§ 2. Applications étales
1. Applications séparées
Proposition 1 01MH
Soient X et Y des espaces topologiques et soit Y une application continue. Les propriétés suivantes sont équivalentes :
(i) La diagonale du produit fibré est un sous-espace fermé ;
(ii) Pour tout espace topologique W et tout couple d’applications continues de W dans X tel que , l’ensemble des points tels que est fermé dans W ;
(iii) Pour tout couple de points de X tel que et , il existe un voisinage de dans X et un voisinage de dans X tels que .
(i)(ii) : Soient des applications continues de W dans X telles que , et l’application déduite de et . L’ensemble des points tels que est . Puisque est continue, il est donc fermé si la diagonale est fermée.
(ii)(i) : La diagonale est l’ensemble des points tels que pr pr. Il résulte de (ii) appliqué à et au couple d’applications (pr, pr) que la diagonale est fermée dans .
(i)(iii) : Soit un point de et soient et des voisinages de et respectivement. La condition équivaut à la condition , c’est-à-dire à . Puisque les ensembles forment une base de voisinages de dans , cela prouve l’équivalence de (i) et (iii).
Définition 1 01MI
Soient X et Y des espaces topologiques. On dit qu’une application continue est séparée si elle satisfait aux conditions équivalentes de la proposition 1.
Proposition 2 01MJ
Soient X, Y, Z des espaces topologiques et soient et des applications continues.
a) Si et sont séparées, alors est séparée.
b) Si est séparée, alors est séparée.
c) Supposons de plus que l’application soit propre et surjective. Alors, si est séparée, est séparée.
Considérons, dans , les sous-espaces (diagonale), et . Ce sont respectivement les ensembles des points de tels que pr prprprprpr. Si est séparée, est fermé dans , donc aussi dans , d’où b).
D’après la prop. 1, (ii), appliquée à pr et pr est fermé dans si est séparée. Si de plus est séparée, est fermé dans (prop. 1, (i)), donc dans , d’où a).
Démontrons enfin c). L’application est propre (TG, I, p. 73, prop. 4). Le sous-espace est l’image réciproque de par ; d’après TG, I, p. 72, prop. 3, l’application déduite de est propre. Comme est séparée, la diagonale est fermée dans . Par suite, est fermé dans . Comme est surjective, est la diagonale de . Cela montre que est séparée.
Remarque 1 01MK
Une application continue injective est séparée.
Remarque 2 01ML
Pour qu’un espace topologique X soit séparé (TG, I, p. 52, déf. 1), il faut et il suffit que l’application de X dans un espace réduit à un point soit séparée. Dans ce cas, toute application continue de X dans un espace topologique est séparée (prop. 1, (iii)).
Soit Y une application continue et séparée. Pour tout point de Y, la fibre est un espace topologique séparé (loc. cit.). Il existe toutefois des applications continues qui ne sont pas séparées mais dont toutes les fibres sont des espaces topologiques séparés (I, p. 140, exerc. 1).
Remarque 3 01MM
Soit une application continue et séparée. Si l’espace Y est séparé, l’espace X est séparé. Cela résulte de la remarque 2 et de la proposition 2 appliquée avec un espace Z réduit à un point.
Remarque 4 01MN
Soient une application continue et séparée, un point
de Y et A une partie finie de . Démontrons qu’il existe une famille d’ensembles deux à deux disjoints telle que pour chaque , l’ensemble soit un voisinage de dans X. Pour cela, pour chaque partie de A à deux éléments, choisissons un voisinage de et un voisinage de dans X tels que (prop. 1, (iii)). Notons l’intersection de la famille formée par X et les ensembles pour . L’ensemble est un voisinage de dans X, et si sont deux éléments distincts de A, l’ensemble est contenu dans , donc est vide.
Remarque 5 01MO
Soit Y un espace topologique. Soit une famille de parties de Y et soit X l’espace somme de la famille . L’application canonique de X dans Y est séparée.
Proposition 3 01MP
Soit une application continue et séparée. Toute section continue de induit un homéomorphisme de Y sur une partie fermée de X.
Soit une section continue de . L’application induit un homéomorphisme de Y sur le sous-espace de X (TG, I, p. 22, prop. 9). L’application identique de X et l’application sont continues et l’on a Id. Puisque l’application est séparée, l’ensemble , qui est l’ensemble des points de X tels que , est fermé dans X (prop. 1, (ii)).
