Bourbaki

§ 6. Espaces simplement connexes

1. Revêtement universel

Définition 1 01RR

On appelle ensemble pointé un ensemble X muni de l’un de ses éléments, appelé point-base. L’ensemble X muni du point xx est parfois noté (X,x)(X, x). Soient (X,x)(X, x) et (Y,y)(Y, y) des ensembles pointés ; on appelle application pointée de (X,x)(X, x) dans (Y,y)(Y, y) une application ff de X dans Y telle que f(x)=yf(x) =y.

On définit de façon analogue les notions d’espace topologique pointé, d’application continue pointée, de revêtement pointé d’un espace topologique pointé, etc.

Si (X,x)(X, x) et (Y,y)(Y, y) sont des espaces topologiques pointés, l’ensemble des applications continues pointées de (X,x)(X, x) dans (Y,y)(Y, y) est noté C((X,x);(Y,y))\mathscr{C}((X, x); (Y, y)).

Au lieu de dire « soit ff une application pointée de (X,x)(X, x) dans (Y,y)(Y, y) », on emploie souvent la phrase suivante : « soit f:(X,x)→(Y,y)f: (X, x)\rightarrow (Y, y) une application pointée ».

Soit B un espace topologique et soit bb un point de B.

Définition 2 01RS

On dit qu’un revêtement pointé (E,x)(E, x) de (B,b)(B, b) est un revêtement universel si, pour tout revêtement pointé (E′,x′)(E', x') de (B,b)(B, b), il existe un unique morphisme de revêtements de B, f:E→E′f: E\rightarrow E', tel que f(x)=x′f(x) =x'.

Si (E,x)(E, x) et (E′,x′)(E', x') sont des revêtements universels de (B,b)(B, b), l’unique B-morphisme de (E,x)(E, x) dans (E′,x′)(E', x') est un isomorphisme de B-espaces.

Soit E un revêtement connexe de B et soit xx un point de la fibre EbE_b. Supposons que, pour tout revêtement pointé (E′,x′)(E', x') de (B,b)(B, b), il existe un morphisme f:E→E′f: E\rightarrow E' de revêtements de B tel que f(x)=x′f(x) =x'. Un tel morphisme ff est alors unique (I, p. 34, cor. 1 de la prop. 11), donc (E,x)(E, x) est un revêtement universel de (B,b)(B, b). Nous verrons plus loin (I, p. 126, cor. de la prop. 3) que c’est en particulier le cas si tout revêtement de E est trivialisable.

Proposition 1 01RT

Soit B un espace topologique connexe et localement connexe et soit bb un point de B. Soit (E,x)(E, x) un revêtement universel de (B,b)(B, b). Alors, E est un revêtement galoisien de B et tout revêtement de B est associable à E.

L’espace E est localement connexe, car B l’est. Soit E0E_0 la composante connexe de xx dans E, de sorte que l’espace (E0,x)(E_0, x) est un revêtement pointé de (B,b)(B, b) (I, p. 80, cor. 1 de la prop. 6). Il existe alors un unique morphisme de revêtements f:E→E0f: E\rightarrow E_0 tel que f(x)=xf(x) =x. Si ii désigne l’injection canonique de E0E_0 dans E, l’application i∘f:E→Ei\circ f: E\rightarrow E est un morphisme de revêtements qui applique xx sur xx, de même que l’application IdE_E; puisque (E,x)(E, x) est un revêtement universel de (B,b)(B, b), on a donc i∘f=i\circ f= IdE_E. Cela entraîne que ii est surjectif, donc E0=EE_0= E. Par suite, E est connexe.

Soit yy un point de EbE_b et considérons le revêtement pointé (E,y)(E, y) de (B,b)(B, b) ; il existe par hypothèse un unique morphisme de revêtements f:E→Ef: E\rightarrow E tel que f(x)=yf(x) =y. L’application s:E→E×BEs: E\rightarrow E\times_BE définie par t↦(t,f(t))t\mapsto (t, f(t)) est une section continue de l’application pr1:E×BE→E_1: E\times_BE\rightarrow E. D’après le cor. 4 de I, p. 81, cela démontre que le revêtement E×BEE\times_BE de E donné par l’application pr1_1 est trivialisable. Le revêtement E est donc galoisien (th. 2 de I, p. 102). Il résulte alors de I, p. 112, corollaire de la prop. 10, que tout revêtement de B est associable à E.

Corollaire 01RU

Soit B un espace topologique localement connexe. Soit bb un point de B et soit (E,x)(E, x) un revêtement universel de (B,b)(B, b). Pour un sous-espace A de B, les deux propriétés suivantes sont équivalentes :

(i) Le revêtement E est trivialisable au-dessus de A ;

(ii) Tout revêtement de B est trivialisable au-dessus de A.

La propriété (ii) implique évidemment la propriété (i). La réciproque résulte de ce que tout revêtement de B est associable au revêtement E (I, p. 105, prop. 7).

2. Parties convexes d’un espace numérique

Soit E l’espace numérique à nn dimensions *(ou, plus généralement, un espace vectoriel topologique sur R\mathbf{R})∗*. Pour tout couple (x,y)(x, y) de points de E, on appelle segment (resp. segment ouvert) d’extrémités xx et y(y(cf. EVT, II, p. 7) l’ensemble des points de E de la forme tx+tx+ (1−t)y(1-t)y, pour t∈[0,1]t\in [0,1] (resp. pour t∈]0,1[t\in ]0,1[). Soit A un sous-ensemble de E. On dit que l’ensemble A est convexe si pour tout couple (x,y)(x, y) de points de A et tout t∈It\in \mathbf{I}, le point tx+(1−t)ytx+ (1-t)y appartient à A.

Une partie convexe est connexe par arcs.

Lemme 1 01RV

Soit E l’espace numérique à nn dimensions et soit A une partie convexe et compacte de E dont 0 est un point intérieur. Pour tout x∈Ex\in E, notons pA(x)p_A(x) la borne inférieure dans R‾\overline{\mathbf{R}} de l’ensemble des nombres réels t>0t >0 tels que x∈tAx\in tA.

L’application pAp_A est finie, continue, et vérifie les propriétés suivantes :

(i) Pour tout x∈Ex\in E tel que x=0̸x= 0\not , on a pA(x)>0p_A(x)>0 ;

(ii) Pour tout s∈R+s\in \mathbf{R}_+ et tout x∈Ex\in E, on a pA(sx)=spA(x)p_A(sx) =sp_A(x).

(iii) Pour tous xx et y∈Ey\in E, on a pA(x+y)⩽pA(x)+pA(y)p_A(x+y)\leqslant p_A(x) +p_A(y).

(iv) Pour qu’un point xx de E appartienne à A, il faut et il suffit que pA(x)⩽1p_A(x)\leqslant 1.

Pour x∈Ex\in E, notons ∥x∥\|x\| la norme euclidienne de xx (TG, VI, p. 7). Comme A est compact, il existe un nombre réel M>0M>0 tel que tout point xx de A vérifie ∥x∥⩽M\|x\|\leqslant M. Comme 0 est un point intérieur de A, il existe un nombre réel m>0m >0 tel que tout point xx de E tel que ∥x∥⩽m\|x\|\leqslant m appartienne à A. Par suite, on a la relation ∥x∥/M⩽pA(x)⩽∥x∥/m\|x\|/M\leqslant p_A(x)\leqslant \|x\|/m, pour tout x∈Ex\in E. En particulier, pA(0)=0p_A(0) = 0 et pA(x)=0̸p_A(x)= 0\not si x=0̸x= 0\not .

Les assertions (ii) et (iv) résultent immédiatement de la définition de l’application pAp_A.

Soient xx et yy des points de E. Soient x′x' et y′y' des points de A tels que x=pA(x)x′x=p_A(x)x' et y=pA(y)y′y=p_A(y)y'. Si xx et yy ne sont pas tous deux nuls, pA(x)+pA(y)>0p_A(x) +p_A(y)>0 et l’on a

x+y=pA(x)x′+pA(y)y′ x+y=p_A(x)x'+p_A(y)y'
=(pA(x)+pA(y))(pA(x)pA(x)+pA(y)x′+pA(y)pA(x)+pA(y)y′) = (p_A(x) +p_A(y))(\frac{p_A(x)}{p_A(x) + p_A(y)}x'+\frac{p_A(y)}{p_A(x) + p_A(y)}y')

Comme A est convexe, cela démontre que x+yx+y appartient à (pA(x)+(p_A(x) + pA(y))Ap_A(y))A, d’où pA(x+y)⩽pA(x)+pA(y)p_A(x+y)\leqslant p_A(x) +p_A(y). Si x=y=0x=y= 0, cette inégalité est encore vérifiée, car pA(0)=0p_A(0) = 0. Cela démontre l’assertion (iii).

