Bourbaki

§ 5. Perturbation par une application linéaire compacte

1. Morphismes stricts et propreté

Lemme 1 02TK

Soient E et F des espaces vectoriels topologiques, uu une application linéaire continue de E dans F et U un voisinage de 0 dans E. On suppose que uu induit un homéomorphisme de U sur une partie fermée de F. Alors l’image I de uu est fermée et uu induit un homéomorphisme de E sur I.

L’ensemble u(U)u(U) est un voisinage de 0 dans I ; il est fermé dans F, donc le sous-groupe I de F est localement fermé en 0, et par conséquent il est fermé (TG, III, p. 7, prop. 4).

Comme Ker(uu) ne rencontre U qu’en 0, on a Ker(uu) ={0}=\{0\} et l’application uu est injective. Soit V un voisinage fermé de 0 dans E contenu dans U. Comme u(V˚)u(\mathring{V}) est un voisinage de 0 dans uu(V), il existe un voisinage équilibré W de 0 dans F tel que u(V)∩W⊂u(V˚)u(V)\cap W\subset u(\mathring{V}). L’ensemble u−1(W)\overset{-1}{u}(W) est équilibré, donc connexe. Il contient 0 et est contenu dans V˚∪(E\mathring{V}\cup (E - V). Comme V˚\mathring{V} et E- V sont des parties ouvertes disjointes de E, l’ensemble u−1(W)\overset{-1}{u}(W) est contenu dans V˚\mathring{V}, d’où W∩I⊂u(V˚)W\cap I\subset u(\mathring{V}). Par suite u(V˚)u(\mathring{V}) est un voisinage de 0 dans I. Cela implique que uu induit un homéomorphisme de E sur I.

Proposition 1 02TL

Soient E un espace localement convexe séparé, F un espace localement convexe et uu une application linéaire continue de E dans F. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) L’application uu est un morphisme strict, son noyau est de dimension finie et son image est fermée dans F ;

(ii) Il existe un voisinage fermé V de 0 dans E tel que la restriction de uu à V soit propre (TG, I, p. 72).

(i) =⇒=\Rightarrow (ii) : Supposons que uu vérifie la condition (i). Comme le noyau de uu est de dimension finie, il possède un supplémentaire topologique E1E_1 dans E (III, p. 55, prop. 1), et il existe un voisinage compact C de 0 dans Ker(uu). Identifions E à E1×E_1\times Ker(uu); l’ensemble V=E1×CV = E_1\times C est alors un voisinage fermé de 0 dans E. La restriction de uu à V est composée de la projection de E1×CE_1\times C sur E1E_1 qui est propre (TG, I, p. 77, cor. 5) et de la restriction u1u_1 de uu à E1E_1. Or u1u_1 est un homéomorphisme de E1E_1 sur un sous-espace fermé de F, donc est propre (TG, I, p. 72, prop. 2). La composée de deux applications propres est propre (TG, I, p. 73, prop. 5, a)), donc la restriction de uu à V est propre.

(ii) =⇒=\Rightarrow (i) : Soit V un voisinage fermé de 0 dans E tel que la restriction vv de uu à V soit propre. L’ensemble V∩V\cap Ker(uu) =v−1({0})=\overset{-1}{v}(\{0\}) est alors compact (TG, I, p. 75, th. 1) ; par suite, l’espace vectoriel Ker(uu) est localement compact, donc de dimension finie (EVT, I, p. 15, th. 3). Soit E1E_1 un supplémentaire topologique de Ker(uu) dans E (prop. 1 de III, p. 55) ; posons V1=E1∩VV_1= E_1\cap V. L’ensemble V1V_1 est fermé dans V. L’application u∣V1u|V_1 est propre (TG, I, p. 74, cor. 1) et injective, donc est un homéomorphisme de V1V_1 sur une partie fermée de F (TG, I, p. 72, prop. 2). D’après le lemme 1, la restriction de uu à E1E_1 est un homéomorphisme de E1E_1 sur un sous-espace fermé de F, donc uu est un morphisme strict d’image fermée.

2. Perturbation des applications linéaires injectives ou surjectives

Théorème 1 02TM

Soient E et F des espaces localement convexes séparés et uu un morphisme strict de E dans F, dont le noyau est de dimension finie et dont l’image est fermée. Soit hh une application linéaire compacte de E dans F. L’application linéaire u+hu+h est un morphisme strict, son noyau est de dimension finie et son image est fermée.

