Bourbaki

§ 3. Algèbres de Banach commutatives

Dans cette section, le corps de base est C\mathbf{C}.

1. Caractères d’une algèbre de Banach commutative

Théorème 1 027P

Soit A une algèbre de Banach et soit χ:A→C\chi : A\rightarrow \mathbf{C} un morphisme d’algèbres (cf. I, p. 9). Alors χ\chi est continu, de norme au plus 1. Si A est unifère et si χ\chi est un morphisme unifère, alors χ\chi est de norme 1.

Démontrons que ∣χ(x)∣⩽∥x∥|\chi (x)|\leqslant \|x\| pour tout x∈x\in A. Quitte à remplacer A par l’algèbre de Banach engendrée par xx, on peut supposer que A est commutative ; alors, χ∈X′(A)\chi \in \mathsf{X}'(A). Pour tout x∈Ax\in A, on a χ(x)∈\chi (x)\in SpA′(x)'_A(x) (I, p. 9, no7^o7), donc ∣χ(x)∣⩽ϱ(x)⩽∥x∥(|\chi (x)|\leqslant \varrho (x)\leqslant \|x\|(I, p. 28, cor. 5), d’où la première assertion.

Si, de plus, A est unifère, l’égalité χ(1)=1\chi (1) = 1 entraîne que ∥χ∥⩾1\|\chi \|\geqslant 1, d’où l’égalité voulue.

Remarque 027Q

Soit A une algèbre de Banach commutative. Il découle de ce théorème que la topologie de la convergence simple sur X′(A)\mathsf{X}'(A) coïncide avec la restriction à X′(A)\mathsf{X}'(A) de la topologie faible σ(A′,A)\sigma (A',A) du dual A′A' de A.

Corollaire 027R

Soit A une algèbre de Banach commutative. L’espace X′(A)\mathsf{X}'(A) est compact. L’espace X(A)\mathsf{X}(A) est localement compact, et est compact si A admet un élément unité.

Soit A′A' le dual de l’espace de Banach A. Sa boule unité A1′A'_1 est faiblement compacte (EVT, III, p. 17, cor. 2). D’après le th. 1, on a X′(A)⊂A1′\mathsf{X}'(A)\subset A'_1. De plus, X′(A)\mathsf{X}'(A) est fermé dans A′A' pour la topologie faible, car il est l’intersection des ensembles faiblement fermés

Xx,y={f∈A′∣f(xy)−f(x)f(y)=0}X_{x,y}=\{f\in A'|f(xy)-f(x)f(y) = 0\} (pour x,y∈Ax,y\in A).

Il en résulte que X′(A)\mathsf{X}'(A) est compact et que X(A)=X′(A)−{0}\mathsf{X}(A) =\mathsf{X}'(A)-\{0\} est localement compact.

Si A admet un élément unité 1, alors X(A)\mathsf{X}(A) est l’ensemble des χ∈\chi \in X′(A)\mathsf{X}'(A) tels que χ(1)=1\chi (1) = 1, et est donc une partie fermée, et par suite compacte, de X′(A)\mathsf{X}'(A).

Tout espace compact est homéomorphe à X(A)\mathsf{X}(A) pour une algèbre de Banach unifère commutative A convenable (cf. I, p. 32, cor. 2).

Théorème 2 027S

Soit A une algèbre de Banach commutative. L’application χ↦\chi \mapsto Ker(χ\chi ) est une bijection de X(A)\mathsf{X}(A) sur l’ensemble J(A) des idéaux maximaux réguliers de A.

Soit I un idéal maximal régulier de A. Il est fermé (I, p. 22, cor. 2), donc A/IA/I est une algèbre de Banach. Comme c’est un corps (A, VIII, p. 426, prop. 2), le théorème de Gelfand–Mazur (I, p. 26, cor. 2), implique que A/IA/I est de dimension 1 sur C\mathbf{C}. Donc I est de codimension 1 dans A. Le théorème résulte alors du lemme 3 de I, p. 10.

Il peut arriver qu’une algèbre de Banach commutative non nulle A, sans élément unité, n’ait aucun idéal maximal ; alors X′(A)\mathsf{X}'(A) est réduit à {0}(\{0\}(cf. I, p. 186, exercice 31).

Ce théorème montre que les ensembles J(A) et A^\widehat{A} de I, p. 11, qui s’identifient puisque A est commutative, peuvent aussi s’identifier à l’ensemble X(A)\mathsf{X}(A). Il y a donc lieu de considérer sur X(A)\mathsf{X}(A) la topologie faible, et la topologie de Jacobson qui est moins fine (I, p. 15, prop. 5). Les ensembles fermés V(M) de la topologie de Jacobson, pour M⊂AM\subset A, sont les ensembles

{χ∈X(A)∣χ(M)=0} \{\chi \in \mathsf{X}(A)|\chi (M) = 0\}

de X(A)\mathsf{X}(A), qu’on notera parfois encore V(M). Similairement, pour toute partie M de X(A)\mathsf{X}(A), on notera Υ(M) l’idéal intersection des noyaux des χ∈M\chi \in M ; il est égal à l’ensemble Υ(M′)\Upsilon (M') défini dans I, p. 13 pour la partie M′⊂J(A)M'\subset J(A) correspondant à M lorsqu’on identifie J(A) et X(A)\mathsf{X}(A).

Quand on utilisera une notion topologique dans X(A)\mathsf{X}(A) sans préciser de quelle topologie il s’agit, il s’agira toujours de la topologie faible.

2. Fonctions continues nulles à l’infini sur un espace localement compact

Dans ce numéro, X est un espace localement compact. On note C0(X)\mathscr{C}_0(X) l’algèbre de Banach commutative des fonctions complexes continues tendant vers 0 à l’infini sur X, munie de la norme ∥f∥=\|f\|= supx∈X∣f(x)∣_{x\in X}|f(x)|

(exemple 3 de I, p. 17).

Proposition 1 027T

Pour toute partie fermée Φ de X, soit IΦI_{\Phi} l’ensemble des f∈C0(X)f\in \mathscr{C}_0(X) nulles sur Φ. Alors Φ↦IΦ\Phi \mapsto I_{\Phi} est une bijection de l’ensemble des parties fermées de X sur l’ensemble des idéaux fermés de C0(X)\mathscr{C}_0(X).

L’ensemble IΦI_{\Phi} est un idéal fermé de C0(X)\mathscr{C}_0(X).

Soient Φ≠Φ′\Phi \not= \Phi ' des parties fermées de X. Quitte à échanger Φ et Φ′\Phi ', on peut supposer qu’il existe x∈Φ′x\in \Phi ' tel que x∉Φx\notin \Phi, et il existe alors une fonction f∈C0(X)f\in \mathscr{C}_0(X) nulle sur Φ et non nulle en xx (TG, IX, p. 43, prop. 1). On a f∈IΦf\in I_{\Phi} et f∉IΦ′f\notin I_{\Phi'}, de sorte que l’application Φ↦IΦ\Phi \mapsto I_{\Phi} est injective.

Soit I un idéal fermé de C0(X)\mathscr{C}_0(X). Soit Φ l’ensemble des x∈Xx\in X tels que f(x)=0f(x) = 0 pour tout f∈If\in I ; c’est une partie fermée de X, et on a I⊂IΦI\subset I_{\Phi}. Démontrons que IΦ⊂II_{\Phi}\subset I, ce qui impliquera que I=IΦI = I_{\Phi} et terminera la preuve de la proposition.

Soit f∈IΦf\in I_{\Phi}. Pour tout nombre réel ε>0\varepsilon >0, notons CεC_{\varepsilon} l’ensemble des x∈Xx\in X tels que ∣f(x)∣⩾ε|f(x)|\geqslant \varepsilon. Puisque ff tend vers 0 à l’infini, l’ensemble CεC_{\varepsilon} est compact. Soit x∈Cεx\in C_{\varepsilon}; comme f(x)≠0f(x)\not= 0 et f∈IΦf\in I_{\Phi}, on a x∉Φx\notin \Phi ; par définition de Φ, il existe alors une fonction φx∈I\varphi_x\in I telle que ∣φx(x)∣>1|\varphi_x(x)|>1, donc telle que ∣φx(y)∣>1|\varphi_x(y)|>1 pour tout yy appartenant à un voisinage VxV_x de xx. Les ouverts Vx∩CεV_x\cap C_{\varepsilon} recouvrent CεC_{\varepsilon}. Puisque l’ensemble CεC_{\varepsilon} est compact, il existe un sous-ensemble fini Tε⊂XT_{\varepsilon}\subset X tel que

Cε⊂⋃x∈TεVx C_{\varepsilon}\subset \bigcup_{x\in T_{\varepsilon}}V_x

Alors l’élément

1

gε=∑φxφx‾⩾0 g_{\varepsilon}=\sum\varphi_x\overline{\varphi_x}\geqslant 0
ε \varepsilon
x∈Tεx\in T_{\varepsilon}

de C0(X)\mathscr{C}_0(X) appartient à I, et on a gε⩾ε−1g_{\varepsilon}\geqslant \varepsilon^{-1} sur CεC_{\varepsilon}. La fonction

fε=fgε1+gε f_{\varepsilon}=\frac{f g_{\varepsilon}}{1 + g_{\varepsilon}}

appartient à I. Pour x∉Cεx \notin C_{\varepsilon}, on a

∣f(x)−fε(x)∣⩽2ε |f(x)-f_{\varepsilon}(x)|\leqslant 2\varepsilon

et pour x∈Cεx\in C_{\varepsilon}, on a

∣f(x)−fε(x)∣=∣f(x)∣1+gε(x)⩽ε∣f(x)∣ |f(x)-f_{\varepsilon}(x)|=\frac{|f(x)|}{1 + g_{\varepsilon}(x)}\leqslant \varepsilon |f(x)|

Ainsi fεf_{\varepsilon} converge uniformément vers ff sur X quand ε\varepsilon tend vers 0. On a donc f∈I‾f\in \overline{I}, d’où f∈If\in I puisque I est fermé.

