§ 4. Revêtements
1. Espaces fibrés localement triviaux
Soit B un espace topologique. Si F est un espace topologique, on appelle B-espace fibré trivial de fibre-type F le B-espace , pr.
Soit E un B-espace. S’il existe un espace topologique F et un B-isomorphisme , on dit que le B-espace E est un B-espace fibré trivialisable et que en est une trivialisation de fibre-type F.
Définition 1 01OR
Soit B un espace topologique. Soit E un B-espace et soit sa projection. On dit que E est un B-espace fibré localement trivial si tout point de B possède un voisinage V tel que soit un V-espace fibré trivialisable.
Au lieu de « B-espace fibré localement trivial », on dit également « espace fibré localement trivial de base B ». Si E est un B-espace fibré localement trivial, on dit parfois que est une fibration localement triviale, ou, par abus, que est une fibration localement triviale. On dit aussi qu’un B-espace est trivialisable au-dessus d’une partie A de B si le A-espace induit par au-dessus de A est un espace fibré trivialisable.
Soit E un B-espace fibré localement trivial ; notons sa projection.
L’ensemble des points de B tels que la fibre soit vide (resp. non vide) est ouvert. L’image de est donc une partie ouverte et fermée de B.
Soit F un espace topologique. Si toutes les fibres de E sont homéo-morphes à F, on dit que E est un B-espace fibré localement trivial de fibre-type F.
Remarque 1 01OS
Soit un B-espace fibré localement trivial et soit A une partie de B. Le A-espace déduit de E par passage aux sous-espaces est un espace fibré localement trivial. Si E est trivialisable, il en est de même de .
En effet, pour tout point de A, il existe un voisinage ouvert U de dans B, un espace topologique F et un U-isomorphisme . L’application induit un -isomorphisme de sur , ce qui prouve que est un A-espace fibré localement trivial.
Remarque 2 01OT
Soit un B-espace et soit une partition de E formée d’ouverts.
Si chacun des B-espaces est un espace fibré trivialisable, E est un B-espace fibré trivialisable. En effet, pour chaque , soit un espace topologique tel que les B-espaces et , pr soient isomorphes. Alors le B-espace est isomorphe à , pr, où F est l’espace topologique somme de la famille .
Supposons l’ensemble I fini. Si chacun des B-espaces est un B-espace fibré localement trivial, il en est de même du B-espace E. En effet, puisque l’ensemble I est fini, chaque point de B possède un voisinage U au-dessus duquel les B-espaces fibrés sont tous trivialisables. D’après ce qui précède, le U-espace est alors un espace fibré trivialisable.
2. Revêtements
Définition 2 01OU
On appelle revêtement un espace fibré localement trivial dont toutes les fibres sont discrètes.
Au lieu de dire qu’un B-espace E est un revêtement, on dit aussi que E est un revêtement de B.
Soit E un B-espace, notons sa projection ; soit A une partie de B. Si E est un revêtement de B, les fibres de sont discrètes, donc celles de aussi et le A-espace fibré localement trivial est un revêtement.
Proposition 1 01OV
Soient B et E des espaces topologiques et soit une application. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) L’application est continue et le B-espace est un revêtement trivialisable ;
(ii) Il existe une partition de E formée d’ensembles ouverts telle que, pour tout , l’application soit un homéomorphisme.
Supposons que la condition (i) soit vérifiée et soit une trivialisation du B-espace , de fibre-type F. Par suite, F est un espace topologique discret et, les ensembles , pour , forment une partition de E formée d’ensembles ouverts. Pour tout , l’application est un homéomorphisme, d’homéomorphisme réciproque l’application , d’où la condition (ii).
Inversement, supposons que la condition (ii) soit satisfaite. L’application est alors continue. Considérons l’application de E dans qui à associe le couple , où est l’unique élément de I telle que . Si I est muni de la topologie discrète, la condition (ii) signifie que cette application est un B-isomorphisme et le B-espace est un revêtement trivialisable.
Corollaire 1 01OW
Soient B et E des espaces topologiques et soit une application. Pour que E, muni de l’application , soit un revêtement de B, il faut et il suffit que, pour tout point de B, il existe un voisinage ouvert U de et une partition de formée d’ensembles ouverts de E telle que, pour tout , l’application induise un homéomorphisme de sur U.
Remarque 01OX
Soit B un espace topologique. Soit E un B-espace et soit sa projection. Si E est un revêtement de B, il résulte du corollaire 1 ci-dessus, que l’application est étale (I, p. 28, déf. 2) et séparée (I, p. 25, prop. 1, (iii)). Ces conditions ne suffisent cependant pas à assurer que E soit un revêtement. Considérons par exemple un ensemble ouvert U de B. L’injection canonique est étale et séparée. Pour que le B-espace soit un revêtement, il faut et il suffit que l’ensemble ouvert U soit aussi fermé.
Corollaire 2 01OY
Soit B un espace topologique, soit E un B-espace et soit sa projection. Supposons que soit étale et séparée et que l’espace B soit connexe. Pour que E soit un revêtement trivialisable de B, il faut et il suffit que, pour tout point de E, il existe une section continue de telle que .
