Bourbaki

§ 1. Spectres et caractères

Dans ce paragraphe, la lettre K désigne un corps commutatif. Si E et F sont des K-espaces vectoriels, on note E⊗F=E⊗KFE\otimes F = E\otimes_KF.

1. Algèbres unifères

On appelle algèbre unifère sur K un couple (A,e)(A, e) où A est une algèbre sur K à élément unité et ee l’élément unité de A. Comme ee est déterminé de manière unique par A, il nous arrivera de dire, par abus de langage, que A est une algèbre unifère. Si (A,e)(A, e) et (A′,e′)(A', e') sont des algèbres unifères, on appelle morphisme unifère de (A,e)(A, e) dans (A′,e′)(A', e') un morphisme φ\varphi de A dans A′A' tel que φ(e)=e′\varphi (e) =e'. Une sous-algèbre unifère de (A,e)(A, e) est un couple (A′,e)(A', e), où A′A' est une sous-algèbre de A contenant ee.

On notera souvent 1 l’élément unité.

Lemme 1 024R

Soit A une algèbre. Pour tout idempotent jj de A, le sous-espace jAjjAj de A est l’ensemble des x∈Ax\in A tels que xj=jx=xxj=jx=x. C’est une sous-algèbre de A qui admet l’élément unité jj.

La preuve est élémentaire.

2. Spectre d’un élément dans une algèbre unifère

Définition 1 024S

Soient A une algèbre unifère sur K et ee son élément unité. Pour tout x∈Ax\in A, on appelle spectre de xx relativement à A l’ensemble des λ∈K\lambda \in K tels que λe−x\lambda e-x ne soit pas inversible.

Le spectre de xx sera noté SpA(x)_A(x), ou Sp(xx) si aucune confusion n’en résulte. Le complémentaire de SpA(x)_A(x) dans K est appelé l’ensemble résolvant de xx.

Remarque 1 024T

Si A={0}A =\{0\}, on a Sp(0) =∅=\emptyset.

Remarque 2 024U

Si A≠{0}A\not=\{0\}, on a Sp(λe\lambda e) ={λ}=\{\lambda \} pour tout λ∈K\lambda \in K.

Remarque 3 024V

Pour que x∈Ax\in A soit inversible, il faut et il suffit que 0∉0\notin Sp(xx).

Remarque 4 024W

Soit R∈K(X)R\in K(X) une fraction rationnelle et soit x∈Ax\in A un élément qui est substituable dans R, c’est-à-dire (A, IV, p. 20) qu’il existe P et Q∈K[X]Q\in K[X] tels que R=P/QR = P/Q et Q(x)Q(x) est inversible ; on peut alors former l’élément R(x)=P(x)⋅Q(x)−1=Q(x)−1⋅P(x)R(x) = P(x)\cdot Q(x)^{-1}= Q(x)^{-1}\cdot P(x) de A ; il ne dépend pas des choix de P et Q. On a 0∉0\notin Q(Sp(xx)), de sorte que tout élément de Sp(xx) est substituable dans R.

On a R(Sp(xx))⊂\subset Sp(R(xx)). Soit en effet λ∈\lambda \in Sp(xx) ; il existe un polynôme P1P_1 tel que R(λ)−R(X)=(λ−X)P1(X)/Q(X)R(\lambda )-R(X) = (\lambda -X)P_1(X)/Q(X) ; alors, R(λ)e−R(\lambda )e- R(x)=(λe−x)(P1(x)/Q(x))R(x) = (\lambda e-x)(P_1(x)/Q(x)), de sorte que R(λ)−R(x)R(\lambda )-R(x) n’est pas inversible, donc R(λ)∈R(\lambda )\in Sp(R(xx)).

Inversement, supposons que le corps K est algébriquement clos. Supposons d’abord que R n’est pas constante et démontrons que l’on a Sp(R(xx)) == R(Sp(xx)). Soit μ∈\mu\in Sp(R(xx)). Comme R n’est pas constante, P−μQP-\mu Q n’est pas le polynôme nul ; soit μQ−P=α∏(λi−X)\mu Q-P =\alpha \prod(\lambda_i-X) une décomposition en facteurs de degré 1, de sorte que μe−R(x)=\mu e-R(x) = α∏(λie−x)Q(x)−1\alpha \prod(\lambda_ie-x)Q(x)^{-1}. Puisque μe−R(x)\mu e-R(x) n’est pas inversible, il existe ii tel que λie−x\lambda_ie-x n’est pas inversible, donc λi∈\lambda_i\in Sp(xx), puis R(λi)=μ∈R(\lambda_i) =\mu\in R(Sp(xx)).

Lorsque R est constante, l’égalité Sp(R(xx)) == R(Sp(xx)) vaut aussi, à condition que Sp(xx) soit non vide.

Remarque 5 024X

Supposons que l’algèbre A soit non nulle. Soit x∈Ax\in A un élément nilpotent. Notons nn un entier tel que xn=0x^n= 0. Le spectre de xnx^n est réduit à 0, donc il en est de même du spectre de xx d’après la remarque 4.

Remarque 6 024Y

Soient A et B des algèbres unifères sur K et φ:A→B\varphi : A\rightarrow B un morphisme unifère. Pour tout x∈Ax\in A, on a SpB(φ(x))⊂_B(\varphi (x))\subset SpA(x)_A(x).

Remarque 7 024Z

Soient A une algèbre unifère, R son radical (A, VIII, p. 150, déf. 2) et soit φ\varphi le morphisme canonique de A sur B=A/RB = A/R. Si x∈Ax\in A, on a SpB(φ(x))=_B(\varphi (x)) = SpA(x)_A(x). En effet, il suffit de prouver que si φ(x)\varphi (x) est inversible dans B, alors xx est inversible dans A. Or, si y∈Ay\in A est tel que φ(x)φ(y)=φ(y)φ(x)=φ(e)\varphi (x)\varphi (y) =\varphi (y)\varphi (x) =\varphi (e), on a xy∈e+R,yx∈e+Rxy\in e+ R,yx\in e+ R, donc xyxy et yxyx sont inversibles (A, VIII, p. 151, th. 1) et par suite xx est inversible. En particulier, si x∈Rx\in R, on a SpA(x)={0}_A(x) =\{0\} si A≠{0}A\not=\{0\}.

