Bourbaki

§ 4. Revêtements

1. Espaces fibrés localement triviaux

Soit B un espace topologique. Si F est un espace topologique, on appelle B-espace fibré trivial de fibre-type F le B-espace (B×F(B\times F, pr1)_1).

Soit E un B-espace. S’il existe un espace topologique F et un B-isomorphisme u:E→B×Fu: E\rightarrow B\times F, on dit que le B-espace E est un B-espace fibré trivialisable et que uu en est une trivialisation de fibre-type F.

Définition 1 01OR

Soit B un espace topologique. Soit E un B-espace et soit pp sa projection. On dit que E est un B-espace fibré localement trivial si tout point de B possède un voisinage V tel que (p−1(V),pV)(\overset{-1}{p}(V), p_V) soit un V-espace fibré trivialisable.

Au lieu de « B-espace fibré localement trivial », on dit également « espace fibré localement trivial de base B ». Si E est un B-espace fibré localement trivial, on dit parfois que (E,B,p)(E,B, p) est une fibration localement triviale, ou, par abus, que pp est une fibration localement triviale. On dit aussi qu’un B-espace (E,p)(E, p) est trivialisable au-dessus d’une partie A de B si le A-espace EAE_A induit par (E,p)(E, p) au-dessus de A est un espace fibré trivialisable.

Soit E un B-espace fibré localement trivial ; notons pp sa projection.

L’ensemble des points aa de B tels que la fibre p−1(a)\overset{-1}{p}(a) soit vide (resp. non vide) est ouvert. L’image de pp est donc une partie ouverte et fermée de B.

Soit F un espace topologique. Si toutes les fibres de E sont homéo-morphes à F, on dit que E est un B-espace fibré localement trivial de fibre-type F.

Remarque 1 01OS

Soit (E,p)(E, p) un B-espace fibré localement trivial et soit A une partie de B. Le A-espace EA=(p−1(A),pA)E_A= (\overset{-1}{p}(A), p_A) déduit de E par passage aux sous-espaces est un espace fibré localement trivial. Si E est trivialisable, il en est de même de EAE_A.

En effet, pour tout point aa de A, il existe un voisinage ouvert U de aa dans B, un espace topologique F et un U-isomorphisme g:p−1(U)→g:\overset{-1}{p}(U)\rightarrow U×FU\times F. L’application ff induit un (A∩U)(A\cap U)-isomorphisme de pA−1(A∩U)p^{-1}_A(A\cap U) sur (A∩U)×F(A\cap U)\times F, ce qui prouve que EAE_A est un A-espace fibré localement trivial.

Remarque 2 01OT

Soit (E,p)(E, p) un B-espace et soit (Ei)i∈I(E_i)_{i\in I} une partition de E formée d’ouverts.

Si chacun des B-espaces (Ei,p∣Ei)(E_i, p|E_i) est un espace fibré trivialisable, E est un B-espace fibré trivialisable. En effet, pour chaque i∈Ii\in I, soit FiF_i un espace topologique tel que les B-espaces (Ei,p∣Ei)(E_i, p|E_i) et (B×Fi(B\times F_i, pr1)_1) soient isomorphes. Alors le B-espace (E,p)(E, p) est isomorphe à (B×F(B\times F, pr1)_1), où F est l’espace topologique somme de la famille (Fi)i∈I(F_i)_{i\in I}.

Supposons l’ensemble I fini. Si chacun des B-espaces (Ei,p∣Ei)(E_i, p|E_i) est un B-espace fibré localement trivial, il en est de même du B-espace E. En effet, puisque l’ensemble I est fini, chaque point de B possède un voisinage U au-dessus duquel les B-espaces fibrés EiE_i sont tous trivialisables. D’après ce qui précède, le U-espace (p−1(U),pU)(\overset{-1}{p}(U), p_U) est alors un espace fibré trivialisable.

2. Revêtements

Définition 2 01OU

On appelle revêtement un espace fibré localement trivial dont toutes les fibres sont discrètes.

Au lieu de dire qu’un B-espace E est un revêtement, on dit aussi que E est un revêtement de B.

Soit E un B-espace, notons pp sa projection ; soit A une partie de B. Si E est un revêtement de B, les fibres de pp sont discrètes, donc celles de pA:p−1(A)→Ap_A:\overset{-1}{p}(A)\rightarrow A aussi et le A-espace fibré localement trivial (p−1(A),pA)(\overset{-1}{p}(A), p_A) est un revêtement.

Proposition 1 01OV

Soient B et E des espaces topologiques et soit p:E→Bp: E\rightarrow B une application. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) L’application pp est continue et le B-espace (E,p)(E, p) est un revêtement trivialisable ;

(ii) Il existe une partition (Vi)i∈I(V_i)_{i\in I} de E formée d’ensembles ouverts telle que, pour tout i∈Ii\in I, l’application p∣Vi:Vi→Bp|V_i: V_i\rightarrow B soit un homéomorphisme.

Supposons que la condition (i) soit vérifiée et soit g:E→B×Fg: E\rightarrow B\times F une trivialisation du B-espace (E,p)(E, p), de fibre-type F. Par suite, F est un espace topologique discret et, les ensembles Vi=g−1(B×{i})V_i=\overset{-1}{g}(B\times \{i\}), pour i∈Fi\in F, forment une partition de E formée d’ensembles ouverts. Pour tout ii, l’application p∣Vi:Vi→Bp|V_i: V_i\rightarrow B est un homéomorphisme, d’homéomorphisme réciproque l’application x↦g−1(x,i)x\mapsto g^{-1}(x, i), d’où la condition (ii).

Inversement, supposons que la condition (ii) soit satisfaite. L’application pp est alors continue. Considérons l’application de E dans B×IB\times I qui à x∈Ex\in E associe le couple (p(x),i)(p(x), i), où ii est l’unique élément de I telle que x∈Vix\in V_i. Si I est muni de la topologie discrète, la condition (ii) signifie que cette application est un B-isomorphisme et le B-espace (E,p)(E, p) est un revêtement trivialisable.

Corollaire 1 01OW

Soient B et E des espaces topologiques et soit p:E→Bp: E\rightarrow B une application. Pour que E, muni de l’application pp, soit un revêtement de B, il faut et il suffit que, pour tout point aa de B, il existe un voisinage ouvert U de aa et une partition (Vi)i∈I(V_i)_{i\in I} de p−1(U)\overset{-1}{p}(U) formée d’ensembles ouverts de E telle que, pour tout i∈Ii\in I, l’application pp induise un homéomorphisme de ViV_i sur U.

Remarque 01OX

Soit B un espace topologique. Soit E un B-espace et soit pp sa projection. Si E est un revêtement de B, il résulte du corollaire 1 ci-dessus, que l’application pp est étale (I, p. 28, déf. 2) et séparée (I, p. 25, prop. 1, (iii)). Ces conditions ne suffisent cependant pas à assurer que E soit un revêtement. Considérons par exemple un ensemble ouvert U de B. L’injection canonique i:U→Bi: U\rightarrow B est étale et séparée. Pour que le B-espace (U,i)(U, i) soit un revêtement, il faut et il suffit que l’ensemble ouvert U soit aussi fermé.

Corollaire 2 01OY

Soit B un espace topologique, soit E un B-espace et soit pp sa projection. Supposons que pp soit étale et séparée et que l’espace B soit connexe. Pour que E soit un revêtement trivialisable de B, il faut et il suffit que, pour tout point xx de E, il existe une section continue s:B→Es: B\rightarrow E de pp telle que s∘p(x)=xs\circ p(x) =x.

C’est évidemment nécessaire. Inversement, pour toute section continue ss de pp, l’ensemble s(B)s(B) est ouvert et l’application pp induit un homéomorphisme de s(B)s(B) sur B (I, p. 30, cor. 3 de la prop. 6). En outre, lorsque ss parcourt l’ensemble S(B;E)\mathscr{S}(B; E) des sections de pp, les ensembles s(B)s(B) sont deux à deux disjoints, car B est connexe (I, p. 34, cor. 1 de la prop. 11). Il résulte alors de la proposition 1 que si les ensembles s(B)s(B) recouvrent E, l’espace E est un revêtement trivialisable de B.

3. Produits et produits fibrés

Proposition 2 01OZ

Soient B et B′B' des espaces topologiques, soit (E,p)(E, p) un B-espace et soit (E′,p′)(E', p') un B′B'-espace. Supposons que E et E′E' soient des espaces fibrés localement triviaux ( resp. des revêtements). L’espace E×E′E\times E', muni de l’application p×p′:E×E′→B×B′p\times p': E\times E'\rightarrow B\times B', est alors un espace fibré localement trivial ( resp. un revêtement) de base B×B′B\times B'. Si E et E′E' sont trivialisables, il en est de même de E×E′E\times E'.

