§ 1. Produits fibrés et carrés cartésiens
1. Structure de B-espace
Soit B un espace topologique.
Définition 1 01L9
On appelle B-espace topologique (ou simplement B-espace) un espace topologique X, muni d’une application continue de X dans B. L’application s’appelle la projection du B-espace X.
Soient X, des B-espaces et leurs projections respectives. On appelle B-morphisme de X dans une application continue de X dans telle que .
Il est parfois commode de désigner par le B-espace obtenu en munissant l’espace topologique X de l’application continue.
Le composé de deux B-morphismes est un B-morphisme. Les isomorphismes de B-espaces, aussi appelés B-isomorphismes, sont les B-morphismes qui sont des homéomorphismes.
Ainsi, si l’on appelle structure de B-espace sur un ensemble X la donnée d’une topologie sur X et d’une application continue , on peut prendre les B-morphismes pour morphismes de la structure de B-espace (E, IV, p. 11).
© N. Bourbaki et Springer-Verlag Berlin Heidelberg 2 016
N. Bourbaki, Topologie algébrique, DOI 10.1007/978-3-662-49361-8_1 1
Soient X, des B-espaces. On note l’ensemble des B-morphismes de X dans , Isom l’ensemble des B-isomorphismes de X dans et Aut l’ensemble des B-automorphismes de X, c’est-à-dire des B-isomorphismes de X dans X.
Soient X un B-espace et sa projection. Si l’on munit B de la structure de B-espace dont la projection est Id, l’ensemble est l’ensemble des sections (E, II, p. 18, déf. 11) continues de .
Soient X un B-espace, sa projection et un point de B. Le sous-espace de X est appelé la fibre de X en (ou la fibre de en ) et noté . Pour qu’une application continue de X dans un B-espace soit un B-morphisme, il faut et il suffit que soit contenu dans pour tout .
Soient X un B-espace et sa projection. Soit une application continue d’un espace topologique dans B. Une application continue telle que est appelée un relèvement continu de à X. Autrement dit, si l’on munit de la structure de B-espace de projection , les relèvements continus de à X sont les B-morphismes de dans X.
2. Opérations sur les B-espaces
Soit B un espace topologique.
Soient X un B-espace et sa projection. On munit tout sous-espace topologique Y de X de la structure de B-espace dont la projection est . Soit A un sous-espace de B; muni de l’application déduite de par passage aux sous-ensembles, l’espace topologique , est un A-espace. On l’appelle le A-espace induit par au-dessus de A et on le note parfois .
Soit une famille de B-espaces, et soit la projection de . L’espace somme (TG, I, p. 15), muni de l’application B définie par (pour I et ), est un B-espace appelé la somme de la famille de B-espaces . Les injections canoniques sont des B-morphismes.
Soient X un B-espace, sa projection et soit R une relation d’équivalence sur X. Notons l’espace quotient (TG, I, p. 20, déf. 3). Si l’application est compatible avec la relation R (E, II, p. 44), l’application déduite de par passage au quotient est continue (TG, I, p. 21, prop. 6) ; le B-espace obtenu en munissant de la projection est alors appelé le B-espace quotient de X par la relation R.
3. Produit fibré de deux B-espaces
Soient B un espace topologique, X et des B-espaces, et leurs projections respectives. Notons le sous-espace topologique de formé des couples tels que . L’application définie par est continue.
Définition 2 01LA
L’espace topologique s’appelle le produit fibré de X et au-dessus de B. Le B-espace obtenu en munissant de l’application s’appelle le B-espace produit de X et .
Les restrictions à des projections de dans X et dans sont encore notées pr et pr et appelées première et seconde projections du produit fibré. Elles sont continues et sont des B-morphismes, car on a pr pr.
On prendra garde que peut être vide même si X et sont non vides : en effet, la relation équivaut à dire que et sont disjoints.
Soient Y un B-espace et des B-morphismes. Il existe un unique B-morphisme tel que pr et pr = (propriété universelle du B-espace produit de deux B-espaces) : c’est l’application de Y dans , que l’on note parfois .
Soient des B-espaces, soient des B-morphismes. L’application est un B-morphisme de dans , que l’on note et que l’on appelle l’extension de et aux produits fibrés.
Exemple 1 01LB
Soient X et des B-espaces, alors l’application définit un B-isomorphisme de sur .
