Soient E et F des espaces de Banach complexes. On rappelle (cf. VAR, R1, p. 26, 3.2.1, p. 22, 3.1 et p. 88, App.) qu’une application holomorphe définie sur un ouvert U de E et à valeurs dans F est une application f:U→F telle que, pour tout x∈U, il existe une série convergente
fx=k⩾0∑fx,k
vérifiant f(x+y)=fx(y) pour tout y∈E assez proche de 0, où fx,k:E→C est un polynôme homogène continu de degré k sur E à valeurs dans F, c’est-à-dire une application de la forme
fx,k(y)=fx,k(y,...,y)
où fx,k:Ek→F est une application k-multilinéaire continue. On note O(U;F) l’espace vectoriel complexe des fonctions holomorphes sur U à valeurs dans F muni de la topologie de la convergence compacte. C’est un espace vectoriel topologique localement convexe, dont la topologie est définie par les semi-normes f↦ supz∈K∥f(z)∥, où K parcourt l’ensemble des parties compactes de U.
Soient G un espace de Banach complexe et V une partie ouverte de G. Pour toute application holomorphe φ:V→ U, l’application φ∗:f↦f∘φ est une application linéaire continue de O(U;F) dans O(V;F).
Si H est un espace de Banach complexe et φ:F→H une application linéaire continue, alors l’application f↦φ∘f est une application linéaire continue de O(U;F) dans O(U;H), notée φ∗.
Soit n un entier naturel et posons E=Cn. Soient K une partie compacte de Cn et U l’ensemble filtrant décroissant des voisinages ouverts de K. Si U,U′∈U et U′⊂U, l’application de restriction des fonctions de O(U;F) dans O(U′;F) est continue. La limite inductive des espaces O(U;F) pour ces applications est notée O(K;F). Les éléments de O(K;F) s’appellent les germes de fonctions holomorphes au voisinage de K et à valeurs dans F.
L’espace O(K;F) est muni de la topologie limite inductive des topologies localement convexes des O(U;F) (EVT, II, p. 31, exemple II). Soient X un espace vectoriel topologique localement convexe et φ:O(K;F)→X une application. Pour tout voisinage ouvert U de K, l’application O(U;F)→X déduite de φ par composition avec l’application canonique O(U;F)→O(K;F) est notée φU. L’application φ est continue si et seulement si φU est continue pour tout U (EVT, II, p. 29, prop. 5, (iii)).
Soit m un entier naturel. Soient L une partie compacte de Cm et V un voisinage ouvert de L. Soit φ:V→Cn une application holomorphe telle que φ(L)⊂K. Les applications linéaires continues
−1
O(U;F)φ←∗→O(φ−1(U);F)φφ←(U)→O(L;F)
pour U voisinage ouvert de K, induisent une application linéaire continue φ∗:O(K;F)→O(L;F) (loc. cit.).
Soient H un espace de Banach complexe et φ:F→H une application linéaire continue. Les applications linéaires continues
O(U;F)φ←∗→O(U;H)φ←U→O(K;F)
où U parcourt l’ensemble des voisinages ouverts de K dans Cn, induisent une application linéaire continue φ∗ de O(K;F) dans O(K;H) (loc. cit.). On notera parfois φ∘f=φ∗(f).
Pour tout voisinage ouvert U de K, la restriction à K est une application linéaire continue O(U;F)→C(K;F) ; ces applications induisent une application linéaire continue O(K;F)→C(K;F), appelée évaluation des germes de fonctions holomorphes sur K.
Soit A une algèbre de Banach unifère complexe. Les espaces O(U;A) et O(K;A) sont des algèbres unifères. Si A={0}, on peut identifier canoniquement O(U;C) (resp. O(K;C)) à la sous-algèbre O(U;C)⋅1 de O(U;A) (resp. à la sous-algèbre O(K;C)⋅1 de O(K;A)). On posera O(U)=O(U;C) et O(K)=O(K;C).
2. Énoncé du théorème principal
Soit X un ensemble. Si m⩽n, on notera πm,n l’application de Xn dans Xm telle que πm,n(x)=(x1,...,xm) pour tout x=(x1,...,xn)∈Xn.
Soit A une algèbre de Banach unifère sur C. Pour tout entier n⩾1 et tout a∈An, on note Spn(a) le spectre simultané SpA{1,...,n}(a) (déf. 2 de I, p. 42). C’est une partie compacte de Cn. Pour tout entier m tel que 1⩽m⩽n, on a πm,n(Spn(a)) = Spm(πm,n(a)) (I, p. 41, no6). L’application linéaire continue
πm,n∗:O(Spm(πm,n(a));A)⟶O(Spn(a);A)
est un morphisme d’algèbres unifères.
Soit A une algèbre de Banach unifère commutative sur C. Soit n⩾1 un entier. On appelle calcul fonctionnel holomorphe en n variables sur A la donnée, pour tout a∈An, d’une application
Θa:O(Spn(a);A)⟶A
vérifiant les conditions :
(CF1) Pour tout a∈An, l’application Θa est un morphisme continu d’algèbres unifères.
(CF2) Si a=(a1,...,an), et si z1,...,zn désignent les germes au voisinage de Spn(a) des fonctions coordonnées sur Cn, on a
Soit A une algèbre de Banach unifère commutative complexe. Il existe un unique calcul fonctionnel holomorphe sur A.
La démonstration de ce théorème occupera les nos3 à 7.
3. Suites adaptées et formes différentielles associées
Dans ce numéro, et jusqu’au numéro 5, on note A une algèbre de Banach unifère commutative complexe et n un entier ⩾1.
Quand nous parlerons de fonctions indéfiniment dérivables sur une partie ouverte de Cn, il s’agira de fonctions indéfiniment dérivables pour la structure sous-jacente de variété réelle. Les notions de calcul différentiel utilisées seront relatives à cette structure.
Soit a=(a1,...,an)∈An, soit h:Cn→C une application et soient u1,...,un des applications de Cn dans A. On dit que la suite (h,u1,...,un) est adaptée à a si
(i) L’application h est indéfiniment dérivable, de support compact, et égale à 1 au voisinage de Spn(a) ;
(ii) Les applications u1,...,un sont indéfiniment dérivables ;
(iii) Pour tout z=(z1,...,zn)∈Cn, on a
h(z)+(z1−a1)u1(z)+⋯+(zn−an)un(z)=1(1)
La forme différentielle de degré 2n sur Cn, à coefficients dans A, définie par
ω=i=1⋀n(dui∧dzi)
est appelée la forme différentielle associée à (h,u1,...,un).
Si (h,u1,...,un) est adaptée à a, alors on obtient en différentiant (1) l’égalité
Soient U un ouvert de Cn et K un sous-ensemble compact de U. Il existe une application indéfiniment dérivable h de Cn dans C, égale à 1 sur K et à support compact inclus dans U.
Soit V un voisinage ouvert relativement compact de K tel que V est inclus dans U (TG, I, p. 65, prop. 10). Il existe une fonction indéfiniment dérivable h de Cn dans C dont le support est inclus dans V et qui est égale à 1 sur K (VAR, R1, p. 40, 5.3.6). Cette fonction a les propriétés demandées.
On suppose que n=1. Soit a∈A. Pour tout voisinage ouvert U de Sp(a), il existe une application indéfiniment dérivable h de C dans C à support compact contenu dans U, égale à 1 au voisinage de Sp(a) (VAR, R1, p. 40, 5.3.6). Posons
u(z)=(1−h(z))(z−a)−1
pour z∈C− Sp(a) et u(z)=0 si z∈ Sp(a). Le couple (h,u) est adapté à a et la forme différentielle associée est ω=du∧dz.
Soit a=(a1,...,an)∈An. Il existe des applications indéfiniment dérivables v1,...,vn de Cn− Spn(a) dans A telles que
(z1−a1)v1(z)+⋯+(zn−an)vn(z)=1
pour tout z=(z1,...,zn)∈Cn− Spn(a).
Soit w=(w1,...,wn)∈Cn− Spn(a). Par définition du spectre simultané, il existe b1,...,bn dans A tels que
(w1−a1)b1+⋯+(wn−an)bn=1
(I, p. 41, no6). Il existe un voisinage ouvert Ww de w tel que l’élément (z1−a1)b1+⋯+(zn−an)bn de A est inversible si z=(z1,...,zn) appartient à Ww. Pour tout entier j tel que 1⩽j⩽n et tout z dans Ww, soit alors
uj(z)=bj(i=1∑n(zi−ai)bi)−1
Les fonctions u1,u2,...,un de Ww dans A ainsi définies sont indéfiniment dérivables dans Ww, et on a
(z1−a1)u1(z)+⋯+(zn−an)un(z)=1
pour tout z dans Ww.
Puisque la famille (Ww)w∈Cn−Spn(a) est un recouvrement ouvert de Cn− Spn(a), il existe un recouvrement ouvert localement fini W=(Wλ)λ∈L (TG, I, p. 70, th. 5) et, pour tout λ∈L, des fonctions u1λ,...,unλ, à valeurs dans A, définies et indéfiniment dérivables dans Wλ, telles que (z1−a1)u1λ(z)+⋯+(zn−an)unλ(z)=1 pour tout z dans Wλ. Soit (fλ)λ∈L une partition de l’unité subordonnée au recouvrement W formée de fonctions indéfiniment dérivables (VAR, R1, p. 40, 5.3.6). Soit i un entier tel que 1⩽i⩽n. Pour tout λ∈L, soit uiλ′ l’application de Cn− Spn(a) dans A obtenue en prolongeant par 0 la fonction fλuiλ dans (Cn− Spn(a))−Wλ. Les fonctions uiλ′ sont indéfiniment dérivables. La famille (Supp(uiλ′))λ∈L étant localement finie, la fonction vi=∑λ∈Luiλ′ est définie et indéfiniment dérivable dans
Cn− Spn(a).
