§ 5. Revêtements principaux
1. Espaces fibrés principaux
Définition 1 01Q5
Soient G un groupe topologique et B un espace topologique. On appelle espace fibré principal (à droite) de base B et de groupe G un B-espace muni d’une opération à droite de G sur E (A, I, p. 50) ayant la propriété suivante :
(FP) Pour tout point de B, il existe un voisinage U de et un
U-isomorphisme tels que pour tous
et , on ait .
Au lieu de dire que est un espace fibré principal de base B et de groupe G, on dit parfois que le quadruplet est une fibration principale (cf. VAR, R, § 6), ou par abus que l’application est une fibration principale de base B et de groupe G.
Lorsqu’aucun doute n’est possible quant à la base B, au groupe G et à l’opération de G sur E, on dira simplement que est un espace fibré principal.
Soit G un groupe topologique. Soit un B-espace muni d’une opération de G à gauche. Si, pour l’opération à droite du groupe , opposée à l’opération donnée (A, I, p. 50), est un espace fibré principal à droite de groupe , on dit que est un espace fibré principal à gauche de groupe G.
Un espace fibré principal est un espace fibré localement trivial (I, p. 68, déf. 1).
Il résulte de la propriété (FP) que le groupe G opère continûment (TG, III, p. 9) et librement dans E et que les orbites de cette opération sont les fibres du B-espace . L’application déduite de est continue et bijective. Toujours d’après la propriété (FP), l’application est ouverte (TG, I, p. 30, prop. 2 et p. 26, prop. 5) ; par suite, est un homéomorphisme (TG, I, p. 32, prop. 3).
Soient et des espaces fibrés principaux de base B et de groupe G. On dit qu’une application est un morphisme d’espaces fibrés principaux (de base B et de groupe G) si est un B-morphisme et que l’on a pour tout et tout . Soit un espace fibré principal de base B et de groupe G. Si et sont des morphismes d’espaces fibrés principaux, l’application est un morphisme d’espaces fibrés principaux. Conformément aux définitions générales (E, IV, p. 11), on peut prendre pour morphismes de la structure d’espace fibré principal de base B et de groupe G ceux définis ci-dessus. On note l’ensemble des morphismes d’espaces fibrés principaux de dans .
On appelle espace fibré principal trivial de base B et de groupe G le B-espace , pr muni de la loi d’opération à droite de G sur définie par .
On dit qu’un espace fibré principal de base B et de groupe G est trivialisable s’il existe un isomorphisme de sur l’espace fibré principal trivial , pr ; un tel isomorphisme est appelé trivialisation de l’espace fibré principal . La propriété (FP) exprime qu’il existe un recouvrement ouvert de B tel que, pour tout , le -espace , muni de l’opération à droite de G déduite de celle de G sur E, soit un espace fibré principal trivialisable.
Exemple 1 01Q6
Soit un espace fibré principal de base B et de groupe G et soit A un sous-espace de B. Le sous-espace de E est stable pour l’opération de G et l’application en fait un espace fibré principal de base A et de groupe G. On dit que est l’espace fibré principal induit par au-dessus de A.
Exemple 2 01Q7
Soit un espace fibré principal de base B et de groupe G ; soit un espace fibré principal de base et de groupe . On définit une loi d’opération à droite du groupe sur l’espace en posant pour et ; cette opération est continue. Soit U une partie ouverte de B et une trivialisation du U-espace ;
soit une partie ouverte de et une trivialisation du -espace (). L’application est un -isomorphisme de
sur et l’on a
On en déduit que le -espace , muni de la loi d’opération de définie ci-dessus est un espace fibré principal, appelé produit des espaces fibrés principaux E et .
Exemple 3 01Q8
En particulier, lorsque , le B-espace s’identifie à l’espace fibré principal de groupe induit par au-dessus de la diagonale de . Muni de cette structure d’espace fibré principal, le B-espace est appelé produit fibré des espaces fibrés principaux E et .
Exemple 4 01Q9
Soit E un espace fibré principal de base B et de groupe G et soit F un espace topologique. Le -espace muni de la loi d’opération , pour et , est un espace fibré principal de groupe G. C’est le cas particulier de l’exemple 2, où est l’application identique de F et est un groupe réduit à l’élément neutre.
Exemple 5 01QA
Soient B un espace topologique et un espace fibré principal de base B et de groupe G. Soient un espace topologique et une application continue. Le groupe G opère à droite dans le produit fibré par la loi , pour et . Cette opération est continue et libre ; les orbites sont les fibres de l’application pr. Il résulte des exemples 1 et 4 ci-dessus et de la remarque 2 de I, p. 16 que le -espace est un espace fibré principal de groupe G. On l’appelle l’espace fibré principal déduit de par le changement de base , ou encore l’image réciproque de par .
Proposition 1 01QB
Tout morphisme d’espaces fibrés principaux est un isomorphisme.
Soit un morphisme de l’espace fibré principal trivial , pr dans lui-même et soit l’application continue pr, de sorte que . Pour tout et tous , on a , d’où , où désigne l’élément neutre de G. Le morphisme est donc un isomorphisme dont le morphisme réciproque est défini par pour .
Soient maintenant E et des espaces fibrés principaux et soit un morphisme d’espaces fibrés principaux. Compte tenu de la propriété (FP), pour tout point , il existe un voisinage ouvert U de tel que les fibrés principaux et soient trivialisables. Par passage aux sous-espaces, induit un morphisme d’espaces fibrés principaux ; d’après ce qui précède, ce morphisme est un isomorphisme. En particulier, est une bijection. Il existe alors une unique application qui induise la bijection par passage aux sous-espaces. D’après la proposition 4 de I, p. 19, l’application est continue, donc est un isomorphisme d’espaces fibrés principaux.
Corollaire 01QC
Soient G un groupe topologique, et des espaces fibrés principaux de groupe G et de bases B et respectivement. Soient B et E des applications continues telles que et telles que, pour tout et tout , . Alors le carré
E
B
est un carré cartésien.
En effet, l’application définie par pour , est un -morphisme de revêtements principaux, donc un isomorphisme ; on a de plus pr, d’où le résultat (I, p. 8, prop. 2).
