§ 3. Faisceaux
1. Faisceaux d’ensembles
Soit B un espace topologique.
Définition 1 01NS
Un préfaisceau sur B, relatif à une base de la topologie de B, est un système projectif d’ensembles, relatif à l’ensemble d’indices ordonné par la relation d’inclusion.
Autrement dit (E, III, p. 52), un préfaisceau sur B relatif à est un couple , que l’on note aussi , où est une famille d’ensembles ayant pour ensemble d’indices et où pour chaque couple d’éléments de tel que est une application de dans , ces applications vérifiant les conditions suivantes :
(PF) Les relations entraînent ;
(PF) Pour tout ouvert U est l’application identique de
Un préfaisceau sur B relatif à l’ensemble des parties ouvertes de B est simplement appelé préfaisceau sur B.
Soit un préfaisceau sur B, relatif à une base de la topologie de B. Soit U un élément de la base . Les éléments de s’appellent les sections de sur U. Si V est un élément de la base contenant U et un élément de , l’élément de s’appelle la restriction de à U. Si aucune ambiguïté n’est à craindre sur les applications , on notera la restriction de à U.
Soient une partie ouverte de B et une base de la topologie de telle que . On appelle préfaisceau sur , relatif à , déduit de par restriction, et on note , le système projectif déduit de par restriction à de l’ensemble d’indices (loc. cit.). Lorsque est un préfaisceau sur B et que est l’ensemble des parties ouvertes de , le préfaisceau est aussi noté et appelé préfaisceau déduit de par restriction à .
Définition 2 01NT
Soit un préfaisceau sur B. On dit que est un faisceau sur B si, pour toute partie ouverte U de B et toute famille de parties ouvertes de B, de réunion U, les propriétés suivantes sont satisfaites :
L’application est injective ;
Pour toute famille telle que
pour tout couple , il existe un élément
de tel que pour tout , on ait .
Remarque 01NU
Soit un préfaisceau sur B. Pour tout ouvert U de B, est une application de dans , donc n’est pas vide dès qu’il existe un ouvert U pour lequel n’est pas vide. Si est un faisceau, est un ensemble à un élément ; on le voit en appliquant et au recouvrement de l’ensemble vide par la famille vide ( ).
Soit un faisceau sur B et soit une partie ouverte de B ; le préfaisceau déduit de par restriction à est un faisceau, appelé le faisceau déduit de par restriction à .
2. Sous-faisceaux d’un faisceau
Soit B un espace topologique. Soit un préfaisceau sur B, relatif à une base de la topologie de B.
Supposons donné, pour tout ouvert , un sous-ensemble de . Si l’on a pour tout couple d’éléments de tel que , le couple , où est l’application déduite de , est un préfaisceau. Un tel préfaisceau s’appelle un sous-préfaisceau de . Comme les applications sont déterminées par la donnée du préfaisceau et de la famille , on dit aussi par abus de langage que la famille est un sous-préfaisceau de .
Supposons maintenant que soit un faisceau sur B et soit, pour toute partie ouverte U de B, un sous-ensemble de . Pour que soit un sous-préfaisceau de , et que ce préfaisceau soit un faisceau, il faut et il suffit que la condition suivante soit satisfaite :
(F) Soient une famille d’ouverts de B, U sa réunion, et un
élément de . Pour que appartienne à , il faut et il
suffit que pour tout dans I appartienne à .
En effet, si la condition (F) est réalisée, on a pour tout couple d’ouverts de B tels que et les propriétés et relatives au sous-préfaisceau résultent des propriétés analogues relatives au faisceau . La réciproque est immédiate.
Lorsque la condition (F) est satisfaite, on dit que est un sous-faisceau du faisceau .
3. Exemples de faisceaux
Soit B un espace topologique.
1) Faisceaux d’applications
Soit X un ensemble. Pour tout ouvert U de B, on note l’ensemble des applications de U dans X (E, II, p. 31). Pour tout couple d’ouverts de B tel que , soit l’application de restriction . Il est clair que le couple est un faisceau sur B. On l’appelle le faisceau sur B des applications à valeurs dans X, et on le note .
2) Faisceaux d’applications continues
Soit X un espace topologique. Pour tout ouvert U de B, soit l’ensemble des applications continues de U dans X. Alors, est un sous-faisceau du faisceau d’après la prop. 4 de TG, I, p. 19. Le faisceau ainsi obtenu est noté et appelé le faisceau sur B des applications continues à valeurs dans X. Dans le cas particulier où X est muni de la topologie discrète, le faisceau prend le nom de faisceau sur B des applications localement constantes à valeurs dans X.
3) Faisceaux de sections continues
Soit E un espace topologique et soit une application continue. Pour tout ouvert U de B, on note (ou lorsqu’il n’y a pas de confusion possible) l’ensemble des sections continues de au-dessus de U. La famille est un sous-faisceau du faisceau . Le faisceau ainsi obtenu est noté ou simplement et appelé le faisceau sur B des sections continues du B-espace . Nous verrons au n ci-dessous que tout faisceau sur B est isomorphe au faisceau sur B des sections continues d’un B-espace étalé.