Appliquant cette inégalité à x+yx+y et −y-y, on en déduit que, pour tout couple (x,y)(x, y) de points de E, on a

∣pA(x+y)−pA(x)∣⩽|p_A(x+y)-p_A(x)|\leqslant max(pA(y),pA(−y)p_A(y), p_A(-y))⩽m−1∥y∥\leqslant m^{-1}\|y\|.

Cela démontre que l’application pAp_A est continue, d’où le lemme.

L’application pAp_A est appelée jauge de la partie convexe A.

Proposition 2 01RW

Soit E l’espace numérique à nn dimensions et soit A une partie convexe et compacte de E dont 0 est un point intérieur. Il existe une unique bijection uu de E sur lui-même vérifiant les trois propriétés suivantes :

(i) Pour tout x∈Ex\in E et tout t∈R+,u(tx)=tu(x)t\in \mathbf{R}_+,u(tx) =tu(x) ;

(ii) Pour tout x∈Ex\in E, il existe λ∈R+\lambda \in \mathbf{R}_+ tel que u(x)=λxu(x) =\lambda x;

(iii) On a u(A)=Bnu(A) =\mathbf{B}_n.

L’application uu est un homéomorphisme et induit, par passage aux sous-espaces, un homéomorphisme de A sur Bn\mathbf{B}_n, un homéomorphisme de l’intérieur de A sur l’intérieur de Bn\mathbf{B}_n et un homéomorphisme de la frontière de A dans E sur la sphère Sn−1\mathbf{S}_{n-1}.

Soit pAp_A la jauge de la partie convexe A. Soit x∈Ex\in E et soit t∈R+t\in \mathbf{R}_+; pour que x∈tAx\in tA, il faut et il suffit que pA(x)⩽tp_A(x)\leqslant t. Comme A est compacte, il existe un nombre réel M tel que ∥x∥⩽M\|x\|\leqslant M pour tout x∈Ax\in A.

Soit uu une application vérifiant les conditions de la proposition. On a u(0)=0u(0) = 0. Soit x∈E−{0}x\in E-\{0\} et soit λ∈R+\lambda \in \mathbf{R}_+ tel que u(x)=λxu(x) =\lambda x. Pour tout t∈R+t\in \mathbf{R}_+ tel que tx∈Atx\in A, on a u(tx)=tλxu(tx) =t\lambda x. Comme uu est injective, λ=0̸\lambda = 0\not . Comme u(A)u(A) est contenu dans Bn\mathbf{B}_n, on a aussi λ⩽pA(x)/∥x∥\lambda \leqslant p_A(x)/\|x\|. Posons z=x/∥x∥z=x/\|x\|; c’est un point de Sn−1\mathbf{S}_{n-1}. Pour que zz possède un antécédent dans A par uu, il faut et il suffit que le point (λ∥x∥)−1x(\lambda \|x\|)^{-1}x appartienne à A, c’est-à-dire λ∥x∥⩾pA(x)\lambda \|x\|\geqslant p_A(x), i.e. λ⩾pA(x)/∥x∥\lambda \geqslant p_A(x)/\|x\|. Cela implique l’unicité d’une telle application uu.

Notons alors uu l’application de E dans lui-même qui applique 0 sur 0 et xx sur (pA(x)/∥x∥)x(p_A(x)/\|x\|)x, pour tout x∈E−{0}x\in E-\{0\}.

D’après le lemme 1,u1,u est continue en tout point de E −{0}-\{0\}. On a ∥u(x)∥=pA(x)\|u(x)\|=p_A(x) pour tout x∈Ex\in E et pA(x)→0p_A(x)\rightarrow 0 lorsque x→0x\rightarrow 0 (loc. cit.) ; par conséquent, uu est continue en 0. Par suite, uu est continue.

Le seul antécédent de 0 par uu est 0. Soit y∈E−{0}y\in E-\{0\}. Pour qu’un élément xx de E vérifie u(x)=yu(x) =y, il faut et il suffit que x=(∥y∥/pA(y))yx= (\|y\|/p_A(y))y. Cela entraîne que uu est une bijection continue de E sur lui-même. Sa réciproque est l’application v:y↦(∥y∥/pA(y))yv:y\mapsto (\|y\|/p_A(y))y. Comme pAp_A est continue et ne s’annule qu’en 0, l’application vv est continue en tout point de E −{0}-\{0\}; l’inégalité pA(y)⩾∥y∥/Mp_A(y)\geqslant \|y\|/M entraîne que ∥v(y)∥⩽M∥y∥\|v(y)\|\leqslant M\|y\| pour tout y∈Ey\in E. Il s’ensuit que vv est continue. Par suite, l’application uu est un homéomorphisme de E sur lui-même. Comme les relations pA(x)⩽1p_A(x)\leqslant 1 et x∈Ax\in A sont équivalentes, on a aussi u(X)=Bnu(X) =\mathbf{B}_n. La proposition en résulte.

Exemple 01RX

L’ensemble [0,1]n[0,1]^n est une partie convexe, compacte et d’intérieur non vide de Rn\mathbf{R}^n. Il résulte de la proposition 2 de I, p. 123 qu’il est homéomorphe à la boule euclidienne fermée. Plus précisément, pour tout point xx de l’intérieur ]0,1[n]0,1[^n et tout point bb de la boule euclidienne ouverte, il existe un homéomorphisme de [0,1]n[0,1]^n sur Bn\mathbf{B}_n qui applique xx sur bb et induit par passage aux sous-espaces un homéomorphisme de ]0,1[n]0,1[^n sur la boule euclidienne ouverte, ainsi qu’un homéomorphisme de la frontière de [0,1]n[0,1]^n sur la sphère Sn−1\mathbf{S}_{n-1}.

Par suite, toute partie convexe, compacte et d’intérieur non vide de Rn\mathbf{R}^n est homéomorphe à un pavé (loc. cit.).

3. Espaces simplement connexes

Définition 3 01RY

On dit qu’un espace topologique est simplement connexe si tous ses revêtements sont trivialisables.

Un espace simplement connexe est connexe. En effet, si un espace X est réunion disjointe de deux ouverts non vides U et V, l’injection canonique de U dans X est un revêtement qui n’est pas trivialisable.

L’espace vide est simplement connexe. Tout espace topologique réduit à un point est simplement connexe.

Remarque 1 01RZ

Soient B un espace topologique simplement connexe et (E,p)(E, p) un revêtement de B. Si l’espace E est connexe et non vide, l’application pp est un homéomorphisme. Soient, par exemple, G un groupe topologique connexe et H un sous-groupe discret de G, de sorte que l’application canonique p:G→G/Hp: G\rightarrow G/H fait de G un revêtement de G/HG/H (I, p. 100, cor. 2 du th. 1). Si l’espace G/HG/H est simplement connexe, l’application pp est un homéomorphisme et H est le sous-groupe à un élément.

Remarque 2 01S0

Soit B un espace topologique dont tout point possède un voisinage simplement connexe ; alors tout revêtement d’un revêtement de B est un revêtement de B. Considérons en effet un revêtement (E,p)(E, p) de B ainsi qu’un revêtement (F,q)(F, q) de E. Démontrons que (F,p∘q)(F, p\circ q) est un revêtement de B. La question étant locale dans B, nous pouvons supposer que l’espace B est simplement connexe et donc que E est un revêtement trivialisable de B. Soit V une composante connexe de E. Elle est ouverte et fermée et p∣V:V→Bp|V: V\rightarrow B est un homéomorphisme (I, p. 69, proposition 1) ; par suite, l’espace V est simplement connexe. Toute composante connexe W de q−1(V)\overset{-1}{q}(V) est ouverte et fermée dans q−1(V)\overset{-1}{q}(V), donc dans F et l’application qq induit un homéomorphisme de W sur V. L’application p∘qp\circ q fait donc de F un revêtement de B, trivialisable (loc. cit.).