Soit z∈Cn− Spn(a). Notons L′ l’ensemble fini des λ∈L tels que z∈Wλ. Alors
Soit a=(a1,...,an)∈An. Soit h une application de Cn dans C, indéfiniment dérivable, égale à 1 au voisinage de Spn(a) et à support compact. Il existe des applications indéfiniment dérivables u1,...,un de Cn dans A telles que la suite (h,u1,...,un) soit adaptée à a.
Soient v1,...,vn des applications de Cn− Spn(a) dans A, indéfiniment dérivables, telles que
j=1∑n(zj−aj)vj(z)=1
pour z dans Cn− Spn(a) (lemme 2). Soit i un entier tel que 1⩽i⩽n. Posons ui(z)=(1−h(z))vi(z) si z∈Cn− Spn(a) et ui(z)=0 si z∈ Spn(a). Les applications ui sont indéfiniment dérivables dans Cn− Spn(a) et nulles dans un voisinage de Spn(a), donc indéfiniment dérivables dans Cn. L’égalité (1) est vraie dans Spn(a) car les fonctions ui sont nulles sur Spn(a) et h est égale à 1 au voisinage de Spn(a). Elle est aussi vraie sur Cn− Spn(a) par construction.
Soit a∈An. Soient (h,u1,...,un) une suite adaptée à a et ω la forme différentielle associée.
a) Pour i=1,2,...,n, il existe une forme différentielle βi sur Cn, de degré n−1, à coefficients dans A, telle que
(zi−ai)ω=d(hβi∧dz1∧⋯∧dzn) ;
b) La forme différentielle ω est à support compact inclus dans le support de h;
c) Il existe une forme différentielle β sur Cn, de degré n−1, à coefficients dans A, telle que
(n+1)hω−ω=d(hβ∧dz1∧⋯∧dzn)
Soit i un entier tel que 1⩽i⩽n. Il existe εi∈{−1,1} tel que
εij=i⋀duj∧dz1∧⋯∧dzn=dzi∧j=i⋀(duj∧dzj)
Posons βi=εi⋀j=iduj, de sorte que le terme de gauche dans cette formule est βi∧dz1∧⋯∧dzn et que dβi=0. Ainsi
d(hβi∧dz1∧⋯∧dzn)=dh∧βi∧dz1∧⋯∧dzn=
dh∧dzi∧j=i⋀(duj∧dzj)=(zi−ai)ω
d’après la formule (3), d’où l’assertion a).
On déduit de l’assertion a) et de la formule (1) la relation
ω=hω+(1−h)ω=hω+i=1∑n(zi−ai)uiω
=hω+i=1∑nuid(hβi∧dz1∧⋯∧dzn)
d’où Supp(ω )⊂ Supp(h), ce qui prouve b).
Enfin, posons
β=∑i=1nεiui⋀j=iduj=∑i=1nuiβi, et τ=hβdz1∧⋯∧dzn.
On a dβ=∑idui∧βi et donc
dβ∧dz1∧⋯∧dzn=i∑dui∧dzi∧j=i⋀(duj∧dzj)=nω
Ainsi
dτ=dh∧β∧dz1∧⋯∧dzn+hdβ∧dz1∧⋯∧dzn
=i=1∑nuidh∧dzi∧j=i⋀(duj∧dzj)+nhω
=−i=1∑nui(zi−ai)ω+nhω=(h−1)ω+nhω=(n+1)hω−ω
compte tenu des formules (3) et (1), d’où c).
Nous nous proposons maintenant d’étudier comment la forme différentielle ω associée à une suite adaptée à a varie en fonction de cette suite. Nous dirons que des suites (h,u1,...,un) et (h′,u1′,...,un′) adaptées à a sont liées s’il existe une forme différentielle ψ de degré n−1 sur Cn, à coefficients dans A et à support contenu dans la réunion des supports de h et de h′, telle que les formes différentielles associées ω et ω′ vérifient
Soit a∈An. Toutes les suites adaptées à a sont liées.
Soient (h,u1,...,un) et (h′,u1′,...,un′) des suites adaptées à a, et notons ω et ω′ les formes différentielles associées.
Définissons les applications indéfiniment dérivables
wij=ui′uj−uiuj′,1⩽i⩽n,1⩽j⩽n
si=ui′h−uih′,1⩽i⩽n
de sorte que wji=−wij, et Supp(si)⊂ Supp(h)∪ Supp(h′).
Posons ui′′=ui′−si,u=(u1,...,un) et u′′=(u1′′,...,un′′). Notons aussi vij l’application de Cn dans An dont la i-ème composante est (zj−aj)wij, dont la j-ème composante est (zi−ai)wji=−(zi−ai)wij, et dont les autres composantes sont nulles. Alors on a
u′′=u+i<j∑vij
En effet, pour tout entier k tel que 1⩽k⩽n, la k-ème composante du membre de droite est
Par récurrence, on déduit du lemme 5, appliqué aux entiers i et j et aux applications wij, que la suite (h,u1′′,...,un′′) est adaptée à a et est liée à (h,u1,...,un). Soit ω′′ la forme différentielle associée à (h,u1′′,...,un′′). Comme ui′′=ui′−si, on a
ω′′−ω′=d(u1′−s1)∧dz1∧⋯∧d(un′−sn)∧dzn−
du1′∧dz1∧⋯∧dun′∧dzn
qui s’exprime comme une combinaison linéaire, avec coefficients 1 ou −1, de formes différentielles de la forme
ξI1,I2=i∈I1⋀dsi∧i∈I2⋀dui′∧dz1∧⋯∧dzn
où I1 (resp. I2) est une partie non vide (resp. une partie) de {1,...,n}. Chaque forme différentielle ξI1,I2 s’écrit aussi sous la forme
d(ψ∧dz1∧⋯∧dzn)
où le support de la forme différentielle ψ est contenu dans le support de si pour tout i∈I1. Comme I1 est non-vide, ce support est contenu dans Supp(h)∪ Supp(h′). Par conséquent, (h,u1′′,...,un′′) est liée à (h′,u1′,...,un′), et le lemme en résulte en écrivant
ω−ω′=(ω−ω′′)+(ω′′−ω′)
4. Construction des applications Θa
Soit a=(a1,...,an)∈An et soit U un voisinage ouvert de Spn(a). Soit h une application indéfiniment dérivable, égale à 1 au voisinage de Spn(a) et telle que le support de h soit compact et contenu dans U (lemme 1 de I, p. 52). D’après le lemme 3 de I, p. 54, il existe des applications indéfiniment dérivables (u1,...,un) de Cn dans A telles que la suite (h,u1,...,un) soit adaptée à a. Soit ω la forme différentielle associée ; elle est à support compact contenu dans U (lemme 4 de I, p. 54). Il existe une fonction indéfiniment dérivable ψ à support compact dans U et à valeurs dans A telle que
ω=ψdx1∧dy1∧⋯∧dxn∧dyn
où xj+iyj sont les fonctions coordonnées sur Cn, identifié avec R2n. Soit μ la mesure de Lebesgue sur R2n.
Soit f∈C(U;A). La forme différentielle fω∣U sur U est continue et à support compact. La mesure vectorielle associée à cette forme différentielle (VAR, R2, 10.4.3 et 10.4.4) est la mesure vectorielle fψ⋅μ; c’est une mesure de base μ (INT, VI, §2, no4, déf. 4), son support est compact et contenu dans le support de ω. Cette mesure est majorable relativement à la norme de A (INT, VI, §2, no4, prop. 8) ; on note ∥fω∥ la mesure positive sur Cn qui lui est associée (INT, VI, §2, no3, déf. 3).
D’après INT, VI, §2, no4, prop. 8, b), on a
∥fω∥=∥fψ⋅μ∥=∥fψ∥⋅μ=∥f∥∥ω∥
En particulier, l’intégrale de la forme différentielle fω sur U vérifie
Pour toute fonction f∈O(U;A), l’intégrale ∫Ufω est un élément de A qui ne dépend que de a et du germe de f au voisinage de Spn(a). Il vérifie l’inégalité
(4) ∥∫fω∥⩽(∫∥ω∥) sup ∥f(z)∥,
U U z∈Supp(h)
et
∫U(af)ω=a∫Ufω
pour tout a∈A.
On a vu ci-dessus que l’intégrale est définie pour f∈C(U;A) et vérifie
∥∫fω∥⩽∫∥f∥∥ω∥⩽(∫∥ω∥) sup ∥f(z)∥.
U U U z∈Supp(h)
De plus, pour tout a∈A et tout f∈C(U;A), on a
∫U(af)ω=a∫Ufω
(INT, VI, §2, no2, prop. 2 appliqué à la multiplication par a).
Soit (h′,u1′,...,un′) une suite adaptée à a telle que Supp(h′)⊂U. Soit ω′ la forme différentielle associée. D’après le lemme 6 de I, p. 57, il existe une forme différentielle ψ sur Cn de degré n−1, à coefficients dans A et à support contenu dans Supp(h)∪ Supp(h′)⊂U, telle que
ω−ω′=d(ψ∧dz1∧⋯∧dzn)
Soit f∈O(U;A). L’application f étant holomorphe, on a
df=∑n∂zi∂fdzi
i=1
(VAR, R2, p. 24, 8.8.9) et donc
f(ω−ω′)=fd(ψ∧dz1∧⋯∧dzn)=d(fψ∧dz1∧⋯∧dzn)
D’après la formule de Stokes (VAR, R2, p. 48, 11.2.3), on a alors
∫Uf(ω−ω′)=0
Ainsi l’élément ∫Ufω ne dépend pas du choix de la suite (h,u1,...,un).
Démontrons pour conclure que ∫Ufω ne dépend que du germe de f au voisinage de Spn(a). Soient U et U′ des voisinages ouverts de Spn(a). Soient f∈O(U;A) et f′∈O(U′;A) telles que f et f′ coïn-cident sur un voisinage ouvert U′′ de Spn(a). Il existe une application h de Cn dans C, indéfiniment dérivable, égale à 1 au voisinage de Spn(a), et à support compact inclus dans U′′ (lemme 1 de I, p. 52), et il existe (u1,...,un) telle que la suite (h,u1,...,un) est adaptée à a (lemme 3 de I, p. 54). Soit ω la forme différentielle associée. Comme Supp(ω )⊂ Supp(h)⊂U′′ (lemme 4, b) de I, p. 54), on a
∫Ufω=∫U′′fω=∫U′′f′ω=∫U′f′ω
ce qui achève la démonstration.