C’est évidemment nécessaire. Inversement, pour toute section continue de , l’ensemble est ouvert et l’application induit un homéomorphisme de sur B (I, p. 30, cor. 3 de la prop. 6). En outre, lorsque parcourt l’ensemble des sections de , les ensembles sont deux à deux disjoints, car B est connexe (I, p. 34, cor. 1 de la prop. 11). Il résulte alors de la proposition 1 que si les ensembles recouvrent E, l’espace E est un revêtement trivialisable de B.
3. Produits et produits fibrés
Proposition 2 01OZ
Soient B et des espaces topologiques, soit un B-espace et soit un -espace. Supposons que E et soient des espaces fibrés localement triviaux ( resp. des revêtements). L’espace , muni de l’application , est alors un espace fibré localement trivial ( resp. un revêtement) de base . Si E et sont trivialisables, il en est de même de .
Supposons d’abord que le B-espace E et le -espace admettent des trivialisations ; l’application composée de l’homéomorphisme de sur et de l’homéomorphisme canonique de sur est une trivialisation du -espace , de fibre-type . Si F et sont des espaces discrets, l’espace est aussi discret.
Dans le cas général, pour tout point de , il existe un voisinage U de dans B et un voisinage de dans tels que le U-espace et le -espace soient trivialisables. Il résulte de ce qui précède que le -espace est trivialisable au-dessus de . C’est donc un espace fibré localement trivial de base . Ses fibres sont discrètes si E et sont des revêtements, d’où la proposition.
On remarquera que, si est une famille d’espaces fibrés localement triviaux, ou même de revêtements, l’espace produit muni de l’application n’est pas nécessairement un espace fibré localement trivial de base I, p. 145, exerc. 3).
Corollaire 1 01P0
Soient A un espace topologique, B, des A-espaces. Soient E et des espaces fibrés localement triviaux ( resp. des revêtements) de bases B et ; notons et leurs projections. Le -espace déduit de par passage aux sous-espaces est alors un espace fibré localement trivial ( resp. un revêtement). Il est trivialisable si E et le sont.
Puisque l’ensemble est l’image réciproque de par l’application , le corollaire résulte de la proposition 2 et de la remarque 1 (I, p. 68).
Corollaire 2 01P1
Soit
E
B
un carré cartésien. Si est un B-espace fibré localement trivial ( resp. un revêtement), alors est un espace fibré localement trivial ( resp. un revêtement) de base , trivialisable si l’est.
Cela résulte du corollaire 1, appliqué avec B = A et .
Corollaire 3 01P2
Soit B un espace topologique. Soient E et des B-espaces fibrés localement triviaux ( resp. des revêtements). Alors est un B-espace fibré localement trivial ( resp. un revêtement de B). Il est trivialisable si E et le sont.
Cela résulte du corollaire 1, appliqué au cas où A, B et sont égaux.
Proposition 3 01P3
Soit
E
B
un carré cartésien. Supposons qu’au voisinage de tout point de B, l’application possède une section continue. Alors, si est un -espace fibré localement trivial ( resp. un revêtement), le B-espace est un espace fibré localement trivial ( resp. un revêtement).
Il s’agit de démontrer que tout point de B possède un voisinage U tel que le U-espace induit par au-dessus de U soit un espace fibré localement trivial (resp. un revêtement). Prenons pour U un voisinage de au-dessus duquel il existe une section continue de . Notons et les injections canoniques. Comme le carré (1) est cartésien, il existe une unique application continue telle que et . Le carré
U
est ainsi commutatif et son composé avec le carré (1) est le carré cartésien
E
U .
D’après la proposition 7 de I, p. 15, le carré (2) est cartésien. Le corollaire 2 permet de conclure.
Remarque 01P4
Si dans la proposition 3, on affaiblit l’hypothèse sur l’application en la supposant seulement universellement stricte et surjective, et si est un revêtement, l’application est étale (I, p. 31, prop. 8) et séparée (I, p. 27, prop. 4) mais E n’est pas nécessairement un revêtement de B. On peut trouver par exemple un espace topologique B et un recouvrement fermé localement fini de B, un B-espace qui n’est pas un revêtement mais tel que, pour tout , le -espace induit soit un revêtement de I, p. 146, exerc. 5). Pour une condition suffisante, voir cependant le corollaire 4 de I, p. 77.
4. Degré d’un revêtement
Soit B un espace topologique, soit E un revêtement de B, notons sa projection. Notons C l’ensemble des cardinaux Card(), où parcourt B. L’application Card() est une application localement constante de B dans C. On dit que le revêtement E possède un degré si B n’est pas vide et si l’application Card() est constante. La valeur commune des cardinaux Card(), pour , est alors appelée le degré du revêtement E et est notée deg(E), voire [E: B] s’il ne peut y avoir d’ambiguïté sur l’application .
Si B n’est pas vide, le revêtement trivial de base B et de fibre-type F possède un degré qui est égal à Card(F).
Si B est connexe, la fonction Card() est constante. Par suite :
Proposition 4 01P5
Tout revêtement d’un espace connexe non vide possède un degré.
Soit G un espace topologique, soit un revêtement de G et soit un revêtement de F ; supposons que ces revêtements possèdent un degré. Si le G-espace est un revêtement, il possède alors un degré et l’on a deg(E) deg(F) deg(E), ce qu’on peut aussi écrire
En effet, si est un point de G, toutes les fibres de l’application
ont pour cardinal deg(E), et a pour cardinal deg(F). L’assertion résulte donc du principe des bergers (E, III, p. 41, prop. 9).