Supposons d’abord que le B-espace E et le B′B'-espace E′E' admettent des trivialisations g:E→B×F,g′:E′→B′×F′g: E\rightarrow B\times F,g': E'\rightarrow B'\times F'; l’application composée de l’homéomorphisme g×g′g\times g' de E×E′E\times E' sur (B×F)×(B′×F′)(B\times F)\times (B'\times F') et de l’homéomorphisme canonique de (B×F)×(B′×F′)(B\times F)\times (B'\times F') sur (B×B′)×(F×F′)(B\times B')\times (F\times F') est une trivialisation du B×B′B\times B'-espace E×E′E\times E', de fibre-type F×F′F\times F'. Si F et F′F' sont des espaces discrets, l’espace F×F′F\times F' est aussi discret.

Dans le cas général, pour tout point (a,a′)(a, a') de B×B′B\times B', il existe un voisinage U de aa dans B et un voisinage U′U' de a′a' dans B′B' tels que le U-espace EUE_U et le U′U'-espace EU′′E'_{U'} soient trivialisables. Il résulte de ce qui précède que le B×B′B\times B'-espace E×E′E\times E' est trivialisable au-dessus de U×U′U\times U'. C’est donc un espace fibré localement trivial de base B×B′B\times B'. Ses fibres sont discrètes si E et E′E' sont des revêtements, d’où la proposition.

On remarquera que, si (pi:Ei→Bi)i∈I(p_i: E_i\rightarrow B_i)_{i\in I} est une famille d’espaces fibrés localement triviaux, ou même de revêtements, l’espace produit ∏i∈IEi\prod_{i\in I}E_i muni de l’application (pi)i∈I(p_i)_{i\in I} n’est pas nécessairement un espace fibré localement trivial de base ∏i∈IBi(\prod_{i\in I}B_i(I, p. 145, exerc. 3).

Corollaire 1 01P0

Soient A un espace topologique, B, B′B' des A-espaces. Soient E et E′E' des espaces fibrés localement triviaux ( resp. des revêtements) de bases B et B′B'; notons pp et p′p' leurs projections. Le B×AB′B\times_AB'-espace E×AE′E\times_AE' déduit de p×p′p\times p' par passage aux sous-espaces est alors un espace fibré localement trivial ( resp. un revêtement). Il est trivialisable si E et E′E' le sont.

Puisque l’ensemble E×AE′E\times_AE' est l’image réciproque de B×AB′B\times_AB' par l’application p×p′:E×E′→B×B′p\times p': E\times E'\rightarrow B\times B', le corollaire résulte de la proposition 2 et de la remarque 1 (I, p. 68).

Corollaire 2 01P1

Soit

E′f′{E'}^{f'} E

p′pp'p

B′f{B'}^f B

un carré cartésien. Si (E,p)(E, p) est un B-espace fibré localement trivial ( resp. un revêtement), alors (E′,p′)(E', p') est un espace fibré localement trivial ( resp. un revêtement) de base B′B', trivialisable si (E,p)(E, p) l’est.

Cela résulte du corollaire 1, appliqué avec B = A et E′=B′E'= B'.

Corollaire 3 01P2

Soit B un espace topologique. Soient E et E′E' des B-espaces fibrés localement triviaux ( resp. des revêtements). Alors E×BE′E\times_BE' est un B-espace fibré localement trivial ( resp. un revêtement de B). Il est trivialisable si E et E′E' le sont.

Cela résulte du corollaire 1, appliqué au cas où A, B et B′B' sont égaux.

Proposition 3 01P3

Soit

E′f′{E'}^{f'} E

p′p(1) p'p \tag{1}

B′f{B'}^f B

un carré cartésien. Supposons qu’au voisinage de tout point de B, l’application ff possède une section continue. Alors, si (E′,p′)(E', p') est un B′B'-espace fibré localement trivial ( resp. un revêtement), le B-espace (E,p)(E, p) est un espace fibré localement trivial ( resp. un revêtement).

Il s’agit de démontrer que tout point aa de B possède un voisinage U tel que le U-espace induit par (E,p)(E, p) au-dessus de U soit un espace fibré localement trivial (resp. un revêtement). Prenons pour U un voisinage de aa au-dessus duquel il existe une section continue ss de ff. Notons i:U→Bi: U\rightarrow B et j:p−1(U)→Ej:\overset{-1}{p}(U)\rightarrow E les injections canoniques. Comme le carré (1) est cartésien, il existe une unique application continue s′:p−1(U)→E′s':\overset{-1}{p}(U)\rightarrow E' telle que f′∘s′=jf'\circ s'=j et p′∘s′=s∘pUp'\circ s'=s\circ p_U. Le carré

p−1(U)s′E′ \overset{-1}{p}(U)^{s'}E'
pUp′(2) p_{_U}p' \tag{2}

U sB′^sB'

est ainsi commutatif et son composé avec le carré (1) est le carré cartésien

p−1(U)j\overset{-1}{p}(U)^j E

pUpp_Up

U iB^iB.

D’après la proposition 7 de I, p. 15, le carré (2) est cartésien. Le corollaire 2 permet de conclure.

Remarque 01P4

Si dans la proposition 3, on affaiblit l’hypothèse sur l’application ff en la supposant seulement universellement stricte et surjective, et si p′p' est un revêtement, l’application pp est étale (I, p. 31, prop. 8) et séparée (I, p. 27, prop. 4) mais E n’est pas nécessairement un revêtement de B. On peut trouver par exemple un espace topologique B et un recouvrement fermé localement fini (Ai)i∈I(A_i)_{i\in I} de B, un B-espace (E,p)(E, p) qui n’est pas un revêtement mais tel que, pour tout i∈Ii\in I, le AiA_i-espace induit EAiE_{A_i} soit un revêtement de Ai(A_i(I, p. 146, exerc. 5). Pour une condition suffisante, voir cependant le corollaire 4 de I, p. 77.

4. Degré d’un revêtement

Soit B un espace topologique, soit E un revêtement de B, notons pp sa projection. Notons C l’ensemble des cardinaux Card(p−1(b)\overset{-1}{p}(b)), où bb parcourt B. L’application b↦b\mapsto Card(p−1(b)\overset{-1}{p}(b)) est une application localement constante de B dans C. On dit que le revêtement E possède un degré si B n’est pas vide et si l’application b↦b\mapsto Card(p−1(b)\overset{-1}{p}(b)) est constante. La valeur commune des cardinaux Card(p−1(b)\overset{-1}{p}(b)), pour b∈Bb\in B, est alors appelée le degré du revêtement E et est notée deg(E,p, p), voire [E: B] s’il ne peut y avoir d’ambiguïté sur l’application pp.

Si B n’est pas vide, le revêtement trivial de base B et de fibre-type F possède un degré qui est égal à Card(F).

Si B est connexe, la fonction b↦b\mapsto Card(p−1(b)\overset{-1}{p}(b)) est constante. Par suite :

Proposition 4 01P5

Tout revêtement d’un espace connexe non vide possède un degré.

Soit G un espace topologique, soit (F,g)(F, g) un revêtement de G et soit (E,f)(E, f) un revêtement de F ; supposons que ces revêtements possèdent un degré. Si le G-espace (E,g∘f)(E, g\circ f) est un revêtement, il possède alors un degré et l’on a deg(E,g∘f, g\circ f) == deg(F,g, g) deg(E,f, f), ce qu’on peut aussi écrire

[E:G]=[E:F][F:G] [E : G] = [E : F] [F : G]

En effet, si zz est un point de G, toutes les fibres de l’application

fg−1(z):f−1(g−1(z))→g−1(z) f_{\overset{-1}{g}(z)}:\overset{-1}{f}(\overset{-1}{g}(z))\rightarrow \overset{-1}{g}(z)

ont pour cardinal deg(E,f, f), et g−1(z)\overset{-1}{g}(z) a pour cardinal deg(F,g, g). L’assertion résulte donc du principe des bergers (E, III, p. 41, prop. 9).

Soient B et B′B' des espaces topologiques, soit (E,p)(E, p) un revêtement de B et soit (E′,p′)(E', p') un revêtement de B′B'. Supposons que ces revêtements possèdent un degré ; alors, le revêtement (E×E′,p×p′)(E\times E', p\times p') de B×B′B\times B' (I, p. 71, prop. 2) possède un degré et l’on a :

deg(E ×E′,p×p′\times E', p\times p') == deg(E,p, p) deg(E′,p′', p').

