§ 3. Algèbres de Banach commutatives
Dans cette section, le corps de base est .
1. Caractères d’une algèbre de Banach commutative
Théorème 1 027P
Soit A une algèbre de Banach et soit un morphisme d’algèbres (cf. I, p. 9). Alors est continu, de norme au plus 1. Si A est unifère et si est un morphisme unifère, alors est de norme 1.
Démontrons que pour tout A. Quitte à remplacer A par l’algèbre de Banach engendrée par , on peut supposer que A est commutative ; alors, . Pour tout , on a Sp (I, p. 9, n), donc I, p. 28, cor. 5), d’où la première assertion.
Si, de plus, A est unifère, l’égalité entraîne que , d’où l’égalité voulue.
Remarque 027Q
Soit A une algèbre de Banach commutative. Il découle de ce théorème que la topologie de la convergence simple sur coïncide avec la restriction à de la topologie faible du dual de A.
Corollaire 027R
Soit A une algèbre de Banach commutative. L’espace est compact. L’espace est localement compact, et est compact si A admet un élément unité.
Soit le dual de l’espace de Banach A. Sa boule unité est faiblement compacte (EVT, III, p. 17, cor. 2). D’après le th. 1, on a . De plus, est fermé dans pour la topologie faible, car il est l’intersection des ensembles faiblement fermés
(pour ).
Il en résulte que est compact et que est localement compact.
Si A admet un élément unité 1, alors est l’ensemble des tels que , et est donc une partie fermée, et par suite compacte, de .
Tout espace compact est homéomorphe à pour une algèbre de Banach unifère commutative A convenable (cf. I, p. 32, cor. 2).
Théorème 2 027S
Soit A une algèbre de Banach commutative. L’application Ker( ) est une bijection de sur l’ensemble J(A) des idéaux maximaux réguliers de A.
Soit I un idéal maximal régulier de A. Il est fermé (I, p. 22, cor. 2), donc est une algèbre de Banach. Comme c’est un corps (A, VIII, p. 426, prop. 2), le théorème de Gelfand–Mazur (I, p. 26, cor. 2), implique que est de dimension 1 sur . Donc I est de codimension 1 dans A. Le théorème résulte alors du lemme 3 de I, p. 10.
Il peut arriver qu’une algèbre de Banach commutative non nulle A, sans élément unité, n’ait aucun idéal maximal ; alors est réduit à cf. I, p. 186, exercice 31).
Ce théorème montre que les ensembles J(A) et de I, p. 11, qui s’identifient puisque A est commutative, peuvent aussi s’identifier à l’ensemble . Il y a donc lieu de considérer sur la topologie faible, et la topologie de Jacobson qui est moins fine (I, p. 15, prop. 5). Les ensembles fermés V(M) de la topologie de Jacobson, pour , sont les ensembles
de , qu’on notera parfois encore V(M). Similairement, pour toute partie M de , on notera Υ(M) l’idéal intersection des noyaux des ; il est égal à l’ensemble défini dans I, p. 13 pour la partie correspondant à M lorsqu’on identifie J(A) et .
Quand on utilisera une notion topologique dans sans préciser de quelle topologie il s’agit, il s’agira toujours de la topologie faible.
2. Fonctions continues nulles à l’infini sur un espace localement compact
Dans ce numéro, X est un espace localement compact. On note l’algèbre de Banach commutative des fonctions complexes continues tendant vers 0 à l’infini sur X, munie de la norme sup
(exemple 3 de I, p. 17).
Proposition 1 027T
Pour toute partie fermée Φ de X, soit l’ensemble des nulles sur Φ. Alors est une bijection de l’ensemble des parties fermées de X sur l’ensemble des idéaux fermés de .
L’ensemble est un idéal fermé de .
Soient des parties fermées de X. Quitte à échanger Φ et , on peut supposer qu’il existe tel que , et il existe alors une fonction nulle sur Φ et non nulle en (TG, IX, p. 43, prop. 1). On a et , de sorte que l’application est injective.
Soit I un idéal fermé de . Soit Φ l’ensemble des tels que pour tout ; c’est une partie fermée de X, et on a . Démontrons que , ce qui impliquera que et terminera la preuve de la proposition.