Corollaire 1 027U

Pour tout x∈Xx\in X, soit IxI_x l’ensemble des f∈C0(X)f\in \mathscr{C}_0(X) nulles en xx. Alors x↦Ixx\mapsto I_x est une bijection de X sur l’ensemble des idéaux fermés maximaux de C0(X)\mathscr{C}_0(X). Ces idéaux sont réguliers.

Ceci résulte aussitôt de la prop. 1.

Notons X′X' le compactifié d’Alexandroff de X, c’est-à-dire l’espace compact déduit de X par adjonction d’un point à l’infini ωX\omega_X (TG, I, p. 67 et 68). L’algèbre C0(X)\mathscr{C}_0(X) s’identifie à l’algèbre de Banach des fonctions complexes continues sur X′X' nulles en ωX\omega_X.

Pour tout x∈X′x\in X', on note evx_x le caractère de C0(X)\mathscr{C}_0(X) défini par evx(f)=f(x)_x(f) =f(x) pour tout f∈C0(X)f\in \mathscr{C}_0(X).

Corollaire 2 027V

L’application x↦x\mapsto evx_x est un homéomorphisme de X′X' sur X′(C0(X))\mathsf{X}'(\mathscr{C}_0(X)), et sa restriction à X est un homémorphisme de X sur X(C0(X))\mathsf{X}(\mathscr{C}_0(X)). De plus, la topologie faible et la topologie de Jacobson coïncident sur X(C0(X))\mathsf{X}(\mathscr{C}_0(X)).

L’application ev:x↦:x\mapsto evx_x de X′X' dans X′(C0(X))\mathsf{X}'(\mathscr{C}_0(X)) est injective. Elle est surjective d’après le cor. 1 et le th. 2 de I, p. 30. Elle est continue, car pour toute fonction f∈C0(X)f\in \mathscr{C}_0(X) et tout ouvert U de R\mathbf{R}, on a

ev−1({χ∈X′(C0(X))∣χ(f)∈U})=f−1(U)^{-1}(\{\chi \in \mathsf{X}'(\mathscr{C}_0(X))|\chi (f)\in U\}) =\overset{-1}{f}(U)

qui est ouvert dans X. L’application ev est donc un homéomorphisme puisque X′X' est compact. La restriction de ev à X est alors un homéo-morphisme sur X(C0(X))\mathsf{X}(\mathscr{C}_0(X)).

Si F est une partie faiblement fermée de X(C0(X))\mathsf{X}(\mathscr{C}_0(X)), elle correspond par l’homéomorphisme ev à une partie fermée Φ de X ; précisément, d’après la prop. 1, on a F={χ∈X(C0(X))∣IΦ⊂F =\{\chi \in \mathsf{X}(\mathscr{C}_0(X))|I_{\Phi}\subset Ker χ}\chi \} qui est fermé pour la topologie de Jacobson.

Corollaire 3 027W

Supposons X compact. Alors l’application x↦x\mapsto evx_x est un homéomorphisme de X sur X(C(X))\mathsf{X}(\mathscr{C}(X)). La topologie faible et la topologie de Jacobson coïncident sur X(C(X))\mathsf{X}(\mathscr{C}(X)).

3. Applications partielles propres

Dans ce numéro, X et Y sont des espaces topologiques localement compacts. On note X′X' (resp. Y′Y') l’espace compact obtenu à partir de X (resp. Y) par adjonction d’un point à l’infini ωX\omega_X (resp. ωY\omega_Y) (TG, I, p. 67–68). On identifie X′X' et Y′Y' à X′(C0(X))\mathsf{X}'(\mathscr{C}_0(X)) et X′(C0(Y))\mathsf{X}'(\mathscr{C}_0(Y)), respectivement (corollaire 2 de I, p. 32).

Définition 1 027X

Une application partielle propre de X dans Y est une correspondance f=(Γ,X,Y)f= (\Gamma ,X,Y) (E, II, p. 10, déf. 2) entre X et Y telle que

(i) Le graphe Γ est fonctionnel;

(ii) Le domaine de définition de ff est un ouvert U de X ;

(iii) L’application x↦f(x)x\mapsto f(x) de U dans Y est propre.

L’application identique de X est une application partielle propre de X dans X. Soient Z un espace topologique localement compact et ff (resp. gg) une application partielle propre de X dans Y (resp. de Y dans Z). Alors la correspondance composée g∘fg\circ f (E, II, p. 11, déf. 6) est une application partielle propre de X dans Z (TG, I, p. 72, prop. 3, et p. 73, prop. 5).

Lemme 1 027Y

Pour toute application partielle propre ff de X dans Y, de domaine de définition U, notons f~\widetilde{f} l’application de X′X' dans Y′Y' définie par f~(x)=f(x)\widetilde{f}(x) =f(x) si x∈Ux\in U et f~(x)=ωY\widetilde{f}(x) =\omega_Y si x∉Ux \notin U ; elle est continue.

L’application f↦f~f\mapsto \widetilde{f} est une bijection entre l’ensemble des applications partielles propres ff de X dans Y et l’ensemble des applications continues gg de X′X' dans Y′Y' telles que g(ωX)=ωYg(\omega_X) =\omega_Y.

Soit ff une application partielle propre de X dans Y et soit U son domaine. Démontrons que l’application f~\widetilde{f} est continue. Elle est continue en tout point de U, car U est ouvert dans X′X'. Démontrons qu’elle est également continue en tout point xx de X′−X'- U ; on a alors f~(x)=ωY\widetilde{f}(x) =\omega_Y. Soit V un voisinage ouvert de ωY\omega_Y dans Y′Y'; démontrons que f~−1(V)\widetilde{f}^{-1}(V) est un voisinage de xx. Par définition de l’espace topologique Y′Y', on peut supposer que V est de la forme Y′−Y'- K, où K est une partie compacte de Y. Puisque ff définit une application propre de U dans Y, l’ensemble f−1(K)f^{-1}(K) est compact dans U (TG, I, p. 77, prop. 6), donc dans X′X'. C’est en particulier une partie fermée de X′X' et f~−1(V)=\widetilde{f}^{-1}(V) = X′−f−1(K)X'-f^{-1}(K) est une partie ouverte de X′X', et est donc un voisinage de xx.

Inversement, soient g:X′→Y′g: X'\rightarrow Y' une application continue telle que g(ωX)=ωYg(\omega_X) =\omega_Y et Γg⊂X′×Y′\Gamma_g\subset X'\times Y' son graphe. L’ensemble U = X −g−1(ωY)-\overset{-1}{g}(\omega_Y) est ouvert dans X. La correspondance f=(Γg∩(U×Y),X,Y)f= (\Gamma_g\cap (U\times Y),X,Y) est une application partielle propre de X dans Y (TG, I, p. 77, prop. 7) telle que f~=g\widetilde{f}=g, et c’est la seule.

Nous identifierons les applications partielles propres de X dans Y aux applications continues de X′X' dans Y′Y' qui appliquent ωX\omega_X sur ωY\omega_Y. En particulier, les applications propres de X dans Y sont les applications partielles propres de domaine X ; elles s’identifient aux applications continues ff de X′X' dans Y′Y' telles que que f−1(ωY)={ωX}\overset{-1}{f}(\omega_Y) =\{\omega_X\}. Si X est compact, ce sont tout simplement les applications continues de X dans Y.

Soit A une algèbre de Banach complexe commutative. Rappelons que X′(A)\mathsf{X}'(A) s’identifie à l’espace compact obtenu à partir de X(A)\mathsf{X}(A) par adjonction d’un point à l’infini (I, p. 29, corollaire).

Proposition 2 027Z

Soient A et B des algèbres de Banach complexes commutatives. Pour tout morphisme d’algèbres π:A→B\pi : A\rightarrow B, l’application X′(π)\mathsf{X}'(\pi ) est une application partielle propre de X(B)\mathsf{X}(B) dans X(A)\mathsf{X}(A).

En effet, X′(π)\mathsf{X}'(\pi ) est une application continue de X′(B)\mathsf{X}'(B) dans X′(A)\mathsf{X}'(A) (I, p. 10). Le point à l’infini de X′(B)\mathsf{X}'(B) (resp. de X′(A)\mathsf{X}'(A)) est le caractère nul, et on a X′(π)(0)=0\mathsf{X}'(\pi )(0) = 0.