Ce lemme démontre qu’il existe une unique application A-linéaire Θa de O(Spn(a);A) dans A telle que
(5) Θa(f)=n! n∫fω
(2iπ)U
pour tout ouvert U et tout représentant f∈O(U;A) d’un germe f∈O(Spn(a);A). L’application linéaire Θa est continue d’après l’inégalité (4) et EVT, II, p. 29, prop. 5.
5. Propriétés des applications Θa
On rappelle (VAR, R2, p. 46 et p. 47, 11.1.3, d)) que si K est une partie compacte de C, il existe un système fondamental de voisinages compacts V de K qui sont des pièces de C (c’est-à-dire, pour tout x∈V, il existe une carte (U,φ,C) de C en x tel que φ(U∩K) est un ouvert d’un demi-espace fermé de C). On note alors ∂V le bord de la pièce V muni de l’orientation déduite de l’orientation de C (VAR, R2, p. 47) et dz la différentielle de l’injection ∂V→C.
Soit a un élément de A, soit U un voisinage ouvert de Sp(a), et soit f∈O(U;A). Soit V un voisinage compact de Sp(a) contenu dans U et tel que V soit une pièce de C.
Alors z↦f(z)(z−a)−1 est continue sur ∂V, la forme différentielle f(z)(z−a)−1dz est intégrable sur ∂V et on a
Θa(f)=2iπ1∫∂Vf(z)(z−a)−1dz
Soit h une application de C dans C, indéfiniment dérivable, égale à 1 au voisinage de Sp(a) et à support compact contenu dans l’intérieur de V (lemme 1 de I, p. 52). Soit u une application de C dans A telle que (h,u) est adaptée à a(cf. exemple 3 de I, p. 53). La forme différentielle associée est ω=du∧dz. Il vient fω=fdu∧dz=d(fudz) puisque f est holomorphe. De plus, u(z)=(z−a)−1 sur le bord de V. Par ailleurs, la forme différentielle fudz est de classe C1 sur U. Donc
2iπΘa(f)=∫Vd(fudz)=∫∂Vfudz=∫∂Vf(z)(z−a)−1dz
d’après la formule (5) et la formule de Stokes pour la pièce V (VAR, R2, p. 47, 11.2.3).
Soit R>ϱ(a) un nombre réel. Soit V le disque fermé de centre 0 et de rayon R, de sorte que Sp(a)⊂V˚. C’est une pièce de C dont le bord ∂V est le cercle de centre 0 et de rayon R. Pour z∈C−V˚, on a la formule (z−a)−1=z−1(1−z−1a)−1=∑j=1+∞z−jaj−1. La série converge uniformément pour z∈∂V. On a donc
Θa(1)=2iπ1j=1∑+∞aj−1∫∂Vz−jdz=1
puisque
∫∂Vzjdz=0
pour tout entier j=−1 et
∫∂Vz−1dz=2iπ
(VAR, R2, p. 44, 10.4.5, et p. 47, 11.2.1, exemple).
Soit U un ouvert de Cn. Soit ω1 une forme différentielle continue de degré n dans U à support compact et à valeurs dans A (resp. ω2 une forme différentielle continue de degré 2 dans C à support compact et à valeurs dans C). Notons π1 et π2 les projections canoniques de U×C sur U et C. La forme différentielle π1∗ω1∧π2∗ω2 sur U×C est continue à support compact et à valeurs dans A. On a
∫U×Cπ1∗ω1∧π2∗ω2=(∫Cω2)((∫Uω1)
Soient μn la mesure de Lebesgue sur Cn et μ1 la mesure de Lebesgue sur C. Il existe ψ1∈K(U;A) et ψ2∈K(C) tels que la mesure vectorielle associée à ω1 est égale à ψ1⋅μn, et la mesure vectorielle associée à ω2 est égale à ψ2⋅μ1. La mesure vectorielle associée à la forme différentielle π1∗ω1∧π2∗ω2 est (ψ1⊗ψ2)⋅μn⊗μ1.
Soit ℓ une forme linéaire continue sur A. D’après INT, VI, §2, no2, déf. 2 et la définition de la mesure produit (INT, III, §4, no1, déf. 1), il vient
Soit a=(a1,...,an)∈An. Soient p∈N et a′ = (an+1,...,an+p)∈Ap. Alors on a Θ(a,a′)∘πn,n+p∗=Θa. En particulier, on a Θa(1)=1.
Comme on a πn,n+p=πn,n+1∘⋯∘πn+p−1,n+p, il suffit de démontrer la première assertion lorsque p=1, ce qu’on suppose désormais. On note simplement π=πn,n+1. Il suffit alors de démontrer que, pour tout voisinage ouvert U de Spn(a), et toute fonction f∈O(U;A), on a Θ(a,an+1)(f∘π)=Θa(f). Notons g=f∘π. Soit h (resp. h′) une application de Cn dans C (resp. de C dans C), indéfiniment dérivable, égale à 1 au voisinage de Spn(a) (resp. de Sp(a′)), à support compact contenu dans U (resp. dans C). Il existe des applications (u1,...,un) de Cn dans A, indéfiniment dérivables, telles que la suite (h,u1,...,un) est adaptée à a (lemme 3 de I, p. 54), et une application indéfiniment dérivable un+1 de C dans A telle que le couple (h′,un+1) est adapté à an+1(loc. cit.)
Pour z∈Cn et zn+1∈C, notons h′′(z,zn+1)=h(z)h′(zn+1) et un+1′′(z,zn+1)=h(z)un+1(zn+1). Les fonctions h′′ et un+1′′ sont indéfiniment dérivables dans Cn+1. La fonction h′′ est égale à 1 au voisinage de Spn+1(a,an+1), et a support compact contenu dans U×C. Pour tout w=(z,zn+1)∈Cn+1, on a
(z1−a1)(u1∘π)(w)+⋯+(zn−an)(un∘π)(w)
+(zn+1−an+1)un+1′′(w)=1−h(z)+h(z)(1−h′(zn+1))
=1−h′′(w)
ce qui démontre que la suite (h′′,u1∘π,...,un∘π,un+1′′) est adaptée à (a,an+1). Soit ω la forme différentielle associée.
La forme différentielle du1∧dz1∧⋯∧dun∧dzn∧dh sur Cn est de degré 2n+1, donc est nulle. Par suite
ω=d(u1∘π)∧dz1∧⋯∧d(un∘π)∧dzn∧dun+1′′∧dzn+1
=(h∘π)d(u1∘π)∧dz1∧⋯∧d(un∘π)∧dzn∧dun+1∧dzn+1
Comme g=f∘π, la formule (5) et le lemme 8 impliquent
d’après le corollaire 5. D’autre part, la partie c) du lemme 4 de I, p. 54 et le fait que l’intégrale d’une forme fermée est nulle (VAR, R2, p. 48, 11.2.4) entraînent
Soit a∈An. Soient g une fonction polynomiale sur Cn à coefficients dans A et f∈O(Spn(a);A). On a Θa(gf)=g(a)Θa(f). En particulier, on a Θa(g)=g(a).
D’après le lemme 9, il suffit de démontrer la première assertion.
Notons z1,...,zn les fonctions coordonnées sur Cn. Puisque l’application Θa est A-linéaire, il suffit de prouver l’assertion du lemme lorsque g=z1e1⋯znen, où (e1,...,en)∈Nn. Procédant par récurrence sur e1+⋯+en, on se ramène au cas où il existe un entier i tel que 1⩽i⩽n et g=zi.
Soit U un voisinage ouvert de Spn(a). Soit (h,u1,...,un) une suite adaptée à a telle que le support de h est contenu dans U (lemme 1 de I, p. 52 et lemme 3 de I, p. 54), et soit ω la forme différentielle associée. D’après le lemme 4, a) de I, p. 54, il existe une forme différentielle β telle que
(zi−ai)ω=d(hβ∧dz1∧⋯∧dzn)
Par conséquent, pour toute fonction f∈O(U;A), on a
(zi−ai)fω=fd(hβ∧dz1∧⋯∧dzn)=d(fhβ∧dz1∧⋯∧dzn)
puisque f est holomorphe, de sorte que df∧dz1∧⋯∧dzn=0. Appliquant la formule de Stokes (VAR, R2, p. 48, 11.2.4), on obtient ∫U(zi−ai)fω=0, d’où
Soient ϱ1,...,ϱn des réels >0 et soit U⊂Cn le polydisque produit des disques ouverts de centre 0 et de rayon ϱi. Soit
∑c(k1,...,kn)X1k1⋯Xnkn∈A[[X1,...,Xn]]
(k1,...,kn)∈Nn
une série formelle à coefficients dans A. Supposons que cette série converge dans U, et notons f la fonction holomorphe dans U qui en est la somme.
Soit a=(a1,...,an)∈An tel que ϱ(ai)<ϱi pour 1⩽i⩽n. Alors Spn(a)⊂U, la famille (c(k1,...,kn)a1k1⋯ankn) d’éléments de A est absolument sommable, et
Θa(f)=∑c(k1,...,kn)a1k1⋯ankn
(k1,...,kn)∈Nn
Pour tout caractère χ de A et tout entier i tel que 1⩽i⩽n, on a ∣χ(ai)∣⩽ϱ(ai)<ϱi, donc Spn(a)⊂U par définition du spectre simultané. Soient z1,...,zn les restrictions à U des fonctions coordonnées sur Cn. Alors la famille (c(k1,...,kn)z1k1⋯znkn) est sommable dans O(U;A) et de somme f. Compte tenu du lemme 10 et de la continuité de l’application ΘaU, la famille (c(k1,...,kn)a1k1...ankn) est donc sommable dans A et de somme Θa(f). Pour 1⩽i⩽n, soit λi un nombre réel tel que ϱ(ai)<λi<ϱi. Il existe Mi<+∞ tel que ∥aik∥⩽Miλik pour tout entier k⩾0. On a alors
Soient B une algèbre de Banach unifère commutative et φ un morphisme unifère continu de A dans B. Soit a=(a1,...,an)∈An. Posons b=(φ(a1),...,φ(an)), de sorte que SpBn(b)⊂ SpAn(a). Pour tout f∈O(SpAn(a);A), on a
φ(Θa(f))=Θb(φ∗(f))
où φ∗(f) désigne le germe de φ∘f au voisinage de SpBn(b).