D’après la prop. 1 de III, p. 71, il existe un voisinage fermé V de 0 dans E tel que la restriction de uu à V soit propre. Puisque hh est compacte, il existe un voisinage fermé W de 0 contenu dans V tel que l’ensemble h(W)h(W) soit relativement compact. Posons C=h(W)C =h(W). La restriction de uu à W est propre (TG, I, p. 74, cor. 1). L’application α:x↦(u(x),h(x))\alpha :x\mapsto (u(x), h(x)) de W dans F×CF\times C est propre car l’application pr1∘α=u∣W_1\circ \alpha =u|W de W dans F est propre (TG, I, p. 73, prop. 5, d)). L’application β:(y,z)↦(y+z,z)\beta : (y, z)\mapsto (y+z, z) de F×CF\times C dans F×CF\times C est un homéomorphisme, et l’application pr1_1 de F×CF\times C dans F est propre (TG, I, p. 77, cor. 5). L’application composée pr1∘β∘α_1\circ \beta \circ \alpha de W dans F est donc propre (TG, I, p. 73, prop. 5, a)). Or cette application n’est autre que la restriction de u+hu+h à W. D’après la prop. 1 de III, p. 71,u+h,u+h est un morphisme strict, son noyau est de dimension finie et son image est fermée.

Lemme 2 02TN

Soient E et F des espaces de Fréchet et u∈L(E;F)u\in \mathscr{L}(E; F). Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) Le conoyau de uu est de dimension finie ;

(ii) L’application tu:Fc′→Ec′^tu: F'_c\rightarrow E'_c est un morphisme strict d’image fermée dont le noyau est de dimension finie.

(i) =⇒=\Rightarrow (ii) : Supposons que le conoyau de uu est de dimension finie. L’application uu est alors un morphisme strict (lemme 6 de III, p. 52). D’après la prop. 2 de EVT, IV, p. 27, l’image de tu^tu est fermée dans E′E' muni de la topologie faible, et a fortiori dans Ec′E'_c. Le noyau de tu^tu est l’orthogonal de l’image de u(u(loc. cit.) ; il est donc de dimension finie. Enfin, tu^tu est un morphisme strict de Fc′F'_c dans Ec′E'_c d’après le théorème 1 de EVT, IV, p. 28.

(ii) =⇒=\Rightarrow (i) : Supposons que tu:Fc′→Ec′^tu: F'_c\rightarrow E'_c soit un morphisme strict. D’après EVT, IV, p. 28, th. 1, l’image de uu est fermée. Le noyau de tu^tu est l’orthogonal de Im(uu) (EVT, IV, p. 27, prop. 2) ; si ce noyau est de dimension finie, l’image de uu est de codimension finie dans F.

Théorème 2 02TO

Soient E et F des espaces de Fréchet, u:E→Fu: E\rightarrow F une application linéaire continue dont le conoyau est de dimension finie, et h:E→Fh: E\rightarrow F une application linéaire compacte. L’application linéaire u+hu+h est un morphisme strict, son conoyau est de dimension finie et son image est fermée.

D’après le lemme 6 de III, p. 52, il suffit de montrer que le conoyau de u+hu+h est de dimension finie. Or, d’après la prop. 9 de III, p. 9, l’application th^th de Fc′F'_c dans Ec′E'_c est compacte ; le théorème 2 résulte du théorème 1 et du lemme 2.

3. Perturbation des applications de Fredholm

Théorème 3 02TP

Soient E un espace localement convexe, F un espace localement convexe séparé, uu une application de Fredholm de E dans F et hh une application linéaire compacte de E dans F. Alors u+hu+h est une application de Fredholm, et l’on a ind(u+hu+h) == ind(uu).

Nous prouverons le théorème en trois étapes.

A) On suppose que E et F sont des espaces de Banach. La prop. 2 de III, p. 42 montre que l’application linéaire uu est un morphisme strict d’image fermée dont le noyau et le conoyau sont de dimension finie. Puisque E et F sont des espaces de Banach, les th. 1 et 2 de III, p. 73 impliquent que, pour tout t∈[0,1]t\in [0,1], l’application linéaire ut=u+thu_t=u+th possède ces mêmes propriétés, et est donc une application de Fredholm (III, p. 42, prop. 2). L’application t↦utt\mapsto u_t de [0,1][0,1] dans l’ensemble F(E;F)\mathscr{F}(E; F) des applications de Fredholm de E dans F est continue. D’après le th. 1 de III, p. 58, l’application t↦t\mapsto ind(utu_t) est localement constante. Comme l’intervalle [0,1][0,1] de R\mathbf{R} est connexe, cette application est constante. On a donc ind(uu) == ind(u+hu+h).

