Bourbaki

§ 3. Faisceaux

1. Faisceaux d’ensembles

Soit B un espace topologique.

Définition 1 01NS

Un préfaisceau sur B, relatif à une base B\mathscr{B} de la topologie de B, est un système projectif d’ensembles, relatif à l’ensemble d’indices B\mathscr{B} ordonné par la relation d’inclusion.

Autrement dit (E, III, p. 52), un préfaisceau F\mathscr{F} sur B relatif à B\mathscr{B} est un couple ((F(U))U∈B,(fUV))((\mathscr{F}(U))_{U\in\mathscr{B}},(f_{UV})), que l’on note aussi (F(U),fUV)(\mathscr{F}(U), f_{UV}), où ((F(U))U∈B((\mathscr{F}(U))_{U\in\mathscr{B}} est une famille d’ensembles ayant B\mathscr{B} pour ensemble d’indices et où pour chaque couple (U,V)(U,V) d’éléments de B\mathscr{B} tel que U⊂V,fUVU\subset V,f_{UV} est une application de F(V)\mathscr{F}(V) dans F(U)\mathscr{F}(U), ces applications vérifiant les conditions suivantes :

(PF1_1) Les relations U⊂V⊂WU\subset V\subset W entraînent fUW=fUV∘fVWf_{UW}=f_{UV}\circ f_{VW};

(PF2_2) Pour tout ouvert U ∈B,fUU\in \mathscr{B},f_{UU} est l’application identique de

F(U) \mathscr{F}(U)

Un préfaisceau sur B relatif à l’ensemble des parties ouvertes de B est simplement appelé préfaisceau sur B.

Soit F=(F(U),fUV)\mathscr{F}= (\mathscr{F}(U), f_{UV}) un préfaisceau sur B, relatif à une base B\mathscr{B} de la topologie de B. Soit U un élément de la base B\mathscr{B}. Les éléments de F(U)\mathscr{F}(U) s’appellent les sections de F\mathscr{F} sur U. Si V est un élément de la base B\mathscr{B} contenant U et ss un élément de F(V)\mathscr{F}(V), l’élément fUV(s)f_{UV}(s) de F(U)\mathscr{F}(U) s’appelle la restriction de ss à U. Si aucune ambiguïté n’est à craindre sur les applications fUVf_{UV}, on notera s∣Us|U la restriction de ss à U.

Soient B′B' une partie ouverte de B et B′\mathscr{B}' une base de la topologie de B′B' telle que B′⊂B\mathscr{B}'\subset \mathscr{B}. On appelle préfaisceau sur B′B', relatif à B′\mathscr{B}', déduit de F\mathscr{F} par restriction, et on note F∣B′\mathscr{F}|\mathscr{B}', le système projectif ((F(U))U∈B′,(fUV))((\mathscr{F}(U))_{U\in\mathscr{B}'},(f_{UV})) déduit de F\mathscr{F} par restriction à B′\mathscr{B}' de l’ensemble d’indices (loc. cit.). Lorsque F\mathscr{F} est un préfaisceau sur B et que B′\mathscr{B}' est l’ensemble des parties ouvertes de B′B', le préfaisceau F∣B′\mathscr{F}|\mathscr{B}' est aussi noté F∣B′\mathscr{F}|B' et appelé préfaisceau déduit de F\mathscr{F} par restriction à B′B'.

Définition 2 01NT

Soit F=(F(U),fUV)\mathscr{F}= (\mathscr{F}(U), f_{UV}) un préfaisceau sur B. On dit que F\mathscr{F} est un faisceau sur B si, pour toute partie ouverte U de B et toute famille (Ui)i∈I(U_i)_{i\in I} de parties ouvertes de B, de réunion U, les propriétés suivantes sont satisfaites :

(F1)(F_1) L’application (fUiU)i∈I:F(U)→∏i∈IF(Ui)(f_{U_iU})_{i\in I}:\mathscr{F}(U)\rightarrow \prod_{i\in I}\mathscr{F}(U_i) est injective ;

(F2)(F_2) Pour toute famille (si)∈∏i∈IF(Ui)(s_i)\in \prod_{i\in I}\mathscr{F}(U_i) telle que f(Ui∩Uj)Ui(si)=f_{(U_i\cap U_j)U_i}(s_i) =

f(Ui∩Uj)Uj(sj)f_{(U_i\cap U_j)U_j}(s_j) pour tout couple (i,j)∈I×I(i, j)\in I\times I, il existe un élément ss

de F(U)\mathscr{F}(U) tel que pour tout i∈Ii\in I, on ait fUiU(s)=sif_{U_iU}(s) =s_i.

Remarque 01NU

Soit F\mathscr{F} un préfaisceau sur B. Pour tout ouvert U de B, f∅Uf_{\emptyset U} est une application de F(U)\mathscr{F}(U) dans F(∅)\mathscr{F}(\emptyset ), donc F(∅)\mathscr{F}(\emptyset ) n’est pas vide dès qu’il existe un ouvert U pour lequel F(U)\mathscr{F}(U) n’est pas vide. Si F\mathscr{F} est un faisceau, F(∅)\mathscr{F}(\emptyset ) est un ensemble à un élément ; on le voit en appliquant (F1)(F_1) et (F2)(F_2) au recouvrement de l’ensemble vide par la famille vide (I=∅I =\emptyset ).

Soit F\mathscr{F} un faisceau sur B et soit B′B' une partie ouverte de B ; le préfaisceau F∣B′\mathscr{F}|B' déduit de F\mathscr{F} par restriction à B′B' est un faisceau, appelé le faisceau déduit de F\mathscr{F} par restriction à B′B'.

2. Sous-faisceaux d’un faisceau

Soit B un espace topologique. Soit F=(F(U),fUV)\mathscr{F}= (\mathscr{F}(U), f_{UV}) un préfaisceau sur B, relatif à une base B\mathscr{B} de la topologie de B.

Supposons donné, pour tout ouvert U∈BU\in \mathscr{B}, un sous-ensemble L(U)\mathscr{L}(U) de F(U)\mathscr{F}(U). Si l’on a fUV(L(V))⊂L(U)f_{UV}(\mathscr{L}(V))\subset \mathscr{L}(U) pour tout couple (U,V)(U,V) d’éléments de B\mathscr{B} tel que U⊂VU\subset V, le couple L=((L(U))U∈B,(fUV′))\mathscr{L}= ((\mathscr{L}(U))_{U\in\mathscr{B}},(f'_{UV})), où fUV′:L(V)→L(U)f'_{UV}:\mathscr{L}(V)\rightarrow \mathscr{L}(U) est l’application déduite de fUVf_{UV}, est un préfaisceau. Un tel préfaisceau s’appelle un sous-préfaisceau de F\mathscr{F}. Comme les applications fUV′f'_{UV} sont déterminées par la donnée du préfaisceau F\mathscr{F} et de la famille (L(U))U∈B(\mathscr{L}(U))_{U\in\mathscr{B}}, on dit aussi par abus de langage que la famille (L(U))U∈B(\mathscr{L}(U))_{U\in\mathscr{B}} est un sous-préfaisceau de F\mathscr{F}.

Supposons maintenant que F\mathscr{F} soit un faisceau sur B et soit, pour toute partie ouverte U de B,L(U),\mathscr{L}(U), un sous-ensemble de F(U)\mathscr{F}(U). Pour que (L(U))U∈B(\mathscr{L}(U))_{U\in\mathscr{B}} soit un sous-préfaisceau de F\mathscr{F}, et que ce préfaisceau soit un faisceau, il faut et il suffit que la condition suivante soit satisfaite :

(F) Soient (Ui)i∈I(U_i)_{i\in I} une famille d’ouverts de B, U sa réunion, et ss un

élément de F(U)\mathscr{F}(U). Pour que ss appartienne à L(U)\mathscr{L}(U), il faut et il

suffit que pour tout ii dans I,fUiU(s),f_{U_iU}(s) appartienne à L(Ui)\mathscr{L}(U_i).

En effet, si la condition (F) est réalisée, on a fUV(L(V))⊂L(U)f_{UV}(\mathscr{L}(V))\subset \mathscr{L}(U) pour tout couple (U,V)(U,V) d’ouverts de B tels que U⊂VU\subset V et les propriétés (F1)(F_1) et (F2)(F_2) relatives au sous-préfaisceau (L(U))(\mathscr{L}(U)) résultent des propriétés analogues relatives au faisceau F\mathscr{F}. La réciproque est immédiate.

Lorsque la condition (F) est satisfaite, on dit que (L(U))(\mathscr{L}(U)) est un sous-faisceau du faisceau F\mathscr{F}.

3. Exemples de faisceaux

Soit B un espace topologique.

1) Faisceaux d’applications

Soit X un ensemble. Pour tout ouvert U de B, on note F(U;X)\mathscr{F}(U; X) l’ensemble des applications de U dans X (E, II, p. 31). Pour tout couple (U,V)(U,V) d’ouverts de B tel que U⊂VU\subset V, soit rUV:F(V;X)→r_{UV}:\mathscr{F}(V; X)\rightarrow F(U;X)\mathscr{F}(U; X) l’application de restriction f↦f∣Uf\mapsto f|U. Il est clair que le couple (F(U;X),rUV)(\mathscr{F}(U; X), r_{UV}) est un faisceau sur B. On l’appelle le faisceau sur B des applications à valeurs dans X, et on le note F(B;X)\mathscr{F}(B; X).

2) Faisceaux d’applications continues

Soit X un espace topologique. Pour tout ouvert U de B, soit C(U;X)\mathscr{C}(U; X) l’ensemble des applications continues de U dans X. Alors, (C(U;X))(\mathscr{C}(U; X)) est un sous-faisceau du faisceau F(B;X)\mathscr{F}(B; X) d’après la prop. 4 de TG, I, p. 19. Le faisceau ainsi obtenu est noté C(B;X)\mathscr{C}(B; X) et appelé le faisceau sur B des applications continues à valeurs dans X. Dans le cas particulier où X est muni de la topologie discrète, le faisceau C(B;X)\mathscr{C}(B; X) prend le nom de faisceau sur B des applications localement constantes à valeurs dans X.

3) Faisceaux de sections continues

Soit E un espace topologique et soit p:E→Bp: E\rightarrow B une application continue. Pour tout ouvert U de B, on note S(U;p)\mathscr{S}(U;p) (ou S(U;E)\mathscr{S}(U; E) lorsqu’il n’y a pas de confusion possible) l’ensemble des sections continues de pp au-dessus de U. La famille (S(U;p))(\mathscr{S}(U;p)) est un sous-faisceau du faisceau C(B;E)\mathscr{C}(B; E). Le faisceau ainsi obtenu est noté S(B;E)\mathscr{S}(B; E) ou simplement S(E)\mathscr{S}(E) et appelé le faisceau sur B des sections continues du B-espace (E,p)(E, p). Nous verrons au no6^o6 ci-dessous que tout faisceau sur B est isomorphe au faisceau sur B des sections continues d’un B-espace étalé.

4) Faisceaux de B-morphismes

Soient (E,p)(E, p) et (E′,p′)(E', p') des B-espaces. Pour tout ouvert U de E, on note CB(U;E′)\mathscr{C}_B(U; E') l’ensemble des B-morphismes de (U,p∣U)(U, p|U) dans (E′,p′)(E', p'). La famille (CB(U;E′))(\mathscr{C}_B(U; E')) est un sous-faisceau du faisceau C(E;E′)\mathscr{C}(E; E'). Le faisceau ainsi obtenu est noté CB(E;E′)\mathscr{C}_B(E; E') et appelé le faisceau sur E des B-morphismes à valeurs dans (E′,p′)(E', p'). Lorsque (E,p)(E, p) est égal à (B(B, IdB)_B), ce faisceau est le faisceau S(B;E)\mathscr{S}(B; E) de l’exemple 3.

Pour tout ouvert U de B, soit M(U)\mathscr{M}(U) l’ensemble des U-morphismes

de p−1(U)\overset{-1}{p}(U) dans (−p′1)(U)(^-{p'}^1)(U). Pour tout couple (U,V)(U,V) d’ouverts de B tel que U⊂VU\subset V, soit mUV:M(V)→M(U)m_{UV}:\mathscr{M}(V)\rightarrow \mathscr{M}(U) l’application qui à un V-morphisme

f:p−1(V)→(−p′1)(V)f:\overset{-1}{p}(V)\rightarrow (^-{p'}^1)(V) associe le U-morphisme de p−1(U)\overset{-1}{p}(U) dans (−p′1)(U)(^-{p'}^1)(U) déduit de ff par passage aux sous-ensembles. Alors (M(U),mUV)(\mathscr{M}(U), m_{UV}) est un faisceau sur B. On le note M\mathscr{M}orB(E;E′)_B(E; E') et on l’appelle le faisceau sur B des B-morphismes de (E,p)(E, p) dans (E′,p′)(E', p').

Pour tout ouvert U de B, soit I\mathscr{I}s(U) le sous-ensemble de M(U)\mathscr{M}(U)

constitué des U-isomorphismes de p−1(U)\overset{-1}{p}(U) dans (−p′1)(U)(^-{p'}^1)(U). La famille (I(\mathscr{I}s(U)) est un sous-faisceau du faisceau M\mathscr{M}orB(E;E′)_B(E; E') des morphismes de (E,p)(E, p) dans (E′,p′)(E', p'). Le faisceau ainsi obtenu est noté I\mathscr{I}somB(E;E′)_B(E; E') et appelé faisceau sur B des B-isomorphismes de (E,p)(E, p) dans (E′,p′)(E', p').