Il suffit de démontrer que pour tout voisinage ouvert U de SpAn(a) et tout f∈O(U;A), on a φ(Θa(f))=Θb(φ∘f), où φ∘f∈O(U;B). Soit (h,u1,...,un) une suite adaptée à a, où le support de h est contenu dans U (lemme 1 de I, p. 52 et lemme 3 de I, p. 54). Notons ω la forme différentielle associée. Pour tout z∈Cn, on a
de sorte que la suite (h,φ∘u1,...,φ∘un) est adaptée à b. Soit ω′ la forme différentielle associée. Notons μ la mesure de Lebesgue sur Cn. Soit f∈O(U;A). Écrivons ψ⋅μ la mesure vectorielle associée à la forme différentielle fω. La mesure vectorielle associée à la forme différentielle
(φ∘f)ω′=(φ∘f)d(φ∘u1)∧dz1∧⋯∧d(φ∘un)∧dzn
est égale à (φ∘ψ)⋅μ. Donc, d’après la formule (5), et INT, VI, §2, no2, prop. 2, on a
Soient χ∈X(A) et a∈An. Pour tout germe f∈O(Spn(a)), on a χ(Θa(f))=f(χ(a1),...,χ(an)).
C’est une conséquence de la proposition 3, appliquée au morphisme unifère continu χ:A→C (th. 1 de I, p. 29), et du corollaire de la prop. 2, appliqué à l’algèbre de Banach C.
Supposons que l’algèbre A soit sans radical. Soit a=(a1,...,an)∈An. D’après la prop. 8 de I, p. 38, l’application ΘaU est l’unique application φ de O(U) dans A telle que χ(φ(f))=f(χ(a1),...,χ(an)) pour tout χ∈X(A) et toute fonction f∈O(U).
Soit A l’algèbre de Banach complexe des fonctions sur le cercle unité à série de Fourier absolument convergente (I, p. 19, exemple 8). Soit φ∈ A. Soit f un germe de fonction holomorphe au voisinage de l’ensemble des valeurs de φ. Alors ψ=Θφ(f) est une série de Fourier absolument convergente qui pour tout u∈U vérifie ψ(u)=f(φ(u)) (cor. 1, appliqué aux caractères φ↦φ(u)). Autrement dit, la fonction f∘φ sur le cercle unité a également une série de Fourier absolument convergente (« théorème de P. Lévy »). Ce résultat généralise le théorème de Wiener (I, p. 38, exemple 4), qui concerne le cas de la fonction f(z)=1/z sur C−{0} lorsque φ ne s’annule pas.
6. Théorèmes d’approximation
Dans ce numéro, A est une algèbre de Banach unifère commutative complexe.
Soit L une partie compacte polynomialement convexe de Cn et soit U un voisinage ouvert de L. Pour toute fonction f∈O(U;A), il existe une suite de fonctions polynomiales sur Cn à coefficients dans A qui converge vers f∣L dans C(L;A).
On peut supposer que L n’est pas vide et que A n’est pas nulle. Soit P (resp. P0) l’ensemble des restrictions à L des fonctions polynomiales sur Cn à coefficients dans A (resp. à coefficients dans C). Soit B (resp. B0) l’algèbre de Banach adhérence de P (resp. de P0) dans C(L;A). Désignons par ι l’injection de A sur la sous-algèbre normée de B formée des fonctions constantes.
Soient z1,...,zn les restrictions à L des fonctions coordonnées sur Cn; ce sont des éléments de B0, et, en posant z=(z1,...,zn), il vient SpB0n(z)=L d’après la prop. 15 de I, p. 47.
Soit f∈O(U;A). Par composition avec ι, la fonction f définit un élément fB=ι∘f de O(U;B). Comme SpBn(z)⊂ SpB0n(z)⊂U, on peut former l’élément b=Θz(fB) de B. Soit w=(w1,...,wn)∈L, et soit φ le morphisme unifère continu g↦g(w) de B dans A. On a φ∘ι= IdA, de sorte que φ∘fB=f. Comme φ(zi)=wi, la prop. 3 de I, p. 66 implique φ(Θz(fB))=Θw(φ∘fB). On a donc
b(w)=φ(b)=φ(Θz(fB))=Θw(φ∘fB)=Θw(f)=f(w)
d’après le corollaire de la prop. 2 de I, p. 65. Ainsi, on a f∣L=b; en particulier, f∣L appartient à B. Cela démontre la proposition.
Soient K une partie compacte polynomialement convexe de Cn et P l’ensemble des germes au voisinage de K de fonctions polynomiales sur Cn à coefficients dans A. Alors P est dense dans O(K;A). Plus précisément, tout élément de O(K;A) est limite d’une suite d’éléments de P.
Considérons un élément de O(K;A), germe d’une fonction f∈O(U;A), où U est un voisinage ouvert de K. D’après le lemme 7 de I, p. 48, il existe un voisinage compact L de K contenu dans U qui est polynomialement convexe. Soit V l’intérieur de L ; c’est un voisinage de K.
D’après la proposition précédente, il existe une suite (Pk) de fonctions polynomiales sur Cn à coefficients dans A qui converge vers f∣L dans C(L;A). En particulier, la suite (Pk) converge vers f∣V dans O(V;A).
Par définition de la topologie sur O(K;A) (cf. EVT, II, p. 29, prop. 5), l’application canonique de O(V;A) dans O(K;A) est continue. Par conséquent, la suite des germes au voisinage de K des fonctions Pk converge vers le germe de f au voisinage de K dans l’espace O(K;A), ce qu’il fallait démontrer.
Soit U un voisinage ouvert de K. Soient u1 et u2 des applications continues de O(U;A) dans un espace topologique X se factorisant par O(K;A). Alors u1=u2 si et seulement si u1 et u2 coïn-cident sur l’ensemble des restrictions à K des fonctions polynomiales sur Cn à coefficients dans A.
Soit E un espace de Banach. Soit K une partie compacte polynomialement convexe de Cn. Soit P l’ensemble des germes au voisinage de K de fonctions polynomiales sur Cn à valeurs dans E. Alors tout élément de O(K;E) est limite d’une suite d’éléments de P.
Munissons E de la multiplication définie par ab=0 pour tous a et b dans E (exemple 1 de I, p. 17). C’est une algèbre de Banach commutative. Soit A l’algèbre de Banach commutative unifère obtenue à partir de E par adjonction d’un élément unité. Puisque l’application canonique O(K;A)→O(K;E) est continue, l’assertion résulte du théorème de Oka-Weil appliqué à l’algèbre A.
Pour n=1 et A=C, on a aussi le résultat suivant, qui sera précisé par le corollaire 2 de I, p. 150.
Soient K une partie compacte de C, et Q l’ensemble des germes de fonctions rationnelles holomorphes au voisinage de K. Alors Q est dense dans O(K).
D’après la définition de la topologie sur O(K), il suffit de démontrer que pour tout voisinage ouvert U de K, et tout sous-ensemble compact L de U, toute fonction f∈O(U) est limite de fonctions rationnelles continues sur L. On peut supposer que L est un voisinage compact de K.
Soit Q′ l’ensemble des restrictions à L des fonctions rationnelles sur C qui sont continues sur L, et soit C l’adhérence de Q′ dans C(L). C’est une algèbre sans radical.
Soit z∈C l’application identique de L. Alors C est la sous-algèbre fermée pleine de C(L) engendrée par z (lemme 2 de I, p. 6). On a donc SpC(z)= SpC(L)(z)=L. On peut alors former l’élément c=Θz(f) de C. Puisque C est sans radical, l’application du cor. 1 de I, p. 66 aux caractères g↦g(w) de C, pour tout w∈L, montre que c coïncide avec la restriction de f à L. Par définition de C, cela démontre que f∣L est limite uniforme sur L d’éléments de Q′, et cela termine la preuve du théorème.
7. Existence et unicité du calcul fonctionnel holomorphe
On suppose que A est une algèbre de Banach unifère complexe commutative.
Soient n⩾1 un entier et a∈An. Soit U un voisinage ouvert de Spn(a). On dit qu’une famille a′ est un enveloppement de (a,U) si a′∈Cn+p prolonge a et si U×Cp contient l’enveloppe polynomialement convexe de Spn+p(a′).
Soit n⩾1 un entier. Soit a∈An. Pour tout voisinage ouvert U de Spn(a), il existe un enveloppement de (a,U).
Soit (aλ)λ∈Λ une famille d’éléments de A prolongeant la famille a et engendrant topologiquement l’algèbre de Banach unifère A. Soit π la projection canonique de CΛ sur Cn et soit U′=π−1(U). Alors U′ est un voisinage de SpΛ((aλ)), et SpΛ((aλ)) est polynomialement convexe (I, p. 44, lemme 4). D’après le lemme 6 de I, p. 47, il existe une partie finie Λ0 de Λ contenant {1,2,...,n} telle que prΛ0(U′) contienne l’enveloppe polynomialement convexe S de prΛ0(SpΛ((aλ)λ∈Λ)) = SpΛ0((aλ)λ∈Λ0). Soit p⩾0 l’entier tel que Λ0 est de cardinal n+p, et soit j une bijection de {1,...,n+p} dans Λ0 qui coïncide avec l’application identique sur {1,...,n}. La projection de S étant contenue dans U, la famille (aj(k))1⩽k⩽n+p est un enveloppement de (a,U).
La donnée des applications Θa, pour n⩾1 et a∈An, est un calcul fonctionnel holomorphe sur A, c’est-à-dire que les conditions (CF1), (CF2) et (CF3) de I, p. 51 sont vérifiées.