En effet, pour tout couple (b,b′)∈B×B′(b, b')\in B\times B', la fibre (E×E′)(b,b′)(E\times E')_{(b,b')} est le produit Eb×Eb′′E_b\times E'_{b'}.

Soient B et B′B' des espaces topologiques, (E,p)(E, p) un revêtement de B, (E′,p′)(E', p') un revêtement de B′B' et soit

E′f′{E'}^{f'} E

p′pp'p

B′f{B'}^f B

un carré cartésien. Si B′B' n’est pas vide et si le revêtement (E,p)(E, p) possède un degré, alors le revêtement (E′,p′)(E', p') possède un degré, égal à celui de E, d’après I, p. 10, cor. de la prop. 4.

5. Revêtements finis

On dit qu’un revêtement est localement fini si les cardinaux de toutes ses fibres sont finis. On dit qu’un revêtement est fini si l’ensemble des cardinaux de ses fibres est majoré par un cardinal fini.

Théorème 1 01P6

Soient E, B des espaces topologiques et p:E→Bp: E\rightarrow B une application. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) L’espace E, muni de l’application pp, est un revêtement localement fini de B ;

(ii) L’application pp est étale, propre et séparée ;

(iii) L’application pp est continue, ouverte et séparée, ses fibres sont finies et la fonction numérique b↦b\mapsto Card(p−1(b)\overset{-1}{p}(b)) est semi-continue supérieurement sur B (TG, IV, p. 28).

Nous utiliserons dans la démonstration le lemme suivant :

Lemme 01P7

Soient X et Y des espaces topologiques. Pour qu’une application f:X→Yf: X\rightarrow Y soit fermée, il faut et il suffit que pour tout point yy de Y et tout voisinage W de la fibre f−1(y)\overset{-1}{f}(y), il existe un voisinage V

de yy tel que W contienne f−1(V)\overset{-1}{f}(V).

Dans cet énoncé, on peut ne considérer que les voisinages W de f−1(y)\overset{-1}{f}(y) qui sont ouverts. En notant F le complémentaire de W dans Y, on peut alors reformuler l’énoncé de la façon suivante : pour qu’une application f:X→Yf: X\rightarrow Y soit fermée, il faut et il suffit que, pour toute partie fermée F de X, tout point yy de Y qui n’appartient pas à f(F)f(F) possède un voisinage V disjoint de f(F)f(F). Or cette assertion résulte immédiatement de la définition d’une application fermée (TG, I, p. 30, déf. 1).

Démontrons maintenant le théorème 1. Chacune des trois conditions implique que l’application pp est continue, ouverte et séparée, et aussi que les fibres de pp sont finies. C’est clair sous les hypothèses (i) et (iii) ; sous l’hypothèse (ii), les fibres de pp sont discrètes (I, p. 29, remarque 2) et quasi-compactes (TG, I, p. 75, th. 1) donc finies (TG, I, p. 60, exemple 1).

(i)⇒\Rightarrow(ii) : il suffit de démontrer que pp est propre et, pour cela, que pour tout ouvert U au-dessus duquel le revêtement (E,p)(E, p) est trivialisable, l’application pU:p−1(U)→Up_U:\overset{-1}{p}(U)\rightarrow U est propre (TG, I, p. 72, prop. 3). Comme les fibres de pUp_U sont finies, cette dernière assertion résulte du corollaire 5 de TG, I, p. 77.

(ii)⇒\Rightarrow(iii) : soit bb un point de B et, pour tout x∈p−1(b)x\in \overset{-1}{p}(b), soit WxW_x un voisinage ouvert de xx dans E tel que p∣Wxp|W_x soit injectif. L’ensemble W=⋃x∈p−1(b)WxW =\bigcup_{x\in\overset{-1}{p}(b)}W_x est un voisinage ouvert de p−1(b)\overset{-1}{p}(b). Comme l’application pp est fermée, il existe d’après le lemme ci-dessus un voisinage ouvert U de bb tel que p−1(U)⊂W\overset{-1}{p}(U)\subset W. Pour tout a∈Ua\in U, on a p−1(a)⊂W\overset{-1}{p}(a)\subset W ; comme la restriction de pp à chaque WxW_x est injective, il en résulte que Card(p−1(a)\overset{-1}{p}(a))⩽\leqslant Card(p−1(b)\overset{-1}{p}(b)), ce qui prouve la semi-continuité supérieure de l’application a↦a\mapsto Card(p−1(a)\overset{-1}{p}(a)).

(iii)⇒\Rightarrow(i) : soit bb un point de B. Comme la fibre Eb=p−1(b)E_b=\overset{-1}{p}(b) est finie et l’application pp séparée, on peut choisir, pour tout x∈Ebx\in E_b, un voisinage ouvert Vx′V'_x de xx de telle sorte que les Vx′V'_x soient deux à deux disjoints (I, p. 26, remarque 4). Comme l’application pp est ouverte et l’ensemble EbE_b fini, l’ensemble U′=⋂x∈Ebp(Vx′)U'=\bigcap_{x\in E_b}p(V'_x) est un voisinage ouvert de bb dans B. Soit U un voisinage ouvert de bb dans B, contenu dans U′U' et tel que pour tout a∈Ua\in U, Card(Ea_a)⩽\leqslant Card(Eb_b). Pour tout x∈Ebx\in E_b, posons Vx=Vx′∩p−1(U)V_x= V'_x\cap \overset{-1}{p}(U). Soit aa un point de U ; les ensembles Ea∩VxE_a\cap V_x, pour x∈Ebx\in E_b, sont non vides et deux à deux disjoints. Ces ensembles contiennent donc chacun un unique élément et forment une partition de EaE_a. Cela démontre que, pour tout x∈Ebx\in E_b, l’application p∣Vxp|V_x est injective et que l’on a p−1(U)=⋃x∈EbVx\overset{-1}{p}(U) =\bigcup_{x\in E_b}V_x. Comme l’application pp est ouverte, elle induit un homéomorphisme de VxV_x sur U et par suite, (E,p)(E, p) est un revêtement de B (I, p. 70, cor. 1 de la prop. 1).

Remarque 01P8

Une application continue, séparée, ouverte, propre et à fibres finies n’est pas nécessairement un revêtement. C’est le cas de l’application x↦x2x\mapsto x^2 de R\mathbf{R} dans [0;+∞[[0; +\infty [.

Corollaire 1 01P9

Soient E et B des espaces topologiques et soit p:E→Bp: E\rightarrow B une application propre et séparée. L’ensemble U des points bb de B tels que pp soit étale en tout point de la fibre EbE_b est ouvert dans B. Le U-espace induit par (E,p)(E, p) au-dessus de U est un revêtement localement fini.

L’ensemble F des points de E en lesquels l’application pp n’est pas étale est fermé dans E (I, p. 29, remarque 1). Son image p(F)p(F) est fermée car l’application pp est propre ; le complémentaire U de p(F)p(F) est donc ouvert. L’application pUp_U est séparée (I, p. 27, prop. 4) et propre (TG, I, p. 72, prop. 3). Par construction, l’application pUp_U est étale ; elle satisfait donc à la condition (ii) du théorème 1.

Corollaire 2 01PA

Soit B un espace topologique séparé et soit E un B-espace. Supposons que E soit compact et que sa projection p:E→Bp: E\rightarrow B soit étale. Alors, E est un revêtement fini de B.

L’application pp est séparée (I, p. 26, remarque 2) et propre (TG, I, p. 76, cor. 2). D’après le corollaire 1, E est donc un revêtement localement fini de B. Comme E est compact, p(E)p(E) est une partie quasi-compacte de B; l’application de p(E)p(E) dans N\mathbf{N} donnée par b↦b\mapsto Card p−1(b)\overset{-1}{p}(b) étant localement constante, elle est majorée (TG, IV, p. 30, corollaire).

Corollaire 3 01PB

Soit B un espace topologique, soient (E,p)(E, p) et (E′,p′)(E', p') des B-espaces et soit f:E′→Ef: E'\rightarrow E un B-morphisme. Supposons que E′E' soit un revêtement localement fini de B.

a) Si l’application pp est étale et séparée, le E-espace (E′,f)(E', f) est un revêtement.

b) Si l’application ff est surjective et fait de l’espace E′E' un revêtement de E, alors E est un revêtement de B.

Sous l’hypothèse de a), les applications pp et p′p' sont étales et séparées, et l’application p′p' est propre (théorème 1). L’application ff est donc étale (I, p. 30, cor. 1 de la prop. 6), séparée (I, p. 25, prop. 2 b)) et propre (I, p. 28, prop. 5). D’après le théorème 1, (E′,f)(E', f) est un revêtement de E.