5) Faisceaux d’applications de classe CrC^r

Soient X et Y des variétés de classe CrC^r sur un corps K (les conventions sur K et rr étant celles de VAR, R). Pour tout ouvert U de X, soit Cr(U;Y)\mathscr{C}^r(U; Y) l’ensemble des morphismes de classe CrC^r de U dans Y. La famille (Cr(U;Y))(\mathscr{C}^r(U; Y)) est un sous-faisceau du faisceau C(X;Y)\mathscr{C}(X; Y). Le faisceau ainsi obtenu est noté Cr(X;Y)\mathscr{C}^r(X; Y) et appelé le faisceau sur X des applications de classe CrC^r à valeurs dans Y (cf. VAR, R, 5.4.2).

6) Faisceaux de sous-espaces

Si U et V sont des ouverts de B tels que U⊂VU\subset V, notons iUV:P(V)→i_{UV}:\mathfrak{P}(V)\rightarrow P(U)\mathfrak{P}(U) l’application qui, à une partie A de V, associe A∩UA\cap U. Le couple (P(U),iUV)(\mathfrak{P}(U), i_{UV}) est un faisceau, appelé faisceau des sous-espaces de B et noté P(B)\mathfrak{P}(B). En effet, si l’on note X l’ensemble {0;1}\{0; 1\}, l’application qui à toute partie A de U associe sa fonction caractéristique φAU:U→X\varphi^U_A: U\rightarrow X est une bijection de P(U)\mathfrak{P}(U) sur F(U;X)\mathscr{F}(U; X) (E, III, p. 38) ; de plus, si U et V sont des ouverts tels que U⊂VU\subset V, pour toute partie A de V,φA∩UU,\varphi^U_{A\cap U} est la restriction à U de φAV\varphi^V_A de sorte que P(B)\mathfrak{P}(B) s’identifie au faisceau sur B des applications à valeurs dans X.

Soit, pour tout ouvert U de B,L(U),\mathscr{L}(U) une partie de P(U)\mathfrak{P}(U). Pour que (L(U))(\mathscr{L}(U)) soit un sous-faisceau de P(B)\mathfrak{P}(B), il faut et il suffit que la condition suivante soit satisfaite :

(F′)(F') Soient (Ui)i∈I(U_i)_{i\in I} une famille d’ouverts de B, U sa réunion, et A un

sous-ensemble de U ; pour que A appartienne à L(U)\mathscr{L}(U), il faut et

il suffit que pour tout ii dans I, A∩UiA\cap U_i appartienne à L(Ui)\mathscr{L}(U_i).

Par exemple, si L(U)\mathscr{L}(U) est l’ensemble des parties fermées de U, la condition (F′)(F') est satisfaite.

7) Produits de faisceaux

Soit B\mathscr{B} une base de la topologie de B et soit I un ensemble. Pour tout i∈Ii\in I, soit Fi=(Fi(U),fi,UV)\mathscr{F}_i= (\mathscr{F}_i(U), f_{i,UV}) un préfaisceau sur B relatif à la base B\mathscr{B}. Pour tout ouvert U∈BU\in \mathscr{B}, posons F(U)=∏i∈IFi(U)\mathscr{F}(U) =\prod_{i\in I}\mathscr{F}_i(U), et pour tout couple (U,V)(U,V) d’éléments de B\mathscr{B} tel que U⊂VU\subset V, notons fUVf_{UV} l’application (fi,UV)i∈I:F(V)→F(U)(f_{i,UV})_{i\in I}:\mathscr{F}(V)\rightarrow \mathscr{F}(U). Alors (F(U),fUV)(\mathscr{F}(U), f_{UV}) est un préfaisceau sur B relatif à B\mathscr{B} appelé le préfaisceau produit de la famille (Fi)(\mathscr{F}_i) et noté ∏i∈IFi\prod_{i\in I}\mathscr{F}_i. C’est un faisceau si pour tout i∈I,Fii\in I,\mathscr{F}_i est un faisceau.

4. Morphismes de préfaisceaux

Définition 3 01NV

Soient B un espace topologique, B\mathscr{B} une base de la topologie de B,F=(F(U),fUV),\mathscr{F}= (\mathscr{F}(U), f_{UV}) et G=(G(U),gUV)\mathscr{G}= (\mathscr{G}(U), g_{UV}) des préfaisceaux sur B relatifs à B\mathscr{B}. On appelle morphisme de préfaisceaux de F\mathscr{F} dans G\mathscr{G} un système projectif d’applications de F\mathscr{F} dans G\mathscr{G}.

Autrement dit (E, III, p. 54), un morphisme de préfaisceaux de F\mathscr{F} dans G\mathscr{G} est une famille (φU)U∈B(\varphi_U)_{U\in\mathscr{B}} telle que :

(MPF1_1) Pour tout ouvert U appartenant à B,φU\mathscr{B},\varphi_U est une application

de F(U)\mathscr{F}(U) dans G(U)\mathscr{G}(U) ;

(MPF2_2) Pour tout couple (U,V)(U,V) d’ouverts appartenant à B\mathscr{B} tels que

U⊂VU\subset V, on a φU∘fUV=gUV∘φV\varphi_U\circ f_{UV}=g_{UV}\circ \varphi_V.

Lorsque F\mathscr{F} et G\mathscr{G} sont des faisceaux, un morphisme de préfaisceaux de F\mathscr{F} dans G\mathscr{G} est aussi appelé un morphisme de faisceaux. Si F\mathscr{F} et G\mathscr{G} sont des préfaisceaux sur B relatifs à B\mathscr{B}, les morphismes de préfaisceaux de F\mathscr{F} dans G\mathscr{G} constituent un ensemble noté Mor(F;G\mathscr{F};\mathscr{G}). Au lieu de dire : « soit φ\varphi un morphisme de préfaisceaux de F\mathscr{F} dans G\mathscr{G} », on dira souvent « soit φ:F→G\varphi :\mathscr{F}\rightarrow \mathscr{G} un morphisme de préfaisceaux ».

Soient F,G,H\mathscr{F},\mathscr{G},\mathscr{H} des préfaisceaux sur B relatifs à B\mathscr{B} et φ:F→G\varphi :\mathscr{F}\rightarrow \mathscr{G}, ψ:G→H\psi :\mathscr{G}\rightarrow \mathscr{H} des morphismes de préfaisceaux. La famille (ψU∘φU)U∈B(\psi_U\circ \varphi_U)_{U\in\mathscr{B}} est un morphisme de préfaisceaux de F\mathscr{F} dans H\mathscr{H} que l’on note ψ∘φ\psi \circ \varphi. La famille (IdF(U)_{\mathscr{F}(U)})U∈B_{U\in\mathscr{B}} est un morphisme de préfaisceaux de F\mathscr{F} dans lui-même que l’on note IdF_{\mathscr{F}}.

Pour qu’un morphisme de préfaisceaux φ=(φU):F→G\varphi = (\varphi_U):\mathscr{F}\rightarrow \mathscr{G} soit un isomorphisme, il faut et il suffit que, pour tout ouvert U de B,φU\mathscr{B},\varphi_U soit une bijection de F(U)\mathscr{F}(U) sur G(U)\mathscr{G}(U). Il est équivalent de dire qu’il existe un morphisme de préfaisceaux ψ:G→F\psi :\mathscr{G}\rightarrow \mathscr{F} tel que ψ∘φ=\psi \circ \varphi = IdF_{\mathscr{F}} et φ∘ψ=\varphi \circ \psi = IdG_{\mathscr{G}}.

Soient F\mathscr{F} et G\mathscr{G} des préfaisceaux sur B, relatifs à une base B\mathscr{B} de la topologie de B, soit B′B' une partie ouverte de B et soit B′\mathscr{B}' une base de la topologie de B′B' telle que B′⊂B\mathscr{B}'\subset \mathscr{B}. Soit φ=(φU)U∈B\varphi = (\varphi_U)_{U\in\mathscr{B}} un morphisme de préfaisceaux de F\mathscr{F} dans G\mathscr{G}. Alors (φU)U∈B′(\varphi_U)_{U\in\mathscr{B}'} est un morphisme de préfaisceaux de F∣B′\mathscr{F}|\mathscr{B}' dans G∣B′\mathscr{G}|\mathscr{B}', que l’on note φ∣B′\varphi |\mathscr{B}'. Lorsque B\mathscr{B} est l’ensemble des parties ouvertes de B et B′\mathscr{B}' l’ensemble des parties ouvertes de B′,φ∣B′B',\varphi |\mathscr{B}' est un morphisme de préfaisceaux de F∣B′\mathscr{F}|B' dans G∣B′\mathscr{G}|B' et est aussi noté φ∣B′\varphi |B'.

Exemple 1 01NW

Soit B un espace topologique, soient (E,p)(E, p) et (E′,p′)(E', p') des B-espaces et soit f:E→E′f: E\rightarrow E' un B-morphisme. Pour tout ouvert U de B, on définit l’application fU:S(U;E)→S(U;E′)f_U:\mathscr{S}(U; E)\rightarrow \mathscr{S}(U; E') par fU(s)=f_U(s) = f∘sf\circ s. La famille S(f)=(fU)\mathscr{S}(f) = (f_U) est un morphisme de préfaisceaux de S(B;E)\mathscr{S}(B; E) dans S(B;E′)\mathscr{S}(B; E'). Si (E′′,p′′)(E'', p'') est un B-espace et g:E′→E′′g: E'\rightarrow E'' un B-morphisme, on a S(g∘f)=S(g)∘S(f)\mathscr{S}(g\circ f) =\mathscr{S}(g)\circ \mathscr{S}(f).

Exemple 2 01NX

Soient B un espace topologique, B\mathscr{B} une base de la topologie de B, F=(F(U),fUV)\mathscr{F}= (\mathscr{F}(U), f_{UV}) un préfaisceau sur B relatif à B\mathscr{B} et L=(L(U))\mathscr{L}= (\mathscr{L}(U)) un sous-préfaisceau de F\mathscr{F}. Pour tout ouvert U∈BU\in \mathscr{B}, notons iUi_U l’injection canonique de L(U)\mathscr{L}(U) dans F(U)\mathscr{F}(U). Alors i=(iU)U∈Bi= (i_U)_{U\in\mathscr{B}} est un morphisme de préfaisceaux de L\mathscr{L} dans F\mathscr{F}. On dit que ii est le morphisme canonique de L\mathscr{L} dans F\mathscr{F}.

Exemple 3 01NY

Soient B un espace topologique, B\mathscr{B} une base de la topologie de B et I un ensemble. Pour tout i∈Ii\in I, soit Fi=(Fi(U),fi,UV)\mathscr{F}_i= (\mathscr{F}_i(U), f_{i,UV}) un préfaisceau sur B relatif à B\mathscr{B}. Notons F\mathscr{F} le préfaisceau produit de la famille (Fi)i∈I(\mathscr{F}_i)_{i\in I}. Pour tout ouvert U∈BU\in \mathscr{B}, on a F(U)=∏i∈IFi(U)\mathscr{F}(U) =\prod_{i\in I}\mathscr{F}_i(U); pour tout i∈Ii\in I, notons pri,U:F(U)→Fi(U)_{i,U}:\mathscr{F}(U)\rightarrow \mathscr{F}_i(U) la projection d’indice ii. Il résulte immédiatement de la définition du préfaisceau F\mathscr{F} que la famille pri_i = (pri,U_{i,U})U∈B_{U\in\mathscr{B}} est un morphisme de préfaisceaux de F\mathscr{F} dans Fi\mathscr{F}_i. Le morphisme pri_i est appelé le morphisme de projection d’indice ii. Pour tout préfaisceau F′\mathscr{F}' sur B relatif à B\mathscr{B} et toute famille (ψi)i∈I(\psi_i)_{i\in I}, où ψi\psi_i est un morphisme de préfaisceaux de F′\mathscr{F}' dans Fi\mathscr{F}_i, il existe un unique morphisme de préfaisceaux ψ:F′→F\psi :\mathscr{F}'\rightarrow \mathscr{F} tel que pour tout i∈Ii\in I, pri∘ψ=ψi_i\circ \psi =\psi_i.

Exemple 4 01NZ

Soit X une variété différentielle de classe C∞C^{\infty} sur R\mathbf{R} et soit C∞(X;R)\mathscr{C}^{\infty}(X;\mathbf{R}) le faisceau sur X des fonctions numériques de classe C∞C^{\infty}. Si P est un opérateur différentiel à coefficients C∞C^{\infty} sur X, la famille des restrictions de P aux ouverts de X est un morphisme du faisceau C∞(X;R)\mathscr{C}^{\infty}(X;\mathbf{R}) dans lui-même. On peut démontrer qu’inversement, tout morphisme R\mathbf{R}-linéaire du faisceau C∞(X;R)\mathscr{C}^{\infty}(X;\mathbf{R}) dans lui-même est localement de cette forme (I, p. 142, exerc. 3).