Soient B et des espaces topologiques, soit un revêtement de B et soit un revêtement de . Supposons que ces revêtements possèdent un degré ; alors, le revêtement de (I, p. 71, prop. 2) possède un degré et l’on a :
deg(E ) deg(E) deg(E).
En effet, pour tout couple , la fibre est le produit .
Soient B et des espaces topologiques, un revêtement de B, un revêtement de et soit
E
B
un carré cartésien. Si n’est pas vide et si le revêtement possède un degré, alors le revêtement possède un degré, égal à celui de E, d’après I, p. 10, cor. de la prop. 4.
5. Revêtements finis
On dit qu’un revêtement est localement fini si les cardinaux de toutes ses fibres sont finis. On dit qu’un revêtement est fini si l’ensemble des cardinaux de ses fibres est majoré par un cardinal fini.
Théorème 1 01P6
Soient E, B des espaces topologiques et une application. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) L’espace E, muni de l’application , est un revêtement localement fini de B ;
(ii) L’application est étale, propre et séparée ;
(iii) L’application est continue, ouverte et séparée, ses fibres sont finies et la fonction numérique Card() est semi-continue supérieurement sur B (TG, IV, p. 28).
Nous utiliserons dans la démonstration le lemme suivant :
Lemme 01P7
Soient X et Y des espaces topologiques. Pour qu’une application soit fermée, il faut et il suffit que pour tout point de Y et tout voisinage W de la fibre , il existe un voisinage V
de tel que W contienne .
Dans cet énoncé, on peut ne considérer que les voisinages W de qui sont ouverts. En notant F le complémentaire de W dans Y, on peut alors reformuler l’énoncé de la façon suivante : pour qu’une application soit fermée, il faut et il suffit que, pour toute partie fermée F de X, tout point de Y qui n’appartient pas à possède un voisinage V disjoint de . Or cette assertion résulte immédiatement de la définition d’une application fermée (TG, I, p. 30, déf. 1).
Démontrons maintenant le théorème 1. Chacune des trois conditions implique que l’application est continue, ouverte et séparée, et aussi que les fibres de sont finies. C’est clair sous les hypothèses (i) et (iii) ; sous l’hypothèse (ii), les fibres de sont discrètes (I, p. 29, remarque 2) et quasi-compactes (TG, I, p. 75, th. 1) donc finies (TG, I, p. 60, exemple 1).
(i)(ii) : il suffit de démontrer que est propre et, pour cela, que pour tout ouvert U au-dessus duquel le revêtement est trivialisable, l’application est propre (TG, I, p. 72, prop. 3). Comme les fibres de sont finies, cette dernière assertion résulte du corollaire 5 de TG, I, p. 77.
(ii)(iii) : soit un point de B et, pour tout , soit un voisinage ouvert de dans E tel que soit injectif. L’ensemble est un voisinage ouvert de . Comme l’application est fermée, il existe d’après le lemme ci-dessus un voisinage ouvert U de tel que . Pour tout , on a ; comme la restriction de à chaque est injective, il en résulte que Card() Card(), ce qui prouve la semi-continuité supérieure de l’application Card().
(iii)(i) : soit un point de B. Comme la fibre est finie et l’application séparée, on peut choisir, pour tout , un voisinage ouvert de de telle sorte que les soient deux à deux disjoints (I, p. 26, remarque 4). Comme l’application est ouverte et l’ensemble fini, l’ensemble est un voisinage ouvert de dans B. Soit U un voisinage ouvert de dans B, contenu dans et tel que pour tout , Card(E) Card(E). Pour tout , posons . Soit un point de U ; les ensembles , pour , sont non vides et deux à deux disjoints. Ces ensembles contiennent donc chacun un unique élément et forment une partition de . Cela démontre que, pour tout , l’application est injective et que l’on a . Comme l’application est ouverte, elle induit un homéomorphisme de sur U et par suite, est un revêtement de B (I, p. 70, cor. 1 de la prop. 1).
Remarque 01P8
Une application continue, séparée, ouverte, propre et à fibres finies n’est pas nécessairement un revêtement. C’est le cas de l’application de dans .
Corollaire 1 01P9
Soient E et B des espaces topologiques et soit une application propre et séparée. L’ensemble U des points de B tels que soit étale en tout point de la fibre est ouvert dans B. Le U-espace induit par au-dessus de U est un revêtement localement fini.
L’ensemble F des points de E en lesquels l’application n’est pas étale est fermé dans E (I, p. 29, remarque 1). Son image est fermée car l’application est propre ; le complémentaire U de est donc ouvert. L’application est séparée (I, p. 27, prop. 4) et propre (TG, I, p. 72, prop. 3). Par construction, l’application est étale ; elle satisfait donc à la condition (ii) du théorème 1.
Corollaire 2 01PA
Soit B un espace topologique séparé et soit E un B-espace. Supposons que E soit compact et que sa projection soit étale. Alors, E est un revêtement fini de B.
L’application est séparée (I, p. 26, remarque 2) et propre (TG, I, p. 76, cor. 2). D’après le corollaire 1, E est donc un revêtement localement fini de B. Comme E est compact, est une partie quasi-compacte de B; l’application de dans donnée par Card étant localement constante, elle est majorée (TG, IV, p. 30, corollaire).