Sous les hypothèses du corollaire précédent, on dit parfois que est un -morphisme d’espaces fibrés principaux.
Proposition 2 01QD
Soit un espace fibré principal de base B et de groupe G, et soit la section de l’espace fibré principal trivial , pr, où désigne l’élément neutre de G. L’application est une bijection de sur l’ensemble des sections continues de . La bijection réciproque associe à une section continue de le B-morphisme .
Corollaire 01QE
Un espace fibré principal est trivialisable si et seulement s’il admet une section continue.
Proposition 3 01QF
Soient E et B des espaces topologiques, une application continue et G un groupe topologique opérant à droite sur E. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) Muni de l’application , E est un espace fibré principal de base B et de groupe G;
(ii) Pour tout et tout , on a , l’application est un homéomorphisme de sur et tout point de B possède un voisinage sur lequel existe une section continue de l’application .
(i)(ii) : Supposons que soit un espace fibré principal. Le groupe G opère continûment et librement dans E avec pour orbites les fibres de . Par suite, l’application est bijective et continue. Plus précisément, si l’on munit de l’opération de G définie par , l’application est un E-morphisme de l’espace fibré principal trivial dans l’espace fibré principal , pr (exemple 5), donc un isomorphisme (prop. 1). Les autres assertions de (ii) résultent immédiatement de la définition.
(ii)(i) : Posons pr, de sorte que, pour tout , on a
L’application est continue et, pour , l’élément est l’unique élément de G tel que . Soit un point de B; soit U un voisinage de et soit une section continue de au-dessus de U. Pour , posons ; l’application est un U-morphisme de dans . Pour , posons . L’application est un U-morphisme de dans . On a
D’autre part, pour , on a
Par suite, est un U-isomorphisme. Il en résulte que est un espace fibré principal de base B et de groupe G.
Remarque 1 01QG
Soit un espace fibré principal de base B et de groupe G. Avec les notations de la proposition 3, l’application est une trivialisation de l’espace fibré principal pr. On dit que est la trivialisation canonique de cet espace fibré principal.
Corollaire 1 01QH
Soit G un groupe topologique opérant continûment à droite dans un espace topologique E. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) L’espace des orbites est séparé et l’espace E, muni de l’application canonique , est un espace fibré principal de groupe G;
(ii) Le groupe G opère proprement (TG, III, p. 27) et librement dans E et tout point de possède un voisinage sur lequel existe une section continue de l’application .
Posons . Sous chacune des hypothèses (i) et (ii), le groupe G opère continûment et librement dans E, de sorte que l’application est une bijection continue de sur . Plaçons-nous sous cette hypothèse et notons l’application pr. Compte tenu de la formule (1), pour que soit un homéomorphisme, il faut et il suffit que l’application soit continue. D’autre part, comme la relation d’équivalence définie par G est ouverte (TG, III, p. 10, lemme 2), pour que l’espace soit séparé, il faut et il suffit que le graphe de cette relation d’équivalence soit fermé dans (TG, I, p. 55, prop. 8). Enfin (TG, III, p. 31, prop. 6), pour que G opère proprement dans E, il faut et il suffit que soit fermé dans et que l’application soit continue. L’équivalence des conditions (i) et (ii) résulte alors de la prop. 3.
Corollaire 2 01QI
Soit G un groupe topologique, soient H un sous-groupe de G et l’application canonique. Si l’application possède une section continue au-dessus d’un ensemble ouvert non vide de , l’application fait de G un espace fibré principal de base et de groupe H.
Par translations à gauche, tout point de possède un voisinage au-dessus duquel l’application possède une section continue. D’autre part, pour appartenant à , posons . Si appartient à H. L’application de dans est continue et c’est la réciproque de l’application continue définie par , d’où le corollaire.
Remarque 2 01QJ
Cette situation se présente notamment lorsque G est un groupe de Lie réel, de dimension finie, dénombrable à l’infini, opérant transitivement et analytiquement sur une variété analytique X. Si l’on prend pour H le fixateur d’un point de X, l’application est une submersion de G sur l’espace homogène de Lie , isomorphe à X (LIE, III, p. 109, corollaire). Elle possède donc des sections locales (VAR, p. 50).
2. Revêtements principaux
Définition 2 01QK
Soit B un espace topologique et soit G un groupe. Munissons G de la topologie discrète. Un espace fibré principal de base B et de groupe G est appelé un revêtement principal de B de groupe G.
Cette terminologie est légitime car un tel B-espace est un revêtement de B.
Un revêtement principal de groupe G d’un espace topologique non vide possède un degré, égal à Card G.
Proposition 4 01QL
Soient B un espace topologique, un B-espace et G un groupe topologique discret opérant à droite sur E. Les assertions suivantes sont équivalentes :
(i) Le B-espace E est un revêtement principal de groupe G ;
(ii) Pour tout et tout , on a , l’application induit un homéomorphisme de sur B et l’application est un homéomorphisme de sur ;
(iii) Le groupe G opère continûment et librement dans E, l’application est étale et ses fibres sont les orbites de G.
(i)(ii) : Cela résulte de I, p. 91 et de la proposition 3 de I, p. 94.
(ii)(iii) : Sous l’hypothèse (ii), la loi d’action de G est continue, et l’application est surjective et ouverte (TG, III, p. 10, lemme 2). Soit ; l’application induit une bijection de sur , donc le groupe G opère librement et ses orbites sont les fibres de . Si désigne l’élément neutre de G, la diagonale de est l’image de par l’homéomorphisme . Comme le groupe G est discret, l’ensemble est ouvert dans G, donc la diagonale est ouverte dans . D’après la proposition 7 de I, p. 31, l’application est étale.
(iii)(i) : Toute fibre de étant une orbite de l’opération de G dans E, l’application est surjective. Comme l’application est étale, pour tout point de B, il existe un voisinage ouvert U de et une section continue de au-dessus de U. L’ensemble est ouvert dans E et induit un homéomorphisme de U sur (I, p. 30, cor. 3). Pour tout , l’ensemble est ouvert dans E et la réunion des ensembles , pour tout , est égale à . Si et sont deux éléments de G distincts, les ensembles et sont disjoints, car G opère librement dans E. L’application définie par pour est donc un homéomorphisme de sur , compatible avec les opérations à droite de G. Par définition, E est donc un revêtement principal de B de groupe G.