Proposition 3 01S1

Soit B un espace topologique. Soit (E,p)(E, p) un revêtement de B et soit yy un point de E. Soit X un espace topologique simplement connexe, soient f:X→Bf: X\rightarrow B une application continue et xx un point de X tels que f(x)=p(y)f(x) =p(y). Il existe un unique relèvement continu g:X→Eg: X\rightarrow E de l’application ff tel que g(x)=yg(x) =y.

Les applications gg cherchées correspondent bijectivement (I, p. 9, prop. 3) aux sections continues ss du revêtement pr1:X×BE→X_1: X\times_BE\rightarrow X telles que s(x)=(x,y)s(x) = (x, y). Une telle section existe car l’espace X est simplement connexe ; elle est unique car l’espace X est connexe (I, p. 34, cor. 1 de la prop. 11).

Exemple 1 01S2

Soit X un espace topologique simplement connexe et soit ff une fonction continue de X dans C∗\mathbf{C}^*. Rappelons (I, p. 101, exemple 6) que l’application z↦ezz\mapsto e^z fait de C\mathbf{C} un revêtement de C∗\mathbf{C}^*. D’après la prop. 3, il existe une fonction continue h:X→Ch: X\rightarrow \mathbf{C} telle que f(x)=eh(x)f(x) =e^{h(x)} pour tout x∈Xx\in X. Si h′:X→Ch': X\rightarrow \mathbf{C} est une autre fonction continue telle que f(x)=eh′(x)f(x) =e^{h'(x)} pour tout x∈Xx\in X, il existe un entier q∈Zq\in \mathbf{Z} tel que h′=h+2πiqh'=h+ 2\pi iq.

De même, soit nn un entier >0>0 ; l’application z↦znz\mapsto z^n fait de C∗\mathbf{C}^* un revêtement de lui-même (I, p. 101, exemple 5). Il existe donc une fonction continue kk de X dans C∗\mathbf{C}^* telle que k(x)n=f(x)k(x)^n=f(x) pour tout x∈Xx\in X, par exemple la fonction k(x)=eh(x)/nk(x) =e^{h(x)/n}. Si k′:X→C∗k': X\rightarrow \mathbf{C}^* est une autre fonction continue telle que k′(x)n=f(x)k'(x)^n=f(x) pour tout x∈Xx\in X, il existe une racine nen^e de l’unité μ∈C\mu\in \mathbf{C} telle que k′=μkk'=\mu k.

Corollaire 01S3

Soit B un espace topologique et soit bb un point de B. Soit E un revêtement simplement connexe de B. Pour tout point xx de EbE_b, l’espace pointé (E,x)(E, x) est un revêtement universel de (B,b)(B, b).

Proposition 4 01S4

Le produit de deux espaces simplement connexes dont l’un est localement connexe est un espace simplement connexe.

Soient X et Y des espaces simplement connexes et supposons que Y soit localement connexe. L’espace X×YX\times Y est connexe, car X et Y le sont (I, p. 124). Soit (Z,f)(Z, f) un revêtement non vide de X×YX\times Y ; démontrons qu’il est trivialisable. D’après le corollaire 2 de I, p. 70, il suffit de démontrer que pour tout point z0z_0 de Z, il existe une section continue ss de ff telle que s(f(z0))=z0s(f(z_0)) =z_0. Soit donc z0z_0 un point de Z. Posons (x0,y0)=f(z0)(x_0, y_0) =f(z_0). Le sous-espace X×{y0}X\times \{y_0\} de X×YX\times Y est homéomorphe à X. Par suite, le revêtement déduit de Z au-dessus de X×{y0}X\times \{y_0\} est trivialisable et possède une section continue σ\sigma telle que σ(x0,y0)=z0\sigma (x_0, y_0) =z_0. De même, pour tout point xx de X, il existe une section continue τx\tau_x de ff au-dessus de {x}×Y\{x\}\times Y telle que τx(x,y0)=σ(x,y0)\tau_x(x, y_0) =\sigma (x, y_0). Pour (x,y)∈X×Y(x, y)\in X\times Y, posons s(x,y)=τx(x,y)s(x, y) =\tau_x(x, y). L’application ss est une section de ff et l’on a s(x0,y0)=z0s(x_0, y_0) =z_0. Comme l’espace Y est connexe et localement connexe, il résulte du th. 1 de I, p. 35 que l’application ss est continue.

Proposition 5 01S5

Un espace topologique connexe et localement connexe, tel que l’intersection de deux parties ouvertes connexes quelconques soit connexe, est un espace simplement connexe.

Soit B un tel espace topologique. Soit (E,p)(E, p) un revêtement de B, soit xx un point de E et notons b=p(x)b=p(x). Il s’agit de démontrer qu’il existe une section continue ss de pp telle que s(b)=xs(b) =x (cor. 2, I, p. 70). Soit S\mathscr{S} l’ensemble des couples (U,sU)(U, s_U) où U est une partie ouverte connexe de B contenant bb et sUs_U une section continue de pU:p−1(U)→Up_U:\overset{-1}{p}(U)\rightarrow U telle que sU(b)=xs_U(b) =x. L’ensemble S\mathscr{S} n’est pas vide ( I, p. 34, prop. 10). Soient (U,sU)(U, s_U) et (V,sV)(V, s_V) des éléments de S\mathscr{S}. Alors, sU∣U∩Vs_U|U\cap V et sV∣U∩Vs_V|U\cap V sont des sections continues de pU∩Vp_{U\cap V} qui prennent la valeur xx en bb. Par hypothèse, U∩VU\cap V est connexe ; on a donc sU∣U∩V=sV∣U∩Vs_U|U\cap V =s_V|U\cap V (I, p. 34, cor. 1 de la prop. 11). Soit A la réunion des ouverts U lorsque (U,sU)(U, s_U) parcourt S\mathscr{S} et soit s:A→Es: A\rightarrow E l’unique application telle que s∣U=sUs|U =s_U pour tout couple (U,sU)∈S(U, s_U)\in \mathscr{S}. L’ensemble A est ouvert et connexe (TG, I, p. 81, prop. 2), il contient bb, et ss est une section continue de pAp_A telle que s(b)=xs(b) =x. Il suffit maintenant de démontrer que l’ensemble A est fermé, ce qui entraînera qu’il est égal à B.

Soit aa un point de B adhérent à A et soit V un voisinage ouvert connexe de aa tel que le revêtement E soit trivialisable au-dessus de V. Il existe un point cc dans A∩VA\cap V et une section continue sVs_V de pVp_V telle que sV(c)=s(c)s_V(c) =s(c). Soit A′A' l’ouvert A∪VA\cup V. Comme A∩VA\cap V est connexe, il existe une section continue s′s' de pA′p_{A'} qui prolonge ss et sV(s_V(I, p. 35, cor. 3 de la prop. 11) ; le couple (A′,s′)(A', s') appartient à S\mathscr{S} et A′A' est donc contenu dans A. Par suite, aa appartient à A et A est fermé.

Corollaire 01S6

Tout intervalle de la droite réelle R\mathbf{R} est simplement connexe.

En effet, les sous-espaces connexes de R\mathbf{R} sont les intervalles (TG, IV, p. 8, th. 4) et l’intersection de deux intervalles est un intervalle.

Exemple 2 01S7

L’espace numérique à nn dimensions Rn\mathbf{R}^n (TG, VI, p. 1) est simplement connexe. Il est en effet produit d’espaces simplement connexes et localement connexes (I, p. 126, prop. 4 et cor. de la prop. 5 ci-dessus). Il en est de même de tout pavé ouvert ou fermé de Rn\mathbf{R}^n. Un parallélotope, une boule euclidienne, ouvert ou fermé, dans Rn\mathbf{R}^n sont simplement connexes car homéomorphes à un pavé (TG, VI, p. 10, prop. 2 et I, p. 124, exemple).

Proposition 6 01S8

Soit X un espace topologique. Soient U1U_1 et U2U_2 des sous-espaces ouverts ( resp. fermés) de X tels que X=U1∪U2X = U_1\cup U_2. Supposons que U1U_1 et U2U_2 soient simplement connexes et que leur intersection U1∩U2U_1\cap U_2 soit connexe et non vide. Alors, l’espace X est simplement connexe.