Corollaire 3 01PB
Soit B un espace topologique, soient et des B-espaces et soit un B-morphisme. Supposons que soit un revêtement localement fini de B.
a) Si l’application est étale et séparée, le E-espace est un revêtement.
b) Si l’application est surjective et fait de l’espace un revêtement de E, alors E est un revêtement de B.
Sous l’hypothèse de a), les applications et sont étales et séparées, et l’application est propre (théorème 1). L’application est donc étale (I, p. 30, cor. 1 de la prop. 6), séparée (I, p. 25, prop. 2 b)) et propre (I, p. 28, prop. 5). D’après le théorème 1, est un revêtement de E.
Supposons maintenant que soit surjective et que soit un revêtement de E. Il est alors localement fini donc l’application est propre et surjective (th. 1). D’après I, p. 25, prop. 2, c), l’application est séparée, car et est séparée. L’application est étale (I, p. 29, prop. 6, d)), propre (TG, I, p. 73, prop. 5, b)) et ses fibres sont finies. D’après le th. 1, le B-espace est alors un revêtement de B.
Corollaire 4 01PC
Soit
E
B un carré cartésien. Supposons que soit un revêtement localement fini de et que l’application soit universellement stricte et surjective. Alors est un revêtement localement fini de B.
En effet, l’application est étale (I, p. 31, prop. 8), propre (I, p. 21, prop. 11) et séparée (I, p. 27, prop. 4).
Corollaire 5 01PD
Soit B un espace topologique connexe et soit un revêtement fini de B. L’espace E n’a qu’un nombre fini de composantes connexes et chacune d’entre elles est un revêtement de B.
Le résultat est vrai si B est vide ; on le suppose désormais non vide.
Si X est une partie ouverte et fermée de E, la restriction de à X est une application séparée (I, p. 25, prop. 2, a) et I, p. 26, remarque 1), étale et propre (TG, I, p. 74, corollaire 1) ; d’après le théorème 1, est un revêtement localement fini de B. Comme B est connexe, ce revêtement possède un degré fini. Si X est distinct de E, il existe un point tel que , d’où car B est connexe. On en déduit que toute suite décroissante d’ensembles ouverts et fermés dans E est stationnaire.
Soit ; il existe alors une plus petite partie ouverte et fermée X de E contenant (E, III, p. 51, prop. 6). Un tel ensemble X est connexe ; c’est donc la composante connexe de dans E. Cela montre que les composantes connexes de E sont ouvertes et fermées et que chacune d’entre elles est un revêtement de B. Comme B est connexe, chaque composante connexe de E rencontre chaque fibre de ; les composantes connexes de E sont donc en nombre fini.
Proposition 5 01PE
Soit B un espace topologique, soient E et des B-espaces et soit un B-morphisme. On suppose que E est un revêtement localement fini et que l’espace , muni de l’application , est un E-espace fibré localement trivial ( resp. un revêtement). Alors, est un B-espace fibré localement trivial ( resp. un revêtement).
Notons et les projections respectives des B-espaces E et . Soit un point de B. Il existe un voisinage ouvert U de dans B et une partition finie de formée d’ensembles ouverts de E telle que, pour tout , l’application induise un homéomorphisme de
sur U. Posons . Les ensembles sont ouverts dans ,
forment une partition de et l’application de dans U déduite de par passage aux sous-espaces fait de un U-espace fibré localement trivial. Il en résulte que l’espace , muni de l’application
, est un U-espace fibré localement trivial (I, p. 69, remarque 2). Si est un revêtement de E, les fibres de sont discrètes car leurs intersections avec chacun des ensembles ouverts le sont. Cela termine la démonstration.
Remarque 01PF
Si est un revêtement de B et si est un revêtement de E, l’application est étale (I, p. 29, prop. 6, a)) et séparée (I, p. 25, prop. 2, a)). Mais il peut arriver, voir l’exercice 5, b) de I, p. 146, que l’espace , muni de l’application , ne soit pas un revêtement de B. Voir cependant IV, p. 342, prop. 3.
6. Revêtements des espaces localement connexes
Soit B un espace topologique et soit E un B-espace. Supposons que sa projection soit une application étale et séparée.
Si l’espace B est localement connexe, l’espace E est localement connexe. Si l’espace E est localement connexe, la partie ouverte de B (cf. I, p. 29, remarque 2) est localement connexe.
L’image de toute section de est ouverte (I, p. 30, cor. 3) et fermée dans B (I, p. 27, prop. 3). Si B est connexe et non vide, c’est donc une composante connexe de E ; en général, c’est une réunion de composantes connexes de E.
Si B est localement connexe, la réunion des images des sections de est donc une partie ouverte et fermée de E (cf. TG, I, p. 85).
Supposons que E soit un revêtement trivialisable de B et soit une trivialisation. Si l’espace B est connexe, les ensembles , pour parcourant F, sont les composantes connexes de E (cf. prop. 1 de I, p. 69).
Proposition 6 01PG
Soit B un espace topologique et soit E un B-espace ; notons sa projection. Supposons que l’espace E soit localement connexe. Pour que E soit un revêtement de B, il faut et il suffit que tout point de B possède un voisinage ouvert U tel que l’application induise un homéomorphisme de toute composante connexe de sur U.