Exemple 1 01QM
Soient E un espace topologique, G un groupe topologique discret opérant continûment et librement dans E à droite. Pour que l’application canonique fasse de E un revêtement principal de , il faut et il suffit qu’elle soit étale (condition (iii) de la proposition 4). Par exemple, supposons qu’il existe un espace topologique X et une application étale compatible avec l’opération de G dans E, alors E est un revêtement principal de . En effet, notons l’application déduite de ; on a , donc est étale d’après la proposition 6, d) de I, p. 29.
Exemple 2 01QN
Soit X une application étale et séparée. Le groupe Aut, muni de la topologie discrète, opère continûment à gauche dans E. Si l’espace E est connexe, cette opération est libre (I, p. 34, corollaire 2). Notons G le groupe Aut et munissons E de l’opération à droite opposée à celle de Aut. D’après l’exemple précédent, l’espace E, muni de l’application canonique , est un revêtement principal de groupe G.
3. Opérations propres et libres de groupes discrets
Théorème 1 01QO
Soit G un groupe discret opérant continûment à droite dans un espace topologique E. Supposons que tout point de E possède un voisinage U tel que pour tout élément de G autre que l’élément neutre. Alors, l’application canonique fait de E un revêtement principal de de groupe G.
L’opération de G dans E est libre par hypothèse, donc il suffit de démontrer que l’application est étale (I, p. 98, exemple 1). Soit un point de E et soit U un voisinage ouvert de tel que pour tout élément de G distinct de l’élément neutre. L’application est ouverte (TG, III, p. 10, lemme 2) et induit une application injective, continue et ouverte de U sur , donc un homéomorphisme, ce qui prouve que l’application est étale.
Exemple 1 01QP
Soit un entier , soit l’espace projectif à dimensions (TG, VI, p. 13) et soit la sphère unité de (TG, VI, p. 9). L’application canonique de sur fait de un revêtement principal de groupe , ce groupe opérant par homothéties ; les orbites sont les paires de points diamétralement opposés.
Exemple 2 01QQ
Tout revêtement de degré 2 possède une unique structure de revêtement principal de groupe .
Exemple 3 01QR
Soient X une variété différentielle séparée localement de dimension finie sur et la variété des orientations du fibré tangent de X (VAR, R, 10.2.4). L’espace , muni de sa projection canonique sur X, est un revêtement principal de X de groupe .
Corollaire 1 01QS
Soit G un groupe topologique discret opérant continûment à droite dans un espace topologique E. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) Le groupe G opère proprement et librement dans E ;
(ii) L’espace est séparé et l’espace E est un revêtement principal de base et de groupe G.
En outre, sous ces conditions, l’espace E est séparé.
Supposons la condition (i) satisfaite. Alors les espaces E et sont séparés (TG, III, p. 29, prop. 3) et il existe pour tout un voisinage ouvert U de dans E tel que pour tout élément de G autre que l’élément neutre (TG, III, p. 32, prop. 8). D’après le th. 1, la condition (ii) est alors satisfaite.
L’implication (ii)(i) résulte du corollaire 1 de I, p. 96.
Corollaire 2 01QT
Soit G un groupe topologique et soit H un sous-groupe discret de G. Faisons opérer H sur G par translations à droite. Alors, l’application canonique de G dans l’espace des classes à gauche suivant H munit G d’une structure de revêtement principal de de groupe H.
Soit V un voisinage de l’élément neutre de G tel que . Il existe un voisinage ouvert U de dans G tel que (TG, III, p. 3) et, par suite, pour tout . Le corollaire 2 de I, p. 100 résulte donc du théorème 1.
Exemple 4 01QU
Muni de l’application canonique de sur (TG, V, p. ) est un revêtement principal de de groupe .
Remarque 1 01QV
Soient G un groupe topologique séparé, K un sous-groupe compact de G et H un sous-groupe discret de G. Le groupe G opère continûment et proprement à droite dans l’espace des classes à droite suivant K (TG, III, p. 30, corollaire). Comme le groupe H est fermé dans G, il opère aussi proprement dans (TG, III, p. 27, exemple 1). Si, de plus, on a pour tout , le groupe H opère librement dans . L’espace est alors un revêtement principal de groupe H de d’après le corollaire 1.
Corollaire 3 01QW
Soient G et des groupes topologiques, soit un homomorphisme continu, ouvert et surjectif. On suppose que le noyau H de est discret. Alors, pour l’opération de H dans G par translations à droite, fait de G un revêtement principal de de groupe H.
Si de plus le groupe G est connexe, H est contenu dans le centre de G.
L’homomorphisme induit un isomorphisme de groupes topologiques de sur (TG, III, p. 16, prop. 24), d’où la première assertion d’après le corollaire 2. Supposons le groupe G connexe. Pour tout , l’application continue de G dans H définie par est constante, de valeur . Le groupe H est donc contenu dans le centre de G.
Remarque 2 01QX
Soient G et des groupes topologiques et soit un homomorphisme continu et ouvert. Si le groupe est connexe, l’homomorphisme est surjectif. En effet, est un sous-groupe ouvert, donc fermé, de , et par suite, égal à .
Remarque 3 01QY
Soit G un groupe localement compact dénombrable à l’infini et soit un groupe topologique séparé dont l’espace sous-jacent est un espace de Baire. Tout homomorphisme continu et surjectif de G dans est ouvert (TG, IX, p. 56, corollaire et TG, III, p. 16, prop. 24).
Exemple 5 01QZ
Pour tout entier 0, notons le groupe des racines -ièmes de l’unité dans (A, V, p. 75). L’application fait de un revêtement principal de de groupe , ce groupe opérant dans par multiplication.
Exemple 6 01R0
Muni de l’application (TG, VIII, p. 8, remarque), l’espace est un revêtement principal de de groupe . L’application de sur fait de un revêtement principal de de groupe .
4. Revêtements galoisiens
Définition 3 01R1
Soit B un espace topologique non vide. On dit qu’un revêtement E de B est galoisien s’il est connexe et si, pour tout point de B, l’opération du groupe Aut des B-automorphismes de E sur la fibre est transitive.