Remarque 8 0250

Soit (Bi)i∈I(B_i)_{i\in I} une famille d’algèbres unifères, avec Bi=(Ai,ei)B_i= (A_i, e_i) pour i∈Ii\in I. Posons A=∏iAi,e=(ei)i∈IA =\prod_iA_i,e= (e_i)_{i\in I}. Alors (A,e)(A, e) est une algèbre unifère appelée produit des BiB_i. Si x=(xi)i∈I∈Ax= (x_i)_{i\in I}\in A, on a SpA(x)=⋃i_A(x) =\bigcup_i SpAi(xi)_{A_i}(x_i).

Exemple 1 0251

Soit X un ensemble et soit A=KXA = K^X l’algèbre des fonctions à valeurs dans K définies sur X. Le spectre d’un élément ff de A est l’ensemble des valeurs de ff.

Exemple 2 0252

Soit A une algèbre unifère de rang fini sur K. Pour que x∈Ax\in A soit inversible, il faut et il suffit que l’application linéaire y↦xyy\mapsto xy de A dans A soit de déterminant non nul. Il en résulte que le spectre de xx est l’ensemble des racines du polynôme caractéristique de xx (A, III, p. 110). Si A est l’algèbre des endomorphismes d’un espace vectoriel V de dimension finie sur K, le spectre de xx est donc l’ensemble des valeurs propres de xx. Il n’en est pas toujours ainsi quand V est de dimension infinie (cf. I, p. 153, exercice 2).

3. Résolvante

Définition 2 0253

Soient A une algèbre unifère sur K et x∈Ax\in A. Pour tout λ∈K\lambda \in K - Sp(xx), on pose

R(x,λ)=(λe−x)−1 R(x, \lambda ) = (\lambda e-x)^{-1}

L’application de K - Sp(xx) dans A donnée par λ↦R(x,λ)\lambda \mapsto R(x, \lambda ) s’appelle la résolvante de xx.

Pour xx fixé, les valeurs de R(x,λ)R(x, \lambda ) sont deux à deux permutables. Si λ,μ∈K\lambda , \mu\in K, on a :

(λ−μ)e=(λe−x)−(μe−x) (\lambda -\mu)e= (\lambda e-x)-(\mu e-x)

donc, si λ,μ∈K\lambda , \mu\in K - Sp(xx), on a la relation

(λ−μ)R(x,λ)R(x,μ)=R(x,μ)−R(x,λ)(1) (\lambda -\mu)R(x, \lambda )R(x, \mu) = R(x, \mu)-R(x, \lambda ) \tag{1}

Si x,y∈Ax, y\in A et λ∈K\lambda \in K, on a :

y−x=(λe−x)−(λe−y) y-x= (\lambda e-x)-(\lambda e-y)

donc, si λ∈K\lambda \in K - (Sp(xx)∪\cup Sp(yy)), on a la relation

R(y,λ)(y−x)R(x,λ)=R(y,λ)−R(x,λ)(2) R(y, \lambda )(y-x)R(x, \lambda ) = R(y, \lambda )-R(x, \lambda ) \tag{2}

4. Spectre d’un élément dans une algèbre

Soit A une algèbre sur K. Rappelons (A, III, p. 4) qu’on définit sur l’espace vectoriel A~=K×A\widetilde{A} = K\times A une structure d’algèbre telle que :

(λ,a)(μ,b)=(λμ,λb+μa+ab) (\lambda , a)(\mu, b) = (\lambda \mu, \lambda b+\mu a+ab)

Soit e=(1,0)e= (1,0). Alors (A~,e)(\widetilde{A}, e) est une algèbre unifère dite déduite de A par adjonction d’un élément unité. L’algèbre A s’identifie à l’idéal bilatère {0}×A\{0\} \times A de A~\widetilde{A}; l’algèbre A est commutative si et seulement si A~\widetilde{A} l’est.

Si A′A' est une seconde algèbre sur K, (A~′,e′)(\widetilde{A}', e') l’algèbre unifère déduite de A′A' par adjonction d’un élément unité, et φ\varphi un morphisme de A dans A′A', il existe un morphisme unifère et un seul de (A~,e)(\widetilde{A}, e) dans (A~′,e′)(\widetilde{A}', e') qui prolonge φ\varphi.

Soient A une algèbre sur K et x∈x\in A. On appelle spectre de xx relativement à A le spectre de xx relativement à l’algèbre unifère A~\widetilde{A} déduite de A par adjonction d’un élément unité. Cet ensemble sera noté SpA′(x)'_A(x), ou Sp′(x)'(x) si aucune confusion n’en résulte. On a 0∈0\in SpA′(x)'_A(x) quel que soit x∈Ax\in A.

Si φ\varphi est un morphisme de A dans une algèbre B, on a SpB′(φ(x))⊂'_B(\varphi (x))\subset SpA′(x)'_A(x).

Remarque 1 0254

Soit (A,1)(A,1) une algèbre unifère. Si x∈Ax\in A, on a

SpA′(x)='_A(x) = SpA(x)∪{0}_A(x)\cup \{0\}. On vérifie en effet que (e−1)⋅A=A⋅(e−1)=0(e-1)\cdot A = A\cdot (e-1) = 0, donc que A~\widetilde{A} est l’algèbre unifère produit de A et de K(e−1)K(e-1). Notre assertion résulte donc de la remarque 8 de I, p. 3.

Remarque 2 0255

Il résulte de la remarque 1 que, si B est une algèbre sur K et si x∈Bx\in B, on a :

SpB′(x)='_B(x) = SpB~(x)=_{\widetilde{B}}(x) = SpB~(x)∪{0}=_{\widetilde{B}}(x)\cup \{0\}= SpB~′(x)'_{\widetilde{B}}(x).