Soit un point de B. Si E est un revêtement de B, tout voisinage ouvert U de qui est connexe et au-dessus duquel le revêtement E est trivialisable remplit les conditions énoncées dans la proposition. Inversement, soit U un voisinage ouvert de remplissant ces conditions. L’ensemble est ouvert ; ses composantes connexes sont des parties ouvertes de E (TG, I, p. 85, prop. 11) et constituent une partition de . La proposition résulte donc du corollaire 1 (I, p. 70) de la proposition 1.
Corollaire 1 01PH
Soit B un espace topologique localement connexe, soit un revêtement de B et soit une partie ouverte et fermée de E. Le B-espace est un revêtement et est ouvert et fermé dans B.
Les espaces E et sont localement connexes. Pour toute partie ouverte U de B, l’ensemble est ouvert et fermé dans , donc est réunion de composantes connexes de . Les parties ouvertes U de B telles que induise un homéomorphisme de chaque composante connexe de sur U recouvrent B. D’après la proposition, fait de un revêtement de B. La deuxième assertion en résulte (cf. I, p. 68).
Corollaire 2 01PI
Soit B un espace topologique localement connexe, soient , des revêtements de B et soient des B-morphismes. Pour tout point de B, notons les applications déduites de et respectivement. L’ensemble des points de B tels que est ouvert et fermé dans B.
Soit X l’ensemble des points de tels que . C’est l’ensemble des points où coïncident les relèvements et de à E ; donc X est ouvert et fermé dans (prop. 11 de I, p. 34). Le complémentaire Y de X est aussi ouvert et fermé ; par suite est ouvert et fermé dans B (corollaire 1). Son complémentaire, qui est l’ensemble des points de B tels que , l’est donc aussi.
Corollaire 3 01PJ
Soit B un espace topologique connexe et localement connexe, soient et des revêtements de B. Pour tout point de B, l’application de dans est injective.
Soit un point de B. Soient et des B-morphismes de dans E tels que . L’ensemble des points de B tels que est ouvert et fermé dans B (corollaire 2) et contient . Il est donc égal à B et est égal à .
Corollaire 4 01PK
Soit B un espace topologique connexe et localement connexe, soit un revêtement de B et soit un point de B. Pour que E soit un revêtement trivialisable, il faut et il suffit que tout point de la fibre appartienne à l’image d’une section continue de .
La condition est nécessaire. Soit la réunion des images des sections continues de et soit son complémentaire dans E. L’ensemble est ouvert et fermé dans E (cf. I, p. 79). Par suite, est un revêtement de B (corollaire 1), et ce revêtement est trivialisable en vertu du corollaire 2 (I, p. 70). Supposons que contienne et démontrons que est vide. Comme est ouvert et fermé dans E, est ouvert et fermé dans B (corollaire 1). Puisque B est connexe et que n’appartient pas à , donc .
Corollaire 5 01PL
Soit
E
B
un carré cartésien. Supposons que le B-espace soit un revêtement et que l’espace soit connexe et localement connexe. Soit un point de . Pour que le -espace soit un revêtement trivialisable, il faut et il suffit que pour tout point de E tel que , il existe un relèvement continu de tel que .
Rappelons que est un revêtement de I, p. 71, cor. 2) et que l’application induit une bijection I, p. 10, cor.). D’après la prop. 3 de I, p. 9, l’application définit une bijection entre l’ensemble des sections continues de et l’ensemble des relèvements continus de à E. Le corollaire résulte donc du corollaire 4.
Proposition 7 01PM
Soit B un espace topologique, soient E et des B-espaces et soit un B-morphisme. On suppose que est un revêtement de B et que l’espace B est localement connexe.
a) Si la projection du B-espace E est une application étale et séparée, est un revêtement de E.
b) Si est surjective, alors E est un revêtement de B.
Notons et les projections des B-espaces E et respectivement. Sous l’hypothèse de a est étale (I, p. 29, prop. 6, c)). Sous l’hypothèse de b est étale (loc. cit., d)). Par suite, sous l’une quelconque de ces deux hypothèses, E est localement connexe ; ses composantes connexes sont en particulier ouvertes et fermées dans E (TG, I, p. 85, prop. 11).
Nous allons d’abord démontrer la proposition 7 sous l’hypothèse supplémentaire que B est connexe, localement connexe, et que est le revêtement trivial , pr.
Lemme 01PN
Si U est une composante connexe de , la restriction de à U induit un homéomorphisme de U sur une composante connexe de E.
Soit tel que cf. I, p. 79). L’application de B dans E qui à associe est une section continue de . Son image X est donc connexe et ouverte dans E, car est étale (I, p. 30, cor. 3). Elle est de plus fermée sous l’hypothèse a), car est séparée (I, p. 27, prop. 3). Elle est aussi fermée sous l’hypothèse b) d’après le corollaire 1 de I, p. 80, car U est ouvert et fermé dans . Par suite, X est une composante connexe de E.
Comme est bijective et ouverte, c’est un homéomorphisme sur son image, ce qui démontre le lemme.
Conservons les hypothèses précédant le lemme et démontrons maintenant l’assertion a). Soit V une composante connexe de E. C’est un
ensemble ouvert et fermé dans E et est réunion de composantes connexes de que applique homéomorphiquement sur V d’après le lemme. Il résulte de la prop. 6 de I, p. 79 que est un revêtement.
Démontrons b). Comme est surjective, il résulte du lemme que toute composante connexe V de E est l’image homéomorphe d’une composante connexe de . L’application induit alors un homéomorphisme de V sur B. D’après la prop. 6, E est un revêtement de B.
