§ 2. Algèbres normées
Dans cette section, K désigne l’un des corps ou .
1. Généralités
Rappelons (cf. TG, IX, p. 37, déf. 9) que l’on appelle algèbre normée une algèbre A sur K munie d’une norme telle que :
quels que soient . Si A est complète, on dit que A est une algèbre de Banach.
Soit A une algèbre normable complète sur K. La topologie de A peut être définie par une norme vérifiant (1) (cf. TG, IX, p. 38). Lorsque A est munie de la structure d’algèbre normée définie par une telle norme, on dira aussi que l’algèbre A est une algèbre de Banach.
Rappelons également les faits suivants (cf. TG, IX, p. 38–39) :
(1) Si A est une algèbre normée non nulle et possède un élément unité , alors .
(2) Soit A une K-algèbre normée. L’algèbre opposée à A, munie de la même norme, est une algèbre normée. L’algèbre complétée de A, munie de la norme obtenue par prolongement par continuité de la norme de A, est une K-algèbre de Banach. Toute sous-algèbre de A, munie de la norme induite, est une algèbre normée. Si I est un idéal bilatère fermé de A, l’algèbre , munie de la norme définie par inf pour tout , est une algèbre normée.
(3) Soient une famille d’algèbres normées et B l’algèbre produit des algèbres . La sous-algèbre des éléments de B tels que sup, est une algèbre normée, dite algèbre normée produit des algèbres . Si est une algèbre de Banach pour tout , alors A est une algèbre de Banach.
Soit A une algèbre normée. Soit une famille d’éléments de A ; la plus petite sous-algèbre fermée B de A contenant les éléments s’appelle la sous-algèbre fermée de A engendrée par les ; si B = A, on dit que les engendrent topologiquement l’algèbre normée A, ou que la famille est un système générateur topologique de l’algèbre normée A.
Similairement, si A est une algèbre normée unifère, la plus petite sous-algèbre unifère fermée contenant les éléments s’appelle la sous-algèbre unifère fermée de A engendrée par les . Si elle est égale à A, on dit que les engendrent topologiquement l’algèbre normée unifère A.
Soit A une K-algèbre normée. Notons l’algèbre obtenue à partir de A par adjonction d’un élément unité. Sur , on définit une norme en posant pour tout et tout . On a
Donc devient une algèbre normée, appelée algèbre unifère normée déduite de A par adjonction d’un élément unité. L’algèbre A s’identifie à l’idéal bilatère fermé de .
Définition 1 025W
Soit A une algèbre normée. Pour , notons et les applications , et de A dans A. L’application est une représentation de A dans A, dite représentation régulière gauche de A. L’application est une représentation de l’algèbre opposée de A dans A, dite représentation régulière droite de A.
Lemme 1 025X
Soit A une algèbre normée. La représentation régulière gauche de A et la représentation régulière droite de A sont continues de norme .
Si l’algèbre A est unifère, les applications et sont des normes sur A, définissant la topologie de A. Elles vérifient l’inégalité (1).
Si l’algèbre normée unifère A est non nulle, c’est-à-dire si , on a aussi .
Il est immédiat que et que .
Si A possède un élément unité , alors on a , donc : (2) .
Dans ce cas, et sont donc des normes équivalentes à la norme de A. Elles vérifient (1) car et sont des représentations.
La dernière assertion provient du fait que Id.
2. Exemples
1) Soit E un espace normé. Munissons E du produit défini par pour tous et dans E ; cela définit sur E une structure d’algèbre normée.
2) Soit X un ensemble. On note l’algèbre normée des fonctions bornées sur X à valeurs dans K, munie de la norme
sup
(TG, X, p. 22). C’est une algèbre de Banach unifère sur K (TG, X, p. 21, cor. 1). Elle est commutative. Soit un élément de . Alors est inversible dans si et seulement si on a
inf.
Le spectre de est donc l’ensemble des tels que
inf,
c’est-à-dire l’adhérence dans K de l’ensemble des valeurs de .
3) Soit X un espace topologique. On note la sous-algèbre unifère de des fonctions continues et bornées sur X à valeurs dans K la sous-algèbre de constituée des fonctions qui tendent vers 0 à l’infini (cf. INT, III, §1, n et TG, X, p. 40, cor. 2). On rappelle que désigne la sous-algèbre de des fonctions continues à support compact.
Les algèbres et sont des algèbres de Banach commutatives sur K; en effet, ce sont des sous-espaces fermés de (TG, X, p. 21, cor. 2 et INT, III, §1, n).
