖ\varpi(pr2_2) de ∣G∣×ϖ(X)|G| \times \varpi (X) dans ϖ(X)\varpi (X) ; notons β:ϖ(X)→ϖ(X)/G\beta :\varpi (X)\rightarrow \varpi (X)/G le morphisme de groupoïdes canonique. On a f∘m=f∘f\circ m=f\circ pr2_2, donc ϖ(f)∘ϖ(m)=ϖ(f)∘ϖ\varpi (f)\circ \varpi (m) =\varpi (f)\circ \varpi(pr2_2). D’après la propriété universelle des coégalisateurs, il existe donc un unique morphisme de groupoïdes ϖ′′(f):ϖ(X)/G→ϖ(Y)\varpi ''(f):\varpi (X)/G\rightarrow \varpi (Y) tel que l’on ait ϖ(f)=ϖ′′(f)∘β\varpi (f) =\varpi ''(f)\circ \beta.

Théorème 3 022Y

Soit X un espace topologique délaçable et soit G un groupe discret opérant proprement dans X ; soit f:X→X/Gf: X\rightarrow X/G la surjection canonique. Le morphisme de groupoïdes canonique ϖ′′(f):ϖ(X)/G→ϖ(X/G)\varpi ''(f):\varpi (X)/G\rightarrow \varpi (X/G) introduit ci-dessus est un isomorphisme.

Notons Coeg(ff) le coégalisateur des deux morphismes de groupoïdes de ϖ(X×YX)\varpi (X\times_YX) dans ϖ(X)\varpi (X) induits par les projections pr1_1 et pr2_2; soit γ:ϖ(X)→\gamma :\varpi (X)\rightarrow Coeg(ff) le morphisme de groupoïdes canonique. L’image de l’application (m(m, pr2):G×X→X×X_2): G\times X\rightarrow X\times X étant le sous-espace X×YXX\times_YX de X×XX\times X, les deux morphismes de groupoïdes γ∘ϖ(m)\gamma \circ \varpi (m) et γ∘ϖ\gamma \circ \varpi(pr2_2), de ∣G∣×ϖ(X)|G|\times \varpi (X) dans Coeg(ff) sont égaux. D’après la propriété universelle de ϖ(X)/G\varpi (X)/G, il existe un unique morphisme de groupoïdes α:ϖ(X)/G→\alpha :\varpi (X)/G\rightarrow Coeg(ff) tel que γ=α∘β\gamma =\alpha \circ \beta.

Notons aussi ϖ′(f)\varpi '(f) l’unique morphisme de groupoïdes de Coeg(ff) dans ϖ(Y)\varpi (Y) tel que ϖ(f)=ϖ′(f)∘γ\varpi (f) =\varpi '(f)\circ \gamma. D’après IV, p. 399, exemple 2, les hypothèses du th. 1 de IV, p. 398 sont vérifiées et le morphisme ϖ′(f)\varpi '(f) est un isomorphisme. Comme

ϖ(f)=ϖ′(f)∘γ=ϖ′(f)∘α∘β=ϖ′′(f)∘β \varpi (f) =\varpi '(f)\circ \gamma =\varpi '(f)\circ \alpha \circ \beta =\varpi ''(f)\circ \beta

on a ϖ′′(f)=ϖ′(f)∘α\varpi ''(f) =\varpi '(f)\circ \alpha. Ainsi, pour démontrer le théorème 3, il suffit de prouver que le morphisme α\alpha est un isomorphisme.

Lemme 4 022Z

Pour tout chemin c=(c1,c2)c= (c_1, c_2) dans X×YXX\times_YX, on a β([c1])=β([c2])\beta ([c_1]) =\beta ([c_2]).

Soit cc un tel chemin.

Soit x∈Xx\in X, soit KxK_x son fixateur dans G. D’après TG, III, p. 32, prop. 8, il existe un voisinage ouvert UxU_x de xx dans X tel que Kx⋅Ux=K_x\cdot U_x= Ux,g⋅Ux∩UxU_x,g\cdot U_x\cap U_x = ∅\emptyset pour tout g∈g\in G - KxK_x, et tel que l’application ff induise un homéomorphisme de Ux/KxU_x/K_x sur un voisinage ouvert VxV_x de f(x)f(x) dans Y. Comme X est délaçable et que la restriction à UxU_x de l’application ff est ouverte et fermée, on peut en outre supposer que UxU_x est connexe et que l’image de l’homomorphisme canonique π1(Ux,x)→π1(X,x)\pi_1(U_x, x)\rightarrow \pi_1(X, x) est réduite à l’élément neutre. Les ouverts (Vx)x∈X(V_x)_{x\in X} ainsi construits forment un recouvrement ouvert de Y. D’après le lemme 4 de III, p. 272, appliqué à l’espace compact I\mathbf{I} et aux ouverts (f∘c1)−1(Vx)(f\circ c_1)^{-1}(V_x) pour x∈Xx\in X, il existe un entier n⩾1n\geqslant 1 tel que pour tout i∈{1,...,n}i\in \{1, . . . , n\}, il existe un point xix_i dans X tel que c1([i−1n,in])c_1([\frac{i-1}{n},\frac{i}{n}])

soit contenu dans f−1(Vxi)\overset{-1}{f}(V_{x_i}). Comme f∘c1=f∘c2,c2([i−1n,in])f\circ c_1=f\circ c_2,c_2([\frac{i-1}{n},\frac{i}{n}]) est aussi

contenu dans f−1(Vxi)\overset{-1}{f}(V_{x_i}).