Proposition 4 01MQ
Soit
X
B
un carré cartésien. Si l’application est séparée, il en est de même de . Inversement, si est séparée et si est universellement stricte et surjective, alors est séparée.
Considérons le carré
B
où l’application est induite par l’application . Rappelons (I, p. 13, exemple 1) que ce carré est cartésien et que l’on a .
Si l’application est séparée, l’ensemble est fermé dans ; par suite, est une partie fermée de , ce qui prouve que l’application est séparée.
Si l’application est surjective, l’application est surjective (I, p. 10, cor.) ; si est universellement stricte, est stricte (I, p. 20, déf. 6). Supposons l’application séparée. Alors, est fermé dans . Comme et comme est surjective et stricte, est fermé dans , ce qui prouve que l’application est séparée.
Proposition 5 01MR
Soient X, Y, Z des espaces topologiques et soient des applications continues. Supposons l’application séparée et l’application propre. L’application est alors propre.
Considérons le carré cartésien suivant :
Y
pr
X .
Soit l’application . C’est une section continue de pr. D’après la prop. 4, l’application pr est séparée ; il en résulte que l’application est propre (I, p. 27, prop. 3 et TG, I, p. 72, prop. 2). D’autre part, l’application pr est propre (I, p. 17, prop. 8). Donc l’application , qui est égale à pr, est propre (TG, I, p. 73, prop. 5).
2. Applications étales
Définition 2 01MS
Soient E et B des espaces topologiques, soit une application et soit un point de E. On dit que l’application est topologiquement étale en s’il existe un voisinage U de dans E et un voisinage V de dans B tels que induise un homéomorphisme de U sur V.
On dit que l’application est topologiquement étale si elle est topologiquement étale en tout point de E.
Lorsqu’il n’y a pas de confusion possible, cf. l’exemple 3, ci-dessous, on dira étale au lieu de topologiquement étale. Au lieu de dire que est une application étale, on dit aussi que le B-espace est un B-espace étalé, ou simplement que E est un espace étalé sur B, lorsqu’aucun doute n’est possible quant à l’application .
Remarque 1 01MT
L’ensemble des points de E en lesquels une application est étale est un ouvert U de E et la restriction de à U est une application étale de U dans B.
Remarque 2 01MU
Une application étale est continue et ouverte (TG, I, p. 33, prop. 5) ; en particulier, l’image d’une application étale est ouverte. Inversement, si est une application continue et ouverte, et si tout point de E possède un voisinage V tel que l’application soit injective, l’application est étale. Les fibres d’une application étale sont discrètes.
Exemple 1 01MV
Soient B un espace topologique et une famille de parties de B. Notons E l’espace somme de la famille et l’application déduite des injections canoniques des dans B. Pour que l’application soit étale, il faut et il suffit que les , soient tous ouverts.
Exemple 2 01MW
Soit U un ouvert de . Pour qu’une fonction holomorphe soit une application étale, il faut et il suffit que sa dérivée ne s’annule pas.
Exemple 3 01MX
Un morphisme étale de variétés (VAR, R, 5.7.8) est une application topologiquement étale, mais il existe des morphismes de variétés réelles qui sont topologiquement étales et qui ne sont pas des morphismes étales. C’est le cas par exemple de l’application de dans . Cependant, un morphisme de variétés analytiques complexes qui est topologiquement étale est un morphisme étale (I, p. 141, exerc. 6).
Proposition 6 01MY
Soient X, Y, Z des espaces topologiques et soient des applications.
a) Supposons que et sont étales ; alors est étale.
b) Supposons que est étale, est continue et est ouverte. Alors est ouverte.
c) Supposons que et sont étales et que est continue. L’application est alors étale.
d) Supposons que est étale et que l’application est continue et ouverte ; alors, est étale et est étale en tout point de .
Démontrons a). Supposons les applications et étales. Elles sont alors continues et ouvertes, donc l’application est continue et ouverte. Soit un point de X. Il existe un voisinage W de dans Y tel que l’application soit injective, et un voisinage V de
dans X, contenu dans , tel que l’application soit injective ; l’application est alors injective. Cela prouve que l’application est étale (remarque 2).