5. Espace étalé associé à un préfaisceau

Soient B un espace topologique, B\mathscr{B} une base de la topologie de B et F=(F(U),rUV)\mathscr{F}= (\mathscr{F}(U), r_{UV}) un préfaisceau sur B relatif à la base B\mathscr{B}. Soit L l’ensemble des couples (U,s)(U, s) avec U ∈B\in \mathscr{B} et s∈F(U)s\in \mathscr{F}(U). Notons XFX_{\mathscr{F}} l’espace somme de la famille (U)(U,s)∈L(U)_{(U,s)\in L}. Ainsi XFX_{\mathscr{F}} est l’ensemble des triplets (U,s,x)(U, s, x) où U∈B,s∈F(U),x∈UU\in \mathscr{B},s\in \mathscr{F}(U),x\in U. Soit RFR_{\mathscr{F}} la relation dans l’ensemble XFX_{\mathscr{F}} définie par RF((U,s,x),(U′,s′,x′))R_{\mathscr{F}}((U, s, x),(U', s', x')) si et seulement si « xx = x′x' et il existe W ∈B\in \mathscr{B} tel que x∈Wx\in W, W ⊂U∩U′\subset U\cap U' et rWU(s)=rWU′(s′)r_{WU}(s) =r_{WU'}(s') ». La relation RFR_{\mathscr{F}} est une relation d’équivalence dans XF:X_{\mathscr{F}}: elle est, par définition, réflexive et symétrique ; démontrons qu’elle est transitive. Soient ξ=(U,s,x),ξ′=(U′,s′,x′)\xi = (U, s, x),\xi '= (U', s', x') et ξ′′\xi '' = (U′′,s′′,x′′)(U'', s'', x'') des éléments de XFX_{\mathscr{F}} tels que l’on ait RF(ξ,ξ′)R_{\mathscr{F}}(\xi , \xi ') et RF(ξ′,ξ′′)R_{\mathscr{F}}(\xi ', \xi ''). On a alors x=x′x=x' = x′′x'' et il existe deux éléments W′W' et W′′W'' de B\mathscr{B} contenant xx tels que W′⊂U∩U′,W′′⊂U′∩U′′,rW′U(s)=W'\subset U\cap U',W''\subset U'\cap U'',r_{W'U}(s) = rW′U′(s′),rW′′U′(s′)=rW′′U′′(s′′)r_{W'U'}(s'),r_{W''U'}(s') =r_{W''U''}(s''). Soit W un élément de B\mathscr{B} contenant xx et contenu dans W′∩W′′W'\cap W''. On a alors W⊂U∩U′′W\subset U\cap U'',

rWU(s)=rWW′∘rW′U(s)=rWW′∘rW′U′(s′)=rWU′(s′) r_{WU}(s) =r_{WW'}\circ r_{W'U}(s) =r_{WW'}\circ r_{W'U'}(s') =r_{WU'}(s')

et, de même, rWU′(s′)=rWU′′(s′′)r_{WU'}(s') =r_{WU''}(s''). Par conséquent, on a RF(ξ,ξ′′)R_{\mathscr{F}}(\xi , \xi '') et la relation RFR_{\mathscr{F}} est transitive.

Notons EFE_{\mathscr{F}} l’ensemble quotient XF/RFX_{\mathscr{F}}/R_{\mathscr{F}} et [U,s,x][U, s, x] l’image canonique dans EFE_{\mathscr{F}} d’un élément (U,s,x)(U, s, x) de XFX_{\mathscr{F}}. Pour U∈BU\in \mathscr{B} et s∈F(U)s\in \mathscr{F}(U), notons σF(U,s):U→EF\sigma_{\mathscr{F}}(U, s): U\rightarrow E_{\mathscr{F}} l’application x↦[U,s,x]x\mapsto [U, s, x]. Munissons l’ensemble EFE_{\mathscr{F}} de la topologie quotient, c’est-à-dire de la topologie la plus fine rendant continues les applications σF(U,s)\sigma_{\mathscr{F}}(U, s) pour U∈BU\in \mathscr{B} et s∈F(U)s\in \mathscr{F}(U). L’application pr3:XF→B_3: X_{\mathscr{F}}\rightarrow B définit par passage au quotient une application continue p:EF→Bp: E_{\mathscr{F}}\rightarrow B : on a p([U,s,x])=xp([U, s, x]) =x.

Proposition 1 01O0

L’application p:EF→p: E_{\mathscr{F}}\rightarrow B est étale. Pour tout ouvert U∈BU\in \mathscr{B} et tout s∈F(U)s\in \mathscr{F}(U), l’application σF(U,s)\sigma_{\mathscr{F}}(U, s) est donc une section continue de pp au-dessus de U.

Soient λ=(U,s)\lambda = (U, s) et μ=(U′,s′)\mu= (U', s') des éléments de L. Par définition de la relation RFR_{\mathscr{F}}, l’ensemble AλμA_{\lambda \mu} des points xx de U∩U′U\cap U' en lesquels σF(U,s)\sigma_{\mathscr{F}}(U, s) et σF(U′,s′)\sigma_{\mathscr{F}}(U', s') coïncident est l’intérieur dans B, de l’ensemble des x∈U∩U′x\in U\cap U' tels que s(x)=s′(x)s(x) =s'(x). Il en résulte que Aμλ=AλμA_{\mu\lambda}= A_{\lambda \mu}. On note alors hμλ:Aλμ→Aμλh_{\mu\lambda}: A_{\lambda \mu}\rightarrow A_{\mu\lambda} l’application IdAλμ_{A_{\lambda \mu}}. L’ensemble EFE_{\mathscr{F}} est obtenu par recollement des ouverts U le long des AλμA_{\lambda \mu} au moyen des bijections hμλh_{\mu\lambda} (TG, I, p. 16). D’après la prop. 9 de TG, I, p. 17, l’application σF(U,s)\sigma_{\mathscr{F}}(U, s) induit un homéomorphisme de U sur une partie ouverte de EFE_{\mathscr{F}}. Cela prouve que l’application pp est étale (I, p. 33, prop 9).

Pour tout ouvert U∈BU\in \mathscr{B} et tout s∈F(U)s\in \mathscr{F}(U), on a σF(U,s)(x)=\sigma_{\mathscr{F}}(U, s)(x) = [U,s,x][U, s, x] pour tout x∈Ux\in U. La seconde assertion découle donc de la définition de pp.

Définition 4 01O1

Le B-espace étalé (EF,p)(E_{\mathscr{F}}, p) défini ci-dessus est appelé le B-espace étalé associé au préfaisceau F\mathscr{F}. Pour x∈Bx\in B, la fibre de EFE_{\mathscr{F}} en xx est appelée la tige du préfaisceau F\mathscr{F} en xx et est notée Fx\mathscr{F}_x. Pour tout ouvert U∈BU\in \mathscr{B}, toute section s∈F(U)s\in \mathscr{F}(U) de F\mathscr{F} sur U et tout point xx de U, l’élément [U,s,x][U, s, x] de EFE_{\mathscr{F}} est appelé le germe en xx de la section ss.

Soit aa un point de B. L’ensemble B(a)\mathscr{B}(a) des ouverts U∈BU\in \mathscr{B} contenant aa et ordonné par la relation ⊃\supset est filtrant. On déduit de F\mathscr{F}, par restriction à B(a)\mathscr{B}(a) de l’ensemble d’indices, un système inductif ((F(U))U∈B(a),(rUV))((\mathscr{F}(U))_{U\in\mathscr{B}(a)},(r_{UV})). Par définition (E, III, p. 60), la limite inductive de ce système est le quotient de l’ensemble des couples (U,s)(U, s) tels que a∈Ua\in U et s∈F(U)s\in \mathscr{F}(U) par la relation d’équivalence R définie par R((U,s),(U′,s′))R((U, s),(U', s')) si et seulement s’il existe W ∈B\in \mathscr{B} contenant aa et contenu dans U∩U′U\cap U' et tel que rWU(s)=rWU′(s′)r_{WU}(s) =r_{WU'}(s'). Cette limite s’identifie donc à la tige Fa\mathscr{F}_a de F\mathscr{F} en aa, par définition des limites inductives.

Soit G\mathscr{G} un préfaisceau sur B relatif à la base B\mathscr{B} et soit φ=(φU)U∈B\varphi = (\varphi_U)_{U\in\mathscr{B}} un morphisme de préfaisceaux de F\mathscr{F} dans G\mathscr{G}. L’application (U,s,x)↦(U, s, x)\mapsto (U,φU(s),x)(U, \varphi_U(s), x) de XFX_{\mathscr{F}} dans XGX_{\mathscr{G}} est compatible avec les relations d’équivalence RFR_{\mathscr{F}} et RGR_{\mathscr{G}}, par définition d’un morphisme de préfaisceaux. Notons E(φ):EF→EGE(\varphi ): E_{\mathscr{F}}\rightarrow E_{\mathscr{G}} l’application qui s’en déduit par passage aux quotients. Pour tout U∈BU\in \mathscr{B} et tout s∈F(U)s\in \mathscr{F}(U), on a

E(φ)∘σF(U,s)=σG(U,φU(s)) E(\varphi )\circ \sigma_{\mathscr{F}}(U, s) =\sigma_{\mathscr{G}}(U, \varphi_U(s))

par suite, l’application E(φ)E(\varphi ) est continue. L’application E(φ)E(\varphi ) est un B-morphisme ; on dit que c’est le B-morphisme de EFE_{\mathscr{F}} dans EGE_{\mathscr{G}} associé au morphisme de préfaisceaux φ\varphi. Pour tout a∈Ba\in B, E(φ)E(\varphi ) définit par restrictions aux fibres en aa une application de la tige Fa\mathscr{F}_a de F\mathscr{F} dans la tige Ga\mathscr{G}_a de G\mathscr{G}; on la note φa\varphi_a. C’est aussi la limite inductive des applications φU\varphi_U (E, III, p. 63), où U parcourt l’ensemble B(a)\mathscr{B}(a) des ouverts appartenant à la base B\mathscr{B} et qui contiennent aa.

On a E(IdF_{\mathscr{F}}) == IdEF_{E_{\mathscr{F}}}.

Soit H\mathscr{H} un préfaisceau sur B relatif à B\mathscr{B} et soit ψ=(ψU)\psi = (\psi_U) un morphisme de préfaisceaux de G\mathscr{G} dans H\mathscr{H}. Pour [U,s,x]∈EF[U, s, x]\in E_{\mathscr{F}}, on a

E(ψ∘φ)([U,s,x])=[U,ψU∘φU(s),x] E(\psi \circ \varphi )([U, s, x]) = [U, \psi_U\circ \varphi_U(s), x]
=E(ψ)([U,φU(s),x]) = E(\psi )([U, \varphi_U(s), x])
=E(ψ)∘E(φ)([U,s,x]) = E(\psi )\circ E(\varphi )([U, s, x])

Par suite, on a E(ψ∘φ)=E(ψ)∘E(φ)E(\psi \circ \varphi ) = E(\psi )\circ E(\varphi ). En particulier, si aa est un point de B, (ψ∘φ)a=ψa∘φa(\psi \circ \varphi )_a=\psi_a\circ \varphi_a.

Si φ\varphi est un isomorphisme, Il en est de même de E(φ)E(\varphi ).

Remarque 01O2

Soit F\mathscr{F} un faisceau sur B relatif à la base B\mathscr{B}. Soit B′B' une partie ouverte de B, soit B′\mathscr{B}' une base de la topologie de B′B' telle que B′⊂B\mathscr{B}'\subset \mathscr{B}. Soit F∣B′\mathscr{F}|\mathscr{B}' le préfaisceau sur B′B' relatif à la base B′\mathscr{B}' déduit de F\mathscr{F} par restriction.

1) L’ensemble XF∣B′X_{\mathscr{F}|\mathscr{B}'} est alors un sous-ensemble de XFX_{\mathscr{F}} et la relation d’équivalence RFR_{\mathscr{F}} induit dans XF∣B′X_{\mathscr{F}|\mathscr{B}'} la relation d’équivalence RF∣B′R_{\mathscr{F}|\mathscr{B}'}. On en déduit une injection canonique ii de EF∣B′E_{\mathscr{F}|\mathscr{B}'} dans EFE_{\mathscr{F}}. Son image est p−1(B′)\overset{-1}{p}(B') car pour tout élément [U,s,x][U, s, x] de p−1(B′)\overset{-1}{p}(B'), il existe un élément V de B′\mathscr{B}' tel que x∈Vx\in V et V⊂UV\subset U, et l’on a [U,s,x]=i([V,rVU(s),x])[U, s, x] =i([V, r_{VU}(s), x]). L’application ii est continue car la topologie de XF∣B′X_{\mathscr{F}|\mathscr{B}'} est la plus fine rendant continues les applications définies par x↦[U,s,x]x\mapsto [U, s, x], pour U∈B′U\in \mathscr{B}' et s∈F(U)s\in \mathscr{F}(U). D’après le corollaire 2 de I, p. 30 de la proposition 6, l’injection canonique ii de EF∣B′E_{\mathscr{F}|\mathscr{B}'} dans EFE_{\mathscr{F}} induit un B′B'-isomorphisme de EF∣B′E_{\mathscr{F}|\mathscr{B}'} sur p−1(B′)\overset{-1}{p}(B').

En particulier, lorsque B′B' est égal à B,i:EF∣B′→EF,i: E_{\mathscr{F}|\mathscr{B}'}\rightarrow E_{\mathscr{F}} est un B-isomorphisme d’espaces étalés.

2) Soit G\mathscr{G} un préfaisceau sur B relatif à la base B\mathscr{B} et soit φ:F→G\varphi :\mathscr{F}\rightarrow \mathscr{G} un morphisme de préfaisceaux. La famille φ′=(φU)U∈B′\varphi '= (\varphi_U)_{U\in\mathscr{B}'} est un morphisme de préfaisceaux de F∣B′\mathscr{F}|\mathscr{B}' dans G∣B′\mathscr{G}|\mathscr{B}'. Le diagramme

EF∣B′E(φ′)EG∣B′ E\mathscr{F}|\mathscr{B}'E(\varphi ')E\mathscr{G}|\mathscr{B}'
ii′ii'

EFE(φ)EGE_{\mathscr{F}}^{E(\varphi)}E_{\mathscr{G}} , où ii et i′i' sont les injections canoniques, est commutatif.