Proposition 3 0280

a) Pour toute application partielle propre φ\varphi de X dans Y, l’application f↦f∘φf\mapsto f\circ \varphi de C(Y′)\mathscr{C}(Y') dans C(X′)\mathscr{C}(X') induit un morphisme d’algèbres φ∗\varphi^* de C0(Y)\mathscr{C}_0(Y) dans C0(X)\mathscr{C}_0(X) ;

b) L’application φ↦φ∗\varphi \mapsto \varphi^* est une bijection de l’ensemble des applications partielles propres de X dans Y sur l’ensemble des morphismes d’algèbres de C0(Y)\mathscr{C}_0(Y) dans C0(X)\mathscr{C}_0(X). Sa bijection réciproque est l’application π↦X′(π)\pi \mapsto \mathsf{X}'(\pi ).

Démontrons a). Soit φ\varphi une application partielle propre de X dans Y, identifiée à une application continue de X′X' dans Y′Y' telle que φ(ωX)=ωY\varphi (\omega_X) =\omega_Y. Pour f∈C0(Y)f\in \mathscr{C}_0(Y), on a (f∘φ)(ωX)=f(ωY)=0(f\circ \varphi )(\omega_X) =f(\omega_Y) = 0, donc l’application φ∗\varphi^* est bien définie. C’est un morphisme d’algèbres.

Démontrons que X′(φ∗)\mathsf{X}'(\varphi^*) s’identifie à φ\varphi. Soit x∈Xx\in X. Pour toute fonction f∈C0(Y)f\in \mathscr{C}_0(Y), le caractère X′(φ∗\mathsf{X}'(\varphi^*)(evx_x) associe à ff le nombre complexe

(evx∘φ∗_x\circ \varphi^*)(f)=(f) = evx(f∘φ)=f(φ(x))_x(f\circ \varphi ) =f(\varphi (x)),

donc X′(φ∗\mathsf{X}'(\varphi^*)(evx_x) == evφ(x)_{\varphi(x)}. Cela démontre l’assertion.

Inversement, soit π:C0(Y)→C0(X)\pi :\mathscr{C}_0(Y)\rightarrow \mathscr{C}_0(X) un morphisme d’algèbres. Démontrons que X′(π)∗=π\mathsf{X}'(\pi )^*=\pi. Soit f∈C0(Y)f\in \mathscr{C}_0(Y), et notons g=X′(π)∗(f)∈g=\mathsf{X}'(\pi )^*(f)\in C0(X)\mathscr{C}_0(X). Pour tout x∈Xx\in X, on a

g(x)=(f∘X′(π))(x)=g(x) = (f\circ \mathsf{X}'(\pi ))(x) = evX′(π)(x)(f)=_{\mathsf{X}'(\pi)(x)}(f) = (evx∘π_x\circ \pi )(f)=π(f)(x)(f) =\pi (f)(x),

puisque X′(π)\mathsf{X}'(\pi ) vérifie evX′(π)(x)=_{\mathsf{X}'(\pi)(x)}= evx∘π_x\circ \pi. On a donc g=π(f)g=\pi (f), ce qui permet de conclure que X′(π)∗=π\mathsf{X}'(\pi )^*=\pi.

De manière tout à fait similaire, on a :

Proposition 4 0281

Supposons que X et Y sont compacts. Identifions l’espace X (resp. l’espace Y) à X(C(X))\mathsf{X}(\mathscr{C}(X)) (resp. X(C(Y))\mathsf{X}(\mathscr{C}(Y))) (corollaire 3 de I, p. 33).

a) Pour toute application continue φ:X→\varphi : X\rightarrow Y, l’application φ∗:f↦f∘φ\varphi^*:f\mapsto f\circ \varphi est un morphisme d’algèbres de C(Y)\mathscr{C}(Y) dans C(X)\mathscr{C}(X);

b) Les applications φ↦φ∗\varphi \mapsto \varphi^* et π↦X(π)\pi \mapsto \mathsf{X}(\pi ) sont des bijections réciproques entre l’ensemble des applications continues de X dans Y et l’ensemble des morphismes d’algèbres de C(Y)\mathscr{C}(Y) dans C(X)\mathscr{C}(X).

Remarque 0282

Dans le langage de la théorie des catégories, les résultats qui précèdent s’interprètent de la manière suivante. Soit G\mathbf{G} la catégorie dont les objets sont les espaces topologiques localement compacts et les morphismes les applications partielles propres. Le foncteur X ↦C0(X)\mapsto \mathscr{C}_0(X) est un foncteur contravariant, pleinement fidèle, de la catégorie G\mathbf{G} dans la catégorie des algèbres de Banach commutatives complexes. De plus, A↦X(A)A\mapsto \mathsf{X}(A) est un foncteur contravariant de la catégorie des algèbres de Banach commutatives complexes dans la catégorie G\mathbf{G}. Si l’on associe à un espace topologique localement compact X l’homéomorphisme

ev:X→X(C0(X)): X\rightarrow \mathsf{X}(\mathscr{C}_0(X)),

on obtient un isomorphisme du foncteur identique de la catégorie G\mathbf{G} vers le foncteur composé X↦X(C0(X))X\mapsto \mathsf{X}(\mathscr{C}_0(X)).

Il n’est pas vrai que le foncteur composé A↦C0(X(A))A\mapsto \mathscr{C}_0(\mathsf{X}(A)) soit isomorphe au foncteur identique de la catégorie des algèbres de Banach commutatives complexes (cf. exemple 2 de I, p. 36 et exercice 2 de I, p. 155). On verra cependant un énoncé de ce type pour les algèbres stellaires commutatives (numéro 5 de I, p. 107).

4. Transformation de Gelfand

Soit A une algèbre de Banach commutative. Rappelons que, pour tout x∈Ax\in A, on note GA(x)\mathscr{G}_A(x), ou G(x)\mathscr{G}(x), la fonction χ↦χ(x)\chi \mapsto \chi (x) sur X(A)\mathsf{X}(A), que G(x)\mathscr{G}(x) s’appelle la transformée de Gelfand de xx, et que l’application x↦G(x)x\mapsto \mathscr{G}(x) s’appelle transformation de Gelfand (cf. déf. 5 de I, p. 7). On a donc par définition :

G(x)(χ)=χ(x) \mathscr{G}(x)(\chi ) =\chi (x)

Exemple 1 0283

Soit X un espace topologique localement compact et considérons l’algèbre de Banach commutative C0(X)\mathscr{C}_0(X) (exemple 3 de I, p. 17 et numéro 2 de I, p. 31). D’après le cor. 1 de I, p. 32, l’espace des caractères X(C0(X))\mathsf{X}(\mathscr{C}_0(X)) s’identifie à X par le biais de l’application associant à un élément x∈Xx\in X le caractère f↦f(x)f\mapsto f(x) de C0(X)\mathscr{C}_0(X), et la transformation de Gelfand de C0(X)\mathscr{C}_0(X) s’identifie alors à l’application identique.

Exemple 2 0284

Soit n⩾0n\geqslant 0 un entier. Soit AnA_n l’algèbre des fonctions f:[0,1]→Kf: [0,1]\rightarrow K admettant des dérivées continues dans [0,1][0,1] jusqu’à l’ordre nn. Munie de la norme

∥f∥=∑nk1\|f\|=\sum^nk1! sup0⩽t⩽1∣f(k)(t)∣_{0\leqslant t\leqslant 1}|f^{(k)}(t)|,

k=0k=0

c’est une algèbre de Banach (exemple 4 de I, p. 18). Pour tout nn, l’espace des caractères X(An)\mathsf{X}(A_n) s’identifie à [0,1][0,1] et G\mathscr{G} à l’inclusion de AnA_n dans C([0,1])\mathscr{C}([0,1]) (cf. exemple 1 de I, p. 144).

Exemple 3 0285

Soit Δ le disque des nombres complexes zz vérifiant ∣z∣⩽1|z|\leqslant 1 et soit A l’algèbre de Banach complexe des fonctions continues sur Δ analytiques dans l’intérieur de Δ, munie de la norme ∥f∥=\|f\|= supz∈Δ∣f(z)∣_{z\in\Delta}|f(z)| (exemple 9 de I, p. 20). Alors X(A)\mathsf{X}(A) s’identifie à Δ et G\mathscr{G} à l’inclusion de A dans C(Δ)\mathscr{C}(\Delta ) (cf. exerc. 6 de I, p. 193).

Exemple 4 0286

Considérons l’algèbre de Banach complexe A des séries de Fourier absolument convergentes (exemple 8 de I, p. 19). Pour tout élément uu du cercle unité U\mathbf{U}, l’application f↦f(u)f\mapsto f(u) est un caractère evu_u de A. Si f0∈Af_0\in A est l’application identique de U\mathbf{U}, on a evu(f0)=u_u(f_0) =u, donc l’application ev:u↦:u\mapsto evu_u de U\mathbf{U} dans X(A)\mathsf{X}(A) est injective ; elle est continue.

Soit χ∈X(A)\chi \in \mathsf{X}(A). On a ∥f0∥\|f_0\| = ∥f0−1∥\|f_0^{-1}\| = 1, donc ∣χ(f0)∣⩽|\chi (f_0)|\leqslant 1 et ∣χ(f0)−1∣⩽1|\chi (f_0)^{-1}|\leqslant 1. Cela montre que χ(f0)∈U\chi (f_0)\in \mathbf{U} et il existe u∈Uu\in \mathbf{U} tel que χ(f0)=\chi (f_0) = evu(f0)_u(f_0). Comme {f0,f0−1}\{f_0, f_0^{-1}\} engendre topologiquement l’algèbre unifère A, on a χ=\chi = evu_u. Ainsi, l’application ev est un homéomorphisme de U\mathbf{U} sur X(A)\mathsf{X}(A), par lequel on identifie ces espaces. La transformation de Gelfand de A s’identifie alors à l’inclusion de A dans C(U)\mathscr{C}(\mathbf{U}).