Soit . Pour tout nombre réel , notons l’ensemble des tels que . Puisque tend vers 0 à l’infini, l’ensemble est compact. Soit ; comme et , on a ; par définition de Φ, il existe alors une fonction telle que , donc telle que pour tout appartenant à un voisinage de . Les ouverts recouvrent . Puisque l’ensemble est compact, il existe un sous-ensemble fini tel que
Alors l’élément
1
de appartient à I, et on a sur . La fonction
appartient à I. Pour , on a
et pour , on a
Ainsi converge uniformément vers sur X quand tend vers 0. On a donc , d’où puisque I est fermé.
Corollaire 1 027U
Pour tout , soit l’ensemble des nulles en . Alors est une bijection de X sur l’ensemble des idéaux fermés maximaux de . Ces idéaux sont réguliers.
Ceci résulte aussitôt de la prop. 1.
Notons le compactifié d’Alexandroff de X, c’est-à-dire l’espace compact déduit de X par adjonction d’un point à l’infini (TG, I, p. 67 et 68). L’algèbre s’identifie à l’algèbre de Banach des fonctions complexes continues sur nulles en .
Pour tout , on note ev le caractère de défini par ev pour tout .
Corollaire 2 027V
L’application ev est un homéomorphisme de sur , et sa restriction à X est un homémorphisme de X sur . De plus, la topologie faible et la topologie de Jacobson coïncident sur .
L’application ev ev de dans est injective. Elle est surjective d’après le cor. 1 et le th. 2 de I, p. 30. Elle est continue, car pour toute fonction et tout ouvert U de , on a
ev
qui est ouvert dans X. L’application ev est donc un homéomorphisme puisque est compact. La restriction de ev à X est alors un homéo-morphisme sur .
Si F est une partie faiblement fermée de , elle correspond par l’homéomorphisme ev à une partie fermée Φ de X ; précisément, d’après la prop. 1, on a Ker qui est fermé pour la topologie de Jacobson.
Corollaire 3 027W
Supposons X compact. Alors l’application ev est un homéomorphisme de X sur . La topologie faible et la topologie de Jacobson coïncident sur .
3. Applications partielles propres
Dans ce numéro, X et Y sont des espaces topologiques localement compacts. On note (resp. ) l’espace compact obtenu à partir de X (resp. Y) par adjonction d’un point à l’infini (resp. ) (TG, I, p. 67–68). On identifie et à et , respectivement (corollaire 2 de I, p. 32).
Définition 1 027X
Une application partielle propre de X dans Y est une correspondance (E, II, p. 10, déf. 2) entre X et Y telle que
(i) Le graphe Γ est fonctionnel;
(ii) Le domaine de définition de est un ouvert U de X ;
(iii) L’application de U dans Y est propre.
L’application identique de X est une application partielle propre de X dans X. Soient Z un espace topologique localement compact et (resp. ) une application partielle propre de X dans Y (resp. de Y dans Z). Alors la correspondance composée (E, II, p. 11, déf. 6) est une application partielle propre de X dans Z (TG, I, p. 72, prop. 3, et p. 73, prop. 5).
Lemme 1 027Y
Pour toute application partielle propre de X dans Y, de domaine de définition U, notons l’application de dans définie par si et si ; elle est continue.
L’application est une bijection entre l’ensemble des applications partielles propres de X dans Y et l’ensemble des applications continues de dans telles que .
Soit une application partielle propre de X dans Y et soit U son domaine. Démontrons que l’application est continue. Elle est continue en tout point de U, car U est ouvert dans . Démontrons qu’elle est également continue en tout point de U ; on a alors . Soit V un voisinage ouvert de dans ; démontrons que est un voisinage de . Par définition de l’espace topologique , on peut supposer que V est de la forme K, où K est une partie compacte de Y. Puisque définit une application propre de U dans Y, l’ensemble est compact dans U (TG, I, p. 77, prop. 6), donc dans . C’est en particulier une partie fermée de et est une partie ouverte de , et est donc un voisinage de .
Inversement, soient une application continue telle que et son graphe. L’ensemble U = X est ouvert dans X. La correspondance est une application partielle propre de X dans Y (TG, I, p. 77, prop. 7) telle que , et c’est la seule.