B) On suppose que E = F et u=1Eu= 1_E. D’après la prop. 5 de III, p. 5, il existe un espace de Banach G, une application linéaire continue p:E→Gp: E\rightarrow G et une application linéaire compacte q:G→Eq: G\rightarrow E telle que h=q∘ph=q\circ p. L’endomorphisme p∘qp\circ q de G est compact. D’après A), 1G+p∘q1_G+p\circ q est un endomorphisme de Fredholm de G d’indice nul. Mais alors 1E+h=1E+q∘p1_E+h= 1_E+q\circ p est un endomorphisme de Fredholm de E d’indice nul (III, p. 49, prop. 10, f )).

C) Cas général. Soit vv un quasi-inverse de uu. Les endomorphismes u∘vu\circ v et (u+h)∘v(u+h)\circ v de F diffèrent de 1F1_F par des applications linéaires compactes. D’après B), ce sont des endomorphismes de Fredholm de F d’indice nul. Il en résulte que u+hu+h est un endomorphisme de Fredholm (III, p. 40, no2^o2) de même indice que u(u(III, p. 43, no3^o3, formule (2)).

Corollaire 1 02TQ

Soient E et F des espaces localement convexes séparés et u∈L(E;F)u\in \mathscr{L}(E; F). Pour que uu soit une application de Fredholm, il faut et il suffit qu’il existe une application v∈L(F;E)v\in \mathscr{L}(F; E) telle que les applications linéaires 1E−v∘u1_E-v\circ u et 1F−u∘v1_F-u\circ v soient compactes.

Comme une application linéaire continue de rang fini est compacte, la condition énoncée est nécessaire.

Soit vv un élément de L(F;E)\mathscr{L}(F; E) tel que les applications linéaires 1E−v∘u1_E-v\circ u et 1F−u∘v1_F-u\circ v soient compactes. D’après le théorème 3,v∘u,v\circ u et u∘vu\circ v sont des applications de Fredholm. Soit pp et qq des quasi-inverses de v∘uv\circ u et u∘vu\circ v respectivement. Posons w=p∘vw=p\circ v et w′=v∘qw'=v\circ q. Avec les notations du no2^o2 de III, p. 40, on a w∘u≡1Ew\circ u\equiv 1_E et u∘w′≡1Fu\circ w'\equiv 1_F, d’où w≡w∘u∘w′≡w′w\equiv w\circ u\circ w'\equiv w'. Il en résulte que ww est un quasi-inverse de uu.

Corollaire 2 02TR

Soient E et F des espaces localement convexes séparés et u∈L(E;F)u\in \mathscr{L}(E; F). Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) L’application uu est une application de Fredholm d’indice nul;

(ii) Il existe un isomorphisme vv de E sur F tel que u−vu-v soit de rang fini ;

(iii) Il existe un isomorphisme vv de E sur F tel que u−vu-v soit compact.

(i) =⇒=\Rightarrow (ii) : Supposons que uu soit une application de Fredholm d’indice nul. Il existe des décompositions en somme directe topologique E=E1⊕E2E = E_1\oplus E_2 et F=F1⊕F2F = F_1\oplus F_2 avec E2E_2 et F2F_2 de dimension finie telles que uu s’annule sur E2E_2 et définisse par restriction un isomorphisme u1u_1 de E1E_1 sur F1(F_1(III, p. 42, prop. 2). Si ind(uu) =0= 0, alors les dimensions de E2E_2 et F2F_2 sont égales et il existe un isomorphisme vv de E sur F prolongeant u1u_1. Le noyau de u−vu-v contient E1E_1, donc u−vu-v est de rang fini.

On a (ii) =⇒=\Rightarrow (iii) puisque toute application linéaire continue de rang fini de E dans F est compacte, et (iii) =⇒=\Rightarrow (i) d’après le th. 3.

4. Perturbation des endomorphismes de Riesz

Soit E un espace de Banach. Rappelons (cf. III, p. 5, prop. 3) que l’ensemble Lc(E)\mathscr{L}^c(E) des endomorphismes compacts de E est un idéal bilatère fermé de l’algèbre de Banach L(E)\mathscr{L}(E). L’algèbre de Banach quotient est appelée l’algèbre de Calkin de E ; on la note C\mathscr{C}alk(E). On note π\pi l’homomorphisme canonique de L(E)\mathscr{L}(E) sur C\mathscr{C}alk(E). D’après le cor. 1 de III, p. 74, un endomorphisme uu de E est un endomorphisme de Fredholm si et seulement si π(u)\pi (u) est inversible dans l’algèbre C\mathscr{C}alk(E).