Remarque 3 0256

Si xx appartient au radical de A (A, VIII, p. 430, déf. 3), on a SpA′(x)={0}'_A(x) =\{0\}. Ceci résulte de la remarque 7 de I, p. 3.

Proposition 1 0257

Soient A une algèbre et x,y∈Ax, y\in A. On a Sp′(xy)='(xy) = Sp′(yx)'(yx).

En passant à A~\widetilde{A}, on se ramène au cas où A possède un élément unité ee. Il suffit alors de prouver que, si λ≠0\lambda \not= 0 est tel que xy−λexy-\lambda e admette un inverse uu, alors yx−λeyx-\lambda e est inversible. Posons z=yux−ez=yux-e. Puisque xyu=λu+exyu=\lambda u+e, on a

(yx−λe)z=y(xyu)x−yx−λyux+λe (yx-\lambda e)z=y(xyu)x-yx-\lambda yux+\lambda e
=y(λu+e)x−yx−λyux+λe=λe =y(\lambda u+e)x-yx-\lambda yux+\lambda e=\lambda e

et de même z(yx−λe)=λez(yx-\lambda e) =\lambda e. Comme λ≠0\lambda \not= 0, on voit que yx−λeyx-\lambda e est inversible.

Si A est une algèbre unifère et si x,y∈Ax, y\in A, la proposition précédente entraîne que Sp(xyxy)∪{0}=\cup \{0\}= Sp(yxyx)∪{0}\cup \{0\}, mais on peut avoir Sp(xyxy)≠\not= Sp(yxyx) (cf. I, p. 153, exerc. 3).

5. Sous-algèbres pleines

Soit A une algèbre unifère sur K.

Définition 3 0258

On appelle sous-algèbre pleine de A une sous-algèbre unifère B telle que tout élément de B qui est inversible dans A soit inversible dans B.

Autrement dit, B est une sous-algèbre pleine de A si et seulement si SpB(x)=_B(x) = SpA(x)_A(x) pour tout x∈Bx\in B.

L’intersection d’une famille de sous-algèbres pleines de A est une sous-algèbre pleine de A.

Soit M une partie de A. L’intersection des sous-algèbres pleines de A contenant M est la plus petite sous-algèbre pleine de A contenant M ; on l’appelle la sous-algèbre pleine de A engendrée par M. Le commutant M′M' de M dans A est une sous-algèbre pleine de A (car, si xx est inversible dans A et commute avec M, alors x−1x^{-1} commute avec M). Donc le bicommutant M′′M'' de M est une sous-algèbre pleine de A qui contient la sous-algèbre pleine de A engendrée par M.

Si les éléments de M sont deux à deux permutables, on a M⊂M′M\subset M' et M′′⊂M′′′M''\subset M'''; l’algèbre M′′M'' est donc commutative et il en est alors de même de l’algèbre pleine engendrée par M.

Une sous-algèbre commutative maximale de A est une sous-algèbre pleine, car elle est égale à son commutant.

Lemme 2 0259

Soit (xλ)λ∈Λ(x_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda} une famille d’éléments deux à deux permutables de A. La sous-algèbre pleine engendrée par (xλ)(x_{\lambda}) est l’ensemble des éléments de la forme R((xλ))R((x_{\lambda})), où R∈K((Xλ))R\in K((X_{\lambda})) parcourt l’ensemble des fractions rationnelles dans lesquelles la famille (xλ)(x_{\lambda}) est substituable.

Soit B la sous-algèbre pleine de A engendrée par la famille (xλ)(x_{\lambda}), et notons B1B_1 l’ensemble des éléments de la forme R((xλ))R((x_{\lambda})), où R((Xλ))R((X_{\lambda})) est une fraction rationnelle dans laquelle (xλ)(x_{\lambda}) est substituable. Explicitement, B1B_1 est l’ensemble des éléments de A de la forme P((xλ))Q((xλ))−1P((x_{\lambda}))Q((x_{\lambda}))^{-1}, où P,Q∈K[(Xλ)]P,Q\in K[(X_{\lambda})] et Q((xλ))Q((x_{\lambda})) est inversible dans A. L’ensemble B1B_1 est une sous-algèbre unifère de A contenant la famille (xλ)(x_{\lambda}). C’est une sous-algèbre pleine : si P((xλ))Q((xλ))−1P((x_{\lambda}))Q((x_{\lambda}))^{-1} est inversible dans A, alors P((xλ))P((x_{\lambda})) est inversible dans A et l’inverse Q((xλ))P((xλ))−1Q((x_{\lambda}))P((x_{\lambda}))^{-1} de P((xλ))Q((xλ))−1P((x_{\lambda}))Q((x_{\lambda}))^{-1} appartient à B1B_1. On a donc B⊂B1B\subset B_1. D’autre part, si P,Q∈K[(Xλ)]P,Q\in K[(X_{\lambda})], et si Q((xλ))Q((x_{\lambda})) est inversible dans A, alors P((xλ))∈BP((x_{\lambda}))\in B et Q((xλ))∈BQ((x_{\lambda}))\in B, donc Q((xλ))−1∈BQ((x_{\lambda}))^{-1}\in B et P((xλ))Q((xλ))−1∈BP((x_{\lambda}))Q((x_{\lambda}))^{-1}\in B, donc B1⊂BB_1\subset B.

6. Caractères d’une algèbre unifère commutative

Définition 4 025A

Soit A une algèbre unifère commutative sur K. On appelle caractère unifère un morphisme unifère de A dans K.

Lorsqu’aucune confusion ne peut en résulter, on dira simplement caractère au lieu de caractère unifère. L’ensemble des caractères unifères de A est noté X(A)\mathsf{X}(A). Si A est l’algèbre nulle, alors X(A)\mathsf{X}(A) est vide.