Soit (E,p)(E, p) un revêtement de X et soit yy un point de E. Il suffit de démontrer qu’il existe une section continue ss de pp telle que s(p(y))=ys(p(y)) =y (I, p. 70, cor. 2 de la prop. 1). Supposons par exemple que p(y)p(y) appartienne à U1U_1. Il existe alors une section continue s1:U1→Es_1: U_1\rightarrow E de pU1p_{U_1} telle que s1(p(y))=ys_1(p(y)) =y. Soit xx un point de U1∩U2U_1\cap U_2; il existe une section continue s2s_2 de pU2p_{U_2} telle que s2(x)=s1(x)s_2(x) =s_1(x). D’après le corollaire 3 de la proposition 11 de I, p. 34, il existe une section continue ss de pp prolongeant à la fois s1s_1 et s2s_2.

Exemple 3 01S9

Pour n⩾2n\geqslant 2, la sphère Sn\mathbf{S}_n (TG, VI, p. 10) est simplement connexe. En effet, la sphère Sn\mathbf{S}_n est réunion de deux hémisphères fermés homéomorphes à Bn\mathbf{B}_n dont l’intersection est homéomorphe à Sn−1(\mathbf{S}_{n-1}(cf. TG, VI, p. 12). Pour n⩾2n\geqslant 2, la sphère Sn−1\mathbf{S}_{n-1} est connexe, d’où l’assertion.

En revanche, le cercle S1\mathbf{S}_1 n’est pas simplement connexe. En effet, l’application continue p:R→S1p:\mathbf{R}\rightarrow \mathbf{S}_1 définie par p(θ)=p(\theta ) = (cos θ\theta, sin θ\theta ) fait de R\mathbf{R} un revêtement de degré infini de S1\mathbf{S}_1, connexe, donc qui n’est pas trivialisable.

Exemple 4 01SA

Soit E un espace vectoriel de dimension finie nn sur R\mathbf{R} et soit F un sous-espace affine de E de codimension p⩾3p\geqslant 3. L’ensemble Rp−{0}\mathbf{R}^p-\{0\} est homéomorphe à R×Sp−1\mathbf{R}\times \mathbf{S}_{p-1} (TG, VI, p. 10, cor. 2), donc est simplement connexe, puisque R\mathbf{R} et Sp−1\mathbf{S}_{p-1} sont localement connexes et simplement connexes (I, p. 126, prop. 4). L’ensemble E-F, homéomorphe à Rn−p×\mathbf{R}^{n-p}\times (Rp−{0})(\mathbf{R}^p-\{0\}), est donc simplement connexe (loc. cit.).

Proposition 7 01SB

Soit X un espace topologique. Soient U1U_1 et U2U_2 des sous-espaces ouverts ( resp. fermés) connexes de X tels que X=U1∪X = U_1\cup U2U_2. Si l’espace X est simplement connexe, alors U1∩U2U_1\cap U_2 est connexe.

Posons U=U1∩U2U = U_1\cap U_2 et supposons par l’absurde que l’espace U ne soit pas connexe. Nous allons construire un revêtement connexe de X de degré infini ; un tel revêtement n’est pas trivialisable.

Par hypothèse, l’ensemble U est la réunion de deux ensembles A et B disjoints, non vides et ouverts (resp. fermés) dans X. Pour i∈{1,2}i\in \{1,2\}, soit YiY_i le UiU_i-espace (Ui×Z(U_i\times \mathbf{Z}, pr1)_1) et soit ZiZ_i le sous-espace U×ZU\times \mathbf{Z} de YiY_i. L’application h:Z1→Z2h: Z_1\rightarrow Z_2 définie par

(x,n)(x, n) si x∈Ax\in A et n∈Zn\in \mathbf{Z}

h(x,n)= h(x, n) =

(x,n+1)(x, n+ 1) si x∈Bx\in B et n∈Zn\in \mathbf{Z}

est un homéomorphisme. Soit Y l’espace obtenu par recollement de Y1Y_1 et Y2Y_2 le long de Z1Z_1 et Z2Z_2 au moyen de l’homéomorphisme hh (TG, I, p. 17).

Pour i∈{1,2}i\in \{1,2\}, l’application canonique gig_i de YiY_i dans Y est un homéomorphisme de YiY_i sur une partie ouverte (resp. fermée) de Y (loc. cit., prop. 9). Pour tout entier n∈Zn\in \mathbf{Z}, les ensembles gi(Ui×{n})g_i(U_i\times \{n\}), i∈{1,2}i\in \{1,2\}, sont connexes ; comme A et B ne sont pas vides, g1(U1×{n})g_1(U_1\times \{n\}) rencontre g2(U2×{n})g_2(U_2\times \{n\}) et g2(U2×{n+1})g_2(U_2\times \{n+1\}). Il en résulte que l’espace Y est connexe (TG, I, p. 81, corollaire).

Pour x∈Ux\in U et n∈Zn\in \mathbf{Z}, on a (pr1∘h_1\circ h)(x,n)=x=(x, n) =x= pr1(x,n)_1(x, n). Il existe donc une unique application continue p:Y→Xp: Y\rightarrow X telle que p∘gi=p\circ g_i= pr1_1 pour i∈{1,2}i\in \{1,2\}. Démontrons que le X-espace (Y,p)(Y, p) est un revêtement. Par construction, les fibres de l’application pp sont homéomorphes à l’espace discret Z\mathbf{Z}.

Pour i∈{1,2}i\in \{1,2\}, l’application gig_i définit par passage aux sous-espaces un isomorphisme de UiU_i-espaces de Ui×ZU_i\times \mathbf{Z} sur p−1(Ui)\overset{-1}{p}(U_i).

Par définition de l’espace Y, il existe une unique application kk de (X−A)×Z(X-A)\times \mathbf{Z} dans Y telle que k(x,n)=g1(x,n)k(x, n) =g_1(x, n) pour x∈(U1−A)×Zx\in (U_1-A)\times \mathbf{Z} et k(x,n)=g2(x,n−1)k(x, n) =g_2(x, n-1) pour x∈(U2−A)×Zx\in (U_2-A)\times \mathbf{Z}; c’est un isomorphisme de (X-A)-espaces de (X−A)×Z(X-A)\times \mathbf{Z} sur p−1(X−A)\overset{-1}{p}(X-A). De même, il existe une unique application k′k' de (X−B)×Z(X-B)\times \mathbf{Z} dans Y qui coïncide avec g1g_1 dans (U1−B)×Z(U_1-B)\times \mathbf{Z} et avec g2g_2 dans (U2−B)×Z(U_2-B)\times \mathbf{Z} et c’est un isomorphisme de (X-B)-espaces de (X−B)×Z(X-B)\times \mathbf{Z} sur p−1(X−B)\overset{-1}{p}(X-B).

Cela démontre que le X-espace (Y,p)(Y, p) est trivialisable au-dessus des parties U1,U2U_1,U_2, X-A et X-B. On a U1∪U2=XU_1\cup U_2= X; si U1U_1 et U2U_2 sont ouverts dans X, cela démontre que (Y,p)(Y, p) est un revêtement de X. Il en est de même lorsque U1U_1 et U2U_2 sont fermés dans X car alors, X-A et X-B sont des ouverts de X dont la réunion est X. La proposition est ainsi démontrée.

Corollaire 01SC

Soit X un espace topologique simplement connexe et soit A une partie connexe de X. Si le complémentaire de A est connexe, sa frontière l’est aussi.

Soient X1X_1 et X2X_2 les adhérences de A et de X-A respectivement. Les ensembles X1X_1 et X2X_2 sont fermés et connexes (TG, I, p. 81, prop. 1) ; on a X1∪X2=XX_1\cup X_2= X et leur intersection X1∩X2X_1\cap X_2 est égale à la frontière de A. Il suffit alors d’appliquer la proposition 7.

4. Produit d’un espace par un espace simplement connexe

Proposition 8 01SD

Soit B un espace topologique. Soit T un espace simplement connexe et localement connexe. Soit E un revêtement de B×TB\times T, de projection pp, et soit tt un point de T. Notons EtE_t l’espace p−1(B×{t})\overset{-1}{p}(B\times \{t\}) ; muni de l’application pt=p_t= pr1∘p∣Et:Et→B_1\circ p|E_t: E_t\rightarrow B, c’est un revêtement de B. Il existe alors un unique (B×T)(B\times T)-isomorphisme du revêtement (Et×T,pt×(E_t\times T, p_t\times IdT)_T) sur le revêtement E qui applique (x,t)(x, t) sur xx pour tout x∈Etx\in E_t.