4) Faisceaux de B-morphismes
Soient et des B-espaces. Pour tout ouvert U de E, on note l’ensemble des B-morphismes de dans . La famille est un sous-faisceau du faisceau . Le faisceau ainsi obtenu est noté et appelé le faisceau sur E des B-morphismes à valeurs dans . Lorsque est égal à , Id, ce faisceau est le faisceau de l’exemple 3.
Pour tout ouvert U de B, soit l’ensemble des U-morphismes
de dans . Pour tout couple d’ouverts de B tel que , soit l’application qui à un V-morphisme
associe le U-morphisme de dans déduit de par passage aux sous-ensembles. Alors est un faisceau sur B. On le note or et on l’appelle le faisceau sur B des B-morphismes de dans .
Pour tout ouvert U de B, soit s(U) le sous-ensemble de
constitué des U-isomorphismes de dans . La famille s(U)) est un sous-faisceau du faisceau or des morphismes de dans . Le faisceau ainsi obtenu est noté som et appelé faisceau sur B des B-isomorphismes de dans .
5) Faisceaux d’applications de classe
Soient X et Y des variétés de classe sur un corps K (les conventions sur K et étant celles de VAR, R). Pour tout ouvert U de X, soit l’ensemble des morphismes de classe de U dans Y. La famille est un sous-faisceau du faisceau . Le faisceau ainsi obtenu est noté et appelé le faisceau sur X des applications de classe à valeurs dans Y (cf. VAR, R, 5.4.2).
6) Faisceaux de sous-espaces
Si U et V sont des ouverts de B tels que , notons l’application qui, à une partie A de V, associe . Le couple est un faisceau, appelé faisceau des sous-espaces de B et noté . En effet, si l’on note X l’ensemble , l’application qui à toute partie A de U associe sa fonction caractéristique est une bijection de sur (E, III, p. 38) ; de plus, si U et V sont des ouverts tels que , pour toute partie A de V est la restriction à U de de sorte que s’identifie au faisceau sur B des applications à valeurs dans X.
Soit, pour tout ouvert U de B une partie de . Pour que soit un sous-faisceau de , il faut et il suffit que la condition suivante soit satisfaite :
Soient une famille d’ouverts de B, U sa réunion, et A un
sous-ensemble de U ; pour que A appartienne à , il faut et
il suffit que pour tout dans I, appartienne à .
Par exemple, si est l’ensemble des parties fermées de U, la condition est satisfaite.
7) Produits de faisceaux
Soit une base de la topologie de B et soit I un ensemble. Pour tout , soit un préfaisceau sur B relatif à la base . Pour tout ouvert , posons , et pour tout couple d’éléments de tel que , notons l’application . Alors est un préfaisceau sur B relatif à appelé le préfaisceau produit de la famille et noté . C’est un faisceau si pour tout est un faisceau.
4. Morphismes de préfaisceaux
Définition 3 01NV
Soient B un espace topologique, une base de la topologie de B et des préfaisceaux sur B relatifs à . On appelle morphisme de préfaisceaux de dans un système projectif d’applications de dans .
Autrement dit (E, III, p. 54), un morphisme de préfaisceaux de dans est une famille telle que :
(MPF) Pour tout ouvert U appartenant à est une application
de dans ;
(MPF) Pour tout couple d’ouverts appartenant à tels que
, on a .
Lorsque et sont des faisceaux, un morphisme de préfaisceaux de dans est aussi appelé un morphisme de faisceaux. Si et sont des préfaisceaux sur B relatifs à , les morphismes de préfaisceaux de dans constituent un ensemble noté Mor(). Au lieu de dire : « soit un morphisme de préfaisceaux de dans », on dira souvent « soit un morphisme de préfaisceaux ».
Soient des préfaisceaux sur B relatifs à et , des morphismes de préfaisceaux. La famille est un morphisme de préfaisceaux de dans que l’on note . La famille (Id) est un morphisme de préfaisceaux de dans lui-même que l’on note Id.
Pour qu’un morphisme de préfaisceaux soit un isomorphisme, il faut et il suffit que, pour tout ouvert U de soit une bijection de sur . Il est équivalent de dire qu’il existe un morphisme de préfaisceaux tel que Id et Id.
Soient et des préfaisceaux sur B, relatifs à une base de la topologie de B, soit une partie ouverte de B et soit une base de la topologie de telle que . Soit un morphisme de préfaisceaux de dans . Alors est un morphisme de préfaisceaux de dans , que l’on note . Lorsque est l’ensemble des parties ouvertes de B et l’ensemble des parties ouvertes de est un morphisme de préfaisceaux de dans et est aussi noté .
Exemple 1 01NW
Soit B un espace topologique, soient et des B-espaces et soit un B-morphisme. Pour tout ouvert U de B, on définit l’application par . La famille est un morphisme de préfaisceaux de dans . Si est un B-espace et un B-morphisme, on a .
Exemple 2 01NX
Soient B un espace topologique, une base de la topologie de B, un préfaisceau sur B relatif à et un sous-préfaisceau de . Pour tout ouvert , notons l’injection canonique de dans . Alors est un morphisme de préfaisceaux de dans . On dit que est le morphisme canonique de dans .