Exemple 1 01O3

Soient B un espace topologique, B\mathscr{B} une base de la topologie de B et F un ensemble. Prenons pour F\mathscr{F} le préfaisceau sur B relatif à B\mathscr{B} défini par F(U)=F\mathscr{F}(U) = F pour tout U∈BU\in \mathscr{B} et rUVr_{UV} = IdF_F pour tout couple (U,V)(U,V) d’éléments de B\mathscr{B} tel que U⊂VU\subset V. L’application [U,s,x]↦(x,s(x))[U, s, x]\mapsto (x, s(x)) est un B-isomorphisme du B-espace EFE_{\mathscr{F}} sur le B-espace B×FB\times F où F est muni de la topologie discrète. On notera que lorsque B\mathscr{B} est l’ensemble des parties ouvertes de B, le préfaisceau F\mathscr{F} sur B n’est un faisceau que si l’ensemble F est réduit à un point (cf. I, p. 43, remarque).

Exemple 2 01O4

Soient B un espace topologique et (E,p)(E, p) un B-espace. Prenons pour F\mathscr{F} le faisceau sur B des sections continues de (E,p)(E, p). L’application (U,s,x)↦s(x)(U, s, x)\mapsto s(x) de XFX_{\mathscr{F}} dans E est compatible avec la relation d’équivalence RFR_{\mathscr{F}}. L’application e:EF→Ee: E_{\mathscr{F}}\rightarrow E que l’on en déduit par passage au quotient est un B-morphisme ; le B-morphisme ee est dit canonique. L’image de ee est la réunion des images des sections continues de pp au-dessus des ouverts de B. L’application ee est donc surjective si pp est étale (I, p. 33, prop. 9). D’autre part, l’application ee est injective si et seulement si pour tout ouvert U de B et tout couple (s,s′)(s, s') de sections continues de pp sur U, l’ensemble des points x∈Ux\in U tels que s(x)=s′(x)s(x) =s'(x) est ouvert ; c’est en particulier le cas si pp est étale (I, p. 34, prop. 11, b)). Par conséquent, si (E,p)(E, p) est un B-espace étalé, l’application ee est un B-isomorphisme.

Exemple 3 01O5

Soient B un espace topologique, B\mathscr{B} une base de la topologie de B,F,\mathscr{F} un préfaisceau sur B relatif à B\mathscr{B} et L\mathscr{L} un sous-préfaisceau de F\mathscr{F}. Alors, l’ensemble XLX_{\mathscr{L}} est contenu dans l’ensemble XFX_{\mathscr{F}} et la relation d’équivalence RFR_{\mathscr{F}} induit dans XLX_{\mathscr{L}} la relation d’équivalence RLR_{\mathscr{L}}. Le B-morphisme E(i):EL→EFE(i): E_{\mathscr{L}}\rightarrow E_{\mathscr{F}} associé au morphisme canonique i:L→F(i:\mathscr{L}\rightarrow \mathscr{F}(I, p. 48, exemple 2) est donc injectif. Comme ELE_{\mathscr{L}} et EFE_{\mathscr{F}} sont des B-espaces étalés, l’application E(i)E(i) est ouverte et même étale (I, p. 30, cor. 1), donc induit un homéomorphisme de ELE_{\mathscr{L}} sur une partie ouverte de EFE_{\mathscr{F}}.

6. Faisceau associé à un préfaisceau

Conservons les notations du no5^o5. On appelle faisceau associé au préfaisceau F\mathscr{F}, et on note F~\widetilde{\mathscr{F}} le faisceau S(B;EF)\mathscr{S}(B; E_{\mathscr{F}}) des sections continues du B-espace étalé EFE_{\mathscr{F}} associé au préfaisceau F\mathscr{F}. Pour tout ensemble ouvert U∈BU\in \mathscr{B}, notons σF(U):F(U)→F~(U)\sigma_{\mathscr{F}}(U):\mathscr{F}(U)\rightarrow \widetilde{\mathscr{F}}(U) l’application qui, à s∈F(U)s\in \mathscr{F}(U), associe la section continue σF(U,s):x↦[U,s,x]\sigma_{\mathscr{F}}(U, s):x\mapsto [U, s, x] de EFE_{\mathscr{F}} au-dessus de U. Par définition de la relation d’équivalence RFR_{\mathscr{F}}, la famille σF=(σF(U))U∈B\sigma_{\mathscr{F}}= (\sigma_{\mathscr{F}}(U))_{U\in\mathscr{B}} est un morphisme de préfaisceaux de F\mathscr{F} dans le préfaisceau F~∣B\widetilde{\mathscr{F}}|\mathscr{B}. Le morphisme σF\sigma_{\mathscr{F}} est appelé morphisme canonique de F\mathscr{F} dans F~∣B\widetilde{\mathscr{F}}|\mathscr{B}.

Notons jF:EF→EFj_{\mathscr{F}}: E_{\mathscr{F}}\rightarrow E_{\mathscr{F}} le B-morphisme composé du B-isomorphisme canonique EF∣B→EF(~IE_{\mathscr{F}|\mathscr{B}}\rightarrow E_{\mathscr{F}}\widetilde{(}I, p. 51) et du B-morphisme E(σF):EF→E(\sigma_{\mathscr{F}}): E_{\mathscr{F}}\rightarrow EF~∣BE_{\widetilde{\mathscr{F}}|\mathscr{B}}. Notons~\widetilde{s} d’autre part eF:EF~→EFe_{\mathscr{F}}:E_{\widetilde{\mathscr{F}}}\rightarrow E_{\mathscr{F}} le B-isomorphisme canonique (I, p. 52, exemple 2).

Proposition 2 01O6

L’application jFj_{\mathscr{F}} est le B-isomorphisme réciproque de eFe_{\mathscr{F}}.

Pour U∈B,s∈F(U)U\in \mathscr{B},s\in \mathscr{F}(U) et x∈Ux\in U, on a par définition de jF:j_{\mathscr{F}}:

jF([U,s,x])=[U,σF(U,s),x] j_{\mathscr{F}}([U, s, x]) = [U, \sigma_{\mathscr{F}}(U, s), x]

d’où eF(jF([U,s,x]))=σF(U,s)(x)=[U,s,x]e_{\mathscr{F}}(j_{\mathscr{F}}([U, s, x])) =\sigma_{\mathscr{F}}(U, s)(x) = [U, s, x]. Cela prouve la proposition.

Corollaire 01O7

Pour tout a∈Ba\in B, l’application (σF)a:Fa→F~a(\sigma_{\mathscr{F}})_a:\mathscr{F}_a\rightarrow \widetilde{\mathscr{F}}_a est bijective.

Puisque jFj_{\mathscr{F}} est un B-isomorphisme, il en est de même de E(σF)E(\sigma_{\mathscr{F}}), et (σF)a(\sigma_{\mathscr{F}})_a s’en déduit par passage aux fibres en aa.

Soient G\mathscr{G} un préfaisceau sur B relatif à B\mathscr{B} et φ:F→G\varphi :\mathscr{F}\rightarrow \mathscr{G} un morphisme de préfaisceaux. On note φ~:F~→G~\widetilde{\varphi}:\widetilde{\mathscr{F}}\rightarrow \widetilde{\mathscr{G}} le morphisme de faisceaux SE(φ)(\mathscr{S}_{E(\varphi)}(I, p. 48, exemple 1), où E(φ):EF→EGE(\varphi ): E_{\mathscr{F}}\rightarrow E_{\mathscr{G}} est le B-morphisme associé à φ\varphi. Pour tout ouvert U∈BU\in \mathscr{B} et tout s∈F(U)s\in \mathscr{F}(U), on a, par définition,

φ~U(σF(U,s))=E(φ)∘σF(U,s)=σG(U,φU(s)) \widetilde{\varphi}_U(\sigma_{\mathscr{F}}(U, s)) = E(\varphi )\circ \sigma_{\mathscr{F}}(U, s) =\sigma_{\mathscr{G}}(U, \varphi_U(s))

On a donc :

(1) φ~U∘σF(U)=σG(U)∘φU\widetilde{\varphi}_U\circ \sigma_{\mathscr{F}}(U) =\sigma_{\mathscr{G}}(U)\circ \varphi_U, pour tout U∈BU\in \mathscr{B}. Autrement dit :

φ~∣B∘σF=σG∘φ(2) \widetilde{\varphi}|\mathscr{B}\circ \sigma_{\mathscr{F}}=\sigma_{\mathscr{G}}\circ \varphi \tag{2}

Proposition 3 01O8

Soit B un espace topologique, soit B\mathscr{B} une base de la topologie de B, soit F=(F(U),fUV)\mathscr{F}= (\mathscr{F}(U), f_{UV}) un préfaisceau sur B relatif à B\mathscr{B}, soit F~\widetilde{\mathscr{F}} le faisceau associé et soit σF:F→F~∣B\sigma_{\mathscr{F}}:\mathscr{F}\rightarrow \widetilde{\mathscr{F}}|\mathscr{B} le morphisme canonique. Étant donnés un faisceau G=(G(U),gUV)\mathscr{G}= (\mathscr{G}(U), g_{UV}) sur B et un morphisme de préfaisceaux φ:F→G∣B\varphi :\mathscr{F}\rightarrow \mathscr{G}|\mathscr{B}, il existe un unique morphisme de faisceaux ψ:F~→G\psi :\widetilde{\mathscr{F}}\rightarrow \mathscr{G} tel que ψ∣B∘σF=φ\psi |\mathscr{B}\circ \sigma_{\mathscr{F}}=\varphi.

Lemme 01O9

Soient U une partie ouverte de B et s:U→EFs: U\rightarrow E_{\mathscr{F}} une section continue de EFE_{\mathscr{F}} au-dessus de U. Pour tout point aa de U, il existe un ouvert V∈BV\in \mathscr{B} tel que a∈Va\in V et V⊂UV\subset U et un élément vv de F(V)\mathscr{F}(V) tel que s∣V=σF(V,v)s|V =\sigma_{\mathscr{F}}(V, v).

Soit a∈Ua\in U. Par définition de l’espace EFE_{\mathscr{F}}, il existe un ouvert V′∈BV'\in \mathscr{B} tel que a∈V′a\in V' et un élément tt de F(V′)\mathscr{F}(V') tel que s(a)=[V′,t,a]s(a) = [V', t, a]. Alors ss et σF(V′,t)\sigma_{\mathscr{F}}(V', t) induisent par restriction deux sections continues de EFE_{\mathscr{F}} au-dessus de V′∩UV'\cap U qui sont égales au point aa. D’après la prop. 11, b) de I, p. 34, il existe un voisinage ouvert V de aa, contenu dans V′∩UV'\cap U, appartenant à B\mathscr{B}, tel que ss et σF(V′,t)\sigma_{\mathscr{F}}(V', t) soient égales en tout point de V. Si l’on pose v=fVV′(t)v=f_{VV'}(t), on a bien s∣V=σF(V,v)s|V =\sigma_{\mathscr{F}}(V, v).

Démontrons la proposition. Pour tout ouvert U de B et toute section s∈F~(U)s\in \widetilde{\mathscr{F}}(U), notons D(U,s)D(U, s) l’ensemble des couples (V,v)(V, v) tels que V∈B,V⊂U,v∈F(U)V\in \mathscr{B},V\subset U,v\in \mathscr{F}(U) et s∣V=σF(V,v)s|V =\sigma_{\mathscr{F}}(V, v). Il résulte du lemme que ces ouverts V forment un recouvrement de U.

S’il existe un morphisme ψ:F~→G\psi :\widetilde{\mathscr{F}}\rightarrow \mathscr{G} tel que ψ∣B∘σF=φ\psi |\mathscr{B}\circ \sigma_{\mathscr{F}}=\varphi, alors, pour tout ouvert U de B, toute section s∈F~(U)s\in \widetilde{\mathscr{F}}(U) et tout couple (V,v)∈D(U,s)(V, v)\in D(U, s), on a gVU(ψU(s))=ψV(s∣V)=φV(v)g_{VU}(\psi_U(s)) =\psi_V(s|V) =\varphi_V(v). Cela prouve l’unicité de ψ\psi en vertu de la propriété (F1)(F_1) des faisceaux.

Soient U un ouvert de B et ss un élément de F~(U)\widetilde{\mathscr{F}}(U). Soient (V,v)(V, v) et (V′,v′)(V', v') des éléments de D(U,s)D(U, s). On a s(a)=[V,v,a]=[V′,v′,a]s(a) = [V, v, a] = [V', v', a] pour tout point a∈V∩V′a\in V\cap V'. Il existe donc un couple (W,w)∈D(V∩V′,s)(W, w)\in D(V\cap V', s) tel que a∈Wa\in W et fWV(v)=fWV(v′)=wf_{WV}(v) =f_{WV}(v') =w. On a alors

gW(V∩V′)∘g(V∩V′)V(φV(v))=gWV(φV(v))=φW(fWV(v))=φW(w) g_{W(V\cap V')}\circ g_{(V\cap V')V}(\varphi_V(v)) =g_{WV}(\varphi_V(v)) =\varphi_W(f_{WV}(v)) =\varphi_W(w)

et de même,

gW(V∩V′)∘g(V∩V′)V′(φV′(v′))=φW(w) g_{W(V\cap V')}\circ g_{(V\cap V')V'}(\varphi_{V'}(v')) =\varphi_W(w)

d’où

gW(V∩V′)∘g(V∩V′)V(φV(v))=gW(V∩V′)∘g(V∩V′)V′(φV′(v′)) g_{W(V\cap V')}\circ g_{(V\cap V')V}(\varphi_V(v)) =g_{W(V\cap V')}\circ g_{(V\cap V')V'}(\varphi_{V'}(v'))

D’après la propriété (F1)(F_1) des faisceaux, on a donc

g(V∩V′)V(φV(v))=g(V∩V′)V′(φV′(v′)) g_{(V\cap V')V}(\varphi_V(v)) =g_{(V\cap V')V'}(\varphi_{V'}(v'))

D’après les propriétés (F1)(F_1) et (F2)(F_2) des faisceaux, il existe un unique élément ψU(s)∈G(U)\psi_U(s)\in \mathscr{G}(U) tel que l’on ait :

(3) gVU(ψU(s))=φV(v)g_{VU}(\psi_U(s)) =\varphi_V(v) pour tout (V,v)∈D(u,s)(V, v)\in D(u, s).