Supposons maintenant que ff soit surjective et que (E′,f)(E', f) soit un revêtement de E. Il est alors localement fini donc l’application ff est propre et surjective (th. 1). D’après I, p. 25, prop. 2, c), l’application pp est séparée, car p′=p∘fp'=p\circ f et p′p' est séparée. L’application pp est étale (I, p. 29, prop. 6, d)), propre (TG, I, p. 73, prop. 5, b)) et ses fibres sont finies. D’après le th. 1, le B-espace (E,p)(E, p) est alors un revêtement de B.

Corollaire 4 01PC

Soit

E′f′{E'}^{f'} E

p′pp'p

B′f{B'}^f B un carré cartésien. Supposons que (E′,p′)(E', p') soit un revêtement localement fini de B′B' et que l’application ff soit universellement stricte et surjective. Alors (E,p)(E, p) est un revêtement localement fini de B.

En effet, l’application pp est étale (I, p. 31, prop. 8), propre (I, p. 21, prop. 11) et séparée (I, p. 27, prop. 4).

Corollaire 5 01PD

Soit B un espace topologique connexe et soit (E,p)(E, p) un revêtement fini de B. L’espace E n’a qu’un nombre fini de composantes connexes et chacune d’entre elles est un revêtement de B.

Le résultat est vrai si B est vide ; on le suppose désormais non vide.

Si X est une partie ouverte et fermée de E, la restriction de pp à X est une application séparée (I, p. 25, prop. 2, a) et I, p. 26, remarque 1), étale et propre (TG, I, p. 74, corollaire 1) ; d’après le théorème 1, (X,p)(X, p) est un revêtement localement fini de B. Comme B est connexe, ce revêtement possède un degré fini. Si X est distinct de E, il existe un point b∈Bb\in B tel que Xb(EbX_b(E_b, d’où [X:B]<[E:B][X : B]<[E : B] car B est connexe. On en déduit que toute suite décroissante d’ensembles ouverts et fermés dans E est stationnaire.

Soit x∈Ex\in E; il existe alors une plus petite partie ouverte et fermée X de E contenant xx (E, III, p. 51, prop. 6). Un tel ensemble X est connexe ; c’est donc la composante connexe de xx dans E. Cela montre que les composantes connexes de E sont ouvertes et fermées et que chacune d’entre elles est un revêtement de B. Comme B est connexe, chaque composante connexe de E rencontre chaque fibre de pp; les composantes connexes de E sont donc en nombre fini.

Proposition 5 01PE

Soit B un espace topologique, soient E et E′E' des B-espaces et soit f:E′→Ef: E'\rightarrow E un B-morphisme. On suppose que E est un revêtement localement fini et que l’espace E′E', muni de l’application ff, est un E-espace fibré localement trivial ( resp. un revêtement). Alors, E′E' est un B-espace fibré localement trivial ( resp. un revêtement).

Notons pp et p′p' les projections respectives des B-espaces E et E′E'. Soit bb un point de B. Il existe un voisinage ouvert U de bb dans B et une partition finie (Vi)i∈I(V_i)_{i\in I} de p−1(U)\overset{-1}{p}(U) formée d’ensembles ouverts de E telle que, pour tout i∈Ii\in I, l’application pp induise un homéomorphisme de

ViV_i sur U. Posons Vi′=f−1(Vi)V'_i=\overset{-1}{f}(V_i). Les ensembles Vi′V'_i sont ouverts dans E′E',

forment une partition de (−p′1)(U)(^-{p'}^1)(U) et l’application de Vi′V'_i dans U déduite de p′p' par passage aux sous-espaces fait de Vi′V'_i un U-espace fibré localement trivial. Il en résulte que l’espace (−p′1)(U)(^-{p'}^1)(U), muni de l’application

pU′:(−p′1)(U)→Up'_U:(^-{p'}^1)(U)\rightarrow U, est un U-espace fibré localement trivial (I, p. 69, remarque 2). Si (E′,f)(E', f) est un revêtement de E, les fibres de pU′p'_U sont discrètes car leurs intersections avec chacun des ensembles ouverts Vi′V'_i le sont. Cela termine la démonstration.

Remarque 01PF

Si (E,p)(E, p) est un revêtement de B et si (E′,f)(E', f) est un revêtement de E, l’application p∘fp\circ f est étale (I, p. 29, prop. 6, a)) et séparée (I, p. 25, prop. 2, a)). Mais il peut arriver, voir l’exercice 5, b) de I, p. 146, que l’espace E′E', muni de l’application p∘fp\circ f, ne soit pas un revêtement de B. Voir cependant IV, p. 342, prop. 3.

6. Revêtements des espaces localement connexes

Soit B un espace topologique et soit E un B-espace. Supposons que sa projection pp soit une application étale et séparée.

Si l’espace B est localement connexe, l’espace E est localement connexe. Si l’espace E est localement connexe, la partie ouverte p(E)p(E) de B (cf. I, p. 29, remarque 2) est localement connexe.

L’image s(B)s(B) de toute section ss de pp est ouverte (I, p. 30, cor. 3) et fermée dans B (I, p. 27, prop. 3). Si B est connexe et non vide, c’est donc une composante connexe de E ; en général, c’est une réunion de composantes connexes de E.

Si B est localement connexe, la réunion des images des sections de pp est donc une partie ouverte et fermée de E (cf. TG, I, p. 85).

Supposons que E soit un revêtement trivialisable de B et soit g:E→B×Fg: E\rightarrow B\times F une trivialisation. Si l’espace B est connexe, les ensembles Vx=g−1(B×{x})V_x=\overset{-1}{g}(B\times \{x\}), pour xx parcourant F, sont les composantes connexes de E (cf. prop. 1 de I, p. 69).

Proposition 6 01PG

Soit B un espace topologique et soit E un B-espace ; notons pp sa projection. Supposons que l’espace E soit localement connexe. Pour que E soit un revêtement de B, il faut et il suffit que tout point de B possède un voisinage ouvert U tel que l’application pp induise un homéomorphisme de toute composante connexe de p−1(U)\overset{-1}{p}(U) sur U.

Soit bb un point de B. Si E est un revêtement de B, tout voisinage ouvert U de bb qui est connexe et au-dessus duquel le revêtement E est trivialisable remplit les conditions énoncées dans la proposition. Inversement, soit U un voisinage ouvert de bb remplissant ces conditions. L’ensemble p−1(U)\overset{-1}{p}(U) est ouvert ; ses composantes connexes sont des parties ouvertes de E (TG, I, p. 85, prop. 11) et constituent une partition de p−1(U)\overset{-1}{p}(U). La proposition résulte donc du corollaire 1 (I, p. 70) de la proposition 1.

Corollaire 1 01PH

Soit B un espace topologique localement connexe, soit (E,p)(E, p) un revêtement de B et soit E′E' une partie ouverte et fermée de E. Le B-espace (E′,p∣E′)(E', p|E') est un revêtement et p(E′)p(E') est ouvert et fermé dans B.

Les espaces E et E′E' sont localement connexes. Pour toute partie ouverte U de B, l’ensemble E′∩p−1(U)E'\cap \overset{-1}{p}(U) est ouvert et fermé dans p−1(U)\overset{-1}{p}(U), donc est réunion de composantes connexes de p−1(U)\overset{-1}{p}(U). Les parties ouvertes U de B telles que pp induise un homéomorphisme de chaque composante connexe de p−1(U)\overset{-1}{p}(U) sur U recouvrent B. D’après la proposition, p∣E′p|E' fait de E′E' un revêtement de B. La deuxième assertion en résulte (cf. I, p. 68).

Corollaire 2 01PI

Soit B un espace topologique localement connexe, soient (E,p)(E, p), (E′,p′)(E', p') des revêtements de B et soient f,g:E′→Ef, g: E'\rightarrow E des B-morphismes. Pour tout point bb de B, notons fb,gb:Eb→Eb′f_b, g_b: E_b\rightarrow E'_b les applications déduites de ff et gg respectivement. L’ensemble des points bb de B tels que fb=gbf_b=g_b est ouvert et fermé dans B.

Soit X l’ensemble des points xx de E′E' tels que f(x)=g(x)f(x) =g(x). C’est l’ensemble des points où coïncident les relèvements ff et gg de p′p' à E ; donc X est ouvert et fermé dans E′E' (prop. 11 de I, p. 34). Le complémentaire Y de X est aussi ouvert et fermé ; par suite p(Y)p(Y) est ouvert et fermé dans B (corollaire 1). Son complémentaire, qui est l’ensemble des points bb de B tels que fb=gbf_b=g_b, l’est donc aussi.