Puisque A est isomorphe à l’algèbre de Banach L1(Z)L^1(\mathbf{Z}) (exemple 8 de I, p. 19), l’espace X(L1(Z))\mathsf{X}(L^1(\mathbf{Z})) s’identifie à U\mathbf{U} et, pour tout élément (cn)∈L1(Z)(c_n)\in L^1(\mathbf{Z}), la transformée de Gelfand GL1(Z)((cn))\mathscr{G}_{L^1(\mathbf{Z})}((c_n)) s’identifie à la fonction u↦∑n∈Zcnunu\mapsto \sum_{n\in\mathbf{Z}}c_nu^n sur U\mathbf{U}.

Exemple 5 0287

Soit Δ le disque unité des nombres complexes zz tels que ∣z∣⩽1|z|\leqslant 1. Sa frontière dans C\mathbf{C} est U\mathbf{U}. Soit A l’algèbre de Banach des fonctions complexes ff sur U\mathbf{U} telles qu’il existe une fonction continue f~∈C(Δ)\widetilde{f}\in \mathscr{C}(\Delta ) prolongeant ff qui est analytique dans Δ˚\mathring{\Delta}, munie de la norme ∥f∥=\|f\|= supz∈U∣f(z)∣_{z\in\mathbf{U}}|f(z)|. En vertu du principe du maximum (VAR, R1, p. 30, 3.3.7), on a alors ∥f∥=\|f\|= supz∈Δ∣f~(z)∣_{z\in\Delta}|\widetilde{f}(z)|, et donc A coïncide avec l’algèbre de l’exemple 9 de I, p. 20. L’ensemble X(A)\mathsf{X}(A) s’identifie à Δ et, si f∈Af\in A, l’application G(f)\mathscr{G}(f) s’identifie avec le prolongement continu de ff dans Δ qui est analytique dans Δ˚(\mathring{\Delta}(cf. exerc. 6 de I, p. 193).

Proposition 5 0288

Soit A une algèbre de Banach commutative. Pour tout x∈Ax\in A, la fonction G(x)\mathscr{G}(x) appartient à l’algèbre de Banach commutative C0(X(A))\mathscr{C}_0(\mathsf{X}(A)) des fonctions continues sur X(A)\mathsf{X}(A) tendant vers 0 à l’infini.

Par définition (cf. no7^o7 de I, p. 9), la fonction GA′(x):χ↦χ(x)\mathscr{G}'_A(x) :\chi \mapsto \chi (x) est continue sur X′(A)\mathsf{X}'(A) et nulle en 0. Comme X′(A)\mathsf{X}'(A) s’identifie au compactifié d’Alexandroff de X(A)\mathsf{X}(A) d’après le cor. 1 de I, p. 29, la proposition en résulte.

Proposition 6 0289

Soit A une algèbre de Banach commutative et soit x∈Ax\in A.

a) La réunion de l’ensemble des valeurs de G(x)\mathscr{G}(x) et de {0}\{0\} est égale à SpA′(x)'_A(x) ;

b) Si A admet un élément unité, l’ensemble des valeurs de G(x)\mathscr{G}(x) est SpA(x)_A(x). En particulier, pour que xx soit inversible, il faut et il suffit que G(x)\mathscr{G}(x) ne s’annule pas.

Supposons que A admette un élément unité. On sait que, pour tout χ∈X(A)\chi \in \mathsf{X}(A), on a χ(x)∈\chi (x)\in SpA(x)_A(x). Réciproquement, soit λ∈\lambda \in SpA(x)_A(x). Alors x−λx-\lambda n’est pas inversible, donc appartient à un idéal maximal de A. Il existe alors χ∈X(A)\chi \in \mathsf{X}(A) tel que χ(x−λ)=0\chi (x-\lambda ) = 0 (th. 2 de I, p. 30), d’où b).

Passons au cas général. Soit A~\widetilde{A} l’algèbre de Banach obtenue à partir de A par adjonction d’un élément unité ; elle est commutative. L’ensemble SpA′(x)'_A(x) est égal à SpA~(x)_{\widetilde{A}}(x), c’est-à-dire à l’ensemble des valeurs de GA~(x)\mathscr{G}_{\widetilde{A}}(x) sur X(A~)=X′(A)\mathsf{X}(\widetilde{A}) =\mathsf{X}'(A). D’où a).

Exemple 028A

Considérons l’algèbre de Banach A des séries de Fourier absolument convergentes (exemple 4). La prop. 6, b) implique que si φ\varphi est une fonction sur le cercle unité U\mathbf{U} admettant une série de Fourier absolument convergente, et si φ\varphi ne s’annule pas, la fonction 1/φ1/\varphi admet également une série de Fourier absolument convergente (« théorème de Wiener »).

Proposition 7 028B

Soit A une algèbre de Banach commutative.

a) La transformation de Gelfand G\mathscr{G} définit un morphisme de A dans C0(X(A))\mathscr{C}_0(\mathsf{X}(A)) tel que ∥G(x)∥=ϱ(x)⩽∥x∥\|\mathscr{G}(x)\|=\varrho (x)\leqslant \|x\| pour tout x∈Ax\in A ;

b) Pour que la transformation de Gelfand G\mathscr{G} soit isométrique, il faut et il suffit que ∥x2∥=∥x∥2\|x^2\|=\|x\|^2 pour tout x∈Ax\in A.

L’application G\mathscr{G} est un morphisme de A dans C0(X(A))\mathscr{C}_0(\mathsf{X}(A)) d’après le no7^o7 de I, p. 9 et la prop. 5 de I, p. 37, et vérifie ∥G(x)∥=ϱ(x)\|\mathscr{G}(x)\|=\varrho (x) d’après la prop. 6 et le cor. 5 de I, p. 28. L’assertion b) résulte de a) et de la remarque 1 de I, p. 21.

Corollaire 028C

Soient A une algèbre de Banach, xx et yy des éléments permutables de A.

a) On a ϱ(xy)⩽ϱ(x)ϱ(y)\varrho (xy)\leqslant \varrho (x)\varrho (y) et ϱ(x+y)⩽ϱ(x)+ϱ(y)\varrho (x+y)\leqslant \varrho (x) +\varrho (y) ;

b) Si yy est quasi-nilpotent, alors SpA′(x)='_A(x) = SpA′(x+y)'_A(x+y) ; si de plus A est unifère, alors SpA(x)=_A(x) = SpA(x+y)_A(x+y).

En considérant l’algèbre de Banach déduite de A par adjonction d’un élément unité, on se ramène d’abord au cas où l’algèbre A est unifère. Puis en considérant la sous-algèbre pleine fermée de A engendrée par xx et yy, on se ramène au cas où A est commutative et unifère. L’assertion a) est alors une conséquence de la prop. 7, a), et l’assertion b) découle de la prop. 6 de I, p. 37 et du cor. 5 de I, p. 28.

Proposition 8 028D

Soit A une algèbre de Banach commutative. Les quatre ensembles suivants sont égaux:

(i) Le noyau de la transformation de Gelfand ;

(ii) L’ensemble des éléments xx de A tels que SpA′(x)={0}'_A(x) =\{0\};

(iii) L’ensemble des éléments quasi-nilpotents de A ;

(iv) Le radical de A.

Notons N1,N2,N3,N4N_1,N_2,N_3,N_4, respectivement, ces ensembles. On a N1=N_1= N2N_2 (prop. 6, a)), et N2=N3(N_2= N_3(I, p. 28, cor. 5). Par définition, l’ensemble N4N_4 est l’intersection des idéaux maximaux réguliers de A ; c’est donc l’intersection des noyaux des caractères de A (th. 2 de I, p. 30), qui est égal à N1N_1.

Remarque 1 028E

En général, l’image de la transformation de Gelfand n’est ni fermée dans C0(X(A))\mathscr{C}_0(\mathsf{X}(A)), ni dense dans C0(X(A))\mathscr{C}_0(\mathsf{X}(A)) (exerc. 7 de I, p. 193).

Remarque 2 028F

L’image de la transformation de Gelfand sépare les points de X(A)\mathsf{X}(A), puisque si χ1≠χ2\chi_1\not=\chi_2 sont des éléments de X(A)\mathsf{X}(A), il existe x∈Ax\in A tel que χ1(x)≠χ2(x)\chi_1(x)\not=\chi_2(x).

Remarque 3 028G

Si χ∈X(A)\chi \in \mathsf{X}(A), il existe un élément de l’image de la transformation de Gelfand qui ne s’annule pas en χ\chi.

Remarque 4 028H

Si A possède un élément unité, l’image de la transformation de Gelfand est une sous-algèbre pleine de l’algèbre des fonctions continues sur X(A)\mathsf{X}(A) (prop. 6, b)).

Lemme 2 028I

Soit A une algèbre de Banach commutative. Soit M une partie de X(A)\mathsf{X}(A). Alors M est fermée pour la topologie de Jacobson si et seulement si, pour tout caractère χ∈X(A)\chi \in \mathsf{X}(A) - M, il existe un élément xx de A tel que G(x)\mathscr{G}(x) soit nul sur M et non nul en χ\chi.