Nous identifierons les applications partielles propres de X dans Y aux applications continues de dans qui appliquent sur . En particulier, les applications propres de X dans Y sont les applications partielles propres de domaine X ; elles s’identifient aux applications continues de dans telles que que . Si X est compact, ce sont tout simplement les applications continues de X dans Y.
Soit A une algèbre de Banach complexe commutative. Rappelons que s’identifie à l’espace compact obtenu à partir de par adjonction d’un point à l’infini (I, p. 29, corollaire).
Proposition 2 027Z
Soient A et B des algèbres de Banach complexes commutatives. Pour tout morphisme d’algèbres , l’application est une application partielle propre de dans .
En effet, est une application continue de dans (I, p. 10). Le point à l’infini de (resp. de ) est le caractère nul, et on a .
Proposition 3 0280
a) Pour toute application partielle propre de X dans Y, l’application de dans induit un morphisme d’algèbres de dans ;
b) L’application est une bijection de l’ensemble des applications partielles propres de X dans Y sur l’ensemble des morphismes d’algèbres de dans . Sa bijection réciproque est l’application .
Démontrons a). Soit une application partielle propre de X dans Y, identifiée à une application continue de dans telle que . Pour , on a , donc l’application est bien définie. C’est un morphisme d’algèbres.
Démontrons que s’identifie à . Soit . Pour toute fonction , le caractère )(ev) associe à le nombre complexe
(ev) ev,
donc )(ev) ev. Cela démontre l’assertion.
Inversement, soit un morphisme d’algèbres. Démontrons que . Soit , et notons . Pour tout , on a
ev (ev ),
puisque vérifie ev ev. On a donc , ce qui permet de conclure que .
De manière tout à fait similaire, on a :
Proposition 4 0281
Supposons que X et Y sont compacts. Identifions l’espace X (resp. l’espace Y) à (resp. ) (corollaire 3 de I, p. 33).
a) Pour toute application continue Y, l’application est un morphisme d’algèbres de dans ;
b) Les applications et sont des bijections réciproques entre l’ensemble des applications continues de X dans Y et l’ensemble des morphismes d’algèbres de dans .
Remarque 0282
Dans le langage de la théorie des catégories, les résultats qui précèdent s’interprètent de la manière suivante. Soit la catégorie dont les objets sont les espaces topologiques localement compacts et les morphismes les applications partielles propres. Le foncteur X est un foncteur contravariant, pleinement fidèle, de la catégorie dans la catégorie des algèbres de Banach commutatives complexes. De plus, est un foncteur contravariant de la catégorie des algèbres de Banach commutatives complexes dans la catégorie . Si l’on associe à un espace topologique localement compact X l’homéomorphisme
ev,
on obtient un isomorphisme du foncteur identique de la catégorie vers le foncteur composé .
Il n’est pas vrai que le foncteur composé soit isomorphe au foncteur identique de la catégorie des algèbres de Banach commutatives complexes (cf. exemple 2 de I, p. 36 et exercice 2 de I, p. 155). On verra cependant un énoncé de ce type pour les algèbres stellaires commutatives (numéro 5 de I, p. 107).
4. Transformation de Gelfand
Soit A une algèbre de Banach commutative. Rappelons que, pour tout , on note , ou , la fonction sur , que s’appelle la transformée de Gelfand de , et que l’application s’appelle transformation de Gelfand (cf. déf. 5 de I, p. 7). On a donc par définition :
Exemple 1 0283
Soit X un espace topologique localement compact et considérons l’algèbre de Banach commutative (exemple 3 de I, p. 17 et numéro 2 de I, p. 31). D’après le cor. 1 de I, p. 32, l’espace des caractères s’identifie à X par le biais de l’application associant à un élément le caractère de , et la transformation de Gelfand de s’identifie alors à l’application identique.
Exemple 2 0284
Soit un entier. Soit l’algèbre des fonctions admettant des dérivées continues dans jusqu’à l’ordre . Munie de la norme
! sup,
c’est une algèbre de Banach (exemple 4 de I, p. 18). Pour tout , l’espace des caractères s’identifie à et à l’inclusion de dans (cf. exemple 1 de I, p. 144).