Exemple 3 01NY
Soient B un espace topologique, une base de la topologie de B et I un ensemble. Pour tout , soit un préfaisceau sur B relatif à . Notons le préfaisceau produit de la famille . Pour tout ouvert , on a ; pour tout , notons pr la projection d’indice . Il résulte immédiatement de la définition du préfaisceau que la famille pr = (pr) est un morphisme de préfaisceaux de dans . Le morphisme pr est appelé le morphisme de projection d’indice . Pour tout préfaisceau sur B relatif à et toute famille , où est un morphisme de préfaisceaux de dans , il existe un unique morphisme de préfaisceaux tel que pour tout , pr.
Exemple 4 01NZ
Soit X une variété différentielle de classe sur et soit le faisceau sur X des fonctions numériques de classe . Si P est un opérateur différentiel à coefficients sur X, la famille des restrictions de P aux ouverts de X est un morphisme du faisceau dans lui-même. On peut démontrer qu’inversement, tout morphisme -linéaire du faisceau dans lui-même est localement de cette forme (I, p. 142, exerc. 3).
5. Espace étalé associé à un préfaisceau
Soient B un espace topologique, une base de la topologie de B et un préfaisceau sur B relatif à la base . Soit L l’ensemble des couples avec U et . Notons l’espace somme de la famille . Ainsi est l’ensemble des triplets où . Soit la relation dans l’ensemble définie par si et seulement si « = et il existe W tel que , W et ». La relation est une relation d’équivalence dans elle est, par définition, réflexive et symétrique ; démontrons qu’elle est transitive. Soient et = des éléments de tels que l’on ait et . On a alors = et il existe deux éléments et de contenant tels que . Soit W un élément de contenant et contenu dans . On a alors ,
et, de même, . Par conséquent, on a et la relation est transitive.
Notons l’ensemble quotient et l’image canonique dans d’un élément de . Pour et , notons l’application . Munissons l’ensemble de la topologie quotient, c’est-à-dire de la topologie la plus fine rendant continues les applications pour et . L’application pr définit par passage au quotient une application continue : on a .
Proposition 1 01O0
L’application B est étale. Pour tout ouvert et tout , l’application est donc une section continue de au-dessus de U.
Soient et des éléments de L. Par définition de la relation , l’ensemble des points de en lesquels et coïncident est l’intérieur dans B, de l’ensemble des tels que . Il en résulte que . On note alors l’application Id. L’ensemble est obtenu par recollement des ouverts U le long des au moyen des bijections (TG, I, p. 16). D’après la prop. 9 de TG, I, p. 17, l’application induit un homéomorphisme de U sur une partie ouverte de . Cela prouve que l’application est étale (I, p. 33, prop 9).
Pour tout ouvert et tout , on a pour tout . La seconde assertion découle donc de la définition de .
Définition 4 01O1
Le B-espace étalé défini ci-dessus est appelé le B-espace étalé associé au préfaisceau . Pour , la fibre de en est appelée la tige du préfaisceau en et est notée . Pour tout ouvert , toute section de sur U et tout point de U, l’élément de est appelé le germe en de la section .
Soit un point de B. L’ensemble des ouverts contenant et ordonné par la relation est filtrant. On déduit de , par restriction à de l’ensemble d’indices, un système inductif . Par définition (E, III, p. 60), la limite inductive de ce système est le quotient de l’ensemble des couples tels que et par la relation d’équivalence R définie par si et seulement s’il existe W contenant et contenu dans et tel que . Cette limite s’identifie donc à la tige de en , par définition des limites inductives.
Soit un préfaisceau sur B relatif à la base et soit un morphisme de préfaisceaux de dans . L’application de dans est compatible avec les relations d’équivalence et , par définition d’un morphisme de préfaisceaux. Notons l’application qui s’en déduit par passage aux quotients. Pour tout et tout , on a
par suite, l’application est continue. L’application est un B-morphisme ; on dit que c’est le B-morphisme de dans associé au morphisme de préfaisceaux . Pour tout , définit par restrictions aux fibres en une application de la tige de dans la tige de ; on la note . C’est aussi la limite inductive des applications (E, III, p. 63), où U parcourt l’ensemble des ouverts appartenant à la base et qui contiennent .
On a E(Id) Id.
Soit un préfaisceau sur B relatif à et soit un morphisme de préfaisceaux de dans . Pour , on a
Par suite, on a . En particulier, si est un point de B, .
Si est un isomorphisme, Il en est de même de .
Remarque 01O2
Soit un faisceau sur B relatif à la base . Soit une partie ouverte de B, soit une base de la topologie de telle que . Soit le préfaisceau sur relatif à la base déduit de par restriction.
1) L’ensemble est alors un sous-ensemble de et la relation d’équivalence induit dans la relation d’équivalence . On en déduit une injection canonique de dans . Son image est car pour tout élément de , il existe un élément V de tel que et , et l’on a . L’application est continue car la topologie de est la plus fine rendant continues les applications définies par , pour et . D’après le corollaire 2 de I, p. 30 de la proposition 6, l’injection canonique de dans induit un -isomorphisme de sur .