Soit E un revêtement galoisien d’un espace topologique B et soit sa projection. L’application est surjective (A, I, p. 56, déf. 6) donc l’espace B est connexe. Par suite, le revêtement possède un degré, non nul.
Proposition 5 01R2
Soit B un espace topologique non vide et soit E un revêtement galoisien de B. L’application de Aut dans E est une loi d’opération à droite du groupe Aut sur E qui fait de E un revêtement principal de groupe Aut.
Munissons le groupe Aut de la topologie discrète ; la loi d’opération est alors continue. Cette opération est libre (I, p. 34, corollaire 2 de la proposition 11). Comme E est un revêtement galoisien de B, ses fibres sont les orbites de cette opération. D’après la proposition 4 de I, p. 97, E est un revêtement principal de groupe Aut.
Théorème 2 01R3
Soit B un espace topologique connexe, soit E un revêtement de B, connexe et non vide. Les propriétés suivantes sont équivalentes :
(i) Le revêtement E est galoisien ;
(ii) Il existe un groupe topologique discret G et une opération continue à droite de G dans E qui fasse de E un revêtement principal de groupe G ;
(iii) Le revêtement de E défini par la projection pr est trivialisable.
Lorsque ces conditions sont réalisées, l’application canonique Aut définie par l’opération de G est un isomorphisme de groupes.
Si, de plus, l’espace B est localement connexe, les propriétés précédentes sont équivalentes à la propriété suivante :
(i) Il existe un point de B tel que l’opération du groupe Aut dans la fibre soit transitive.
L’implication (i)(ii) résulte de la proposition 5 et l’implication (ii)(iii) de la remarque 1 de I, p. 95. Démontrons (iii)(i). Notons la projection du revêtement E. Comme B est connexe, ce revêtement possède un degré, et ce degré n’est pas nul car E n’est pas vide. Soit un point de B. Démontrons que l’opération de Aut sur la fibre est transitive. D’après ce qui précède, cette fibre n’est pas vide. Soient et des points de . Les B-morphismes tels que correspondent bijectivement aux sections continues de l’application pr telles que (I, p. 9, prop. 3). Sous l’hypothèse (iii), une telle section existe (I, p. 70, cor. 2) et est unique (I, p. 34, cor. 1 de la prop. 11) car l’espace E est connexe. Ainsi, pour tout couple , il existe un unique B-morphisme tel que . Si est l’unique B-morphisme tel que , on a et , d’où Id et Id. Cela prouve que est un B-automorphisme de E. Le revêtement E est donc galoisien.
Nous avons démontré que les conditions (i), (ii), (iii) sont équivalentes. Supposons-les satisfaites. Soit Aut l’application qui à associe le B-automorphisme de E. L’application est un homomorphisme de groupes de G dans Aut. Comme G opère librement dans E, l’application est injective. Soit Aut, soit E et soit l’unique élément de G tel que . Les B-morphismes et coïncident en , donc partout, car l’espace E est connexe (I, p. 34, cor. 1 de la prop. 11), ce qui prouve que est un isomorphisme.
Supposons maintenant l’espace B localement connexe et démontrons, sous l’hypothèse (i), que le revêtement E est galoisien. Soit l’espace quotient de E par l’opération à droite de Aut et notons l’application canonique. Elle fait de E un revêtement surjectif de I, p. 98, exemple 2) ; l’application définit par passage au quotient une application continue telle que . Comme l’espace B est localement connexe, le B-espace est un revêtement (I, p. 81, prop. 7). Sous l’hypothèse (i), il existe un point de B tel que la fibre ait exactement un élément ; comme l’espace B est connexe, il en est alors de même pour tout point de B (I, p. 74, prop. 4), ce qui démontre que E est un revêtement galoisien de B.
Proposition 6 01R4
Soient B un espace topologique et G un groupe. Soit un revêtement de B, principal de groupe G. Supposons l’espace B connexe et localement connexe. Soit une composante connexe de E et soit le sous-groupe de G stabilisateur de (A, I, p. 51). Le B-espace est un revêtement principal pour l’opération à droite de dans . Ce revêtement est galoisien.
Comme l’espace B est localement connexe, il en est de même de E, de sorte que est un sous-espace ouvert de E (TG, I, p. 85, prop. 11). Comme il est aussi fermé (TG, I, p. 83), l’espace est donc un revêtement de B (I, p. 80, cor. 1). Puisque B est connexe, ce revêtement a un degré ; comme n’est pas vide, toutes les fibres de sont donc non vides. Soit un point de , soit tel que ; il existe un élément tel que . Comme les composantes connexes et ont alors un point commun, elles sont égales, ce qui entraîne . Ainsi, le groupe opère transitivement dans la fibre du B-espace en . La prop. 6 en résulte.
Remarque 01R5
Si, dans la proposition 6, on ne suppose pas l’espace B localement connexe, il peut arriver que l’espace ne soit pas un revêtement de B (I, p. 147, exerc. 1).
5. Espaces fibrés associés
Soient E et F des ensembles et soit G un groupe opérant à droite sur E et à gauche sur F. Le groupe G opère à droite sur le produit par la loi , pour , . L’ensemble quotient de par cette opération est noté .
Lorsque E et F sont des espaces topologiques, on munit l’ensemble de la topologie quotient de celle de . L’application canonique de sur est continue. Si le groupe G opère continûment dans E et F, elle est ouverte.
De plus, soit un ensemble sur lequel G opère à gauche et soit une application compatible avec les opérations de G sur F et (A, I, p. 50). L’application Id est compatible avec les opérations de G et définit par passage aux quotients une application notée Id de dans .
Si est une application continue (compatible avec les opérations de G sur F et ), l’application Id est continue (TG, I, p. 21, prop. 6).
Exemple 1 01R6
Soit F un espace topologique et soit G un groupe topologique opérant continûment à gauche dans F. Si l’on munit l’espace topologique G de l’opération de G par translations à droite, l’espace s’identifie canoniquement à F de la façon suivante. Les applications continues et F définies par (où désigne l’élément neutre de G) et induisent des applications continues et qui sont réciproques l’une de l’autre.