Proposition 2 02TS

Soit u∈L(E)u\in \mathscr{L}(E) tel que ∥1E−π(u)∥<1\|1_E-\pi (u)\|<1 dans l’algèbre C\mathscr{C}alk(E). Alors uu est un endomorphisme de Riesz de E.

Soit r⩾1r\geqslant 1 un entier tel que ∥1E−π(u)∥r<12\|1_E-\pi (u)\|^r<\frac{1}{2}. Soit P∈C[X]P\in \mathbf{C}[X] le polynôme 1−(1−X)rX\frac{1-(1-X)^r}{X}. Notons v=1E−(1E−u)rv= 1_E-(1_E-u)^r. On a donc v=uP(u)v=uP(u) et ∥1E−π(v)∥<12\|1_E-\pi (v)\|<\frac{1}{2}. Comme les endomorphismes uu et P(u)P(u) de E commutent, il suffit de prouver que vv est un endomorphisme de Riesz de E (III, p. 49, prop. 9).

Puisque ∥1E−π(v)∥<1/2\|1_E-\pi (v)\|<1/2, il existe, par définition de la norme quotient dans l’espace C\mathscr{C}alk(E), un endomorphisme compact hh de E et un endomorphisme ww de E tels que v=1E+h+wv= 1_E+h+w et ∥w∥<12\|w\|<\frac{1}{2}. D’après le corollaire 1 de I, p. 22, l’élément 1E+w1_E+w est un automorphisme de E. Comme hh est compact, v=(1E+w)+hv= (1_E+w) +h est un endomorphisme de Fredholm de E d’indice 0 (cor. 2 de III, p. 74). Pour tout entier n⩾0n\geqslant 0, notons NnN_n le noyau de vnv^n. Pour démontrer que vv est un endomorphisme de Riesz de E, il suffit de prouver qu’il existe un entier n⩾0n\geqslant 0 tel que Nn=Nn+1(N_n= N_{n+1}(III, p. 46, déf. 2 et III, p. 46, remarque).

Raisonnons par l’absurde en supposant la suite (Nn)(N_n) strictement croissante. Pour tout n∈Nn\in \mathbf{N}, soit pnp_n l’application canonique de E sur l’espace normé E/NnE/N_n. Soit cc un nombre réel tel que 2∥w∥<c<12\|w\|< c <1. Soit n∈Nn\in \mathbf{N}. Puisque Nn+1N_{n+1} est différent de NnN_n, il existe un élément xn∈Nn+1x_n\in N_{n+1} tel que ∥pn(xn)∥=c\|p_n(x_n)\|=c et tel que ∥xn∥<1\|x_n\|<1 (en effet, il existe y∈Nn+1/Nny\in N_{n+1}/N_n de norme cc donc, pour tout ε>0\varepsilon >0, il existe xn∈Nn+1x_n\in N_{n+1} tel que pn(xn)=yp_n(x_n) =y et ∥xn∥⩽c+ε\|x_n\|\leqslant c+\varepsilon ).

Soient m,nm,n deux entiers tels que m>n⩾0m > n\geqslant 0. On a

∥h(xm)−h(xn)∥=∥v(xm−xn)−(1E+w)(xm−xn)∥ \|h(x_m)-h(x_n)\|=\|v(x_m-x_n)-(1_E+w)(x_m-x_n)\|
⩾∥(v−1E)(xm−xn)∥−∥w(xm−xn)∥ \geqslant \|(v-1_E)(x_m-x_n)\| - \|w(x_m-x_n)\|
⩾∥(v−1E)(xm−xn)∥−2∥w∥(1) \geqslant \|(v-1_E)(x_m-x_n)\| -2\|w\| \tag{1}

puisque ∥xm∥⩽1\|x_m\|\leqslant 1 et ∥xn∥⩽1\|x_n\|\leqslant 1. Par ailleurs, notons que

(v−1E)(xm−xn)=v(xm−xn)+xn−xm (v-1_E)(x_m-x_n) =v(x_m-x_n) +x_n-x_m

Mais comme n<mn < m et v(Nm+1)⊂Nmv(N_{m+1})\subset N_m, on a v(xm−xn)+xn∈Nmv(x_m-x_n) +x_n\in N_m, d’où

∥v(xm−xn)+xn−xm∥⩾∥pm(xm)∥=c \|v(x_m-x_n) +x_n-x_m\|\geqslant \|p_m(x_m)\|=c

L’inégalité (1) fournit donc la minoration

∥h(xm)−h(xn)∥⩾c−2∥w∥>0(2) \|h(x_m)-h(x_n)\|\geqslant c-2\|w\|>0 \tag{2}

La suite (h(xm))m∈N(h(x_m))_{m\in\mathbf{N}} n’a donc aucune valeur d’adhérence dans E, ce qui contredit le fait que l’image par hh de la boule unité de E est relativement compacte, puisque hh est compact (remarque 1 de III, p. 2).