En particulier, lorsque est égal à B est un B-isomorphisme d’espaces étalés.
2) Soit un préfaisceau sur B relatif à la base et soit un morphisme de préfaisceaux. La famille est un morphisme de préfaisceaux de dans . Le diagramme
, où et sont les injections canoniques, est commutatif.
Exemple 1 01O3
Soient B un espace topologique, une base de la topologie de B et F un ensemble. Prenons pour le préfaisceau sur B relatif à défini par pour tout et = Id pour tout couple d’éléments de tel que . L’application est un B-isomorphisme du B-espace sur le B-espace où F est muni de la topologie discrète. On notera que lorsque est l’ensemble des parties ouvertes de B, le préfaisceau sur B n’est un faisceau que si l’ensemble F est réduit à un point (cf. I, p. 43, remarque).
Exemple 2 01O4
Soient B un espace topologique et un B-espace. Prenons pour le faisceau sur B des sections continues de . L’application de dans E est compatible avec la relation d’équivalence . L’application que l’on en déduit par passage au quotient est un B-morphisme ; le B-morphisme est dit canonique. L’image de est la réunion des images des sections continues de au-dessus des ouverts de B. L’application est donc surjective si est étale (I, p. 33, prop. 9). D’autre part, l’application est injective si et seulement si pour tout ouvert U de B et tout couple de sections continues de sur U, l’ensemble des points tels que est ouvert ; c’est en particulier le cas si est étale (I, p. 34, prop. 11, b)). Par conséquent, si est un B-espace étalé, l’application est un B-isomorphisme.
Exemple 3 01O5
Soient B un espace topologique, une base de la topologie de B un préfaisceau sur B relatif à et un sous-préfaisceau de . Alors, l’ensemble est contenu dans l’ensemble et la relation d’équivalence induit dans la relation d’équivalence . Le B-morphisme associé au morphisme canonique I, p. 48, exemple 2) est donc injectif. Comme et sont des B-espaces étalés, l’application est ouverte et même étale (I, p. 30, cor. 1), donc induit un homéomorphisme de sur une partie ouverte de .
6. Faisceau associé à un préfaisceau
Conservons les notations du n. On appelle faisceau associé au préfaisceau , et on note le faisceau des sections continues du B-espace étalé associé au préfaisceau . Pour tout ensemble ouvert , notons l’application qui, à , associe la section continue de au-dessus de U. Par définition de la relation d’équivalence , la famille est un morphisme de préfaisceaux de dans le préfaisceau . Le morphisme est appelé morphisme canonique de dans .
Notons le B-morphisme composé du B-isomorphisme canonique , p. 51) et du B-morphisme . Noton d’autre part le B-isomorphisme canonique (I, p. 52, exemple 2).
Proposition 2 01O6
L’application est le B-isomorphisme réciproque de .
Pour et , on a par définition de
d’où . Cela prouve la proposition.
Corollaire 01O7
Pour tout , l’application est bijective.
Puisque est un B-isomorphisme, il en est de même de , et s’en déduit par passage aux fibres en .
Soient un préfaisceau sur B relatif à et un morphisme de préfaisceaux. On note le morphisme de faisceaux I, p. 48, exemple 1), où est le B-morphisme associé à . Pour tout ouvert et tout , on a, par définition,
On a donc :
(1) , pour tout . Autrement dit :
Proposition 3 01O8
Soit B un espace topologique, soit une base de la topologie de B, soit un préfaisceau sur B relatif à , soit le faisceau associé et soit le morphisme canonique. Étant donnés un faisceau sur B et un morphisme de préfaisceaux , il existe un unique morphisme de faisceaux tel que .
Lemme 01O9
Soient U une partie ouverte de B et une section continue de au-dessus de U. Pour tout point de U, il existe un ouvert tel que et et un élément de tel que .
Soit . Par définition de l’espace , il existe un ouvert tel que et un élément de tel que . Alors et induisent par restriction deux sections continues de au-dessus de qui sont égales au point . D’après la prop. 11, b) de I, p. 34, il existe un voisinage ouvert V de , contenu dans , appartenant à , tel que et soient égales en tout point de V. Si l’on pose , on a bien .
Démontrons la proposition. Pour tout ouvert U de B et toute section , notons l’ensemble des couples tels que et . Il résulte du lemme que ces ouverts V forment un recouvrement de U.
S’il existe un morphisme tel que , alors, pour tout ouvert U de B, toute section et tout couple , on a . Cela prouve l’unicité de en vertu de la propriété des faisceaux.
Soient U un ouvert de B et un élément de . Soient et des éléments de . On a pour tout point . Il existe donc un couple tel que et . On a alors
et de même,
d’où
D’après la propriété des faisceaux, on a donc
D’après les propriétés et des faisceaux, il existe un unique élément tel que l’on ait :
(3) pour tout .
Soit l’application ainsi définie. Il résulte immédiatement de (3) que la famille est un morphisme de faisceaux et que l’on a pour tout .