Pour j=1j= 1 ou 2 et pour i∈{1,...,n}i\in \{1, . . . , n\}, notons cj,ic_{j,i} le chemin dans X défini par t↦cj(i+t−1n)t\mapsto c_j(\frac{i+t-1}{n}) ; on a cj=cj,1∗⋯∗cj,n(c_j=c_{j,1}* \cdots *c_{j,n}(III, p. 291, remarque 1). Par suite, pour montrer que β([c1])=β([c2])\beta ([c_1]) =\beta ([c_2]), il suffit de montrer que β([c1,i])=β([c2,i])\beta ([c_{1,i}]) =\beta ([c_{2,i}]) pour tout entier i∈{1,...,n}i\in \{1, . . . , n\}. Quitte à remplacer le chemin (c1,c2)(c_1, c_2) par le chemin (c1,i,c2,i)(c_{1,i}, c_{2,i}), on suppose ainsi qu’il existe x∈Xx\in X tel que (f∘c1)([0,1])⊂Vx(f\circ c_1)([0,1])\subset V_x.

L’image réciproque de VxV_x par ff est la réunion disjointe des parties connexes g⋅Uxg\cdot U_x, où gg parcourt un système de représentants dans G de G/KxG/K_x. Pour i=1i= 1 ou 2, soit gig_i un élément de G tel que le point xi=x_i= gi⋅ci(0)g_i\cdot c_i(0) appartienne à UxU_x. L’image du chemin gi⋅cig_i\cdot c_i est alors contenue dans UxU_x. Par définition du groupoïde ϖ(X)/G\varpi (X)/G, on a β([gi⋅ci])=β([ci])\beta ([g_i\cdot c_i]) =\beta ([c_i]), ce qui permet de supposer que les images des chemins c1c_1 et c2c_2 sont contenues dans UxU_x et que g1=g2=eg_1=g_2=e.

Pour s=0s= 0 ou 1, soit dsd_s un chemin dans UxU_x reliant xx à c1(s)c_1(s) et soit gsg_s un élément de KxK_x tel que gs⋅c2(s)=c1(s)g_s\cdot c_2(s) =c_1(s). Les chemins d0∗c1∗d1‾d_0*c_1*\overline{d_1} et d0∗(g0⋅c2)∗(g0g1−1⋅d1‾)d_0*(g_0\cdot c_2)*(g_0g_1^{-1}\cdot \overline{d_1}) sont des lacets en xx dans UxU_x. Ils sont donc strictement homotopes dans X au lacet constant en xx, car l’image de l’homomorphisme canonique π1(Ux,x)→π1(X,x)\pi_1(U_x, x)\rightarrow \pi_1(X, x) est réduite à l’élément neutre. Leurs classes ont en particulier même image par le morphisme de groupoïdes β\beta, d’où

β([d0])β([c1])β([d1])−1=β([d0])β([g0⋅c2])β([g0g1−1⋅d1])−1 \beta ([d_0])\beta ([c_1])\beta ([d_1])^{-1}=\beta ([d_0])\beta ([g_0\cdot c_2])\beta ([g_0g_1^{-1}\cdot d_1])^{-1}

Puisque β([g⋅c])=β([c])\beta ([g\cdot c]) =\beta ([c]) pour tout élément g∈Gg\in G et tout chemin cc dans X, il en résulte l’égalité β([c1])=β([c2])\beta ([c_1]) =\beta ([c_2]), ainsi qu’il fallait démontrer.

D’après le lemme, les deux morphismes de groupoïdes β∘ϖ\beta \circ \varpi(pr1_1) et β∘ϖ\beta \circ \varpi(pr2_2) de ϖ(X×YX)\varpi (X\times_YX) dans Coeg(ff) sont égaux. D’après la propriété universelle du coégalisateur, il existe donc un unique morphisme de groupoïdes α′:\alpha ': Coeg(ff)→ϖ(X)/G\rightarrow \varpi (X)/G tel que β=α′∘γ\beta =\alpha '\circ \gamma. Le morphisme α′∘α\alpha '\circ \alpha est l’unique morphisme de groupoïdes φ\varphi de ϖ(X)/G\varpi (X)/G dans lui-même tel que φ∘β=β\varphi \circ \beta =\beta; on a donc α′∘α\alpha '\circ \alpha = Idϖ(X)/G_{\varpi(X)/G}. De même, α∘α′=\alpha \circ \alpha '= IdCoeg(f)_{Coeg(f)}. Par suite, α\alpha est un isomorphisme.

Exercices

See the exercises for § 4.

Transcribed from the printed volume. Not translated.