§ 1. Spectres et caractères
Dans ce paragraphe, la lettre K désigne un corps commutatif. Si E et F sont des K-espaces vectoriels, on note .
1. Algèbres unifères
On appelle algèbre unifère sur K un couple où A est une algèbre sur K à élément unité et l’élément unité de A. Comme est déterminé de manière unique par A, il nous arrivera de dire, par abus de langage, que A est une algèbre unifère. Si et sont des algèbres unifères, on appelle morphisme unifère de dans un morphisme de A dans tel que . Une sous-algèbre unifère de est un couple , où est une sous-algèbre de A contenant .
On notera souvent 1 l’élément unité.
Lemme 1 024R
Soit A une algèbre. Pour tout idempotent de A, le sous-espace de A est l’ensemble des tels que . C’est une sous-algèbre de A qui admet l’élément unité .
La preuve est élémentaire.
2. Spectre d’un élément dans une algèbre unifère
Définition 1 024S
Soient A une algèbre unifère sur K et son élément unité. Pour tout , on appelle spectre de relativement à A l’ensemble des tels que ne soit pas inversible.
Le spectre de sera noté Sp, ou Sp() si aucune confusion n’en résulte. Le complémentaire de Sp dans K est appelé l’ensemble résolvant de .
Remarque 1 024T
Si , on a Sp(0) .
Remarque 2 024U
Si , on a Sp() pour tout .
Remarque 3 024V
Pour que soit inversible, il faut et il suffit que Sp().
Remarque 4 024W
Soit une fraction rationnelle et soit un élément qui est substituable dans R, c’est-à-dire (A, IV, p. 20) qu’il existe P et tels que et est inversible ; on peut alors former l’élément de A ; il ne dépend pas des choix de P et Q. On a Q(Sp()), de sorte que tout élément de Sp() est substituable dans R.
On a R(Sp()) Sp(R()). Soit en effet Sp() ; il existe un polynôme tel que ; alors, , de sorte que n’est pas inversible, donc Sp(R()).
Inversement, supposons que le corps K est algébriquement clos. Supposons d’abord que R n’est pas constante et démontrons que l’on a Sp(R()) R(Sp()). Soit Sp(R()). Comme R n’est pas constante, n’est pas le polynôme nul ; soit une décomposition en facteurs de degré 1, de sorte que . Puisque n’est pas inversible, il existe tel que n’est pas inversible, donc Sp(), puis R(Sp()).
Lorsque R est constante, l’égalité Sp(R()) R(Sp()) vaut aussi, à condition que Sp() soit non vide.
Remarque 5 024X
Supposons que l’algèbre A soit non nulle. Soit un élément nilpotent. Notons un entier tel que . Le spectre de est réduit à 0, donc il en est de même du spectre de d’après la remarque 4.
Remarque 6 024Y
Soient A et B des algèbres unifères sur K et un morphisme unifère. Pour tout , on a Sp Sp.
Remarque 7 024Z
Soient A une algèbre unifère, R son radical (A, VIII, p. 150, déf. 2) et soit le morphisme canonique de A sur . Si , on a Sp Sp. En effet, il suffit de prouver que si est inversible dans B, alors est inversible dans A. Or, si est tel que , on a , donc et sont inversibles (A, VIII, p. 151, th. 1) et par suite est inversible. En particulier, si , on a Sp si .
Remarque 8 0250
Soit une famille d’algèbres unifères, avec pour . Posons . Alors est une algèbre unifère appelée produit des . Si , on a Sp Sp.
Exemple 1 0251
Soit X un ensemble et soit l’algèbre des fonctions à valeurs dans K définies sur X. Le spectre d’un élément de A est l’ensemble des valeurs de .
Exemple 2 0252
Soit A une algèbre unifère de rang fini sur K. Pour que soit inversible, il faut et il suffit que l’application linéaire de A dans A soit de déterminant non nul. Il en résulte que le spectre de est l’ensemble des racines du polynôme caractéristique de (A, III, p. 110). Si A est l’algèbre des endomorphismes d’un espace vectoriel V de dimension finie sur K, le spectre de est donc l’ensemble des valeurs propres de . Il n’en est pas toujours ainsi quand V est de dimension infinie (cf. I, p. 153, exercice 2).
3. Résolvante
L’application de K - Sp() dans A donnée par s’appelle la résolvante de .