Exemple 2 01LC
Soient X, des B-espaces et leurs projections respectives. Le B-espace produit est le sous-espace topologique de formé des triplets tels que , muni de la projection définie par .
Exemple 3 01LD
Soient X un B-espace et sa projection. Le produit fibré de X et X au-dessus de B est appelé le carré fibré de X. C’est le sous-espace de formé des couples tels que . Il est muni de la structure de B-espace dont la projection est l’application . La diagonale de (E, II, p. 13) est contenue dans ; on l’appelle encore la diagonale de . L’application de X dans est un B-morphisme, appelé le B-morphisme diagonal et souvent noté ; il définit un B-isomorphisme de X sur (TG, I, p. 25, cor. 2).
Exemple 4 01LE
Soit une famille d’espaces topologiques et soient, pour tout , et des -espaces. Posons , et . Muni de l’application continue (resp. ), l’espace topologique X (resp. Y) est un B-espace. Par l’isomorphisme d’associativité des produits topologiques de sur (TG, I, p. 25, prop. 2), le sous-espace de s’identifie à .
Exemple 5 01LF
Soient et des familles de B-espaces. Soient X et Y leurs sommes. Pour tout , l’application est un B-isomorphisme de sur le sous-espace de . Comme ces derniers forment une partition de en sous-ensembles ouverts, l’application
définie par est un B-isomorphisme.
4. Changement de base
Soient B, des espaces topologiques et une application continue. Soit X un B-espace. L’application munit d’une structure de B-espace, ce qui permet de définir le produit fibré . Celui-ci, muni de l’application pr est un -espace appelé le -espace déduit du B-espace X par le changement de base (ou par changement de base de B à suivant ). On l’appelle aussi le -espace image réciproque de X par . On le note , ou parfois lorsqu’il n’y a pas de confusion possible sur l’application .
Lorsque est un sous-espace de B et que est l’injection canonique, l’application de dans (où est la projection de X) est un -isomorphisme de sur le -espace induit par X au-dessus de .
Soient Y un second B-espace et un B-morphisme. L’application Id est un -morphisme, appelé le -morphisme déduit du B-morphisme par le changement de base et parfois noté , ou lorsqu’il n’y a pas de confusion possible sur l’application . C’est l’unique -morphisme de dans tel que pr pr.
Soit un espace topologique et soit une application continue. Alors l’application donnée par est un isomorphisme de -espaces de sur , qu’on dira canonique.
5. Produit fibré d’une famille de B-espaces
Soit une famille de B-espaces. Soient leurs projections. Notons le sous-espace topologique de formé des couples tels que pour tout . L’application définie par est continue.
Définition 3 01LG
L’espace topologique s’appelle le produit fibré de la famille au-dessus de B. Le B-espace obtenu en munissant de l’application s’appelle le B-espace produit de la famille .
Soit . L’application pr de dans est appelée la projection d’indice du produit fibré et encore notée pr. Elle est continue. C’est un B-morphisme, car on a pr.
Soient Y un B-espace et sa projection. Pour tout I, soit un B-morphisme. Il existe un unique B-morphisme tel que pr pour tout (propriété universelle du B-espace produit) : c’est l’application de Y dans , définie par , que l’on note parfois .
Soient et des familles de B-espaces et, pour tout , soit un B-morphisme. L’application est un B-morphisme de dans que l’on note et que l’on appelle l’extension de la famille aux produits fibrés.
Exemple 1 01LH
Lorsque l’ensemble I est vide, l’ensemble est réduit à un élément et le B-espace s’identifie à B (muni de la projection Id).
Exemple 2 01LI
Lorsque I n’est pas vide, on déduit de l’application de dans , par passage aux sous-espaces, un homéo-morphisme de sur le sous-espace de formé des familles telles que pour tous . Ce sous-espace sera appelé, par abus, le produit fibré de la famille .
Exemple 3 01LJ
Lorsque l’ensemble I est un ensemble à un élément (resp. à deux éléments et ; resp. à trois éléments ), l’application pr (resp. (pr, pr) ; resp. (pr, pr, pr)) de dans (resp. dans ; resp. dans ) est un B-isomorphisme. Cela nous permettra de déduire les propriétés du produit fibré de deux ou trois B-espaces de celles du produit fibré de familles de B-espaces.