Exemple 3 0285
Soit Δ le disque des nombres complexes vérifiant et soit A l’algèbre de Banach complexe des fonctions continues sur Δ analytiques dans l’intérieur de Δ, munie de la norme sup (exemple 9 de I, p. 20). Alors s’identifie à Δ et à l’inclusion de A dans (cf. exerc. 6 de I, p. 193).
Exemple 4 0286
Considérons l’algèbre de Banach complexe A des séries de Fourier absolument convergentes (exemple 8 de I, p. 19). Pour tout élément du cercle unité , l’application est un caractère ev de A. Si est l’application identique de , on a ev, donc l’application ev ev de dans est injective ; elle est continue.
Soit . On a = = 1, donc 1 et . Cela montre que et il existe tel que ev. Comme engendre topologiquement l’algèbre unifère A, on a ev. Ainsi, l’application ev est un homéomorphisme de sur , par lequel on identifie ces espaces. La transformation de Gelfand de A s’identifie alors à l’inclusion de A dans .
Puisque A est isomorphe à l’algèbre de Banach (exemple 8 de I, p. 19), l’espace s’identifie à et, pour tout élément , la transformée de Gelfand s’identifie à la fonction sur .
Exemple 5 0287
Soit Δ le disque unité des nombres complexes tels que . Sa frontière dans est . Soit A l’algèbre de Banach des fonctions complexes sur telles qu’il existe une fonction continue prolongeant qui est analytique dans , munie de la norme sup. En vertu du principe du maximum (VAR, R1, p. 30, 3.3.7), on a alors sup, et donc A coïncide avec l’algèbre de l’exemple 9 de I, p. 20. L’ensemble s’identifie à Δ et, si , l’application s’identifie avec le prolongement continu de dans Δ qui est analytique dans cf. exerc. 6 de I, p. 193).
Proposition 5 0288
Soit A une algèbre de Banach commutative. Pour tout , la fonction appartient à l’algèbre de Banach commutative des fonctions continues sur tendant vers 0 à l’infini.
Par définition (cf. n de I, p. 9), la fonction est continue sur et nulle en 0. Comme s’identifie au compactifié d’Alexandroff de d’après le cor. 1 de I, p. 29, la proposition en résulte.
Proposition 6 0289
Soit A une algèbre de Banach commutative et soit .
a) La réunion de l’ensemble des valeurs de et de est égale à Sp ;
b) Si A admet un élément unité, l’ensemble des valeurs de est Sp. En particulier, pour que soit inversible, il faut et il suffit que ne s’annule pas.
Supposons que A admette un élément unité. On sait que, pour tout , on a Sp. Réciproquement, soit Sp. Alors n’est pas inversible, donc appartient à un idéal maximal de A. Il existe alors tel que (th. 2 de I, p. 30), d’où b).
Passons au cas général. Soit l’algèbre de Banach obtenue à partir de A par adjonction d’un élément unité ; elle est commutative. L’ensemble Sp est égal à Sp, c’est-à-dire à l’ensemble des valeurs de sur . D’où a).
Exemple 028A
Considérons l’algèbre de Banach A des séries de Fourier absolument convergentes (exemple 4). La prop. 6, b) implique que si est une fonction sur le cercle unité admettant une série de Fourier absolument convergente, et si ne s’annule pas, la fonction admet également une série de Fourier absolument convergente (« théorème de Wiener »).
Proposition 7 028B
Soit A une algèbre de Banach commutative.
a) La transformation de Gelfand définit un morphisme de A dans tel que pour tout ;
b) Pour que la transformation de Gelfand soit isométrique, il faut et il suffit que pour tout .
L’application est un morphisme de A dans d’après le n de I, p. 9 et la prop. 5 de I, p. 37, et vérifie d’après la prop. 6 et le cor. 5 de I, p. 28. L’assertion b) résulte de a) et de la remarque 1 de I, p. 21.
Corollaire 028C
Soient A une algèbre de Banach, et des éléments permutables de A.
a) On a et ;
b) Si est quasi-nilpotent, alors Sp Sp ; si de plus A est unifère, alors Sp Sp.
En considérant l’algèbre de Banach déduite de A par adjonction d’un élément unité, on se ramène d’abord au cas où l’algèbre A est unifère. Puis en considérant la sous-algèbre pleine fermée de A engendrée par et , on se ramène au cas où A est commutative et unifère. L’assertion a) est alors une conséquence de la prop. 7, a), et l’assertion b) découle de la prop. 6 de I, p. 37 et du cor. 5 de I, p. 28.