Soit Υ(M) l’intersection des noyaux des éléments de M. L’ensemble M est fermé pour la topologie de Jacobson si et seulement si M = V(Υ(M)) (cf. I, p. 13 et I, p. 30). Cette condition équivaut à dire que les éléments χ\chi de M sont précisément les caractères qui s’annulent sur Υ(M). Par conséquent M est fermé si et seulement si pour tout caractère χ∉M\chi \notin M, il existe x∈Υ(M)x\in \Upsilon (M) tel que χ(x)≠0\chi (x)\not= 0. Cela se traduit en G(x)(χ)≠0\mathscr{G}(x)(\chi )\not= 0 et G(x)∣M=0\mathscr{G}(x)|M = 0.

5. Morphismes d’algèbres de Banach commutatives

Proposition 9 028J

Soit A une algèbre de Banach, soit B une algèbre de Banach commutative et sans radical, Tout morphisme de l’algèbre sous-jacente à A dans l’algèbre sous-jacente à B est continu.

Soit h:A→Bh: A\rightarrow B un morphisme d’algèbres et soit (a,b)∈A×B(a, b)\in A\times B un point adhérent au graphe Γ de hh. Soit χ∈X′(B)\chi \in \mathsf{X}'(B). La fonction x↦χ(h(x))x\mapsto \chi (h(x)) de A dans C\mathbf{C} est un homomorphisme d’algèbres, donc est continu (I, p. 29, th. 1). L’application de A×BA\times B dans C\mathbf{C} donnée par (x,y)↦χ(h(x))−χ(y)(x, y)\mapsto \chi (h(x))-\chi (y) est alors continue, elle est nulle sur Γ, donc nulle en (a,b)(a, b). On a ainsi χ(h(a))=χ(b)\chi (h(a)) =\chi (b) pour tout χ∈X′(B)\chi \in \mathsf{X}'(B). Comme B est sans radical, on a h(a)=bh(a) =b. Ainsi le graphe de hh est fermé et donc hh est continu (EVT, I, p. 19, cor. 5).

Corollaire 028K

Sur une algèbre complexe commutative sans radical, deux normes définissant des structures d’algèbre de Banach sont équivalentes.

Il suffit d’appliquer la prop. 9 à l’application identique de l’algèbre.

Soient A et B des algèbres de Banach commutatives. D’après le no7^o7 de I, p. 9, si h:A→Bh: A\rightarrow B est un morphisme surjectif, X′(h)\mathsf{X}'(h) est un homéo-morphisme de X′(B)\mathsf{X}'(B) sur un sous-espace fermé de X′(A)\mathsf{X}'(A) qui transforme 0 en 0. (Dans le cas où hh est l’injection d’une sous-algèbre dans C(X)\mathscr{C}(X), l’application X′(h)\mathsf{X}'(h) est injective sous des hypothèses beaucoup plus faibles, cf. I, p. 142, prop. 1, d).)

Soit maintenant h:A→Bh: A\rightarrow B un morphisme injectif. En général, X′(h)\mathsf{X}'(h) n’est pas surjectif, mais la proposition suivante fournit une condition nécessaire pour que ce soit le cas.

Proposition 10 028L

Soient A et B des algèbres de Banach unifères commutatives, h:A→Bh: A\rightarrow B un morphisme d’algèbres unifère, non nécessairement continu. Si X(h)\mathsf{X}(h) est surjectif, alors h(A)h(A) est une sous-algèbre pleine de B.

Soit x∈Ax\in A tel que h(x)h(x) soit inversible dans B. Pour tout χ∈X(A)\chi \in \mathsf{X}(A), il existe ξ∈X(B)\xi \in \mathsf{X}(B) tel que χ=X(h)(ξ)\chi =\mathsf{X}(h)(\xi ), donc χ(x)=ξ(h(x))≠0\chi (x) =\xi (h(x))\not= 0. La prop. 6 de I, p. 37 montre alors que xx est inversible dans A, et donc que h(x)h(x) est inversible dans h(A)h(A).

La condition nécessaire de la proposition n’est pas suffisante, même si hh est isométrique (I, p. 168, exerc. 14). On a toutefois le résultat suivant :

Proposition 11 028M

Soient A et B des algèbres de Banach unifères commutatives, soit aa un élément de A et soit h:A→Bh: A\rightarrow B un morphisme injectif unifère (non nécessairement continu). On suppose que la sous-algèbre fermée pleine de A engendrée par aa est égale à A. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) X(h)\mathsf{X}(h) est surjectif;

(ii) h(A)h(A) est une sous-algèbre pleine de B;

(iii) SpA(a)=_A(a) = SpB(h(a))_B(h(a)).

(i) =⇒=\Rightarrow (ii) résulte de la prop. 10.

(ii) =⇒=\Rightarrow (iii) résulte de la formule SpA(a)=_A(a) = Sph(A)(h(a))=_{h(A)}(h(a)) = SpB(h(a))_B(h(a)), valide puisque h(A)h(A) est une sous-algèbre pleine de B.

(iii) =⇒=\Rightarrow (i) d’après la formule (4) du no6^o6 de I, p. 6, on a le diagramme commutatif

←X(h) \leftarrow^{\mathsf{X}(h)}
X(B)→X(A) \mathsf{X}(B)\rightarrow \mathsf{X}(A)
→←GB(h(a))→←GA(a) \rightarrow \leftarrow_{\mathscr{G}_B(h(a))}\rightarrow \leftarrow_{\mathscr{G}_A(a)}
←i \leftarrow_i

SpB(h(a))→_B(h(a))\rightarrow SpA(a)_A(a)

où les flèches verticales désignent des applications surjectives (I, p. 37, prop. 6) et ii est l’inclusion canonique. L’hypothèse (iii) signifie que ii est bijective. De plus l’application surjective GA(a):X(A)→\mathscr{G}_A(a) :\mathsf{X}(A)\rightarrow SpA(a)_A(a) est bijective : en effet, pour tout caractères χ1\chi_1 et χ2\chi_2 de A, l’ensemble Aχ1,χ2={x∈A∣χ1(x)=χ2(x)}A_{\chi_1,\chi_2}=\{x\in A|\chi_1(x) =\chi_2(x)\} est une sous-algèbre fermée pleine de A. Par hypothèse, on a donc Aχ1,χ2A_{\chi_1,\chi_2} = A si a∈Aχ1,χ2a\in A_{\chi_1,\chi_2}, c’est-àdire χ1=χ2\chi_1=\chi_2 si GA(a)χ1=GA(a)χ2\mathscr{G}_A(a)\chi_1=\mathscr{G}_A(a)\chi_2. Le diagramme implique alors que l’application X(h)\mathsf{X}(h) est surjective.

6. Spectre simultané

Soit Λ un ensemble. Soit CΛ=C[(Xλ)λ∈Λ]C_{\Lambda}=\mathbf{C}[(X_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda}] l’algèbre unifère des polynômes complexes par rapport à une famille d’indéterminées (Xλ)λ∈Λ(X_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda}. Pour tout χ∈X(CΛ)\chi \in \mathsf{X}(C_{\Lambda}), on a (χ(Xλ))λ∈Λ∈CΛ(\chi (X_{\lambda}))_{\lambda\in\Lambda}\in \mathbf{C}^{\Lambda}; l’application χ↦\chi \mapsto (χ(Xλ))λ∈Λ(\chi (X_{\lambda}))_{\lambda\in\Lambda} est un homéomorphisme de X(CΛ)\mathsf{X}(C_{\Lambda}) sur l’espace produit CΛ\mathbf{C}^{\Lambda}, par lequel on identifie ces espaces.

Soient d’autre part A une algèbre de Banach commutative unifère et x=(xλ)λ∈Λx= (x_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda} une famille d’éléments de A. Il existe un morphisme unifère hh et un seul de CΛC_{\Lambda} dans A tel que h(Xλ)=xλh(X_{\lambda}) =x_{\lambda} pour tout λ\lambda. L’application continue X(h)\mathsf{X}(h) de X(A)\mathsf{X}(A) dans CΛ\mathbf{C}^{\Lambda} est l’application qui à χ\chi associe la famille (χ(xλ))λ∈Λ(\chi (x_{\lambda}))_{\lambda\in\Lambda}. On l’appelle l’application de X(A)\mathsf{X}(A) dans CΛ\mathbf{C}^{\Lambda} définie par xx.

Définition 2 028N

L’image de l’application X(h)\mathsf{X}(h) est appelée le spectre simultané de xx, et notée SpAΛ(x)^{\Lambda}_A(x) ou SpΛ(x)^{\Lambda}(x).

Le spectre simultané de xx est une partie compacte de CΛ\mathbf{C}^{\Lambda}. Un élément c=(cλ)∈CΛc= (c_{\lambda})\in \mathbf{C}^{\Lambda} appartient à SpAΛ(x)^{\Lambda}_A(x) si et seulement si les éléments xλ−cλx_{\lambda}-c_{\lambda} appartiennent à un même idéal maximal de A, autrement dit si la famille (xλ−cλ)λ∈Λ(x_{\lambda}-c_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda} n’engendre pas l’algèbre A.