Corollaire 1 01OA
Soient B un espace topologique, un préfaisceau sur B le faisceau associé et le morphisme canonique. Pour que soit un faisceau, il faut et il suffit que soit un isomorphisme.
Si est un isomorphisme, est un faisceau. Inversement, si est un faisceau, il existe par la proposition 3 un morphisme tel que Id. Puisque Id est l’unique morphisme tel que , on a alors Id.
Remarque 01OB
Soient B un espace topologique, un préfaisceau sur B, un faisceau sur B et un morphisme de préfaisceaux. Le morphisme canonique est un isomorphisme d’après le corollaire 1. D’après la relation (2) de I, p. 54, l’unique morphisme tel que est donc .
Corollaire 2 01OC
Soient B un espace topologique, et des faisceaux sur B et un morphisme de faisceaux de dans . Les assertions suivantes sont équivalentes :
(i) est un isomorphisme ;
(ii) Il existe une base de la topologie de B telle que pour tout , l’application soit bijective ;
(iii) Pour tout point de B, l’application est une bijection de la tige sur la tige .
L’implication (i)(ii) est immédiate.
(ii)(iii) : considérons le diagramme commutatif (I, p. 51)
où les flèches verticales sont les B-isomorphismes canoniques. Si la condition (ii) est satisfaite, est un B-isomorphisme, donc en est un également. Les applications se déduisent de par passage aux fibres et sont alors bijectives.
(iii)(i) : sous l’hypothèse (iii), l’application est un B-morphisme bijectif d’espaces étalés donc est un B-isomorphisme (I, p. 30, cor. 2 de la prop. 6). Par suite, le morphisme est un isomorphisme. Comme et sont des faisceaux, les morphismes canoniques et sont des isomorphismes (corollaire 1) et l’on a I, p. 54, relation (2)) donc est un isomorphisme.
Scholie 01OD
Soit B un espace topologique. À tout faisceau sur B, on associe un B-espace étalé (I, p. 50, déf. 4). À tout B-espace étalé T, on associe le faisceau sur B de ses sections continues (I, p. 45, exemple 3). On a défini un isomorphisme canonique de faisceaux (I, p. 55, cor. 1) et un isomorphisme canonique de B-espaces étalés (I, p. 52, exemple 2).
Pour tout couple de faisceaux sur B, on a défini (I, p. 50) une application de l’ensemble des morphismes de faisceaux de dans dans l’ensemble des B-morphismes de dans . On a les relations
E(Id) Id.
Pour tout couple de B-espaces étalés, on a défini (I, p. 48, exemple 1) une application de l’ensemble des B-morphismes de T dans U dans l’ensemble des morphismes de faisceaux de dans . On a les relations
(Id) Id.
Avec les notations précédentes, les diagrammes suivants sont commutatifs :
(4) (5)
, T .
Cela résulte de I, p. 54, formule (2) pour le premier et c’est une conséquence immédiate des définitions pour le second. Cela implique que pour tout couple de faisceaux sur B et tout couple de B-espaces étalés, les applications et considérées ci-dessus sont bijectives.
Ces résultats permettent de déduire un énoncé relatif aux B-espaces étalés d’un énoncé relatif aux faisceaux sur B, et réciproquement.
7. Image directe et image réciproque d’un faisceau
Soient A et B des espaces topologiques et une application continue.
Soit un préfaisceau sur A. On définit un préfaisceau sur B de la façon suivante : pour tout ouvert U de B, posons et pour tout couple d’ouverts de B tel que U , posons . Alors est un préfaisceau sur B. On le note et on l’appelle le préfaisceau image directe du préfaisceau par l’application .
Si est une famille d’ouverts de B, on a et (E, II, p. 25, prop. 3 et 4). Il en résulte aussitôt que, si jouit de la propriété (resp. ) des faisceaux (I, p. 43), il en est de même de . Par suite, l’image directe d’un faisceau est un faisceau.
Soient et des préfaisceaux sur A et soit un morphisme de préfaisceaux. Il existe alors un unique morphisme de préfaisceaux tel que pour tout ouvert U de B, l’application soit l’application . Si est un préfaisceau sur A et si est un morphisme de préfaisceaux, on a .
Soit C un espace topologique et soit C une application continue. Si est un préfaisceau sur A, les préfaisceaux et coïncident. Si est un morphisme de préfaisceaux sur A, on a l’égalité .
Exemple 1 01OE
Soient B un espace topologique, A un sous-espace de B et un préfaisceau sur A. Notons l’injection canonique. On a alors où pour tout ouvert U de B, et pour tout couple d’ouverts de B avec .
Soit maintenant un préfaisceau sur B. On appelle image réciproque du préfaisceau par , et l’on note le faisceau sur A des B-morphismes à valeurs dans le B-espace I, p. 45, exemple 4). Il est canoniquement isomorphe au faisceau sur A des sections du A-espace étalé (I, p. 9, prop. 3). On en déduit (I, p. 52, exemple 2) un isomorphisme canonique de l’espace étalé associé à sur le A-espace . Si de plus est un faisceau, on a pour tout point de A une bijection canonique pour tout voisinage ouvert U de dans A et tout B-morphisme , on a
Soient et des préfaisceaux sur B et un morphisme de préfaisceaux. On déduit par changement de base du morphisme de B-espaces étalés un morphisme de A-espaces étalés , d’où un morphisme de faisceaux sur A. Soient un préfaisceau sur B et un morphisme de préfaisceaux. On a alors l’égalité .