Corollaire 3 01PJ

Soit B un espace topologique connexe et localement connexe, soient (E,p)(E, p) et (E′,p′)(E', p') des revêtements de B. Pour tout point bb de B, l’application f↦fbf\mapsto f_b de CB(E′;E)\mathscr{C}_B(E'; E) dans C(Eb′;Eb)\mathscr{C}(E'_b; E_b) est injective.

Soit bb un point de B. Soient ff et gg des B-morphismes de E′E' dans E tels que fb=gbf_b=g_b. L’ensemble des points aa de B tels que fa=gaf_a=g_a est ouvert et fermé dans B (corollaire 2) et contient bb. Il est donc égal à B et ff est égal à gg.

Corollaire 4 01PK

Soit B un espace topologique connexe et localement connexe, soit (E,p)(E, p) un revêtement de B et soit bb un point de B. Pour que E soit un revêtement trivialisable, il faut et il suffit que tout point de la fibre EbE_b appartienne à l’image d’une section continue de pp.

La condition est nécessaire. Soit E′E' la réunion des images des sections continues de pp et soit E′′E'' son complémentaire dans E. L’ensemble E′E' est ouvert et fermé dans E (cf. I, p. 79). Par suite, (E′,p∣E′)(E', p|E') est un revêtement de B (corollaire 1), et ce revêtement est trivialisable en vertu du corollaire 2 (I, p. 70). Supposons que E′E' contienne EbE_b et démontrons que E′′E'' est vide. Comme E′′E'' est ouvert et fermé dans E, p(E′′)p(E'') est ouvert et fermé dans B (corollaire 1). Puisque B est connexe et que bb n’appartient pas à p(E′′),p(E′′)=∅p(E''),p(E'') =\emptyset, donc E′′=∅E''=\emptyset.

Corollaire 5 01PL

Soit

E′f′{E'}^{f'} E

p′pp'p

B′f{B'}^f B

un carré cartésien. Supposons que le B-espace (E,p)(E, p) soit un revêtement et que l’espace B′B' soit connexe et localement connexe. Soit b′b' un point de B′B'. Pour que le B′B'-espace (E′,p′)(E', p') soit un revêtement trivialisable, il faut et il suffit que pour tout point xx de E tel que p(x)=f(b′)p(x) =f(b'), il existe un relèvement continu g:B′→Eg: B'\rightarrow E de ff tel que g(b′)=xg(b') =x.

Rappelons que (E′,p′)(E', p') est un revêtement de B′(B'(I, p. 71, cor. 2) et que l’application f′f' induit une bijection Eb′′→Ef(b′)(E'_{b'}\rightarrow E_{f(b')}(I, p. 10, cor.). D’après la prop. 3 de I, p. 9, l’application s↦f′∘ss\mapsto f'\circ s définit une bijection entre l’ensemble des sections continues de p′p' et l’ensemble des relèvements continus de ff à E. Le corollaire résulte donc du corollaire 4.

Proposition 7 01PM

Soit B un espace topologique, soient E et E′E' des B-espaces et soit f:E′→Ef: E'\rightarrow E un B-morphisme. On suppose que E′E' est un revêtement de B et que l’espace B est localement connexe.

a) Si la projection du B-espace E est une application étale et séparée, (E′,f)(E', f) est un revêtement de E.

b) Si ff est surjective, alors E est un revêtement de B.

Notons pp et p′p' les projections des B-espaces E et E′E' respectivement. Sous l’hypothèse de a),f),f est étale (I, p. 29, prop. 6, c)). Sous l’hypothèse de b),p),p est étale (loc. cit., d)). Par suite, sous l’une quelconque de ces deux hypothèses, E est localement connexe ; ses composantes connexes sont en particulier ouvertes et fermées dans E (TG, I, p. 85, prop. 11).

Nous allons d’abord démontrer la proposition 7 sous l’hypothèse supplémentaire que B est connexe, localement connexe, et que E′E' est le revêtement trivial (B×F′(B\times F', pr1)_1).

Lemme 01PN

Si U est une composante connexe de E′E', la restriction de ff à U induit un homéomorphisme de U sur une composante connexe de E.

Soit x∈F′x\in F' tel que U=B×{x}(U = B\times \{x\}(cf. I, p. 79). L’application de B dans E qui à b∈Bb\in B associe f(b,x)f(b, x) est une section continue de pp. Son image X est donc connexe et ouverte dans E, car pp est étale (I, p. 30, cor. 3). Elle est de plus fermée sous l’hypothèse a), car pp est séparée (I, p. 27, prop. 3). Elle est aussi fermée sous l’hypothèse b) d’après le corollaire 1 de I, p. 80, car U est ouvert et fermé dans E′E'. Par suite, X est une composante connexe de E.

Comme f∣U:U→Xf|U: U\rightarrow X est bijective et ouverte, c’est un homéomorphisme sur son image, ce qui démontre le lemme.

Conservons les hypothèses précédant le lemme et démontrons maintenant l’assertion a). Soit V une composante connexe de E. C’est un

ensemble ouvert et fermé dans E et f−1(V)\overset{-1}{f}(V) est réunion de composantes connexes de E′E' que ff applique homéomorphiquement sur V d’après le lemme. Il résulte de la prop. 6 de I, p. 79 que (E′,f)(E', f) est un revêtement.

Démontrons b). Comme ff est surjective, il résulte du lemme que toute composante connexe V de E est l’image homéomorphe d’une composante connexe U=B×{x}U = B\times \{x\} de E′E'. L’application pp induit alors un homéomorphisme de V sur B. D’après la prop. 6, E est un revêtement de B.

Cela démontre donc la proposition, sous l’hypothèse supplémentaire que B est connexe et E′E' un revêtement trivialisable de B. Démontronsla dans le cas général.

Il existe un recouvrement (Ui)i∈I(U_i)_{i\in I} de B, formé d’ouverts connexes au-dessus desquels le revêtement E′E' est trivialisable. Soit i∈Ii\in I.

Démontrons a). Si l’application pp est étale et séparée, il en est de même de l’application pUi:Ui×BE→Uip_{U_i}: U_i\times_BE\rightarrow U_i, pour i∈Ii\in I, d’après les prop. 8 de I, p. 31 et 4 de I, p. 27. Il résulte donc du cas particulier traité que,

pour tout i∈Ii\in I, le UiU_i-espace ((−p′1)(Ui),fUi(^-{p'}^1)(U_i), f_{U_i}) est un revêtement. Notons A l’espace somme des UiU_i et q:A→Bq: A\rightarrow B l’application canonique. Alors, l’espace A×BE′A\times_BE', muni de l’application fA:A×BE′→A×BEf_A: A\times_BE'\rightarrow A\times_BE est un revêtement de A×BEA\times_BE. L’application qq admet une section continue au voisinage de tout point de B et la prop. 3 de I, p. 72, appliquée au carré cartésien

A×BE′E′ A\times_BE'E'
fAf _{f_A}f

A×BEA\times_BE E

implique que E′E' est un revêtement de E.

Démontrons b). Supposons que ff soit surjective. Alors, pour tout élément ii de I, l’application fUi:Ui×BE′→Ui×BEf_{U_i}: U_i\times_BE'\rightarrow U_i\times_BE est surjective et l’espace Ui×BE′U_i\times_BE', muni de l’application fUif_{U_i}, est un revêtement de Ui×BEU_i\times_BE (I, p. 71, cor. 2 de la prop. 2). Il résulte du cas particulier traité précédemment que le UiU_i-espace (p−1(Ui),pUi)(\overset{-1}{p}(U_i), p_{U_i}) est un revêtement. Par conséquent, E est un revêtement de B.

Soit B un espace topologique, soient E et E′E' des revêtements de B et soit f:E→E′f: E\rightarrow E' un B-morphisme On a vu que (E,f)(E, f) est un revêtement sous chacune des deux hypothèses suivantes : 1) le revêtement E est localement de degré fini (I, p. 76, cor. 1) ; 2) l’espace B est localement connexe (I, p. 81, prop. 7). Ce phénomène peut s’expliquer comme suit.

Soient F et F′F' des espaces topologiques discrets et soit f:B×F→f: B\times F\rightarrow B×F′B\times F' un B-morphisme. L’application f~:a↦\widetilde{f}:a\mapsto pr2∘f(b,⋅)_2\circ f(b,\cdot ) de B dans l’espace Cc(F;F′)\mathscr{C}_c(F; F') est continue (TG, X, p. 28, th. 3). Si U est un ouvert de B tel que l’application f~\widetilde{f} soit constante sur U, l’application fU:U×f_U: U\times F→U×F′F\rightarrow U\times F' déduite de ff est un revêtement trivialisable (I, p. 69, prop. 1).