Soient n⩾1 un entier et a=(a1,...,an)∈An. L’application Θa vérifie Θa(zi)=ai pour tout i tel que 1⩽i⩽n d’après le lemme 10 de I, p. 64, ce qui démontre la propriété (CF2). Le lemme 9 de I, p. 63 implique la propriété (CF3) des applications Θa.
L’application Θa est A-linéaire et continue (I, p. 61, no5). Elle vérifie Θa(1)=1 (lemme 9 de I, p. 63). Pour vérifier la condition (CF1), il reste à établir que Θa est un morphisme d’algèbres. Pour cela, on va démontrer que ΘaU est un morphisme d’algèbres pour tout voisinage ouvert U de Spn(a).
Supposons d’abord que U contient l’enveloppe polynomialement convexe K de Spn(a). Soient f1 et f2 des éléments de O(U;A). Il existe une suite (f1,k) (resp. (f2,k)) de fonctions polynomiales qui converge vers f1 (resp. vers f2) dans O(K;A) (théorème 2 de I, p. 68), donc dans O(Spn(a);A). Pour tout entier k, on a
ΘaU(f1,k)ΘaU(f2,k)=ΘaU(f1,kf2,k)
d’après le lemme 10 de I, p. 64, d’où ΘaU(f1)ΘaU(f2)=ΘaU(f1f2) en passant à la limite.
Considérons le cas général. Soient a′∈Cn+p un enveloppement de (a,U) (lemme 11) et π:U×Cp→U la projection canonique. Puisque U×Cp contient l’enveloppe polynomialement convexe de Spn+p(a′), on a
Θa′U×Cp(f1∘π)Θa′U×Cp(f2∘π)=Θa′U×Cp(f1f2∘π)
pour f1 et f2 dans O(U;A) d’après le premier cas. Comme, pour toute fonction f∈O(U;A), on a Θa′U×Cp(f∘π)=ΘaU(f) (condition (CF3) précédemment démontrée), la conclusion en découle, et donc la condition (CF1).
Nous pouvons maintenant démontrer le théorème 1 de I, p. 51. La prop. 5 montre que la famille des applications (Θa)a est un calcul fonctionnel holomorphe sur A. Il ne reste donc qu’à établir l’unicité du calcul fonctionnel holomorphe sur A.
Soit (Ψa)a une famille d’applications définies pour tout entier n⩾1 et tout a∈An et vérifiant les conditions (CF1), (CF2), (CF3) du calcul fonctionnel holomorphe sur A (I, p. 51). Il suffit de prouver que pour tout entier n⩾1, pour tout a∈An et pour tout voisinage ouvert U de a, on a ΘaU=ΨaU.
Soient n⩾1 et a=(a1,...,an)∈An. Soit U un voisinage ouvert de Spn(a). Supposons d’abord que U contient l’enveloppe polynomialement convexe K de Spn(a). Les morphismes ΘaU et ΨaU coïncident sur les fonctions polynomiales d’après les propriétés (CF1) et (CF2). D’après le corollaire du théorème 2 de I, p. 68 et la propriété de continuité (CF1), ces morphismes sont donc égaux.
Démontrons le cas général. Soient a′∈Cn+p un enveloppement de (a,U) et π:U×Cp→U la projection canonique. On a
ΘaU=Θa′U×Cp∘π∗=Ψa′U×Cp∘π∗=ΨaU
d’après la propriété (CF3) et le cas précédent. Cela conclut la démonstration du théorème 1 de I, p. 51.
Remarquons que le th. 2 de I, p. 68 entraîne aussi le résultat d’unicité suivant :
Soit a∈An. On suppose Spn(a) polynomialement convexe. Soient z1,...,zn les germes au voisinage de Spn(a) des fonctions coordonnées sur Cn. Alors l’application Θa est l’unique morphisme continu d’algèbres unifères φ de O(Spn(a);A) dans A tel que φ(z1)=a1,...,φ(zn)=an.
Le lemme 10 de I, p. 64 et le corollaire de la proposition 2 de I, p. 65 justifient les notations suivantes pour le calcul fonctionnel holomorphe. Soient n⩾1 et a∈An. Pour tout germe f∈O(K;A) (resp. pour toute fonction holomorphe f∈O(U;A) sur un voisinage ouvert U de Spn(a)), on pose
f(a)=Θa(f)(6)
Cette notation est cohérente avec la notation introduite dans A, IV, p. 4, no3, si f est un polynôme, d’après les propriétés (CF1) et (CF2).
Les propriétés (CF2) et (CF3) de I, p. 51 peuvent alors s’écrire
zi(a)=ai,1⩽i⩽n,(f∘πm,n)(a)=f(πm,n(a))
8. Substitution dans le calcul fonctionnel
Avec les notations introduites ci-dessus, les énoncés du cor. 1 de I, p. 66 et du cor. 2 de I, p. 67 deviennent respectivement
χ(g(a))=g(χ(a1),...,χ(an)), Sp(g(a)) =g(Spn(a))
pour f∈O(Spn(a);A),χ∈X(A) et g∈O(Spn(a)).
Nous allons maintenant démontrer une propriété de substitution plus générale.
Soit A une algèbre de Banach unifère commutative complexe, soient n⩾1 un entier et a=(a1,...,an)∈An. Soit f=(f1,...,fp) où f1,...,fp sont des éléments de O(Spn(a)). L’image de Spn(a) par l’application z↦f(z)=(f1(z),...,fp(z)) est égale à Spp(f(a)).
Pour tout g∈O(Spp(f(a));A), le germe composé g∘f est un élément de O(Spn(a);A) et on a g(f(a))=(g∘f)(a).
La première assertion concernant l’image de Spn(a) résulte du cor. 2 de I, p. 67. Pour démontrer la seconde, nous utiliserons le lemme suivant.
Soit K l’enveloppe polynomialement convexe de Spp(f(a)). On a g(f(a))=(g∘f)(a) pour tout germe g∈O(K;A).
Soit Ψ l’application de O(K;A) dans A telle que Ψ(g)=(g∘f)(a). C’est un morphisme unifère continu, tel que Ψ(zj)=fj(a), où zj est le germe de la j-ème fonction coordonnée sur Cp. Lorsque g est le germe d’une fonction polynomiale, on a donc Ψ(g)=g(f(a)). D’après le th. 2 de I, p. 68, cette formule reste valide pour tout g∈O(K;A).
Démontrons maintenant le théorème. Soient V un voisinage ouvert de Spp(f(a)) et g∈O(V;A) une fonction holomorphe dont le germe au voisinage de Spp(f(a)) est égal à g. Soient b∈Cp+q un enveloppement de (f(a),V) (lemme 11 de I, p. 70) et π:V×Cq→V la projection canonique.
Soient f1,...,fp des fonctions holomorphes dont les germes sont f1,...,fp et soit U un voisinage ouvert de Spn(a) tel que (f1,...,fp)(U)⊂V. Soit π′ la projection canonique de U×Cq sur U. Notons zn+1,...,zn+q les q dernières fonctions coordonnées sur Cn+q. Notons h=g∘(f1,...,fp) et
c=(a1,...,an,bp+1,...,bp+q)∈An+q
L’application g∘π est holomorphe dans le voisinage ouvert V×Cq de l’enveloppe polynomialement convexe L de Spp+q(b). D’après le lemme 12, appliqué à c, aux germes au voisinage de L des fonctions
Comme π′(c)=a, on a (h∘π′)(c)=h(a) et (fi∘π′)(c)=fi(a) pour 1⩽i⩽p (propriété (CF3) du calcul fonctionnel holomorphe). Comme, de plus, zn+j(c)=bp+j pour 1⩽j⩽q (propriété (CF2)), on a
(g∘π)(f1(a),...,fp(a),bp+1,...,bp+q)=h(a)
dont on déduit g(f1(a),...,fp(a))=h(a) en appliquant de nouveau la propriété (CF3).
Soit A une algèbre de Banach unifère, non nécessairement commutative. Soient a un élément de A et z le germe de la fonction identique de C au voisinage de SpA(a). Il existe un unique morphisme unifère continu φa de O(SpA(a)) dans A tel que φa(z)=a.
L’image de φa est contenue dans la sous-algèbre fermée pleine de A engendrée par a. En particulier, elle est contenue dans le bicommutant de a.
Démontrons l’existence du morphisme φa. Soit B la sous-algèbre fermée pleine de A engendrée par a. Elle est commutative, et on a SpB(a)= SpA(a) (I, p. 5, no5). L’application Θa du calcul fonctionnel holomorphe sur B est un morphisme unifère continu de O(SpB(a)) dans B tel que Θa(z)=a (théorème 1 de I, p. 51). Le morphisme composé de Θa et de l’injection canonique de B dans A est un morphisme unifère continu φa de O(SpA(a)) dans A tel que l’image de z est a.
Démontrons l’unicité. Soit φa′ un morphisme unifère continu de O(SpA(a)) dans A tel que φa′(z)=a. Alors φa et φa′ coïncident sur l’ensemble des germes de polynômes au voisinage de SpA(a), donc sur l’ensemble des germes de fractions rationnelles holomorphes au voisinage de SpA(a). Or ces germes sont denses dans O(SpA(a)) (I, p. 69, th. 3). Cela implique que φa=φa′.
La construction de φa démontre que son image est contenue dans la sous-algèbre commutative B, qui est contenue dans le bicommutant de a(I, p. 6).
Si le radical de l’algèbre A est nul, l’unicité du morphisme φa est valide sans requérir qu’il soit continu (cf. prop. 9 de I, p. 40). Ce n’est pas le cas en général, cf. G. R. Allan, Embedding the algebra of formal power series in a Banach algebra, Proc. London Math. Soc. (3) 25 (1972), 329–340.
Pour toute algèbre de Banach A, tout élément a de A et tout germe f∈O(SpA(a)), on note f(a) l’élément φa(f) du théorème 5. Si A est une algèbre de Banach commutative, cet élément f(a) coïncide avec l’élément f(a) fourni par le calcul fonctionnel holomorphe sur une algèbre de Banach commutative (théorème 1 de I, p. 51).