Exemple 2 01R7
L’exemple 1 se généralise comme suit. Soient B et F des espaces topologiques et soit G un groupe topologique opérant continûment à gauche dans F. Par passage aux quotients, l’application de dans donnée par et l’application de dans donnée par définissent des B-isomorphismes et réciproques l’un de l’autre.
Exemple 3 01R8
De façon analogue, soit E un espace topologique et soit G un groupe topologique opérant continûment à droite dans E. Si l’on munit l’espace topologique G de l’opération de G par translations à gauche, l’espace s’identifie à E.
Soient E et F des espaces topologiques et soit G un groupe topologique opérant continûment à droite dans E et à gauche dans F. Soient B un espace topologique et une application continue telle que pour et . L’application pr définit, par passage au quotient, une application continue et l’application canonique est un B-morphisme.
Soit un espace topologique et soit une application continue. Le groupe G opère continûment à droite dans par la loi d’opération . En composant l’isomorphisme canonique de sur et l’application Id de dans , on obtient une application continue . Elle définit par passage au quotient une application continue
Lemme 01R9
L’application est un homéomorphisme.
L’application est surjective et deux éléments de ont même image par si et seulement s’ils appartiennent à une même orbite pour l’opération de G dans . Il en résulte que l’application est bijective. Comme l’application est ouverte, il en est de même de l’application IdI, p. 17, prop. 8), donc de et de (TG, I, p. 32, prop. 3), ce qui démontre que est un homéomorphisme.
Proposition 7 01RA
Soit B un espace topologique, soit G un groupe topologique, soit un B-espace fibré principal de groupe G et soit F un espace topologique dans lequel le groupe G opère continûment à gauche.
a) L’espace topologique muni de l’application continue déduite de l’application pr par passage au quotient est un espace fibré localement trivial de fibre-type F; il est trivialisable si le B-espace fibré E est trivialisable.
b) Soit la surjection canonique. L’application qui à associe est un homéomorphisme dont l’application réciproque est une trivialisation du E-espace fibré localement trivial , pr.
Supposons d’abord que E soit le B-espace fibré principal trivial . D’après l’exemple 2, l’espace s’identifie alors à et l’application à la première projection pr, ce qui démontre que est un B-espace fibré trivialisable dans ce cas. Dans le cas général, tout point de B possède un voisinage U tel que l’application fasse de un U-espace fibré principal trivialisable. D’après ce qui précède, est un U-espace fibré trivialisable. D’après le lemme ci-dessus, appliqué au cas où et est l’injection canonique, il en est de
même du U-espace () déduit de par restriction au-dessus de U. Ceci démontre que est un B-espace fibré localement trivial et conclut la preuve de l’assertion a).
L’application définie par est un homéomorphisme (I, p. 94, prop. 3) compatible avec les opérations de G sur et sur données par et respectivement. Par passage aux quotients, induit donc un homéomorphisme de sur . L’application est composée de l’homéomorphisme (exemple 2), de et de l’homéomorphisme canonique (I, p. 105, lemme), d’où b).
Sous les hypothèses de la proposition 7, le B-espace fibré localement trivial () est appelé espace fibré localement trivial de fibre-type F associé à l’espace fibré principal . Toutes les fibres du B-espace sont homéomorphes à l’espace F. En particulier, si l’espace F est discret, l’application est un revêtement.
Exemple 4 01RB
Soient B un espace topologique, G un groupe topologique et soit un B-espace fibré principal de groupe G. Soit H un sous-groupe de G.
Notons et les applications définies par et . Elles sont compatibles aux projections vers B et aux opérations de G et définissent par passage aux quotients des morphismes de B-espaces et , réciproques l’un de l’autre. On dit que est l’homéomorphisme canonique de sur . En particulier, l’espace topologique muni de l’application continue est un B-espace fibré localement trivial de fibre-type .
Si de plus H est un sous-groupe distingué dans G, l’action de G munit, par passage aux quotients, le B-espace d’une structure d’espace fibré principal de groupe .
En particulier, si E est un revêtement principal de B de groupe G, est un revêtement de B ; si H est distingué dans G, c’est un revêtement principal de groupe .
Exemple 5 01RC
Soit B un espace topologique, soit G un groupe topologique et soit E un B-espace fibré principal de groupe G. Soit F un espace homogène topologique relativement à G (TG, III, p. 12). Soit un point de F et soit son fixateur. L’application de E dans définit par passage aux quotients un homéomorphisme de sur . Lorsque le groupe G est abélien, le sous-groupe ne dépend pas du point , mais l’homéomorphisme , en général, en dépend.
Exemple 6 01RD
Soit B un espace topologique, soit G un groupe topologique, soit un B-espace fibré principal de groupe G. Soit H un groupe topologique et soit un morphisme de groupes topologiques ; munissons H de l’opération à gauche de G donnée par .
Soit l’application canonique ; elle est ouverte, donc universellement stricte (I, p. 20, corollaire 11). L’application de dans est continue. Soient et ; on a . Par suite, il existe une unique application
telle que pour tout et tous . Puisque est universellement stricte, l’application est continue. C’est une opération à droite du groupe topologique H dans le B-espace .
Soit U un ouvert de B tel que soit isomorphe au U-espace fibré principal . Muni de l’opération de H, le U-espace s’identifie à l’espace fibré principal . Cela prouve que est un B-espace fibré principal de groupe H.
Définition 4 01RE
Soit B un espace topologique et soit G un groupe topologique. Un B-espace fibré localement trivial X est dit associable à un B-espace fibré E principal de groupe G s’il existe un espace topologique F sur lequel le groupe G opère continûment à gauche et un B-isomorphisme de sur X.
Soit E un B-espace fibré principal de groupe G et soit X un B-espace fibré localement trivial associable à E. Si l’espace fibré principal E est trivialisable, X est trivialisable (prop. 7). Si est un espace topologique et une application continue, le -espace fibré localement trivial déduit de X par changement de base est associable au -espace fibré principal (I, p. 105, lemme).
6. Revêtements associés
Soit B un espace topologique, soit G un groupe topologique discret et soit E un revêtement de B principal de groupe G. Soit F un G-ensemble ; si l’on munit F de la topologie discrète, le groupe G opère continûment dans F. Le B-espace est alors un revêtement. On l’appelle le revêtement de B de fibre-type F associé au revêtement principal E.