Corollaire 1 02TT

Soit E un espace localement convexe séparé et soit u∈L(E)u\in \mathscr{L}(E). Pour que uu soit un endomorphisme de Riesz, il faut et il suffit qu’il existe un élément vv de L(E)\mathscr{L}(E) qui commute à uu et tel que 1E−u∘v1_E-u\circ v soit compact.

Comme toute application linéaire continue de rang fini est compacte, la condition est nécessaire (III, p. 47, prop. 6 d)). Démontrons qu’elle est suffisante. Soit vv un élément de L(E)\mathscr{L}(E) qui commute à uu et tel que l’endomorphisme h=1E−u∘vh= 1_E-u\circ v de E soit compact. Il existe un espace de Banach G, une application linéaire continue p:E→Gp: E\rightarrow G et une application linéaire compacte q:G→Eq: G\rightarrow E tels que h=q∘p(h=q\circ p(III, p. 5, prop. 5). L’endomorphisme p∘qp\circ q de G est compact. D’après la prop. 2, l’application linéaire 1G−p∘q1_G-p\circ q est un endomorphisme de Riesz de G. Mais alors u∘v=1E−q∘pu\circ v= 1_E-q\circ p est un endomorphisme de Riesz de E (III, p. 49, prop. 10, g)). Comme uu et vv commutent, uu est un endomorphisme de Riesz de E (III, p. 49, prop. 9).

Corollaire 2 02TU

Soient E un espace localement convexe séparé, uu un endomorphisme de Riesz de E et h∈L(E)h\in \mathscr{L}(E) une application linéaire compacte. Si uu et hh commutent, alors u+hu+h est un endomorphisme de Riesz de E.

Soit vv le quasi-inverse canonique de uu. Il commute à uu et à h(h(III, p. 47, prop. 6), donc à u+hu+h. L’endomorphisme 1E−(u+h)∘v1_E-(u+h)\circ v de E est somme de l’application linéaire continue de rang fini 1E−u∘v1_E-u\circ v et de l’application linéaire compacte −h∘v-h\circ v, donc est compact. Il en résulte que u+hu+h est un endomorphisme de Riesz de E (corollaire 1).

Proposition 3 02TV

Soit E un espace de Banach. Soit uu un endomorphisme de E, soit A son commutant dans L(E)\mathscr{L}(E). L’adhérence B de π(A)\pi (A) dans l’algèbre C\mathscr{C}alk(E) est une algèbre de Banach. Pour que uu soit un endomorphisme de Riesz de E, il faut et il suffit que π(u)\pi (u) soit inversible dans B.

Puisque π(A)\pi (A) est une sous-algèbre unifère de C\mathscr{C}alk(E), son adhérence B est une algèbre de Banach. Si uu est un endomorphisme de Riesz de E, l’élément π(u)\pi (u) possède un inverse dans π(A)\pi (A) (cor. 1), donc dans B. Réciproquement, supposons que π(u)\pi (u) ait un inverse ss dans B. Par définition de B, il existe un élément vv de A tel que

∥s−π(v)∥<1∥π(u)∥ \|s-\pi (v)\|<\frac{1}{\|\pi(u)\|}

d’où ∥1E−π(u∘v)∥<1\|1_E-\pi (u\circ v)\|<1. D’après la prop. 2, l’application linéaire u∘vu\circ v est un endomorphisme de Riesz de E. Il en est de même de uu puisque uu et vv commutent (III, p. 49, prop. 9).

5. La théorie de Frédéric Riesz

Soit E un espace localement convexe séparé et soit hh un endomorphisme compact de E. Soit λ∈K\lambda \in K. L’endomorphisme λh\lambda h est compact, donc 1E−λh1_E-\lambda h est un endomorphisme de Riesz de E (cor. 2 de la prop. 2 de III, p. 75) ; notons NλN_{\lambda} et IλI_{\lambda} son nilespace et son conilespace. D’après la prop. 6 de III, p. 47, on a les propriétés suivantes :

(i) Les sous-espaces vectoriels IλI_{\lambda} et NλN_{\lambda} de E sont fermés et stables par hh;

(ii) L’espace localement convexe E est somme directe topologique de IλI_{\lambda} et NλN_{\lambda};

(iii) L’application 1E−λh1_E-\lambda h définit par restriction un automorphisme de IλI_{\lambda};

(iv) L’espace vectoriel NλN_{\lambda} est de dimension finie, et il existe un entier nλ⩾0n_{\lambda}\geqslant 0 tel que (1E−λh)nλ(x)=0(1_E-\lambda h)^{n_{\lambda}}(x) = 0 pour tout x∈Nλx\in N_{\lambda}.