Soit une famille de B-espaces et soit J une partie de I. On déduit de l’application Id pr de dans , par passage aux sous-ensembles, un B-morphisme . On le
note encore pr et on l’appelle la projection d’indice J du produit fibré.
Soit une famille de B-espaces. Soit une partition
de I. L’application (pr) de est un
B-isomorphisme (« associativité » des produits fibrés de B-espaces).
6. Carrés cartésiens
Soient B, , X, des espaces topologiques et soient , des applications continues. On peut représenter un tel quadruplet par un diagramme
X
B
(E, II, p. 14). On dira alors : « Considérons le diagramme carré (1) », ou simplement « le carré (1) », au lieu de dire : « Considérons le quadruplet d’applications continues ». On dit que le carré (1) est commutatif, si l’égalité
est satisfaite. Dans ce cas, on munit souvent , X et des structures de B-espaces définies par les applications et respectivement ; les applications et sont alors des B-morphismes.
Définition 4 01LK
On dit que le carré (1) est un carré cartésien d’espaces topologiques (ou, simplement, qu’il est cartésien) s’il est commutatif et que, pour tout espace topologique Y et tout couple d’applications continues telles que , il existe une unique application continue telle que et .
Pour que le carré (1) soit cartésien, il faut et il suffit que le carré
X B
soit cartésien.
Proposition 1 01LL
Pour que le carré (1) soit cartésien, il faut et il suffit qu’il soit commutatif et que, pour tout B-espace Y et tout couple de B-morphismes , il existe un unique B-morphisme tel que et .
Supposons que le carré (1) est cartésien. Soit Y un B-espace et soient des B-morphismes. Les applications et sont toutes deux égales à la projection du B-espace Y ; l’unique application continue telle que et est alors un B-morphisme. Cela prouve la nécessité de la condition.
Inversement, supposons cette condition satisfaite. Soit Y un espace topologique et soient des applications continues telles que . Lorsqu’on munit Y de la structure de B-espace définie par et sont des B-morphismes. Toute application continue telle que et étant un B-morphisme, il en existe une et une seule.
Proposition 2 01LM
Soient B, et X des espaces topologiques et des applications continues.
a) Le carré
X
(2) pr
B
est un carré cartésien.
b) Pour tout carré commutatif
X
B
il existe une unique application continue telle que pr et pr.
c) Le carré commutatif (3) est cartésien si et seulement si est un homéomorphisme.
L’assertion a) résulte de la prop. 1 et de la propriété universelle du B-espace produit de deux B-espaces (I, p. 3). L’assertion b) en découle.
Si le carré (3) est cartésien, il existe une unique application continue telle que = pr et pr. On a et , d’où Id puisque le carré (3) est cartésien. On a pr = pr et pr = pr, d’où Id puisque le carré (2) est cartésien. Cela prouve que est un homéomorphisme.
Inversement, supposons que soit un homéomorphisme ; comme le carré (2) est cartésien, le carré (3) est aussi cartésien.
L’application dont l’existence et l’unicité est affirmée par l’assertion b) de la proposition précédente sera dite canonique : c’est l’application notée en I, p. 3.
Proposition 3 01LN
Soit
X
B
un carré cartésien. Pour toute section continue de , l’application est un relèvement continu de à X. L’application est une bijection de sur .
Si est une section continue de , on a , ce qui prouve que est un relèvement continu de à X, i.e. un B-morphisme de dans X. Inversement, soit un B-morphisme. On a Id; il existe donc, par définition d’un carré cartésien, une unique application continue telle que Id et , d’où la proposition.
7. Carrés cartésiens construits par passage aux sous-espaces
Proposition 4 01LO
Soit
X
B
un carré cartésien et soient des sous-espaces de B, et X respectivement. Supposons qu’on ait et posons . Alors, le carré
(où les applications sont déduites de respectivement par passage aux sous-ensembles) est cartésien.
Considérons l’application canonique déduite du diagramme commutatif (4). Comme le carré (4) est cartésien, est un
homéomorphisme. Par construction, on a et l’application déduite du diagramme commutatif () est déduite de par passage aux sous-ensembles. C’est donc un homéomorphisme et le carré ()est cartésien (prop. 2).
Corollaire 01LP
Soit
X
B
un carré cartésien.
a) Pour tout point de , l’application induit un homéomorphisme de la fibre de sur la fibre de .
b) Si l’application est injective ( resp. surjective, resp. bijective), il en est de même de .