Démontrons b). Soient un point de X et W un voisinage ouvert de tel que induise un homéomorphisme de W sur l’ouvert . Soit V un voisinage de tel que soit contenu dans W; alors, est un voisinage de , donc est un voisinage de dans l’ouvert W, et aussi dans Y. Ceci prouve que l’application est ouverte (TG, I, p. 33, prop. 5).
Démontrons c). D’après b est ouverte. Soit un point de X. Comme est étale, il existe un voisinage V de dans X tel que soit injective. Ainsi, est injective et est étale (I, p. 29, remarque 2).
Démontrons d). Soit un point de X et posons . Il existe un voisinage ouvert V de tel que induise un homéomorphisme de V sur l’ouvert . Comme l’application est ouverte, est un voisinage ouvert de . L’application déduite de par passage aux sous-espaces est continue, ouverte et bijective ; c’est donc un homéomorphisme, si bien que est étale en . De plus, l’application induit un homéomorphisme de sur , donc est étale en .
Corollaire 1 01MZ
Soit B un espace topologique. Un B-morphisme d’un B-espace étalé dans un autre est étale.
Cela découle de l’assertion c) de la prop. 6.
Corollaire 2 01N0
Soit B un espace topologique ; un B-morphisme bijectif d’un B-espace étalé dans un autre est un B-isomorphisme.
D’après le corollaire 1, un tel morphisme est étale ; il est donc ouvert (I, p. 29, remarque 2). S’il est bijectif, c’est un B-isomorphisme.
Corollaire 3 01N1
Soit une application étale. Toute section continue de induit un homéomorphisme de B sur une partie ouverte de E.
En effet, une telle section est étale (corollaire 1), donc ouverte.
Corollaire 4 01N2
Soit une application étale et séparée. Supposons que E soit connexe et que admette une section. Alors est un homéomorphisme.
Soit une section de ; comme est étale, l’image de est ouverte dans E (corollaire 3) ; elle est aussi fermée, car est séparée (I, p. 27, prop. 3). Puisque E est connexe, on a et est un homéomorphisme.
Proposition 7 01N3
Soit une application continue. Pour que l’application soit étale, il faut et il suffit qu’elle soit ouverte et que la diagonale de soit ouverte dans .
Supposons d’abord que l’application soit étale. Alors elle est ouverte et tout point de E possède un voisinage V tel que soit injectif, ce qui revient à dire que l’on a . Donc est une partie ouverte de .
Inversement, supposons que soit une application ouverte et que soit une partie ouverte de . Soit un point de E. Soit V un voisinage ouvert de dans E tel que soit contenu dans . Alors, est injective. D’après la remarque 2, I, p. 29, l’application est étale.
Proposition 8 01N4
Soit
E
B
un carré cartésien. Si l’application est étale, l’application est étale. Inversement, si l’application est étale et que l’application est universellement stricte et surjective, l’application est étale.
Supposons que l’application soit étale. Elle est en particulier ouverte et est ouverte (I, p. 17, prop 8). Considérons alors le carré cartésien (I, p. 13, exemple 1)
. On a (loc. cit.). De plus, la diagonale est ouverte dans (prop. 7), donc la diagonale est ouverte dans . Cela prouve que l’application est étale (loc. cit.).
Supposons maintenant que l’application soit surjective et universellement stricte et que l’application soit étale. Alors, est ouverte, donc est ouverte (I, p. 21, prop. 11, a)). D’autre part est une partie ouverte de . Puisque et que l’application est surjective et stricte (I, p. 20, déf. 6), est ouverte dans . D’après la prop. 7, l’application est étale.
Corollaire 01N5
Soit B un espace topologique. Le produit fibré de deux B-espaces étalés est un B-espace étalé.
Soient et des B-espaces étalés. L’application pr est étale (prop. 8), donc l’application pr est étale (prop. 6, a)).
Remarque 3 01N6
Soit
E
B
un carré cartésien. Si l’application est étale et si l’application est stricte, l’application est stricte. En effet, sous ces hypothèses, tout point de E possède un voisinage ouvert U tel que induise un homéomorphisme de U sur l’ouvert . L’application induit alors
un homéomorphisme de sur . L’application induit
une application stricte de sur (I, p. 20) et l’application
induit donc une application stricte de dans U. Il en résulte que l’application est stricte ( I, p. 23, corollaire 2).