L’espace Cc(F;F′)\mathscr{C}_c(F; F') n’est autre que l’ensemble F(F;F′)\mathscr{F}(F; F') des applications de F dans F′F' muni de la topologie déduite de la topologie de l’espace produit (F′)F(F')^F par l’identification canonique. Pour cette topologie, l’espace F(F;F′)\mathscr{F}(F; F') est totalement discontinu (I, p. 84, prop. 10). Par suite, si l’espace B est connexe, l’application f~\widetilde{f} est constante (I, p. 82, prop. 4) ; si l’espace B est localement connexe, l’application f~\widetilde{f} est localement constante. Lorsque l’ensemble F est fini, l’espace F(F;F′)\mathscr{F}(F; F') est discret et l’application f~\widetilde{f} est localement constante.

Remarque 01PO

Soit B un espace topologique, soient (E,p)(E, p) et (E′,p′)(E', p') des B-espaces et soit f:E′→Ef: E'\rightarrow E un B-morphisme.

a) Si E et E′E' sont des revêtements de B, l’application ff est étale (I, p. 29, prop. 6) et séparée (I, p. 25, prop. 2). Mais il n’est pas vrai, en général, que (E′,f)(E', f) soit un revêtement de E si l’espace B n’est pas localement connexe (I, p. 145, exerc. 4).

b) Si (E′,p′)(E', p') est un revêtement de B,f,f est surjective et fait de E′E' un revêtement de E, alors l’application pp est étale (I, p. 29, prop. 6). Mais il n’est pas vrai, en général, qu’elle soit séparée si l’espace B n’est pas localement connexe (I, p. 145, exerc. 4). En particulier, E n’est pas nécessairement un revêtement de B.

Corollaire 01PP

Soit B un espace topologique connexe et localement connexe. Soient E et E′E' des revêtements de B. Soit bb un point de B. Soit f:E′→Ef: E'\rightarrow E un B-morphisme et soit fb:Eb′→Ebf_b: E'_b\rightarrow E_b l’application déduite de ff par restriction aux fibres. Si l’application fbf_b est injective ( resp. surjective, resp. bijective), il en est de même de l’application ff.

Notons pp la projection du B-espace E. D’après la proposition, (E′,f)(E', f) est un revêtement de E ; son image f(E′)f(E') est ouverte et fermée dans E. Notons U le complémentaire de f(E′)f(E') dans E, de sorte que le B-espace (U,p∣U)(U, p|U) est un revêtement de B (I, p. 80, corollaire 1). Si l’application fbf_b est surjective, la fibre en bb de ce revêtement est vide. Comme B est un espace connexe, U est alors vide, donc ff est surjective.

L’ensemble V des points de E où la fibre de ff a exactement un élément est ouvert et fermé. Les B-espaces (V,p∣V)(V, p|V) et (f(E′),p∣f(E′))(f(E'), p|f(E')) sont des revêtements de B (loc. cit.) et l’application canonique i:V→i: V\rightarrow f(E′)f(E') est un B-morphisme. Si l’application fbf_b est injective, l’application ibi_b est surjective, donc ii est surjective d’après ce qui précède et l’on a V=f(E′)V =f(E'). Par suite, l’application ff est injective.

7. Revêtements d’un espace paracompact

Proposition 8 01PQ

Un revêtement d’un espace paracompact ( I, p. 69) est un espace paracompact.

Démontrons d’abord un lemme.

Lemme 01PR

Soit E un espace topologique séparé. Supposons que E possède un recouvrement ouvert localement fini (Vi)i∈I(V_i)_{i\in I} tel que, pour tout i∈I,Vi‾i\in I,\overline{V_i} soit un espace paracompact. Alors, l’espace E est paracompact.

Soit (Wj)j∈J(W_j)_{j\in J} un recouvrement ouvert de E ; nous allons démontrer qu’il existe un recouvrement ouvert localement fini (Ak)k∈K(A_k)_{k\in K} de E qui est plus fin que le recouvrement (Wj)j∈J(W_j)_{j\in J}. Pour tout i∈Ii\in I, soit (Aℓ′)ℓ∈Ki(A'_{\ell})_{\ell\in K_i} un recouvrement localement fini de Vi‾\overline{V_i} par des ouverts de Vi‾\overline{V_i}, plus fin que le recouvrement (Wj∩Vi‾)j∈J(W_j\cap \overline{V_i})_{j\in J}. Soit K la somme de la famille (Ki)i∈I(K_i)_{i\in I} (E, II, p. 30, déf. 8). Pour tout élément k=(ℓ,i)k= (\ell , i) de K, posons Ak=Aℓ′∩ViA_k= A'_{\ell}\cap V_i. Alors AkA_k est ouvert dans E et l’on a ⋃k∈KAk=⋃i∈IVi=E\bigcup_{k\in K}A_k=\bigcup_{i\in I}V_i= E ; de plus, pour tout k∈Kk\in K, il existe un indice j∈Jj\in J tel que Ak⊂WjA_k\subset W_j. Ainsi, la famille (Ak)k∈K(A_k)_{k\in K} est un recouvrement ouvert de E plus fin que (Wj)j∈J(W_j)_{j\in J}. Il reste à démontrer que la famille (Ak)k∈K(A_k)_{k\in K} est localement finie. Soit x∈Ex\in E ; il existe un voisinage ouvert U de xx qui ne rencontre ViV_i que pour ii appartenant à un sous-ensemble fini I′I' de I. Pour tout i∈I′,xi\in I',x possède un voisinage ouvert Ui⊂UU_i\subset U qui ne rencontre qu’un nombre fini d’ouverts AkA_k, pour k∈Ki×{i}:k\in K_i\times \{i\}: c’est évident si xx n’appartient pas à Vi‾\overline{V_i}, et si xx appartient à Vi‾\overline{V_i}, cela résulte de la propriété de finitude locale du recouvrement (Aℓ′)ℓ∈Ki(A'_{\ell})_{\ell\in K_i} de Vi‾\overline{V_i}. Par suite, V′=⋂i∈I′UiV'=\bigcap_{i\in I'}U_i est un voisinage ouvert de xx qui ne rencontre qu’un nombre fini des Ak,k∈KA_k,k\in K, et le recouvrement (Ak)k∈K(A_k)_{k\in K} est localement fini.

Démontrons la proposition. Soit E un revêtement de B, notons pp sa projection, et supposons que l’espace B soit paracompact. Soit (Ai)i∈I(A_i)_{i\in I} un recouvrement ouvert localement fini de B tel que, pour tout i∈Ii\in I, le revêtement E soit trivialisable au-dessus de AiA_i. Pour tout i∈Ii\in I, soit FiF_i un espace topologique discret et soit gi:p−1(Ai)→Ai×Fig_i:\overset{-1}{p}(A_i)\rightarrow A_i\times F_i une trivialisation de E au-dessus de AiA_i. Soit (Bi)i∈I(B_i)_{i\in I} un recouvrement ouvert de B tel que, pour tout i∈Ii\in I, on ait Bi‾⊂Ai\overline{B_i}\subset A_i (TG, IX, p. 49, prop. 4 et p. 48, cor. 1). Pour tout i∈Ii\in I, posons Vi=p−1(Bi)V_i=\overset{-1}{p}(B_i) ; on a Vi‾⊂p−1(Bi)⊂p−1(Ai)\overline{V_i}\subset \overset{-1}{p}(B_i)\subset \overset{-1}{p}(A_i) et Vi=gi−1(Bi×Fi)V_i=\overset{-1}{g_{i}}(B_i\times F_i), d’où Vi‾⊂gi−1(Bi×Fi)\overline{V_i}\subset \overset{-1}{g_{i}}(B_i\times F_i). Comme B est paracompact, Bi‾\overline{B_i} est paracompact (TG, I, p. 69, prop. 16) et Bi‾×Fi\overline{B_i}\times F_i est paracompact (TG, I, p. 70, prop. 18). Par suite, gi−1(Bi×Fi)\overset{-1}{g_{i}}(B_i\times F_i) est paracompact, donc Vi‾\overline{V_i} aussi (TG, I, p. 69, prop. 16). La famille (Vi)i∈I(V_i)_{i\in I} est, par construction, un recouvrement ouvert localement fini de E. Enfin, l’espace E est séparé (I, p. 26, remarque 3). Il satisfait donc aux hypothèses du lemme, d’où la proposition.

Remarque 01PS

On peut démontrer qu’un revêtement d’un espace métrisable est métrisable (I, p. 145, exerc. 1) et qu’un revêtement connexe d’un espace localement compact dénombrable à l’infini est lui-même localement compact dénombrable à l’infini (I, p. 145, exerc. 2).