Définition 5 01RF
Soit B un espace topologique, soit G un groupe topologique discret et soit E un revêtement de B principal de groupe G. Un revêtement X de B est dit associable au revêtement principal E s’il existe un G-ensemble F et un B-isomorphisme de sur X.
Soit B un espace topologique, soit G un groupe topologique discret et soit E un revêtement de B, principal de groupe G.
Pour tout revêtement X de B, le groupe G opère à gauche sur par la loi définie par pour , .
Pour tout G-ensemble F muni de la topologie discrète, définissons une application par :
(2) pour et ,
où est la surjection canonique. L’application est compatible avec les opérations de G sur F et sur .
Pour tout revêtement X de B, il existe une unique application de dans X telle que :
(3) pour et .
En effet, on a pour et , par définition de l’opération de G dans . Lorsqu’on munit l’ensemble de la topologie discrète, l’application est un B-morphisme de revêtements.
Lorsque , on a
(4) pour et .
Proposition 8 01RG
Soit B un espace topologique connexe et non vide. Soit G un groupe discret et soit un revêtement de B principal de groupe G. Supposons que E soit connexe. Avec les notations ci-dessus, on a :
a) Pour tout G-ensemble F muni de la topologie discrète, l’application est un isomorphisme du G-ensemble F sur le G-ensemble .
b) Soit X un revêtement de B. Le B-morphisme est un isomorphisme de sur X si et seulement si le revêtement , pr de E est trivialisable.
a) Soient et des points de F tels que . L’espace E n’est pas vide ; choisissons-en un point . On a dans . Par suite, il existe tel que et . La première égalité implique que est l’élément neutre de G, donc . Ainsi, l’application est injective. D’autre part, soit et soit un point de E. Soient tels que . En particulier, ; il existe alors un élément de G tel que et l’on a aussi , où l’on a posé . Les B-morphismes et coïncident au point de E ; ils sont donc égaux puisque l’espace E est connexe (I, p. 34, cor. 1 de la prop. 11), et ceci prouve que l’application est surjective.
b) D’après la proposition 7, b) de I, p. 105 appliquée à , le revêtement de E est isomorphe au revêtement trivial . Si est un isomorphisme, le revêtement de E est donc trivialisable. Inversement, supposons le revêtement trivialisable et démontrons que le B-morphisme est bijectif ; il en résultera que est un B-isomorphisme (I, p. 30, cor. 2 de la prop. 6).
L’application est déduite par passage au quotient de l’application définie par . Démontrons que l’application est surjective. Soit un point de X. La projection du B-espace E est surjective, car c’est un revêtement principal ; il existe donc un point de E tel que . Il existe alors une section continue du revêtement trivialisable pr telle que . L’application pr est un B-morphisme et l’on a , d’où la surjectivité de l’application et, par conséquent, celle de l’application .
Démontrons enfin que est injective. Soient et des éléments de tels que . Remarquons que et ont même projection dans B; il existe donc un élément de G tel que . On a alors . Comme l’espace E est connexe, on a I, p. 34, cor. 1 de la prop. 11). Ainsi, et ont même classe dans , ce qui démontre que l’application est injective, et achève la démonstration.
Corollaire 1 01RH
Soit un revêtement principal de B de groupe G ; supposons que E soit connexe et non vide. Un revêtement X de B est associable à E si et seulement si le revêtement est trivialisable.
Si le revêtement est trivialisable, il découle de la proposition 8, b), que le revêtement X est associable à E. Dans ce cas, l’application identifie le revêtement X au revêtement de fibre-type associé à E. Inversement, soit F un G-ensemble muni de la topologie discrète et supposons que l’on ait . Alors, est un isomorphisme (loc. cit., a)) et la formule (4) entraîne que est un isomorphisme. Par suite, le revêtement est trivialisable (prop. 8, b)), d’où le corollaire.
Corollaire 2 01RI
Soit B un espace topologique connexe et localement connexe, soit un revêtement de B principal de groupe G. Soit une composante connexe de E et soit le sous-groupe de G stabilisateur de . Le B-espace est un revêtement principal de groupe I, p. 103, prop. 6).
Tout revêtement X de B qui est associable au revêtement principal E est associable au revêtement principal . En particulier, le revêtement E est associable au revêtement principal .
En effet, si le revêtement X est associable à E, le revêtement est trivialisable et le revêtement induit par au-dessus de est donc trivialisable.
Plus précisément, notons que l’application de dans E induit, par passage au quotient, un B-isomorphisme de revêtements principaux de sur E.
Proposition 9 01RJ
Soit B un espace topologique, soit E un revêtement principal de B de groupe G, connexe et non vide. Soit F un G-ensemble non vide muni de la topologie discrète. Pour que l’espace soit connexe, il faut et il suffit que G opère transitivement dans F.
Soit U une partie ouverte et fermée de . Si désigne la surjection canonique, est une partie ouverte et fermée de qui est stable par G. Comme E est connexe, il existe une partie , stable par G, telle que , d’où . Soient et des parties de F stables par G telles que ; comme E n’est pas vide, on a . L’application est une bijection de l’ensemble des parties de F stables par G sur l’ensemble des parties ouvertes et fermées de . La proposition en résulte.
Proposition 10 01RK
Soit B un espace topologique, soit un revêtement de B principal de groupe G et soit X un revêtement de B. Supposons que E et X soient connexes et non vides. Les propriétés suivantes sont équivalentes :
(i) Le revêtement X est associable au revêtement principal E ;
(ii) Il existe un sous-groupe H de G tel que X soit B-isomorphe à ;
(iii) Il existe un B-morphisme surjectif ;
(iv) Pour tout point de , il existe un B-morphisme tel que .
Supposons ces conditions satisfaites et soit H un sous-groupe de G tel que X soit B-isomorphe à . Le revêtement X est galoisien si et seulement si le sous-groupe H est distingué dans G.
(i)(ii) : Soit F un G-ensemble discret tel que le revêtement soit B-isomorphe à X. L’ensemble F n’est pas vide et l’espace est connexe, donc le groupe G opère transitivement dans F (prop. 9). Alors, l’espace est B-isomorphe à , où H est le sous-groupe de G fixateur d’un point de F (I, p. 106, exemple 4).