On peut supposer que B n’est pas vide. Soit xx un point de EtE_t. D’après la proposition 3 de I, p. 125 appliquée au revêtement E et à l’application continue T→B×T,u↦(pt(x),u)T\rightarrow B\times T,u\mapsto (p_t(x), u), il existe une unique application continue fx:T→Ef_x: T\rightarrow E telle que fx(t)=xf_x(t) =x et p(fx(u))=p(f_x(u)) = (pt(x),u)(p_t(x), u) pour tout u∈Tu\in T. Soit h:Et×T→Eh: E_t\times T\rightarrow E l’application définie par h(x,u)=fx(u)h(x, u) =f_x(u). On a h(x,t)=xh(x, t) =x et p∘h=pt×p\circ h=p_t\times IdT_T. L’application hh est un relèvement à E de l’application pt×p_t\times IdT_T. La restriction de hh à Et×{t}E_t\times \{t\} est continue, de même que la restriction de hh à {x}×T\{x\} \times T pour tout point xx de EtE_t. Comme l’espace T est localement connexe, l’application hh est continue ( I, p. 37, cor. 1 du th. 1).

Soit bb un point de B. Par construction, l’application hh induit une bijection de la fibre pt−1(b)×{t}\overset{-1}{p_{t}}(b)\times \{t\} de Et×TE_t\times T sur la fibre p−1(b,t)\overset{-1}{p}(b, t) de E en (b,t)(b, t). Comme l’espace T est connexe et localement connexe, l’application hh est bijective (I, p. 84, cor. de la prop. 7). C’est donc un B×TB\times T-isomorphisme (I, p. 30, cor. 2 de la prop. 6).

Soit h′h' un (B×T)(B\times T)-isomorphisme du revêtement (Et×T,pt×(E_t\times T, p_t\times IdT)_T) sur le revêtement E qui applique (x,t)(x, t) sur xx pour tout point x∈Etx\in E_t. Pour tout x∈Etx\in E_t, les applications u↦h(x,u)u\mapsto h(x, u) et u↦h′(x,u)u\mapsto h'(x, u) sont égales (I, p. 34, cor. 1 de la prop. 11). On a donc h=h′h=h'.

Corollaire 1 01SE

Sous les hypothèses de la prop. 8, si tt et t′t' sont deux points de T, les revêtements EtE_t et Et′E_{t'} sont B-isomorphes.

Corollaire 2 01SF

Sous les hypothèses de la prop. 8, soient (E,p)(E, p) et (E′,p′)(E', p') des revêtements de B×TB\times T et soit k:Et→Et′k: E_t\rightarrow E'_t un B-morphisme. Il existe un unique (B×T)(B\times T)-morphisme k~:E→E′\widetilde{k}: E\rightarrow E' qui prolonge kk. Si kk est un B-isomorphisme, k~\widetilde{k} est un (B×T)(B\times T)-isomorphisme.

D’après la proposition 8, on peut supposer qu’il existe des revêtements F et F′F' de B tels que E et E′E' soient respectivement les (B×T)(B\times T)-espaces F×TF\times T et F′×TF'\times T. On a alors Et=F×{t},Et′=F′×{t}E_t= F\times \{t\},E'_t= F'\times \{t\} et l’application kk s’écrit (x,t)↦(k′(x),t)(x, t)\mapsto (k'(x), t), où k′k' est un B-morphisme de F dans F′F'. L’application k′×k'\timesIdT_T est un B×TB\times T-morphisme qui prolonge kk; c’est un isomorphisme si kk en est un.

Soit k~:E→E′\widetilde{k}: E\rightarrow E' un (B×T)(B\times T)-morphisme qui prolonge kk. Soit xx un point de F. Notons qq la projection de F et posons b=q(x)b=q(x). Les applications u↦k~(x,u)u\mapsto \widetilde{k}(x, u) et u↦(k′(x),u)u\mapsto (k'(x), u) sont des relèvements dans E′E' de l’application u↦(b,u)u\mapsto (b, u) de T dans B×TB\times T. Elles coïncident en tt. Comme l’espace T est connexe, elles sont égales. Ainsi, k~\widetilde{k} est le (B×T)(B\times T)-morphisme k′×k'\times IdT:F×T→F′×T_T: F\times T\rightarrow F'\times T.

Corollaire 3 01SG

Soient B et B′B' des espaces topologiques, soit T un espace topologique simplement connexe et localement connexe. Soit f:B′×T→Bf: B'\times T\rightarrow B une application continue et soit E un revêtement de B. Étant donnés un point tt de T et un relèvement continu gt:B′×{t}→Eg_t: B'\times \{t\} \rightarrow E de f∣B′×{t}f|B'\times \{t\} à E, il existe un unique relèvement continu gg de ff à E prolongeant gtg_t.

Compte tenu de la prop. 3 de I, p. 9, il s’agit de démontrer que toute section continue de f∗(E)f^*(E) au-dessus de B′×{t}B'\times \{t\} se prolonge de manière unique en une section continue de f∗(E)f^*(E). Or cela résulte du cor. 2 appliqué aux revêtements (B′×T(B'\times T, IdB′×T)_{B'\times T}) et f∗Ef^*E de B′×TB'\times T.

Remarque 01SH

Conservons les hypothèses et les notations de la proposition 8. Soit G un groupe topologique discret. Supposons que E soit un revêtement principal de groupe G. Si l’on munit les revêtements EtE_t de B et Et×TE_t\times T de B×TB\times T des structures de revêtement principal de groupe G déduites de celle de E (I, p. 92, exemples 1 et 4), alors les revêtements E et Et×TE_t\times T sont des revêtements principaux isomorphes. Soit en effet h:Et×T→Eh: E_t\times T\rightarrow E l’unique (B×T)(B\times T)-morphisme tel que h(x,t)=xh(x, t) =x pour tout x∈Etx\in E_t. Pour tout élément gg de G, l’application (x,u)↦h(x⋅g,u)⋅g−1(x, u)\mapsto h(x\cdot g, u)\cdot g^{-1} est un (B×T)(B\times T)-morphisme qui applique (x,t)(x, t) sur xx pour tout x∈Etx\in E_t, donc est égal à hh. Cela prouve que hh est un (B×T)(B\times T)-morphisme de revêtements principaux.

En particulier, sous les hypothèses précédentes, les revêtements principaux EtE_t et Et′E_{t'} sont isomorphes, pour t′∈Tt'\in T. On démontre de même que si, dans le corollaire 2, E et E′E' sont des revêtements principaux de groupe G et si kk est un B-isomorphisme de revêtements principaux de groupe G,k~,\widetilde{k} est un (B×T)(B\times T)-isomorphisme de revêtements principaux.

Proposition 9 01SI

Soit B un espace topologique et soit (E,p)(E, p) un revêtement de B. Soit T un espace topologique simplement connexe, localement connexe et localement compact. Notons p~:Cc(T;E)→Cc(T;B)\widetilde{p}:\mathscr{C}_c(T; E)\rightarrow \mathscr{C}_c(T; B) l’application g↦p∘gg\mapsto p\circ g. Soit tt un point de T. Notons eE:Cc(T;E)→Ee_E:\mathscr{C}_c(T; E)\rightarrow E l’application qui à g∈Cc(T;E)g\in \mathscr{C}_c(T; E) associe g(t)g(t), et eB:Cc(T;B)→Be_B:\mathscr{C}_c(T; B)\rightarrow B l’application qui à f∈Cc(T;B)f\in \mathscr{C}_c(T; B) associe f(t)f(t).

Le carré

Cc(T;E)eE\mathscr{C}_c(T; E)^{e_E} E

p~p\widetilde{p}p

Cc(T;B)eB\mathscr{C}_c(T; B)^{e_B} B est cartésien.

Démontrons au préalable un lemme.

Lemme 01SJ

Soient X, Y, Z des espaces topologiques et soit g:Y→Zg: Y\rightarrow Z une application continue.

a) L’application f↦g∘ff\mapsto g\circ f de Cc(X;Y)\mathscr{C}_c(X; Y) dans Cc(X;Z)\mathscr{C}_c(X; Z) est continue.

b) Si l’espace topologique Z est séparé, l’application h↦h∘gh\mapsto h\circ g de Cc(Z;X)\mathscr{C}_c(Z; X) dans Cc(Y;X)\mathscr{C}_c(Y; X) est continue.

