Bourbaki

§ 2. Algèbres normées

Dans cette section, K désigne l’un des corps R\mathbf{R} ou C\mathbf{C}.

1. Généralités

Rappelons (cf. TG, IX, p. 37, déf. 9) que l’on appelle algèbre normée une algèbre A sur K munie d’une norme x↦∥x∥x\mapsto \|x\| telle que :

∥xy∥⩽∥x∥∥y∥(1) \|xy\|\leqslant \|x\| \|y\| \tag{1}

quels que soient x,y∈Ax,y\in A. Si A est complète, on dit que A est une algèbre de Banach.

Soit A une algèbre normable complète sur K. La topologie de A peut être définie par une norme vérifiant (1) (cf. TG, IX, p. 38). Lorsque A est munie de la structure d’algèbre normée définie par une telle norme, on dira aussi que l’algèbre A est une algèbre de Banach.

Rappelons également les faits suivants (cf. TG, IX, p. 38–39) :

(1) Si A est une algèbre normée non nulle et possède un élément unité ee, alors ∥e∥⩾1\|e\|\geqslant 1.

(2) Soit A une K-algèbre normée. L’algèbre opposée à A, munie de la même norme, est une algèbre normée. L’algèbre complétée de A, munie de la norme obtenue par prolongement par continuité de la norme de A, est une K-algèbre de Banach. Toute sous-algèbre de A, munie de la norme induite, est une algèbre normée. Si I est un idéal bilatère fermé de A, l’algèbre A/IA/I, munie de la norme définie par ∥x˙∥=\|\dot{x}\|= infx∈x˙∥x∥_{x\in\dot{x}}\|x\| pour tout x˙∈A/I\dot{x}\in A/I, est une algèbre normée.

(3) Soient (Ai)∈I(A_i)_{\in I} une famille d’algèbres normées et B l’algèbre produit des algèbres AiA_i. La sous-algèbre des éléments (xi)i∈I(x_i)_{i\in I} de B tels que ∥(xi)∥=\|(x_i)\|= supi∈I∥xi∥<+∞_{i\in I}\|x_i\|<+\infty, est une algèbre normée, dite algèbre normée produit des algèbres (Ai)i∈I(A_i)_{i\in I}. Si AiA_i est une algèbre de Banach pour tout ii, alors A est une algèbre de Banach.

Soit A une algèbre normée. Soit (yi)i∈I(y_i)_{i\in I} une famille d’éléments de A ; la plus petite sous-algèbre fermée B de A contenant les éléments yiy_i s’appelle la sous-algèbre fermée de A engendrée par les yiy_i; si B = A, on dit que les yiy_i engendrent topologiquement l’algèbre normée A, ou que la famille (yi)i∈I(y_i)_{i\in I} est un système générateur topologique de l’algèbre normée A.

Similairement, si A est une algèbre normée unifère, la plus petite sous-algèbre unifère fermée contenant les éléments yiy_i s’appelle la sous-algèbre unifère fermée de A engendrée par les yiy_i. Si elle est égale à A, on dit que les yiy_i engendrent topologiquement l’algèbre normée unifère A.

Soit A une K-algèbre normée. Notons A~\widetilde{A} l’algèbre obtenue à partir de A par adjonction d’un élément unité. Sur A~\widetilde{A}, on définit une norme en posant ∥(λ,x)∥=∣λ∣+∥x∥\|(\lambda , x)\|=|\lambda |+\|x\| pour tout λ∈K\lambda \in K et tout x∈Ax\in A. On a

∥(λ,x)(μ,y)∥=∣λμ∣+∥xy+μx+λy∥ \|(\lambda , x)(\mu, y)\|=|\lambda \mu|+\|xy+\mu x+\lambda y\|
⩽∣λ∣∣μ∣+∥x∥∥y∥+∣μ∣∥x∥+∣λ∣∥y∥ \leqslant |\lambda | |\mu|+\|x\| \|y\|+|\mu| \|x\|+|\lambda | \|y\|
=∥(λ,x)∥∥(μ,y)∥ =\|(\lambda , x)\| \|(\mu, y)\|

Donc A~\widetilde{A} devient une algèbre normée, appelée algèbre unifère normée déduite de A par adjonction d’un élément unité. L’algèbre A s’identifie à l’idéal bilatère fermé {0}×A\{0\} \times A de A~\widetilde{A}.

Définition 1 025W

Soit A une algèbre normée. Pour a∈Aa\in A, notons γa\boldsymbol{\gamma }_a et δa\boldsymbol{\delta }_a les applications x↦axx\mapsto ax, et x↦xax\mapsto xa de A dans A. L’application γ:a↦γa\boldsymbol{\gamma }:a\mapsto \boldsymbol{\gamma }_a est une représentation de A dans A, dite représentation régulière gauche de A. L’application δ:a↦δa\boldsymbol{\delta }:a\mapsto \boldsymbol{\delta }_a est une représentation de l’algèbre opposée de A dans A, dite représentation régulière droite de A.

Lemme 1 025X

Soit A une algèbre normée. La représentation régulière gauche de A et la représentation régulière droite de A sont continues de norme ⩽1\leqslant 1.

Si l’algèbre A est unifère, les applications x↦∥γx∥x\mapsto \|\boldsymbol{\gamma }_x\| et x↦∥δx∥x\mapsto \|\boldsymbol{\delta }_x\| sont des normes sur A, définissant la topologie de A. Elles vérifient l’inégalité (1).

Si l’algèbre normée unifère A est non nulle, c’est-à-dire si e≠0e\not= 0, on a aussi ∥γe∥=∥δe∥=1\|\boldsymbol{\gamma }_e\|=\|\boldsymbol{\delta }_e\|= 1.

Il est immédiat que ∥γx∥⩽∥x∥\|\boldsymbol{\gamma }_x\|\leqslant \|x\| et que ∥δx∥⩽∥x∥\|\boldsymbol{\delta }_x\|\leqslant \|x\|.

Si A possède un élément unité ee, alors on a x=γxe=δxex=\boldsymbol{\gamma }_xe=\boldsymbol{\delta }_xe, donc : (2) ∥x∥⩽∥γx∥⋅∥e∥∥x∥⩽∥δx∥⋅∥e∥\|x\|\leqslant \|\boldsymbol{\gamma }_x\| \cdot \|e\|\|x\|\leqslant \|\boldsymbol{\delta }_x\| \cdot \|e\|.