Soient A et B des algèbres unifères commutatives sur K et hh un morphisme unifère de A dans B. L’application χ↦χ∘h\chi \mapsto \chi \circ h de X(B)\mathsf{X}(B) dans X(A)\mathsf{X}(A) se note X(h)\mathsf{X}(h). Si kk est un morphisme de B dans une algèbre unifère commutative, on a X(k∘h)=X(h)∘X(k)\mathsf{X}(k\circ h) =\mathsf{X}(h)\circ \mathsf{X}(k). L’application X\mathsf{X}(IdA_A) est l’application identique de X(A)\mathsf{X}(A).

Si hh est surjectif, X(h)\mathsf{X}(h) est une bijection de X(B)\mathsf{X}(B) sur l’ensemble des caractères de A qui s’annulent sur le noyau de hh.

Soient (A1,e1),...,(An,en)(A_1, e_1), . . . ,(A_n, e_n) des algèbres unifères commutatives sur K et soit A l’algèbre unifère A1×⋯×AnA_1\times \cdots \times A_n, d’élément unité (e1,...,en)(e_1, . . . , e_n). Pour tout ii, identifions AiA_i à un idéal de A et soit πi\pi_i l’application canonique de A sur AiA_i. Alors X(πi)\mathsf{X}(\pi_i) est une bijection de X(Ai)\mathsf{X}(A_i) sur l’ensemble Xi\mathsf{X}_i des caractères de A nuls sur ∏j≠iAj\prod_{j\not=i}A_j. Les ensembles Xi\mathsf{X}_i sont deux à deux disjoints. D’autre part, soit χ∈X(A)\chi \in \mathsf{X}(A). Puisque 1=∑χ(ei)1 =\sum\chi (e_i), il existe ii tel que χ(ei)≠0\chi (e_i)\not= 0. Pour tout j≠ij\not=i et tout y∈Ajy\in A_j, on a χ(ei)χ(y)=χ(eiy)=χ(0)=0\chi (e_i)\chi (y) =\chi (e_iy) =\chi (0) = 0, donc χ(Aj)=0\chi (A_j) = 0. Ainsi, χ\chi s’annule sur ∏j≠iAj\prod_{j\not=i}A_j, de sorte que X(A)\mathsf{X}(A) est réunion des Xi\mathsf{X}_i.

Soit B l’algèbre unifère A1⊗⋯⊗AnA_1\otimes \cdots \otimes A_n. Notons hih_i le morphisme canonique Ai→BA_i\rightarrow B. Alors

χ↦(χ∘h1,...,χ∘hn) \chi \mapsto (\chi \circ h_1, . . . , \chi \circ h_n)

est une application de X(B)\mathsf{X}(B) dans X(A1)×⋯×X(An)\mathsf{X}(A_1)\times \cdots \times \mathsf{X}(A_n), et

(χ1,...,χn)↦χ1⊗⋯⊗χn (\chi_1, . . . , \chi_n)\mapsto \chi_1\otimes \cdots \otimes \chi_n

est une application de X(A1)×⋯×X(An)\mathsf{X}(A_1)\times \cdots \times \mathsf{X}(A_n) dans X(B)\mathsf{X}(B). On vérifie que ces applications sont des bijections réciproques l’une de l’autre, par lesquelles on identifiera X(B)\mathsf{X}(B) à X(A1)×⋯×X(An)\mathsf{X}(A_1)\times \cdots \times \mathsf{X}(A_n).

Soit A une algèbre unifère commutative sur K. Soit Y l’ensemble des idéaux de codimension 1 de A. Pour tout χ∈X(A)\chi \in \mathsf{X}(A), on a Ker(χ\chi )∈Y\in Y. L’application χ↦\chi \mapsto Ker(χ\chi ) est une bijection de X(A)\mathsf{X}(A) sur Y. En effet, si I∈YI\in Y, il existe un unique isomorphisme de la K-algèbre unifère A/IA/I sur K et le morphisme composé

A⟶A/I⟶K A\longrightarrow A/I\longrightarrow K

est l’unique caractère de A de noyau I.

Définition 5 025B

Soit A une algèbre unifère commutative sur K. Pour tout x∈Ax\in A, on note GA(x)\mathscr{G}_A(x), ou simplement G(x)\mathscr{G}(x), l’application χ↦\chi \mapsto χ(x)\chi (x) de X(A)\mathsf{X}(A) dans K. On l’appelle la transformée de Gelfand de xx.

L’application G\mathscr{G} est un morphisme unifère de A dans l’algèbre unifère KX(A)K^{\mathsf{X}(A)} des applications de X(A)\mathsf{X}(A) dans K. On l’appelle la transformation de Gelfand de A.

Si x∈x\in A, l’image de la transformée de Gelfand GA(x)\mathscr{G}_A(x) de xx est contenue dans SpA(x)_A(x). En effet, soit χ∈X(A)\chi \in \mathsf{X}(A) ; puisque χ(x−χ(x)e)=\chi (x-\chi (x)e) = 0, l’élément x−χ(x)ex-\chi (x)e n’est pas inversible.

Soient B une algèbre unifère commutative sur K et hh un morphisme unifère de A dans B ; alors X(h):X(B)→X(A)\mathsf{X}(h) :\mathsf{X}(B)\rightarrow \mathsf{X}(A) définit un morphisme unifère h∗:KX(A)→KX(B)h_*: K^{\mathsf{X}(A)}\rightarrow K^{\mathsf{X}(B)}, et le diagramme :

G←AX(A)\mathscr{G}\leftarrow_A\mathsf{X}(A)

A →K\rightarrow K (3) →←h→←h∗\rightarrow \leftarrow_h\rightarrow \leftarrow_{h_*}

G←BX(B)\mathscr{G}\leftarrow_B\mathsf{X}(B)

B →K\rightarrow K

est commutatif. En effet, pour tout x∈Ax\in A et tout χ∈X(B)\chi \in \mathsf{X}(B), on a :