Pour fixé, les valeurs de sont deux à deux permutables. Si , on a :
donc, si - Sp(), on a la relation
Si et , on a :
donc, si - (Sp() Sp()), on a la relation
4. Spectre d’un élément dans une algèbre
Soit A une algèbre sur K. Rappelons (A, III, p. 4) qu’on définit sur l’espace vectoriel une structure d’algèbre telle que :
Soit . Alors est une algèbre unifère dite déduite de A par adjonction d’un élément unité. L’algèbre A s’identifie à l’idéal bilatère de ; l’algèbre A est commutative si et seulement si l’est.
Si est une seconde algèbre sur K, l’algèbre unifère déduite de par adjonction d’un élément unité, et un morphisme de A dans , il existe un morphisme unifère et un seul de dans qui prolonge .
Soient A une algèbre sur K et A. On appelle spectre de relativement à A le spectre de relativement à l’algèbre unifère déduite de A par adjonction d’un élément unité. Cet ensemble sera noté Sp, ou Sp si aucune confusion n’en résulte. On a Sp quel que soit .
Si est un morphisme de A dans une algèbre B, on a Sp Sp.
Remarque 1 0254
Soit une algèbre unifère. Si , on a
Sp Sp. On vérifie en effet que , donc que est l’algèbre unifère produit de A et de . Notre assertion résulte donc de la remarque 8 de I, p. 3.
Remarque 2 0255
Il résulte de la remarque 1 que, si B est une algèbre sur K et si , on a :
Sp Sp Sp Sp.
Remarque 3 0256
Si appartient au radical de A (A, VIII, p. 430, déf. 3), on a Sp. Ceci résulte de la remarque 7 de I, p. 3.
Proposition 1 0257
Soient A une algèbre et . On a Sp Sp.
En passant à , on se ramène au cas où A possède un élément unité . Il suffit alors de prouver que, si est tel que admette un inverse , alors est inversible. Posons . Puisque , on a
et de même . Comme , on voit que est inversible.
Si A est une algèbre unifère et si , la proposition précédente entraîne que Sp() Sp(), mais on peut avoir Sp() Sp() (cf. I, p. 153, exerc. 3).
5. Sous-algèbres pleines
Soit A une algèbre unifère sur K.
Définition 3 0258
On appelle sous-algèbre pleine de A une sous-algèbre unifère B telle que tout élément de B qui est inversible dans A soit inversible dans B.
Autrement dit, B est une sous-algèbre pleine de A si et seulement si Sp Sp pour tout .
L’intersection d’une famille de sous-algèbres pleines de A est une sous-algèbre pleine de A.
Soit M une partie de A. L’intersection des sous-algèbres pleines de A contenant M est la plus petite sous-algèbre pleine de A contenant M ; on l’appelle la sous-algèbre pleine de A engendrée par M. Le commutant de M dans A est une sous-algèbre pleine de A (car, si est inversible dans A et commute avec M, alors commute avec M). Donc le bicommutant de M est une sous-algèbre pleine de A qui contient la sous-algèbre pleine de A engendrée par M.
Si les éléments de M sont deux à deux permutables, on a et ; l’algèbre est donc commutative et il en est alors de même de l’algèbre pleine engendrée par M.
Une sous-algèbre commutative maximale de A est une sous-algèbre pleine, car elle est égale à son commutant.
Lemme 2 0259
Soit une famille d’éléments deux à deux permutables de A. La sous-algèbre pleine engendrée par est l’ensemble des éléments de la forme , où parcourt l’ensemble des fractions rationnelles dans lesquelles la famille est substituable.
Soit B la sous-algèbre pleine de A engendrée par la famille , et notons l’ensemble des éléments de la forme , où est une fraction rationnelle dans laquelle est substituable. Explicitement, est l’ensemble des éléments de A de la forme , où et est inversible dans A. L’ensemble est une sous-algèbre unifère de A contenant la famille . C’est une sous-algèbre pleine : si est inversible dans A, alors est inversible dans A et l’inverse de appartient à . On a donc . D’autre part, si , et si est inversible dans A, alors et , donc et , donc .
6. Caractères d’une algèbre unifère commutative
Définition 4 025A
Soit A une algèbre unifère commutative sur K. On appelle caractère unifère un morphisme unifère de A dans K.
Lorsqu’aucune confusion ne peut en résulter, on dira simplement caractère au lieu de caractère unifère. L’ensemble des caractères unifères de A est noté . Si A est l’algèbre nulle, alors est vide.
Soient A et B des algèbres unifères commutatives sur K et un morphisme unifère de A dans B. L’application de dans se note . Si est un morphisme de B dans une algèbre unifère commutative, on a . L’application (Id) est l’application identique de .
Si est surjectif, est une bijection de sur l’ensemble des caractères de A qui s’annulent sur le noyau de .