Si Λ contient un seul élément, de sorte que la famille xx se réduit à un seul élément x∈Ax\in A, on a SpAΛ(x)=^{\Lambda}_A(x) = SpA(x)_A(x) (I, p. 37, prop. 6, b)). Si Λ′⊂Λ\Lambda '\subset \Lambda, alors SpAΛ′((xλ)λ∈Λ′)^{\Lambda'}_A((x_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda'}) est l’image de SpAΛ((xλ)λ∈Λ)^{\Lambda}_A((x_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda}) par l’application canonique de projection de CΛ\mathbf{C}^{\Lambda} sur CΛ′\mathbf{C}^{\Lambda'}. En particulier, on a

SpAΛ(x)⊂∏λ∈Λ^{\Lambda}_A(x)\subset \prod_{\lambda\in\Lambda} SpA(xλ)_A(x_{\lambda}).

Notons zλz_{\lambda}, pour λ∈Λ\lambda \in \Lambda, les fonctions coordonnées sur CΛ\mathbf{C}^{\Lambda}. Si χ∈\chi \in X(A)\mathsf{X}(A), la valeur en χ\chi de zλ∘X(h)z_{\lambda}\circ \mathsf{X}(h) est χ(xλ)\chi (x_{\lambda}), donc zλ∘X(h)=G(xλ)z_{\lambda}\circ \mathsf{X}(h) =\mathscr{G}(x_{\lambda}).

Soient A et B des algèbres de Banach commutatives unifères, φ\varphi un morphisme unifère de A dans B, et x=(xλ)λ∈Λx= (x_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda} une famille d’éléments de A. Notons φ(x)\varphi (x) la famille (φ(xλ))λ∈Λ(\varphi (x_{\lambda}))_{\lambda\in\Lambda} d’éléments de B. On a, pour tout χ∈X(B)\chi \in \mathsf{X}(B), et tout λ∈Λ\lambda \in \Lambda

χ(φ(xλ))=(X(φ)(χ))(xλ) \chi (\varphi (x_{\lambda})) = (\mathsf{X}(\varphi )(\chi ))(x_{\lambda})

donc SpBΛ(φ(x))⊂^{\Lambda}_B(\varphi (x))\subset SpAΛ(x)^{\Lambda}_A(x). Le diagramme

←X(φ) \leftarrow^{\mathsf{X}(\varphi)}
X(B)→X(A) \mathsf{X}(B)\rightarrow \mathsf{X}(A)
→←→←(1) \rightarrow \leftarrow \rightarrow \leftarrow \tag{1}
Λ←iΛ _{\Lambda}\leftarrow_{i\Lambda}

SpB(φ(x))→_B(\varphi (x))\rightarrow SpA(x)_A(x)

où ii désigne l’inclusion, et où les flèches verticales désignent les applications définies par les familles φ(x)\varphi (x) et xx, est donc commutatif.

Exemple 028O

Soit K ⊂CΛ\subset \mathbf{C}^{\Lambda} une partie compacte. Soit z=(zλ)λ∈Λz= (z_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda} la famille dans C(K)\mathscr{C}(K) des restrictions à K des fonctions coordonnées de CΛ\mathbf{C}^{\Lambda}. Alors le spectre simultané SpC(K)Λ(z)^{\Lambda}_{\mathscr{C}(K)}(z) est égal à K. En effet, d’après le cor. 2 de I, p. 32, tout caractère χ\chi de C(K)\mathscr{C}(K) est de la forme f↦f(x)f\mapsto f(x) pour un élément x∈Kx\in K, et on a alors (χ(zλ))λ∈Λ=x(\chi (z_{\lambda}))_{\lambda\in\Lambda}=x.

Proposition 12 028P

Soient Λ un ensemble et A une algèbre de Banach unifère commutative. Soit x=(xλ)λ∈Λx= (x_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda} une famille d’éléments de A.

a) On suppose que la sous-algèbre pleine de A engendrée par la famille xx est dense dans A. L’application de X(A)\mathsf{X}(A) dans CΛ\mathbf{C}^{\Lambda} définie par xx est un homéomorphisme de X(A)\mathsf{X}(A) sur le spectre simultané SpAΛ(x)^{\Lambda}_A(x) ;

b) On suppose que la sous-algèbre unifère de A engendrée par la famille xx est dense dans A. Pour tout c∈CΛc\in \mathbf{C}^{\Lambda}, les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) c∈c\in SpAΛ(x)^{\Lambda}_A(x) ;

(ii) ∣P(c)∣⩽ϱ(P(x))|P(c)|\leqslant \varrho (P(x)) pour tout polynôme P∈C[(Xλ)λ∈Λ]P\in \mathbf{C}[(X_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda}];

(iii) ∣P(c)∣⩽∥P(x)∥|P(c)|\leqslant \|P(x)\| pour tout polynôme P∈C[(Xλ)λ∈Λ]P\in \mathbf{C}[(X_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda}].

a) L’application de X(A)\mathsf{X}(A) dans SpAΛ(x)^{\Lambda}_A(x) définie par la famille xx est continue et surjective. Soient χ,χ′∈X(A)\chi ,\chi '\in \mathsf{X}(A) des caractères ayant la même image, c’est-à-dire tels que χ(xλ)=χ′(xλ)\chi (x_{\lambda}) =\chi '(x_{\lambda}) pour tout λ∈Λ\lambda \in \Lambda. Les caractères χ\chi et χ′\chi ' coïncident sur les éléments de la forme P(x)Q(x)−1P(x)Q(x)^{-1}, où P∈C[(Xλ)]P\in \mathbf{C}[(X_{\lambda})], Q∈C[(Xλ)]Q\in \mathbf{C}[(X_{\lambda})] et Q(x)Q(x) est inversible dans A, c’est-à-dire sur la sous-algèbre pleine de A engendrée par les éléments xλx_{\lambda} (lemme 2 de I, p. 6). Puisque χ\chi et χ′\chi ' sont continus (th. 1 de I, p. 29), ils sont donc égaux sur A. Cela démontre que X(h)\mathsf{X}(h) est une bijection continue de X(A)\mathsf{X}(A) sur SpAΛ(x)^{\Lambda}_A(x), et par suite c’est un homéomorphisme puisque X(A)\mathsf{X}(A) est compact.

b) Montrons que (i) implique (ii) : si c=(cλ)λ∈Λ∈c= (c_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda}\in SpAΛ(x)^{\Lambda}_A(x), il existe χ∈X(A)\chi \in \mathsf{X}(A) tel que cλ=χ(xλ)c_{\lambda}=\chi (x_{\lambda}) pour tout λ\lambda. Pour tout P∈C[(Xλ)]P\in \mathbf{C}[(X_{\lambda})], on a donc ∣P(c)∣=∣P((χ(xλ))λ∈Λ)∣=∣χ(P(x))∣⩽ϱ(P(x))|P(c)|=|P((\chi (x_{\lambda}))_{\lambda\in\Lambda})|=|\chi (P(x))|\leqslant \varrho (P(x)).

L’assertion (ii) implique (iii) en raison de l’inégalité ϱ(x)⩽∥x∥\varrho (x)\leqslant \|x\|, valide pour tout x∈Ax\in A par définition du rayon spectral.

Montrons finalement que (iii) implique (i). Soit c=(cλ)λ∈Λ∈CΛc= (c_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda}\in \mathbf{C}^{\Lambda} tel que

∣P(c)∣⩽∥P(x)∥(2) |P(c)|\leqslant \|P(x)\| \tag{2}

pour tout P ∈C[(Xλ)]\in \mathbf{C}[(X_{\lambda})]. Soit A′A' la sous-algèbre unifère de A engendrée par la famille xx; ses éléments sont de la forme P(x)P(x) pour P∈C[(Xλ)]P\in \mathbf{C}[(X_{\lambda})]. La majoration (2) implique que la condition P(x)=0P(x) = 0 entraîne P(c)=0P(c) = 0. Il existe donc un morphisme d’algèbres unifères ξ\xi de A′A' dans C\mathbf{C} tel que ξ(xλ)=cλ\xi (x_{\lambda}) =c_{\lambda} pour tout λ∈Λ\lambda \in \Lambda. D’après (2), le morphisme ξ\xi est continu. Il se prolonge donc par continuité en un caractère χ\chi de A′‾=A\overline{A'}= A, qui vérifie c=(χ(xλ))λ∈Λ∈c= (\chi (x_{\lambda}))_{\lambda\in\Lambda}\in SpAΛ(x)^{\Lambda}_A(x). Cela termine la démonstration.

7. Ensembles polynomialement convexes

Définition 3 028Q

Soient Λ un ensemble et V une partie de CΛ\mathbf{C}^{\Lambda}. On dit que V est polynomialement convexe si V est l’ensemble des points (cλ)λ∈Λ(c_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda} de CΛ\mathbf{C}^{\Lambda} tel que

∣P((cλ))∣⩽|P((c_{\lambda}))|\leqslant supc∈V∣P(c)∣_{c\in V}|P(c)|

pour tout P∈C[(Xλ)]P\in \mathbf{C}[(X_{\lambda})].