Proposition 8 028D
Soit A une algèbre de Banach commutative. Les quatre ensembles suivants sont égaux:
(i) Le noyau de la transformation de Gelfand ;
(ii) L’ensemble des éléments de A tels que Sp;
(iii) L’ensemble des éléments quasi-nilpotents de A ;
(iv) Le radical de A.
Notons , respectivement, ces ensembles. On a (prop. 6, a)), et I, p. 28, cor. 5). Par définition, l’ensemble est l’intersection des idéaux maximaux réguliers de A ; c’est donc l’intersection des noyaux des caractères de A (th. 2 de I, p. 30), qui est égal à .
Remarque 1 028E
En général, l’image de la transformation de Gelfand n’est ni fermée dans , ni dense dans (exerc. 7 de I, p. 193).
Remarque 2 028F
L’image de la transformation de Gelfand sépare les points de , puisque si sont des éléments de , il existe tel que .
Remarque 3 028G
Si , il existe un élément de l’image de la transformation de Gelfand qui ne s’annule pas en .
Remarque 4 028H
Si A possède un élément unité, l’image de la transformation de Gelfand est une sous-algèbre pleine de l’algèbre des fonctions continues sur (prop. 6, b)).
Lemme 2 028I
Soit A une algèbre de Banach commutative. Soit M une partie de . Alors M est fermée pour la topologie de Jacobson si et seulement si, pour tout caractère - M, il existe un élément de A tel que soit nul sur M et non nul en .
Soit Υ(M) l’intersection des noyaux des éléments de M. L’ensemble M est fermé pour la topologie de Jacobson si et seulement si M = V(Υ(M)) (cf. I, p. 13 et I, p. 30). Cette condition équivaut à dire que les éléments de M sont précisément les caractères qui s’annulent sur Υ(M). Par conséquent M est fermé si et seulement si pour tout caractère , il existe tel que . Cela se traduit en et .
5. Morphismes d’algèbres de Banach commutatives
Proposition 9 028J
Soit A une algèbre de Banach, soit B une algèbre de Banach commutative et sans radical, Tout morphisme de l’algèbre sous-jacente à A dans l’algèbre sous-jacente à B est continu.
Soit un morphisme d’algèbres et soit un point adhérent au graphe Γ de . Soit . La fonction de A dans est un homomorphisme d’algèbres, donc est continu (I, p. 29, th. 1). L’application de dans donnée par est alors continue, elle est nulle sur Γ, donc nulle en . On a ainsi pour tout . Comme B est sans radical, on a . Ainsi le graphe de est fermé et donc est continu (EVT, I, p. 19, cor. 5).
Corollaire 028K
Sur une algèbre complexe commutative sans radical, deux normes définissant des structures d’algèbre de Banach sont équivalentes.
Il suffit d’appliquer la prop. 9 à l’application identique de l’algèbre.
Soient A et B des algèbres de Banach commutatives. D’après le n de I, p. 9, si est un morphisme surjectif, est un homéo-morphisme de sur un sous-espace fermé de qui transforme 0 en 0. (Dans le cas où est l’injection d’une sous-algèbre dans , l’application est injective sous des hypothèses beaucoup plus faibles, cf. I, p. 142, prop. 1, d).)
Soit maintenant un morphisme injectif. En général, n’est pas surjectif, mais la proposition suivante fournit une condition nécessaire pour que ce soit le cas.
Proposition 10 028L
Soient A et B des algèbres de Banach unifères commutatives, un morphisme d’algèbres unifère, non nécessairement continu. Si est surjectif, alors est une sous-algèbre pleine de B.
Soit tel que soit inversible dans B. Pour tout , il existe tel que , donc . La prop. 6 de I, p. 37 montre alors que est inversible dans A, et donc que est inversible dans .
La condition nécessaire de la proposition n’est pas suffisante, même si est isométrique (I, p. 168, exerc. 14). On a toutefois le résultat suivant :
Proposition 11 028M
Soient A et B des algèbres de Banach unifères commutatives, soit un élément de A et soit un morphisme injectif unifère (non nécessairement continu). On suppose que la sous-algèbre fermée pleine de A engendrée par est égale à A. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) est surjectif;
(ii) est une sous-algèbre pleine de B;
(iii) Sp Sp.