3. Sections locales des applications étales
Soient E et B des ensembles, A une partie de B et une application. On appelle section de au-dessus de A (ou sur A) une application telle que soit l’injection canonique de A dans B. La donnée d’une section de au-dessus de A équivaut à la donnée d’une section de l’application déduite de . Si est une section de au-dessus de A et si est une partie de A, la restriction de à est une section de au-dessus de . On dit alors que est un prolongement de à A.
Lorsque E et B sont des espaces topologiques et B une application continue, l’ensemble (I, p. 2) des sections continues de au-dessus de A est aussi noté ou . Soit une section continue de au-dessus de A. L’application induit un homéo-morphisme de A sur , et induit l’homéomorphisme réciproque. D’après la définition 2, I, p. 28, on a donc :
Proposition 9 01N7
Soit une application continue. Pour que l’application soit étale, il faut et il suffit que tout point de E possède un voisinage ouvert qui soit l’image d’une section continue de au-dessus d’une partie ouverte de B.
Remarque 1 01N8
Soit une application continue et ouverte. Pour qu’un ensemble ouvert U de E soit l’image d’une section continue de au-dessus d’un ensemble ouvert de B, il faut et il suffit que la restriction de à U soit injective.
Remarque 2 01N9
Soit B une application continue. Supposons que tout point de B possède un voisinage ouvert V tel qu’il existe une section continue de au-dessus de V. Une telle application n’est pas nécessairement étale, ni même ouverte. Elle est toutefois surjective et universellement stricte (I, p. 20, corollaire).
4. Relèvements continus des applications étales
Soient et des applications continues. On appelle relèvement continu de à E une application continue telle que . L’ensemble des relèvements continus de à E n’est autre que . Il s’identifie aussi à l’ensemble des sections continues de la projection du Z-espace , pr.
Si T est une partie de Z, on appelle relèvement continu de à E défini sur T un relèvement continu de à E :
Proposition 10 01NA
Soient E, B et Z des espaces topologiques, une application étale et une application continue.
Soient et des points tels que . Il existe un voisinage W de dans Z et un relèvement continu de à E, défini sur W, tel que .
Il existe un voisinage ouvert V de dans B et une section continue de au-dessus de V telle que (prop. 9). L’ensemble
est un voisinage ouvert de et l’application est un relèvement continu de à E, défini sur W et tel que .
Proposition 11 01NB
Soient E, B et Z des espaces topologiques, et des applications continues. Soient et des relèvements continus de à E. Soit W l’ensemble des points de Z où et coïncident.
a) Si l’application est séparée, W est fermé.
b) Si l’application est étale, W est ouvert.
Notons l’application continue . L’image de est contenue dans puisque et l’ensemble W des points de Z où et coïncident est l’image réciproque par de la diagonale .
Si l’application est étale, la diagonale est ouverte dans (I, p. 31, prop. 7), donc l’ensemble W est ouvert dans Z.
Si l’application est séparée, la diagonale est fermée dans (I, p. 25, déf. 1) et l’ensemble W est fermé dans Z.
Corollaire 1 01NC
Si l’espace Z est connexe et si l’application est étale et séparée, des relèvements continus de à E qui coïncident en un point sont égaux.
Corollaire 2 01ND
Soit une application étale et séparée. Si l’espace E est connexe, le groupe Aut opère librement sur E.
En effet, si est un B-morphisme, l’ensemble des points où coïncident et Id est égal à E ou à l’ensemble vide par le cor. 1.
Corollaire 3 01NE
Soient E, B et Z des espaces topologiques, soit une application étale et séparée, et soit une application continue. Pour , 2, soient une partie ouverte ( resp. fermée) de Z et un relèvement continu de défini sur . On suppose que l’intersection est connexe et qu’il existe un point de tel que . Il existe alors un relèvement continu de défini sur qui prolonge et .
D’après le corollaire 1, les restrictions à de et sont égales. L’application définie par pour , 2) est un relèvement continu de défini sur (TG, I, p. 19, prop. 4).
Dans les résultats précédents, le cas particulier où Z = B et Id est important : les relèvements continus de sont alors les sections continues de .
Proposition 12 01NF
Soit une application étale. Pour que l’application soit séparée, il faut et il suffit que pour toute partie ouverte V de B et tout couple de sections continues de au-dessus de V, l’ensemble des points où et coïncident soit fermé dans V.