Étant données une partie compacte K de X, une partie ouverte U de Z et une application continue ff de X dans Y, pour que l’on ait (g∘f)(K)⊂U(g\circ f)(K)\subset U, il faut et il suffit que l’on ait f(K)⊂g−1(U)f(K)\subset \overset{-1}{g}(U). La première assertion résulte donc de la définition de la topologie de la convergence compacte (TG, X, p. 26, déf. 1).

De même, soient K une partie compacte de Y et U une partie ouverte de X. Comme l’espace Z est supposé séparé, l’ensemble g(K)g(K) est compact (TG, I, p. 63, cor. 1). Si hh est une application de Z dans X, la condition (h∘g)(K)⊂U(h\circ g)(K)\subset U n’est autre que la condition h(g(K))⊂Uh(g(K))\subset U, d’où la deuxième assertion.

Démontrons maintenant la proposition 9. D’après le lemme, l’application p~\widetilde{p} est continue ; d’après la remarque 1 de TG, X, p. 27, les applications eEe_E et eBe_B sont continues. Pour toute application g∈Cc(T;E)g\in \mathscr{C}_c(T; E), on a

(p∘eE)(g)=p(g(t))=(p∘g)(t)=p~(g)(t)=(eB∘p~)(g) (p\circ e_E)(g) =p(g(t)) = (p\circ g)(t) =\widetilde{p}(g)(t) = (e_B\circ \widetilde{p})(g)

si bien que le diagramme carré de la proposition est commutatif.

Soit φ:Cc(T;E)→Cc(T;B)×BE\varphi :\mathscr{C}_c(T; E)\rightarrow \mathscr{C}_c(T; B)\times_BE l’application continue définie par φ(g)=(p∘g,g(t))\varphi (g) = (p\circ g, g(t)) pour tout g∈Cc(T;E)g\in \mathscr{C}_c(T; E). D’après la proposition 3 de I, p. 125, elle est bijective. En effet, pour tout couple (f,x)∈Cc(T;B)×BE,φ−1(f,x)(f, x)\in \mathscr{C}_c(T; B)\times_BE,\varphi^{-1}(f, x) est l’unique relèvement continu gg de ff à E tel que g(t)=xg(t) =x. Comme l’espace T est localement compact, l’application ψ:(Cc(T;B)×BE)×T→B\psi : (\mathscr{C}_c(T; B)\times_BE)\times T\rightarrow B définie par ψ((f,x),u)=f(u)\psi ((f, x), u) =f(u) est continue (TG, X, p. 28, cor. 1). D’après le corollaire 3 ci-dessus, l’application ψ\psi possède un unique relèvement continu θ:(Cc(T;B)×B\theta : (\mathscr{C}_c(T; B)\times_B E)×T→EE)\times T\rightarrow E tel que θ((f,x),t)=x\theta ((f, x), t) =x pour (f,x)∈Cc(T;B)×BE(f, x)\in \mathscr{C}_c(T; B)\times_BE. On a ainsi θ((f,x),u)=φ−1(f,x)(u)\theta ((f, x), u) =\varphi^{-1}(f, x)(u) pour (f,x)∈Cc(T;B)×BE(f, x)\in \mathscr{C}_c(T; B)\times_BE et u∈Tu\in T. D’après le théorème 3 de TG, X, p. 28, l’application (f,x)↦θ((f,x),⋅)(f, x)\mapsto \theta ((f, x),\cdot ) de Cc(T;B)×BE\mathscr{C}_c(T; B)\times_BE dans Cc(T;E)\mathscr{C}_c(T; E) est continue, c’est-à-dire φ−1\varphi^{-1} est continue.

Ainsi, l’application φ\varphi est un homéomorphisme de Cc(T;E)\mathscr{C}_c(T; E) sur le produit fibré Cc(T;B)×BE\mathscr{C}_c(T; B)\times_BE, d’où la proposition (I, p. 8, prop. 2).

5. Groupes d’homéomorphismes des espaces simplement connexes

Soit X un espace topologique connexe non vide et soit G un groupe discret opérant continûment à gauche dans X ; notons ee l’élément neutre de G. Soit M une partie de X telle que G⋅M=XG\cdot M = X. On pose

S={g∈G∣g⋅M∩M=∅̸} S =\{g\in G|g\cdot M\cap M=\not\emptyset \}

On a e∈Se\in S et S=S−1S = S^{-1}.

Pour tout x∈Xx\in X, notons ExE_x l’ensemble des g∈Gg\in G tels que x∈g⋅Mx\in g\cdot M. Soient g,h∈Exg, h\in E_x; alors g⋅M∩h⋅M=∅̸g\cdot M\cap h\cdot M=\not\emptyset, si bien que g−1h∈Sg^{-1}h\in S. En particulier, pour tout x∈Mx\in M, on a e∈Exe\in E_x d’où Ex⊂SE_x\subset S.

On fait l’une des deux hypothèses suivantes :

(i) L’ensemble M est ouvert ;

(ii) L’ensemble M est fermé et le recouvrement (g⋅M)g∈G(g\cdot M)_{g\in G} de X est localement fini.

Lemme 2 01SK

Pour tout point x∈Xx\in X, l’application μx:Ex×M→X\mu_x: E_x\times M\rightarrow X donnée par (g,u)↦g⋅u(g, u)\mapsto g\cdot u est universellement stricte, et son image Ex⋅ME_x\cdot M est un voisinage de xx dans X. En particulier, S⋅MS\cdot M est un voisinage de M.

Sous l’hypothèse (i), l’application μx\mu_x est ouverte, car Ex×ME_x\times M est ouvert dans G×MG\times M. Son image est alors ouverte dans X.

Supposons maintenant l’hypothèse (ii) satisfaite. L’application μx\mu_x est propre (TG, I, p. 6, prop. 4, et p. 75, th. 1), donc universellement stricte (I, p. 20, corollaire 11). En outre, (G−Ex)⋅M(G-E_x)\cdot M est une partie fermée de X qui ne contient pas xx, si bien que Ex⋅ME_x\cdot M est un voisinage de xx.

La dernière assertion résulte de ce que Ex⊂SE_x\subset S si x∈Mx\in M.

Lemme 3 01SL

Le groupe G est engendré par S.

Soit H le sous-groupe de G engendré par S. Soit U=H⋅MU = H\cdot M ; observons que U est la réunion des parties de la forme h⋅(S⋅M)h\cdot (S\cdot M), pour h∈Hh\in H. Comme S⋅MS\cdot M est un voisinage de M (lemme 2), l’ensemble U est un voisinage de H⋅M=UH\cdot M = U ; il en résulte que U est ouvert dans X. Soient g,g′∈Gg, g'\in G tels que g⋅U∩g′⋅U=∅̸g\cdot U\cap g'\cdot U=\not\emptyset; soient h,h′∈Hh, h'\in H et x,x′∈Mx, x'\in M tels que gh⋅x=g′h′⋅x′gh\cdot x=g'h'\cdot x'; alors h−1g−1g′h′⋅x′=xh^{-1}g^{-1}g'h'\cdot x'=x, si bien que h−1g−1g′h′∈Sh^{-1}g^{-1}g'h'\in S ; en particulier, g−1g′∈Hg^{-1}g'\in H. Lorsque gg parcourt un système de représentants des classes à gauche modulo H, les ensembles g⋅Ug\cdot U sont ainsi deux à deux disjoints ; puisque G⋅M=XG\cdot M = X, ils recouvrent X. Comme X est connexe, il s’ensuit que (G : H) = 1, d’où H = G.

Soit T l’ensemble des couples (s,t)(s, t) d’éléments de G tels que M∩s⋅M\cap s\cdot M∩st⋅M=∅̸M\cap st\cdot M=\not\emptyset; si (s,t)∈T(s, t)\in T, alors s,ts,t et stst appartiennent à S. Soit F le groupe F(S,r)F(S,\mathbf{r}) défini par l’ensemble générateur S et par l’ensemble r\mathbf{r} des relateurs str−1str^{-1} pour r,s,t∈Sr, s, t\in S tels que (s,t)∈T(s, t)\in T et r=str=st; notons ε\varepsilon son élément neutre et φ:F→G\varphi : F\rightarrow G l’homomorphisme canonique (A, I, p. 86, prop. 9). Si s∈Ss\in S, nous noterons xsx_s l’élément de F, image de ss par l’application canonique de S dans F; pour tout s∈Ss\in S, on a φ(xs)=s\varphi (x_s) =s. L’homomorphisme φ\varphi est donc surjectif (lemme 3). Pour (s,t)∈T(s, t)\in T et r=str=st, on a xr=xsxtx_r=x_sx_t; on a donc xe=εx_e=\varepsilon, car (e,e)∈T(e, e)\in T ; pour tout s∈Ss\in S, on a aussi xs−1=xs−1x_{s^{-1}}=x^{-1}_s car (s,s−1)∈T(s, s^{-1})\in T.