L’inverse d’une fonction continue partout non nulle étant continue, la sous-algèbre est une sous-algèbre pleine de . En particulier, le spectre d’un élément de est égal à .
Si X est discret, on a .
Si X est compact, on , l’algèbre unifère normée des fonctions continues sur X à valeurs dans K. Dans ce cas, un élément est inversible si et seulement si ne prend pas la valeur 0, et le spectre de est égal à l’ensemble des valeurs de .
Supposons désormais que X n’est pas compact. L’algèbre n’est alors pas unifère ; l’algèbre qui s’en déduit par adjonction d’un élément unité s’identifie à la sous-algèbre de formée des fonctions qui ont une limite à l’infini. Pour qu’un élément de cette sous-algèbre soit inversible, il faut et il suffit qu’elle ne s’annule pas et que sa limite à l’infini ne soit pas nulle. Il en résulte que pour tout , le spectre de est égal à .
Le spectre de est égal à (en effet, si X n’est pas compact, 0 appartient à ).
4) Soit un entier. Soit l’algèbre des fonctions admettant des dérivées continues dans jusqu’à l’ordre , munie de la norme
! sup.
Si , on a
! sup! sup
!()! sup sup,
d’après la formule de Leibniz (FVR, I, p. 28, prop. 2), donc est une algèbre de Banach unifère commutative.
5) Soit E un espace de Banach dont on note la norme. L’algèbre des endomorphismes continus de E, munie de la norme
sup
est une algèbre de Banach unifère (EVT, III, p. 14 et p. 24, cor. 2 ; TG, X, p. 23, formule (3)).
6) Soit G un groupe localement compact. Notons son élément unité. Soit l’espace de Banach des mesures complexes bornées sur G (INT, III, p. 57). Le produit de convolution (INT, VIII, p. 120, déf. 1) munit d’une structure d’algèbre de Banach complexe (INT, VIII, §3, n, prop. 2) admettant pour élément unité la mesure définie par la masse unité placée au point . Si G est commutatif, cette algèbre de Banach est commutative. L’espace des mesures à support compact est une sous-algèbre de (loc. cit.).
7) Soit G un groupe localement compact muni d’une mesure de Haar . Alors est une algèbre de Banach pour le produit de convolution (INT, VIII, prop. 12, p. 166). Si , l’application définie par permet d’identifier à une sous-algèbre de l’algèbre de Banach .
Si G est commutatif, l’algèbre de Banach est commutative.
8) Prenons et dans l’exemple 7. Alors est l’algèbre de Banach commutative complexe des suites telles que , le produit des éléments et étant , où
et la norme . Cette algèbre admet pour élément unité la suite telle que et pour .
Notons le cercle unité dans . Si est un élément de A, soit la fonction continue sur dont la valeur en est
On vérifie que est un morphisme de sur une algèbre A de fonctions continues sur , la multiplication dans A étant la multiplication usuelle. En intégrant terme à terme l’égalité
il vient
En particulier, il en découle que le morphisme est injectif. L’algèbre A, munie de la norme déduite de celle de par , s’appelle l’algèbre de Banach des séries de Fourier absolument convergentes. Elle admet pour élément unité la fonction .
9) Soit Δ le disque des nombres complexes vérifiant . L’algèbre A des fonctions continues sur Δ analytiques dans l’intérieur de Δ (VAR, R1, p. 26, 3.2.1) est munie de la norme sup. Alors A est une algèbre de Banach unifère commutative.
3. Rayon spectral
Lemme 2 (Lemme de Fekete) 025Y
Soit une suite de nombres réels. Supposons que
pour tout et tout . Alors la suite converge et vérifie
lim inf.
Posons ; l’inégalité reste valide pour tout 0 et tout . Fixons un entier 1. Pour tout entier , soient et les entiers tels que et (E, III, p. 39, th. 1). L’hypothèse implique alors
Faisant tendre vers , on en déduit que lim sup puisque . Puisque cela vaut pour tout , on a donc
lim sup inf lim inf.
Ces inégalités démontrent la convergence de la suite ainsi que la formule lim inf.
Proposition 1 025Z
Soit A une algèbre normée. Pour tout , la suite est convergente et sa limite est égale à inf. De plus, pour toute norme définissant la topologie de A, on a également
lim inf.
Si est nilpotent, on a pour tout entier suffisamment grand et toute norme définissant la topologie de A.
Supposons maintenant que n’est pas nilpotent, et posons . On a pour tout entier , et pour tous d’après (1). Le lemme 2, appliqué à la suite log(), montre l’existence de la limite et la formule inf.