Soit un point de . Posons . Pour tout , on a , d’où . Cela prouve que
l’on a . Dans la prop. 4, prenons et ; on a alors , d’où l’assertion a).
Pour que l’application soit injective (resp. surjective, resp. bijective), il faut et il suffit que le cardinal de chacune de ses fibres soit inférieur (resp. supérieur, resp. égal) à 1. L’assertion b) en résulte.
Exemple 01LQ
Soient un B-espace et A un sous-espace de B. Le carré
X
A B
(où et sont les injections canoniques) est cartésien.
En particulier, si A et sont des sous-espaces de l’espace topologique B, le carré
(6)
A B
(où les flèches sont les injections canoniques) est cartésien.
8. Carrés cartésiens construits par produits, produits fibrés et sommes
(où sont les extensions des familles , , , aux produits) est cartésien.
Soit Y un espace topologique, soient et des applications continues telles que . Pour , posons = pr et pr; on a et il existe une unique application continue telle que et . Alors, l’application est une application continue de Y dans telle que et , et c’est la seule ayant ces propriétés.
Corollaire 1 01LS
Soit X un B-espace, soit sa projection et soit F un espace topologique. Le carré
est cartésien.
Soit P un espace topologique réduit à un point. Le corollaire 1 résulte de la prop. 5 appliquée aux carrés cartésiens
Soient B et des espaces topologiques et soit B une application continue. Soit I un ensemble et, pour tout , soient un B-espace, un -espace et une application continue telle que le carré
(9)
B
soit commutatif. Il existe une unique application continue
telle que pr pr pour tout et telle que le carré
B
B soit commutatif (cette dernière condition résultant des autres si I ) c’est l’application déduite de l’application
par passage aux sous-ensembles. Avec ces notations :
Corollaire 2 01LT
Si le carré (9) est cartésien pour tout , le carré () est cartésien.
On déduit de la prop. 5 un carré cartésien
Notons et les diagonales de et . Le diagramme
B
déduit du précédent par passage aux sous-espaces est cartésien (I, p. 9, prop. 4). Il s’identifie au diagramme ().
Exemple 1 01LU
Soit
X
B
un carré cartésien. Alors le corollaire 2 fournit un carré cartésien
B .
On a la relation . En effet, par la prop. 2 de I, p. 8, il suffit de considérer le cas où . Soit alors un élément de avec et . Cet élément appartient à si et seulement si .
Proposition 6 01LV
Soit I un ensemble et, pour tout , soit
X
B
un carré cartésien. Soient et les espaces sommes des familles et respectivement. Soient et les applications déduites des familles , et respectivement. Le carré
X
B
est cartésien.
Les applications et sont continues. La commutativité du carré ()résulte de sa définition. Notons l’homéomorphisme canonique de sur (I, p. 8, prop. 2) et l’application canonique (loc. cit.). On a où est l’homéomorphisme déduit des et est celui défini dans l’exemple 5 de I, p. 4. On conclut par la prop. 2 de I, p. 8.
Exemple 2 01LW
Soit un B-espace et soit une famille de sous-espaces de B. Soit A l’espace somme de la famille et soit Y l’espace somme de la famille ; notons , et les applications déduites des injections canoniques de dans B, des injections canoniques de dans X, et des applications , pour . Le carré
Y X
A B est cartésien ; cela résulte de l’exemple de I, p. 10 et de la prop. 6.
9. Composition de carrés cartésiens
Proposition 7 01LX
Soient
X
(12) et (13)
B
des carrés commutatifs ; considérons le carré
X
B .
Il est commutatif. Si les carrés (12) et (13) sont cartésiens, il en est de même du carré (14). Si les carrés (13) et (14) sont cartésiens, il en est de même du carré (12).
Le carré (14) est commutatif, car on a .
Notons et les applications continues canoniques déduites des carrés commutatifs (12), (13) et (14). Par ailleurs, notons
l’application continue qui à associe . C’est un homéomorphisme et l’on a (Id).
Supposons que le carré (13) soit cartésien. Alors, est un homéo-morphisme (I, p. 8, prop 2), donc l’application Id est un homéomorphisme, et est un homéomorphisme si et seulement en est un. Cela signifie que le carré (12) est cartésien si et seulement si le carré (14) est cartésien (loc. cit.).