Soient des algèbres unifères commutatives sur K et soit A l’algèbre unifère , d’élément unité . Pour tout , identifions à un idéal de A et soit l’application canonique de A sur . Alors est une bijection de sur l’ensemble des caractères de A nuls sur . Les ensembles sont deux à deux disjoints. D’autre part, soit . Puisque , il existe tel que . Pour tout et tout , on a , donc . Ainsi, s’annule sur , de sorte que est réunion des .
Soit B l’algèbre unifère . Notons le morphisme canonique . Alors
est une application de dans , et
est une application de dans . On vérifie que ces applications sont des bijections réciproques l’une de l’autre, par lesquelles on identifiera à .
Soit A une algèbre unifère commutative sur K. Soit Y l’ensemble des idéaux de codimension 1 de A. Pour tout , on a Ker( ). L’application Ker( ) est une bijection de sur Y. En effet, si , il existe un unique isomorphisme de la K-algèbre unifère sur K et le morphisme composé
est l’unique caractère de A de noyau I.
Définition 5 025B
Soit A une algèbre unifère commutative sur K. Pour tout , on note , ou simplement , l’application de dans K. On l’appelle la transformée de Gelfand de .
L’application est un morphisme unifère de A dans l’algèbre unifère des applications de dans K. On l’appelle la transformation de Gelfand de A.
Si A, l’image de la transformée de Gelfand de est contenue dans Sp. En effet, soit ; puisque 0, l’élément n’est pas inversible.
Soient B une algèbre unifère commutative sur K et un morphisme unifère de A dans B ; alors définit un morphisme unifère , et le diagramme :
A (3)
B
est commutatif. En effet, pour tout et tout , on a :
Supposons maintenant que K soit un corps topologique. On munit alors de la topologie de la convergence simple sur A (cf. EVT, III, p. 14, exemple 1), et l’espace topologique s’appelle l’espace des caractères de A. La topologie de est donc la moins fine pour laquelle les fonctions pour soient continues, et l’application identifie l’espace avec une partie de .
Lorsque K = ou , cette topologie est la topologie induite sur par la topologie faible sur (EVT, II, p. 45, déf. 2) ; à ce titre, nous dirons aussi que c’est la topologie faible sur .
Si est un morphisme unifère de A dans B, l’application est continue. Si est surjectif, l’image de , à savoir l’ensemble des caractères de A nuls sur le noyau de , est fermée dans ; d’autre part, la topologie sur déduite de celle de par la bijection est la topologie de la convergence simple dans A, c’est-à-dire la topologie induite par celle de ; autrement dit, est un homéomorphisme de sur une partie fermée de .
Si sont des algèbres unifères commutatives sur K, l’espace s’identifie ainsi à l’espace topologique somme de . De même, s’identifie à l’espace topologique produit .
7. Cas des algèbres sans élément unité
Définition 6 025C
Soit A une algèbre commutative sur K. On appelle caractère de A un morphisme d’algèbres de A dans K.
L’ensemble des caractères de A sera noté .
L’application nulle est un morphisme d’algèbres. Si A possède un élément unité , un morphisme d’algèbres non nul de A dans K est unifère, c’est-à-dire est un caractère unifère de K au sens de la définition 4 : en effet, pour que soit non nul, il faut et il suffit que .
On posera ; d’après ce qui précède, la notation est compatible avec celle introduite lorsque A est unifère.
Si est un morphisme d’algèbres commutatives, l’application est une application . Elle transforme 0 en 0. Si est un morphisme d’algèbres commutatives, alors on a . Si est surjectif, est une bijection de sur l’ensemble des caractères de A nuls sur le noyau de . Soient des algèbres commutatives, et le morphisme canonique ; alors est une bijection de sur une partie de , à savoir l’ensemble des caractères de A nuls sur ; on voit comme au n que est réunion
des ; d’autre part, pour ; en particulier les forment une partition de .
Pour tout , soit , ou simplement , l’application de dans K. L’application est un morphisme de A dans l’algèbre des applications nulles en 0. Soient B une algèbre commutative, l’algèbre des applications K nulles en 0, et un morphisme de A dans B; alors définit un morphisme , et l’on a . On note , ou simplement , la restriction de à et on l’appelle transformée de Gelfand de .
Soit l’algèbre unifère déduite de A par adjonction d’un élément unité. Par restriction, tout caractère de définit un caractère de A ; inversement, tout caractère de A se prolonge de manière unique en un caractère de . Cela définit une bijection canonique de sur , par laquelle on identifie ces deux ensembles. Le caractère 0 de A s’identifie à l’unique caractère de de noyau A.