Soit une norme définissant la topologie de A. Il existe des nombres réels et tels que
pour tout (EVT, II, p. 7, cor. 2). Par conséquent,
pour tout , d’où en passant à la limite, ou en prenant la borne inférieure, l’égalité
lim inf.
Définition 2 0260
Pour tout élément d’une algèbre normée A, le nombre réel
lim inf
est appelé le rayon spectral de .
Pour tout élément de A, on a
(4) , pour tout entier .
Définition 3 0261
Un élément de A est quasi-nilpotent si .
Ceci revient à dire que, quel que soit , les nombres sont bornés pour ; ou encore que, quel que soit , la suite tend vers 0 quand .
Remarque 1 0262
Soit A une algèbre normée. Si un élément vérifie , on a pour tout , d’après (3) et (4).
Inversement, supposons que pour tout . Alors on a, pour tout entier , l’égalité , donc ; quand tend vers , on obtient .
Remarque 2 0263
La fonction sur A, étant l’enveloppe inférieure des fonctions continues pour , est semi-continue supérieurement (TG, IV, p. 31, cor.), mais en général elle n’est pas continue. Il peut même arriver (cf. exerc. 12 de I, p. 157) qu’une suite d’éléments nilpotents de A tende vers un élément qui n’est pas quasi-nilpotent.
4. Inverses
Soit A une algèbre de Banach unifère, dont on note 1 l’élément unité. Rappelons (TG, IX, prop. 14, p. 40) que le groupe G des éléments inversibles de A est une partie ouverte de A, que la topologie induite sur G par celle de A est compatible avec la structure de groupe et que le groupe topologique G est complet.
Proposition 2 0264
Soient A une algèbre de Banach et un élément de A. La série , considérée comme série entière en , a pour rayon de convergence . Si A est unifère et si , alors est inversible et a pour inverse .
La série a pour rayon de convergence
(lim sup)
(cf. VAR, R1, p. 23, 3.1.4). Supposons que A admette un élément unité. Si , la série est donc absolument convergente. Comme
pour tout entier , l’élément est inversible et son inverse est égal à .
Corollaire 1 0265
Si A est une algèbre de Banach unifère, alors le groupe des éléments inversibles de A contient la boule ouverte de centre 1 et de rayon 1.
C’est immédiat puisque implique .
Corollaire 2 0266
Soient A une algèbre de Banach et I un idéal à gauche (resp. à droite) maximal régulier de A. Alors I est fermé.
Soit l’algèbre de Banach unifère déduite de A par adjonction d’un élément unité. Il existe un idéal à gauche (resp. à droite) maximal J de tel que (A, VIII, p. 428, prop. 4). Alors J est disjoint de la boule ouverte de centre et de rayon 1 (cor. 1), et donc . Comme J est un idéal maximal, cela implique que , et par suite que est fermé dans A.
Corollaire 3 0267
Le radical d’une algèbre de Banach est fermé.
En effet le radical est l’intersection des idéaux à gauche maximaux réguliers (A, VIII, p. 430, déf. 3).
Proposition 3 0268
Soit A une algèbre de Banach unifère.
a) Si admet un inverse à gauche (resp. à droite) , tout élément tel que admet un inverse à gauche (resp. à droite).
b) L’ensemble des éléments de A qui sont inversibles (resp. à gauche, resp. à droite) est ouvert dans A.
c) Soit une suite d’éléments de A admettant des inverses à gauche (resp. à droite), et convergeant vers un élément . Si la suite est bornée, alors est inversible à gauche (resp. à droite).
Il suffit de traiter le cas des inverses à gauche ; celui des inverses à droite en découle en considérant l’algèbre opposée.
Soient tels que et . On a
donc est inversible : il existe A tel que . Ainsi l’élément est inversible à gauche d’inverse . Cela démontre l’assertion a) et l’assertion b) en résulte immédiatement.
Soit une suite d’éléments de A admettant des inverses à gauche , qui converge vers un élément A, et telle que la suite est bornée. Si est un nombre réel tel que pour tout , alors on a pour assez grand, et donc admet un inverse à gauche d’après a).
Définition 4 0269
Soit A une algèbre normée, soit un élément de A. Notons et les applications et de A dans A. On dit que est un diviseur de zéro topologique à gauche (resp. à droite) si resp. n’est pas un homéomorphisme de A sur (resp. sur ).
Remarque 026A
D’après TG, IX, p. 36, cor. est un diviseur de zéro topologique à gauche (resp. à droite) si et seulement si il existe une suite dans A telle que et telle que tende vers 0 (resp. que tende vers 0) quand .