Cela démontre donc la proposition, sous l’hypothèse supplémentaire que B est connexe et un revêtement trivialisable de B. Démontronsla dans le cas général.
Il existe un recouvrement de B, formé d’ouverts connexes au-dessus desquels le revêtement est trivialisable. Soit .
Démontrons a). Si l’application est étale et séparée, il en est de même de l’application , pour , d’après les prop. 8 de I, p. 31 et 4 de I, p. 27. Il résulte donc du cas particulier traité que,
pour tout , le -espace () est un revêtement. Notons A l’espace somme des et l’application canonique. Alors, l’espace , muni de l’application est un revêtement de . L’application admet une section continue au voisinage de tout point de B et la prop. 3 de I, p. 72, appliquée au carré cartésien
E
implique que est un revêtement de E.
Démontrons b). Supposons que soit surjective. Alors, pour tout élément de I, l’application est surjective et l’espace , muni de l’application , est un revêtement de (I, p. 71, cor. 2 de la prop. 2). Il résulte du cas particulier traité précédemment que le -espace est un revêtement. Par conséquent, E est un revêtement de B.
Soit B un espace topologique, soient E et des revêtements de B et soit un B-morphisme On a vu que est un revêtement sous chacune des deux hypothèses suivantes : 1) le revêtement E est localement de degré fini (I, p. 76, cor. 1) ; 2) l’espace B est localement connexe (I, p. 81, prop. 7). Ce phénomène peut s’expliquer comme suit.
Soient F et des espaces topologiques discrets et soit un B-morphisme. L’application pr de B dans l’espace est continue (TG, X, p. 28, th. 3). Si U est un ouvert de B tel que l’application soit constante sur U, l’application déduite de est un revêtement trivialisable (I, p. 69, prop. 1).
L’espace n’est autre que l’ensemble des applications de F dans muni de la topologie déduite de la topologie de l’espace produit par l’identification canonique. Pour cette topologie, l’espace est totalement discontinu (I, p. 84, prop. 10). Par suite, si l’espace B est connexe, l’application est constante (I, p. 82, prop. 4) ; si l’espace B est localement connexe, l’application est localement constante. Lorsque l’ensemble F est fini, l’espace est discret et l’application est localement constante.
Remarque 01PO
Soit B un espace topologique, soient et des B-espaces et soit un B-morphisme.
a) Si E et sont des revêtements de B, l’application est étale (I, p. 29, prop. 6) et séparée (I, p. 25, prop. 2). Mais il n’est pas vrai, en général, que soit un revêtement de E si l’espace B n’est pas localement connexe (I, p. 145, exerc. 4).
b) Si est un revêtement de B est surjective et fait de un revêtement de E, alors l’application est étale (I, p. 29, prop. 6). Mais il n’est pas vrai, en général, qu’elle soit séparée si l’espace B n’est pas localement connexe (I, p. 145, exerc. 4). En particulier, E n’est pas nécessairement un revêtement de B.
Corollaire 01PP
Soit B un espace topologique connexe et localement connexe. Soient E et des revêtements de B. Soit un point de B. Soit un B-morphisme et soit l’application déduite de par restriction aux fibres. Si l’application est injective ( resp. surjective, resp. bijective), il en est de même de l’application .
Notons la projection du B-espace E. D’après la proposition, est un revêtement de E ; son image est ouverte et fermée dans E. Notons U le complémentaire de dans E, de sorte que le B-espace est un revêtement de B (I, p. 80, corollaire 1). Si l’application est surjective, la fibre en de ce revêtement est vide. Comme B est un espace connexe, U est alors vide, donc est surjective.
L’ensemble V des points de E où la fibre de a exactement un élément est ouvert et fermé. Les B-espaces et sont des revêtements de B (loc. cit.) et l’application canonique est un B-morphisme. Si l’application est injective, l’application est surjective, donc est surjective d’après ce qui précède et l’on a . Par suite, l’application est injective.
7. Revêtements d’un espace paracompact
Proposition 8 01PQ
Un revêtement d’un espace paracompact ( I, p. 69) est un espace paracompact.
Démontrons d’abord un lemme.
Lemme 01PR
Soit E un espace topologique séparé. Supposons que E possède un recouvrement ouvert localement fini tel que, pour tout soit un espace paracompact. Alors, l’espace E est paracompact.
Soit un recouvrement ouvert de E ; nous allons démontrer qu’il existe un recouvrement ouvert localement fini de E qui est plus fin que le recouvrement . Pour tout , soit un recouvrement localement fini de par des ouverts de , plus fin que le recouvrement . Soit K la somme de la famille (E, II, p. 30, déf. 8). Pour tout élément de K, posons . Alors est ouvert dans E et l’on a ; de plus, pour tout , il existe un indice tel que . Ainsi, la famille est un recouvrement ouvert de E plus fin que . Il reste à démontrer que la famille est localement finie. Soit ; il existe un voisinage ouvert U de qui ne rencontre que pour appartenant à un sous-ensemble fini de I. Pour tout possède un voisinage ouvert qui ne rencontre qu’un nombre fini d’ouverts , pour c’est évident si n’appartient pas à , et si appartient à , cela résulte de la propriété de finitude locale du recouvrement de . Par suite, est un voisinage ouvert de qui ne rencontre qu’un nombre fini des , et le recouvrement est localement fini.