Lemme 3 028R

Soit Λ un ensemble. Une partie V de CΛ\mathbf{C}^{\Lambda} est polynomialement convexe si et seulement s’il existe une famille (Pi)i∈I(P_i)_{i\in I} d’éléments de C[(Xλ)λ∈Λ]\mathbf{C}[(X_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda}] et une famille (Mi)i∈I(M_i)_{i\in I} d’éléments de [0,+∞][0,+\infty ] tels que V soit l’ensemble des c∈CΛc\in \mathbf{C}^{\Lambda} vérifiant

∣Pi(c)∣⩽Mi |P_i(c)|\leqslant M_i

pour tout i∈Ii\in I.

Si la partie V de CΛ\mathbf{C}^{\Lambda} est polynomialement convexe, elle vérifie la condition ci-dessus pour la famille formée des éléments P de C[(Xλ)λ∈Λ]\mathbf{C}[(X_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda}] en posant MP=M_P= supc∈V∣P(c)∣_{c\in V}|P(c)|.

Réciproquement, soient (Pi)i∈I(P_i)_{i\in I} une famille d’éléments de C[(Xλ)λ∈Λ]\mathbf{C}[(X_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda}] et (Mi)i∈I(M_i)_{i\in I} une famille d’éléments de [0,+∞][0,+\infty ]. Soit V l’ensemble des cc dans CΛ\mathbf{C}^{\Lambda} tels que ∣Pi(c)∣⩽Mi|P_i(c)|\leqslant M_i pour tout i∈Ii\in I. On a alors supc∈V∣Pi(c)∣⩽Mi_{c\in V}|P_i(c)|\leqslant M_i pour i∈Ii\in I. Supposons que x∈CΛx\in \mathbf{C}^{\Lambda} vérifie

∣P(x)∣⩽|P(x)|\leqslant supc∈V∣P(c)∣_{c\in V}|P(c)|

pour tout P∈C[(Xλ)]P\in \mathbf{C}[(X_{\lambda})]. Pour i∈Ii\in I, on a en particulier ∣Pi(x)∣⩽Mi|P_i(x)|\leqslant M_i, donc x∈Vx\in V. Inversement, pour tout élément x∈Vx\in V et tout polynôme P∈C[(Xλ)]P\in \mathbf{C}[(X_{\lambda})], on a ∣P(x)∣⩽|P(x)|\leqslant supc∈V∣P(c)∣_{c\in V}|P(c)|. Par conséquent, l’ensemble V est polynomialement convexe.

Lemme 4 028S

Soit A une algèbre de Banach commutative unifère. Soient Λ un ensemble et x=(xλ)λ∈Λx= (x_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda} une famille d’éléments de A. Si la sous-algèbre unifère engendrée par la famille xx est dense dans A, alors le spectre simultané SpAΛ(x)^{\Lambda}_A(x) est polynomialement convexe.

Cela résulte de l’assertion b) de la prop. 12 de I, p. 43 et de la définition 3.

Toute intersection de parties polynomialement convexes de CΛ\mathbf{C}^{\Lambda} est polynomialement convexe (lemme 3). Cela justifie la définition suivante :

Définition 4 028T

Soient Λ un ensemble et V une partie de CΛ\mathbf{C}^{\Lambda}. L’enveloppe polynomialement convexe de V est le plus petit sous-ensemble polynomialement convexe de CΛ\mathbf{C}^{\Lambda} contenant V.

L’enveloppe polynomialement convexe de V est l’ensemble des cc appartenant à CΛ\mathbf{C}^{\Lambda} tels que ∣P(c)∣⩽|P(c)|\leqslant supW∣P∣_W|P| pour tout P∈C[(Xλ)]P\in \mathbf{C}[(X_{\lambda})]. En effet, cet ensemble est polynomialement convexe par le lemme 3, et est contenu dans tout ensemble polynomialement convexe contenant V par définition.

Exemple 028U

Soient Λ un ensemble fini et V⊂CΛV\subset \mathbf{C}^{\Lambda} une partie convexe compacte. Alors V est polynomialement convexe. En effet, soit W l’enveloppe polynomialement convexe de V. Démontrons que W⊂VW\subset V, ce qui entraînera l’assertion. Soit x∈CΛ−x\in \mathbf{C}^{\Lambda}-V. Il existe un hyperplan réel H dans CΛ\mathbf{C}^{\Lambda} qui sépare strictement xx et V (EVT, II, p. 41, prop. 4). Soient fRf_{\mathbf{R}} une forme R\mathbf{R}-linéaire sur CΛ\mathbf{C}^{\Lambda} et α∈R\alpha \in \mathbf{R} tels que H est l’ensemble des y∈CΛy\in \mathbf{C}^{\Lambda} vérifiant fR(y)=αf_{\mathbf{R}}(y) =\alpha. Soit ff une forme linéaire sur CΛ\mathbf{C}^{\Lambda} telle que fR=R(f)f_{\mathbf{R}}=\mathscr{R}(f). On a donc

R(f(x))>\mathscr{R}(f(x))> supy∈VR(f(y))_{y\in V}\mathscr{R}(f(y)).

Pour tout t∈Rt\in \mathbf{R} et y∈Vy\in V, posons ft(y)=t+f(y)f_t(y) =t+f(y). On a ∣ft∣−R(ft)→0|f_t|-\mathscr{R}(f_t)\rightarrow 0 dans C(CΛ,R)\mathscr{C}(\mathbf{C}^{\Lambda},\mathbf{R}) muni de la topologie de la convergence compacte quand t→+∞t\rightarrow +\infty. Pour tt suffisamment grand, il vient ∣ft(x)∣>|f_t(x)|> supy∈V∣ft(y)∣_{y\in V}|f_t(y)| puisque V est compacte. Ainsi x∈CΛ−x\in \mathbf{C}^{\Lambda}- W puisque ftf_t est une fonction polynomiale.

Lemme 5 028V

Soit K une partie compacte de C\mathbf{C}. On note K^\widehat{K} la réunion de K et des composantes connexes de C−\mathbf{C}- K qui sont relativement compactes. Alors l’ensemble K^\widehat{K} est compact.

Comme K est compact, il existe un nombre réel r>0r >0 tel que K est contenu dans le disque ouvert D de centre 0 et de rayon rr. Alors C−\mathbf{C}- K contient C−\mathbf{C}-D. Comme l’espace C−\mathbf{C}- D est connexe (étant homéomorphe à [r,+∞[×S1)[r,+\infty [\times \mathbf{S}^1), il est contenu dans une composante connexe U de C−\mathbf{C}-K. Toute autre composante connexe de C−\mathbf{C}- K est contenue dans D, donc est bornée. La composante connexe U est alors l’unique composante connexe non bornée de C−\mathbf{C}- K, c’est-à-dire U=C−K^U =\mathbf{C}-\widehat{K}. Puisque U est ouvert et contient le complémentaire du disque D, l’ensemble K^\widehat{K} est compact.

Proposition 13 028W

Soit n⩾1n\geqslant 1 un entier. Soit K⊂CnK\subset \mathbf{C}^n une partie fermée et V son enveloppe polynomialement convexe.

a) Toute composante connexe bornée de Cn−\mathbf{C}^n- K est contenue dans V ;

b) Si n=1n= 1, et si K est compact, alors V est la réunion K^\widehat{K} de K et des composantes connexes bornées de C−\mathbf{C}- K.

Comme K⊂CnK\subset \mathbf{C}^n est fermé, son complémentaire Cn−\mathbf{C}^n- K est ouvert, donc localement connexe, de sorte que chaque composante connexe de Cn−\mathbf{C}^n- K est ouverte. Le principe du maximum (VAR, R1, p. 29, 3.3.7) montre alors que toute composante connexe bornée de Cn−\mathbf{C}^n- K est contenue dans V, ce qui montre l’assertion a).

Supposons maintenant n=1n= 1 et K compact. Notons K^\widehat{K} la réunion de K et des composantes connexes bornées de C−\mathbf{C}- K, de sorte que K^⊂\widehat{K}\subset V par ce qui précède. L’ensemble K^\widehat{K} est compact (lemme 5). Soit A l’algèbre de Banach unifère commutative C(K^)\mathscr{C}(\widehat{K}). Soient x∈Ax\in A la fonction identique de K^\widehat{K} et B la sous-algèbre unifère fermée de A engendrée par xx. On a SpA(x)=K^_A(x) =\widehat{K} (exemple 3 de I, p. 17), donc C−\mathbf{C}- SpA(x)_A(x) est connexe. Par suite on a SpB(x)=_B(x) = SpA(x)_A(x) (cor. de la prop. 6 de I, p. 28). Comme SpB(x)_B(x) est polynomialement convexe d’après le lemme 4, cela montre que K^\widehat{K} est polynomialement convexe et donc que V⊂K^V\subset \widehat{K}.

La seconde partie de la proposition ne s’étend pas au cas n⩾2n\geqslant 2 (cf. exerc. 23 de I, p. 170).

Proposition 14 028X

Soit Λ un ensemble. Soient A une algèbre de Banach unifère commutative, x=(xλ)λ∈Λx= (x_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda} une famille d’éléments de A et A′A' la sous-algèbre de Banach unifère engendrée par xx. Alors le spectre simultané SpA′Λ(x)^{\Lambda}_{A'}(x) est l’enveloppe polynomialement convexe de SpAΛ(x)^{\Lambda}_A(x).