Munissons l’ensemble F de la topologie discrète et notons Z l’espace topologique F×MF\times M, muni de l’opération de F donnée par (γ,(g,x))↦(\gamma ,(g, x))\mapsto (γg,x)(\gamma g, x), pour γ\gamma et g∈g\in F et u∈u\in M. Soient (g1,u1)(g_1, u_1) et (g2,u2)(g_2, u_2) des éléments de Z ; nous dirons que (g1,u1)(g_1, u_1) est congru à (g2,u2)(g_2, u_2) s’il existe s∈Ss\in S tel que g2=g1⋅xsg_2=g_1\cdot x_s et s⋅u2=u1s\cdot u_2=u_1.

Lemme 4 01SM

La relation « (g1,u1)(g_1, u_1) est congru à (g2,u2)(g_2, u_2) » est une relation d’équivalence dans Z, compatible avec l’opération de F.

Cette relation est réflexive, car on a xe=εx_e=\varepsilon. Soient (g1,u1)(g_1, u_1) et (g2,u2)(g_2, u_2) des éléments de Z tels que (g1,u1)(g_1, u_1) soit congru à (g2,u2)(g_2, u_2). Soit s∈Ss\in S tel que g2=g1xsg_2=g_1x_s et s⋅u2=u1s\cdot u_2=u_1; comme xs−1=xs−1x_{s^{-1}}=x^{-1}_s, on a g1=g2xs−1g_1=g_2x_{s^{-1}} et u2=s−1⋅u1u_2=s^{-1}\cdot u_1, donc (g2,u2)(g_2, u_2) est congru à (g1,u1)(g_1, u_1) ; par suite, cette relation est symétrique. Démontrons enfin qu’elle est transitive. Soient (g1,u1)(g_1, u_1), (g2,u2)(g_2, u_2) et (g3,u3)(g_3, u_3) des points de Z tels que (g1,u1)(g_1, u_1) et (g2,u2)(g_2, u_2) soient congrus, ainsi que (g2,u2)(g_2, u_2) et (g3,u3)(g_3, u_3). Soient ss et tt dans S tels que g2=g1xsg_2=g_1x_s et s⋅u2=u1s\cdot u_2=u_1 d’une part, et g3=g2xtg_3=g_2x_t et t⋅u3=u2t\cdot u_3=u_2 d’autre part. On a u1=s⋅u2=st⋅u3u_1=s\cdot u_2=st\cdot u_3, donc u1∈M∩s⋅M∩st⋅Mu_1\in M\cap s\cdot M\cap st\cdot M, ce qui montre que (s,t)(s, t) appartient à T et que stst appartient à S. On a alors g3=g2xt=g1xsxt=g1xstg_3=g_2x_t=g_1x_sx_t=g_1x_{st} et u1=st⋅u3u_1=st\cdot u_3; par suite, (g1,u1)(g_1, u_1) et (g3,u3)(g_3, u_3) sont congrus. Ainsi, la relation « être congru » est une relation d’équivalence dans Z. Elle est compatible avec l’opération de F dans Z.

Soit Y l’espace topologique quotient de Z pour la relation d’équivalence définie ci-dessus. Notons π:Z→Y\pi : Z\rightarrow Y l’application canonique. Notons aussi q:Z→Xq: Z\rightarrow X l’application donnée par (g,x)↦φ(g)⋅x(g, x)\mapsto \varphi (g)\cdot x; elle est surjective (lemme 3). Par passage au quotient, l’application qq induit une application continue et surjective p:Y→Xp: Y\rightarrow X ; d’après le lemme 4, l’opération de F dans Z induit une opération continue de F dans Y telle que p(g⋅y)=φ(g)⋅p(y)p(g\cdot y) =\varphi (g)\cdot p(y) pour tout g∈Fg\in F et tout y∈Yy\in Y. En particulier, le groupe N = Ker(φ\varphi ) opère continûment sur le X-espace (Y,p)(Y, p).

Lemme 5 01SN

Si M est connexe, l’espace Y est connexe.

Soient g∈Fg\in F et s∈Ss\in S. Soient uu et vv des éléments de M tels que v=s⋅uv=s\cdot u; on a donc π(g,v)=π(gxs,u)\pi (g, v) =\pi (gx_s, u) et les ensembles π({g}×M)\pi (\{g\} \times M) et π({gxs}×M)\pi (\{gx_s\} \times M) de Y ont un point commun. Comme ils sont connexes, ils sont contenus dans la même composante connexe de Y. Puisque S est une partie symétrique du groupe G, et que xs−1=xs−1x_{s^{-1}}=x^{-1}_s pour tout s∈Ss\in S, tout élément gg de F est de la forme xs1...xsnx_{s_1}. . . x_{s_n}, où n∈Nn\in \mathbf{N} et s1,...,sns_1, . . . , s_n sont des éléments de S. Par récurrence sur nn, les ensembles π({e}×M)\pi (\{e\} \times M) et π({g}×M)\pi (\{g\} \times M) sont contenus dans la même composante connexe de Y, pour tout g∈Fg\in F. Il en résulte que Y est connexe.

Lemme 6 01SO

Pour tout x∈Xx\in X, le groupe N opère fidèlement et transitivement sur la fibre p−1(x)\overset{-1}{p}(x).

Comme pp est surjective, la fibre p−1(x)\overset{-1}{p}(x) n’est pas vide. Soient y,y′∈y, y'\in p−1(x)\overset{-1}{p}(x) ; démontrons qu’il existe un unique élément n∈n\in N tel que n⋅y=y′n\cdot y=y'. Soient g,h∈g, h\in F et soient u,v∈u, v\in M tels que y=π(g,u)y=\pi (g, u) et y′=π(h,v)y'=\pi (h, v). Posons s=φ(g−1h)s=\varphi (g^{-1}h). Comme x=φ(g)⋅u=φ(h)⋅vx=\varphi (g)\cdot u=\varphi (h)\cdot v, on a u=s⋅vu=s\cdot v, d’où s∈Ss\in S. Il s’ensuit que φ(h)=φ(gxs)\varphi (h) =\varphi (gx_s), si bien qu’il existe n∈Nn\in N tel que h=ngxsh=ngx_s. Alors,

y′=π(h,v)=π(ngxs,v)=n⋅π(gxs,v)=n⋅π(g,s⋅v)=n⋅y y'=\pi (h, v) =\pi (ngx_s, v) =n\cdot \pi (gx_s, v) =n\cdot \pi (g, s\cdot v) =n\cdot y

Soit n′n' un élément de N tel que n′⋅y=y′n'\cdot y=y'. On a n′⋅π(g,u)=n⋅π(g,u)n'\cdot \pi (g, u) =n\cdot \pi (g, u), d’où π(n′g,u)=π(ng,u)\pi (n'g, u) =\pi (ng, u). Par conséquent, il existe t∈St\in S tel que n′g=n'g= ngxtngx_t; cette relation entraîne que φ(xt)=e\varphi (x_t) =e, d’où t=et=e et n=n′n=n'.

Lemme 7 01SP

Muni de l’action de N, le X-espace (Y,p)(Y, p) est un revêtement principal à gauche. Il est trivialisable au-dessus de M.

Soit x∈Xx\in X ; fixons un élément g∈Exg\in E_x ainsi qu’un élément g‾∈F\overline{g}\in F tel que φ(g‾)=g\varphi (\overline{g}) =g. On note μx:Ex×M→X\mu_x: E_x\times M\rightarrow X l’application donnée par (h,u)↦h⋅u(h, u)\mapsto h\cdot u.