(ii)(iii) : En effet, la surjection canonique de E sur est un B-morphisme surjectif.
(iii)(iv) : Soit un point de . Comme l’application est surjective, il existe un point de E tel que . Les points et ont même projection dans B. Comme le revêtement E est principal de groupe G, il existe tel que . L’application définie par est un B-morphisme et l’on a .
(iv)(i) : Comme X n’est pas vide et que la projection de E sur B est surjective, l’espace n’est pas vide. Il existe donc un B-morphisme de E dans X. L’application (Id) est une section du revêtement de E. Comme l’espace E est connexe, il résulte du corollaire 2 de la prop. 1 de I, p. 69 que le revêtement est trivialisable, ce qui prouve que le revêtement X est associable au revêtement galoisien (proposition 8).
Supposons maintenant que ces conditions soient satisfaites. On note X le B-espace sa projection et l’application canonique.
Si le groupe H est distingué dans G, alors X est un revêtement principal de groupe (I, p. 106, exemple 4). Comme X et B sont connexes et non vides, X est un revêtement galoisien de B (I, p. 102, th. 2). Inversement, supposons que soit un revêtement galoisien de B et notons K = Aut. On définit une application en associant à l’unique élément de K tel que . Elle est continue car elle s’obtient en composant l’application continue de dans avec la trivialisation canonique (I, p. 95, remarque 1) de . Comme E est connexe et K est un groupe discret, l’application continue est constante, pour tout ; on note sa valeur. Si et , on a alors
Il en résulte que appartient à H et donc que H est distingué dans G.
Corollaire 01RL
Soit E un revêtement galoisien de B et soit X un revêtement de B, connexe et non vide. Supposons que X soit un revêtement fini ou bien que l’espace B soit localement connexe. S’il existe un B-morphisme , le revêtement X est associable au revêtement principal E.
Dans les deux cas, le B-morphisme est un revêtement (I, p. 77, cor. 3 du th. 1, et I, p. 78, prop. 5), et un revêtement non vide d’un espace connexe est surjectif (I, p. 68).
Théorème 3 01RM
Soit B un espace topologique non vide, connexe et localement connexe. Tout revêtement de B est associable à un revêtement galoisien ; tout revêtement fini de B est associable à un revêtement fini galoisien.
Soit X un revêtement de B, notons sa projection. Comme l’espace B est connexe et non vide, le revêtement X possède un degré ; notons F ce degré et munissons l’ensemble F de la topologie discrète. Comme l’espace B est localement connexe, le faisceau = som est localement constant et en tout point de B, sa tige est canoniquement isomorphe à l’ensemble des bijections de F sur la fibre I, p. 89, prop. 12). Soit le revêtement associé au faisceau localement constant I, p. 86, corollaire).
Soit G le groupe des permutations de F. Pour tout , on définit comme suit un morphisme du faisceau dans lui-même : pour tout ouvert U de B, l’application associe à un U-isomorphisme le U-isomorphisme défini par pour et . On a (Id) Id et , pour , de sorte que pour tout est un automorphisme du faisceau . Le B-morphisme associé à est un automorphisme (I, p. 50). Si est un élément de E, où U est un ouvert de B un point de U et un U-isomorphisme de sur , on a , où est défini par , pour U et F. Si et sont des éléments de G, on a . On a (Id) Id. On définit ainsi une loi d’opération à droite continue de G dans E en posant , pour et . Le groupe G opère de façon simplement transitive sur toute fibre de E, de sorte que le revêtement E muni de cette opération est un revêtement principal de groupe G (I, p. 97, prop. 4). Soit l’application de dans X définie par pour tout ouvert U de B, tout point de U et tout U-isomorphisme de sur . Par définition de la topologie de E, elle est continue ; c’est un B-morphisme. Pour tout élément de G et tout point de , on a . L’application définit donc, par passage au quotient, un B-morphisme . Pour tout point de B, l’application s’identifie à l’application de dans , de sorte que l’application est bijective. Par suite, est un B-isomorphisme de sur X (I, p. 30, cor. 2 de la prop. 6).
Comme l’espace B est connexe, localement connexe et non vide, le revêtement X, associable au revêtement principal E, est associable à un revêtement galoisien (I, p. 110, corollaire 2). Si le revêtement X est fini, il en est de même du revêtement E, donc X est associable à un revêtement fini galoisien (loc. cit.).
7. Espaces fibrés principaux définis par des cocycles
Définition 6 01RN
Soit B un espace topologique, soit G un groupe topologique et soit un recouvrement ouvert de B. On appelle 1-cocycle continu sur B à valeurs dans G, subordonné à , la donnée, pour tout couple d’éléments de I d’une application continue de dans G, telle que pour tout triplet et tout point de , on ait
On note l’ensemble des 1-cocycles continus sur B à valeurs dans G, subordonnés au recouvrement .
Dans ce numéro, nous dirons simplement cocycle au lieu de 1-cocycle continu.
Soit un B-espace fibré principal de groupe G et soit = un recouvrement de B par des ouverts . On dit que E est trivialisable au-dessus de si, pour tout , E est trivialisable au-dessus de . On appelle alors -trivialisation de E une famille , où est une trivialisation de E au-dessus de .
Soit un recouvrement de B par des ouverts et soit un B-espace fibré principal de groupe G muni d’une -trivialisation . Pour tout couple , notons l’application de dans G définie par
où désigne l’élément neutre de G. Elle est continue.
Comme et sont compatibles avec les opérations de G, on a
pour et . Si est un point de (où , ), on a
et
Il en résulte que
de sorte que la famille est un cocycle sur B à valeurs dans G, subordonné au recouvrement . On l’appelle le cocycle défini par la famille de trivialisations .