En effet, la prop. 12 de I, p. 43, b) démontre que SpA′Λ(x)^{\Lambda}_{A'}(x) est l’ensemble des c∈CΛc\in \mathbf{C}^{\Lambda} tels que ∣P(c)∣⩽ϱ(P(x))|P(c)|\leqslant \varrho (P(x)) pour tout P∈C[(Xλ)]P\in \mathbf{C}[(X_{\lambda})]. Or on a

ϱ(P(x))=\varrho (P(x)) = supχ∈X(A)∣χ(P(x))∣=_{\chi\in\mathsf{X}(A)}|\chi (P(x))|= supχ∈X(A)∣P((χ(xλ))λ∈Λ)∣=_{\chi\in\mathsf{X}(A)}|P((\chi (x_{\lambda}))_{\lambda\in\Lambda})|= supc∈SpΛA(x)∣P(c)∣_{c\in Sp_{\Lambda A}(x)}|P(c)|,

d’après la prop. 7 de I, p. 38, a) et la prop. 12 de I, p. 43, a). Le résultat découle alors du lemme 3.

Proposition 15 028Y

Soit Λ un ensemble. Soit K une partie compacte polynomialement convexe de CΛ\mathbf{C}^{\Lambda}. Soit A0A_0 l’ensemble des restrictions à K des fonctions polynômes sur CΛ\mathbf{C}^{\Lambda}, et soit A l’adhérence de A0A_0 dans l’algèbre C(K)\mathscr{C}(K).

Soit ev:K→X(A): K\rightarrow \mathsf{X}(A) l’application définie par x↦x\mapsto evx_x, où evx_x est le caractère f↦f(x)f\mapsto f(x) de A. Soit z=(zλ)λ∈Λz= (z_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda} la famille dans A des restrictions à K des fonctions coordonnées sur CΛ\mathbf{C}^{\Lambda}, et soit φ\varphi l’application surjective de X(A)\mathsf{X}(A) dans SpAΛ(z)^{\Lambda}_A(z) définie par la famille zz.

Alors on a K = SpAΛ(z)^{\Lambda}_A(z), et les applications ev : K →X(A)\rightarrow \mathsf{X}(A) et φ:X(A)→K\varphi :\mathsf{X}(A)\rightarrow K sont des homéomorphismes réciproques.

L’application φ∘\varphi \circ ev est l’application identique de K. En particulier, K est contenu dans l’image SpAΛ(z)^{\Lambda}_A(z) de φ\varphi.

La prop. 14 implique que SpAΛ(z)^{\Lambda}_A(z) est l’enveloppe polynomialement convexe de SpC(K)Λ(z)^{\Lambda}_{\mathscr{C}(K)}(z). Puisque, d’autre part, on a SpC(K)Λ(z)=K^{\Lambda}_{\mathscr{C}(K)}(z) = K (I, p. 42, exemple), qui est polynomialement convexe par hypothèse, on en déduit que SpAΛ(z)=K^{\Lambda}_A(z) = K.

Puisque la sous-algèbre unifère engendrée par la famille des éléments zλz_{\lambda} est dense dans A, l’application φ\varphi est un homéomorphisme de X(A)\mathsf{X}(A) sur SpAΛ(z)=K^{\Lambda}_A(z) = K (prop. 12 de I, p. 43, a)). L’identité φ∘\varphi \circ ev = IdK_K démontre alors que ev est l’homéomorphisme réciproque de φ\varphi.

Pour toute partie Λ′\Lambda ' de Λ, on note prΛ′_{\Lambda'} la projection canonique CΛ→CΛ′\mathbf{C}^{\Lambda}\rightarrow \mathbf{C}^{\Lambda'}. Soient W une partie de CΛ\mathbf{C}^{\Lambda} et V son enveloppe polynomialement convexe. Posons W′=W'= prΛ′W_{\Lambda'}W. Comme tout élément de C[(Xλ)λ∈Λ′]\mathbf{C}[(X_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda'}] s’identifie à un élément de C[(Xλ)λ∈Λ]\mathbf{C}[(X_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda}], l’enveloppe polynomialement convexe de W′W' est contenue dans prΛ′V_{\Lambda'}V.

Lemme 6 028Z

Soient K⊂CΛK\subset \mathbf{C}^{\Lambda} une partie compacte polynomialement convexe et U un voisinage de K. Il existe une partie finie Λ0\Lambda_0 de Λ telle que, pour toute partie Λ′\Lambda ' de Λ contenant Λ0\Lambda_0, l’ensemble prΛ′(U)_{\Lambda'}(U) contienne l’enveloppe polynomialement convexe de prΛ′(K)_{\Lambda'}(K).

Puisque K est compact, il existe une famille de disques compacts DλD_{\lambda} dans C\mathbf{C} de centre 0 et de rayons RλR_{\lambda} tels que K est contenu dans le produit D=∏λDλD =\prod_{\lambda}D_{\lambda}. Pour tout P∈C[(Xλ)]P\in \mathbf{C}[(X_{\lambda})], soit KPK_P l’ensemble des

x∈CΛx\in \mathbf{C}^{\Lambda} tels que

∣P(x)∣⩽|P(x)|\leqslant supc∈K∣P(c)∣_{c\in K}|P(c)|.

On a

D∩⋂PKP=K(3) D\cap \bigcap_PK_P= K \tag{3}

qui est contenu dans U. Ainsi, l’espace D est la réunion de l’ensemble ouvert D∩UD\cap U et de la famille des ensembles ouverts D - KPK_P pour P∈C[(Xλ)]P\in \mathbf{C}[(X_{\lambda})]. Comme D est compact, il existe un entier q⩾1q\geqslant 1 et des polynômes P1,...,Pq∈C[(Xλ)]P_1, . . . ,P_q\in \mathbf{C}[(X_{\lambda})] tels que :

D∩KP1∩⋯∩KPq⊂U(4) D\cap K_{P_1}\cap \cdots \cap K_{P_q}\subset U \tag{4}

Il existe un ensemble fini Λ0⊂\Lambda_0\subset Λ tel que Pi∈C[(Xλ)λ∈Λ0]P_i\in \mathbf{C}[(X_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda_0}] pour 1⩽i⩽q1\leqslant i\leqslant q. Démontrons que Λ0\Lambda_0 vérifie l’assertion du lemme.

Soit Λ′\Lambda ' une partie de Λ contenant Λ0\Lambda_0. Soit E la partie de CΛ′\mathbf{C}^{\Lambda'} formée des éléments c=(cλ)λ∈Λ′c= (c_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda'} définie par les inégalités ∣cλ∣⩽Rλ|c_{\lambda}|\leqslant R_{\lambda} pour λ∈Λ′\lambda \in \Lambda ', et

∣Pi(c)∣⩽|P_i(c)|\leqslant supc∈K∣Pi(c)∣_{c\in K}|P_i(c)|

pour i=1,...,qi= 1, . . . ,q. La partie E est polynomialement convexe (lemme 3) et la formule (3) démontre que prΛ′(K)⊂E_{\Lambda'}(K)\subset E.

D’autre part, soit c=(cλ)λ∈Λ′∈Ec= (c_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda'}\in E ; soit d=(dλ)λ∈Λd= (d_{\lambda})_{\lambda\in\Lambda} l’élément de CΛ\mathbf{C}^{\Lambda} défini par dλ=cλd_{\lambda}=c_{\lambda} pour λ∈Λ′\lambda \in \Lambda ' et dλ=0d_{\lambda}= 0 pour λ∈Λ\lambda \in \Lambda- Λ′\Lambda '. Alors (4) implique que d∈Ud\in U, et donc que c∈c\in prΛ′(U)_{\Lambda'}(U). Ainsi, E⊂E\subset prΛ′(U)_{\Lambda'}(U), ce qui achève la démonstration.

Lemme 7 0290

Soient n⩾1n\geqslant 1 un entier et K une partie compacte polynomialement convexe de Cn\mathbf{C}^n. Alors K admet un système fondamental de voisinages compacts polynomialement convexes.

Il existe un polydisque (cf. VAR, R1, p. 24) compact Δ de Cn\mathbf{C}^n qui est un voisinage de K. Puisque K est polynomialement convexe, il existe une famille (Pi)i∈I(P_i)_{i\in I} d’éléments de C[X1,...,Xn]\mathbf{C}[X_1, . . . ,X_n], et une famille (Mi)i∈I(M_i)_{i\in I} de nombres réels positifs tels que K est l’ensemble des z∈z\in Δ vérifiant ∣Pi(z)∣⩽Mi|P_i(z)|\leqslant M_i pour tout ii (lemme 3). Pour toute partie finie J de I et tout ε>0\varepsilon >0, soit KJ,εK_{J,\varepsilon} l’ensemble des z∈Δz\in \Delta tels que ∣Pi(z)∣⩽Mi+ε|P_i(z)|\leqslant M_i+\varepsilon pour i∈Ji\in J. Alors chaque ensemble KJ,εK_{J,\varepsilon} est un voisinage compact polynomialement convexe de K (loc. cit.), et l’intersection des ensembles KJ,εK_{J,\varepsilon} est K. Les ensembles KJ,εK_{J,\varepsilon} forment donc un système fondamental de voisinages polynomialement convexes de K (TG, I, p. 60, th. 1).

Exercices

Dans les exercices ci-dessous, toutes les algèbres considérées sont sur C\mathbf{C}, sauf mention explicite du contraire.

See the exercises for § 3.

Transcribed from the printed volume. Not translated.