Dans ce cas, x↦∥γx∥x\mapsto \|\boldsymbol{\gamma }_x\| et x↦∥δx∥x\mapsto \|\boldsymbol{\delta }_x\| sont donc des normes équivalentes à la norme de A. Elles vérifient (1) car γ\boldsymbol{\gamma } et δ\boldsymbol{\delta } sont des représentations.

La dernière assertion provient du fait que γe=δe=\boldsymbol{\gamma }_e=\boldsymbol{\delta }_e= IdA_A.

2. Exemples

1) Soit E un espace normé. Munissons E du produit défini par ab=0ab= 0 pour tous aa et bb dans E ; cela définit sur E une structure d’algèbre normée.

2) Soit X un ensemble. On note B(X;K)\mathscr{B}(X; K) l’algèbre normée des fonctions bornées sur X à valeurs dans K, munie de la norme

∥f∥=\|f\|= supx∈X∣f(x)∣_{x\in X}|f(x)|

(TG, X, p. 22). C’est une algèbre de Banach unifère sur K (TG, X, p. 21, cor. 1). Elle est commutative. Soit ff un élément de B(X;K)\mathscr{B}(X; K). Alors ff est inversible dans B(X;K)\mathscr{B}(X; K) si et seulement si on a

infx∈X∣f(x)∣>0_{x\in X}|f(x)|>0.

Le spectre de ff est donc l’ensemble des λ∈K\lambda \in K tels que

infx∈X∣f(x)−λ∣=0_{x\in X}|f(x)-\lambda |= 0,

c’est-à-dire l’adhérence dans K de l’ensemble f(X)f(X) des valeurs de ff.

3) Soit X un espace topologique. On note Cb(X;K)\mathscr{C}_b(X; K) la sous-algèbre unifère de B(X;K)\mathscr{B}(X; K) des fonctions continues et bornées sur X à valeurs dans K,C0(X;K),\mathscr{C}_0(X; K) la sous-algèbre de Cb(X;K)\mathscr{C}_b(X; K) constituée des fonctions qui tendent vers 0 à l’infini (cf. INT, III, §1, no2^o2 et TG, X, p. 40, cor. 2). On rappelle que K(X;K)\mathscr{K}(X; K) désigne la sous-algèbre de Cb(X;K)\mathscr{C}_b(X; K) des fonctions continues à support compact.

Les algèbres Cb(X;K)\mathscr{C}_b(X; K) et C0(X;K)\mathscr{C}_0(X; K) sont des algèbres de Banach commutatives sur K; en effet, ce sont des sous-espaces fermés de B(X;K)\mathscr{B}(X; K) (TG, X, p. 21, cor. 2 et INT, III, §1, no2^o2).

L’inverse d’une fonction continue partout non nulle étant continue, la sous-algèbre Cb(X;K)\mathscr{C}_b(X; K) est une sous-algèbre pleine de B(X;K)\mathscr{B}(X; K). En particulier, le spectre d’un élément ff de Cb(X;K)\mathscr{C}_b(X; K) est égal à f(X)‾\overline{f(X)}.

Si X est discret, on a Cb(X;K)=B(X;K)\mathscr{C}_b(X; K) =\mathscr{B}(X; K).

Si X est compact, on Cb(X;K)=K(X;K)=C(X;K)\mathscr{C}_b(X; K) =\mathscr{K}(X; K) =\mathscr{C}(X; K), l’algèbre unifère normée C(X;K)\mathscr{C}(X; K) des fonctions continues sur X à valeurs dans K. Dans ce cas, un élément f∈C(X;K)f\in \mathscr{C}(X; K) est inversible si et seulement si ff ne prend pas la valeur 0, et le spectre de ff est égal à l’ensemble f(X)f(X) des valeurs de ff.

Supposons désormais que X n’est pas compact. L’algèbre C0(X;K)\mathscr{C}_0(X; K) n’est alors pas unifère ; l’algèbre qui s’en déduit par adjonction d’un élément unité s’identifie à la sous-algèbre K⋅1⊕C0(X;K)K\cdot 1\oplus \mathscr{C}_0(X; K) de C(X;K)\mathscr{C}(X; K) formée des fonctions qui ont une limite à l’infini. Pour qu’un élément de cette sous-algèbre soit inversible, il faut et il suffit qu’elle ne s’annule pas et que sa limite à l’infini ne soit pas nulle. Il en résulte que pour tout f∈C0(X;K)f\in \mathscr{C}_0(X; K), le spectre de ff est égal à f(X)∪{0}f(X)\cup \{0\}.

Le spectre de f∈K(X;K)f\in \mathscr{K}(X; K) est égal à f(X)f(X) (en effet, si X n’est pas compact, 0 appartient à f(X)f(X)).

4) Soit n⩾0n\geqslant 0 un entier. Soit AnA_n l’algèbre des fonctions f:[0,1]→Kf: [0,1]\rightarrow K admettant des dérivées continues dans [0,1][0,1] jusqu’à l’ordre nn, munie de la norme

∥f∥=∑nk1\|f\|=\sum^nk1! sup0⩽t⩽1∣f(k)(t)∣_{0\leqslant t\leqslant 1}|f^{(k)}(t)|.

k=0k=0

Si f,g∈Anf, g\in A_n, on a

∥fg∥=∑nk1\|f g\|=\sum^nk1! sup∣(fg)(k)(t)∣=∑nk1|(f g)^{(k)}(t)|=\sum^nk1! sup∣∑k(ks)f(s)(t)g(k−s)(t)∣|\sum^k(ks)f^{(s)}(t)g^{(k-s)}(t)|

k=0k=0s=0k=0k=0s=0

⩽∑n∑ks\leqslant \sum^n\sum^ks!(k1−sk1-s)! sup0⩽t⩽1∣f(s)(t)∣_{0\leqslant t\leqslant 1}|f^{(s)}(t)| sup0⩽t⩽1∣g(k−s)(t)∣=∥f∥∥g∥_{0\leqslant t\leqslant 1}|g^{(k-s)}(t)|=\|f\| \|g\|,

k=0s=0k=0s=0

d’après la formule de Leibniz (FVR, I, p. 28, prop. 2), donc AnA_n est une algèbre de Banach unifère commutative.