8. Faisceaux localement constants

Soient B un espace topologique et F un ensemble ; munissons F de la topologie discrète. On appelle faisceau constant sur B de tige-type F le faisceau sur B des applications localement constantes à valeurs dans F (I, p. 45, exemple 2). Ce faisceau est parfois noté F, lorsqu’aucune confusion sur l’espace B n’est à craindre. Il s’identifie au faisceau sur B des sections continues du B-espace étalé (B×F(B\times F, pr1)_1) : la formule i([U,s,a])=(a,s(a))i([U, s, a]) = (a, s(a)) définit en effet un isomorphisme canonique ii de l’espace étalé associé à F sur (B×F(B\times F, pr1)_1). Pour tout a∈Ba\in B, l’application [U,s,a]↦s(a)[U, s, a]\mapsto s(a) est une bijection canonique de la tige FaF_a de F en aa sur l’ensemble F.

Soit P=(P(U),rUV)\mathscr{P}= (\mathscr{P}(U), r_{UV}) le préfaisceau sur B tel que P(U)=F\mathscr{P}(U) = F pour tout ouvert U de B et rUV=r_{UV}= IdF_F pour tout couple (U,V)(U,V) d’ouverts de B tels que U⊂VU\subset V. Alors, le faisceau P~\widetilde{\mathscr{P}} associé à P\mathscr{P} est canoniquement isomorphe au faisceau constant F (I, p. 52, exemple 1).

Définition 3 01PT

On dit qu’un faisceau F\mathscr{F} sur un espace topologique B est localement constant si tout point de B possède un voisinage ouvert U tel que le faisceau induit F∣U\mathscr{F}|U soit isomorphe à un faisceau constant sur U.

Proposition 9 01PU

Pour qu’un faisceau soit localement constant, il faut et il suffit que l’espace étalé associé soit un revêtement.

Soit B un espace topologique et soit F\mathscr{F} un faisceau sur B. Le faisceau F\mathscr{F} est constant si et seulement si l’espace étalé EFE_{\mathscr{F}} est B-isomorphe à un revêtement trivial (B×F(B\times F, pr1)_1), où F est un espace topologique discret. Si U est un ouvert de B, l’espace étalé associé au faisceau induit F∣U\mathscr{F}|U s’identifie au U-espace étalé induit par EFE_{\mathscr{F}} au-dessus de U (cf. I, p. 51). La proposition en résulte.

Corollaire 01PV

Pour qu’un B-espace étalé soit un revêtement, il faut et il suffit que le faisceau de ses sections soit localement constant.

Cela découle de la proposition et de l’exemple 2 de I, p. 52.

9. Produits de faisceaux localement constants

Soit B un espace topologique et soit (Fi)i∈I(\mathscr{F}_i)_{i\in I} une famille de faisceaux sur B. Notons F\mathscr{F} le faisceau produit ∏i∈IFi\prod_{i\in I}\mathscr{F}_i et, pour i∈Ii\in I, soit pri:F→Fi_i:\mathscr{F}\rightarrow \mathscr{F}_i le morphisme de projection d’indice i(i(I, p. 46, exemple 7). Soient (E,p)(E, p) et (Ei,pi)(E_i, p_i) les B-espaces étalés associés aux faisceaux F\mathscr{F} et Fi\mathscr{F}_i respectivement, et φi:E→Ei\varphi_i: E\rightarrow E_i le B-morphisme associé à pri(_i(I, p. 50). Notons enfin (E′,p′)(E', p') le B-produit ∏BEi\prod_BE_i. D’après la propriété universelle du B-espace produit (I, p. 5), il existe un unique B-morphisme Φ:E→E′\Phi : E\rightarrow E' tel que, pour tout i∈Ii\in I, pri∘Φ=φi_i\circ \Phi =\varphi_i.

Proposition 10 01PW

Si l’ensemble I est fini, le B-morphisme Φ est un isomorphisme.

D’après le corollaire de I, p. 32, le B-espace E′E' est étalé et il suffit de démontrer que le B-morphisme Φ est bijectif ( I, p. 30, cor. 2). Pour tout point bb de B, la restriction Φb:Eb→Eb′\Phi_b: E_b\rightarrow E'_b de Φ aux fibres en bb s’identifie à l’application canonique de lim⟶∏i∈IFi(U)\longrightarrow \prod^{i\in I}\mathscr{F}_i(U) dans ∏i∈I\prod_{i\in I} lim⟶Fi(U)\longrightarrow \mathscr{F}_i(U), où U parcourt l’ensemble des ouverts de B qui contiennent b(b(cf. I, p. 50). D’après la prop. 10 de E, III, p. 67, cette application est une bijection.

Considérons maintenant le cas des faisceaux localement constants sur un espace topologique B. Soit (Fi)i∈I(F_i)_{i\in I} une famille d’ensembles et posons F=∏i∈IFiF =\prod_{i\in I}F_i. On définit un morphisme canonique ψ=(ψU)\psi = (\psi_U) du faisceau constant F dans le produit ∏i∈IFi\prod_{i\in I}F_i des faisceaux constants FiF_i en posant, pour tout ouvert U de B et toute fonction localement constante f:U→F,ψU(f)=f: U\rightarrow F,\psi_U(f) = (pri∘f_i\circ f)i∈I_{i\in I}.

Proposition 11 01PX

Si l’ensemble I est fini, ou si l’espace B est localement connexe, le morphisme canonique ψ:F→∏Fi\psi : F\rightarrow \prod F_i est un isomorphisme.

Soit U un ouvert de B. Il est clair que l’application ψU\psi_U est injective. Montrons qu’elle est surjective. Il s’agit de prouver que pour toute famille (fi)i∈I(f_i)_{i\in I} où fif_i est une application localement constante de U dans FiF_i, et tout point aa de U, il existe un voisinage V de aa dans U tel que pour tout i∈Ii\in I, l’application fi∣Vf_i|V soit constante. Lorsque l’ensemble I est fini, l’existence d’un tel voisinage est claire. Lorsque l’espace B est localement connexe, il suffit de prendre pour V un voisinage connexe de aa dans U. Cela prouve la proposition.

Corollaire 1 01PY

Un produit fini de faisceaux localement constants est localement constant.

Soit (Fi)i∈I(\mathscr{F}_i)_{i\in I} une famille finie de faisceaux localement constants sur B. Tout point aa de B possède un voisinage ouvert U dans B tel que, pour tout i∈Ii\in I, le faisceau Fi∣U\mathscr{F}_i|U soit isomorphe à un faisceau constant. Il en est alors de même du faisceau ((∏Fi)∣U((\prod\mathscr{F}_i)|U, qui est égal à ∏((Fi∣U)\prod ((\mathscr{F}_i|U).

Corollaire 2 01PZ

Soit (Fi)i∈I(\mathscr{F}_i)_{i\in I} une famille de faisceaux sur B. Supposons que l’espace B soit localement connexe et que tout point de B possède un voisinage ouvert U tel que, pour tout i∈Ii\in I, le faisceau Fi∣U\mathscr{F}_i|U soit isomorphe à un faisceau constant. Alors, le faisceau produit ∏Fi\prod\mathscr{F}_i est localement constant.

Remarque 1 01Q0

Soit (Ei,pi)i∈I(E_i, p_i)_{i\in I} une famille de revêtements de l’espace topologique B. Supposons que l’espace B soit localement connexe et qu’il existe un recouvrement ouvert (Uj)j∈J(U_j)_{j\in J} de B tel que, pour tout j∈Jj\in J et tout i∈Ii\in I, le revêtement EiE_i soit trivialisable au-dessus de UjU_j. Pour i∈Ii\in I, soit Fi\mathscr{F}_i le faisceau localement constant des sections de EiE_i et soit F\mathscr{F} le faisceau produit ∏iFi\prod_i\mathscr{F}_i. D’après le corollaire précédent, F\mathscr{F} est un faisceau localement constant et le B-espace étalé E qui lui est associé est donc un revêtement (I, p. 86, prop. 8). Pour i∈Ii\in I, soit pri:E→Ei_i: E\rightarrow E_i le B-morphisme induit par le morphisme de projection d’indice i,F→Fii,\mathscr{F}\rightarrow \mathscr{F}_i.