Soit B la sous-algèbre fermée pleine de A engendrée par a, de sorte que SpA(a)= SpB(a). L’élément f(a) de A appartient à B, et coïncide avec l’élément f(a) calculé relativement à l’algèbre B.
Soient A et B des algèbres de Banach unifères et φ un morphisme unifère continu de A dans B. Soit a∈ A. Alors SpB(φ(a))⊂ SpA(a) et on a φ(f(a)) = f(φ(a)) pour tout f∈O(SpA(a)). En particulier, pour tout χ∈X(A), on a χ(f(a))=f(χ(a)).
Soient A une algèbre de Banach unifère et a∈A. Soit f∈O(Sp(a)). On a f(SpA(a)) = SpA(f(a)). De plus, pour tout g∈O(SpA(f(a))), on a g∘f∈O(SpA(a)) et g(f(a))=(g∘f)(a).
Soient A une algèbre de Banach unifère et a∈A. Soient U un voisinage ouvert de SpA(a) et f∈O(U). Soit de plus V un voisinage compact de SpA(a) contenu dans U tel que V est une pièce de U de bord orienté ∂V.
Pour tout entier n⩾0, l’application z↦f(z)(z−a)−n−1 est continue sur ∂V, la forme différentielle z↦f(z)(z−a)−n−1dz est intégrable sur ∂V et on a
(7) f(n)(a)=2niπ! ∫∂Vf(z)(z−a)−n−1dz
où f(n)∈O(U) est la n-ème dérivée de f.
Procédons par récurrence sur n. Lorsque n=0, le résultat résulte de la prop. 1 de I, p. 61. Supposons maintenant que l’assertion de la proposition est vraie pour l’entier n⩾0. Soit g∈O(C− SpA(a);A) la fonction holomorphe définie par g(z)=(z−a)−n−1f(z). La forme différentielle g′(z)dz = dg est de classe C1; comme la pièce V est compacte, la formule de Stokes (VAR, R2, p. 47, 11.2.3) implique
∫∂Vg′(z)dz=∫∂Vdg=0
Comme g′(z)=(z−a)−n−1f′(z)−(n+1)(z−a)−n−2f(z), en on déduit
∫∂Vf′(z)(z−a)−n−1dz=(n+1)∫∂Vf(z)(z−a)−n−2dz
En appliquant l’hypothèse de récurrence à f′, on obtient donc
2niπ! f(n+1)(a)=(n+1)∫∂Vf(z)(z−a)−n−2dz,
ce qui est l’assertion de la proposition pour l’entier n+1. Cela conclut la preuve.
Soient A une algèbre de Banach unifère et U une partie ouverte de C.
a) L’ensemble Ω des a∈A tels que SpA(a)⊂U est ouvert dans A ;
b) Soit f∈O(U). L’application a↦f(a) de Ω dans A est holomorphe, et en particulier continue.
Soit a∈Ω. Il existe un voisinage compact V de SpA(a) contenu dans U qui est une pièce de U (VAR, R2, p. 46 et p. 47, 11.1.3, d)).
Puisque la résolvante de a tend vers 0 à l’infini (th. 1, c) de I, p. 24), l’application z↦∥(z−a)−1∥ est bornée sur C−V˚. Notons M sa borne supérieure. Si h∈A est tel que ∥h∥⩽(2M)−1 et si z∈C−V˚, on a
z−(a+h)=(1−h(z−a)−1)(z−a)
et ∥h(z−a)−1∥⩽21, donc z−(a+h) est inversible et son inverse vérifie
(z−(a+h))−1=(z−a)−1n=0∑∞(h(z−a)−1)n(8)
avec ∥(h(z−a)−1)n∥⩽2−n (prop. 2 de I, p. 22). Ainsi, SpA(a+h) est contenu dans V, donc dans U, ce qui prouve que Ω est ouvert dans A.
Soit f∈O(U). Notons m la borne supérieure de ∣f(z)∣ pour z∈∂V. Soit a∈A. Pour tout h∈A tel que ∥h∥⩽(2M)−1, on a
f(a+h)=2iπ1∫∂Vf(z)(z−(a+h))−1dz
(prop. 9). La série (8) converge uniformément sur le bord de V, donc
f(a+h)=n=0∑+∞fa,n(h)
où l’application fa,n de A dans A est définie par
fa,n(h)=2iπ1∫∂Vf(z)(z−a)−1(h(z−a)−1)ndz
Pour tout n∈N, la fonction fa,n est une fonction polynomiale homogène continue de degré n. De plus, il vient
∥fa,n(h)∥⩽πmM(∫∂V∥dz∥)2−(n+1)
(INT, VI, §2, no3, prop. 5). La série ∑nfa,n(h) est donc absolument convergente pour ∥h∥⩽(2M)−1. Cela démontre que l’application qui à a associe f(a) est holomorphe sur Ω (VAR, R1, p. 26, 3.2.1).
Soient A une algèbre de Banach unifère, a∈A et U un voisinage ouvert de SpA(a). Notons δ la distance de SpA(a) à C− U. Soit f∈O(U).
a) Pour tout nombre réel η tel que 0<η<δ, il existe un nombre réel C⩾0 tel que ∥f(n)(a)∥⩽Cn!η−n pour tout entier n∈N;
b) Si b∈A est permutable à a et si ϱ(b)<δ, on a SpA(a+b)⊂U, et
∞(n)
f(a+b)=∑fn!(a)bn,
n=0
où la série converge absolument.
Soit η un nombre réel tel que 0<η<δ. Notons ε=δ−η>0. Soit K le voisinage compact de SpA(a) formé des points de C dont la distance à SpA(a) est ⩽ε/2. Comme f est holomorphe dans tout disque ouvert de rayon η+ε/2 dont le centre appartient à K, il existe, d’après les inégalités de Cauchy (VAR, R1, p. 29, 3.3.4), un nombre réel C⩾0 tel que
supz∈K∣f(nn)!(z)∣⩽ηnC
pour tout entier n⩾0. Alors l’assertion a) résulte de la prop. 1 de I, p. 61 appliquée à f(n) et à une pièce V contenue dans K.
Soit b un élément de A permutable à a tel que ϱ(b)<δ. En remplaçant A par la sous-algèbre fermée pleine B engendrée par a et b, qui vérifie SpA(a)= SpB(a) et SpA(a+b)= SpB(a+b), on se ramène pour démontrer b) au cas où A est commutative.
Puisque ϱ(b)<δ, on peut choisir η tel que ϱ(b)<η<δ. Soient V1 l’ensemble des points de C dont la distance à SpA(a) est <δ−η, et V2 le disque ouvert de centre 0 et de rayon η dans C. Soit g l’application (z1,z2)↦z1+z2 de V1×V2 dans U. Alors h=f∘g est l’application (z1,z2)↦f(z1+z2) de V1×V2 dans C. On a SpA2(a,b)⊂V1×V2, donc SpA(a+b)⊂U (cf. cor. 2 de I, p. 67), et de plus f(a+b)=h(a,b) d’après le th. 4 de I, p. 72. Or, dans l’espace O(V1×V2), on a
h(z1,z2)=∑n⩾0f(nn)(!z1)z2n,
(VAR, R1, p. 29, 3.3.4) donc la série
∑f(nn)!(a)bn
n⩾0 converge dans A et sa somme est h(a,b)=f(a+b). En outre, cette série est absolument convergente d’après l’assertion a).
10. Exponentielle et logarithme
On note exp la fonction exponentielle complexe de C dans C (FVR, III, p. 8, déf. 2). Elle est dérivable et vérifie exp′= exp (FVR, III, p. 9, (26)) donc est holomorphe dans C. Soient A une algèbre de Banach unifère et a un élément de A. D’après la prop. 2 de I, p. 65 et la formule (9) de FVR, III, p. 16, on a
∞n
(9) exp(a) =∑an!.
n=0
Comme ∥an∥⩽∥a∥n, on voit que ∥exp(a)∥⩽ exp(∥a∥) et que la série (9) converge uniformément dans toute boule de A. L’application a↦ exp(a) de A dans A est holomorphe (prop. 10 de I, p. 76). On note également parfois ea l’exponentielle de a∈A.
Lorsque a est un endomorphisme d’un espace de Banach E, l’exponentielle exp(a) ainsi définie dans l’algèbre de Banach L(E) coïncide avec celle définie dans FVR, IV, p. 27, déf. 1, d’après loc. cit. prop. 7 (3).
Pour tout élément b de A qui est permutable à a, on a aussi
exp(a+b) =∑∞bnn! exp(a),
n=0
(prop. 11 de I, p. 77), d’où
(10) exp(a+b) = exp(a)⋅ exp(b).
En particulier, exp(a) est inversible et
(11) exp(a)−1= exp(−a).
Soit B l’ensemble des z∈C tels que −π<Iz<π. Soit F le complémentaire dans C de l’intervalle R−. La restriction de l’exponentielle à B induit par passage aux sous-espaces une bijection de B sur F (FVR, III, p. 10, no7), dont la bijection réciproque sera notée log.
Si a∈A est tel que SpA(a)⊂F, on peut former l’élément log(a) de A. On a SpA(log(a))⊂B, et
(12) exp(log(a)) =a d’après la prop. 8 de I, p. 75. Inversement, soit b un élément de A tel que SpA(b)⊂B. On a SpA(exp(b))⊂F et
(13) log(exp(b)) =b
(loc. cit.).
En particulier, si a∈A est tel que ϱ(a)<1, on a SpA(1−a)⊂F et on peut former log(1 −a). Pour n⩾1, la n-ème dérivée de z↦ log(1−z) est z↦−(n−1)!(1−z)−n Le développement en série entière de z↦ log(1 −z) au point 0 est donc
log(1 −z) =−∑∞nzn,
n=1
valide pour ∣z∣<1 (VAR, R1, p. 30, 3.3.9). D’après la prop. 2 de I, p. 65, il vient
Soit A une algèbre de Banach unifère commutative. L’image de l’application exponentielle est la composante neutre du groupe G des éléments inversibles de A.