La condition est nécessaire (proposition 11, I, p. 34). Démontrons qu’elle est suffisante. Soit un point de B, soient et deux points distincts de E tels que . Soient V un voisinage ouvert de et des sections continues de au-dessus de V telles que et soient des voisinages ouverts de et respectivement (prop. 9). Par hypothèse, l’ensemble W des points tels que est ouvert dans V, donc dans B. Les ensembles et sont des voisinages ouverts de et respectivement ; ils sont disjoints par construction. Cela prouve que l’application est séparée (I, p. 25, définition 1).
5. Construction de sections continues d’applications étales
Théorème 1 01NG
Soient X, Y, Z des espaces topologiques, soit une application étale et séparée, et soit un point de Y. Soit une section de . On suppose que la restriction de à est continue, de même que les restrictions de à pour tout . Si l’espace Y est connexe et localement connexe (TG, I, p. 84, déf. 4), l’application est continue.
Lemme 01NH
Soit U un ouvert de X, soit V un ouvert connexe de Y et soit . On suppose que la restriction de à est continue. Soit une section continue de au-dessus de telle que . Il existe un voisinage de tel que sur . En particulier, est continue au voisinage de .
Comme la restriction de à est continue et que l’application est étale, il existe un voisinage de tel que pour tout I, p. 34, prop. 11, b)). Soit ; puisque la restriction de à est continue et que l’application est étale et séparée, il résulte du cor. 1, I, p. 34. que pour tout . Ainsi, et coïncident sur .
Démontrons maintenant le théorème. Démontrons d’abord que l’application est continue au voisinage de tout point de . Soit X ; on peut choisir un voisinage ouvert U de dans X, un voisinage ouvert connexe V de dans Y et une section continue de telle que . D’après le lemme ci-dessus, est continue au voisinage de .
Démontrons maintenant que l’application est continue en tout point de . Pour , notons l’ensemble des points Y tels que soit continue au voisinage de . L’ensemble est ouvert dans Y par définition, et contient d’après ce qui précède.
Démontrons qu’il est fermé dans Y. Considérons un point de Y adhérent à , un voisinage ouvert U de dans X, un voisinage ouvert V de dans Y, et une section continue de telle que . Puisque la restriction de à est continue et que est étale, il existe un voisinage ouvert de dans Y tel que pour tout (prop. 11 de I, p. 34). Comme Y est localement connexe, on peut supposer que est connexe. Comme est adhérent à , l’ensemble n’est pas vide ; soit un point de . D’après le lemme appliqué à , il existe un voisinage de contenu dans U tel que au-dessus de . Cela prouve que est fermé, car est un voisinage de . Comme Y est connexe, on a , et cela pour tout , d’où le théorème.
Corollaire 1 01NI
Soient X, Y, E, B des espaces topologiques. Soit une application étale et séparée, soit une application continue et soit un point de Y. Soit une application telle que . On suppose que les restrictions de à d’une part et, pour tout , à d’autre part, sont continues. Si l’espace Y est connexe et localement connexe, l’application est continue.
Notons Z le produit fibré et les projections canoniques. L’application est étale (I, p. 31, prop. 8) et séparée (I, p. 27, prop. 4). L’application Z définie par est une section de qui satisfait aux hypothèses du théorème 1. Elle est donc continue ainsi que .
Remarque 01NJ
Si, dans le théorème 1, on ne suppose pas que l’espace Y est localement connexe, la conclusion du théorème n’est plus nécessairement exacte (I, p. 141, exerc. 7).
Théorème 2 01NK
Soient B un espace topologique et A un sous-espace de B. Faisons l’une des hypothèses suivantes :
(i) A admet un système fondamental de voisinages paracompacts ;
(ii) B est paracompact et A fermé ;
(iii) B est métrisable ;
(iv) A est compact et deux points distincts de A possèdent dans B des voisinages disjoints.
Alors, toute section continue au-dessus de A d’une application étale se prolonge en une section continue de au-dessus d’un voisinage de A.
Considérons la propriété (PCV) suivante du couple :
(PCV) Pour tout recouvrement de A par des parties ouvertes
de B, il existe un voisinage V de A et une famille localement
finie de parties fermées de V recouvrant V, telle que
chacun des soit contenu dans l’un des .
Le théorème 2 résulte des lemmes 1 et 3 ci-dessous.
Lemme 1 01NL
Chacune des propriétés (i) à (iv) du théorème 2 implique la propriété (PCV).