Soit ψU:F~(U)→G(U)\psi_U:\widetilde{\mathscr{F}}(U)\rightarrow \mathscr{G}(U) l’application ainsi définie. Il résulte immédiatement de (3) que la famille ψ=(ψU)\psi = (\psi_U) est un morphisme de faisceaux et que l’on a φV=ψV∘σF(V)\varphi_V=\psi_V\circ \sigma_{\mathscr{F}}(V) pour tout V∈BV\in \mathscr{B}.

Corollaire 1 01OA

Soient B un espace topologique, F\mathscr{F} un préfaisceau sur B,F~,\widetilde{\mathscr{F}} le faisceau associé et σF:F→F~\sigma_{\mathscr{F}}:\mathscr{F}\rightarrow \widetilde{\mathscr{F}} le morphisme canonique. Pour que F\mathscr{F} soit un faisceau, il faut et il suffit que σF\sigma_{\mathscr{F}} soit un isomorphisme.

Si σF\sigma_{\mathscr{F}} est un isomorphisme, F\mathscr{F} est un faisceau. Inversement, si F\mathscr{F} est un faisceau, il existe par la proposition 3 un morphisme φ:F~→F\varphi :\widetilde{\mathscr{F}}\rightarrow \mathscr{F} tel que φ∘σF=\varphi \circ \sigma_{\mathscr{F}}= IdF_{\mathscr{F}}. Puisque IdF_{\mathscr{F}} est l’unique morphisme ψ:F~→F~\psi :\widetilde{\mathscr{F}}\rightarrow \widetilde{\mathscr{F}} tel que ψ∘σF=σF\psi \circ \sigma_{\mathscr{F}}=\sigma_{\mathscr{F}}, on a alors σ~F∘φ=\widetilde{\sigma}_{\mathscr{F}}\circ \varphi = IdF~_{\widetilde{\mathscr{F}}}.

Remarque 01OB

Soient B un espace topologique, F\mathscr{F} un préfaisceau sur B, G\mathscr{G} un faisceau sur B et φ:F→G\varphi :\mathscr{F}\rightarrow \mathscr{G} un morphisme de préfaisceaux. Le morphisme canonique σG:G→G~\sigma_{\mathscr{G}}:\mathscr{G}\rightarrow \widetilde{\mathscr{G}} est un isomorphisme d’après le corollaire 1. D’après la relation (2) de I, p. 54, l’unique morphisme ψ:F~→G\psi :\widetilde{\mathscr{F}}\rightarrow \mathscr{G} tel que ψ∘σF=φ\psi \circ \sigma_{\mathscr{F}}=\varphi est donc σG−1∘φ~\sigma^{-1}_{\mathscr{G}}\circ \widetilde{\varphi}.

Corollaire 2 01OC

Soient B un espace topologique, F\mathscr{F} et G\mathscr{G} des faisceaux sur B et φ\varphi un morphisme de faisceaux de F\mathscr{F} dans G\mathscr{G}. Les assertions suivantes sont équivalentes :

(i) φ\varphi est un isomorphisme ;

(ii) Il existe une base B\mathscr{B} de la topologie de B telle que pour tout U∈BU\in \mathscr{B}, l’application φU\varphi_U soit bijective ;

(iii) Pour tout point aa de B, l’application φa\varphi_a est une bijection de la tige Fa\mathscr{F}_a sur la tige Ga\mathscr{G}_a.

L’implication (i)⇒\Rightarrow(ii) est immédiate.

(ii)⇒\Rightarrow(iii) : considérons le diagramme commutatif (I, p. 51)

EF∣BE(φ∣B)EG∣B E\mathscr{F}|\mathscr{B}E(\varphi |\mathscr{B})E\mathscr{G}|\mathscr{B}
EFE(φ)EG E_{\mathscr{F}}^{E(\varphi)}E_{\mathscr{G}}

où les flèches verticales sont les B-isomorphismes canoniques. Si la condition (ii) est satisfaite, E(φ∣B)E(\varphi |\mathscr{B}) est un B-isomorphisme, donc E(φ)E(\varphi ) en est un également. Les applications φa\varphi_a se déduisent de E(φ)E(\varphi ) par passage aux fibres et sont alors bijectives.

(iii)⇒\Rightarrow(i) : sous l’hypothèse (iii), l’application E(φ):EF→EGE(\varphi ): E_{\mathscr{F}}\rightarrow E_{\mathscr{G}} est un B-morphisme bijectif d’espaces étalés donc est un B-isomorphisme (I, p. 30, cor. 2 de la prop. 6). Par suite, le morphisme φ~:F~→G~\widetilde{\varphi}:\widetilde{\mathscr{F}}\rightarrow \widetilde{\mathscr{G}} est un isomorphisme. Comme F\mathscr{F} et G\mathscr{G} sont des faisceaux, les morphismes canoniques σF:F→F~\sigma_{\mathscr{F}}:\mathscr{F}\rightarrow \widetilde{\mathscr{F}} et σG:G→G~\sigma_{\mathscr{G}}:\mathscr{G}\rightarrow \widetilde{\mathscr{G}} sont des isomorphismes (corollaire 1) et l’on a φ~∘σF=σG∘φ(\widetilde{\varphi}\circ \sigma_{\mathscr{F}}=\sigma_{\mathscr{G}}\circ \varphi (I, p. 54, relation (2)) donc φ\varphi est un isomorphisme.

Scholie 01OD

Soit B un espace topologique. À tout faisceau F\mathscr{F} sur B, on associe un B-espace étalé EFE_{\mathscr{F}} (I, p. 50, déf. 4). À tout B-espace étalé T, on associe le faisceau S(T)\mathscr{S}(T) sur B de ses sections continues (I, p. 45, exemple 3). On a défini un isomorphisme canonique de faisceaux σF:F→S(EF)\sigma_{\mathscr{F}}:\mathscr{F}\rightarrow \mathscr{S}(E_{\mathscr{F}}) (I, p. 55, cor. 1) et un isomorphisme canonique de B-espaces étalés eT:ES(T)→Te_T: E_{\mathscr{S}(T)}\rightarrow T (I, p. 52, exemple 2).

Pour tout couple (F,G)(\mathscr{F},\mathscr{G}) de faisceaux sur B, on a défini (I, p. 50) une application φ↦E(φ)\varphi \mapsto E(\varphi ) de l’ensemble des morphismes de faisceaux de F\mathscr{F} dans G\mathscr{G} dans l’ensemble des B-morphismes de EFE_{\mathscr{F}} dans EGE_{\mathscr{G}}. On a les relations

E(IdF_{\mathscr{F}}) == IdEF,E(ψ∘φ)=E(ψ)∘E(φ)_{E_{\mathscr{F}}},E(\psi \circ \varphi ) = E(\psi )\circ E(\varphi ).

Pour tout couple (T,U)(T,U) de B-espaces étalés, on a défini (I, p. 48, exemple 1) une application f↦S(f)f\mapsto \mathscr{S}(f) de l’ensemble des B-morphismes de T dans U dans l’ensemble des morphismes de faisceaux de S(T)\mathscr{S}(T) dans S(U)\mathscr{S}(U). On a les relations

S\mathscr{S} (IdT_T) == IdS(T),S(g∘f)=S(g)∘S(f)_{\mathscr{S}(T)},\mathscr{S}(g\circ f) =\mathscr{S}(g)\circ \mathscr{S}(f).

Avec les notations précédentes, les diagrammes suivants sont commutatifs :

FφGES(T)E(S(f))ES(U) \mathscr{F}^{\varphi}\mathscr{G}E_{\mathscr{S}(T)}^{E(\mathscr{S}(f))}E_{\mathscr{S}(U)}

(4) σFσG\sigma_{_{\mathscr{F}}}\sigma_{_{\mathscr{G}}} (5) eTeUe_{_T}e_{_U}

S(EF)S(E(φ))S(EG)\mathscr{S}(E_{\mathscr{F}})^{\mathscr{S}(E(\varphi))}\mathscr{S}(E_{\mathscr{G}}), T fU^fU.

Cela résulte de I, p. 54, formule (2) pour le premier et c’est une conséquence immédiate des définitions pour le second. Cela implique que pour tout couple (F,G)(\mathscr{F},\mathscr{G}) de faisceaux sur B et tout couple (T,U)(T,U) de B-espaces étalés, les applications φ↦E(φ)\varphi \mapsto E(\varphi ) et f↦S(f)f\mapsto \mathscr{S}(f) considérées ci-dessus sont bijectives.

Ces résultats permettent de déduire un énoncé relatif aux B-espaces étalés d’un énoncé relatif aux faisceaux sur B, et réciproquement.

7. Image directe et image réciproque d’un faisceau

Soient A et B des espaces topologiques et u:A→Bu: A\rightarrow B une application continue.

Soit F=(F(U),fUV)\mathscr{F}= (\mathscr{F}(U), f_{UV}) un préfaisceau sur A. On définit un préfaisceau F′\mathscr{F}' sur B de la façon suivante : pour tout ouvert U de B, posons F′(U)=F(u−1(U))\mathscr{F}'(U) =\mathscr{F}(\overset{-1}{u}(U)) et pour tout couple (U,V)(U,V) d’ouverts de B tel que U ⊂V\subset V, posons fUV′=fu−1(U)u−1(V)f'_{UV}=f_{\overset{-1}{u}(U)\overset{-1}{u}(V)}. Alors (F′(U),fUV′)(\mathscr{F}'(U), f'_{UV}) est un préfaisceau sur B. On le note u∗(F)u_*(\mathscr{F}) et on l’appelle le préfaisceau image directe du préfaisceau F\mathscr{F} par l’application uu.

Si (Ui)i∈I(U_i)_{i\in I} est une famille d’ouverts de B, on a u−1(⋃i∈IUi)=\overset{-1}{u}(\bigcup_{i\in I}U_i) = ⋃i∈Iu−1(Ui)\bigcup_{i\in I}\overset{-1}{u}(U_i) et u−1(⋂i∈IUi)=⋂i∈Iu−1(Ui)\overset{-1}{u}(\bigcap_{i\in I}U_i) =\bigcap_{i\in I}\overset{-1}{u}(U_i) (E, II, p. 25, prop. 3 et 4). Il en résulte aussitôt que, si F\mathscr{F} jouit de la propriété (F1)(F_1) (resp. (F2)(F_2)) des faisceaux (I, p. 43), il en est de même de u∗(F)u_*(\mathscr{F}). Par suite, l’image directe d’un faisceau est un faisceau.

Soient F1\mathscr{F}_1 et F2\mathscr{F}_2 des préfaisceaux sur A et soit φ:F1→F2\varphi :\mathscr{F}_1\rightarrow \mathscr{F}_2 un morphisme de préfaisceaux. Il existe alors un unique morphisme de préfaisceaux u∗φ:u∗F1→u∗F2u_*\varphi :u_*\mathscr{F}_1\rightarrow u_*\mathscr{F}_2 tel que pour tout ouvert U de B, l’application (u∗φ)(U):(u∗F1)(U)→(u∗F2)(U)(u_*\varphi )(U): (u_*\mathscr{F}_1)(U)\rightarrow (u_*\mathscr{F}_2)(U) soit l’application φ(u−1(U)):F1(u−1(U))→F2(u−1(U))\varphi (\overset{-1}{u}(U)):\mathscr{F}_1(\overset{-1}{u}(U))\rightarrow \mathscr{F}_2(\overset{-1}{u}(U)). Si F3\mathscr{F}_3 est un préfaisceau sur A et si ψ:F2→F3\psi :\mathscr{F}_2\rightarrow \mathscr{F}_3 est un morphisme de préfaisceaux, on a u∗(ψ∘φ)=u∗(ψ)∘u∗(φ)u_*(\psi \circ \varphi ) =u_*(\psi )\circ u_*(\varphi ).

Soit C un espace topologique et soit v:B→v: B\rightarrow C une application continue. Si F\mathscr{F} est un préfaisceau sur A, les préfaisceaux v∗(u∗(F))v_*(u_*(\mathscr{F})) et (v∘u)∗(F)(v\circ u)_*(\mathscr{F}) coïncident. Si φ:F1→F2\varphi :\mathscr{F}_1\rightarrow \mathscr{F}_2 est un morphisme de préfaisceaux sur A, on a l’égalité v∗(u∗(φ))=(v∘u)∗(φ)v_*(u_*(\varphi )) = (v\circ u)_*(\varphi ).