Les formules (10) et (11) prouvent que exp(A) est un sous-groupe de G. D’après ce qui précède (voir la formule (12)), ce sous-groupe contient la boule ouverte de centre 1 et de rayon 1. C’est donc un sous-groupe ouvert, et par suite fermé, de G. Par ailleurs, A est connexe et l’application a↦ exp(a) est continue, de sorte que exp(A) est connexe. Donc exp(A) est la composante neutre de G.
Soit A une algèbre de Banach unifère commutative. Soient U1 et U2 des ouverts de X(A) formant une partition de X(A). Alors il existe un unique idempotent j de A tel que la transformée de Gelfand G(j) soit égale à 1 sur U1 et à 0 sur U2.
Identifions l’espace X(A) à une partie compacte de CA par l’application χ↦(χ(a))a∈A(cf. no6 de I, p. 6 et cor. du th. 1 de I, p. 29). Les parties U1 et U2 de l’espace uniforme CA sont compactes et disjointes. D’après TG, II, p. 31, prop. 4, il existe une partie finie M de A et des parties ouvertes disjointes V1 et V2 de CM telles que
p(U1)⊂V1,p(U2)⊂V2
où p est la projection canonique de CA sur CM.
Soient a1,...,an les éléments distincts de M, et identifions CM à Cn. On a SpAn(a1,...,an)⊂p(X(A))⊂V1∪V2 puisque U1∪U2=X(A). Soit f la fonction sur V1∪V2 égale à 1 sur V1 et à 0 sur V2. On a f∈O(V1∪V2). Posons j=f(a1,...,an). Comme f2=f, on a j2=j. D’après le cor. 1 de I, p. 66, on a χ(j)=1 si χ∈U1 et χ(j)=0 si χ∈U2, ce qui démontre l’existence de l’idempotent demandé.
D’autre part, si j1 est un idempotent de A, les relations j2=j et j12=j1 impliquent (j−j1)(j+j1−1)=0. Si G(j1)=G(j), la transformée de Gelfand de j+j1−1 est à valeurs dans {−1,1}, donc j+j1−1 est inversible (prop. 6 de I, p. 37), d’où j=j1.
Soit A une algèbre de Banach unifère commutative. Les assertions suivantes sont équivalentes :
a) L’espace des caractères X(A) n’est pas connexe;
b) Il existe un élément idempotent de A différent de 0 et 1 ;
c) L’algèbre A est isomorphe au produit de deux algèbres de Banach non nulles.
La proposition démontre que a) implique b). Si j est un idempotent de A, soient I1=jA et I2=(1−j)A. Alors I1 et I2 sont des idéaux fermés de A, et I1+I2=A. Si j∈/{0,1}, les idéaux I1 et I2 sont distincts de A. D’autre part, l’idéal I1 (resp. I2) est l’ensemble des éléments x de A tels que jx=x (resp. (1−j)x=x), donc I1∩I2={0}. L’algèbre A s’identifie alors au produit A/I1×A/I2. Ainsi, l’assertion b) implique c). Finalement, si A est isomorphe à A1×A2, l’espace X(A) s’identifie à l’espace somme de X(A1) et de X(A2) (I, p. 6, no6), donc c) implique a).
Soit A une algèbre de Banach commutative sans radical. Pour que A admette un élément unité, il faut et il suffit que X(A) soit compact.
La condition est nécessaire (I, p. 29, corollaire). Supposons X(A) compact. Soit A l’algèbre de Banach déduite de A par adjonction d’un élément unité, et identifions X′(A) à X(A). Le complémentaire de X(A) dans X(A) est réduit au caractère χ0 de A dont le noyau est A. Les parties X(A) et {χ0} sont ouvertes dans X(A). D’après la prop. 13, il existe un élément j∈A tel que χ(j)=1 pour χ∈X(A), et χ0(j)=0. On a donc j∈A.
Soit alors x dans A. On a χ(jx)=χ(x) pour tout χ∈X(A), donc jx=x puisque A est sans radical. Ainsi, j est un élément unité de A.
Soit A une algèbre de Banach commutative, soient I1 un idéal de A et F1 l’ensemble des χ∈X(A) qui sont nuls sur I1. Soit F2 une partie de X(A) disjointe de F1, fermée pour la topologie de Jacobson, et compacte pour la topologie faible. Alors il existe u∈I1 tel que G(u)=1 sur F2.
Soit I2 l’intersection des noyaux des caractères appartenant à F2. L’algèbre de Banach A/I2 est sans radical (prop. 8 de I, p. 38). Puisque F2 est fermé pour la topologie de Jacobson, les seuls éléments de X(A) nuls sur I2 sont ceux de F2(cf. I, p. 13). Donc F2, muni de la topologie induite par la topologie faible de X(A), s’identifie à X(A/I2) muni de la topologie faible (I, p. 9, no7). Comme F2 est faiblement compact, l’algèbre A/I2 possède un élément unité (prop. 14).
On a alors I1+I2=A. En effet, dans le cas contraire, (I1+I2)/I2 serait un idéal strict, donc contenu dans le noyau d’un caractère non nul de A/I2(I, p. 30, th. 2). Celui-ci définirait, par composition avec la projection canonique A→A/I2, un caractère non nul χ de A qui s’annulerait sur I1 et I2, et appartiendrait donc à F1∩F2, contrairement à l’hypothèse.
Puisque I1+I2=A, il existe u∈I1 dont la classe dans A/I2 est un élément unité de A/I2. Alors χ(u)=1 pour tout χ∈F2, ce qui conclut la démonstration.
Soit A une algèbre de Banach commutative. Soient F1 et F2 deux parties disjointes de X(A), fermées pour la topologie de Jacobson. On suppose F2 faiblement compacte. Alors il existe u∈A tel que G(u)=1 sur F2 et G(u)=0 sur F1.
12. Partitions du spectre d’un élément
Soient A une algèbre de Banach unifère, x∈A, et K = SpA(x). On note Π l’ensemble des parties de K qui sont ouvertes et fermées dans K. Soit B la sous-algèbre fermée pleine de A engendrée par x; elle est commutative.
Pour tout H∈Π, il existe un unique élément fH de O(K) égal à 1 au voisinage de H et à 0 au voisinage de K - H. On pose jH=fH(x). L’élément jH est un idempotent de A, dit associé à x et H, et on a les formules suivantes :
jH∩H′=jHjH′=jH′jH(H,H′∈Π)(15)
jH∪H′=jH+jH′−jH′jH(H,H′∈Π)(16)
j∅=0,jK=1
Soit H∈Π. On définit AH=jHAjH. C’est une sous-algèbre fermée de A, admettant l’élément unité jH(cf. lemme 1 de I, p. 2). On pose également BH=jHBjH et xH=xjH=jHx=jHxjH∈BH.
Soit gH l’élément de O(K) défini par gH(z)=z au voisinage de H et gH(z)=0 au voisinage de K - H. On a gH(z)=fH(z)z sur K, et donc xH=gH(x). Il en résulte que, si H=K, on a
SpA(xH)=gH(K)=H∪{0}.
Soit λ∈C− H. Notons hH,λ l’élément de O(K) égal à (λ−z)−1 au voisinage de H et à 0 au voisinage de K - H. On a hH,λ=fHhH,λ et (λfH−gH)hH,λ=fH. Si l’on note RH(x,λ)=hH,λ(x), on a donc RH(x,λ)∈BH et
RH(x,λ)(λjH−xH)=(λjH−xH)RH(x,λ)=jH(17)
RH(x,λ)jK−H=jK−HRH(x,λ)=0
En particulier, λ∈C− SpAH(xH).
Soit maintenant λ∈H. Supposons que λjH−xH admette un inverse y dans AH. En utilisant les formules jHy=y (car y∈AH) et jK−HRK−H(x,λ)=RK−H(x,λ) (car RK−H(x,λ)∈AK−H), on trouve
On conserve les notations précédentes. Soit (Hi)1⩽i⩽n une partition de SpA(x) en éléments de Π.
a) L’algèbre B s’identifie canoniquement à l’algèbre BH1×⋯×BHn;
b) On a xHixHj=0 pour i=j, et
x=xH1+xH2+⋯+xHn
c) On a
R(x,λ)=RH1(x,λ)+⋯+RHn(x,λ)(19)
pour tout λ∈C− SpA(x). En particulier, si H∈Π, la résolvante λ↦R(x,λ) est égale au voisinage de H à la somme de RH(x,λ) et d’une fonction holomorphe.
La relation 1 = jH1+⋯+jHn est une décomposition de 1 en idempotents de B deux à deux orthogonaux, donc l’algèbre B s’identifie canoniquement à l’algèbre produit BH1×⋯×BHn (A, I, p. 105, prop. 10).
L’assertion b) résulte des relations correspondantes pour les fonctions gHi; l’assertion c) est une conséquence de a) et de l’égalité R(xH,λ)=RH(x,λ).
b) La fonction qui à λ associe RSpA(x)−{μ}(x,λ) est holomorphe dans C− SpA(x) et au voisinage de μ; de plus, la fonction qui à λ associe R{μ}(x,λ) est holomorphe dans C−{μ};
c) On a
limn→+∞∥(x−μ)nj{μ}∥1/n=0
et, pour λ∈C−{μ}, la formule
R{μ}(x,λ)=n=0∑∞(λ−μ)−n−1(x−μ)nj{μ}(20)
Ce qui précède entraîne les assertions a) et b). Prouvons c). En remplaçant x par x−μ, on se ramène au cas où μ=0. Posons H={0}; c’est une partie ouverte et fermée de SpA(x). D’après la formule (18), le spectre de xH dans AH est {0}, donc xH est quasi-nilpotent, c’est-àdire que ∥xnjH∥1/n=∥(xjH)n∥1/n tend vers 0 quand n tend vers +∞. En outre, pour λ=0, on a dans AH
Soient μ un point isolé de SpA(x) et p un entier strictement positif. Pour que μ soit un pôle d’ordre p de la résolvante de x(cf. VAR, R1, p. 30, 3.3.9), il faut et il suffit que (x−μ)p−1j{μ}=0 et (x−μ)pj{μ}=0.