Soit C un espace topologique et soit C une application continue. Si est un préfaisceau sur C, les faisceaux et s’identifient canoniquement (I, p. 5). Si est un morphisme de préfaisceaux sur C, on a de plus .
Remarque 01OF
Le morphisme canonique de I, p. 53 correspond en termes d’espaces étalés à l’isomorphisme de la proposition 2 de I, p. 53. Il en résulte que est un isomorphisme. En particulier si A = B et Id, le préfaisceau est le faisceau .
Exemple 2 01OG
Soient B un espace topologique et A un sous-espace de B. Notons l’injection canonique. Pour tout faisceau sur B, on note le faisceau et on dit que est le faisceau sur A induit par le faisceau . Le faisceau s’identifie au faisceau des sections du A-espace étalé induit par au-dessus de A.
Supposons que A soit un sous-espace ouvert de B et soit un faisceau sur B. Par définition, le faisceau est le faisceau déduit de par restriction à l’ouvert A (I, p. 43). Soit l’isomorphisme canonique (I, p. 55, cor. 1). Alors, est un isomorphisme, dit canonique, du faisceau sur le faisceau que l’on appelle l’isomorphisme canonique de sur .
8. Les homomorphismes ; adjonction
Soient A et B des espaces topologiques et soit une application continue. Soit un préfaisceau sur B. Par définition de l’image directe de préfaisceaux, une section du faisceau au-dessus d’un ouvert U de B est une section du faisceau au-dessus de l’ouvert de A, c’est-à-dire un B-morphisme . On définit ainsi un morphisme de faisceaux en associant à la section de au-dessus d’un ouvert U de B la section de au-dessus de . La composition de ce morphisme et du morphisme canonique (I, p. 53) est un morphisme de préfaisceaux que l’on notera , voire s’il n’y a pas d’ambiguïté sur l’application .
Remarque 1 01OH
Soient A, B, C des espaces topologiques, soient des applications continues ; posons . Soit un préfaisceau sur C.
Soient U un ouvert de C et une section de au-dessus de U. Alors, est la section de au-dessus de , et est la section de au-dessus de .
Il en résulte l’égalité .
Remarque 2 01OI
Si est un morphisme de préfaisceaux sur B, les morphismes de préfaisceaux et sont égaux. En effet, si V est un ouvert de B et est la section de au-dessus de , définie par . L’image de par est ainsi la section de au-dessus de donnée par . Il en résulte bien que .
Proposition 4 01OJ
Soient A et B des espaces topologiques, une application continue, un préfaisceau sur B un faisceau sur A.
Pour tout morphisme de préfaisceaux , il existe un unique morphisme de faisceaux tel que .
Autrement dit, l’application canonique
Mor() Mor()
est une bijection.
Avec les notations de la proposition 4, on notera parfois et .
Démontrons la proposition 4. D’après la remarque 2 appliquée au morphisme , le morphisme est égal à la composition
où est l’isomorphisme canonique de la remarque de I, p. 58. Soit l’unique morphisme de faisceaux tel que I, p. 54, prop. 3). Il suffit alors de montrer qu’il existe un unique morphisme de faisceaux tel que .
Nous puvons donc supposer que est un faisceau. Pour qu’un morphisme de faisceaux satisfasse à la conclusion de la proposition 4, il faut et il suffit que pour tout ouvert V de B et toute section de au-dessus de V, on ait
Soit un ouvert de A et un élément de , autrement dit un B-morphisme de dans . Soit l’ensemble des triplets où U est un ouvert de A contenu dans , V est un ouvert de B tel que et une section de au-dessus de V telle que l’on ait
Si et sont des ouverts de A avec , notons l’application de restriction . Pour tout , on a alors la relation
Par suite, si satisfait à (6), on a
Démontrons que, pour tout point de , il existe un triplet tel que . Soit en effet un point de . Il existe un voisinage ouvert V de B contenant et une section de l’espace étalé au-dessus de V telle que (I, p. 33, prop. 9). Soit . Les sections et du -espace étalé coïncident au point . D’après la proposition 11, b) de I, p. 34, l’ensemble des points où elles coïncident est un ouvert U de qui contient . Le triplet appartient alors à .
La formule (8) et la propriété des faisceaux (I, p. 43) entraînent alors l’unicité de .
Soient et des éléments de . D’après la relation (7), les restrictions à de et coïncident. D’après la prop. 11, b) de I, p. 34, il existe un ouvert W de B tel que et que . On a donc
d’où
D’après les propriétés et pour le faisceau , il existe un unique élément de tel que pour tout triplet de , on ait :
Notons cet élément.
Soit un ouvert contenu dans et soit . Si , U est un ouvert contenu dans et , donc et la relation (10) entraîne alors que
Par définition de , on a donc . Cela prouve que la famille est un morphisme de faisceaux de dans .