Exemple 1 01OE

Soient B un espace topologique, A un sous-espace de B et F=(F(U),fUV)\mathscr{F}= (\mathscr{F}(U), f_{UV}) un préfaisceau sur A. Notons i:A→Bi: A\rightarrow B l’injection canonique. On a alors i∗(F)=(F′(U),fUV′)i_*(\mathscr{F}) = (\mathscr{F}'(U), f'_{UV}) où pour tout ouvert U de B,F′(U)=F(U∩A),\mathscr{F}'(U) =\mathscr{F}(U\cap A), et pour tout couple (U,V)(U,V) d’ouverts de B avec U⊂V,fUV′=f(U∩A)(V∩A)U\subset V,f'_{UV}=f_{(U\cap A)(V\cap A)}.

Soit maintenant G\mathscr{G} un préfaisceau sur B. On appelle image réciproque du préfaisceau G\mathscr{G} par uu, et l’on note u∗(G)u^*(\mathscr{G}) le faisceau CB(A;EG)\mathscr{C}_B(A; E_{\mathscr{G}}) sur A des B-morphismes à valeurs dans le B-espace EG(E_{\mathscr{G}}(I, p. 45, exemple 4). Il est canoniquement isomorphe au faisceau sur A des sections du A-espace étalé A×BEGA\times_BE_{\mathscr{G}} (I, p. 9, prop. 3). On en déduit (I, p. 52, exemple 2) un isomorphisme canonique φ\varphi de l’espace étalé associé à u∗(G)u^*(\mathscr{G}) sur le A-espace A×BEGA\times_BE_{\mathscr{G}}. Si de plus G\mathscr{G} est un faisceau, on a pour tout point aa de A une bijection canonique ψa:u∗(G)a→Gu(a):\psi_a:u^*(\mathscr{G})_a\rightarrow \mathscr{G}_{u(a)}: pour tout voisinage ouvert U de aa dans A et tout B-morphisme f:U→EGf: U\rightarrow E_{\mathscr{G}}, on a

φ([U,f,a])=(a,f(a)),ψa([U,f,a])=f(a) \varphi ([U, f, a]) = (a, f(a)),\psi_a([U, f, a]) =f(a)

Soient G1\mathscr{G}_1 et G2\mathscr{G}_2 des préfaisceaux sur B et φ:G1→G2\varphi :\mathscr{G}_1\rightarrow \mathscr{G}_2 un morphisme de préfaisceaux. On déduit par changement de base du morphisme de B-espaces étalés E(φ):EG1→EG2E(\varphi ): E_{\mathscr{G}_1}\rightarrow E_{\mathscr{G}_2} un morphisme de A-espaces étalés A×BEG1→A×BEG2A\times_BE_{\mathscr{G}_1}\rightarrow A\times_BE_{\mathscr{G}_2}, d’où un morphisme de faisceaux sur A,u∗(φ):u∗(G1)→u∗(G2),u^*(\varphi ):u^*(\mathscr{G}_1)\rightarrow u^*(\mathscr{G}_2). Soient G3\mathscr{G}_3 un préfaisceau sur B et ψ:G2→G3\psi :\mathscr{G}_2\rightarrow \mathscr{G}_3 un morphisme de préfaisceaux. On a alors l’égalité u∗(ψ∘φ)=u∗(ψ)∘u∗(φ)u^*(\psi \circ \varphi ) =u^*(\psi )\circ u^*(\varphi ).

Soit C un espace topologique et soit v:B→v: B\rightarrow C une application continue. Si G\mathscr{G} est un préfaisceau sur C, les faisceaux u∗(v∗(G))u^*(v^*(\mathscr{G})) et (v∘u)∗(G)(v\circ u)^*(\mathscr{G}) s’identifient canoniquement (I, p. 5). Si φ:G1→G2\varphi :\mathscr{G}_1\rightarrow \mathscr{G}_2 est un morphisme de préfaisceaux sur C, on a de plus u∗(v∗(φ))=(v∘u)∗(φ)u^*(v^*(\varphi )) = (v\circ u)^*(\varphi ).

Remarque 01OF

Le morphisme canonique σG:G→G~\sigma_{\mathscr{G}}:\mathscr{G}\rightarrow \widetilde{\mathscr{G}} de I, p. 53 correspond en termes d’espaces étalés à l’isomorphisme jGj_{\mathscr{G}} de la proposition 2 de I, p. 53. Il en résulte que u∗(σG)u^*(\sigma_{\mathscr{G}}) est un isomorphisme. En particulier si A = B et u=u= IdA_A, le préfaisceau u∗(F)u^*(\mathscr{F}) est le faisceau F~\widetilde{\mathscr{F}}.

Exemple 2 01OG

Soient B un espace topologique et A un sous-espace de B. Notons i:A→Bi: A\rightarrow B l’injection canonique. Pour tout faisceau G\mathscr{G} sur B, on note GA\mathscr{G}_A le faisceau i∗(G)i^*(\mathscr{G}) et on dit que GA\mathscr{G}_A est le faisceau sur A induit par le faisceau G\mathscr{G}. Le faisceau GA\mathscr{G}_A s’identifie au faisceau S(A;(EG)A)\mathscr{S}(A; (E_{\mathscr{G}})_A) des sections du A-espace étalé induit par EGE_{\mathscr{G}} au-dessus de A.

Supposons que A soit un sous-espace ouvert de B et soit G\mathscr{G} un faisceau sur B. Par définition, le faisceau GA\mathscr{G}_A est le faisceau G~∣A\widetilde{\mathscr{G}}|A déduit de G~\widetilde{\mathscr{G}} par restriction à l’ouvert A (I, p. 43). Soit σG:G→G~\sigma_{\mathscr{G}}:\mathscr{G}\rightarrow \widetilde{\mathscr{G}} l’isomorphisme canonique (I, p. 55, cor. 1). Alors, σG∣A\sigma_{\mathscr{G}}|A est un isomorphisme, dit canonique, du faisceau G∣A\mathscr{G}|A sur le faisceau GA\mathscr{G}_A que l’on appelle l’isomorphisme canonique de G∣A\mathscr{G}|A sur GA\mathscr{G}_A.

8. Les homomorphismes αetβ\alpha \mathbf{e}\mathbf{t}\beta ; adjonction

Soient A et B des espaces topologiques et soit u:A→Bu: A\rightarrow B une application continue. Soit G\mathscr{G} un préfaisceau sur B. Par définition de l’image directe de préfaisceaux, une section du faisceau u∗u∗Gu_*u^*\mathscr{G} au-dessus d’un ouvert U de B est une section du faisceau u∗Gu^*\mathscr{G} au-dessus de l’ouvert u−1(U)\overset{-1}{u}(U) de A, c’est-à-dire un B-morphisme u−1(U)→EG\overset{-1}{u}(U)\rightarrow E_{\mathscr{G}}. On définit ainsi un morphisme de faisceaux G~→u∗u∗G\widetilde{\mathscr{G}}\rightarrow u_*u^*\mathscr{G} en associant à la section ss de EGE_{\mathscr{G}} au-dessus d’un ouvert U de B la section s∘us\circ u de EGE_{\mathscr{G}} au-dessus de u−1(U)\overset{-1}{u}(U). La composition de ce morphisme et du morphisme canonique σG:G→G~\sigma_{\mathscr{G}}:\mathscr{G}\rightarrow \widetilde{\mathscr{G}} (I, p. 53) est un morphisme de préfaisceaux G→u∗u∗G\mathscr{G}\rightarrow u_*u^*\mathscr{G} que l’on notera βGu\beta_{\mathscr{G}}^u, voire βG\beta_{\mathscr{G}} s’il n’y a pas d’ambiguïté sur l’application uu.

Remarque 1 01OH

Soient A, B, C des espaces topologiques, soient u:A→B,v:B→Cu: A\rightarrow B,v: B\rightarrow C des applications continues ; posons w=v∘uw=v\circ u. Soit G\mathscr{G} un préfaisceau sur C.

Soient U un ouvert de C et ss une section de EGE_{\mathscr{G}} au-dessus de U. Alors, βGv(s)\beta_{\mathscr{G}}^v(s) est la section s∘vs\circ v de EGE_{\mathscr{G}} au-dessus de v−1(U)\overset{-1}{v}(U), et v∗(βv∗Gu)(βGv(s))v_*(\beta_{v^*\mathscr{G}}^u)(\beta^v_{\mathscr{G}}(s)) est la section s∘v∘u=s∘ws\circ v\circ u=s\circ w de EGE_{\mathscr{G}} au-dessus de u−1(v−1(U))=w−1(U)\overset{-1}{u}(\overset{-1}{v}(U)) =\overset{-1}{w}(U).

Il en résulte l’égalité βGw=v∗(βv∗Gu)∘βGv\beta_{\mathscr{G}}^w=v_*(\beta_{v^*\mathscr{G}}^u)\circ \beta_{\mathscr{G}}^v.

Remarque 2 01OI

Si γ:G1→G2\gamma :\mathscr{G}_1\rightarrow \mathscr{G}_2 est un morphisme de préfaisceaux sur B, les morphismes de préfaisceaux βG2∘γ\beta_{\mathscr{G}_2}\circ \gamma et u∗u∗(γ)∘βG1u_*u^*(\gamma )\circ \beta_{\mathscr{G}_1} sont égaux. En effet, si V est un ouvert de B et s∈G1(V),βG1(s)s\in \mathscr{G}_1(V),\beta_{\mathscr{G}_1}(s) est la section tt de A×BEG1A\times_BE_{\mathscr{G}_1} au-dessus de u−1(V)\overset{-1}{u}(V), définie par x↦(x,[V,s,u(x)])x\mapsto (x,[V, s, u(x)]). L’image de tt par u∗(γ)u^*(\gamma ) est ainsi la section de A×BEG2A\times_BE_{\mathscr{G}_2} au-dessus de u−1(V)\overset{-1}{u}(V) donnée par x↦(x,[V,γ(s),u(x)])x\mapsto (x,[V, \gamma (s), u(x)]). Il en résulte bien que u∗u∗(γ)∘βG1(s)=βG2(γ(s))u_*u^*(\gamma )\circ \beta_{\mathscr{G}_1}(s) =\beta_{\mathscr{G}_2}(\gamma (s)).

Proposition 4 01OJ

Soient A et B des espaces topologiques, u:A→Bu: A\rightarrow B une application continue, G\mathscr{G} un préfaisceau sur B,F,\mathscr{F} un faisceau sur A.

Pour tout morphisme de préfaisceaux φ:G→u∗F\varphi :\mathscr{G}\rightarrow u_*\mathscr{F}, il existe un unique morphisme de faisceaux ψ:u∗(G)→F\psi :u^*(\mathscr{G})\rightarrow \mathscr{F} tel que φ=u∗(ψ)∘βG\varphi =u_*(\psi )\circ \beta_{\mathscr{G}}.

Autrement dit, l’application canonique

Mor(u∗(G),Fu^*(\mathscr{G}),\mathscr{F})→\rightarrow Mor(G,u∗(F)\mathscr{G}, u_*(\mathscr{F})),ψ↦u∗(ψ)∘βG,\psi \mapsto u_*(\psi )\circ \beta_{\mathscr{G}}

est une bijection.

Avec les notations de la proposition 4, on notera parfois ψ=φ♯\psi =\varphi^{\sharp} et φ=ψ♭\varphi =\psi^{\flat}.

Démontrons la proposition 4. D’après la remarque 2 appliquée au morphisme σG:G→G~\sigma_{\mathscr{G}}:\mathscr{G}\rightarrow \widetilde{\mathscr{G}}, le morphisme βG\beta_{\mathscr{G}} est égal à la composition

u∗(u∗(σG)−1)∘βG~∘σG u_*(u^*(\sigma_{\mathscr{G}})^{-1})\circ \beta_{\widetilde{\mathscr{G}}}\circ \sigma_{\mathscr{G}}

où u∗(σG):u∗(G)→u∗(G~)u^*(\sigma_{\mathscr{G}}):u^*(\mathscr{G})\rightarrow u^*(\widetilde{\mathscr{G}}) est l’isomorphisme canonique de la remarque de I, p. 58. Soit φ~:G~→u∗F\widetilde{\varphi}:\widetilde{\mathscr{G}}\rightarrow u_*\mathscr{F} l’unique morphisme de faisceaux tel que φ~∘σG=φ(\widetilde{\varphi}\circ \sigma_{\mathscr{G}}=\varphi (I, p. 54, prop. 3). Il suffit alors de montrer qu’il existe un unique morphisme de faisceaux ψ~:u∗(G)→F\widetilde{\psi}:u^*(\mathscr{G})\rightarrow \mathscr{F} tel que u∗(ψ~)∘βG=φ~u_*(\widetilde{\psi})\circ \beta_{\mathscr{G}}=\widetilde{\varphi}.