Considérons maintenant un revêtement (Y,q)(Y, q) de B et, pour tout i∈i\in I, soit fi:Y→Eif_i: Y\rightarrow E_i un B-morphisme. Si G\mathscr{G} désigne le faisceau localement constant des sections de qq, les B-morphismes fif_i induisent des morphismes de faisceaux f~i:G→Fi\widetilde{f}_i:\mathscr{G}\rightarrow \mathscr{F}_i. Soit f~:G→F\widetilde{f}:\mathscr{G}\rightarrow \mathscr{F} l’unique morphisme de faisceaux tel que f~i=\widetilde{f}_i= pri∘f~_i\circ \widetilde{f} pour tout i∈Ii\in I. Il existe alors un unique B-morphisme f:Y→Ef: Y\rightarrow E tel que fif_i = pri∘f_i\circ f pour tout i:i: c’est le B-morphisme qui induit f~\widetilde{f}.

On dit parfois que E est le revêtement produit de la famille (Ei)i∈I(E_i)_{i\in I}.

Remarque 2 01Q1

Avec les notations précédentes, le B-morphisme canonique Φ:E→∏BEi\Phi : E\rightarrow \prod_BE_i est bijectif. La question est en effet de nature locale sur B et l’on peut supposer que, pour tout i∈Ii\in I, le B-espace EiE_i est isomorphe au B-espace (B×Fi(B\times F_i, pr1)_1), où FiF_i est un espace topologique discret, de sorte que le faisceau Fi\mathscr{F}_i est isomorphe au faisceau FiF_i. D’après la prop. 11, le faisceau F\mathscr{F} s’identifie au faisceau F, où F est l’ensemble ∏Fi\prod F_i, muni de la topologie discrète, et l’application Φ s’identifie à l’application canonique B×F→B×(∏iFi)B\times F\rightarrow B\times (\prod_iF_i) qui est bijective.

10. Morphismes de faisceaux localement constants sur un espace localement connexe

Soit B un espace topologique, soient (E,p)(E, p) et (E′,p′)(E', p') des B-espaces. Notons M\mathscr{M} = M\mathscr{M}orB(E;E′)_B(E; E') le faisceau sur B des B-morphismes de (E,p)(E, p) dans (E′,p′)(E', p') (I, p. 45, exemple 4). Si U est un ouvert de B et bb un point de U, on notera θb,U:M(U)→C(Eb;Eb′)\theta_{b,U}:\mathscr{M}(U)\rightarrow \mathscr{C}(E_b; E'_b) l’application canonique obtenue par passage aux fibres en bb. On note θb:Mb→\theta_b:\mathscr{M}_b\rightarrow C(Eb;Eb′)\mathscr{C}(E_b; E'_b) l’unique application telle que θb,U\theta_{b,U} soit la composée de θb\theta_b et de l’application canonique M(U)→Mb\mathscr{M}(U)\rightarrow \mathscr{M}_b pour tout ouvert U de B contenant bb (E, III, p. 62).

Soit aussi I=I\mathscr{I}=\mathscr{I}somB(E;E′)_B(E; E') le faisceau sur B des B-isomorphismes de (E,p)(E, p) dans (E′,p′)(E', p'). Notons i:I→Mi:\mathscr{I}\rightarrow \mathscr{M} le morphisme canonique. Pour tout b∈Bb\in B, l’application θb∘ib\theta_b\circ i_b induit une application θb′\theta '_b de Ib\mathscr{I}_b dans l’ensemble des bijections continues de EbE_b sur Eb′E'_b.

Proposition 12 01Q2

Supposons que l’espace B soit localement connexe et que les B-espaces E et E′E' soient des revêtements. Le faisceau M\mathscr{M}orB(E;E′)_B(E; E') est alors localement constant et, pour tout b∈Bb\in B, l’application θb\theta_b est une bijection de sa tige en bb sur l’ensemble des applications de EbE_b dans Eb′E'_b.

De même, le faisceau I\mathscr{I}somB(E;E′)_B(E; E') est localement constant et, pour tout point bb de B, l’application θb′\theta '_b est une bijection de sa tige en bb sur l’ensemble des bijections de EbE_b sur Eb′E'_b.

Nous noterons M=M\mathscr{M}=\mathscr{M}orB(E;E′)_B(E; E') et I=I\mathscr{I}=\mathscr{I}somB(E;E′)_B(E; E'). Les assertions à démontrer sont de nature locale sur B ; nous pouvons donc supposer que E=B×FE = B\times F et E′=B×F′E'= B\times F' sont des revêtements triviaux, où F et F′F' sont des espaces topologiques discrets.

Prouvons d’abord que, pour tout ouvert connexe U de B et tout point bb de U, l’application θb,U\theta_{b,U} est une bijection. Soit f:U×F→f: U\times F\rightarrow U×F′U\times F' un morphisme de U-espaces ; alors, θb,U(f)\theta_{b,U}(f) est l’application y↦y\mapsto pr2(f(b,y))_2(f(b, y)) de F dans F′F'. Pour tout y∈Fy\in F, l’application x↦x\mapsto pr2(f(x,y))_2(f(x, y)) est une application continue de l’espace connexe U dans l’espace discret F′F', donc est constante, égale à pr2(f(b,y))_2(f(b, y)). On a ainsi f(x,y)=(x,θb,U(f)(y))f(x, y) = (x, \theta_{b,U}(f)(y)). Il en résulte que θb,U\theta_{b,U} est une bijection ; sa bijection réciproque associe à toute application φ:F→F′\varphi : F\rightarrow F' le U-morphisme de U×FU\times F dans U×F′U\times F' donné par (x,y)↦(x,φ(y))(x, y)\mapsto (x, \varphi (y)).

Par hypothèse, tout point b∈Bb\in B admet une base de voisinages ouverts connexes ; l’application θb\theta_b est donc une bijection. Les applications θb,U−1\theta^{-1}_{b,U}, pour U ouvert connexe non vide de B et bb un point quelconque de bb, définissent un morphisme de préfaisceaux (relativement à la base des ouverts connexes de B) du faisceau constant de tige-type F′F{F'}^F dans le faisceau M\mathscr{M}. D’après ce qui précède, ce morphisme induit une bijection sur les tiges ; c’est donc un isomorphisme.

Les assertions relatives au faisceau I\mathscr{I} se démontrent de même.

Corollaire 1 01Q3

Soient B un espace topologique et A un sous-espace de B. On suppose que les espaces A et B sont localement connexes. Soient E et E′E' des revêtements de B. Alors les morphismes canoniques ψ:M\psi :\mathscr{M}orB(E;E′)A→M_B(E; E')_A\rightarrow \mathscr{M}orA(EA;EA′)_A(E_A; E'_A) et ψ′:I\psi ':\mathscr{I}somB(E;E′)A→_B(E; E')_A\rightarrow I\mathscr{I}somA(EA;EA′)_A(E_A; E'_A) (I, p. 45, exemple 4) sont des isomorphismes.

Pour tout point a∈Aa\in A, il résulte de la proposition précédente et de l’exemple 2 de I, p. 63, appliqué aux espaces {a}\{a\}, A, B et aux injections canoniques, que le morphisme canonique ψ\psi induit par passage aux tiges l’identité de EaEa′E^{E'_a}_a. C’est donc un isomorphisme. Le fait que ψ′\psi ' soit un isomorphisme se démontre de manière analogue.

Corollaire 2 01Q4

Soient B un espace topologique et A un sous-espace de B. On suppose que les espaces A et B sont localement connexes et que le couple (B,A)(B,A) jouit de la propriété (PCV) de I, p. 37. Soient E et E′E' des revêtements de B, notons pp et p′p' leurs projections. Soit

g:p−1(A)→(−p′1)(A)g:\overset{-1}{p}(A)\rightarrow (^-{p'}^1)(A) un A-morphisme ( resp. un A-isomorphisme). Il existe un voisinage U de A dans B et un U-morphisme ( resp. un

U-isomorphisme) f:p−1(U)→(p−1′)(U)f:\overset{-1}{p}(U)\rightarrow (\overset{-1}{p}')(U) tel que fA=gf_A=g.

Conservons les notations du corollaire 1. D’après ce même corollaire, un A-morphisme g:EA→EA′g: E_A\rightarrow E'_A s’identifie à une section s0s_0 au-dessus de A de l’espace étalé EME_{\mathscr{M}} associé à M\mathscr{M}. D’après l’hypothèse faite sur le couple (B,A)(B,A) et le lemme 3 de I, p. 39, il existe un voisinage ouvert U de A dans B et une section continue ss de EME_{\mathscr{M}} au-dessus de U prolongeant s0s_0. Cette section ss s’identifie à un U-morphisme f:EU→EU′f: E_U\rightarrow E'_U prolongeant ff.

Le cas où gg est un A-isomorphisme se traite de manière analogue en considérant au lieu du faisceau M\mathscr{M} le faisceau I\mathscr{I}.

Exercices

See the exercises for § 4.

Transcribed from the printed volume. Not translated.