5) Soit E un espace de Banach dont on note pp la norme. L’algèbre L(E)\mathscr{L}(E) des endomorphismes continus de E, munie de la norme

∥u∥=\|u\|= supp(x)⩽1p(u(x))_{p(x)\leqslant 1}p(u(x))

est une algèbre de Banach unifère (EVT, III, p. 14 et p. 24, cor. 2 ; TG, X, p. 23, formule (3)).

6) Soit G un groupe localement compact. Notons ee son élément unité. Soit M1(G)\mathscr{M}^1(G) l’espace de Banach des mesures complexes bornées sur G (INT, III, p. 57). Le produit de convolution (INT, VIII, p. 120, déf. 1) munit M1(G)\mathscr{M}^1(G) d’une structure d’algèbre de Banach complexe (INT, VIII, §3, no1^o1, prop. 2) admettant pour élément unité la mesure εe\varepsilon_e définie par la masse unité placée au point ee. Si G est commutatif, cette algèbre de Banach est commutative. L’espace C′(G)\mathscr{C}'(G) des mesures à support compact est une sous-algèbre de M1(G)\mathscr{M}^1(G) (loc. cit.).

7) Soit G un groupe localement compact muni d’une mesure de Haar μ\mu. Alors LK1(G,μ)L^1_K(G, \mu) est une algèbre de Banach pour le produit de convolution (INT, VIII, prop. 12, p. 166). Si K=CK =\mathbf{C}, l’application définie par f↦fμf\mapsto f \mu permet d’identifier LC1(G,μ)L^1_{\mathbf{C}}(G, \mu) à une sous-algèbre de l’algèbre de Banach M1(G)\mathscr{M}^1(G).

Si G est commutatif, l’algèbre de Banach LK1(G,μ)L^1_K(G, \mu) est commutative.

8) Prenons G=ZG =\mathbf{Z} et K=CK =\mathbf{C} dans l’exemple 7. Alors LC1(Z)L^1_{\mathbf{C}}(\mathbf{Z}) est l’algèbre de Banach commutative complexe des suites (xn)n∈Z(x_n)_{n\in\mathbf{Z}} telles que ∑n∣xn∣<+∞\sum_n|x_n|<+\infty, le produit des éléments (xn)(x_n) et (yn)(y_n) étant (zn)(z_n), où

zn=∑k∈Zxkyn−k z_n=\sum_{k\in\mathbf{Z}}x_ky_{n-k}

et la norme ∥(xn)∥=∑n∣xn∣\|(x_n)\|=\sum_n|x_n|. Cette algèbre admet pour élément unité la suite ε=(εn)\varepsilon = (\varepsilon_n) telle que ε0=1\varepsilon_0= 1 et εn=0\varepsilon_n= 0 pour n≠0n\not= 0.

Notons U\mathbf{U} le cercle unité dans C\mathbf{C}. Si x=(cn)x= (c_n) est un élément de A, soit φ(x)\varphi (x) la fonction continue sur U\mathbf{U} dont la valeur en eite^{it} est

φ(x)(eit)=∑n∈Zcneint \varphi (x)(e^{it}) =\sum_{n\in\mathbf{Z}}c_ne^{int}

On vérifie que φ\varphi est un morphisme de LC1(Z)L^1_{\mathbf{C}}(\mathbf{Z}) sur une algèbre A de fonctions continues sur U\mathbf{U}, la multiplication dans A étant la multiplication usuelle. En intégrant terme à terme l’égalité

((∑m∈Zcmeimt)⋅e−int=φ(x)(eit)⋅e−int ((\sum_{m\in\mathbf{Z}}c_me^{imt})\cdot e^{-int}=\varphi (x)(e^{it})\cdot e^{-int}

il vient

cn=12π∫01φ(x)(eit)e−intdt c_n=\frac{1}{2\pi}\int_0^1\varphi (x)(e^{it})e^{-int}dt

En particulier, il en découle que le morphisme φ\varphi est injectif. L’algèbre A, munie de la norme déduite de celle de LC1(Z)L^1_{\mathbf{C}}(\mathbf{Z}) par φ\varphi, s’appelle l’algèbre de Banach des séries de Fourier absolument convergentes. Elle admet pour élément unité la fonction 1=φ(ε)1 =\varphi (\varepsilon ).

9) Soit Δ le disque des nombres complexes zz vérifiant ∣z∣⩽1|z|\leqslant 1. L’algèbre A des fonctions continues sur Δ analytiques dans l’intérieur de Δ (VAR, R1, p. 26, 3.2.1) est munie de la norme ∥f∥=\|f\|= supz∈Δ∣f(z)∣_{z\in\Delta}|f(z)|. Alors A est une algèbre de Banach unifère commutative.

3. Rayon spectral

Lemme 2 (Lemme de Fekete) 025Y

Soit (an)n⩾1(a_n)_{n\geqslant 1} une suite de nombres réels. Supposons que

an+m⩽an+am a_{n+m}\leqslant a_n+a_m

pour tout n⩾1n\geqslant 1 et tout m⩾1m\geqslant 1. Alors la suite (an/n)n⩾1(a_n/n)_{n\geqslant 1} converge et vérifie

limn→+∞ann=_{n\rightarrow+\infty}\frac{a_n}{n}= infn⩾1ann_{n\geqslant 1}\frac{a_n}{n}.

Posons a0=0a_0= 0 ; l’inégalité an+m⩽an+ama_{n+m}\leqslant a_n+a_m reste valide pour tout n⩾n\geqslant 0 et tout m⩾0m\geqslant 0. Fixons un entier m⩾m\geqslant 1. Pour tout entier n⩾1n\geqslant 1, soient q(n)q(n) et r(n)r(n) les entiers tels que n=q(n)m+r(n)n=q(n)m+r(n) et 0⩽r(n)<m0\leqslant r(n)< m (E, III, p. 39, th. 1). L’hypothèse implique alors

ann⩽aq(n)mn+ar(n)n⩽q(n)amn+ar(n)n⩽q(n)nam+mn \frac{a_n}{n}\leqslant \frac{a_{q(n)m}}{n}+\frac{a_{r(n)}}{n}\leqslant \frac{q(n)a_m}{n}+\frac{a_{r(n)}}{n}\leqslant \frac{q(n)}{n}a_m+\frac{m}{n}

Faisant tendre nn vers +∞+\infty, on en déduit que lim supn(an/n)⩽am/m_n(a_n/n)\leqslant a_m/m puisque q(n)/n→1/mq(n)/n\rightarrow 1/m. Puisque cela vaut pour tout m⩾1m\geqslant 1, on a donc

lim supn→+∞ann⩽_{n\rightarrow+\infty}\frac{a_n}{n}\leqslant infm⩾1amm⩽_{m\geqslant 1}\frac{a_m}{m}\leqslant lim infn→+∞ann_{n\rightarrow+\infty}\frac{a_n}{n}.