Démontrons la proposition. Soit E un revêtement de B, notons sa projection, et supposons que l’espace B soit paracompact. Soit un recouvrement ouvert localement fini de B tel que, pour tout , le revêtement E soit trivialisable au-dessus de . Pour tout , soit un espace topologique discret et soit une trivialisation de E au-dessus de . Soit un recouvrement ouvert de B tel que, pour tout , on ait (TG, IX, p. 49, prop. 4 et p. 48, cor. 1). Pour tout , posons ; on a et , d’où . Comme B est paracompact, est paracompact (TG, I, p. 69, prop. 16) et est paracompact (TG, I, p. 70, prop. 18). Par suite, est paracompact, donc aussi (TG, I, p. 69, prop. 16). La famille est, par construction, un recouvrement ouvert localement fini de E. Enfin, l’espace E est séparé (I, p. 26, remarque 3). Il satisfait donc aux hypothèses du lemme, d’où la proposition.
Remarque 01PS
On peut démontrer qu’un revêtement d’un espace métrisable est métrisable (I, p. 145, exerc. 1) et qu’un revêtement connexe d’un espace localement compact dénombrable à l’infini est lui-même localement compact dénombrable à l’infini (I, p. 145, exerc. 2).
8. Faisceaux localement constants
Soient B un espace topologique et F un ensemble ; munissons F de la topologie discrète. On appelle faisceau constant sur B de tige-type F le faisceau sur B des applications localement constantes à valeurs dans F (I, p. 45, exemple 2). Ce faisceau est parfois noté F, lorsqu’aucune confusion sur l’espace B n’est à craindre. Il s’identifie au faisceau sur B des sections continues du B-espace étalé , pr : la formule définit en effet un isomorphisme canonique de l’espace étalé associé à F sur , pr. Pour tout , l’application est une bijection canonique de la tige de F en sur l’ensemble F.
Soit le préfaisceau sur B tel que pour tout ouvert U de B et Id pour tout couple d’ouverts de B tels que . Alors, le faisceau associé à est canoniquement isomorphe au faisceau constant F (I, p. 52, exemple 1).
Définition 3 01PT
On dit qu’un faisceau sur un espace topologique B est localement constant si tout point de B possède un voisinage ouvert U tel que le faisceau induit soit isomorphe à un faisceau constant sur U.
Proposition 9 01PU
Pour qu’un faisceau soit localement constant, il faut et il suffit que l’espace étalé associé soit un revêtement.
Soit B un espace topologique et soit un faisceau sur B. Le faisceau est constant si et seulement si l’espace étalé est B-isomorphe à un revêtement trivial , pr, où F est un espace topologique discret. Si U est un ouvert de B, l’espace étalé associé au faisceau induit s’identifie au U-espace étalé induit par au-dessus de U (cf. I, p. 51). La proposition en résulte.
Corollaire 01PV
Pour qu’un B-espace étalé soit un revêtement, il faut et il suffit que le faisceau de ses sections soit localement constant.
Cela découle de la proposition et de l’exemple 2 de I, p. 52.
9. Produits de faisceaux localement constants
Soit B un espace topologique et soit une famille de faisceaux sur B. Notons le faisceau produit et, pour , soit pr le morphisme de projection d’indice I, p. 46, exemple 7). Soient et les B-espaces étalés associés aux faisceaux et respectivement, et le B-morphisme associé à prI, p. 50). Notons enfin le B-produit . D’après la propriété universelle du B-espace produit (I, p. 5), il existe un unique B-morphisme tel que, pour tout , pr.
Proposition 10 01PW
Si l’ensemble I est fini, le B-morphisme Φ est un isomorphisme.
D’après le corollaire de I, p. 32, le B-espace est étalé et il suffit de démontrer que le B-morphisme Φ est bijectif ( I, p. 30, cor. 2). Pour tout point de B, la restriction de Φ aux fibres en s’identifie à l’application canonique de lim dans lim, où U parcourt l’ensemble des ouverts de B qui contiennent cf. I, p. 50). D’après la prop. 10 de E, III, p. 67, cette application est une bijection.
Considérons maintenant le cas des faisceaux localement constants sur un espace topologique B. Soit une famille d’ensembles et posons . On définit un morphisme canonique du faisceau constant F dans le produit des faisceaux constants en posant, pour tout ouvert U de B et toute fonction localement constante (pr).
Proposition 11 01PX
Si l’ensemble I est fini, ou si l’espace B est localement connexe, le morphisme canonique est un isomorphisme.
Soit U un ouvert de B. Il est clair que l’application est injective. Montrons qu’elle est surjective. Il s’agit de prouver que pour toute famille où est une application localement constante de U dans , et tout point de U, il existe un voisinage V de dans U tel que pour tout , l’application soit constante. Lorsque l’ensemble I est fini, l’existence d’un tel voisinage est claire. Lorsque l’espace B est localement connexe, il suffit de prendre pour V un voisinage connexe de dans U. Cela prouve la proposition.
Corollaire 1 01PY
Un produit fini de faisceaux localement constants est localement constant.
Soit une famille finie de faisceaux localement constants sur B. Tout point de B possède un voisinage ouvert U dans B tel que, pour tout , le faisceau soit isomorphe à un faisceau constant. Il en est alors de même du faisceau , qui est égal à .