Un diviseur de zéro à gauche (resp. à droite) est un diviseur de zéro topologique à gauche (resp. à droite). Supposons que A est non nulle et unifère. Un diviseur de zéro topologique à gauche (resp. à droite) n’est pas inversible à gauche (resp. à droite). En effet, si par exemple et si tend vers 0, alors tend vers 0 et on ne peut avoir pour tout .
Proposition 4 026B
Soit A une algèbre de Banach unifère. Soit un élément de A qui n’est pas inversible à gauche. S’il existe une suite d’éléments inversibles à gauche de A qui converge vers , alors est un diviseur de zéro topologique à droite.
Soit un inverse à gauche de . D’après la prop. 3 (ii), tend vers . Soit . On a , et tend vers 0, donc tend vers 0. On conclut alors à l’aide de la remarque suivant la définition 4.
Proposition 5 026C
Soit A une algèbre de Banach unifère et soit B une sous-algèbre pleine de A. Alors B est une sous-algèbre pleine de A.
En effet, soient un élément de inversible dans A, et une suite d’éléments de B tendant vers . Alors, pour assez grand, est inversible dans A et tend vers . Puisque la sous-algèbre B est pleine, on a , d’où .
Soit A est une algèbre de Banach unifère et soit une famille d’éléments de A. Soit B la sous-algèbre pleine de A engendrée par les éléments . Alors est la plus petite sous-algèbre pleine fermée de A contenant les . On l’appelle la sous-algèbre pleine fermée engendrée par les éléments .
5. Spectre d’un élément dans une algèbre normée
Dans ce numéro, on suppose que .
Théorème 1 026D
Soient A une algèbre de Banach unifère et .
a) L’ensemble Sp est une partie compacte de ;
b) Le rayon spectral est le rayon du plus petit disque fermé de centre 0 dans qui contient Sp ;
c) La résolvante de est holomorphe dans Sp et nulle à l’infini. De plus, pour tout entier , on a la formule
! ;
d) Pour tout nombre complexe tel que , on a
Le complémentaire du spectre Sp est l’image réciproque du groupe G des éléments inversibles de A par l’application continue de dans A ; d’après la proposition 3, b) de I, p. 23, le spectre Sp est une partie fermée de . Par ailleurs, soit tel que . On a . Puisque , l’élément , donc également l’élément , est inversible et
(I, p. 22, prop. 2). En particulier, Sp. Cela démontre que Sp est contenu dans le disque de centre 0 et de rayon . Par suite, Sp est compact. Cette formule (5) prouve aussi que la résolvante de est définie et holomorphe dans le complémentaire du disque fermé de centre 0 et de rayon , et tend vers 0 à l’infini.
Soit Sp. Posons . Soit tel que . On a
donc est inversible et a pour inverse
d’après la prop. 2 de I, p. 22. Donc la résolvante de est définie et holomorphe dans le disque ouvert de centre et de rayon . Par suite, la résolvante de est une application holomorphe de Sp dans A.
La formule (1) de I, p. 4 implique , d’où, par récurrence sur ,
! .
Soit un nombre réel tel que Sp soit contenu dans le disque fermé de centre 0 et de rayon . La fonction est alors définie et holomorphe pour et tend vers 0 quand tend vers 0. L’unique fonction continue sur le disque ouvert de centre 0 et de rayon qui prolonge cette fonction holomorphe est alors holomorphe (VAR, R1, 3.3.9), donc le rayon de convergence de la série (5) qui la définit est (VAR, R1, 3.2.9). D’après la prop. 2 de I, p. 22, on a donc .
Remarque 1 026E
Le spectre d’un élément dans une algèbre de Banach unifère peut être une partie compacte non vide F quelconque de cf. exemple 3 de I, p. 17 ; pour et l’inclusion canonique de F dans , on a Sp).
Remarque 2 026F
Soit A une algèbre de Banach unifère et soit . D’après le théorème 1 de I, p. 24 Sp est une partie ouverte de , donc est localement connexe. Donc les composantes connexes de Sp sont ouvertes. D’après le th. 1, l’une de ces composantes connexes contient l’ensemble des tels que ; toutes les autres composantes connexes sont donc bornées.
Corollaire 1 026G
Soit A une algèbre normée unifère non nulle. Pour tout , le spectre Sp est non vide.
Supposons d’abord A complète. Si l’on avait Sp() , la résolvante de serait holomorphe dans et nulle à l’infini, donc identiquement nulle (VAR, R., 3.3.6, p. 29). Comme est inversible, il en résulterait que 1 = 0 et donc que .
Dans le cas général, soit l’algèbre compétée de A ; la relation Sp entraînerait Sp, d’où et .