GB(h(x))(χ)=χ(h(x))=(χ∘h)(x) \mathscr{G}_B(h(x))(\chi ) =\chi (h(x)) = (\chi \circ h)(x)
=(X(h)(χ))(x) = (\mathsf{X}(h)(\chi ))(x)
=GA(x)(X(h)(χ))(4) =\mathscr{G}_A(x)(\mathsf{X}(h)(\chi )) \tag{4}
=h∗(GA(x))(χ) =h_*(\mathscr{G}_A(x))(\chi )

Supposons maintenant que K soit un corps topologique. On munit alors X(A)\mathsf{X}(A) de la topologie de la convergence simple sur A (cf. EVT, III, p. 14, exemple 1), et l’espace topologique X(A)\mathsf{X}(A) s’appelle l’espace des caractères de A. La topologie de X(A)\mathsf{X}(A) est donc la moins fine pour laquelle les fonctions GA(x)\mathscr{G}_A(x) pour x∈Ax\in A soient continues, et l’application χ↦(χ(a))a∈A\chi \mapsto (\chi (a))_{a\in A} identifie l’espace X(A)\mathsf{X}(A) avec une partie de KAK^A.

Lorsque K = R\mathbf{R} ou C\mathbf{C}, cette topologie est la topologie induite sur X(A)⊂A∗\mathsf{X}(A)\subset A^* par la topologie faible σ(A∗,A)\sigma (A^*,A) sur A∗A^* (EVT, II, p. 45, déf. 2) ; à ce titre, nous dirons aussi que c’est la topologie faible sur X(A)\mathsf{X}(A).

Si hh est un morphisme unifère de A dans B, l’application X(h):X(B)→X(A)\mathsf{X}(h) :\mathsf{X}(B)\rightarrow \mathsf{X}(A) est continue. Si hh est surjectif, l’image de X(h)\mathsf{X}(h), à savoir l’ensemble des caractères de A nuls sur le noyau de hh, est fermée dans X(A)\mathsf{X}(A) ; d’autre part, la topologie sur X(h)(X(B))\mathsf{X}(h)(\mathsf{X}(B)) déduite de celle de X(B)\mathsf{X}(B) par la bijection X(h)\mathsf{X}(h) est la topologie de la convergence simple dans A, c’est-à-dire la topologie induite par celle de X(A)\mathsf{X}(A) ; autrement dit, X(h)\mathsf{X}(h) est un homéomorphisme de X(B)\mathsf{X}(B) sur une partie fermée de X(A)\mathsf{X}(A).

Si A1,...,AnA_1, . . . ,A_n sont des algèbres unifères commutatives sur K, l’espace X(A1×⋯×An)\mathsf{X}(A_1\times \cdots \times A_n) s’identifie ainsi à l’espace topologique somme de X(A1),...,X(An)\mathsf{X}(A_1), . . . ,\mathsf{X}(A_n). De même, X(A1⊗⋯⊗An)\mathsf{X}(A_1\otimes \cdots \otimes A_n) s’identifie à l’espace topologique produit X(A1)×⋯×X(An)\mathsf{X}(A_1)\times \cdots \times \mathsf{X}(A_n).

7. Cas des algèbres sans élément unité

Définition 6 025C

Soit A une algèbre commutative sur K. On appelle caractère de A un morphisme d’algèbres de A dans K.

L’ensemble des caractères de A sera noté X′(A)\mathsf{X}'(A).

L’application nulle est un morphisme d’algèbres. Si A possède un élément unité ee, un morphisme d’algèbres non nul de A dans K est unifère, c’est-à-dire est un caractère unifère de K au sens de la définition 4 : en effet, pour que χ∈X′(A)\chi \in \mathsf{X}'(A) soit non nul, il faut et il suffit que χ(e)=1\chi (e) = 1.

On posera X(A)=X′(A)−{0}\mathsf{X}(A) =\mathsf{X}'(A)-\{0\}; d’après ce qui précède, la notation est compatible avec celle introduite lorsque A est unifère.

Si h:A→Bh: A\rightarrow B est un morphisme d’algèbres commutatives, l’application χ↦χ∘h\chi \mapsto \chi \circ h est une application X′(h):X′(B)→X′(A)\mathsf{X}'(h) :\mathsf{X}'(B)\rightarrow \mathsf{X}'(A). Elle transforme 0 en 0. Si k:B→Ck: B\rightarrow C est un morphisme d’algèbres commutatives, alors on a X′(k∘h)=X′(h)∘X′(k)\mathsf{X}'(k\circ h) =\mathsf{X}'(h)\circ \mathsf{X}'(k). Si hh est surjectif, X′(h)\mathsf{X}'(h) est une bijection de X′(B)\mathsf{X}'(B) sur l’ensemble des caractères de A nuls sur le noyau de hh. Soient A1,...,AnA_1, . . . ,A_n des algèbres commutatives, A=A1×⋯×AnA = A_1\times \cdots \times A_n et π:A→Ai\pi : A\rightarrow A_i le morphisme canonique ; alors X′(πi)\mathsf{X}'(\pi_i) est une bijection de X′(Ai)\mathsf{X}'(A_i) sur une partie Xi′\mathsf{X}'_i de X′(A)\mathsf{X}'(A), à savoir l’ensemble des caractères de A nuls sur ∏j≠iAj\prod_{j\not=i}A_j; on voit comme au no6^o6 que X′(A)\mathsf{X}'(A) est réunion

des Xi′\mathsf{X}'_i; d’autre part, Xi′∩Xj′={0}\mathsf{X}'_i\cap \mathsf{X}'_j=\{0\} pour i≠ji\not=j; en particulier les Xi′−{0}\mathsf{X}'_i-\{0\} forment une partition de X′(A)−{0}=X(A)\mathsf{X}'(A)-\{0\}=\mathsf{X}(A).