Soit μ un point isolé de SpA(x). Soit Γ le bord orienté d’un disque ouvert Δ de centre μ tel que
SpA(x)∩(Γ∪Δ)={μ}.
Alors l’idempotent j{μ} associé à x et {μ} est donné par
j{μ}=2iπ1∫Γ(z−x)−1dz
*En d’autres termes, l’idempotent j{μ} est le résidu en μ de la résolvante de x.∗
Pour z∈C− SpA(x), on a
(z−u)−1=R(x,z)=R{μ}(x,z)+RH(x,z)
où H = SpA(x)−{μ} (formule (19)). La fonction z↦RH(x,z) est holomorphe dans C− H et au voisinage de {μ} (prop. 17, b)), donc
2iπ1∫ΓRH(x,z)dz=0
(VAR, R2, p. 48, 11.2.5). La fonction z↦R{λ}(x,z) est la résolvante de l’élément j{μ}xj{μ} de l’algèbre unifère A{μ}. On a alors
j{μ}=2iπ1∫ΓR{μ}(x,z)dz
d’après la prop. 9 de I, p. 75 appliquée à A{μ} et à la fonction constante 1 au voisinage de Δ∪Γ. Le corollaire en résulte.
13. Calcul fonctionnel holomorphe dans une algèbre normable complète réelle ou complexe
Soit E un espace vectoriel topologique réel. L’espace vectoriel topologique C⊗E complexifié de E (EVT, II, p. 65) est noté E(C) et E est identifié à un sous-espace vectoriel topologique réel de E(C) par l’application x↦1⊗x.
L’espace vectoriel topologique complexe E(C) est normable (resp. complet) si et seulement si E est normable (resp. complet).
L’espace vectoriel topologique réel sous-jacent à E(C) est isomorphe à E×E. Ainsi E(C) est complet si et seulement si E est complet, et E est normable si E(C) l’est.
Supposons inversement que E est normable. Soient p une norme qui définit la topologie de E et B la boule unité de p. Il existe un voisinage fermé équilibré V de 0 dans E(C) contenu dans B+iB (EVT, II, p. 66). Les ensembles λV, où λ décrit R+∗, forment donc un système fondamental de voisinages de 0 dans E(C). La jauge de V est une norme sur E(C) qui définit la topologie de E(C), donc E(C) est normable.
Soient E et F des espaces vectoriels topologiques normables sur K. L’espace vectoriel L(E;F) des applications linéaires continues de E dans F, muni de la topologie de la convergence bornée, est un espace vectoriel topologique normable (EVT, III, p. 14).
Soient E et F des espaces vectoriels topologiques normables sur R. L’application C-linéaire φ:L(E;F)(C)→L(E(C);F(C)) définie par φ(λ⊗u)=λu(C) est un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques complexes. En particulier, le dual de E(C) s’identifie au complexifié du dual de E et l’algèbre normable L(E(C)) à la complexifiée de l’algèbre normable L(E).
Soit S une partie compacte de C stable par la conjugaison complexe. Considérons la C-algèbre O(S) des germes de fonctions holomorphes à valeurs complexes au voisinage de S, munie de la structure d’espace localement convexe complexe définie au no1 de I, p. 49. Si U est un voisinage ouvert de S dans C, et h:U→C une fonction holomorphe, l’image V de U par la conjugaison complexe est un voisinage ouvert de S dans C et h∗:w↦h(w) est une fonction holomorphe sur V. On en déduit par passage à la limite inductive une involution continue f↦f∗ dans l’algèbre O(S). On a en particulier :
(f+g)∗=f∗+g∗(fg)∗=f∗g∗(λf)∗=λf∗
pour f,g dans O(S) et λ dans C.
On note OR(S) l’ensemble des germes f∈O(S) tels que f=f∗. C’est une sous-R-algèbre fermée pleine de O(S).
Notons z le germe dans O(S) de l’application identique de C. Alors OR(S) est la plus petite sous-R-algèbre fermée pleine de O(S) contenant z.
On a z∗=z, donc z appartient à OR(S). Soit B une sous-R-algèbre fermée pleine de O(S) contenant z. L’application f↦f+f∗ de O(S) dans OR(S) est continue et surjective, et l’ensemble des germes de fonctions rationnelles holomorphes au voisinage de S est dense dans O(S) (th. 3 de I, p. 69). Pour démontrer que B contient OR(S), il suffit donc de démontrer que si f est le germe d’une telle fonction rationnelle, on a f+f∗∈B.
Il existe des polynômes P et Q dans C[X] tels que Q ne s’annule en aucun point de S et que l’on ait f=Q(z)P(z). Notons P∗ et Q∗ les polynômes obtenus en remplaçant les coefficients de P et Q par leurs conjugués. On a alors P(z)∗=P∗(z) et Q(z)∗=Q∗(z). Comme S est stable par la conjugaison complexe, le polynôme Q∗ ne s’annule en aucun point de S. Les germes Q∗(z) et (QQ∗)(z) sont donc inversibles dans O(S), et
f+f∗=Q(z)P(z)+Q∗(z)P∗(z)=(QQ∗)(z)(PQ∗+P∗Q)(z).
Comme les polynômes PQ∗+P∗Q et QQ∗ sont à coefficients réels et que B est une sous-R-algèbre pleine de O(S) contenant z, l’élément f+f∗ appartient à B. Cela conclut la preuve de la proposition.
Soit A une algèbre unifère normable complète sur R. Soit x un élément de A. Le spectre de l’élément 1⊗x de l’algèbre A(C) est appelé le spectre complexe de x, et il est noté SpA(C)(x). Son intersection avec l’ensemble R n’est autre que le spectre SpA(x) de x relativement à A, que l’on appelle parfois le spectre réel de x. Le spectre complexe SpA(C)(x) est une partie compacte de C, stable par la conjugaison complexe. Il n’est pas vide lorsque l’algèbre A n’est pas réduite à 0.
Soit x un élément de A. Le rayon spectral de 1⊗x∈A(C) est égal au rayon spectral ϱ(x) de x. C’est le plus petit nombre réel r⩾0 tel que ∣λ∣⩽r pour tout λ∈ SpA(C)(x). On a
ϱ(x)= limn→+∞∥xn∥1/n= infn>0∥xn∥1/n
pour toute norme sur A qui définit la topologie de A. En effet, on peut supposer que la norme sur A est la restriction d’une norme sur A(C) qui définit la topologie de A(C) et appliquer la prop. 1 de I, p. 20.
Notons u↦u l’endomorphisme de la R-algèbre A(C) qui applique λ⊗a sur λ⊗a. Il est continu.
Les applications f↦f(1⊗x) et f↦f∗(1⊗x) sont des homomorphismes unifères continus de C-algèbres de O(Sp(x)) dans A(C) qui appliquent z sur 1⊗x; elles sont donc égales (I, p. 74, th. 5).
Pour tout f∈OR(SpA(C)(x)), il existe un unique élément f(x) de A tel que f(1⊗x)=1⊗f(x) dans A(C). L’application f↦f(x) de OR(SpA(C)(x)) dans A est l’unique homomorphisme unifère continu de R-algèbres qui applique sur x le germe dans OR(SpA(C)(x)) de l’application identique de C.
Notons S = SpA(C)(x). D’après le lemme ci-dessus, pour tout germe f∈OR(Sp(x)), on a f(1⊗x)=f(1⊗x). La première assertion en résulte. Notons z le germe dans OR(S) de l’application identique de C. L’application f↦f(x) est un homomorphisme continu unifère de la R-algèbre OR(Sp(x)) dans A, qui applique z sur x. C’est le seul d’après la prop. 19, puisque tout morphisme ayant ces propriétés est déterminé de manière unique sur toute sous-R-algèbre fermée pleine de O(S) contenant z.
Soit f∈OR(SpA(C)(x)). L’élément f(x) appartient à toute sous-algèbre fermée pleine de A contenant x (prop. 19), donc appartient au bicommutant de x dans A. Le spectre complexe de f(x) est égal à f(Sp(x)) (I, p. 75, prop. 8). Pour tout g∈OR(f(SpA(C)(x))), on a g∘f∈OR(SpA(C)(x)) et (loc. cit.) (g∘f)(x)=g(f(x)).
Soit U une partie ouverte de C, stable par la conjugaison complexe. L’ensemble Ω des éléments x de A dont le spectre complexe est contenu dans U est ouvert dans A (I, p. 76, prop. 10). Soit f une fonction holomorphe sur U telle que f∗=f. L’application x↦f(x) de Ω dans A est analytique (loc. cit.).
Soient A, B des algèbres associatives unifères normables complètes sur R et φ:A→ B un morphisme d’algèbres unifère continu. Soit x∈A. Le spectre complexe de φ(x) est contenu dans celui de x et, pour tout f∈OR(SpA(C)(x)), on a f(φ(x))=φ(f(x)). Cela résulte aussitôt de l’énoncé analogue dans le cas complexe (I, p. 75, prop. 8).
14. Cas d’une algèbre sans élément unité
Soit A une algèbre normable complète non nécessairement unifère sur K=R ou C. Notons (A,e) l’algèbre unifère déduite de A par adjonction d’un élément unité. Elle est normable et complète.
Soit x un élément de A. Si K=C, notons Sp′(x)= SpA(x) le spectre de x relativement à A, et considérons un germe f∈O(Sp′(x)). Si K=R, notons Sp′(x) le spectre complexe de l’élément x de A, et considérons un germe f∈OR(Sp′(x)). Dans ces deux cas, 0 appartient à Sp′(x), et l’élément f(x) de A appartient à A si et seulement si f vérifie f(0)=0. En effet, la projection π:A→Ke est un morphisme continu dont le noyau est A, et l’on a π(f(x))=f(π(x))=f(0).
Exercices
Dans les exercices ci-dessous, toutes les algèbres considérées sont sur C, sauf mention explicite du contraire.