Si et , on a Sp, donc Sp.
Lemme 3 025D
L’application Ker( ) est une bijection de sur l’ensemble des idéaux réguliers de codimension 1 de A.
Rappelons (A, VIII, p. 426, déf. 1) qu’un idéal I de A est dit régulier si l’algèbre quotient admet un élément unité.
Démontrons le lemme. D’une part s’identifie à l’ensemble des caractères de non nuls sur A. D’autre part, d’après A, VIII, p. 428, prop. 4, l’application est une bijection de l’ensemble des idéaux maximaux de distincts de A sur l’ensemble des idéaux maximaux réguliers de A. Le lemme découle alors des résultats du n.
Supposons maintenant que K soit un corps topologique. On munit alors de la topologie de la convergence simple sur A ; la notation désignera désormais l’espace topologique ainsi obtenu. Lorsque ou , nous l’appelerons également topologie faible. Pour tout , la fonction sur est continue.
Si est un morphisme de A dans B, l’application est continue. Si est surjectif, est un homéomorphisme de sur son image et cette image est fermée dans .
Soit ; avec les mêmes notations que plus haut, est un homéomorphisme de sur et est fermé dans . Donc est ouvert dans ; les définissent une application continue de l’espace somme S des sur , et on vérifie immédiatement qu’une réunion de voisinages des points a pour image un voisinage de ; de tout ceci résulte que s’identifie canoniquement à un espace quotient de S. En particulier, l’espace s’identifie à l’espace somme des .
La bijection canonique de sur est un homéomorphisme. Soient B une algèbre unifère sur K et l’algèbre sous-jacente ; alors l’espace s’identifie au sous-espace de .
8. Idéaux primitifs
Soient A une algèbre sur K et E un espace vectoriel sur K. On appelle représentation de A dans E un morphisme de A dans l’algèbre des endomorphismes de E. Une représentation injective est dite fidèle. Soient et des représentations de A dans des espaces . Un morphisme de dans est une application K-linéaire telle que pour tous et . Les représentations sont dites équivalentes s’il existe un morphisme de dans qui est un isomorphisme d’espaces vectoriels. Son inverse est alors un morphisme de dans . Une représentation de A dans E est dite irréductible si et si les seuls sous-espaces vectoriels de E stables pour sont et E.
Exemple 025E
L’application nulle de A dans est une représentation, dite triviale, de A. Elle est irréductible si seulement si E est de dimension 1.
Lemme 4 025F
Soit une représentation irréductible, non triviale, de A dans E. Pour tout élément non nul de E, on a .
Le sous-espace de E est stable pour . Supposons qu’il soit nul. Le sous-espace non nul de E serait alors stable par , et donc égal à E ; mais cela impliquerait que est la représentation nulle. On a donc .
Soit une représentation irréductible, non triviale, de A dans E. D’après ce lemme, l’annulateur R de dans A est un idéal à gauche régulier (A, VIII, p. 425, n) de A, et la représentation est équivalente à la représentation définie par le A-pseudomodule . Comme est irréductible, l’idéal R est un idéal à gauche maximal régulier.
Définition 7 025G
Soit A une algèbre sur K. On appelle idéal primitif de A le noyau d’une représentation irréductible non triviale de A.
Si A est commutative, les idéaux primitifs de A sont les idéaux maximaux réguliers de A. En effet, les représentations irréductibles non triviales de A sont, à une équivalence près, les représentations définies par les A-pseudomodules , où R est un idéal maximal régulier de A. Le noyau de contient R. Il lui est même égal puisque, d’après A, VIII, p. 426, prop. 2, la commutativité de A entraîne que est un corps. Donc Ker() est maximal régulier.
Lemme 5 025H
Soit une représentation irréductible de A dans un espace vectoriel E sur K.
a) Soit I un idéal bilatère de A. Si , alors est irréductible;
b) Soient et des idéaux bilatères de A tels que et . Alors .
L’ensemble des éléments de E annulés par est stable pour et distinct de E, donc égal à 0. Donc, si est un élément non nul de E, on a ; comme est stable pour , on a , ce qui prouve a). D’autre part, ce qui précède prouve que , , donc , d’où b).
Lemme 6 025I
Soient et des idéaux bilatères de A, I un idéal primitif de A. Si I contient en particulier, si I contient , alors I contient ou .
Soit une représentation irréductible de noyau I. Si et , le lemme 5, b) prouve que , d’où .