Ces inégalités démontrent la convergence de la suite (an/n)n⩾1(a_n/n)_{n\geqslant 1} ainsi que la formule lim an/n=a_n/n= infn⩾1an/n_{n\geqslant 1}a_n/n.

Proposition 1 025Z

Soit A une algèbre normée. Pour tout x∈Ax\in A, la suite (∥xn∥1/n)n⩾1(\|x^n\|^{1/n})_{n\geqslant 1} est convergente et sa limite ϱ(x)\varrho (x) est égale à infn⩾1∥xn∥1/n_{n\geqslant 1}\|x^n\|^{1/n}. De plus, pour toute norme x↦∥x∥1x\mapsto \|x\|_1 définissant la topologie de A, on a également

ϱ(x)=\varrho (x) = limn→+∞∥xn∥11/n=_{n\rightarrow+\infty}\|x^n\|^{1/n}_1= infn⩾1∥xn∥11/n_{n\geqslant 1}\|x^n\|^{1/n}_1.

Si xx est nilpotent, on a ∥xn∥11/n=0\|x^n\|^{1/n}_1= 0 pour tout entier nn suffisamment grand et toute norme x↦∥x∥1x\mapsto \|x\|_1 définissant la topologie de A.

Supposons maintenant que xx n’est pas nilpotent, et posons αn=\alpha_n= ∥xn∥\|x^n\|. On a αn>0\alpha_n>0 pour tout entier n⩾1n\geqslant 1, et αn+m⩽αnαm\alpha_{n+m}\leqslant \alpha_n\alpha_m pour tous n,m∈Nn, m\in \mathbf{N} d’après (1). Le lemme 2, appliqué à la suite an=a_n= log(αn\alpha_n), montre l’existence de la limite ϱ(x)\varrho (x) et la formule ϱ(x)=\varrho (x) = infn>0αn1/n_{n>0}\alpha_n^{1/n}.

Soit x↦∥x∥1x\mapsto \|x\|_1 une norme définissant la topologie de A. Il existe des nombres réels a>0a >0 et b>0b >0 tels que

a∥x∥⩽∥x∥1⩽b∥x∥ a\|x\|\leqslant \|x\|_1\leqslant b\|x\|

pour tout x∈Ax\in A (EVT, II, p. 7, cor. 2). Par conséquent,

a1/n∥xn∥1/n⩽∥xn∥11/n⩽b1/n∥xn∥1/n a^{1/n}\|x^n\|^{1/n}\leqslant \|x^n\|^{1/n}_1\leqslant b^{1/n}\|x^n\|^{1/n}

pour tout n⩾1n\geqslant 1, d’où en passant à la limite, ou en prenant la borne inférieure, l’égalité

ϱ(x)=\varrho (x) = limn→+∞∥xn∥11/n=_{n\rightarrow+\infty}\|x^n\|^{1/n}_1= infn>0∥xn∥11/n_{n>0}\|x^n\|^{1/n}_1.

Définition 2 0260

Pour tout élément xx d’une algèbre normée A, le nombre réel

ϱ(x)=\varrho (x) = limn→∞∥xn∥1/n=_{n\rightarrow \infty}\|x^n\|^{1/n}= infn>0∥xn∥1/n_{n>0}\|x^n\|^{1/n}

est appelé le rayon spectral de xx.

Pour tout élément xx de A, on a

ϱ(x)⩽∥x∥(3) \varrho (x)\leqslant \|x\| \tag{3}

(4) ϱ(xn)=ϱ(x)n\varrho (x^n) =\varrho (x)^n, pour tout entier n⩾1n\geqslant 1.

Définition 3 0261

Un élément xx de A est quasi-nilpotent si ϱ(x)=0\varrho (x) = 0.

Ceci revient à dire que, quel que soit λ∈K\lambda \in K, les nombres ∥(λx)n∥\|(\lambda x)^n\| sont bornés pour n⩾1n\geqslant 1 ; ou encore que, quel que soit λ∈K\lambda \in K, la suite (λx)n(\lambda x)^n tend vers 0 quand n→+∞n\rightarrow +\infty.

Remarque 1 0262

Soit A une algèbre normée. Si un élément x∈Ax\in A vérifie ϱ(x)=∥x∥\varrho (x) =\|x\|, on a ∥xn∥=∥x∥n\|x^n\|=\|x\|^n pour tout n∈Nn\in \mathbf{N}, d’après (3) et (4).

Inversement, supposons que ∥x2∥=∥x∥2\|x^2\|=\|x\|^2 pour tout x∈Ax\in A. Alors on a, pour tout entier n⩾0n\geqslant 0, l’égalité ∥x2n∥=∥x∥2n\|x^{2^n}\|=\|x\|^{2^n}, donc ∥x∥=\|x\|= ∥x2n∥2−n\|x^{2^n}\|^{2^{-n}}; quand nn tend vers +∞+\infty, on obtient ∥x∥=ϱ(x)\|x\|=\varrho (x).

Remarque 2 0263

La fonction x↦ϱ(x)x\mapsto \varrho (x) sur A, étant l’enveloppe inférieure des fonctions continues x↦∥xn∥1/nx\mapsto \|x^n\|^{1/n} pour n⩾1n\geqslant 1, est semi-continue supérieurement (TG, IV, p. 31, cor.), mais en général elle n’est pas continue. Il peut même arriver (cf. exerc. 12 de I, p. 157) qu’une suite d’éléments nilpotents de A tende vers un élément qui n’est pas quasi-nilpotent.

4. Inverses

Soit A une algèbre de Banach unifère, dont on note 1 l’élément unité. Rappelons (TG, IX, prop. 14, p. 40) que le groupe G des éléments inversibles de A est une partie ouverte de A, que la topologie induite sur G par celle de A est compatible avec la structure de groupe et que le groupe topologique G est complet.