Démontrons que satisfait à la relation (6). Soient ainsi V un ouvert de B et une section de au-dessus de V. Si U = et si , le triplet appartient à et la relation (6) est conséquence immédiate de la relation (10), appliquée à .
Proposition 5 01OK
Soient A et B des espaces topologiques et soit une application continue.
a) Soient et des préfaisceaux sur B et soit un morphisme de préfaisceaux. Soient encore un faisceau sur A et un morphisme de préfaisceaux. On a l’égalité
b) Soient des faisceaux sur A et soit un préfaisceau sur B. Soit un morphisme de faisceaux et soit un morphisme de préfaisceaux. On a la relation
a) Par définition de et la remarque 2 de I, p. 60, on a
Par suite, , d’où la relation (11).
b) Par définition de , on a
d’où la relation annoncée, compte tenu de la définition de .
Posons = Id; c’est l’unique morphisme de faisceaux tel que
Id.
La relation (11) appliquée à et au morphisme Id fournit pour tout morphisme de préfaisceaux de la factorisation
Il résulte alors de la proposition 4 que pour tout morphisme de faisceaux de dans est l’unique morphisme tel que .
Exemple 1 01OL
Considérons un espace topologique B, un sous-espace A de B, notons l’injection canonique. Soient et des B-espaces. Prenons pour le faisceau or (I, p. 45, exemple 4) et pour le faisceau or. Pour tout ouvert V de B et tout V-morphisme , posons , où est le -morphisme de dans induit par . La famille ainsi définie est un morphisme de faisceaux de dans . D’après la proposition 4, il existe un unique morphisme de faisceaux oror tel que l’on ait
pour tout ouvert V de B et tout . Le morphisme est appelé morphisme canonique de or dans or.
Si A est réduit à un point , ce morphisme s’identifie au morphisme de la tige en du faisceau or sur l’ensemble .
Par passage aux sous-faisceaux, le morphisme induit un morphisme canonique de som dans som.
Exemple 2 01OM
Soient A, B, C des espaces topologiques et soient , des applications continues ; posons . Soient E et des C-espaces. Le morphisme canonique de or dans or est le morphisme composé du morphisme oror déduit du morphisme canonique de or dans or et du morphisme canonique de or dans or.
9. Faisceaux mous
Définition 5 01ON
Soit une application étale. On dit que l’application est molle, ou que le B-espace étalé est mou si toute section continue de au-dessus d’un sous-espace fermé de B se prolonge en une section continue de au-dessus de B.
Soit un faisceau sur B. On dit que est un faisceau mou si l’espace étalé associé (I, p. 50, déf. 4) est mou.
Soit un faisceau sur B. Le faisceau est mou si et seulement si pour tout fermé Z de B, tout voisinage ouvert U de Z et tout , il existe et un voisinage ouvert V de Z contenu dans U tel que .
Si est un faisceau mou, est non vide : en effet, l’unique section de l’espace étalé associé à au-dessus de se prolonge en une section continue de au-dessus de B.
Soit une application étale et soit A un sous-espace fermé de B. Si est molle, l’application est molle. De façon équivalente, si est un faisceau mou sur B, le faisceau induit sur un sous-espace fermé A est mou.
Proposition 6 01OO
Soient B un espace topologique, un faisceau sur B et un recouvrement fermé localement fini de B. Pour que le faisceau soit mou, il faut et il suffit que, pour tout , le faisceau induit soit mou.
La condition est évidemment nécessaire. Démontrons qu’elle est suffisante. Notons le B-espace étalé associé au faisceau . Soient A un sous-espace fermé de B et une section continue de au-dessus de A ; il s’agit de démontrer que possède un prolongement continu à B. Pour tout sous-ensemble J de I, posons ; l’ensemble est fermé dans B (TG, I, p. 6, prop. 4).
Soit l’ensemble des couples où J est une partie de I et une section continue de E au-dessus de qui coïncide avec dans . Munissons de la relation d’ordre notée pour laquelle si et . Pour , on note et . Démontrons que l’ensemble ordonné est inductif. Soit S une partie totalement ordonnée de . Posons ; c’est une partie de I. On définit alors une section de E au-dessus de en posant , si ; on a donc . Soit et soit tel que ; comme , la restriction de à est continue. Il résulte alors de TG, I, p. 19, prop. 4 que est continue. Ainsi, est un élément de ; par construction, c’est un majorant de S. Cela prouve que l’ensemble est inductif. Il possède donc un élément maximal (E, III, p. 20, th. 2).
Raisonnons par l’absurde en supposant que J . Soit un élément de I-J. Posons et définissons une section de E au-dessus de par :
pour ,
pour ,
ce qui est possible puisque et coïncident dans . De plus, comme et sont fermés, la section est continue (TG, I, p. 19, prop. 4). Par hypothèse, il existe une section continue prolongeant . Comme les restrictions de et à sont égales, l’application qui coïncide avec dans et avec dans est une section continue de au-dessus de , prolongeant . On a alors , ce qui contredit l’hypothèse que est maximal.
Ainsi, J = I, donc et est une section continue de E au-dessus de B prolongeant .