Ces propriétés déterminent les espaces IλI_{\lambda} et NλN_{\lambda} de manière unique (A, VIII, p. 26, remarque 2).

Lemme 3 02TW

Soit X un espace topologique dont la topologie possède une base dénombrable. Toute partie discrète de X est dénombrable.

Soit B\mathscr{B} une base dénombrable de la topologie de X et soit D une partie discrète de X. Pour chaque élément xx de D, il existe un élément BxB_x de B\mathscr{B} tel que Bx∩D={x}B_x\cap D =\{x\}. L’application de D dans B\mathscr{B} définie par x↦Bxx\mapsto B_x est injective, d’où le lemme.

Théorème 4 02TX

Soit E un espace localement convexe séparé et soit hh un endomorphisme compact de E. L’ensemble Σ des λ∈K\lambda \in K tels que 1E−λh1_E-\lambda h ne soit pas un automorphisme de E est une partie dénombrable, fermée et discrète du corps K.

L’ensemble Σ est aussi l’ensemble des λ∈K\lambda \in K tels que 1E−λh1_E-\lambda h ne soit pas injectif et l’ensemble des λ∈K\lambda \in K tels que 1E−λh1_E-\lambda h ne soit pas surjectif.

Il existe un espace de Banach G, une application linéaire continue p:E→Gp: E\rightarrow G et une application linéaire compacte q:G→Eq: G\rightarrow E tels que h=q∘p(h=q\circ p(III, p. 5, prop. 5). L’endomorphisme h′=p∘qh'=p\circ q de G est compact, et pour que 1E−λh1_E-\lambda h soit un automorphisme de E, il faut et il suffit que 1G−λh′1_G-\lambda h' soit un automorphisme de G (prop. 10 de III, p. 49, e)). Il nous suffit donc de démontrer le théorème lorsque E est un espace de Banach, ce que nous supposons désormais.

Soit λ∈K\lambda \in K. Puisque l’indice d’un endomorphisme de Riesz est nul, il revient au même de dire que l’application 1E−λh1_E-\lambda h est un automorphisme de E, ou qu’elle est injective, ou encore qu’elle est surjective.

L’ensemble Σ est fermé dans K puisque l’ensemble des automorphismes de E est ouvert dans L(E)\mathscr{L}(E). Soit λ\lambda un élément de Σ. On a λ≠0\lambda \not = 0. Notons N le nilespace de hh et I son conilespace, et notons hIh_I et hNh_N les endomorphismes de I et de N que hh définit par passage aux sous-espaces. Alors 1I−λhI1_I-\lambda h_I est un automorphisme de I, et il existe un voisinage U de λ\lambda dans K tel que 1I−μhI1_I-\mu h_I soit un automorphisme de I pour tout μ∈U\mu\in U. L’endomorphisme 1N−λhN1_N-\lambda h_N de N est nilpotent ; pour tout μ≠λ\mu\not =\lambda, on a

1N−μhN=λ−μλ(1N+μλ−μ(1N−λhN)) 1_N-\mu h_N=\frac{\lambda-\mu}{\lambda}(1_N+\frac{\mu}{\lambda-\mu}(1_N-\lambda h_N))

donc 1N−μhN1_N-\mu h_N est un automorphisme de N. Par suite, l’ensemble U∩ΣU\cap \Sigma est réduit au seul élément λ\lambda et l’ensemble Σ est discret. Il est dénombrable d’après le lemme 3.

6. Alternative de Fredholm

Proposition 4 (Alternative de Fredholm) 02TY

Soit E un espace de Banach et soit hh un endomorphisme compact de E. Soit λ\lambda un élément de K −{0}-\{0\}. Soient F le noyau de 1E−λh1_E-\lambda h et G le noyau de 1E′−λth1_{E'}-\lambda^th.

a) Les espaces F et G sont de même dimension finie n⩾0n\geqslant 0;

b) Pour y∈Ey\in E, il existe x∈Ex\in E tel que x−λh(x)=yx-\lambda h(x) =y si et seulement si ⟨y,ℓ⟩=0\langle y, \ell \rangle = 0 pour tout ℓ∈G\ell \in G;

c) Pour ℓ∈E′\ell \in E', il existe f∈E′f\in E' tel que f−λth(f)=ℓf-\lambda^th(f) =\ell si et seulement si ⟨x,f⟩=0\langle x, f\rangle = 0 pour tout x∈Fx\in F.