(i) (ii) résulte de la prop. 10.
(ii) (iii) résulte de la formule Sp Sp Sp, valide puisque est une sous-algèbre pleine de B.
(iii) (i) d’après la formule (4) du n de I, p. 6, on a le diagramme commutatif
Sp Sp
où les flèches verticales désignent des applications surjectives (I, p. 37, prop. 6) et est l’inclusion canonique. L’hypothèse (iii) signifie que est bijective. De plus l’application surjective Sp est bijective : en effet, pour tout caractères et de A, l’ensemble est une sous-algèbre fermée pleine de A. Par hypothèse, on a donc = A si , c’est-àdire si . Le diagramme implique alors que l’application est surjective.
6. Spectre simultané
Soit Λ un ensemble. Soit l’algèbre unifère des polynômes complexes par rapport à une famille d’indéterminées . Pour tout , on a ; l’application est un homéomorphisme de sur l’espace produit , par lequel on identifie ces espaces.
Soient d’autre part A une algèbre de Banach commutative unifère et une famille d’éléments de A. Il existe un morphisme unifère et un seul de dans A tel que pour tout . L’application continue de dans est l’application qui à associe la famille . On l’appelle l’application de dans définie par .
Définition 2 028N
L’image de l’application est appelée le spectre simultané de , et notée Sp ou Sp.
Le spectre simultané de est une partie compacte de . Un élément appartient à Sp si et seulement si les éléments appartiennent à un même idéal maximal de A, autrement dit si la famille n’engendre pas l’algèbre A.
Si Λ contient un seul élément, de sorte que la famille se réduit à un seul élément , on a Sp Sp (I, p. 37, prop. 6, b)). Si , alors Sp est l’image de Sp par l’application canonique de projection de sur . En particulier, on a
Sp Sp.
Notons , pour , les fonctions coordonnées sur . Si , la valeur en de est , donc .
Soient A et B des algèbres de Banach commutatives unifères, un morphisme unifère de A dans B, et une famille d’éléments de A. Notons la famille d’éléments de B. On a, pour tout , et tout
donc Sp Sp. Le diagramme
Sp Sp
où désigne l’inclusion, et où les flèches verticales désignent les applications définies par les familles et , est donc commutatif.
Exemple 028O
Soit K une partie compacte. Soit la famille dans des restrictions à K des fonctions coordonnées de . Alors le spectre simultané Sp est égal à K. En effet, d’après le cor. 2 de I, p. 32, tout caractère de est de la forme pour un élément , et on a alors .
Proposition 12 028P
Soient Λ un ensemble et A une algèbre de Banach unifère commutative. Soit une famille d’éléments de A.
a) On suppose que la sous-algèbre pleine de A engendrée par la famille est dense dans A. L’application de dans définie par est un homéomorphisme de sur le spectre simultané Sp ;
b) On suppose que la sous-algèbre unifère de A engendrée par la famille est dense dans A. Pour tout , les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) Sp ;
(ii) pour tout polynôme ;
(iii) pour tout polynôme .
a) L’application de dans Sp définie par la famille est continue et surjective. Soient des caractères ayant la même image, c’est-à-dire tels que pour tout . Les caractères et coïncident sur les éléments de la forme , où , et est inversible dans A, c’est-à-dire sur la sous-algèbre pleine de A engendrée par les éléments (lemme 2 de I, p. 6). Puisque et sont continus (th. 1 de I, p. 29), ils sont donc égaux sur A. Cela démontre que est une bijection continue de sur Sp, et par suite c’est un homéomorphisme puisque est compact.
b) Montrons que (i) implique (ii) : si Sp, il existe tel que pour tout . Pour tout , on a donc .
L’assertion (ii) implique (iii) en raison de l’inégalité , valide pour tout par définition du rayon spectral.
Montrons finalement que (iii) implique (i). Soit tel que
pour tout P . Soit la sous-algèbre unifère de A engendrée par la famille ; ses éléments sont de la forme pour . La majoration (2) implique que la condition entraîne . Il existe donc un morphisme d’algèbres unifères de dans tel que pour tout . D’après (2), le morphisme est continu. Il se prolonge donc par continuité en un caractère de , qui vérifie Sp. Cela termine la démonstration.