Corollaire 1 01OP
Soient B un espace paracompact, un faisceau sur B et un recouvrement ouvert de B. Si, pour tout , le faisceau induit est mou, alors le faisceau est mou.
Il existe en effet un recouvrement fermé localement fini plus fin que le recouvrement (TG, IX, p. 49, prop. 4 et p. 48, cor. 1). Par suite, pour tout , le faisceau est mou et la proposition implique que le faisceau est mou.
Corollaire 2 01OQ
Soient B un espace paracompact, un faisceau sur B et un recouvrement fermé localement fini de B. Pour que le faisceau soit mou, il faut et il suffit que la condition suivante soit satisfaite :
Pour tout , toute partie fermée A de , tout ensemble ouvert V de B contenant A et tout élément de , il existe un voisinage ouvert U de dans B, un élément de et un voisinage ouvert W de A dans B contenu dans tels que .
Supposons que le faisceau soit mou et montrons que la condition est satisfaite. Soit , soit A une partie fermée de , soit V un ouvert de B contenant A et soit un élément de . Posons . C’est une section continue au-dessus de V de l’espace étalé . Comme est fermé, A est fermé dans B et se prolonge en une section , par définition d’un faisceau mou. Les sections et du V-espace étalé coïncident sur A, donc sur un voisinage W de A (I, p. 34, prop. 11, b)).
Réciproquement, supposons que la condition du corollaire soit satisfaite. D’après la proposition 6, il suffit de montrer que, pour tout , le faisceau est mou. Soit A une partie fermée de et soit une section de l’espace étalé de au-dessus de A, c’est-à-dire une section continue au-dessus de A de l’espace étalé . Comme A est fermé dans B et que B est paracompact, se prolonge en une section au-dessus d’un voisinage V de A dans B (I, p. 37, th. 2). Par hypothèse, il existe un voisinage ouvert U de dans B et une section de au-dessus de U qui coïncide avec sur un voisinage de A. La restriction de à est une section de qui prolonge . Le faisceau est donc mou. D’après la proposition 6, le faisceau est mou.
10. Faisceaux de structures
Supposons données une espèce de structure Σ et une notion de -morphisme relative à cette espèce de structure.
Soit B un espace topologique.
On dit qu’un préfaisceau sur B est à valeurs dans l’espèce de structure Σ si, pour tout ouvert U de B, l’ensemble est muni d’une structure d’espèce Σ et si les applications de restrictions sont des -morphismes.
On dira qu’un tel préfaisceau est un faisceau à valeurs dans l’espèce de structure Σ si, de plus, c’est un faisceau d’ensembles.
Si et sont des préfaisceaux à valeurs dans l’espèce de structure Σ, on dit qu’un morphisme est un morphisme de préfaisceaux à valeurs dans Σ si, pour tout ouvert U, l’application est un -morphisme.
On parlera ainsi, par exemple, de faisceaux de groupes, de groupes abéliens, de -modules (pour un anneau fixé), d’anneaux, de -algèbres (pour un anneau commutatif fixé).
Le faisceau sur B des applications à valeurs dans un groupe (resp. un groupe abélien, resp. un -module, resp. un anneau, resp. une -algèbre) est naturellement muni d’une structure de faisceau de groupes (resp. de groupes abéliens, resp. de -modules, resp. d’anneaux, resp. de -algèbres). Si X est une variété différentielle de classe sur le faisceau des fonctions numériques de classe est un faisceau de -algèbres, et le faisceau sur X des sections de classe d’un fibré vectoriel E sur X est un faisceau de -espaces vectoriels ; un opérateur différentiel définit un morphisme de faisceaux de -espaces vectoriels.
Pour ces espèces de structure Σ, il résulte de la construction que nous avons donnée que le faisceau associé à un préfaisceau à valeurs dans l’espèce de structure Σ (des groupes, des groupes abéliens, des -modules, des anneaux, des -algèbres) est un faisceau à valeurs dans cette espèce de structure, et que le morphisme canonique est un morphisme de préfaisceaux à valeurs dans l’espèce de structure Σ.
Par exemple, le faisceau sur B des applications à valeurs dans un groupe est naturellement muni d’une structure de faisceau de groupes.
Soient A et B des espaces topologiques et soit une application continue. Si est un (pré)faisceau sur A à valeurs dans l’espèce de structure Σ, il en est de même du (pré)faisceau image directe du (pré)faisceau par .
Supposons de plus que l’espèce de structure Σ soit celle des groupes, des groupes abéliens, des -modules, des anneaux ou des -algèbres. Si est un (pré)faisceau sur B à valeurs dans l’espèce de structure Σ, alors le faisceau sur A, image réciproque du préfaisceau par l’application , est muni d’une structure de faisceau à valeurs dans Σ. Dans ce cas, les morphismes d’adjonction et sont des morphismes de préfaisceaux à valeurs dans l’espèce de structure Σ. En particulier, si est un morphisme de préfaisceaux à valeurs dans Σ, il en est de même du morphisme ; si est un morphisme de préfaisceaux à valeurs dans Σ, il en est de même du morphisme .
Exercices
See the exercises for § 3.