En particulier, une et une seule des conditions suivantes est valide :

(i) L’espace F est non nul ;

(ii) Pour tout y∈Ey\in E, il existe x∈Ex\in E tel que x−λh(x)=yx-\lambda h(x) =y.

En remplaçant hh par λh\lambda h, on se ramène au cas où λ=1\lambda = 1.

L’endomorphisme th^th est compact d’après le corollaire 1 de III, p. 9. Les endomorphismes w=1E−hw= 1_E-h de E et w′=1E′−thw'= 1_{E'}-^th de E′E' sont donc des endomorphismes de Riesz (cor. 2 de la prop. 2 de III, p. 75). En particulier, leurs noyaux F et G sont de dimension finie. Comme w′=tww'=^tw et que l’indice de ww est nul, la dimension de F est égale à celle de G d’après la formule (3) de III, p. 43.

Pour un élément yy de E, l’équation x−h(x)=yx-h(x) =y a une solution x∈Ex\in E si et seulement si xx appartient à l’image de ww. Comme le dual du conoyau de ww s’identifie au noyau G de Ker(tw^tw) (EVT, IV, p. 27, prop. 2), c’est le cas si et seulement si ⟨y,ℓ⟩=0\langle y, \ell \rangle = 0 pour tout ℓ∈G\ell \in G.

Pour un élément ℓ\ell de E′E', l’équation f−th(f)=ℓf-^th(f) =\ell a une solution f∈E′f\in E' si et seulement si ff appartient à l’image de w′w'. Comme l’image de tw^tw est l’orthogonal du noyau F de ww (EVT, IV, p. 27, prop. 2) c’est le cas si et seulement si ⟨x,f⟩=0\langle x, f\rangle = 0 pour tout x∈Fx\in F.

Exemple 02TZ

Soient X un espace compact, μ\mu une mesure sur X, réelle ou complexe suivant que K est égal à R\mathbf{R} ou C\mathbf{C}, et N:X×X→KN : X\times X\rightarrow K une fonction continue.

Notons E l’espace de Banach C(X;K)\mathscr{C}(X; K). Supposons donnée une fonction a∈Ea\in E et λ∈K−{0}\lambda \in K-\{0\}. Étudions le problème de l’existence et de l’unicité des solutions f∈Ef\in E de l’équation intégrale

f(x)−λ∫XN(x,y)f(y)dμ(y)=a(x)(x∈X)(3) f(x)-\lambda \int_XN(x, y)f(y)d\mu(y) =a(x)(x\in X) \tag{3}

Pour cela, introduisons l’ensemble FλF_{\lambda} des solutions f∈Ef\in E de l’équation homogène associée

f(x)−λ∫XN(x,y)f(y)dμ(y)=0(x∈X)(4) f(x)-\lambda \int_XN(x, y)f(y)d\mu(y) = 0(x\in X) \tag{4}

et l’ensemble GλG_{\lambda} des solutions g∈Eg\in E de l’équation homogène transposée de (4), c’est-à-dire

g(y)−λ∫XN(x,y)g(x)dμ(x)=0(y∈X)(5) g(y)-\lambda \int_XN(x, y)g(x)d\mu(x) = 0(y\in X) \tag{5}

S’il n’est pas vide, l’ensemble des solutions de (3) est un sous-espace affine de E de direction FλF_{\lambda}.

Pour f∈Ef\in E et x∈Xx\in X, posons

h(f)(x)=∫XN(x,y)f(y)dμ(y) h(f)(x) =\int_XN(x, y)f(y)d\mu(y)

l’application f↦h(f)f\mapsto h(f) ainsi définie est un endomorphisme compact de l’espace de Banach E (cor. de la prop. 2 de III, p. 26). Le dual E′E' de E se compose des mesures sur X, réelles ou complexes suivant que K est égal à R\mathbf{R} ou C\mathbf{C} (INT, III, p. 47, § 1, no3^o3, déf. 2). La transposée th^th de hh est l’endomorphisme de E′E' caractérisé par la relation ⟨f,th(m)⟩=⟨h(f),m⟩\langle f,^th(m)\rangle =\langle h(f), m\rangle pour f∈Ef\in E et m∈E′m\in E', c’est-à-dire

∫Xf(x)d(th(m))(x)=∫Xh(f)(x)dm(x) \int_Xf(x)d(^th(m))(x) =\int_Xh(f)(x)dm(x)
=∫X(∫XN(x,y)f(y)dμ(y))dm(x) =\int_X(\int_XN(x, y)f(y)d\mu(y))dm(x)
=∫X(∫XN(x,y)dm(x))f(y)dμ(y)(6) =\int_X(\int_XN(x, y)dm(x))f(y)d\mu(y) \tag{6}

pour m∈E′m\in E' et f∈Ef\in E (INT, III, p. 84, § 4, no1^o1, th. 2).