Soit un recouvrement de A par des ouverts de B. Sous l’hypothèse (i), il existe un voisinage paracompact V de A contenu dans la réunion des , un recouvrement ouvert de l’espace V, localement fini et plus fin que le recouvrement et un recouvrement ouvert de l’espace V tel que pour tout , l’adhérence de dans V soit contenue dans (TG, IX, p. 49, prop. 4 et p. 48, cor. 1 au th. 3). D’où la propriété (PCV) dans ce cas.
La condition (ii) implique la condition (i) d’après le corollaire 2 de TG, IX, p. 50. De même, la condition (iii) implique la condition (i) : en effet, si B est métrisable, tout voisinage de A est métrisable, donc paracompact (TG, IX, p. 51, th. 4).
Supposons enfin la condition (iv) satisfaite et montrons que la propriété (PCV) est vérifiée. Comme A est compact, il suffit de considérer le cas d’un recouvrement fini . Construisons alors par récurrence des ouverts de B satisfaisant aux conditions suivantes pour
Supposons construits satisfaisant aux conditions ci-dessus pour et construisons . Les ensembles K = et sont fermés dans A, donc compacts. En raison de , ils sont disjoints. Par hypothèse, pour tout point de L et tout point de K, il existe des voisinages de et dans B disjoints. D’après le lemme 2 ci-dessous, il existe des ensembles ouverts et W dans B, disjoints et tels que et . Des inclusions et et de la définition de L, on en déduit que l’on a pour . D’autre part, on a , d’où .
L’ensemble est fermé et ne rencontre pas A d’après . D’après , l’ensemble M est un voisinage de A dans B. Pour , posons c’est une partie fermée de V, contenue dans . La famille est un recouvrement de V, d’où la propriété (PCV).
Lemme 2 01NM
Soit B un espace topologique et soient K et L des parties quasi-compactes de B. On suppose que pour tout point de K et tout point de L, il existe des voisinages disjoints de et dans B. Alors, il existe deux ouverts disjoints U et V dans B tels que et .
Soit un point de K. Pour tout , soient et des voisinages ouverts disjoints de et de . Pour fixé, la famille est un recouvrement ouvert de L. Comme cet espace est quasi-compact, il existe une famille finie telle que la réunion des pour contienne L. L’intersection des pour est un voisinage ouvert de , car est fini ; de plus, et sont disjoints. Les forment un recouvrement ouvert de K. Comme K est quasi-compact, il existe une famille finie telle que contienne K. Alors, est un ouvert de B qui contient L. Le lemme est démontré.
Lemme 3 01NN
Soient B un espace topologique et A un sous-espace de B tels que le couple vérifie la propriété (PCV) de I, p. 37. Alors, toute section continue au-dessus de A d’une application étale se prolonge en une section continue de au-dessus d’un voisinage de A.
Soient une application étale et une section continue de au-dessus de A. Pour tout point de A, il existe un voisinage ouvert de et une section continue qui coïn-cide avec sur (I, p. 34, prop. 10 et I, p. 34, prop. 11). La famille est un recouvrement de A par des ensembles ouverts de B. Soit V un voisinage de A dans B, soit une famille localement finie de parties fermées de V recouvrant V et soit une application telle que soit contenu dans pour tout (propriété (PCV)). Notons la restriction de à . Soit W l’ensemble des points satisfaisant à pour tout couple tel que . On définit une section par si . On a et . La section est continue d’après la prop. 4 de I, p. 19.
Il reste à démontrer que W est un voisinage de A dans B. Pour tout couple , notons l’ensemble des points tels que . L’ensemble est fermé dans (prop. 11, b) de I, p. 34), donc dans V et les ensembles constituent une famille localement finie de parties de V. La réunion T de la famille est donc un ensemble fermé de V (TG, I, p. 6, prop. 4). Or W est, par définition, le complémentaire de T dans V. C’est donc un voisinage de A dans V et par suite, dans B.
6. Majoration du cardinal des fibres d’une application étale et séparée
Théorème 3 01NO
Soient E et B des espaces topologiques et une application étale et séparée. On suppose que E est connexe et que B est localement connexe. Soit une base de la topologie de B. Alors, pour tout point de B, on a Card(E) sup(Card(), Card()).