Proposition 2 0264

Soient A une algèbre de Banach et xx un élément de A. La série ∑n=1∞λnxn\sum_{n=1}^{\infty}\lambda^nx^n, considérée comme série entière en λ\lambda, a pour rayon de convergence ϱ(x)−1\varrho (x)^{-1}. Si A est unifère et si ϱ(x)<1\varrho (x)<1, alors 1−x1-x est inversible et a pour inverse ∑n=0∞xn\sum_{n=0}^{\infty}x^n.

La série ∑n=1∞λnxn\sum^{\infty}_{n=1}\lambda^nx^n a pour rayon de convergence

(lim supn→+∞∥xn∥1/n_{n\rightarrow+\infty}\|x^n\|^{1/n})−1=ϱ(x)−1^{-1}=\varrho (x)^{-1}

(cf. VAR, R1, p. 23, 3.1.4). Supposons que A admette un élément unité. Si ϱ(x)<1\varrho (x)<1, la série ∑n=0∞xn\sum_{n=0}^{\infty}x^n est donc absolument convergente. Comme

(1−x)(∑n=0kxn)=(∑n=0kxn)(1−x)=1−xk+1 (1-x)(\sum_{n=0}^kx^n)=(\sum_{n=0}^kx^n)(1-x) = 1-x^{k+1}

pour tout entier k⩾0k\geqslant 0, l’élément 1−x1-x est inversible et son inverse est égal à ∑n=0∞xn\sum_{n=0}^{\infty}x^n.

Corollaire 1 0265

Si A est une algèbre de Banach unifère, alors le groupe des éléments inversibles de A contient la boule ouverte de centre 1 et de rayon 1.

C’est immédiat puisque ∥x∥<1\|x\|<1 implique ϱ(x)<1\varrho (x)<1.

Corollaire 2 0266

Soient A une algèbre de Banach et I un idéal à gauche (resp. à droite) maximal régulier de A. Alors I est fermé.

Soit (A~,e)(\widetilde{A}, e) l’algèbre de Banach unifère déduite de A par adjonction d’un élément unité. Il existe un idéal à gauche (resp. à droite) maximal J de A~\widetilde{A} tel que J∩A=IJ\cap A = I (A, VIII, p. 428, prop. 4). Alors J est disjoint de la boule ouverte de centre ee et de rayon 1 (cor. 1), et donc J‾≠A~\overline{J}\not=\widetilde{A}. Comme J est un idéal maximal, cela implique que J‾=J\overline{J}= J, et par suite que I=J∩A=J‾∩AI = J\cap A =\overline{J}\cap A est fermé dans A.

Corollaire 3 0267

Le radical d’une algèbre de Banach est fermé.

En effet le radical est l’intersection des idéaux à gauche maximaux réguliers (A, VIII, p. 430, déf. 3).

Proposition 3 0268

Soit A une algèbre de Banach unifère.

a) Si x∈Ax\in A admet un inverse à gauche (resp. à droite) yy, tout élément x′∈Ax'\in A tel que ∥x′−x∥<∥y∥−1\|x'-x\|<\|y\|^{-1} admet un inverse à gauche (resp. à droite).

b) L’ensemble des éléments de A qui sont inversibles (resp. à gauche, resp. à droite) est ouvert dans A.

c) Soit (xn)(x_n) une suite d’éléments de A admettant des inverses à gauche (resp. à droite)yny_n, et convergeant vers un élément x∈Ax\in A. Si la suite (yn)(y_n) est bornée, alors xx est inversible à gauche (resp. à droite).

Il suffit de traiter le cas des inverses à gauche ; celui des inverses à droite en découle en considérant l’algèbre opposée.

Soient x,y,x′∈Ax, y, x'\in A tels que yx=1yx= 1 et ∥x′−x∥<∥y∥−1\|x'-x\|<\|y\|^{-1}. On a

∥1−yx′∥=∥yx−yx′∥⩽∥y∥⋅∥x−x′∥<1 \|1-yx'\|=\|yx-yx'\|\leqslant \|y\| \cdot \|x-x'\|<1

donc yx′yx' est inversible : il existe z∈z\in A tel que z(yx′)=1z(yx') = 1. Ainsi l’élément x′x' est inversible à gauche d’inverse zyzy. Cela démontre l’assertion a) et l’assertion b) en résulte immédiatement.

Soit (xn)(x_n) une suite d’éléments de A admettant des inverses à gauche yny_n, qui converge vers un élément x∈x\in A, et telle que la suite (yn)(y_n) est bornée. Si M⩾1M\geqslant 1 est un nombre réel tel que ∥yn∥⩽M\|y_n\|\leqslant M pour tout n⩾1n\geqslant 1, alors on a ∥xn−x∥<M−1⩽∥yn∥−1\|x_n-x\|<M^{-1}\leqslant \|y_n\|^{-1} pour nn assez grand, et donc xx admet un inverse à gauche d’après a).

Définition 4 0269

Soit A une algèbre normée, soit xx un élément de A. Notons γx\boldsymbol{\gamma }_x et δx\boldsymbol{\delta }_x les applications y↦xyy\mapsto xy et y↦yxy\mapsto yx de A dans A. On dit que xx est un diviseur de zéro topologique à gauche (resp. à droite) si γx(\boldsymbol{\gamma }_x(resp. δx)\boldsymbol{\delta }_x) n’est pas un homéomorphisme de A sur γx(A)\boldsymbol{\gamma }_x(A) (resp. sur δx(A)\boldsymbol{\delta }_x(A)).

Remarque 026A

D’après TG, IX, p. 36, cor. 2,x2,x est un diviseur de zéro topologique à gauche (resp. à droite) si et seulement si il existe une suite (zn)(z_n) dans A telle que ∥zn∥=1\|z_n\|= 1 et telle que xznxz_n tende vers 0 (resp. que znxz_nx tende vers 0) quand n→+∞n\rightarrow +\infty.

Un diviseur de zéro à gauche (resp. à droite) est un diviseur de zéro topologique à gauche (resp. à droite). Supposons que A est non nulle et unifère. Un diviseur de zéro topologique à gauche (resp. à droite) xx n’est pas inversible à gauche (resp. à droite). En effet, si par exemple yx=1yx= 1 et si xznxz_n tend vers 0, alors zn=y(xzn)z_n=y(xz_n) tend vers 0 et on ne peut avoir ∥zn∥=1\|z_n\|= 1 pour tout nn.

Proposition 4 026B

Soit A une algèbre de Banach unifère. Soit xx un élément de A qui n’est pas inversible à gauche. S’il existe une suite (xn)(x_n) d’éléments inversibles à gauche de A qui converge vers xx, alors xx est un diviseur de zéro topologique à droite.