Avec les notations de la proposition 7, on dit parfois que le carré (14) est le carré composé des carrés (13) et (12). La première assertion exprime que le carré composé de deux carrés cartésiens est cartésien. En particulier, les -espaces et sont isomorphes.
Remarque 1 01LY
Il peut arriver que les carrés (12) et (14) soient cartésiens sans que le carré (13) le soit (I, p. 139, exerc. 2).
Remarque 2 01LZ
Soient et des applications continues. L’application définie par est un homéo-morphisme de sur le graphe G de l’application (TG, I, p. 25, cor. 2) et le produit fibré s’identifie (I, p. 6) au sous-espace de , image réciproque de G par l’application Id. D’après l’exemple de I, p. 10 et le cor. 1 de la prop. 5 (I, p. 11), les carrés
X
pr Id et Id
B
(où désigne l’injection canonique) sont cartésiens et le carré cartésien
X
pr
B
est leur composé. En d’autres termes, tout carré cartésien s’identifie au carré composé d’un carré cartésien obtenu par produit (I, p. 11, cor. 1 de la prop. 5, carré (8)) et d’un carré cartésien obtenu par passage aux sous-espaces (I, p. 10, exemple, carré (5)).
Remarque 3 01M0
Soient
X X
(15) et (16)
B B
des carrés cartésiens. Considérons le carré
X
B où (resp. ) est l’application qui définit la structure de B-espace (resp. de X-espace) du produit fibré (resp. du produit fibré ) et où est l’application déduite de par passage aux sous-ensembles. Il est cartésien (I, p. 13, cor. 2 de la prop. 5).
Considérons alors les deux carrés commutatifs suivants :
et
Le carré (17) est composé des carrés (15) et (18), ainsi que des carrés (16) et (19). D’après la prop. 7, les carrés (18) et (19) sont cartésiens.
10. Applications strictes
Proposition 8 01M1
Soit
un carré cartésien. Si l’application est ouverte ( resp. est propre, resp. possède au voisinage de tout point une section continue), il en est de même de .
D’après la remarque 2, I, p. 16, il suffit de démontrer la proposition pour les carrés cartésiens du type suivant :
où F est un espace topologique, A un sous-espace de B et les injections canoniques. Si l’application est ouverte, les applications et Id sont ouvertes (TG, I, p. 30, prop. 2 et TG, I, p. 34, prop. 8). Si l’application est propre, les applications et Id sont propres (TG, I, p. 72, prop. 3 et TG, I, p. 72, déf. 1). Si U est un ouvert de B et une section continue de sur U, l’application est une section continue de sur et l’application Id est une section continue de Id sur .
Remarque 1 01M2
Avec les notations de la prop. 8, si est une application fermée, il n’en est pas nécessairement de même de cf. TG, I, p. 72, exemple). Cependant, si l’application est fermée et si A est un sous-espace de B, l’application est fermée (TG, I, p. 30, prop. 2, a)).
Définition 5 01M3
Soient X et Y des espaces topologiques et une application. Soient R la relation d’équivalence associée à et
la décomposition canonique de (E, II, p. 44). On dit que l’application est stricte si est un homéomorphisme, lorsqu’on munit de la topologie quotient et de la topologie induite par celle de Y.
Une application stricte est continue.
Rappelons (TG, I, p. 22, prop. 8) que pour qu’une application soit stricte, il faut et il suffit que soit continue et que pour toute partie A de X ouverte (resp. fermée) et saturée, l’ensemble soit ouvert (resp. fermé) dans .
Exemple 1 01M4
La composée de deux applications strictes n’est pas nécessairement stricte. De fait, toute application continue est composée de l’application pr Y et de l’application de X dans qui sont toutes deux strictes (TG, I, p. 26, prop. 5 et TG, I, p. 25, cor. 2). En revanche, l’application composée de deux applications strictes et injectives (resp. surjectives) est une application stricte.
Exemple 2 01M5
Une application continue qui est ouverte, ou fermée ou qui possède une section continue, est stricte. Cela résulte de la prop. 3 de TG, I, p. 32 et de la prop. 9 de TG, I, p. 22.