Pour tout x∈Ax\in A, soit GA′(x)\mathscr{G}'_A(x), ou simplement G′(x)\mathscr{G}'(x), l’application χ↦χ(x)\chi \mapsto \chi (x) de X′(A)\mathsf{X}'(A) dans K. L’application G′\mathscr{G}' est un morphisme de A dans l’algèbre A1A_1 des applications X′(A)→K\mathsf{X}'(A)\rightarrow K nulles en 0. Soient B une algèbre commutative, B1B_1 l’algèbre des applications X′(B)→\mathsf{X}'(B)\rightarrow K nulles en 0, et hh un morphisme de A dans B; alors X′(h)\mathsf{X}'(h) définit un morphisme h1:A1→B1h_1: A_1\rightarrow B_1, et l’on a h1∘GA′=GB′∘hh_1\circ \mathscr{G}'_A=\mathscr{G}'_B\circ h. On note GA(x)\mathscr{G}_A(x), ou simplement G(x)\mathscr{G}(x), la restriction de GA′(x)\mathscr{G}'_A(x) à X(A)\mathsf{X}(A) et on l’appelle transformée de Gelfand de xx.

Soit A~\widetilde{A} l’algèbre unifère déduite de A par adjonction d’un élément unité. Par restriction, tout caractère de A~\widetilde{A} définit un caractère de A ; inversement, tout caractère de A se prolonge de manière unique en un caractère de A~\widetilde{A}. Cela définit une bijection canonique de X′(A)\mathsf{X}'(A) sur X(A~)\mathsf{X}(\widetilde{A}), par laquelle on identifie ces deux ensembles. Le caractère 0 de A s’identifie à l’unique caractère de A~\widetilde{A} de noyau A.

Si x∈Ax\in A et χ∈X′(A)\chi \in \mathsf{X}'(A), on a χ(x)∈\chi (x)\in SpA~(x)_{\widetilde{A}}(x), donc χ(x)∈\chi (x)\in SpA′(x)'_A(x).

Lemme 3 025D

L’application χ↦\chi \mapsto Ker(χ\chi ) est une bijection de X(A)\mathsf{X}(A) sur l’ensemble des idéaux réguliers de codimension 1 de A.

Rappelons (A, VIII, p. 426, déf. 1) qu’un idéal I de A est dit régulier si l’algèbre quotient A/IA/I admet un élément unité.

Démontrons le lemme. D’une part X(A)\mathsf{X}(A) s’identifie à l’ensemble des caractères de A~\widetilde{A} non nuls sur A. D’autre part, d’après A, VIII, p. 428, prop. 4, l’application I↦A∩II\mapsto A\cap I est une bijection de l’ensemble des idéaux maximaux de A~\widetilde{A} distincts de A sur l’ensemble des idéaux maximaux réguliers de A. Le lemme découle alors des résultats du no6^o6.

Supposons maintenant que K soit un corps topologique. On munit alors X′(A)\mathsf{X}'(A) de la topologie de la convergence simple sur A ; la notation X′(A)\mathsf{X}'(A) désignera désormais l’espace topologique ainsi obtenu. Lorsque K=RK =\mathbf{R} ou C\mathbf{C}, nous l’appelerons également topologie faible. Pour tout x∈Ax\in A, la fonction GA′(x)\mathscr{G}'_A(x) sur X′(A)\mathsf{X}'(A) est continue.

Si hh est un morphisme de A dans B, l’application X′(h):X′(B)→\mathsf{X}'(h) :\mathsf{X}'(B)\rightarrow X′(A)\mathsf{X}'(A) est continue. Si hh est surjectif, X′(h)\mathsf{X}'(h) est un homéomorphisme de X′(B)\mathsf{X}'(B) sur son image et cette image est fermée dans X′(A)\mathsf{X}'(A).

Soit A=A1×⋯×AnA = A_1\times \cdots \times A_n; avec les mêmes notations que plus haut, X′(πi)\mathsf{X}'(\pi_i) est un homéomorphisme de X′(Ai)\mathsf{X}'(A_i) sur Xi′\mathsf{X}'_i et Xi′\mathsf{X}'_i est fermé dans X′(A)\mathsf{X}'(A). Donc Xi′−{0}\mathsf{X}'_i-\{0\} est ouvert dans X′(A)\mathsf{X}'(A) ; les X′(πi)\mathsf{X}'(\pi_i) définissent une application continue de l’espace somme S des X′(Ai)\mathsf{X}'(A_i) sur X′(A)\mathsf{X}'(A), et on vérifie immédiatement qu’une réunion de voisinages des points 0∈X′(A1),...,0∈X′(An)0\in \mathsf{X}'(A_1), . . . ,0\in \mathsf{X}'(A_n) a pour image un voisinage de 0∈X′(A)0\in \mathsf{X}'(A) ; de tout ceci résulte que X′(A)\mathsf{X}'(A) s’identifie canoniquement à un espace quotient de S. En particulier, l’espace X(A)\mathsf{X}(A) s’identifie à l’espace somme des X(Ai)\mathsf{X}(A_i).

La bijection canonique de X′(A)\mathsf{X}'(A) sur X(A~)\mathsf{X}(\widetilde{A}) est un homéomorphisme. Soient B une algèbre unifère sur K et B′B' l’algèbre sous-jacente ; alors l’espace X(B)\mathsf{X}(B) s’identifie au sous-espace X(B′)\mathsf{X}(B') de X′(B′)\mathsf{X}'(B').

8. Idéaux primitifs

Soient A une algèbre sur K et E un espace vectoriel sur K. On appelle représentation de A dans E un morphisme de A dans l’algèbre L(E)\mathscr{L}(E) des endomorphismes de E. Une représentation injective est dite fidèle. Soient π1\pi_1 et π2\pi_2 des représentations de A dans des espaces E1,E2E_1,E_2. Un morphisme de π1\pi_1 dans π2\pi_2 est une application K-linéaire u:E1→E2u: E_1\rightarrow E_2 telle que u(π1(a)x)=π2(a)u(x)u(\pi_1(a)x) =\pi_2(a)u(x) pour tous a∈Aa\in A et x∈E1x\in E_1. Les représentations sont dites équivalentes s’il existe un morphisme de π1\pi_1 dans π2\pi_2 qui est un isomorphisme d’espaces vectoriels. Son inverse est alors un morphisme de π2\pi_2 dans π1\pi_1. Une représentation π\pi de A dans E est dite irréductible si E≠{0}E\not=\{0\} et si les seuls sous-espaces vectoriels de E stables pour π(A)\pi (A) sont {0}\{0\} et E.