7. Ensembles polynomialement convexes
Définition 3 028Q
Soient Λ un ensemble et V une partie de . On dit que V est polynomialement convexe si V est l’ensemble des points de tel que
sup
pour tout .
Lemme 3 028R
Soit Λ un ensemble. Une partie V de est polynomialement convexe si et seulement s’il existe une famille d’éléments de et une famille d’éléments de tels que V soit l’ensemble des vérifiant
pour tout .
Si la partie V de est polynomialement convexe, elle vérifie la condition ci-dessus pour la famille formée des éléments P de en posant sup.
Réciproquement, soient une famille d’éléments de et une famille d’éléments de . Soit V l’ensemble des dans tels que pour tout . On a alors sup pour . Supposons que vérifie
sup
pour tout . Pour , on a en particulier , donc . Inversement, pour tout élément et tout polynôme , on a sup. Par conséquent, l’ensemble V est polynomialement convexe.
Lemme 4 028S
Soit A une algèbre de Banach commutative unifère. Soient Λ un ensemble et une famille d’éléments de A. Si la sous-algèbre unifère engendrée par la famille est dense dans A, alors le spectre simultané Sp est polynomialement convexe.
Cela résulte de l’assertion b) de la prop. 12 de I, p. 43 et de la définition 3.
Toute intersection de parties polynomialement convexes de est polynomialement convexe (lemme 3). Cela justifie la définition suivante :
Définition 4 028T
Soient Λ un ensemble et V une partie de . L’enveloppe polynomialement convexe de V est le plus petit sous-ensemble polynomialement convexe de contenant V.
L’enveloppe polynomialement convexe de V est l’ensemble des appartenant à tels que sup pour tout . En effet, cet ensemble est polynomialement convexe par le lemme 3, et est contenu dans tout ensemble polynomialement convexe contenant V par définition.
Exemple 028U
Soient Λ un ensemble fini et une partie convexe compacte. Alors V est polynomialement convexe. En effet, soit W l’enveloppe polynomialement convexe de V. Démontrons que , ce qui entraînera l’assertion. Soit V. Il existe un hyperplan réel H dans qui sépare strictement et V (EVT, II, p. 41, prop. 4). Soient une forme -linéaire sur et tels que H est l’ensemble des vérifiant . Soit une forme linéaire sur telle que . On a donc
sup.
Pour tout et , posons . On a dans muni de la topologie de la convergence compacte quand . Pour suffisamment grand, il vient sup puisque V est compacte. Ainsi W puisque est une fonction polynomiale.
Lemme 5 028V
Soit K une partie compacte de . On note la réunion de K et des composantes connexes de K qui sont relativement compactes. Alors l’ensemble est compact.
Comme K est compact, il existe un nombre réel tel que K est contenu dans le disque ouvert D de centre 0 et de rayon . Alors K contient D. Comme l’espace D est connexe (étant homéomorphe à , il est contenu dans une composante connexe U de K. Toute autre composante connexe de K est contenue dans D, donc est bornée. La composante connexe U est alors l’unique composante connexe non bornée de K, c’est-à-dire . Puisque U est ouvert et contient le complémentaire du disque D, l’ensemble est compact.
Proposition 13 028W
Soit un entier. Soit une partie fermée et V son enveloppe polynomialement convexe.
a) Toute composante connexe bornée de K est contenue dans V ;
b) Si , et si K est compact, alors V est la réunion de K et des composantes connexes bornées de K.
Comme est fermé, son complémentaire K est ouvert, donc localement connexe, de sorte que chaque composante connexe de K est ouverte. Le principe du maximum (VAR, R1, p. 29, 3.3.7) montre alors que toute composante connexe bornée de K est contenue dans V, ce qui montre l’assertion a).
Supposons maintenant et K compact. Notons la réunion de K et des composantes connexes bornées de K, de sorte que V par ce qui précède. L’ensemble est compact (lemme 5). Soit A l’algèbre de Banach unifère commutative . Soient la fonction identique de et B la sous-algèbre unifère fermée de A engendrée par . On a Sp (exemple 3 de I, p. 17), donc Sp est connexe. Par suite on a Sp Sp (cor. de la prop. 6 de I, p. 28). Comme Sp est polynomialement convexe d’après le lemme 4, cela montre que est polynomialement convexe et donc que .