Corollaire 2 01PZ
Soit une famille de faisceaux sur B. Supposons que l’espace B soit localement connexe et que tout point de B possède un voisinage ouvert U tel que, pour tout , le faisceau soit isomorphe à un faisceau constant. Alors, le faisceau produit est localement constant.
Remarque 1 01Q0
Soit une famille de revêtements de l’espace topologique B. Supposons que l’espace B soit localement connexe et qu’il existe un recouvrement ouvert de B tel que, pour tout et tout , le revêtement soit trivialisable au-dessus de . Pour , soit le faisceau localement constant des sections de et soit le faisceau produit . D’après le corollaire précédent, est un faisceau localement constant et le B-espace étalé E qui lui est associé est donc un revêtement (I, p. 86, prop. 8). Pour , soit pr le B-morphisme induit par le morphisme de projection d’indice .
Considérons maintenant un revêtement de B et, pour tout I, soit un B-morphisme. Si désigne le faisceau localement constant des sections de , les B-morphismes induisent des morphismes de faisceaux . Soit l’unique morphisme de faisceaux tel que pr pour tout . Il existe alors un unique B-morphisme tel que = pr pour tout c’est le B-morphisme qui induit .
On dit parfois que E est le revêtement produit de la famille .
Remarque 2 01Q1
Avec les notations précédentes, le B-morphisme canonique est bijectif. La question est en effet de nature locale sur B et l’on peut supposer que, pour tout , le B-espace est isomorphe au B-espace , pr, où est un espace topologique discret, de sorte que le faisceau est isomorphe au faisceau . D’après la prop. 11, le faisceau s’identifie au faisceau F, où F est l’ensemble , muni de la topologie discrète, et l’application Φ s’identifie à l’application canonique qui est bijective.
10. Morphismes de faisceaux localement constants sur un espace localement connexe
Soit B un espace topologique, soient et des B-espaces. Notons = or le faisceau sur B des B-morphismes de dans (I, p. 45, exemple 4). Si U est un ouvert de B et un point de U, on notera l’application canonique obtenue par passage aux fibres en . On note l’unique application telle que soit la composée de et de l’application canonique pour tout ouvert U de B contenant (E, III, p. 62).
Soit aussi som le faisceau sur B des B-isomorphismes de dans . Notons le morphisme canonique. Pour tout , l’application induit une application de dans l’ensemble des bijections continues de sur .
Proposition 12 01Q2
Supposons que l’espace B soit localement connexe et que les B-espaces E et soient des revêtements. Le faisceau or est alors localement constant et, pour tout , l’application est une bijection de sa tige en sur l’ensemble des applications de dans .
De même, le faisceau som est localement constant et, pour tout point de B, l’application est une bijection de sa tige en sur l’ensemble des bijections de sur .
Nous noterons or et som. Les assertions à démontrer sont de nature locale sur B ; nous pouvons donc supposer que et sont des revêtements triviaux, où F et sont des espaces topologiques discrets.
Prouvons d’abord que, pour tout ouvert connexe U de B et tout point de U, l’application est une bijection. Soit un morphisme de U-espaces ; alors, est l’application pr de F dans . Pour tout , l’application pr est une application continue de l’espace connexe U dans l’espace discret , donc est constante, égale à pr. On a ainsi . Il en résulte que est une bijection ; sa bijection réciproque associe à toute application le U-morphisme de dans donné par .
Par hypothèse, tout point admet une base de voisinages ouverts connexes ; l’application est donc une bijection. Les applications , pour U ouvert connexe non vide de B et un point quelconque de , définissent un morphisme de préfaisceaux (relativement à la base des ouverts connexes de B) du faisceau constant de tige-type dans le faisceau . D’après ce qui précède, ce morphisme induit une bijection sur les tiges ; c’est donc un isomorphisme.
Les assertions relatives au faisceau se démontrent de même.
Corollaire 1 01Q3
Soient B un espace topologique et A un sous-espace de B. On suppose que les espaces A et B sont localement connexes. Soient E et des revêtements de B. Alors les morphismes canoniques oror et som som (I, p. 45, exemple 4) sont des isomorphismes.
Pour tout point , il résulte de la proposition précédente et de l’exemple 2 de I, p. 63, appliqué aux espaces , A, B et aux injections canoniques, que le morphisme canonique induit par passage aux tiges l’identité de . C’est donc un isomorphisme. Le fait que soit un isomorphisme se démontre de manière analogue.
Corollaire 2 01Q4
Soient B un espace topologique et A un sous-espace de B. On suppose que les espaces A et B sont localement connexes et que le couple jouit de la propriété (PCV) de I, p. 37. Soient E et des revêtements de B, notons et leurs projections. Soit
un A-morphisme ( resp. un A-isomorphisme). Il existe un voisinage U de A dans B et un U-morphisme ( resp. un
U-isomorphisme) tel que .
Conservons les notations du corollaire 1. D’après ce même corollaire, un A-morphisme s’identifie à une section au-dessus de A de l’espace étalé associé à . D’après l’hypothèse faite sur le couple et le lemme 3 de I, p. 39, il existe un voisinage ouvert U de A dans B et une section continue de au-dessus de U prolongeant . Cette section s’identifie à un U-morphisme prolongeant .
Le cas où est un A-isomorphisme se traite de manière analogue en considérant au lieu du faisceau le faisceau .
Exercices
See the exercises for § 4.