Exemple 025E

L’application nulle de A dans L(E)\mathscr{L}(E) est une représentation, dite triviale, de A. Elle est irréductible si seulement si E est de dimension 1.

Lemme 4 025F

Soit π\pi une représentation irréductible, non triviale, de A dans E. Pour tout élément ξ\xi non nul de E, on a π(A)ξ=E\pi (A)\xi = E.

Le sous-espace π(A)ξ\pi (A)\xi de E est stable pour π(A)\pi (A). Supposons qu’il soit nul. Le sous-espace non nul KξK\xi de E serait alors stable par π(A)\pi (A), et donc égal à E ; mais cela impliquerait que π\pi est la représentation nulle. On a donc π(A)ξ=E\pi (A)\xi = E.

Soit π\pi une représentation irréductible, non triviale, de A dans E. D’après ce lemme, l’annulateur R de ξ\xi dans A est un idéal à gauche régulier (A, VIII, p. 425, no1^o1) de A, et la représentation π\pi est équivalente à la représentation définie par le A-pseudomodule A/RA/R. Comme π\pi est irréductible, l’idéal R est un idéal à gauche maximal régulier.

Définition 7 025G

Soit A une algèbre sur K. On appelle idéal primitif de A le noyau d’une représentation irréductible non triviale de A.

Si A est commutative, les idéaux primitifs de A sont les idéaux maximaux réguliers de A. En effet, les représentations irréductibles non triviales de A sont, à une équivalence près, les représentations πR\pi_R définies par les A-pseudomodules A/RA/R, où R est un idéal maximal régulier de A. Le noyau de πR\pi_R contient R. Il lui est même égal puisque, d’après A, VIII, p. 426, prop. 2, la commutativité de A entraîne que A/RA/R est un corps. Donc Ker(πR\pi_R) est maximal régulier.

Lemme 5 025H

Soit π\pi une représentation irréductible de A dans un espace vectoriel E sur K.

a) Soit I un idéal bilatère de A. Si π(I)≠{0}\pi (I)\not=\{0\}, alors π∣I\pi |I est irréductible;

b) Soient I1I_1 et I2I_2 des idéaux bilatères de A tels que π(I1)≠0\pi (I_1)\not= 0 et π(I2)≠0\pi (I_2)\not= 0. Alors π(I1I2)≠0\pi (I_1I_2)\not= 0.

L’ensemble des éléments de E annulés par π(I)\pi (I) est stable pour π(A)\pi (A) et distinct de E, donc égal à 0. Donc, si ξ\xi est un élément non nul de E, on a π(I)ξ≠0\pi (I)\xi \not= 0 ; comme π(I)ξ\pi (I)\xi est stable pour π(A)\pi (A), on a π(I)ξ=E\pi (I)\xi = E, ce qui prouve a). D’autre part, ce qui précède prouve que π(I2)E=E\pi (I_2)E = E, π(I1)π(I2)E=E\pi (I_1)\pi (I_2)E = E, donc π(I1I2)≠0\pi (I_1I_2)\not= 0, d’où b).

Lemme 6 025I

Soient I1I_1 et I2I_2 des idéaux bilatères de A, I un idéal primitif de A. Si I contient I1I2(I_1I_2(en particulier, si I contient I1∩I2)I_1\cap I_2), alors I contient I1I_1 ou I2I_2.

Soit π\pi une représentation irréductible de noyau I. Si I⊅I1I\not\supset I_1 et I⊅I2I\not\supset I_2, le lemme 5, b) prouve que π(I1I2)≠0\pi (I_1I_2)\not= 0, d’où I⊅I1I2I\not\supset I_1I_2.

Lemme 7 025J

Supposons que A admette un élément unité. Soit I un idéal bilatère maximal de A. Alors I est un idéal primitif.

Il existe un idéal à gauche maximal R de A contenant I (A, I, p. 99, th. 1). Soit π\pi la représentation canonique de A dans A/RA/R, qui est irréductible et non nulle. Comme IA ⊂R\subset R, le noyau I′I' de π\pi contient I, donc I′=II'= I et I est primitif.

Soit J(A) l’ensemble des idéaux primitifs de A. Pour toute partie M de A, nous noterons V(M) l’ensemble des idéaux primitifs de A contenant M; si I est l’idéal bilatère de A engendré par M, on a V(M) = V(I). Si M est réduit à un seul élément xx, on écrira V(x)V(x) au lieu de V({x})V(\{x\}). L’application M↦V(M)M\mapsto V(M) est décroissante pour les relations d’inclusion. On a :

V(∅)=J(A),V(A)=∅(5) V(\emptyset ) = J(A),V(A) =\emptyset \tag{5}
V(⋃i∈IMi)=V(∑i∈IMi)=⋂i∈IV(Mi)(6) V(\bigcup_{i\in I}M_i)= V(\sum_{i\in I}M_i)=\bigcap_{i\in I}V(M_i) \tag{6}

pour toute famille (Mi)i∈I(M_i)_{i\in I} de parties de A. D’autre part, d’après le lemme 6,

V(I1∩I2)=V(I1I2)=V(I1)∪V(I2)(7) V(I_1\cap I_2) = V(I_1I_2) = V(I_1)\cup V(I_2) \tag{7}

pour tous idéaux bilatères I1,I2I_1,I_2 de A. Les formules (5) à (7) démontrent que les parties V(M) de J(A) sont les parties fermées d’une topologie appellée la topologie de Jacobson sur J(A).