Soit yny_n un inverse à gauche de xnx_n. D’après la prop. 3 (ii), ∥yn∥\|y_n\| tend vers +∞+\infty. Soit zn=∥yn∥−1ynz_n=\|y_n\|^{-1}y_n. On a ∥zn∥=1\|z_n\|= 1, et znxn=∥yn∥−1z_nx_n=\|y_n\|^{-1} tend vers 0, donc znx=znxn+zn(x−xn)z_nx=z_nx_n+z_n(x-x_n) tend vers 0. On conclut alors à l’aide de la remarque suivant la définition 4.

Proposition 5 026C

Soit A une algèbre de Banach unifère et soit B une sous-algèbre pleine de A. Alors B est une sous-algèbre pleine de A.

En effet, soient xx un élément de B‾\overline{B} inversible dans A, et (xn)(x_n) une suite d’éléments de B tendant vers xx. Alors, pour nn assez grand, xnx_n est inversible dans A et xn−1x^{-1}_n tend vers x−1x^{-1}. Puisque la sous-algèbre B est pleine, on a xn−1∈Bx^{-1}_n\in B, d’où x−1∈B‾x^{-1}\in \overline{B}.

Soit A est une algèbre de Banach unifère et soit (yi)i∈I(y_i)_{i\in I} une famille d’éléments de A. Soit B la sous-algèbre pleine de A engendrée par les éléments yiy_i. Alors B‾\overline{B} est la plus petite sous-algèbre pleine fermée de A contenant les yiy_i. On l’appelle la sous-algèbre pleine fermée engendrée par les éléments yiy_i.

5. Spectre d’un élément dans une algèbre normée

Dans ce numéro, on suppose que K=CK =\mathbf{C}.

Théorème 1 026D

Soient A une algèbre de Banach unifère et x∈Ax\in A.

a) L’ensemble SpA(x)_A(x) est une partie compacte de C\mathbf{C};

b) Le rayon spectral ϱ(x)\varrho (x) est le rayon du plus petit disque fermé de centre 0 dans C\mathbf{C} qui contient SpA(x)_A(x) ;

c) La résolvante λ↦R(x,λ)=(λ−x)−1\lambda \mapsto R(x, \lambda ) = (\lambda -x)^{-1} de xx est holomorphe dans C−\mathbf{C}- SpA(x)_A(x) et nulle à l’infini. De plus, pour tout entier k⩾0k\geqslant 0, on a la formule

∂k∂λkR(x,λ)=(−1)kk\frac{\partial^k}{\partial \lambda^k}R(x, \lambda ) = (-1)^kk! R(x,λ)k+1R(x, \lambda )^{k+1};

d) Pour tout nombre complexe λ\lambda tel que ∣λ∣>1/ϱ(x)|\lambda |>1/\varrho (x), on a

R(x,λ)=∑n=0+∞λ−n−1xn R(x, \lambda ) =\sum_{n=0}^{+\infty}\lambda^{-n-1}x^n

Le complémentaire du spectre SpA(x)_A(x) est l’image réciproque du groupe G des éléments inversibles de A par l’application continue λ↦\lambda \mapsto x−λx-\lambda de C\mathbf{C} dans A ; d’après la proposition 3, b) de I, p. 23, le spectre SpA(x)_A(x) est une partie fermée de C\mathbf{C}. Par ailleurs, soit λ∈C\lambda \in \mathbf{C} tel que ∣λ∣>ϱ(x)|\lambda |> \varrho (x). On a λ−x=λ(1−λ−1x)\lambda -x=\lambda (1-\lambda^{-1}x). Puisque ϱ(λ−1x)=∣λ∣−1ϱ(x)<1\varrho (\lambda^{-1}x) =|\lambda |^{-1}\varrho (x)<1, l’élément 1−λ−1x1-\lambda^{-1}x, donc également l’élément λ−x\lambda -x, est inversible et

R(x,λ)=(λ−x)−1=∑n=0∞λ−n−1xn(5) R(x, \lambda ) = (\lambda -x)^{-1}=\sum_{n=0}^{\infty}\lambda^{-n-1}x^n \tag{5}

(I, p. 22, prop. 2). En particulier, λ∉\lambda \notin SpA(x)_A(x). Cela démontre que SpA(x)_A(x) est contenu dans le disque de centre 0 et de rayon ϱ(x)\varrho (x). Par suite, SpA(x)_A(x) est compact. Cette formule (5) prouve aussi que la résolvante de xx est définie et holomorphe dans le complémentaire du disque fermé Δϱ(x)\Delta_{\varrho(x)} de centre 0 et de rayon ϱ(x)\varrho (x), et tend vers 0 à l’infini.

Soit λ0∈C−\lambda_0\in \mathbf{C}- SpA(x)_A(x). Posons y=λ0−xy=\lambda_0-x. Soit μ∈C\mu\in \mathbf{C} tel que ∣λ0−μ∣<∥y−1∥−1|\lambda_0-\mu|<\|y^{-1}\|^{-1}. On a

μ−x=y−(λ0−μ)=y(1−(λ0−μ)y−1) \mu-x=y-(\lambda_0-\mu) =y(1-(\lambda_0-\mu)y^{-1})

donc μ−x\mu-x est inversible et a pour inverse

(μ−x)−1=y−1∑n=0∞(λ0−μ)ny−n(6) (\mu-x)^{-1}=y^{-1}\sum_{n=0}^{\infty}(\lambda_0-\mu)^ny^{-n} \tag{6}

d’après la prop. 2 de I, p. 22. Donc la résolvante de xx est définie et holomorphe dans le disque ouvert de centre λ0\lambda_0 et de rayon ∥y−1∥−1\|y^{-1}\|^{-1}. Par suite, la résolvante de xx est une application holomorphe de C−\mathbf{C}- SpA(x)_A(x) dans A.

La formule (1) de I, p. 4 implique ∂∂λR(x,λ)=−R(x,λ)2\frac{\partial}{\partial \lambda}R(x, \lambda ) =-R(x, \lambda )^2, d’où, par récurrence sur kk,

∂k∂λkR(x,λ)=(−1)kk\frac{\partial^k}{\partial \lambda^k}R(x, \lambda ) = (-1)^kk! R(x,λ)k+1R(x, \lambda )^{k+1}.