Exemple 3 01M6
Pour qu’un homomorphisme continu d’un groupe topologique dans un autre soit un morphisme strict (TG, III, p. 16, déf. 1), il faut et il suffit que ce soit une application stricte au sens de la définition 5.
Proposition 9 01M7
Soient X, Y et Z des espaces topologiques. Soient une application continue surjective et une application.
a) Si est stricte et si est continue, l’application est continue.
b) Si est continue et si est stricte, l’application est stricte.
c) Si et sont strictes, est stricte.
Démontrons l’assertion a). Notons R la relation associée à dans X ; par hypothèse, l’application de sur Y déduite de par passage au quotient est un homéomorphisme. La première assertion résulte alors de la prop. 6 de I, p. 21.
Démontrons b). Soit B une partie fermée saturée de Y pour la relation définie par et soit . Comme est continue, A est fermée dans X, et A est saturée pour la relation d’équivalence définie par . Puisque est stricte et est surjective, est alors fermée dans Z. L’application continue est donc stricte.
L’assertion c) résulte immédiatement des assertions a) et b).
Proposition 10 01M8
Soit X un espace topologique et soit R une relation d’équivalence dans X. Soit Y un espace topologique localement compact. Soit S la relation d’équivalence dans produit de la relation d’équivalence R dans X et de la relation d’égalité dans Y. La bijection canonique est un homéomorphisme.
Rappelons que si U et V sont des espaces topologiques, désigne l’ensemble des applications continues de U dans V, muni de la topologie de la convergence compacte (TG, X, p. 26, déf. 1).
Notons et les surjections canoniques. Notons la bijection canonique. Elle est continue ; notons sa réciproque et démontrons qu’elle est continue.
L’application telle que, pour tout X, est l’application définie par , est continue (TG, X, p. 28, th. 3). L’application qui, à une application continue , associe l’application , est continue (TG, X, p. 29, prop. 9). Par conséquent, l’application est continue. Elle est compatible à la relation d’équivalence R ; l’unique application telle que est donc continue. On a pour tout couple . Comme Y est localement compact, il résulte alors de TG, X, p. 28, th. 3, que l’application est continue.
La conclusion de la proposition 10 n’est plus nécessairement vérifiée si Y n’est pas localement compact (TG, I, p. 96, exerc. 6).
Corollaire 01M9
Soient X et Y des espaces topologiques et soit Y une application continue. Soit T un espace topologique localement compact. Si l’application est stricte, il en est de même de l’application Id de dans .
11. Applications universellement strictes
Soit
X
B
un carré cartésien, où l’application est stricte. L’application n’est pas nécessairement stricte (cf. TG, I, p. 96, exerc. 6). Cependant, si A est un sous-espace ouvert ou fermé de B, l’application est stricte (TG, I, p. 23, cor. 1).
Définition 6 01MA
Soit une application continue. On dit que l’application est universellement stricte si pour tout carré cartésien
X
B
l’application est stricte.
Une application universellement stricte est stricte. Avec les notations de la définition 6, si l’application est universellement stricte, il en est de même de . Cela résulte immédiatement de la déf. 6 et de la prop. 7 de I, p. 15.
Corollaire 01MB
Une application continue qui est ouverte, ou propre, ou qui admet au voisinage de tout point une section continue, est universellement stricte (prop. 8 et exemple 2).
Exemple 01MC
Soient B un espace topologique et un recouvrement de B; on note A l’espace somme de la famille , et l’application canonique. L’application est universellement stricte sous chacune des deux hypothèses suivantes :
(i) Pour tout point , il existe tel que soit un point intérieur de ;
(ii) La famille est localement finie et les sont des parties fermées de B.
Sous l’hypothèse (i), l’application possède au voisinage de tout point une section continue. Sous l’hypothèse (ii), l’application est propre par définition de l’espace somme (resp. d’après TG, I, p. 6, prop. 4 et TG, I, p. 75, th. 1). Elle est donc universellement stricte.
Remarque 01MD
Une application fermée n’est pas nécessairement universellement stricte (cf. TG, I, p. 96, exerc. 6).
Proposition 11 01ME
Soit
X
B
un carré cartésien.
a) Supposons l’application stricte et surjective. Alors, si l’application est ouverte ( resp. fermée, resp. propre), il en est de même de .
b) Supposons que l’application soit fermée et surjective. Alors, si l’application est stricte, il en est de même de .
c) Supposons que l’application soit universellement stricte et surjective. Alors, si l’application est stricte, il en est de même de .