Nous po~\widetilde{o}uvons donc supposer que G\mathscr{G} est un faisceau. Pour qu’un morphisme de faisceaux ψ:u∗(G)→F\psi :u^*(\mathscr{G})\rightarrow \mathscr{F} satisfasse à la conclusion de la proposition 4, il faut et il suffit que pour tout ouvert V de B et toute section tt de EGE_{\mathscr{G}} au-dessus de V, on ait

φV(t)=ψu−1(V)(t∘u∣u−1(V))(6) \varphi_V(t) =\psi_{\overset{-1}{u}(V)}(t\circ u|\overset{-1}{u}(V)) \tag{6}

Soit U0U_0 un ouvert de A et s0s_0 un élément de u∗(G)(U0)u^*(\mathscr{G})(U_0), autrement dit un B-morphisme de U0U_0 dans EGE_{\mathscr{G}}. Soit S(U0,s0)S(U_0, s_0) l’ensemble des triplets (U,V,t)(U,V, t) où U est un ouvert de A contenu dans U0U_0, V est un ouvert de B tel que u(U)⊂Vu(U)\subset V et tt une section de EGE_{\mathscr{G}} au-dessus de V telle que l’on ait

t∘u∣U=s0∣U(7) t\circ u|U =s_0|U \tag{7}

Si U1U_1 et U2U_2 sont des ouverts de A avec U1⊂U2U_1\subset U_2, notons fU1U2f_{U_1U_2} l’application de restriction F(U2)→F(U1)\mathscr{F}(U_2)\rightarrow \mathscr{F}(U_1). Pour tout (U,V,t)∈S(U0,s0)(U,V, t)\in S(U_0, s_0), on a alors la relation

fUU0(ψU0(s0))=ψU(s0∣U) f_{UU_0}(\psi_{U_0}(s_0)) =\psi_U(s_0|U)
=ψU(t∘u∣U) =\psi_U(t\circ u|U)
=fUu−1(V)(ψu−1(V)(t∘u∣u−1(V))) =f_{U\overset{-1}{u}(V)}(\psi_{\overset{-1}{u}(V)}(t\circ u|\overset{-1}{u}(V)))

Par suite, si ψ:u∗(G)→F\psi :u^*(\mathscr{G})\rightarrow \mathscr{F} satisfait à (6), on a

fUU0(ψU0(s0))=fUu−1(V)(φV(t))(8) f_{UU_0}(\psi_{U_0}(s_0)) =f_{U\overset{-1}{u}(V)}(\varphi_V(t)) \tag{8}

Démontrons que, pour tout point aa de U0U_0, il existe un triplet (U,V,t)∈S(U0,s0)(U,V, t)\in S(U_0, s_0) tel que a∈Ua\in U. Soit en effet aa un point de U0U_0. Il existe un voisinage ouvert V de B contenant u(a)u(a) et une section tt de l’espace étalé EGE_{\mathscr{G}} au-dessus de V telle que t(u(a))=s0(a)t(u(a)) =s_0(a) (I, p. 33, prop. 9). Soit U1=u−1(V)∩U0U_1=\overset{-1}{u}(V)\cap U_0. Les sections s0∣U1s_0|U_1 et t∘u∣U1t\circ u|U_1 du U1U_1-espace étalé EG×BU1E_{\mathscr{G}}\times_BU_1 coïncident au point aa. D’après la proposition 11, b) de I, p. 34, l’ensemble des points où elles coïncident est un ouvert U de U1U_1 qui contient aa. Le triplet (U,V,t)(U,V, t) appartient alors à S(U0,s0)S(U_0, s_0).

La formule (8) et la propriété (F1)(F_1) des faisceaux (I, p. 43) entraînent alors l’unicité de ψ\psi.

Soient (U,V,t)(U,V, t) et (U′,V′,t′)(U',V', t') des éléments de S(U0,s0)S(U_0, s_0). D’après la relation (7), les restrictions à u(U∩U′)u(U\cap U') de tt et t′t' coïncident. D’après la prop. 11, b) de I, p. 34, il existe un ouvert W de B tel que u(U∩U′)⊂u(U\cap U')\subset W⊂V∩V′W\subset V\cap V' et que t∣W=t′∣Wt|W =t'|W. On a donc

fu−1(W)u−1(V)(φV(t))=φW(t∣W)=φW(t′∣W)=fu−1(W)u−1(V′)(φV′(t′)) f_{\overset{-1}{u}(W)\overset{-1}{u}(V)}(\varphi_V(t)) =\varphi_W(t|W) =\varphi_W(t'|W) =f_{\overset{-1}{u}(W)\overset{-1}{u}(V')}(\varphi_{V'}(t'))

d’où

f(U∩U′)u−1(V)(φV(t))=f(U∩U′)u−1(V′)(φV′(t′))(9) f_{(U\cap U')\overset{-1}{u}(V)}(\varphi_V(t)) =f_{(U\cap U')\overset{-1}{u}(V')}(\varphi_{V'}(t')) \tag{9}

D’après les propriétés (F1)(F_1) et (F2)(F_2) pour le faisceau F\mathscr{F}, il existe un unique élément s′s' de F(U0)\mathscr{F}(U_0) tel que pour tout triplet (U,V,t)(U,V, t) de S(U0,s0)S(U_0, s_0), on ait :

fUU0(s′)=fUu−1(V)(φV(t))(10) f_{UU_0}(s') =f_{U\overset{-1}{u}(V)}(\varphi_V(t)) \tag{10}

Notons ψU0(s0)\psi_{U_0}(s_0) cet élément.

Soit U1U_1 un ouvert contenu dans U0U_0 et soit s1=s0∣U1s_1=s_0|U_1. Si (U,V,t)∈(U,V, t)\in S(U1,s1)S(U_1, s_1), U est un ouvert contenu dans U0U_0 et t∘u∣U=s1∣U=s0∣Ut\circ u|U =s_1|U =s_0|U, donc (U,v,t)∈S(U0,s0)(U, v, t)\in S(U_0, s_0) et la relation (10) entraîne alors que

fUU1(fU1U0(ψU0(s0)))=fUU0(ψU0(s0))=fUu−1(V)(φV(t)) f_{UU_1}(f_{U_1U_0}(\psi_{U_0}(s_0))) =f_{UU_0}(\psi_{U_0}(s_0)) =f_{U\overset{-1}{u}(V)}(\varphi_V(t))

Par définition de ψU1(s1)\psi_{U_1}(s_1), on a donc ψU1(s1)=fU1U0(ψU0(s0))\psi_{U_1}(s_1) =f_{U_1U_0}(\psi_{U_0}(s_0)). Cela prouve que la famille ψ=(ψU)\psi = (\psi_U) est un morphisme de faisceaux de u∗(G)u^*(\mathscr{G}) dans F\mathscr{F}.

Démontrons que ψ\psi satisfait à la relation (6). Soient ainsi V un ouvert de B et tt une section de EGE_{\mathscr{G}} au-dessus de V. Si U = u−1(V)\overset{-1}{u}(V) et si s=t∘u∣Us=t\circ u|U, le triplet (U,V,t)(U,V, t) appartient à S(U,s)S(U, s) et la relation (6) est conséquence immédiate de la relation (10), appliquée à U=U0U = U_0.

Proposition 5 01OK

Soient A et B des espaces topologiques et soit u:A→Bu: A\rightarrow B une application continue.

a) Soient G1\mathscr{G}_1 et G2\mathscr{G}_2 des préfaisceaux sur B et soit γ:G1→G2\gamma :\mathscr{G}_1\rightarrow \mathscr{G}_2 un morphisme de préfaisceaux. Soient encore F\mathscr{F} un faisceau sur A et φ:G2→u∗F\varphi :\mathscr{G}_2\rightarrow u_*\mathscr{F} un morphisme de préfaisceaux. On a l’égalité

(φ∘γ)♯=φ♯∘u∗(γ)(11) (\varphi \circ \gamma )^{\sharp}=\varphi^{\sharp}\circ u^*(\gamma ) \tag{11}

b) Soient F1,F2\mathscr{F}_1,\mathscr{F}_2 des faisceaux sur A et soit G\mathscr{G} un préfaisceau sur B. Soit φ:F1→F2\varphi :\mathscr{F}_1\rightarrow \mathscr{F}_2 un morphisme de faisceaux et soit γ:G→\gamma :\mathscr{G}\rightarrow u∗F1u_*\mathscr{F}_1 un morphisme de préfaisceaux. On a la relation

(u∗(φ)∘γ)♯=φ∘γ♯ (u_*(\varphi )\circ \gamma )^{\sharp}=\varphi \circ \gamma^{\sharp}

a) Par définition de φ♯\varphi^{\sharp} et la remarque 2 de I, p. 60, on a

φ∘γ=u∗(φ♯)∘βG2∘γ=u∗(φ♯)∘u∗u∗(γ)∘βG1 \varphi \circ \gamma =u_*(\varphi^{\sharp})\circ \beta_{\mathscr{G}_2}\circ \gamma =u_*(\varphi^{\sharp})\circ u_*u^*(\gamma )\circ \beta_{\mathscr{G}_1}

Par suite, φ∘γ=u∗(φ♯∘u∗(γ))∘βG1\varphi \circ \gamma =u_*(\varphi^{\sharp}\circ u^*(\gamma ))\circ \beta_{\mathscr{G}_1}, d’où la relation (11).

b) Par définition de γ♯\gamma^{\sharp}, on a

u∗(φ)∘γ=u∗(φ)∘u∗(γ♯)∘βG=u∗(φ∘γ♯)∘βG u_*(\varphi )\circ \gamma =u_*(\varphi )\circ u_*(\gamma^{\sharp})\circ \beta_{\mathscr{G}}=u_*(\varphi \circ \gamma^{\sharp})\circ \beta_{\mathscr{G}}

d’où la relation annoncée, compte tenu de la définition de (u∗(φ)∘γ)♯(u_*(\varphi )\circ \gamma )^{\sharp}.

Posons αF\alpha_{\mathscr{F}} = Idu∗(F)♯^{\sharp}_{u_*(\mathscr{F})}; c’est l’unique morphisme de faisceaux ρ:u∗(u∗(F))→F\rho :u^*(u_*(\mathscr{F}))\rightarrow \mathscr{F} tel que

Idu∗(F)=u∗(ρ)∘βu∗(F)_{u_*(\mathscr{F})}=u_*(\rho )\circ \beta_{u_*(\mathscr{F})}.

La relation (11) appliquée à G2=u∗(F)\mathscr{G}_2=u_*(\mathscr{F}) et au morphisme φ=\varphi = Idu∗(F)_{u_*(\mathscr{F})} fournit pour tout morphisme de préfaisceaux de γ:G→u∗(F)\gamma :\mathscr{G}\rightarrow u_*(\mathscr{F}) la factorisation

γ♯=αF∘u∗(γ) \gamma^{\sharp}=\alpha_{\mathscr{F}}\circ u^*(\gamma )

Il résulte alors de la proposition 4 que pour tout morphisme de faisceaux ψ\psi de u∗(G)u^*(\mathscr{G}) dans F,ψ♭\mathscr{F},\psi^{\flat} est l’unique morphisme φ:G→u∗(F)\varphi :\mathscr{G}\rightarrow u_*(\mathscr{F}) tel que ψ=αF∘u∗(φ)\psi =\alpha_{\mathscr{F}}\circ u^*(\varphi ).

Exemple 1 01OL

Considérons un espace topologique B, un sous-espace A de B, notons i:A→Bi: A\rightarrow B l’injection canonique. Soient (E,p)(E, p) et (E′,p′)(E', p') des B-espaces. Prenons pour G\mathscr{G} le faisceau M\mathscr{M}orB(E;E′)_B(E; E') (I, p. 45, exemple 4) et pour F\mathscr{F} le faisceau M\mathscr{M}orA(EA;EA′)_A(E_A; E'_A). Pour tout ouvert V de B et tout V-morphisme f:EV→EV′f: E_V\rightarrow E'_V, posons φV(f)=fV∩A\varphi_V(f) =f_{V\cap A}, où fV∩Af_{V\cap A} est le (V∩A)(V\cap A)-morphisme de EV∩AE_{V\cap A} dans EV∩A′E'_{V\cap A} induit par ff. La famille φ=(φV)\varphi = (\varphi_V) ainsi définie est un morphisme de faisceaux de G\mathscr{G} dans i∗Fi_*\mathscr{F}. D’après la proposition 4, il existe un unique morphisme de faisceaux ψ:M\psi :\mathscr{M}orB(E;E′)A→M_B(E; E')_A\rightarrow \mathscr{M}orA(EA;EA′)_A(E_A; E'_A) tel que l’on ait

ψV∩A(σG(V,f)∣V∩A)=fV∩A(12) \psi_{V\cap A}(\sigma_{\mathscr{G}}(V, f)|V\cap A) =f_{V\cap A} \tag{12}

pour tout ouvert V de B et tout f∈CV(EV;EV′)f\in \mathscr{C}_V(E_V; E'_V). Le morphisme ψ\psi est appelé morphisme canonique de M\mathscr{M}orB(E;E′)A_B(E; E')_A dans M\mathscr{M}orA(EA;EA′)_A(E_A; E'_A).

Si A est réduit à un point aa, ce morphisme s’identifie au morphisme de la tige en aa du faisceau M\mathscr{M}orB(E;E′)_B(E; E') sur l’ensemble C(Ea;Ea′)\mathscr{C}(E_a; E'_a).

Par passage aux sous-faisceaux, le morphisme ψ\psi induit un morphisme canonique de I\mathscr{I}somB(E;E′)A_B(E; E')_A dans I\mathscr{I}somA(EA;EA′)_A(E_A; E'_A).

Exemple 2 01OM

Soient A, B, C des espaces topologiques et soient u:A→Bu: A\rightarrow B, v:B→Cv: B\rightarrow C des applications continues ; posons w=v∘uw=v\circ u. Soient E et E′E' des C-espaces. Le morphisme canonique de M\mathscr{M}orC(E;E′)A_C(E; E')_A dans M\mathscr{M}orA(EA;EA′)_A(E_A; E'_A) est le morphisme composé du morphisme M\mathscr{M}orC(E;E′)A→M_C(E; E')_A\rightarrow \mathscr{M}orB(EB;EB′)A_B(E_B; E'_B)_A déduit du morphisme canonique de M\mathscr{M}orC(E;E′)B_C(E; E')_B dans M\mathscr{M}orB(EB;EB′)_B(E_B; E'_B) et du morphisme canonique de M\mathscr{M}orB(EB,EB′)A_B(E_B,E'_B)_A dans M\mathscr{M}orA(EA,EA′)_A(E_A,E'_A).