Comme l’espace B est localement connexe, sa topologie possède une base constituée d’ouverts connexes, par exemple les composantes connexes des ouverts de (TG, I, p. 85, prop. 11). En vertu du lemme 4 ci-dessous, il existe une base de la topologie de B composée d’ouverts connexes et telle que Card() Card().
Lemme 4 01NP
Soit B un espace topologique et soient et des bases de la topologie de B. Il existe un sous-ensemble de qui est une base de la topologie de B et tel que Card() Card().
Soit l’ensemble des couples pour lesquels il existe tel que ; soit une application telle que l’on ait pour tout couple , et soit l’image de . On a
Card() Card() Card()
(E, III, p. 25, prop. 3). Démontrons que est une base de la topologie de B. Soient un point de B et U un voisinage de . Par hypothèse, admet un voisinage contenu dans U, un voisinage contenu dans et un voisinage contenu dans . On a ainsi . Alors, et est un voisinage de contenu dans U. D’après la prop. 3 de TG, I, p. 5, l’ensemble est une base de la topologie de B.
Soit une base de la topologie de B constituée d’ouverts connexes non vides et telle que Card() Card(). Soit l’ensemble des ouverts U de E tels que induise un homéomorphisme de U sur un ouvert V appartenant à . Tout élément de est un ouvert connexe et non vide. Comme l’application est étale, d’après la définition 2 (I, p. 28) et la prop. 3 de TG, I, p. 5, l’ensemble est une base de la topologie de E. Appelons chenille toute suite finie d’éléments de telle que pour soit non vide et soit connexe. Notons S l’ensemble des suites finies d’éléments de et, pour toute chenille , notons la suite .
Lemme 5 01NQ
a) Soient et des chenilles telles que et . Alors, .
b) Soient U et des éléments de . Il existe alors une chenille telle que et .
a) On a nécessairement . Pour tout entier tel que , posons et notons et les sections continues de au-dessus de d’images respectives et . Pour démontrer l’égalité , nous allons démontrer, par récurrence sur , l’égalité pour tout entier tel que . Par hypothèse, on a . Soit tel que et . Comme contient un point , les sections continues et coïncident en , donc en tout point de , puisqu’il est connexe (corollaire 1 de I, p. 34). Il en est de même pour et . Pour la même raison, et qui coïncident dans coïncident aussi dans , d’où le résultat.
b) Si et sont des points de E, on dit qu’une chenille relie à si et . Dans l’ensemble E, soit R la relation « il existe une chenille qui relie à ». La relation R est réflexive puisque est un recouvrement de E. Elle est évidemment symétrique. Démontrons qu’elle est transitive : soient trois points de E, et des chenilles reliant à et à respectivement. Soit un voisinage de contenu dans ; on a , et, comme U est connexe , la suite est une chenille qui relie à . Les classes d’équivalence suivant R sont ouvertes, donc aussi fermées. Puisque E est connexe, il en résulte que deux points de E sont toujours reliés par une chenille.
Soient maintenant U et des éléments de un point de U et un point de . Il existe une chenille reliant à . Soient et des ouverts de tels que , . Posons , . Alors la suite est une chenille.
Démontrons maintenant le théorème. Soit U un élément de et soit C l’ensemble des chenilles telles que . L’application de C dans S qui, à une chenille de C, associe la suite est injective (lemme 5, a)), donc
(1) Card(C) Card(S).
L’application de C dans qui, à , associe l’ouvert est surjective d’après la deuxième partie du lemme 5, donc (2) Card() Card(C).
Pour tout point de E, choisissons un ensemble ouvert de tel que . Si et sont des points distincts d’une même fibre de , on a puisque est injective. On a donc, pour , (3) Card(E) Card().
Enfin, si est un ensemble fini, l’ensemble S des suites finies d’éléments de est dénombrable (E, III, p. 49, prop. 1), donc
(4) Card(S) Card().
Si est infini, on a
(5) Card(S) = Card() Card() Card()
d’après le corollaire de E, III, p. 50 et le corollaire 1 de E, III, p. 49. Le théorème résulte des relations (1) à (5) ci-dessus.
Remarque 01NR
D’après ce qui précède, si la topologie de B admet une base dénombrable, il en est de même de celle de E et les fibres de E sont dénombrables (cf. TG, I, p. 88, théorème de Poincaré-Volterra).
Exercices
See the exercises for § 2.