Soit a>0a >0 un nombre réel tel que SpA(x)_A(x) soit contenu dans le disque fermé Δa\Delta_a de centre 0 et de rayon aa. La fonction λ↦(λ−1−x)−1\lambda \mapsto (\lambda^{-1}-x)^{-1} est alors définie et holomorphe pour 0<∣λ∣<a−10<|\lambda |< a^{-1} et tend vers 0 quand λ\lambda tend vers 0. L’unique fonction continue sur le disque ouvert de centre 0 et de rayon a−1a^{-1} qui prolonge cette fonction holomorphe est alors holomorphe (VAR, R1, 3.3.9), donc le rayon de convergence de la série (5) qui la définit est ⩾a−1\geqslant a^{-1} (VAR, R1, 3.2.9). D’après la prop. 2 de I, p. 22, on a donc a⩾ϱ(x)a\geqslant \varrho (x).

Remarque 1 026E

Le spectre d’un élément dans une algèbre de Banach unifère peut être une partie compacte non vide F quelconque de C(\mathbf{C}(cf. exemple 3 de I, p. 17 ; pour A=C(F;C)A =\mathscr{C}(F;\mathbf{C}) et f∈Af\in A l’inclusion canonique de F dans C\mathbf{C}, on a SpA(f)=F_A(f) = F).

Remarque 2 026F

Soit A une algèbre de Banach unifère et soit x∈Ax\in A. D’après le théorème 1 de I, p. 24,C−,\mathbf{C}- SpA(x)_A(x) est une partie ouverte de C\mathbf{C}, donc est localement connexe. Donc les composantes connexes de C−\mathbf{C}- SpA(x)_A(x) sont ouvertes. D’après le th. 1, l’une de ces composantes connexes contient l’ensemble des λ∈C\lambda \in \mathbf{C} tels que ∣λ∣>ϱ(x)|\lambda |> \varrho (x) ; toutes les autres composantes connexes sont donc bornées.

Corollaire 1 026G

Soit A une algèbre normée unifère non nulle. Pour tout x∈Ax\in A, le spectre SpA(x)_A(x) est non vide.

Supposons d’abord A complète. Si l’on avait Sp(xx) =∅=\emptyset, la résolvante de xx serait holomorphe dans C\mathbf{C} et nulle à l’infini, donc identiquement nulle (VAR, R., 3.3.6, p. 29). Comme R(x,λ)=(λ−x)−1R(x, \lambda ) = (\lambda -x)^{-1} est inversible, il en résulterait que 1 = 0 et donc que A={0}A =\{0\}.

Dans le cas général, soit A^\widehat{A} l’algèbre compétée de A ; la relation SpA(x)=∅_A(x) =\emptyset entraînerait SpA^(x)=∅_{\widehat{A}}(x) =\emptyset, d’où A^={0}\widehat{A} =\{0\} et A={0}A =\{0\}.

Corollaire 2 (Théorème de Gelfand-Mazur) 026H

Soit A une algèbre normée sur C\mathbf{C}. Si A est un corps, alors A=C⋅1A =\mathbf{C}\cdot 1.

Si x∈Ax\in A, il existe λ∈C\lambda \in \mathbf{C} tel que x−λx-\lambda soit non inversible (cor. 1), d’où x−λ=0x-\lambda = 0 et x∈C⋅1x\in \mathbf{C}\cdot 1.

Corollaire 3 026I

Soient A une algèbre de Banach unifère et xx un élément inversible de A tel que ∥x∥=∥x−1∥=1\|x\|=\|x^{-1}\|= 1. Alors Sp(xx)⊂U\subset \mathbf{U}.

Soit Δ le disque de centre 0 et de rayon 1 dans C\mathbf{C}. D’après le th. 1 b) et le fait que ϱ(x)⩽∥x∥\varrho (x)\leqslant \|x\|, on a Sp(xx)⊂Δ\subset \Delta. De même, Sp(xx)−1^{-1} = Sp(x−1x^{-1})⊂Δ\subset \Delta, d’où le corollaire (cf. I, p. 2, remarque 4).

Corollaire 4 026J

Soient E un espace de Banach complexe, L(E)\mathscr{L}(E) l’algèbre de Banach des endomorphismes continus de E et A une sous-algèbre non nulle de L(E)\mathscr{L}(E) telle que E soit un A-pseudomodule (A, II, p. 176, Appendice) simple.

a) Soit uu un endomorphisme de E, non nécessairement continu, qui commute avec A. Alors uu est une homothétie ;

b) Soit uu un endomorphisme de E, non nécessairement continu. Pour tout entier n⩾1n\geqslant 1 et pour tout (ξ1,...,ξn)∈En(\xi_1, . . . , \xi_n)\in E^n, il existe v∈Av\in A tel que

(v(ξ1),...,v(ξn))=(u(ξ1),...,u(ξn)) (v(\xi_1), . . . , v(\xi_n)) = (u(\xi_1), . . . , u(\xi_n))

Montrons a). Soit A~\widetilde{A} l’algèbre obtenue à partie de A par adjonction d’un élément unité. Puisque E est un A-pseudomodule simple, c’est un A~\widetilde{A}-module simple.

Soit B le commutant de A~\widetilde{A} dans l’anneau des endomorphismes du C\mathbf{C}-espace vectoriel E. L’algèbre B contient 1 et est l’algèbre des endomorphismes du A~\widetilde{A}-module E. Comme E est un A~\widetilde{A}-module simple, le lemme de Schur (A, VIII, p. 43, corollaire), montre que B est un corps.

Soit ξ0∈E\xi_0\in E tel que Aξ0≠{0}A\xi_0\not=\{0\}. On a donc Aξ0=EA\xi_0= E. Pour tout u∈Bu\in B, soit AuA_u l’ensemble des v∈Av\in A tels que v(ξ0)=u(ξ0)v(\xi_0) =u(\xi_0). Cet ensemble est non vide, puisque Aξ0=EA\xi_0= E. On pose alors

∥u∥B=\|u\|_B= infv∈Au∥v∥_{v\in A_u}\|v\|.

L’application u↦∥u∥Bu\mapsto \|u\|_B est une seminorme sur B.