Soit T une partie de J(A) et soit Υ(T) l’intersection des éléments de T, de sorte que Υ(T) est un idéal bilatère de A. Alors l’adhérence de T dans J(A) est la plus petite partie fermée de J(A) contenant T, c’est-à-dire V(Υ(T)). En particulier, T est fermée si et seulement si T = V(Υ(T)).

Proposition 2 025K

Soient I1I_1 et I2I_2 des points distincts de J(A). Alors l’un de ces deux points est non adhérent à l’autre.

En effet, on a par exemple I1⊄I2I_1\not\subset I_2. L’ensemble V(I1)V(I_1) des I∈J(A)I\in J(A) tels que I1⊂II_1\subset I est fermé dans J(A), et il contient I1I_1 mais pas I2I_2.

Proposition 3 025L

Soit I∈J(A)I\in J(A). Pour que {I}\{I\} soit fermé dans J(A), il faut et il suffit que I soit un idéal primitif maximal.

En effet, l’adhérence de {I}\{I\} se compose des idéaux primitifs de A contenant I.

La relation

« π1,π2\pi_1,\pi_2 sont des représentations de A, qui sont isomorphes »

est une relation d’équivalence par rapport à π1\pi_1 et π2\pi_2. Pour toute représentation π\pi de A, on notera cl(π\pi ) la classe d’équivalence de π\pi, qui est donc une représentation de A isomorphe à π\pi, telle que deux représentations π1\pi_1 et π2\pi_2 sont isomorphes si et seulement si cl(π1\pi_1) == cl(π2\pi_2). On dit que cl(π\pi ) est la classe de π\pi.

Soit c\mathfrak{c} le cardinal de A. Soit π\pi une représentation irréductible non nulle de A dans un K-espace vectoriel E. Soit ξ\xi un élément non nul de E. Puisque π(A)ξ=E\pi (A)\xi = E (lemme 4), la dimension de E est ⩽c\leqslant \mathfrak{c} (A, II, p. 97, corollaire). La relation

« λ\lambda est une classe de représentations irréductibles de A

dans un K-espace vectoriel de dimension ⩽c\leqslant \mathfrak{c} »

est collectivisante en λ\lambda (E, II, p. 3). En effet, tout espace vectoriel de dimension ⩽c\leqslant \mathfrak{c} est isomorphe à un espace KBK^B où B est une partie de A (A, II, p. 25, déf. 10), et l’assertion résulte alors de E, II, p. 47.

On note A^\widehat{A} l’ensemble des classes de représentations irréductibles, non triviales, de A. D’après ce qui précède, pour toute représentation irréductible non triviale π\pi de A, il existe une unique représentation π^∈A^\widehat{\pi}\in \widehat{A} qui est isomorphe à π\pi.

L’application de A^\widehat{A} dans J(A) qui associe à π\pi son noyau est surjective. Si A est commutative, il résulte du fait que les idéaux primitifs sont les idéaux maximaux réguliers que cette application est une bijection.

On munit A^\widehat{A} de la topologie image réciproque de celle de J(A) par l’application A^→J(A)\widehat{A}\rightarrow J(A).

Proposition 4 025M

Si A possède un élément unité, les espaces J(A) et A^\widehat{A} sont quasi-compacts.

Il suffit de faire la démonstration pour J(A). Soit (Tj)(T_j) une famille de parties fermées de J(A) dont l”intersection est vide. Si la somme ∑jΥ(Tj)\sum_j\Upsilon (T_j) était différente de A, alors cette somme serait contenue dans un idéal bilatère maximal I. L’idéal I serait primitif (lemme 7) ; comme la partie TjT_j est fermée, donc égale à V(Υ(Tj))V(\Upsilon (T_j)), on aurait I∈TjI\in T_j pour tout jj, ce qui contredit l’hypothèse. Ainsi on a ∑jΥ(Tj)=A\sum_j\Upsilon (T_j) = A, et donc on peut écrire 1=x1+⋯+xn1 =x_1+\cdots +x_n avec n⩾1n\geqslant 1 et xi∈Υ(Tji)x_i\in \Upsilon (T_{j_i}) pour tout ii. Ceci entraîne que Υ(Tj1)+⋯+Υ(Tjn)=A\Upsilon (T_{j_1})+\cdots +\Upsilon (T_{j_n}) = A, d’où Tj1∩⋯∩Tjn=∅T_{j_1}\cap \cdots \cap T_{j_n}=\emptyset.

Supposons l’algèbre A commutative et unifère. La topologie de Jacobson sur J(A) est la topologie induite sur J(A) par la topologie de Zariski du spectre premier de A (AC, II, déf. 4, p. 125).

Supposons que A est commutative et que K est un corps topologique. L’isomorphisme canonique de K sur L(K)\mathscr{L}(K) permet d’identifier un élément de X(A)\mathsf{X}(A) à une représentation de A dans l’espace vectoriel K, ce qui définit une application injective de X(A)\mathsf{X}(A) dans A^\widehat{A}. On peut donc identifier X(A)\mathsf{X}(A) à une partie de A^\widehat{A}.

Proposition 5 025N

La topologie induite sur X(A)\mathsf{X}(A) par celle de A^\widehat{A} est moins fine que la topologie de X(A)\mathsf{X}(A).

En effet, soit T une partie fermée de A^\widehat{A}. Alors T est l’ensemble des π∈A^\pi \in \widehat{A} dont le noyau contient une partie M de A. Donc T∩X(A)T\cap \mathsf{X}(A) est l’ensemble des χ∈X(A)\chi \in \mathsf{X}(A) qui s’annulent sur M, c’est-à-dire une partie fermée de X(A)\mathsf{X}(A). D’où la proposition.

En général, la topologie de X(A)\mathsf{X}(A) ne coïncide pas avec la topologie induite par la topologie de A^(\widehat{A}(cf. I, p. 193, exercice 6, c)).

Exercices

See the exercises for § 1.

Transcribed from the printed volume. Not translated.