La seconde partie de la proposition ne s’étend pas au cas (cf. exerc. 23 de I, p. 170).
Proposition 14 028X
Soit Λ un ensemble. Soient A une algèbre de Banach unifère commutative, une famille d’éléments de A et la sous-algèbre de Banach unifère engendrée par . Alors le spectre simultané Sp est l’enveloppe polynomialement convexe de Sp.
En effet, la prop. 12 de I, p. 43, b) démontre que Sp est l’ensemble des tels que pour tout . Or on a
sup sup sup,
d’après la prop. 7 de I, p. 38, a) et la prop. 12 de I, p. 43, a). Le résultat découle alors du lemme 3.
Proposition 15 028Y
Soit Λ un ensemble. Soit K une partie compacte polynomialement convexe de . Soit l’ensemble des restrictions à K des fonctions polynômes sur , et soit A l’adhérence de dans l’algèbre .
Soit ev l’application définie par ev, où ev est le caractère de A. Soit la famille dans A des restrictions à K des fonctions coordonnées sur , et soit l’application surjective de dans Sp définie par la famille .
Alors on a K = Sp, et les applications ev : K et sont des homéomorphismes réciproques.
L’application ev est l’application identique de K. En particulier, K est contenu dans l’image Sp de .
La prop. 14 implique que Sp est l’enveloppe polynomialement convexe de Sp. Puisque, d’autre part, on a Sp (I, p. 42, exemple), qui est polynomialement convexe par hypothèse, on en déduit que Sp.
Puisque la sous-algèbre unifère engendrée par la famille des éléments est dense dans A, l’application est un homéomorphisme de sur Sp (prop. 12 de I, p. 43, a)). L’identité ev = Id démontre alors que ev est l’homéomorphisme réciproque de .
Pour toute partie de Λ, on note pr la projection canonique . Soient W une partie de et V son enveloppe polynomialement convexe. Posons pr. Comme tout élément de s’identifie à un élément de , l’enveloppe polynomialement convexe de est contenue dans pr.
Lemme 6 028Z
Soient une partie compacte polynomialement convexe et U un voisinage de K. Il existe une partie finie de Λ telle que, pour toute partie de Λ contenant , l’ensemble pr contienne l’enveloppe polynomialement convexe de pr.
Puisque K est compact, il existe une famille de disques compacts dans de centre 0 et de rayons tels que K est contenu dans le produit . Pour tout , soit l’ensemble des
tels que
sup.
On a
qui est contenu dans U. Ainsi, l’espace D est la réunion de l’ensemble ouvert et de la famille des ensembles ouverts D - pour . Comme D est compact, il existe un entier et des polynômes tels que :
Il existe un ensemble fini Λ tel que pour . Démontrons que vérifie l’assertion du lemme.
Soit une partie de Λ contenant . Soit E la partie de formée des éléments définie par les inégalités pour , et
sup
pour . La partie E est polynomialement convexe (lemme 3) et la formule (3) démontre que pr.
D’autre part, soit ; soit l’élément de défini par pour et pour - . Alors (4) implique que , et donc que pr. Ainsi, pr, ce qui achève la démonstration.
Lemme 7 0290
Soient un entier et K une partie compacte polynomialement convexe de . Alors K admet un système fondamental de voisinages compacts polynomialement convexes.
Il existe un polydisque (cf. VAR, R1, p. 24) compact Δ de qui est un voisinage de K. Puisque K est polynomialement convexe, il existe une famille d’éléments de , et une famille de nombres réels positifs tels que K est l’ensemble des Δ vérifiant pour tout (lemme 3). Pour toute partie finie J de I et tout , soit l’ensemble des tels que pour . Alors chaque ensemble est un voisinage compact polynomialement convexe de K (loc. cit.), et l’intersection des ensembles est K. Les ensembles forment donc un système fondamental de voisinages polynomialement convexes de K (TG, I, p. 60, th. 1).
Exercices
Dans les exercices ci-dessous, toutes les algèbres considérées sont sur , sauf mention explicite du contraire.
See the exercises for § 3.