Montrons que cette application est une norme. Soit uu un élément non nul de B. Pour tout v∈Auv\in A_u, on a ∥v∥⩾∥v(ξ0)∥/∥ξ0∥=∥u(ξ0)∥/∥ξ0∥\|v\|\geqslant \|v(\xi_0)\|/\|\xi_0\|=\|u(\xi_0)\|/\|\xi_0\|, de sorte que ∥u∥B⩾∥u(ξ0)∥/∥ξ0∥\|u\|_B\geqslant \|u(\xi_0)\|/\|\xi_0\|. Il suffit donc de démontrer que u(ξ0)≠0u(\xi_0)\not= 0. Soit ξ1∈E\xi_1\in E tel que u(ξ1)≠0u(\xi_1)\not= 0. Comme Aξ0=EA\xi_0= E, il existe w∈Aw\in A tel que ξ1=w(ξ0)\xi_1=w(\xi_0). Alors, wu(ξ0)=uw(ξ0)=u(ξ1)≠0wu(\xi_0) =uw(\xi_0) =u(\xi_1)\not= 0, donc u(ξ0)≠0u(\xi_0)\not= 0.

D’autre part, soient uu et u′u' des éléments de B. Pour tout ε>0\varepsilon >0, il existe v,v′∈Av, v'\in A tels que v(ξ0)=u(ξ0),v′(ξ0)=u′(ξ0)v(\xi_0) =u(\xi_0),v'(\xi_0) =u'(\xi_0) et ∥v∥⩽∥u∥B+ε\|v\|\leqslant \|u\|_B+\varepsilon, ∥v′∥⩽∥u′∥B+ε\|v'\|\leqslant \|u'\|_B+\varepsilon. Alors on a vv′(ξ0)=vu′(ξ0)=u′v(ξ0)=u′u(ξ0)vv'(\xi_0) =vu'(\xi_0) =u'v(\xi_0) =u'u(\xi_0), d’où

∥u′u∥B⩽∥v′v∥⩽∥v∥∥v′∥⩽(∥u∥B+ε)(∥u′∥B+ε) \|u'u\|_B\leqslant \|v'v\|\leqslant \|v\|\|v'\|\leqslant (\|u\|_B+\varepsilon )(\|u'\|_B+\varepsilon )

et finalement ∥u′u∥B⩽∥u∥B∥u′∥B\|u'u\|_B\leqslant \|u\|_B\|u'\|_B. Cela montre que B, muni de la norme u↦∥u∥Bu\mapsto \|u\|_B, est une algèbre normée. Comme c’est un corps, le corollaire 2 implique que B=C⋅1B =\mathbf{C}\cdot 1, ce qui est la conclusion désirée.

Démontrons b). D’après a), le commutant de A dans EndC(E)_{\mathbf{C}}(E) est réduit aux homothéties de E. Son bicommutant est donc EndC(E)_{\mathbf{C}}(E). L’assertion b) résulte donc du théorème de densité de Jacobson (théo-rème 1 de A, VIII, p. 434).

Corollaire 5 026K

Soient A une algèbre de Banach et x∈Ax\in A.

a) Sp′(x)'(x) est une partie compacte de C\mathbf{C};

b) Le rayon spectral ϱ(x)\varrho (x) est le rayon du plus petit disque fermé de centre 0 de C\mathbf{C} qui contient Sp′(x)'(x) ;

c) Pour que xx soit quasi-nilpotent, il faut et il suffit que l’on ait Sp′(x)={0}'(x) =\{0\}.

Les assertions a) et b) résultent du th. 1 en considérant l’algèbre de Banach déduite de A par adjonction d’un élément unité. L’assertion c) résulte de b).

6. Spectre relatif à une sous-algèbre

Dans ce numéro, on suppose que K=CK =\mathbf{C}.

Lemme 3 026L

Soient X1X_1 et X2X_2 des sous-ensembles compacts de C\mathbf{C}. Si X2X_2 est contenu dans X1X_1 et si la frontière de X1X_1 dans C\mathbf{C} est contenue dans X2X_2, alors X1X_1 est la réunion de X2X_2 et de certaines composantes connexes bornées du complémentaire de X2X_2 dans C\mathbf{C}.

Soit U une composante connexe de C−X2\mathbf{C}-X_2. Tout point frontière de X1∩UX_1\cap U dans l’ouvert U est aussi point frontière de X1X_1 dans C\mathbf{C}, donc appartient à X2X_2 par hypothèse ; comme U∩X2=∅U\cap X_2=\emptyset, on voit que X1∩UX_1\cap U n’a aucun point frontière dans l’espace U. Comme U est connexe, l’intersection X1∩UX_1\cap U est soit vide, soit égale à U (TG, I, p. 82, cor.), et le lemme en résulte.

Proposition 6 026M

Soient A une algèbre de Banach unifère et B une sous-algèbre unifère fermée de A. Pour tout x∈Bx\in B, on a SpB(x)⊃_B(x)\supset SpA(x)_A(x), et la frontière de SpA(x)_A(x) dans C\mathbf{C} contient la frontière de SpB(x)_B(x) dans C\mathbf{C}. En particulier, si SpB(x)⊂R_B(x)\subset \mathbf{R}, alors on a SpB(x)=_B(x) = SpA(x)_A(x).

On a SpB(x)⊃_B(x)\supset SpA(x)_A(x) (remarque 6 de I, p. 3). Si λ\lambda est un point de la frontière de SpB(x)_B(x) dans C\mathbf{C}, il existe une suite (λn)(\lambda_n) de points extérieurs à SpB(x)_B(x) tendant vers λ\lambda. Alors x−λnx-\lambda_n est inversible dans B et tend vers x−λx-\lambda, qui n’est pas inversible dans B; donc x−λx-\lambda est diviseur de zéro topologique à gauche ou à droite dans B (prop. 4 de I, p. 24), donc dans A. Ainsi, λ∈\lambda \in SpA(x)_A(x). Mais puisque SpA(x)⊂_A(x)\subset SpB(x)_B(x), le nombre complexe λ∈\lambda \in FrC_{\mathbf{C}}(SpB(x)_B(x)) ne peut être intérieur à SpA(x)_A(x), donc appartient à sa frontière.

Corollaire 026N

L’ensemble SpB(x)_B(x) est la réunion de SpA(x)_A(x) et de certaines composantes connexes bornées de C−\mathbf{C}- SpA(x)_A(x).

Cela découle de la prop. 6 et du lemme 3.

Ce corollaire sera complété par les propositions 13 de I, p. 46 et 14 de I, p. 46.

Exercices

See the exercises for § 2.

Transcribed from the printed volume. Not translated.