Soient B, G et comme dans la définition 6 et soit un cocycle. Pour tout couple , l’application définie par
(5) pour et
est un isomorphisme de fibrés principaux de base . Pour tout triplet et tout couple , on a :
Soit F l’espace topologique obtenu par recollement des espaces le long des au moyen des bijections (TG, I, p. 16). Pour tout , l’image de dans F est un ensemble ouvert de F (TG, I, p. 17, prop. 9). Les projections canoniques se recollent en une application continue de F dans B. Les applications étant compatibles avec les opérations de G à droite dans les espaces , on en déduit une loi d’opération continue de G dans F à droite qui fait de F un espace fibré principal de base B, de groupe G, muni d’une trivialisation au-dessus de chaque . On dit que F est l’espace fibré principal défini par le cocycle .
Définition 7 01RO
Soient B un espace topologique, G un groupe topologique et un recouvrement ouvert de B. On dit que deux cocycles et de sont cohomologues s’il existe une famille d’applications continues telle que l’on ait
pour tout couple et tout .
La relation « est cohomologue à » est une relation d’équivalence dans l’ensemble . On note l’ensemble quotient de pour cette relation d’équivalence.
Proposition 11 01RP
Soient B un espace topologique, G un groupe topologique et un recouvrement ouvert de B.
a) Tout B-espace fibré principal de groupe G qui est trivialisable au-dessus de est isomorphe à un espace fibré principal défini par un cocycle de .
b) Soient et des B-espaces fibrés principaux qui sont trivialisables au-dessus de . Soit resp. une trivialisation de ( resp. de ) adaptée à et notons ( resp. ) le cocycle défini par cette trivialisation. Alors, les espaces fibrés principaux et sont isomorphes si et seulement si ces cocycles sont cohomologues.
Démontrons b). Soit un isomorphisme de fibrés principaux de base B et de groupe G. Pour tout , soit l’application continue de dans G définie par
Comme, pour tout et sont compatibles avec les opérations de G, on a pour tout et tout ,
et
Par suite, pour tout couple et tout point de
de sorte que l’on a
Cela démontre que les cocycles et sont cohomologues.
Inversement, supposons que ces cocycles soient cohomologues et soit une famille d’applications continues telle que l’on ait pour et . Pour
, soit l’application définie par , pour et . C’est un isomorphisme d’espaces fibrés principaux de base et de groupe G. Pour , notons et les homéomorphismes de recollement associés comme ci-dessus aux cocycles et respectivement (I, p. 115, formule (5)), de sorte que et pour tout . Par suite, pour et , on a les relations
Cela démontre que et coïncident sur . Les morphismes se recollent donc en un B-morphisme de fibrés principaux de E dans . L’assertion b) en résulte car tout morphisme de fibrés principaux de base B et de groupe G est un isomorphisme (I, p. 93, prop. 1).
Démontrons maintenant a). Soit un espace fibré principal de groupe G muni, pour tout , d’une trivialisation au-dessus de . Soit le cocycle défini par cette famille et soit alors F l’espace fibré principal défini par le cocycle . Par construction, l’espace fibré principal F est muni d’une trivialisation au-dessus de ; cette trivialisation définit le cocycle . D’après l’assertion b), l’espace fibré principal est isomorphe à F.
Soient B un espace topologique et G un groupe topologique. Soit un espace fibré principal de base B et de groupe G. Soit une section de l’application surjective (E, II, p. 19, prop. 8). L’application définie par est une bijection compatible avec l’action de G. Munissons de la topologie obtenue par transport de structure ; , pr est alors un espace fibré principal de base B et de groupe G isomorphe à E. Il existe donc un ensemble T de fibrés principaux de base B et de groupe G tel que tout espace fibré principal de base B et de groupe G soit isomorphe à un élément de T. Notons l’ensemble des classes d’isomorphisme de fibrés principaux de base B et de groupe G (E, II, p. 47).
Soit un recouvrement ouvert de B. Notons le sous-ensemble de constitué des classes d’isomorphisme des fibrés principaux qui sont trivialisables au-dessus de . D’après la proposition 11, il existe une application de dans qui à la classe d’un cocycle associe la classe d’isomorphisme de l’espace fibré principal défini par ce cocycle ; c’est une bijection (loc. cit.). La bijection réciproque associe à la classe d’isomorphisme dans d’un espace fibré principal E, trivialisable au-dessus de , la classe du cocycle défini par une famille quelconque de trivialisations de E au-dessus de . Dans cette correspondance, la classe d’isomorphisme de l’espace fibré principal trivial correspond à la classe de cohomologie du cocycle constant , appelé aussi cocycle trivial.
En vertu de la définition d’un espace fibré principal, l’ensemble est la réunion des ensembles de la forme , où est un recouvrement ouvert de B.
Soit un recouvrement ouvert de B et soit un recouvrement ouvert de B plus fin que . On a ; on note l’injection canonique définie par cette inclusion. Choisissons une application telle que pour tout . Étant donné un cocycle , posons, pour tout couple .
La famille est un cocycle sur B, à valeurs dans G, subordonné à . Si est un cocycle cohomologue au cocycle , le cocycle déduit de est cohomologue au cocycle . Il en résulte une application
qui à la classe de associe la classe de .
Soit E un espace fibré principal de base B et de groupe G et, pour tout I, soit une trivialisation du -espace fibré principal . Pour tout K, soit la trivialisation déduite de par passage aux sous-ensembles. Soit le cocycle défini par la famille ; le cocycle défini par la famille est précisément le cocycle défini ci-dessus. Ainsi, le diagramme suivant est commutatif :
Les applications et étant bijectives, l’application , de même que , est une injection et ne dépend pas du choix de . Nous écrirons désormais au lieu de .
Soit l’ensemble des éléments de qui sont des recouvrements ouverts de B. Pour tout recouvrement ouvert de B, il existe un recouvrement ouvert appartenant à tel que soit à la fois plus fin et moins fin que . L’ensemble est ordonné et filtrant pour la relation définie par si est un recouvrement plus fin que . Il résulte de ce qui précède qu’on a défini un système inductif relatif à l’ensemble ordonné filtrant et que la famille est un système inductif d’applications bijectives de dans . Si l’on note la limite inductive du système et la limite inductive de la famille , on a donc :
Théorème 4 01RQ
L’application est bijective.
Soit un recouvrement ouvert de B; notons l’application canonique . Si est un cocycle sur B, à valeurs dans G, subordonné au recouvrement ouvert , l’élément de est appelé classe de cohomologie du cocycle .
Exercices
See the exercises for § 5.