Lemme 4 02U0

L’application linéaire de GλG_{\lambda} dans E′E' définie par g↦g⋅μg\mapsto g\cdot \mu est injective, et son image est le noyau de 1E′−λth1_{E'}-\lambda^th.

Si g∈Gλg\in G_{\lambda} vérifie g⋅μ=0g\cdot \mu= 0, alors la formule (5) implique g=0g= 0, donc l’application g↦g⋅μg\mapsto g\cdot \mu est injective.

Soit m∈E′m\in E' une mesure appartenant au noyau de 1E′−λth1_{E'}-\lambda^th. D’après la relation (6), on a

∫Xf(x)dm(x)=λ∫X(∫XN(x,y)dm(x))f(y)dμ(y)(7) \int_Xf(x)dm(x) =\lambda \int_X(\int_XN(x, y)dm(x))f(y)d\mu(y) \tag{7}

pour toute fonction continue f:X→Kf: X\rightarrow K. La mesure mm est donc égale à la mesure g⋅μg\cdot \mu, où gg est la fonction continue de X dans K définie par

g(y)=λ∫XN(x,y)dm(x)(8) g(y) =\lambda \int_XN(x, y)dm(x) \tag{8}

pour tout y∈Xy\in X. La formule (8) implique alors que la fonction gg appartient à GλG_{\lambda}.

Réciproquement, soit g:X→Kg: X\rightarrow K une fonction continue appartenant à GλG_{\lambda} et posons m=g⋅μm=g\cdot \mu. Pour toute fonction continue f:X→Kf: X\rightarrow K, on a donc

∫Xf(y)dm(y)=∫Xg(y)f(y)dμ(y) \int_Xf(y)dm(y) =\int_Xg(y)f(y)d\mu(y)
=λ∫X(∫XN(x,y)g(x)dμ(x))f(y)dμ(y) =\lambda \int_X(\int_XN(x, y)g(x)d\mu(x))f(y)d\mu(y)
=λ∫Xf(x)dm(x) =\lambda \int_Xf(x)dm(x)

de sorte que th(m)=λm^th(m) =\lambda m. Cela démontre le lemme 4.

En appliquant la proposition 4 et le théorème 4 de III, p. 78. à l’endomorphisme hh, on obtient alors les énoncés suivants.

Théorème 5 02U1

Soit λ∈K\lambda \in K.

a) Les ensembles FλF_{\lambda} et GλG_{\lambda} sont des sous-espaces vectoriels de dimension finie de C(X;K)\mathscr{C}(X; K) et leur dimensions sont égales ;

b) Pour que l’équation (3) ait au moins une solution f∈C(X,K)f\in \mathscr{C}(X,K), il faut et il suffit que l’on ait ∫Xa(x)g(x)dμ(x)=0\int_Xa(x)g(x)d\mu(x) = 0 pour toute fonction g∈Gλg\in G_{\lambda}. L’ensemble des solutions de (3) est alors un sous-espace affine de C(X;K)\mathscr{C}(X; K) de direction FλF_{\lambda};

c) Une des conditions suivantes, qui s’excluent mutuellement, est satisfaite :

(i) Pour toute fonction a∈C(X;K)a\in \mathscr{C}(X; K), il existe une unique

solution f∈C(X;K)f\in \mathscr{C}(X; K) de l’équation intégrale (3) ;

(ii) L’équation homogène (4) possède une solution non nulle

f∈C(X;K) f\in \mathscr{C}(X; K)

Corollaire 02U2

L’ensemble des λ∈K\lambda \in K pour lesquels l’espace FλF_{\lambda} n’est pas nul est une partie dénombrable, fermée et discrète de K.

Exercices

Dans les exercices suivants, lorsque E est un espace de Banach, on note C\mathscr{C}alk(E) l’algèbre de Calkin L(E)/Lc(E)\mathscr{L}(E)/\mathscr{L}^c(E). On note π\pi la projection canonique de L(E)\mathscr{L}(E) dans C\mathscr{C}alk(E).

Si E est un espace hilbertien complexe, on munit C\mathscr{C}alk(E) de l’involution déduite de l’involution de L(E)\mathscr{L}(E) par passage au quotient.

See the exercises for § 5.

Transcribed from the printed volume. Not translated.