Lemme 7 025J
Supposons que A admette un élément unité. Soit I un idéal bilatère maximal de A. Alors I est un idéal primitif.
Il existe un idéal à gauche maximal R de A contenant I (A, I, p. 99, th. 1). Soit la représentation canonique de A dans , qui est irréductible et non nulle. Comme IA , le noyau de contient I, donc et I est primitif.
Soit J(A) l’ensemble des idéaux primitifs de A. Pour toute partie M de A, nous noterons V(M) l’ensemble des idéaux primitifs de A contenant M; si I est l’idéal bilatère de A engendré par M, on a V(M) = V(I). Si M est réduit à un seul élément , on écrira au lieu de . L’application est décroissante pour les relations d’inclusion. On a :
pour toute famille de parties de A. D’autre part, d’après le lemme 6,
pour tous idéaux bilatères de A. Les formules (5) à (7) démontrent que les parties V(M) de J(A) sont les parties fermées d’une topologie appellée la topologie de Jacobson sur J(A).
Soit T une partie de J(A) et soit Υ(T) l’intersection des éléments de T, de sorte que Υ(T) est un idéal bilatère de A. Alors l’adhérence de T dans J(A) est la plus petite partie fermée de J(A) contenant T, c’est-à-dire V(Υ(T)). En particulier, T est fermée si et seulement si T = V(Υ(T)).
Proposition 2 025K
Soient et des points distincts de J(A). Alors l’un de ces deux points est non adhérent à l’autre.
En effet, on a par exemple . L’ensemble des tels que est fermé dans J(A), et il contient mais pas .
Proposition 3 025L
Soit . Pour que soit fermé dans J(A), il faut et il suffit que I soit un idéal primitif maximal.
En effet, l’adhérence de se compose des idéaux primitifs de A contenant I.
La relation
« sont des représentations de A, qui sont isomorphes »
est une relation d’équivalence par rapport à et . Pour toute représentation de A, on notera cl( ) la classe d’équivalence de , qui est donc une représentation de A isomorphe à , telle que deux représentations et sont isomorphes si et seulement si cl() cl(). On dit que cl( ) est la classe de .
Soit le cardinal de A. Soit une représentation irréductible non nulle de A dans un K-espace vectoriel E. Soit un élément non nul de E. Puisque (lemme 4), la dimension de E est (A, II, p. 97, corollaire). La relation
« est une classe de représentations irréductibles de A
dans un K-espace vectoriel de dimension »
est collectivisante en (E, II, p. 3). En effet, tout espace vectoriel de dimension est isomorphe à un espace où B est une partie de A (A, II, p. 25, déf. 10), et l’assertion résulte alors de E, II, p. 47.
On note l’ensemble des classes de représentations irréductibles, non triviales, de A. D’après ce qui précède, pour toute représentation irréductible non triviale de A, il existe une unique représentation qui est isomorphe à .
L’application de dans J(A) qui associe à son noyau est surjective. Si A est commutative, il résulte du fait que les idéaux primitifs sont les idéaux maximaux réguliers que cette application est une bijection.
On munit de la topologie image réciproque de celle de J(A) par l’application .
Proposition 4 025M
Si A possède un élément unité, les espaces J(A) et sont quasi-compacts.
Il suffit de faire la démonstration pour J(A). Soit une famille de parties fermées de J(A) dont l”intersection est vide. Si la somme était différente de A, alors cette somme serait contenue dans un idéal bilatère maximal I. L’idéal I serait primitif (lemme 7) ; comme la partie est fermée, donc égale à , on aurait pour tout , ce qui contredit l’hypothèse. Ainsi on a , et donc on peut écrire avec et pour tout . Ceci entraîne que , d’où .
Supposons l’algèbre A commutative et unifère. La topologie de Jacobson sur J(A) est la topologie induite sur J(A) par la topologie de Zariski du spectre premier de A (AC, II, déf. 4, p. 125).
Supposons que A est commutative et que K est un corps topologique. L’isomorphisme canonique de K sur permet d’identifier un élément de à une représentation de A dans l’espace vectoriel K, ce qui définit une application injective de dans . On peut donc identifier à une partie de .
Proposition 5 025N
La topologie induite sur par celle de est moins fine que la topologie de .
En effet, soit T une partie fermée de . Alors T est l’ensemble des dont le noyau contient une partie M de A. Donc est l’ensemble des qui s’annulent sur M, c’est-à-dire une partie fermée de . D’où la proposition.
En général, la topologie de ne coïncide pas avec la topologie induite par la topologie de cf. I, p. 193, exercice 6, c)).
Exercices
See the exercises for § 1.