Soit n∈Nn\in N, soient h,k∈Exh, k\in E_x et soient u,v∈Mu, v\in M tels que h⋅u=k⋅vh\cdot u=k\cdot v; posons s=g−1h,t=h−1ks=g^{-1}h,t=h^{-1}k et r=st=g−1kr=st=g^{-1}k. Comme xx appartient à g⋅M∩h⋅M∩k⋅Mg\cdot M\cap h\cdot M\cap k\cdot M, le couple (s,t)(s, t) appartient à T, d’où xsxt=xrx_sx_t=x_r. On a donc

π(ngxr,v)=π(ngxsxt,v)=π(ngxs,t⋅v)=π(ngxs,u) \pi (ngx_r, v) =\pi (ngx_sx_t, v) =\pi (ngx_s, t\cdot v) =\pi (ngx_s, u)

Il existe ainsi une unique application θ:N×(Ex⋅M)→Y\theta : N\times (E_x\cdot M)\rightarrow Y telle que θ(n,h⋅u)=π(ngxg−1h,u)\theta (n, h\cdot u) =\pi (ngx_{g^{-1}h}, u) pour tout n∈Nn\in N, tout h∈Exh\in E_x et tout u∈Mu\in M. On a

p(θ(n,h⋅u))=p(π(ngxs,u))=q(ngxs,u)=φ(ngxs)⋅u=gs⋅u=h⋅u p(\theta (n, h\cdot u)) =p(\pi (ngx_s, u)) =q(ngx_s, u) =\varphi (ngx_s)\cdot u=gs\cdot u=h\cdot u

De plus, pour n,n′∈Nn, n'\in N et y∈Ex⋅My\in E_x\cdot M, on a θ(n′n,y)=n′⋅θ(n,y)\theta (n'n, y) =n'\cdot \theta (n, y). L’application θ′:N×(Ex×M)→Y\theta ': N\times (E_x\times M)\rightarrow Y donnée par θ′(n,(h,u))=θ(n,μx(h,u))\theta '(n,(h, u)) =\theta (n, \mu_x(h, u)) est continue ; comme l’application μx\mu_x est universellement stricte (I, p. 133, lemme 2), l’application θ\theta est continue. C’est une bijection de N×(Ex⋅M)N\times (E_x\cdot M) sur le sous-espace Y×X(Ex⋅M)Y\times_X(E_x\cdot M) de Y (lemme 6).

Soient z=(k,v)∈Zz= (k, v)\in Z et (h,u)∈Ex×M(h, u)\in E_x\times M tels que q(k,v)=μx(h,u)q(k, v) =\mu_x(h, u). Posons ss = h−1φ(k‾)h^{-1}\varphi (\overline{k}) ; comme φ(k‾)⋅v\varphi (\overline{k})\cdot v = h⋅uh\cdot u, on a s∈s\in S. Posons alors λ′(z,(h,u))=kxs−1xh−1gg‾−1\lambda '(z,(h, u)) =kx^{-1}_sx_{h^{-1}g}\overline{g}^{-1}; on a φ(λ′(z,(h,u)))=\varphi (\lambda '(z,(h, u))) = φ(k‾)s−1h−1gg−1\varphi (\overline{k})s^{-1}h^{-1}gg^{-1} = ee, donc λ′(z,(h,u))∈\lambda '(z,(h, u))\in N. On définit ainsi une application continue λ′:Z×X(Ex×M)→N\lambda ': Z\times_X(E_x\times M)\rightarrow N. De plus, pour tout zz et (h,u)(h, u) comme ci-dessus, on a

θ(λ′(z,(h,u)),h⋅u)=π(kxs−1xh−1gg‾−1gxg−1h,u) \theta (\lambda '(z,(h, u)), h\cdot u) =\pi (kx^{-1}_sx_{h^{-1}g}\overline{g}^{-1}gx_{g^{-1}h}, u)
=π(kxs−1,u)=π(k,s−1⋅u)=π(k,v)=π(z) =\pi (kx^{-1}_s, u) =\pi (k, s^{-1}\cdot u) =\pi (k, v) =\pi (z)

et λ′(z,(h,u))\lambda '(z,(h, u)) est l’unique élément nn de N tel que θ(n,h⋅u)=π(z)\theta (n, h\cdot u) =\pi (z). Il existe en particulier une unique application

λ:Y×X(Ex⋅M)→N \lambda : Y\times_X(E_x\cdot M)\rightarrow N

telle que λ(π(z),h⋅u)=λ′(z,(h,u))\lambda (\pi (z), h\cdot u) =\lambda '(z,(h, u)) pour tout z∈Zz\in Z et tout (h,u)∈(h, u)\in Ex×ME_x\times M tels que q(z)=h⋅uq(z) =h\cdot u. Elle est continue, car l’application μx\mu_x est universellement stricte. Il en résulte que le Ex⋅ME_x\cdot M-espace YEx⋅MY_{E_x\cdot M} déduit de Y par changement de base, muni de l’opération de N, est un espace fibré principal de groupe N, trivialisable.

Le lemme est ainsi démontré.

Proposition 10 01SQ

Soit X un espace topologique non vide et connexe, soit G un groupe discret opérant continûment à gauche dans X et soit M une partie de X telle que G⋅M=XG\cdot M = X. On fait l’une des deux hypothèses suivantes :

(i) L’ensemble M est ouvert ;

(ii) L’ensemble M est fermé et le recouvrement (g⋅M)g∈G(g\cdot M)_{g\in G} de X est localement fini.

Soit S l’ensemble des éléments g∈Gg\in G tels que M∩g⋅M=∅̸M\cap g\cdot M=\not\emptyset, soit T l’ensemble des couples (s,t)∈S×S(s, t)\in S\times S tels que M∩s⋅M∩st⋅M=∅̸M\cap s\cdot M\cap st\cdot M=\not\emptyset. Soit F le groupe F(S,r)F(S,\mathbf{r}) défini par l’ensemble générateur S et par l’ensemble r\mathbf{r} des relateurs str−1str^{-1} pour r,s,t∈r, s, t\in S tels que (s,t)∈(s, t)\in T et rr = stst; pour s∈Ss\in S, notons xsx_s l’image de ss par l’application canonique de S dans F. Il existe un unique homomorphisme de groupes φ:F→G\varphi : F\rightarrow G tel que φ(xs)=s\varphi (x_s) =s pour tout s∈Ss\in S. Il est surjectif ; c’est un isomorphisme si l’espace X est simplement connexe, ou, plus généralement, si tout revêtement de X qui est trivialisable au-dessus de M est trivialisable.

L’homomorphisme φ\varphi est surjectif (I, p. 133, lemme 3). Avec les notations de ce no^o, le revêtement Y de X est trivialisable, puisqu’il est trivialisable au-dessus de M. D’après le lemme 5, Y est connexe. Par suite, p:Y→Xp: Y\rightarrow X est un homéomorphisme et le groupe N est réduit à l’élément neutre. Par conséquent, l’homomorphisme φ:F→G\varphi : F\rightarrow G est un isomorphisme de groupes.

Proposition 11 01SR

Soient X un espace topologique simplement connexe et G un groupe discret opérant continûment à droite dans X. Si le sous-groupe de G engendré par la réunion des fixateurs des points de X est égal à G, l’espace X/GX/G est simplement connexe.

Soit (E,p)(E, p) un revêtement de X/GX/G. Il s’agit de démontrer que, pour tout point xx de E, il existe une section continue ss de pp telle que s∘p(x)=x(s\circ p(x) =x(I, p. 70, cor. 2 de la prop. 1). Notons q:X→X/Gq: X\rightarrow X/G l’application canonique et choisissons un point yy de X tel que q(y)=p(x)q(y) =p(x). Comme l’espace X est simplement connexe, il existe une application continue f:X→Ef: X\rightarrow E telle que f(y)=xf(y) =x et p∘f=q(p\circ f=q(I, p. 125, prop. 3). Soient zz un point de X et gg un élément du sous-groupe de G fixateur de zz. Les applications t↦f(t)t\mapsto f(t) et t↦f(t⋅g)t\mapsto f(t\cdot g) de X dans E sont des relèvements continus à E de l’application qq qui coïncident pour t=zt=z. Comme l’espace X est connexe, elles sont égales (I, p. 34, cor. 1 de la prop. 11). Comme la réunion des sous-groupes fixateurs des points de X engendre G, on a f(t⋅g)=f(t)f(t\cdot g) =f(t) pour tout t∈Xt\in X et tout g∈Gg\in G. Par passage au quotient, on déduit de ff une application continue s:X/G→Es: X/G\rightarrow E qui est une section continue de pp telle que s(p(x))=xs(p(x)) =x.

Exercices

See the exercises for § 6.

Transcribed from the printed volume. Not translated.