9. Faisceaux mous

Définition 5 01ON

Soit p:E→Bp: E\rightarrow B une application étale. On dit que l’application pp est molle, ou que le B-espace étalé (E,p)(E, p) est mou si toute section continue de pp au-dessus d’un sous-espace fermé de B se prolonge en une section continue de pp au-dessus de B.

Soit F\mathscr{F} un faisceau sur B. On dit que F\mathscr{F} est un faisceau mou si l’espace étalé associé (I, p. 50, déf. 4) est mou.

Soit F\mathscr{F} un faisceau sur B. Le faisceau F\mathscr{F} est mou si et seulement si pour tout fermé Z de B, tout voisinage ouvert U de Z et tout s∈F(U)s\in \mathscr{F}(U), il existe t∈F(B)t\in \mathscr{F}(B) et un voisinage ouvert V de Z contenu dans U tel que s∣V=t∣Vs|V =t|V.

Si F\mathscr{F} est un faisceau mou, F(B)\mathscr{F}(B) est non vide : en effet, l’unique section de l’espace étalé EFE_{\mathscr{F}} associé à F\mathscr{F} au-dessus de ∅\emptyset se prolonge en une section continue de EFE_{\mathscr{F}} au-dessus de B.

Soit p:E→Bp: E\rightarrow B une application étale et soit A un sous-espace fermé de B. Si pp est molle, l’application pA:p−1(A)→Ap_A:\overset{-1}{p}(A)\rightarrow A est molle. De façon équivalente, si F\mathscr{F} est un faisceau mou sur B, le faisceau induit sur un sous-espace fermé A est mou.

Proposition 6 01OO

Soient B un espace topologique, F\mathscr{F} un faisceau sur B et (Ai)i∈I(A_i)_{i\in I} un recouvrement fermé localement fini de B. Pour que le faisceau F\mathscr{F} soit mou, il faut et il suffit que, pour tout i∈Ii\in I, le faisceau induit FAi\mathscr{F}_{A_i} soit mou.

La condition est évidemment nécessaire. Démontrons qu’elle est suffisante. Notons p:E→Bp: E\rightarrow B le B-espace étalé EFE_{\mathscr{F}} associé au faisceau F\mathscr{F}. Soient A un sous-espace fermé de B et s:A→Es: A\rightarrow E une section continue de pp au-dessus de A ; il s’agit de démontrer que ss possède un prolongement continu à B. Pour tout sous-ensemble J de I, posons AJ=⋃i∈JAiA_J=\bigcup_{i\in J}A_i; l’ensemble AJA_J est fermé dans B (TG, I, p. 6, prop. 4).

Soit S\mathscr{S} l’ensemble des couples (J,t)(J, t) où J est une partie de I et tt une section continue de E au-dessus de AJA_J qui coïncide avec ss dans A∩AJA\cap A_J. Munissons S\mathscr{S} de la relation d’ordre notée ⩽\leqslant pour laquelle (J,t)⩽(J′,t′)(J, t)\leqslant (J', t') si J⊂J′J\subset J' et t′∣AJ=tt'|A_J=t. Pour σ=(J,t)∈S\sigma = (J, t)\in \mathscr{S}, on note Jσ=JJ_{\sigma}= J et tσ=tt_{\sigma}=t. Démontrons que l’ensemble ordonné S\mathscr{S} est inductif. Soit S une partie totalement ordonnée de S\mathscr{S}. Posons J=⋃σ∈SJσJ =\bigcup_{\sigma\in S}J_{\sigma}; c’est une partie de I. On définit alors une section tt de E au-dessus de AJA_J en posant t(x)=tσ(x)t(x) =t_{\sigma}(x), si x∈AJσx\in A_{J_{\sigma}}; on a donc t∣A∩AJ=st|A\cap A_J=s. Soit j∈Jj\in J et soit σ∈S\sigma \in S tel que j∈Jσj\in J_{\sigma}; comme t∣Aj=tσ∣Ajt|A_j=t_{\sigma}|A_j, la restriction de tt à AjA_j est continue. Il résulte alors de TG, I, p. 19, prop. 4 que tt est continue. Ainsi, (J,t)(J, t) est un élément de S\mathscr{S}; par construction, c’est un majorant de S. Cela prouve que l’ensemble S\mathscr{S} est inductif. Il possède donc un élément maximal (J,t)(J, t) (E, III, p. 20, th. 2).

Raisonnons par l’absurde en supposant que J =I̸= I\not . Soit ii un élément de I-J. Posons A′=(Ai∩A)∪(Ai∩AJ)A'= (A_i\cap A)\cup (A_i\cap A_J) et définissons une section s′s' de E au-dessus de A′A' par :

′s(a)'s(a) pour a∈Ai∩Aa\in A_i\cap A,

s(a)= s(a) =

t(a)t(a) pour a∈Ai∩AJa\in A_i\cap A_J,

ce qui est possible puisque ss et tt coïncident dans A∩AJA\cap A_J. De plus, comme Ai∩AA_i\cap A et Ai∩AJA_i\cap A_J sont fermés, la section s′s' est continue (TG, I, p. 19, prop. 4). Par hypothèse, il existe une section continue si:Ai→Es_i: A_i\rightarrow E prolongeant s′s'. Comme les restrictions de sis_i et tt à AJ∩AiA_J\cap A_i sont égales, l’application t′:AJ∪{i}→Et': A_{J\cup \{i\}}\rightarrow E qui coïncide avec tt dans AJA_J et avec sis_i dans AiA_i est une section continue de pp au-dessus de AJ∪{i}A_{J\cup \{i\}}, prolongeant s∣A∩AJ∪{i}s|A\cap A_{J\cup \{i\}}. On a alors (J,t)<(J∪{i},t′)(J, t)<(J\cup \{i\}, t'), ce qui contredit l’hypothèse que (J,t)(J, t) est maximal.

Ainsi, J = I, donc AJ=BA_J= B et tt est une section continue de E au-dessus de B prolongeant ss.

Corollaire 1 01OP

Soient B un espace paracompact, F\mathscr{F} un faisceau sur B et (Ui)i∈I(U_i)_{i\in I} un recouvrement ouvert de B. Si, pour tout i∈Ii\in I, le faisceau induit F∣Ui\mathscr{F}|U_i est mou, alors le faisceau F\mathscr{F} est mou.

Il existe en effet un recouvrement fermé localement fini (Fj)j∈J(F_j)_{j\in J} plus fin que le recouvrement (Ui)i∈I(U_i)_{i\in I} (TG, IX, p. 49, prop. 4 et p. 48, cor. 1). Par suite, pour tout j∈Jj\in J, le faisceau F∣Fj\mathscr{F}|F_j est mou et la proposition implique que le faisceau F\mathscr{F} est mou.

Corollaire 2 01OQ

Soient B un espace paracompact, F\mathscr{F} un faisceau sur B et (Ai)i∈I(A_i)_{i\in I} un recouvrement fermé localement fini de B. Pour que le faisceau F\mathscr{F} soit mou, il faut et il suffit que la condition suivante soit satisfaite :

Pour tout i∈Ii\in I, toute partie fermée A de AiA_i, tout ensemble ouvert V de B contenant A et tout élément ss de F(V)\mathscr{F}(V), il existe un voisinage ouvert U de AiA_i dans B, un élément tt de F(U)\mathscr{F}(U) et un voisinage ouvert W de A dans B contenu dans U∩VU\cap V tels que t∣W=s∣Wt|W =s|W.

Supposons que le faisceau F\mathscr{F} soit mou et montrons que la condition est satisfaite. Soit i∈Ii\in I, soit A une partie fermée de AiA_i, soit V un ouvert de B contenant A et soit ss un élément de F(V)\mathscr{F}(V). Posons s0=σF(s)s_0=\sigma_{\mathscr{F}}(s). C’est une section continue au-dessus de V de l’espace étalé EFE_{\mathscr{F}}. Comme AiA_i est fermé, A est fermé dans B et s0∣As_0|A se prolonge en une section t0:B→EFt_0: B\rightarrow E_{\mathscr{F}}, par définition d’un faisceau mou. Les sections s0s_0 et t0∣Vt_0|V du V-espace étalé EF×BVE_{\mathscr{F}}\times_BV coïncident sur A, donc sur un voisinage W de A (I, p. 34, prop. 11, b)).

Réciproquement, supposons que la condition du corollaire soit satisfaite. D’après la proposition 6, il suffit de montrer que, pour tout i∈Ii\in I, le faisceau FAi\mathscr{F}_{A_i} est mou. Soit A une partie fermée de AiA_i et soit s0s_0 une section de l’espace étalé de F∣Ai\mathscr{F}|A_i au-dessus de A, c’est-à-dire une section continue au-dessus de A de l’espace étalé EFE_{\mathscr{F}}. Comme A est fermé dans B et que B est paracompact, s0s_0 se prolonge en une section ss au-dessus d’un voisinage V de A dans B (I, p. 37, th. 2). Par hypothèse, il existe un voisinage ouvert U de AiA_i dans B et une section tt de EFE_{\mathscr{F}} au-dessus de U qui coïncide avec ss sur un voisinage de A. La restriction de tt à AiA_i est une section de FAi\mathscr{F}_{A_i} qui prolonge s0s_0. Le faisceau FAi\mathscr{F}_{A_i} est donc mou. D’après la proposition 6, le faisceau F\mathscr{F} est mou.

10. Faisceaux de structures

Supposons données une espèce de structure Σ et une notion de σ\sigma-morphisme relative à cette espèce de structure.

Soit B un espace topologique.

On dit qu’un préfaisceau F\mathscr{F} sur B est à valeurs dans l’espèce de structure Σ si, pour tout ouvert U de B, l’ensemble F(U)\mathscr{F}(U) est muni d’une structure d’espèce Σ et si les applications de restrictions sont des σ\sigma-morphismes.

On dira qu’un tel préfaisceau est un faisceau à valeurs dans l’espèce de structure Σ si, de plus, c’est un faisceau d’ensembles.

Si F\mathscr{F} et G\mathscr{G} sont des préfaisceaux à valeurs dans l’espèce de structure Σ, on dit qu’un morphisme φ\varphi est un morphisme de préfaisceaux à valeurs dans Σ si, pour tout ouvert U, l’application φ(U)\varphi (U) est un σ\sigma-morphisme.

On parlera ainsi, par exemple, de faisceaux de groupes, de groupes abéliens, de kk-modules (pour un anneau kk fixé), d’anneaux, de kk-algèbres (pour un anneau commutatif kk fixé).

Le faisceau sur B des applications à valeurs dans un groupe (resp. un groupe abélien, resp. un kk-module, resp. un anneau, resp. une kk-algèbre) est naturellement muni d’une structure de faisceau de groupes (resp. de groupes abéliens, resp. de kk-modules, resp. d’anneaux, resp. de kk-algèbres). Si X est une variété différentielle de classe CrC^r sur R\mathbf{R} le faisceau Cr(X;R)\mathscr{C}^r(X;\mathbf{R}) des fonctions numériques de classe CrC^r est un faisceau de R\mathbf{R}-algèbres, et le faisceau sur X des sections de classe CrC^r d’un fibré vectoriel E sur X est un faisceau de R\mathbf{R}-espaces vectoriels ; un opérateur différentiel définit un morphisme de faisceaux de R\mathbf{R}-espaces vectoriels.

Pour ces espèces de structure Σ, il résulte de la construction que nous avons donnée que le faisceau F~\widetilde{F} associé à un préfaisceau F\mathscr{F} à valeurs dans l’espèce de structure Σ (des groupes, des groupes abéliens, des kk-modules, des anneaux, des kk-algèbres) est un faisceau à valeurs dans cette espèce de structure, et que le morphisme canonique jF:F→F~j_{\mathscr{F}}:\mathscr{F}\rightarrow \widetilde{\mathscr{F}} est un morphisme de préfaisceaux à valeurs dans l’espèce de structure Σ.

Par exemple, le faisceau sur B des applications à valeurs dans un groupe est naturellement muni d’une structure de faisceau de groupes.

Soient A et B des espaces topologiques et soit u:A→Bu: A\rightarrow B une application continue. Si F\mathscr{F} est un (pré)faisceau sur A à valeurs dans l’espèce de structure Σ, il en est de même du (pré)faisceau u∗(F)u_*(\mathscr{F}) image directe du (pré)faisceau F\mathscr{F} par uu.

Supposons de plus que l’espèce de structure Σ soit celle des groupes, des groupes abéliens, des kk-modules, des anneaux ou des kk-algèbres. Si G\mathscr{G} est un (pré)faisceau sur B à valeurs dans l’espèce de structure Σ, alors le faisceau u∗Gu^*\mathscr{G} sur A, image réciproque du préfaisceau G\mathscr{G} par l’application uu, est muni d’une structure de faisceau à valeurs dans Σ. Dans ce cas, les morphismes d’adjonction α\alpha et β\beta sont des morphismes de préfaisceaux à valeurs dans l’espèce de structure Σ. En particulier, si φ:G→u∗F\varphi :\mathscr{G}\rightarrow u_*\mathscr{F} est un morphisme de préfaisceaux à valeurs dans Σ, il en est de même du morphisme φ♯\varphi^{\sharp}; si ψ:u∗(G)→F\psi :u^*(\mathscr{G})\rightarrow \mathscr{F} est un morphisme de préfaisceaux à valeurs dans Σ, il en est de même du morphisme ψ♭\psi^{\flat}.

Exercices

See the exercises for § 3.

Transcribed from the printed volume. Not translated.