Remarquons au préalable que pour toute partie A de X, on a
En effet, si , alors . Réciproquement, si , soit tel que . Par définition d’un carré cartésien, il existe un unique tel que et , si bien que .
Démontrons a). Supposons d’abord que soit une application ouverte (resp. fermée) et soit A un ensemble ouvert (resp. fermé) dans X. L’ensemble est ouvert (resp. fermé) dans . Par suite, l’ensemble est ouvert (resp. fermé) dans . D’après la relation (20), il est aussi saturé pour la relation d’équivalence définie par . Puisque l’application est supposée surjective, on a alors
, et comme elle est stricte, l’ensemble est ouvert (resp. fermé) dans B. L’application est donc ouverte (resp. fermée).
Pour qu’une application continue soit propre, il faut et il suffit qu’elle soit fermée et que ses fibres soient quasi-compactes (TG, I, p. 75, th. 1). Si l’application est propre, l’application est fermée d’après ce qui précède. Étudions ses fibres : si , soit tel que . D’après le corollaire de I, p. 10, l’application induit un homéomorphisme . Puisque est propre, est quasi-compacte, donc l’est aussi. L’application est donc propre.
Démontrons b) et c). Posons Y = et ; la relation (20) appliquée à X entraîne que . Notons l’application de dans Y induite par . Dans le cas b), l’application est stricte d’après la remarque 1, I, p. 18. Dans le cas c), elle est stricte en vertu de la définition 6 puisque le carré
Y
B
est cartésien.
Désignons par et les applications de X dans Y et de dans induites par et , de sorte que le carré
X
Y
est cartésien. Les applications et étant toutes deux strictes et surjectives, leur composée est stricte. Ainsi, est stricte et est elle-même stricte. Puisque est surjective, l’est aussi et est stricte d’après la prop. 9, b) de I, p. 18.
Corollaire 1 01MF
Supposons que l’application soit universellement stricte et surjective et que l’application soit universellement stricte. Alors, l’application est universellement stricte.
Soit
Y X
C B
un carré cartésien ; il s’agit de démontrer que l’application est stricte. D’après la remarque 3 de I, p. 16, les carrés
et
Y
C
sont cartésiens, où désigne l’application induite par . Comme l’application est universellement stricte et surjective, il en est de même de l’application pr (I, p. 20, déf. 6 et I, p. 10, cor. de la prop. 4). D’autre part, l’application est stricte, puisque est supposée universellement stricte. D’après la prop. 11, c) appliquée au carré cartésien (21), l’application est stricte.
Corollaire 2 01MG
Soient B et X des espaces topologiques et soit une application continue. Soit une famille de parties de B qui est un recouvrement ouvert de B, ou bien un recouvrement fermé localement fini de B. Si pour tout I, l’application est stricte ( resp. universellement stricte), l’application est stricte ( resp. universellement stricte).
Pour tout , posons et . Soient A l’espace somme de la famille , Y l’espace somme de la famille ; notons (resp. ) l’application déduite de la famille des injections canoniques (resp. des injections canoniques , des applications ). Le carré
Y X
A B
est un carré cartésien (exemples, I, p. 10 et p. 14). D’après le corollaire, I, p. 20, l’application est universellement stricte. D’après la proposition 11, il suffit donc de démontrer que l’application est stricte (resp. universellement stricte) si les applications , pour , le sont. On est ainsi ramené à démontrer le corollaire lorsque les ensembles , , constituent une partition de l’espace B en parties ouvertes et fermées, ce que nous supposerons désormais.
Supposons que chacune des applications , soit stricte. Si U est une partie ouverte de X et saturée pour la relation d’équivalence définie par , l’ensemble est ouvert dans et est ouvert dans B. L’application est donc stricte.
Supposons maintenant que chacune des applications , soit universellement stricte et montrons que l’application est universellement stricte. Soient C un espace topologique et une application continue. Il s’agit de montrer que l’application pr est stricte. L’espace C s’identifie à l’espace somme de la famille des et l’espace s’identifie à l’espace somme de la famille des . Comme est universellement stricte, l’application pr est stricte. D’après ce qui précède, l’application pr est stricte. Cela prouve que l’application est universellement stricte.
Exercices
See the exercises for § 1.