Corollaire 2 (Théorème de Gelfand-Mazur) 026H
Soit A une algèbre normée sur . Si A est un corps, alors .
Si , il existe tel que soit non inversible (cor. 1), d’où et .
Corollaire 3 026I
Soient A une algèbre de Banach unifère et un élément inversible de A tel que . Alors Sp().
Soit Δ le disque de centre 0 et de rayon 1 dans . D’après le th. 1 b) et le fait que , on a Sp(). De même, Sp() = Sp(), d’où le corollaire (cf. I, p. 2, remarque 4).
Corollaire 4 026J
Soient E un espace de Banach complexe, l’algèbre de Banach des endomorphismes continus de E et A une sous-algèbre non nulle de telle que E soit un A-pseudomodule (A, II, p. 176, Appendice) simple.
a) Soit un endomorphisme de E, non nécessairement continu, qui commute avec A. Alors est une homothétie ;
b) Soit un endomorphisme de E, non nécessairement continu. Pour tout entier et pour tout , il existe tel que
Montrons a). Soit l’algèbre obtenue à partie de A par adjonction d’un élément unité. Puisque E est un A-pseudomodule simple, c’est un -module simple.
Soit B le commutant de dans l’anneau des endomorphismes du -espace vectoriel E. L’algèbre B contient 1 et est l’algèbre des endomorphismes du -module E. Comme E est un -module simple, le lemme de Schur (A, VIII, p. 43, corollaire), montre que B est un corps.
Soit tel que . On a donc . Pour tout , soit l’ensemble des tels que . Cet ensemble est non vide, puisque . On pose alors
inf.
L’application est une seminorme sur B.
Montrons que cette application est une norme. Soit un élément non nul de B. Pour tout , on a , de sorte que . Il suffit donc de démontrer que . Soit tel que . Comme , il existe tel que . Alors, , donc .
D’autre part, soient et des éléments de B. Pour tout , il existe tels que et , . Alors on a , d’où
et finalement . Cela montre que B, muni de la norme , est une algèbre normée. Comme c’est un corps, le corollaire 2 implique que , ce qui est la conclusion désirée.
Démontrons b). D’après a), le commutant de A dans End est réduit aux homothéties de E. Son bicommutant est donc End. L’assertion b) résulte donc du théorème de densité de Jacobson (théo-rème 1 de A, VIII, p. 434).
Corollaire 5 026K
Soient A une algèbre de Banach et .
a) Sp est une partie compacte de ;
b) Le rayon spectral est le rayon du plus petit disque fermé de centre 0 de qui contient Sp ;
c) Pour que soit quasi-nilpotent, il faut et il suffit que l’on ait Sp.
Les assertions a) et b) résultent du th. 1 en considérant l’algèbre de Banach déduite de A par adjonction d’un élément unité. L’assertion c) résulte de b).
6. Spectre relatif à une sous-algèbre
Dans ce numéro, on suppose que .
Lemme 3 026L
Soient et des sous-ensembles compacts de . Si est contenu dans et si la frontière de dans est contenue dans , alors est la réunion de et de certaines composantes connexes bornées du complémentaire de dans .
Soit U une composante connexe de . Tout point frontière de dans l’ouvert U est aussi point frontière de dans , donc appartient à par hypothèse ; comme , on voit que n’a aucun point frontière dans l’espace U. Comme U est connexe, l’intersection est soit vide, soit égale à U (TG, I, p. 82, cor.), et le lemme en résulte.
Proposition 6 026M
Soient A une algèbre de Banach unifère et B une sous-algèbre unifère fermée de A. Pour tout , on a Sp Sp, et la frontière de Sp dans contient la frontière de Sp dans . En particulier, si Sp, alors on a Sp Sp.
On a Sp Sp (remarque 6 de I, p. 3). Si est un point de la frontière de Sp dans , il existe une suite de points extérieurs à Sp tendant vers . Alors est inversible dans B et tend vers , qui n’est pas inversible dans B; donc est diviseur de zéro topologique à gauche ou à droite dans B (prop. 4 de I, p. 24), donc dans A. Ainsi, Sp. Mais puisque Sp Sp, le nombre complexe Fr(Sp) ne peut être intérieur à Sp, donc appartient à sa frontière.
Corollaire 026N
L’ensemble Sp est la réunion de Sp et de certaines composantes connexes bornées de Sp.
Cela découle de la prop. 6 et du lemme 3.
Ce corollaire sera complété par les propositions 13 de I, p. 46 et 14 de I, p. 46.
Exercices
See the exercises for § 2.